{"id":9640,"date":"2023-05-15T00:00:00","date_gmt":"2023-05-14T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/portrait-de-talleyrand-en-citations\/"},"modified":"2025-08-12T08:43:01","modified_gmt":"2025-08-12T06:43:01","slug":"portrait-de-talleyrand-en-citations","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/portrait-de-talleyrand-en-citations\/","title":{"rendered":"Portrait de Talleyrand en citations"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>Une longue vie et une carri\u00e8re politique exceptionnelle due \u00e0 sa personnalit\u00e9, aux hommes qu\u2019il a rencontr\u00e9s et servis (Napol\u00e9on en t\u00eate), aux \u00e9v\u00e9nements affront\u00e9s (guerres et r\u00e9volutions). Autre signe particulier, un pied-bot, d\u2019o\u00f9 son surnom de \u00ab\u00a0Diable boiteux\u00a0\u00bb avec une mauvaise r\u00e9putation entretenue \u00e0 tort et \u00e0 raison\u2026<\/p>\n<p>N\u00e9 en 1754 sous l\u2019Ancien R\u00e9gime dans la haute noblesse et jouisseur de tous les privil\u00e8ges de sa caste, Talleyrand va vivre la R\u00e9volution, le Directoire, le Consulat, l\u2019Empire, les deux Restaurations (avec les Cent-Jours), la Monarchie de Juillet. En poste plus ou moins officiel et expos\u00e9 sous chacun de ces r\u00e9gimes, il reste comme le plus grand de nos diplomates. Faut-il parler de hasard ou de destin\u00a0?<\/p>\n<p>Eccl\u00e9siastique sans vocation, il quitte le clerg\u00e9 sous la R\u00e9volution et se lance en politique o\u00f9 il a tout pour r\u00e9ussir\u2026 sauf le talent oratoire, indispensable \u00e0 l\u2019\u00e9poque. On pouvait tout esp\u00e9rer de sa rencontre avec Napol\u00e9on, ce fut un rendez-vous manqu\u00e9 \u2013 sauf sur la question religieuse (Concordat de 1801). L\u2019empereur l\u2019a mis aux Affaires \u00e9trang\u00e8res et bien jug\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Un homme d\u2019intrigue, d\u2019une grande immoralit\u00e9, mais avec beaucoup d\u2019esprit, et certes, le plus capable des ministres que j\u2019aie eus.\u00a0\u00bb Leur duo-duel se durcit au sommet de l\u2019\u00c9tat, l\u2019Histoire est suspendue \u00e0 ce \u00ab\u00a0jeu\u00a0\u00bb subtil et brutal dont d\u00e9pend la paix et surtout la guerre en Europe\u00a0! Quand l\u2019empereur vaincu sort de sc\u00e8ne, le diable diplomate va gagner \u00e0 60 ans son combat le plus difficile, repr\u00e9sentant Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> et la France vaincue au Congr\u00e8s de Vienne (1815), pr\u00e9parant les bases de l\u2019Entente cordiale avec l\u2019Angleterre sous Louis-Philippe et jouissant d\u2019une r\u00e9putation personnelle toujours en d\u00e9bat.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" style=\"float: left; margin: 10px; border: 1px solid black;\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-6-49.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a>Talleyrand s\u2019en tire finalement bien, compar\u00e9 \u00e0 la plupart de ses contemporains et \u00e0 son comp\u00e8re Fouch\u00e9, ministre de la Police dont il fut proche, sans avoir de sang sur les mains\u00a0! Cynique et ambitieux, \u00ab\u00a0insupportable, indispensable et irrempla\u00e7able\u00a0\u00bb, le \u00ab\u00a0Sphinx incompris\u00a0\u00bb de l\u2019historien Jean Orieux incarne \u00e0 la fois Machiavel et le Prince. Image scintillante du mal\u00a0qui fascina ses ennemis et s\u00e9duira bien des jolies femmes, le personnage se d\u00e9crira jusqu\u2019\u00e0 la fin comme une \u00ab\u00a0vieille machine aimante\u00a0\u00bb et la \u00ab\u00a0petite histoire\u00a0\u00bb de sa vie compte aussi.<\/p>\n<p>Ses <em>M\u00e9moires<\/em> et sa <em>Correspondance<\/em>, posthumes et maintes fois r\u00e9\u00e9dit\u00e9es, reflet de l\u2019homme et des \u00e9v\u00e9nements, ont nourri ses biographies et seront souvent cit\u00e9es dans ce portrait.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<h4>1. Le Diable boiteux\u00a0: notre plus grand diplomate toujours au service de la France et de ses int\u00e9r\u00eats personnels.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y a trois sortes de savoir\u00a0: le savoir proprement dit, le savoir-faire et le savoir-vivre\u00a0; les deux derniers dispensent assez bien du premier.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Il y a une chose plus terrible que la calomnie, c\u2019est la v\u00e9rit\u00e9.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Si les gens savaient par quels petits hommes ils sont gouvern\u00e9s, ils se r\u00e9volteraient vite.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0La parole a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e \u00e0 l\u2019homme pour d\u00e9guiser sa pens\u00e9e.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), <em>M\u00e9moires et Correspondance du prince de Talleyrand<\/em> (posthume, 1891)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En quatre mots qui se passent de commentaires, le personnage d\u00e9finit clairement sa pens\u00e9e toujours en action. Mais sa g\u00e9opolitique \u00e0 la fois claire, subtile et pragmatique, m\u00e9rite d\u2019\u00eatre d\u00e9velopp\u00e9e en quelques lignes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une \u00e9galit\u00e9 absolue des forces entre tous les \u00c9tats, outre qu\u2019elle ne peut jamais exister, n\u2019est point n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019\u00e9quilibre politique et lui serait peut-\u00eatre, \u00e0 certains \u00e9gards, nuisible. Cet \u00e9quilibre consiste dans un rapport entre les forces de r\u00e9sistance et les forces d\u2019agression r\u00e9ciproques des divers corps politiques. [\u2026] Une telle situation n\u2019admet qu\u2019un \u00e9quilibre tout artificiel et pr\u00e9caire, qui ne peut durer qu\u2019autant que quelques grands \u00c9tats se trouvent anim\u00e9s d\u2019un esprit de mod\u00e9ration et de justice qui le conserve.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), cit\u00e9 par L\u00e9onard Chod\u017ako, <em>N\u00e9gociations de 1813 et de 1814, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019ouverture du Congr\u00e8s de Vienne<\/em> (1864)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Longue citation \u00e0 m\u00e9diter aujourd\u2019hui comme hier et demain. Talleyrand reste un diplomate d\u2019avenir.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je veux que pendant des si\u00e8cles, on continue \u00e0 discuter sur ce que j\u2019ai \u00e9t\u00e9, ce que j\u2019ai pens\u00e9, ce que j\u2019ai voulu.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), cit\u00e9 dans <em>Talleyrand\u00a0: Le Prince immobile<\/em> (2003), Emmanuel de Waresquiel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cet historien contemporain, l\u2019un de ses meilleurs biographes, ajoute sa propre conclusion parfaitement fond\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 lire les injures, les jugements \u00e0 l\u2019emporte-pi\u00e8ce et les contresens qu\u2019ont commis sur lui presque tous les historiens, le Diable boiteux a \u00e9t\u00e9 entendu au-del\u00e0 de ses esp\u00e9rances\u00a0! Il faut dire qu\u2019il a lui-m\u00eame brouill\u00e9 les pistes \u00e0 plaisir, qu\u2019il est rest\u00e9 au pouvoir pendant plus d\u2019un demi-si\u00e8cle, qu\u2019il a servi neuf r\u00e9gimes et pr\u00eat\u00e9 treize serments\u2026 N\u00e9 et form\u00e9 sous le r\u00e8gne de Louis <span class=\"caps\">XV<\/span> et mort l\u2019ann\u00e9e de l\u2019av\u00e8nement de Victoria, ce corrompu, cet homme qui savait faire marcher les femmes, ce joueur inv\u00e9t\u00e9r\u00e9 n\u2019est ni un tra\u00eetre par profession ni m\u00eame un intrigant de haute vol\u00e9e, comme le voudraient la plupart de ses biographes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On me croit immoral et machiav\u00e9lique, je ne suis qu\u2019impassible et d\u00e9daigneux.\u00a0\u00bb<span id=\"1788\" class=\"cit-num\">1788<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), \u00e0 Lamartine. <em>Talleyrand<\/em> (1936), comte de Saint-Aulaire<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pr\u00e9cisant sa pens\u00e9e, il se compare \u00e0 son ami et illustre confr\u00e8re, comme lui monarchiste au d\u00e9but de la R\u00e9volution\u00a0: \u00ab\u00a0Mirabeau \u00e9tait un grand homme, mais il lui manquait le courage d\u2019\u00eatre impopulaire. Sous ce rapport, voyez, je suis plus homme que lui\u00a0: je livre mon nom \u00e0 toutes les interpr\u00e9tations et \u00e0 tous les outrages de la foule.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On dit toujours de moi ou trop de mal ou trop de bien\u00a0; je jouis des honneurs de l\u2019exag\u00e9ration.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838).<em> Revue des Deux-Mondes<\/em>, hors-s\u00e9rie 17 mai 2017, \u00e9ph\u00e9m\u00e9ride \u00e0 l\u2019occasion du d\u00e9c\u00e8s de Talleyrand, 17 mai 1839<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apparemment insensible \u00e0 l\u2019impopularit\u00e9, il semblera m\u00eame stimul\u00e9 par les critiques, justes ou injustes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ne dites jamais de mal de vous. Vos amis s\u2019en chargeront toujours.\u00a0\u00bb<span id=\"1787\" class=\"cit-num\">1787<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838). <em>Dictionnaire des citations fran\u00e7aises,<\/em> Jean-Yves Dournon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le mot qui lui est attribu\u00e9 convient \u00e0 ce cynique, sans illusion sur les hommes. Prosper M\u00e9rim\u00e9e, dans ses <em>Lettres d\u2019Espagne<\/em>, reprend la citation\u00a0: \u00ab\u00a0Un vieux diplomate de mes amis, homme tr\u00e8s fin, m\u2019a dit souvent\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>En 1833, promu haut fonctionnaire, M\u00e9rim\u00e9e rencontre \u00e0 Londres Talleyrand, ambassadeur extraordinaire de France en fin de carri\u00e8re. Dans une lettre \u00e0 Stendhal, il d\u00e9crit l\u2019octog\u00e9naire\u00a0: \u00ab\u00a0un gros paquet de flanelle envelopp\u00e9 d\u2019un habit bleu et surmont\u00e9 d\u2019une t\u00eate de mort recouverte d\u2019un parchemin.\u00a0\u00bb Napol\u00e9on fut plus cruel, qualifiant publiquement son ex-ministre de \u00ab\u00a0merde dans un bas de soie\u00a0\u00bb \u2013 il est vrai que la situation s\u2019y pr\u00eatait en 1809.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ne suivez jamais votre premier mouvement, il est toujours g\u00e9n\u00e9reux.\u00a0\u00bb<span id=\"1790\" class=\"cit-num\">1790<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), aux jeunes secr\u00e9taires d\u2019ambassade. <em>M\u00e9moires d\u2019un touriste<\/em> (1838), Stendhal<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Conseil de diplomate. Selon Sainte-Beuve, sa consigne aux jeunes qui d\u00e9butaient dans la carri\u00e8re \u00e9tait\u00a0: \u00ab\u00a0Pas de z\u00e8le\u00a0!\u00a0\u00bb Pour l\u2019\u00e9crivain contemporain Cioran, c\u2019est \u00ab\u00a0le plus grand praticien du cynisme\u00a0; tous les philosophes cyniques sont des enfants de ch\u0153ur \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui\u00a0\u00bb. Sous sa plume, c\u2019est le plus beau des compliments. Quant \u00e0 ses contemporains, leurs avis sont tr\u00e8s partag\u00e9s sur ce personnage complexe. Cela vaut aussi pour les historiens.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si la conversation pouvait s\u2019acheter, je me ruinerais pour acheter la sienne.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Madame de <span class=\"caps\">STA\u00cbL<\/span> (1766-1817), cit\u00e9 dans le<em> Dictionnaire amoureux de la diplomatie<\/em> (2019), Daniel Jouanneau<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fille de son p\u00e8re (Jacques Necker, banquier suisse et ministre de Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span>), femme de l\u2019ambassadeur de Su\u00e8de \u00e0 la cour de France, devenue philosophe, femme de lettres et fid\u00e8le opposante \u00e0 Napol\u00e9on qui la d\u00e9teste, elle tient l\u2019un des salons litt\u00e9raires les mieux fr\u00e9quent\u00e9s de Paris, rendez-vous de toute l\u2019Europe intellectuelle. Elle admire Talleyrand tr\u00e8s \u00e0 l\u2019aise dans ce milieu \u00e9clair\u00e9, son brio, son sens de la formule. Brillant parleur et authentique s\u00e9ducteur, ce n\u2019est pourtant pas un orateur.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand Monsieur de Talleyrand ne conspire pas, il trafique.\u00a0\u00bb<span id=\"1786\" class=\"cit-num\">1786<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848), <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Autre grand opposant \u00e0 Napol\u00e9on (et \u00e0 tous les r\u00e9gimes), authentique noble d\u00e9fendant les valeurs morales de sa caste et le plus grand auteur de sa g\u00e9n\u00e9ration (admir\u00e9 par le jeune Hugo qui voulait \u00ab\u00a0\u00eatre Chateaubriand ou rien\u00a0\u00bb), il m\u00e9prise cet homme politique man\u0153uvrier, \u00e2pre au gain et libre de tout scrupule, de surcro\u00eet son rival en politique sous la Restauration.<\/p>\n<p>Talleyrand, homme de r\u00e9seaux et de relations (internationales), sera accus\u00e9 de bien des \u00ab\u00a0trafics\u00a0\u00bb, trahisons et malversations. Mais dans son esprit, il sert la France et c\u2019est souvent vrai. Malgr\u00e9 tout, le terme inf\u00e2mant de trahison reviendra souvent pour condamner Talleyrand. Peu lui importe et de tous nos grands politiques, c\u2019est sans doute le plus insensible \u00e0 sa cote de popularit\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Monsieur de Talleyrand n\u2019est devenu si riche que pour avoir toujours vendu ceux qui l\u2019achetaient.\u00a0\u00bb<span id=\"1918\" class=\"cit-num\">1918<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Aim\u00e9e de <span class=\"caps\">COIGNY<\/span> (1769-1820), <em>Journal<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Celle qui inspira <em>La Jeune Captive<\/em> au po\u00e8te Andr\u00e9 Ch\u00e9nier m\u00e9prise Talleyrand,\u00a0ce \u00ab\u00a0revenant\u00a0\u00bb qui a contribu\u00e9 \u00e0 faire voter par le S\u00e9nat la d\u00e9ch\u00e9ance de son ancien ma\u00eetre Napol\u00e9on et \u00e0 appeler Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> au pouvoir. Son int\u00e9r\u00eat pour l\u2019argent est indiscutable, mais son train de vie princier et ses d\u00e9penses \u00e9taient au service de ses ambitions politiques et donc de la France \u2013 aujourd\u2019hui, on parlerait de \u00ab\u00a0frais professionnels\u00a0\u00bb, admis ou non par le fisc\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si, quand cet homme vous parle, son derri\u00e8re recevait un coup de pied, sa figure ne vous en dirait rien.\u00a0\u00bb<span id=\"1789\" class=\"cit-num\">1789<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Joachim <span class=\"caps\">MURAT<\/span> (1767-1815) (roi de Naples), parlant de Talleyrand. <em>Murat<\/em> (1983), Jean Tulard<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le personnage, sup\u00e9rieurement intelligent, garde le souvenir de son \u00e9ducation religieuse avec ses mani\u00e8res de seigneur, jointes \u00e0 des qualit\u00e9s de grand diplomate. On ne l\u2019a jamais vu en col\u00e8re, m\u00eame s\u2019il a subi publiquement des affronts et des rebuffades.<\/p>\n<p>Il est aussi diff\u00e9rent que possible de Murat, jeune homme pauvre, fils d\u2019aubergiste, remarqu\u00e9 par Bonaparte qui le prend comme aide de camp dans sa campagne d\u2019Italie\u00a0: intr\u00e9pide et imp\u00e9tueux, il m\u00e9ritera son surnom, le Sabreur. Mais c\u2019est un pi\u00e8tre politicien. \u00c0 chacun son m\u00e9tier.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La diplomatie est la police en grand costume.\u00a0\u00bb<span id=\"1759\" class=\"cit-num\">1759<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), <em>Maximes et pens\u00e9es<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019aphorisme convient parfaitement \u00e0 son ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res ou Relations ext\u00e9rieures (jusqu\u2019en 1807), Charles-Maurice de Talleyrand-P\u00e9rigord, personnage principal sous l\u2019Empire et notre plus grand diplomate.<\/p>\n<p>Premier Consul, il \u00e9crit aussi au citoyen Fouch\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019art de la police est de ne pas voir ce qu\u2019il est inutile qu\u2019elle voie.\u00a0\u00bb Il s\u2019adresse au ministre de la Police, autre \u00e9minence grise et pr\u00eatre d\u00e9froqu\u00e9, pilier du r\u00e9gime qui fait couple avec Talleyrand, tout aussi talentueux et d\u00e9testable. Mais Fouch\u00e9 est un personnage autrement redoutable et redout\u00e9 qui s\u2019est illustr\u00e9 sous la R\u00e9volution, devenu Montagnard, r\u00e9gicide et pilleur d\u2019\u00e9glises. Surnomm\u00e9 le Mitrailleur de Lyon sous la Terreur, il rempla\u00e7a la guillotine trop lente par le canon, pour venir \u00e0 bout des insurg\u00e9s.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Certain prince qui n\u2019est manchot que du pied, que je regarde comme un politique de g\u00e9nie et dont le nom grandira dans l\u2019histoire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Honor\u00e9 de <span class=\"caps\">BALZAC<\/span> (1799-1850),<em> Le Contrat de mariage<\/em> (1835)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Paul de Manerville, l\u2019un des h\u00e9ros de ce roman qui annonce la <em>Com\u00e9die humaine<\/em>, futur Rastignac m\u00e2tin\u00e9 de Vautrin, exprime son ambition et se veut un disciple du prince de Talleyrand, menant comme lui une carri\u00e8re \u00e0 la fois mondaine et politique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il disait de lui-m\u00eame qu\u2019il \u00e9tait un grand po\u00e8te et qu\u2019il avait fait une trilogie en trois dynasties. Acte premier\u00a0: l\u2019Empire de Bonaparte\u00a0; acte deuxi\u00e8me\u00a0: la maison de Bourbon\u00a0; acte troisi\u00e8me\u00a0: la maison d\u2019Orl\u00e9ans.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885),<em> Choses vues<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c2g\u00e9 de 36 ans et d\u00e9j\u00e0 c\u00e9l\u00e8bre, le plus grand auteur du si\u00e8cle est fascin\u00e9 par le personnage, h\u00e9ros du roman vrai qu\u2019est sa propre vie. Il nous contera les d\u00e9tails qui suivront une mort si bien mise en sc\u00e8ne, jusque dans des d\u00e9tails incroyables et (sans doute) vrais. \u00c0 suivre dans ce portrait.<\/p>\n<p>Contrairement \u00e0 Voltaire, Chateaubriand, Hugo et autres g\u00e9ants des lettres, Talleyrand laisse comme seule \u0153uvre son action politique (ses <em>M\u00e9moires<\/em> en sont le reflet et le t\u00e9moignage). C\u2019est d\u00e9j\u00e0 consid\u00e9rable. Une le\u00e7on d\u2019histoire \u00e0 m\u00e9diter. C\u2019est l\u2019\u0153uvre des historiens fascin\u00e9s par le personnage.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le probl\u00e8me moral que soul\u00e8ve le personnage de Talleyrand, en ce qu\u2019il a d\u2019extraordinaire et d\u2019original, consiste tout entier dans l\u2019assemblage, assur\u00e9ment singulier et unique \u00e0 ce degr\u00e9, d\u2019un esprit sup\u00e9rieur, d\u2019un bon sens net, d\u2019un go\u00fbt exquis et d\u2019une corruption consomm\u00e9e, recouverte de d\u00e9dain, de laisser-aller et de nonchalance.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles-Augustin <span class=\"caps\">SAINTE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">BEUVE<\/span> (1804-1869), <em>Monsieur de Talleyrand<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Critique litt\u00e9raire (redout\u00e9), mais aussi historien, il s\u2019int\u00e9resse toujours \u00e0 un auteur ou \u00e0 un personnage en le repla\u00e7ant dans son temps \u2013 m\u00e9thode qui nous semble aujourd\u2019hui \u00e9vidente. Il r\u00e9sume ici en quelques mots les paradoxes et la complexit\u00e9 de l\u2019homme.\u00a0<\/p>\n<p>Talleyrand fut sans doute \u00ab\u00a0trop critiqu\u00e9 apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 trop lou\u00e9\u00a0\u00bb (Fran\u00e7ois Furet et Denis Richet, <em>La R\u00e9volution<\/em>, 1965). Le <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle a fait une nouvelle analyse de Talleyrand\u00a0: d\u00e9pouill\u00e9 de l\u2019habit du tra\u00eetre parjure et du \u00ab\u00a0diable boiteux\u00a0\u00bb, ses biographes voient enfin une continuit\u00e9 politique dans sa vie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Talleyrand, ci-devant noble, ci-devant pr\u00eatre, ci-devant \u00e9v\u00eaque, avait trahi les deux ordres auxquels il appartenait.\u00a0\u00bb<span id=\"1785\" class=\"cit-num\">1785<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">MADELIN<\/span> (1871-1956), <em>De Brumaire \u00e0 Marengo, Histoire du Consulat et de l\u2019Empire<\/em>, tome\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> (1938)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Historien sp\u00e9cialiste du Consulat et de l\u2019Empire, c\u2019est aussi l\u2019auteur d\u2019une biographie de Talleyrand o\u00f9 il reprend la th\u00e9matique de la trahison, tout en d\u00e9roulant le film de cette carri\u00e8re unique en son genre. Pr\u00eatre sans vocation religieuse sous l\u2019Ancien R\u00e9gime, noble ralli\u00e9 \u00e0 la R\u00e9volution, ministre sous le Directoire, le Consulat et l\u2019Empire, il trahit l\u2019empereur (qui impose une politique de conqu\u00eate fatalement suicidaire) et survit encore \u00e0 deux r\u00e9gimes et deux rois, avec d\u2019importantes fonctions politiques et diplomatiques. Il n\u2019est pas le seul \u00e0 jouer les \u00ab\u00a0girouettes\u00a0\u00bb, mais il fut particuli\u00e8rement habile et remarqu\u00e9 dans cet exercice.<\/p>\n<p>Reste qu\u2019il ne faudra jamais oublier son intime conviction\u00a0: il fut toujours fid\u00e8le \u00e0 la France et \u00e0 ses int\u00e9r\u00eats bien compris. Ce que nous allons d\u00e9montrer aussi clairement que possible.<\/p>\n<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" title=\"talleyrand citations\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/talleyrand_histoire_citations.jpg\" alt=\"talleyrand citations\" width=\"500\" height=\"389\"><\/p>\n<h4>2. De l\u2019Ancien R\u00e9gime \u00e0 la R\u00e9volution\u00a0: un slalom politico-diplomatique unique en son genre.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qui n\u2019a pas v\u00e9cu dans les ann\u00e9es voisines de 1780 n\u2019a pas connu le plaisir de vivre.\u00a0\u00bb<span id=\"1231\" class=\"cit-num\">1231<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), \u00e0 Guizot. <em>M\u00e9moires pour servir \u00e0 l\u2019histoire de mon temps<\/em> (1858-1867), Fran\u00e7ois Guizot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le t\u00e9moignage est celui d\u2019un vieil homme nostalgique de sa \u00ab\u00a0belle \u00e9poque\u00a0\u00bb. Mais sa v\u00e9rit\u00e9 correspond \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9\u00a0: en 1780, la civilisation fran\u00e7aise est au z\u00e9nith. Ensuite, ce sera le trouble dans les esprits, des calamit\u00e9s agricoles, le pays \u00e0 bout de souffle apr\u00e8s sa participation \u00e0 la guerre d\u2019Ind\u00e9pendance am\u00e9ricaine, la course \u00e0 l\u2019ab\u00eeme du r\u00e9gime, la R\u00e9volution fatalement traumatique, les guerres civiles et \u00e9trang\u00e8res.<\/p>\n<p>Charles Maurice de Talleyrand P\u00e9rigord Talleyrand \u00e9tait pourtant mal parti dans la vie. Il conte l\u2019accident dans ses <em>M\u00e9moires<\/em>. Laiss\u00e9 en nourrice par ses parents \u00e0 quatre ans, il tombe d\u2019une commode et restera boiteux \u00e0 vie. Sur ce handicap, d\u2019autres versions existent\u00a0: un pied-bot de naissance, une malformation g\u00e9n\u00e9tique\u2026 Aujourd\u2019hui, l\u2019enfant aurait \u00e9t\u00e9 vite et bien op\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<p>Quoiqu\u2019il en soit, cette infirmit\u00e9 le marquera \u00e0 vie. Ses portraits, en pied ou en buste, affichent sa raideur extr\u00eame. \u00c9quip\u00e9 de sa pesante chaussure orthop\u00e9dique, impossible de faire une carri\u00e8re digne des Talleyrand-P\u00e9rigord dans l\u2019arm\u00e9e\u00a0! Le voil\u00e0 destin\u00e9 \u00e0 la pr\u00eatrise. La famille a des relations, son oncle est archev\u00eaque de Reims, il prendra sa place le temps venu. Le jeune homme n\u2019a pas de vocation religieuse, ce n\u2019est pas si important \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Il obtient l\u2019abbaye de Saint-R\u00e9mi (dioc\u00e8se de Reims). Il sera \u00e9v\u00eaque d\u2019Autun en 1788, d\u00e9put\u00e9 aux \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux en 1789. C\u2019est le d\u00e9but de sa carri\u00e8re politique, mais \u00ab\u00a0sur le terrain\u00a0\u00bb, il a d\u00e9j\u00e0 beaucoup appris.<\/p>\n<p>Reste le \u00ab\u00a0plaisir de vivre\u00a0\u00bb\u00a0: entre libertinage et d\u00e9bauche, ses dettes de jeu et le nombre de ses ma\u00eetresses ont quelque peu retard\u00e9 sa carri\u00e8re, mais il y a plus mauvais sujet dans le genre\u00a0! Ainsi, son ami Mirabeau, n\u00e9 avec un pied tordu, hydroc\u00e9phale, v\u00e9rol\u00e9 et d\u00e9bauch\u00e9, qui fait la honte de sa noble famille et se retrouve en prison, trois ans au donjon de Vincennes. Rien de tel chez Talleyrand qui saura toujours jusqu\u2019o\u00f9 ne pas aller trop loin, prenant bient\u00f4t ses distances avec la France sous la R\u00e9volution.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est du sacre de Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span> que datent mes liaisons avec plusieurs femmes que leurs avantages dans des genres diff\u00e9rents rendaient remarquables, et dont l\u2019amiti\u00e9 n\u2019a pas cess\u00e9 un moment de jeter du charme dans ma vie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838),<em> M\u00e9moires et Correspondance du prince de Talleyrand<\/em> (posthume, 1891)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Et d\u2019ajouter\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est de madame la duchesse de Luynes, de madame la duchesse de Fitz-James, et de madame la duchesse de Laval que je veux parler.\u00a0\u00bb Entre tant d\u2019autres\u2026 Malgr\u00e9 son physique ingrat, les femmes comptent beaucoup dans sa vie, s\u00e9duites par son intelligence. \u00c7a commence t\u00f4t. De 4 \u00e0 7 ans, il garde un souvenir \u00e9mu d\u2019une \u00ab\u00a0femme d\u00e9licieuse\u00a0\u00bb, sa bisa\u00efeule Marie-Fran\u00e7oise de Mortemart de Rochechouart chez qui il s\u00e9journe.<\/p>\n<p>Jeune s\u00e9minariste, de 18 \u00e0 20 ans, il ne dissimule pas sa liaison avec une actrice de la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise, Doroth\u00e9e Luzy. De 1783 \u00e0 1792, il collectionne les ma\u00eetresses bien n\u00e9es, mais s\u2019affiche avec la comtesse Ad\u00e9la\u00efde de Flahaut dont il a un enfant n\u00e9 en 1785\u00a0: Charles de Flahaut fera une belle carri\u00e8re, militaire sous l\u2019Empire et diplomate jusqu\u2019\u00e0 la fin du Second Empire. Mort \u00e0 85 ans, ses portraits rappellent ceux de son p\u00e8re naturel, Talleyrand.<\/p>\n<p>De retour d\u2019Am\u00e9rique, sous le Directoire, sa grande amie Germaine de Sta\u00ebl lui sera utile avec ses relations bien plac\u00e9es. Plus ou moins forc\u00e9 par Napol\u00e9on, l\u2019ex-\u00e9v\u00eaque r\u00e9gularise son union avec Mme Grand sa ma\u00eetresse, avant la signature du Concordat avec le pape \u2013 les historiens ont dout\u00e9 du caract\u00e8re religieux de ce mariage\u00a0! Les liaisons se suivent jusqu\u2019au congr\u00e8s de Vienne (1815) o\u00f9 l\u2019on danse autant qu\u2019on travaille. Notre diplomate au mieux de sa forme \u00e0 60 ans rencontre Doroth\u00e9e de P\u00e9rigord, 21 ans, sa ni\u00e8ce par alliance\u00a0: \u00ab\u00a0Vienne. Toute ma vie est dans ce mot\u00a0!\u00a0\u00bb dit la belle et tr\u00e8s intelligente jeune femme qui brille dans le monde. Devenue duchesse de Dino et toujours entour\u00e9e d\u2019amants, elle fera couple pendant vingt-trois ans avec Talleyrand en son h\u00f4tel Saint-Florentin de Paris, \u00e0 Londres o\u00f9 il se retrouve ambassadeur, puis au ch\u00e2teau \u00e0 Valen\u00e7ay o\u00f9 il se retire jusqu\u2019\u00e0 sa mort. H\u00e9riti\u00e8re par testament de ses papiers, elle devient la gardienne de sa m\u00e9moire (et des <em>M\u00e9moires<\/em>) de Talleyrand.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les droits des hommes \u00e9taient m\u00e9connus, insult\u00e9s depuis des si\u00e8cles\u00a0; ils ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9tablis pour l\u2019humanit\u00e9 enti\u00e8re.\u00a0\u00bb<span id=\"1362\" class=\"cit-num\">1362<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), Adresse solennelle aux Fran\u00e7ais, lue le 11\u00a0f\u00e9vrier 1790 \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e. <em>Histoire populaire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise de 1789 \u00e0 1830<\/em>, volume\u00a0I (1839), \u00c9tienne Cabet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u00e9put\u00e9 du clerg\u00e9 sous la Constituante (1789-1791), noble acquis aux id\u00e9es nouvelles et ralli\u00e9 au tiers \u00e9tat par opportunisme plus que par conviction, dans le camp majoritaire des royalistes constitutionnels et toujours li\u00e9 \u00e0 Mirabeau, il joue d\u00e9j\u00e0 un r\u00f4le important\u00a0: ainsi commence l\u2019une des plus longues carri\u00e8res politiques de l\u2019histoire.<\/p>\n<p>Talleyrand n\u2019est pas orateur ni improvisateur comme son ami, il doit lire son discours, mais il poss\u00e8de l\u2019art de la formule. Il montre ici comme la R\u00e9volution a \u00ab\u00a0tout d\u00e9truit\u00a0\u00bb \u2013 monarchie absolue, f\u00e9odalit\u00e9, privil\u00e8ges, ordres \u2013 et \u00ab\u00a0tout reconstruit\u00a0\u00bb \u2013 souverainet\u00e9 de la nation incarn\u00e9e par l\u2019Assembl\u00e9e, citoyennet\u00e9, nouvelle division du royaume, \u00e9galit\u00e9 de tous devant la loi et, avant tout, droits de l\u2019homme. Le c\u0153ur a\u0300 droite et privil\u00e9gi\u00e9 de naissance, Talleyrand prend acte de ce progr\u00e8s avec intelligence et lucidit\u00e9\u00a0: qualit\u00e9s rares, dans les \u00e9poques troubl\u00e9es.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Moi, roi des Fran\u00e7ais, je jure [\u2026] de maintenir la Constitution.\u00a0\u00bb<span id=\"1369\" class=\"cit-num\">1369<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793), F\u00eate de la F\u00e9d\u00e9ration sur le Champ de Mars, 14\u00a0juillet 1790.<em> Histoire de France depuis 1789 jusqu\u2019\u00e0 nos jours<\/em> (1878), Henri Martin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le jour anniversaire de la prise de la Bastille, toutes les provinces sont repr\u00e9sent\u00e9es \u00e0 Paris par les d\u00e9l\u00e9gations des gardes nationales venues de la France enti\u00e8re\u00a0: c\u2019est la F\u00eate de la F\u00e9d\u00e9ration. Une messe est c\u00e9l\u00e9br\u00e9e par l\u2019\u00e9v\u00eaque d\u2019Autun\u00a0: Talleyrand a r\u00e9p\u00e9t\u00e9 la sc\u00e8ne, d\u2019autant plus qu\u2019il ne c\u00e9l\u00e8bre pas souvent. Heure solennelle\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Piti\u00e9, ne me faites pas rire\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838) \u00e0 la F\u00eate de la F\u00e9d\u00e9ration, mots murmur\u00e9s \u00e0 La Fayette (ou \u00e0 l\u2019abb\u00e9 Louis, selon les sources). Mot apocryphe, selon Chateaubriand qui le cite dans ses<em> M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pour nombre d\u2019historiens \u00e0 commencer par Michelet, la R\u00e9volution culmine avec cette \u00ab\u00a0conjuration pour l\u2019unit\u00e9 de la France\u00a0\u00bb. C\u2019est lui qui a lanc\u00e9 l\u2019id\u00e9e, g\u00e9niale et g\u00e9n\u00e9reuse. La Constituante a accept\u00e9 sa proposition et le roi l\u2019a charg\u00e9 de c\u00e9l\u00e9brer la messe en tant qu\u2019\u00e9v\u00eaque d\u2019Autun. Il n\u2019en demandait pas tant, mais \u00e7a ne se refuse pas\u2026 \u00ab\u00a0Par piti\u00e9, ne me faites pas rire\u00a0!\u00a0\u00bb dit-il au jeune g\u00e9n\u00e9ral de La Fayette qui parade sur l\u2019estrade, toujours pr\u00e9sent l\u00e0 o\u00f9 l\u2019on peut gagner en popularit\u00e9.<\/p>\n<p>Heure solennelle devant 300\u00a0000 citoyens au Champ de Mars, Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span> jure de respecter la Constitution. Le roi est-il sinc\u00e8re\u00a0? Talleyrand croit-il vraiment \u00e0 cet acte symbolique\u00a0? En tout cas, chacun joue le jeu. L\u2019\u00e9motion publique est au comble. Le pays peut encore r\u00eaver \u00e0 une monarchie constitutionnelle (\u00e0 l\u2019anglaise).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon ami, j\u2019emporte avec moi les derniers lambeaux de la monarchie.\u00a0\u00bb<span id=\"1384\" class=\"cit-num\">1384<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791), \u00e0 Talleyrand, fin mars\u00a01791. Son \u00ab\u00a0mot de la fin politique\u00a0\u00bb. <em>Souvenirs sur Mirabeau et sur les deux premi\u00e8res assembl\u00e9es l\u00e9gislatives<\/em> (1832), Pierre \u00c9tienne Louis Dumont<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Talleyrand est venu voir son ami malade juste avant sa mort (2\u00a0avril 1791). Certains d\u00e9put\u00e9s, connaissant son double jeu entre le roi et l\u2019Assembl\u00e9e, l\u2019accusent de trahison \u2013 le fait ne sera prouv\u00e9 qu\u2019en novembre\u00a01792, quand l\u2019armoire de fer o\u00f9 le roi cache ses papiers compromettants r\u00e9v\u00e9lera ses secrets.<\/p>\n<p>Le peuple prend le deuil de son grand homme qui a droit aux fun\u00e9railles nationales et au Panth\u00e9on\u2026 d\u00e9panth\u00e9onis\u00e9 l\u2019ann\u00e9e suivante. Talleyrand qui pratiquera toujours la diplomatie des coulisses et la \u00ab\u00a0trahison\u00a0\u00bb \u00e0 tort ou \u00e0 raison est nomm\u00e9ment accus\u00e9 par les papiers. Partisan du r\u00e9gime anglais, il misait sur une monarchie constitutionnelle et lib\u00e9rale\u00a0: il a jou\u00e9, il a perdu, mais il la verra plus tard, n\u00e9e de la R\u00e9volution de 1830, et le vieux pair de France reprendra du service, appel\u00e9 par son ami orl\u00e9aniste Louis-Philippe. Quelle histoire, quelle vie\u00a0! En attendant\u2026<\/p>\n<p>5 d\u00e9cembre 1792, d\u00e9cret d\u2019accusation port\u00e9 contre\u00a0\u00ab\u00a0le ci-devant \u00e9v\u00eaque d\u2019Autun\u00a0\u00bb en tant qu\u2019agent du roi. Il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 hors d\u2019atteinte, comme des milliers d\u2019\u00e9migr\u00e9s. Il s\u2019est quand m\u00eame montr\u00e9 plus malin, se faisant envoyer en mission en Angleterre. Triple avantage\u00a0: il ne sera pas sur la liste (plus ou moins inf\u00e2mante) des \u00e9migr\u00e9s, il est grassement pay\u00e9, il enrichit son r\u00e9seau de relations\u2026 En prime, il a pris ses distances avec la R\u00e9volution en marche.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les clubs et les piques tuent l\u2019\u00e9nergie, habituent \u00e0 la dissimulation et \u00e0 la bassesse et si on laisse contracter au peuple cette inf\u00e2me habitude, il ne verra plus d\u2019autre bonheur que de changer de tyran.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), Lettre \u00e0 un ami anglais, Lansdowne, 3 octobre 1793.\u00a0 <em>Pallain, la Mission de Talleyrand \u00e0 Londres en 1792<\/em> (1889)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Phrase pr\u00e9monitoire\u00a0\u00e0 plus d\u2019un titre sous la R\u00e9volution\u00a0! Cette haine raisonn\u00e9e de la violence est logique chez un diplomate\u00a0: toute guerre est un \u00e9chec de la diplomatie. Cela vaut bien au-del\u00e0 de cette \u00e9poque et concerne toutes les formes de violence, quel qu\u2019en soit le motif.<\/p>\n<p>Sous la br\u00e8ve L\u00e9gislative (octobre 1791-septembre 1792), Talleyrand a vu venir la Terreur en ao\u00fbt 1792, juste avant les massacres de septembre. Il s\u2019est arrang\u00e9 pour \u00eatre envoy\u00e9 en mission diplomatique \u00e0 Londres par le ministre de la Justice, Danton le nouvel homme fort, sous un pr\u00e9texte bien trouv\u00e9\u00a0: convaincre l\u2019Angleterre d\u2019adopter le nouveau syst\u00e8me fran\u00e7ais de poids et mesures auquel il a travaill\u00e9. Il va outrepasser cette mission.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019essaie d\u2019\u00e9tablir la paix du monde en \u00e9quilibre sur une r\u00e9volution.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838) \u00e0 Lamartine, rapport\u00e9 par Alphonse de Lamartine dans<em> Vues, discours et articles sur la question d\u2019Orient<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Talleyrand diplomate s\u2019inspire de la politique de Choiseul (1758-1864), ministre sous Louis <span class=\"caps\">XV<\/span> et oncle de son ami Auguste de Choiseul. Un homme d\u2019\u00c9tat doit gouverner en d\u00e9l\u00e9guant les t\u00e2ches techniques \u00e0 des hommes de confiance, pour avoir le temps de nouer des relations utiles et de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 l\u2019essentiel.<\/p>\n<p>Lors de sa premi\u00e8re mission anglaise, Talleyrand inaugure une m\u00e9thode de n\u00e9gociation qui fera de lui le \u00ab\u00a0prince des diplomates\u00a0\u00bb\u00a0: r\u00e9aliste et mesur\u00e9, il tient compte des opinions de son interlocuteur autant que de la situation de la France. Cette intelligence politique qui lui r\u00e9ussit parfaitement fera malheureusement d\u00e9faut \u00e0 Napol\u00e9on, surtout face \u00e0 l\u2019Angleterre\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une alliance intime entre la France et l\u2019Angleterre a \u00e9t\u00e9 au d\u00e9but et \u00e0 la fin de ma carri\u00e8re politique mon v\u0153u le plus cher, convaincu comme je le suis que la paix du monde, l\u2019affermissement des id\u00e9es lib\u00e9rales et les progr\u00e8s de la civilisation ne peuvent reposer que sur cette base.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), <em>M\u00e9moires et Correspondance du prince de Talleyrand<\/em> (posthume, 1891)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u00e8s ses d\u00e9buts diplomatiques et bient\u00f4t envers et contre tous, l\u2019\u00e9quilibre europ\u00e9en doit passer par l\u2019alliance entre les deux pays. Telle sera l\u2019id\u00e9e force, voire l\u2019id\u00e9e fixe de Talleyrand, sans doute banale aujourd\u2019hui, mais pr\u00e9monitoire sinon \u00ab\u00a0r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb \u00e0 son \u00e9poque. Les deux \u00ab\u00a0guerres de Cent-Ans\u00a0\u00bb (1337-1453 au Moyen \u00c2ge, 1688-1815 de Louis <span class=\"caps\">XV<\/span> \u00e0 la fin de l\u2019Empire) furent responsables de trop de maux, de\u00a0morts et de mis\u00e8re. La paix entre ces deux grandes nations peut et doit devenir perp\u00e9tuelle. L\u2019Entente cordiale conclue en 1843 entre son ami Louis-Philippe et la reine Victoria sera sa plus belle victoire posthume.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En France nous avons 300 sauces et 3 religions. En Angleterre, ils ont 3 sauces mais 300 religions.\u00a0\u00bb<span id=\",\" class=\"cit-num\">,<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), <em>M\u00e9moires et Correspondance du prince de Talleyrand<\/em> (posthume, 1891)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Quels que soient les pays o\u00f9 il exercera ses talents diplomatiques, il restera un homme de go\u00fbts et de plaisirs pluriels, particuli\u00e8rement attentif \u00e0 la qualit\u00e9 des repas qu\u2019il partage avec ses convives et coll\u00e8gues, servis par l\u2019illustre Antonin Car\u00eame. Roi des cuisiniers et cuisinier des rois, il sera le repr\u00e9sentant de cet art bien fran\u00e7ais de la gastronomie conviviale, l\u2019apoth\u00e9ose se jouant en Autriche au Congr\u00e8s de Vienne (1815) d\u2019illustre m\u00e9moire.<\/p>\n<p>En attendant et \u00ab\u00a0pendant toute l\u2019effroyable ann\u00e9e 1793\u00a0\u00bb, Talleyrand vit \u00e0 Londres dans le quartier chic de Kensington, fr\u00e9quente les pr\u00eatres constitutionnels \u00e9migr\u00e9s, noue des relations anglaises qui lui seront plus tard utiles. Mais il finit par manquer d\u2019argent et \u00e0 Paris, l\u2019ouverture de \u00ab\u00a0l\u2019armoire de fer\u00a0\u00bb a d\u00e9voil\u00e9 sa complicit\u00e9 avec Mirabeau en faveur de Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span>. En janvier 1794, il apprend que le roi George <span class=\"caps\">III<\/span> va l\u2019expulser au nom de l\u2019<em>Aliens Act<\/em> (\u00ab\u00a0loi sur les \u00e9trangers\u00a0\u00bb). Il anticipe et part pour un exil plus lointain, outre-Atlantique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019y ai trouv\u00e9 un pays avec trente-deux religions, mais une seule sauce.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), <em>M\u00e9moires et Correspondance du prince de Talleyrand<\/em> (posthume, 1891)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>R\u00e9fugi\u00e9 aux \u00c9tats-Unis pendant deux ans, entre Philadelphie, New York, Boston, il d\u00e9couvre un nouveau continent, une jeune r\u00e9publique riche de promesses\u00a0et de libert\u00e9s\u00a0! Apr\u00e8s les exploits militaires (et diplomatiques) du marquis de La Fayette dans la guerre d\u2019Ind\u00e9pendance (1775-1783), un Fran\u00e7ais aux id\u00e9es lib\u00e9rales est bienvenu. Avec ses relations toujours bien plac\u00e9es et des lettres de mission venues de banques europ\u00e9ennes, il pourrait faire fortune\u00a0: sp\u00e9culation sur les terrains, prospections dans les for\u00eats du Massachusetts, commerce en projet avec l\u2019Inde\u2026 Mais le prince en exil s\u2019ennuie de la France, la gastronomie d\u2019Outre Atlantique est pauvre, la chute de Robespierre annonce la fin de la R\u00e9volution avec le nouveau gouvernement du Directoire. Tous les espoirs politiques lui sont permis.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" style=\"vertical-align: middle; margin: 10px auto; border: 1px solid black;\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-6-49.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<h4>3. Du Directoire \u00e0 l\u2019Empire et aux Cent-Jours\u00a0: duo-duel avec Napol\u00e9on, un rendez-vous rat\u00e9 malgr\u00e9 quelques r\u00e9ussites, dont le Concordat.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Au premier abord, Bonaparte me parut avoir une figure charmante\u00a0; vingt batailles gagn\u00e9es vont si bien \u00e0 la jeunesse, \u00e0 un beau regard, \u00e0 de la p\u00e2leur et \u00e0 une sorte d\u2019\u00e9puisement.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), <em>M\u00e9moires et Correspondance du prince de Talleyrand<\/em> (posthume, 1891)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Usant de ses relations avec Marie-Joseph Ch\u00e9nier (fr\u00e8re du po\u00e8te guillotin\u00e9), Benjamin Constant (intellectuel engag\u00e9 dans le genre \u00ab\u00a0girouette\u00a0\u00bb) et Germaine de Sta\u00ebl (leur grande, brillante et intelligente amie), Talleyrand est vite rentr\u00e9 en gr\u00e2ce. 16 juillet 1797, \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un remaniement et avec le soutien du directeur Paul Barras (\u00ab\u00a0le roi des pourris\u00a0\u00bb), le voil\u00e0 ministre des Relations ext\u00e9rieures. Partisan affich\u00e9 de l\u2019\u00e9quilibre europ\u00e9en et de la paix, il rassure les gouvernements voisins, mais ses coll\u00e8gues au pouvoir redoutent cet arriviste intrigant.<\/p>\n<p>Il se charge des coups les plus tordus dans les missions les plus secr\u00e8tes et recrute des \u00e9crivains experts en d\u00e9sinformation, anc\u00eatre des fake-news. Il tire d\u2019\u00e9normes profits personnels des commissions, pourboires et dessous de table lors des n\u00e9gociations avec les puissances \u00e9trang\u00e8res. Il est surtout curieux du jeune g\u00e9n\u00e9ral dont tout le monde parle, apr\u00e8s son retour gagnant de la (premi\u00e8re) campagne d\u2019Italie.<\/p>\n<p>6 d\u00e9cembre 1797, les deux hommes se rencontrent. \u00c9tonnant aveu de Talleyrand, si peu dans son genre\u2026 vu qu\u2019il est naturellement plus sensible aux charmes f\u00e9minins. De son c\u00f4t\u00e9, le futur Napol\u00e9on ne pourra bient\u00f4t plus se passer de Talleyrand, lui demandant son avis sur tout et tous\u00a0: incroyable addiction chez ce leader n\u00e9\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019espace qui s\u00e9pare la Grande-Bretagne du continent n\u2019est point infranchissable.\u00a0\u00bb<span id=\"1718\" class=\"cit-num\">1718<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), Lettre \u00e0 Talleyrand, ministre des Relations ext\u00e9rieures, 19\u00a0avril 1801. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Il est bon que l\u2019Angleterre sache que l\u2019opinion du Premier Consul est que l\u2019espace\u2026\u00a0\u00bb Cela sonne comme une menace. En f\u00e9vrier\u00a01798, le Directoire soumit \u00e0 Bonaparte un projet d\u2019invasion de l\u2019Angleterre. Sur le conseil de Talleyrand, l\u2019ambitieux a renonc\u00e9, pr\u00e9f\u00e9rant combattre l\u2019ennemi en M\u00e9diterran\u00e9e, d\u2019o\u00f9 la campagne d\u2019\u00c9gypte. L\u2019id\u00e9e revient apr\u00e8s le coup d\u2019\u00c9tat du 18 brumaire qui mit fin au r\u00e9gime b\u00e2tard du Directoire (9 novembre 1799), coorganis\u00e9 avec l\u2019abb\u00e9 Siey\u00e8s, deux fr\u00e8res de Bonaparte et Talleyrand plus que parfait dans ce r\u00f4le\u00a0! Entre chantage et corruption, il poussa Barras \u00e0 d\u00e9missionner de son poste de Directeur, si habilement qu\u2019il garde pour lui la compensation financi\u00e8re pr\u00e9vue. L\u2019enrichissement personnel est l\u2019exercice o\u00f9 il excelle. Richelieu et Mazarin furent aussi habiles en leur temps.<\/p>\n<p>22 novembre 1799. Talleyrand est nomm\u00e9 \u00e0 nouveau ministre des Relations ext\u00e9rieures. Il aurait aim\u00e9 les Finances, mais Bonaparte se m\u00e9fie de son go\u00fbt pour l\u2019argent. Sous le Consulat et l\u2019Empire, le diable diplomate va se rendre indispensable et gagner des titres, des terres, de l\u2019argent, beaucoup d\u2019argent des \u00c9tats \u00e9trangers \u2013 ce sont les \u00ab\u00a0douceurs diplomatiques\u00a0\u00bb. Mais il n\u2019est que le \u00ab\u00a0second r\u00f4le\u00a0\u00bb face \u00e0 Napol\u00e9on. Les Affaires \u00e9trang\u00e8res rel\u00e8vent exclusivement du chef de l\u2019\u00c9tat, son ministre doit lui rendre compte de tout \u2013 et leurs divergences s\u2019aggraveront.<\/p>\n<p>R\u00e9solu \u00e0 s\u2019opposer aux projets destructeurs de son ma\u00eetre, Talleyrand pense qu\u2019il ne peut agir qu\u2019en restant au pouvoir. Napol\u00e9on croit pouvoir surveiller le diable diplomate en l\u2019ayant sous la main. Qui est dupe de qui\u00a0?\u00a0 Sur un seul point, les deux hommes s\u2019entendent\u00a0miraculeusement\u00a0: la politique religieuse.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Lorsqu\u2019en 1801 Napol\u00e9on r\u00e9tablit le culte en France, il a fait non seulement acte de justice, mais aussi de grande habilet\u00e9 [\u2026] Le Napol\u00e9on du Concordat, c\u2019est le Napol\u00e9on vraiment grand, \u00e9clair\u00e9, guid\u00e9 par son g\u00e9nie.\u00a0\u00bb<span id=\"1721\" class=\"cit-num\">1721<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), <em>M\u00e9moires et Correspondance du prince de Talleyrand<\/em> (posthume, 1891)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019\u00e9v\u00eaque d\u00e9froqu\u00e9 ne pense pas \u00e0 Dieu et le Corse est plus superstitieux que religieux. Mais ils savent la sensibilit\u00e9 de la France sur cette question. D\u00e9nu\u00e9s de sens moral en politique, ils croient \u00e0 l\u2019importance morale de la religion pour le peuple. Bonaparte le r\u00e9p\u00e8te \u00e0 l\u2019envi,\u00a0en 1800\u00a0: \u00ab\u00a0Comment avoir de l\u2019ordre dans un \u00c9tat sans une religion\u00a0?\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0Une soci\u00e9t\u00e9 sans religion est comme un vaisseau sans boussole.\u00a0\u00bb Napol\u00e9on empereur confirmera\u00a0: \u00ab\u00a0Nulle soci\u00e9t\u00e9 ne peut exister sans morale. Il n\u2019y a pas de bonne morale sans religion. Il n\u2019y a donc que la religion qui donne \u00e0 l\u2019\u00c9tat un appui ferme et durable.\u00a0\u00bb On croirait lire Voltaire\u00a0!<\/p>\n<p>Talleyrand est l\u00e0 pour n\u00e9gocier, avec sa diplomatie de ministre et son exp\u00e9rience d\u2019ex-\u00e9v\u00eaque. Parenth\u00e8se personnelle, apr\u00e8s divers arrangements de coulisses et quelques contrari\u00e9t\u00e9s papales, relev\u00e9 de l\u2019excommunication (sous la R\u00e9volution) et rendu \u00e0 l\u2019\u00e9tat la\u00efc, il peut (ou doit\u00a0?) \u00e9pouser sa ma\u00eetresse, Mme Grand (agent du gouvernement anglais, il le sait et s\u2019en sert). Bonaparte avait le respect des apparences et l\u2019inconduite de son ministre \u00e9tait par trop notoire (m\u00eame remarque pour certains membres de sa famille).<\/p>\n<p>Le Concordat est sign\u00e9 (15\u00a0juillet 1801). Le pape reconna\u00eet la R\u00e9publique et renonce aux biens enlev\u00e9s au clerg\u00e9 sous la R\u00e9volution. De son c\u00f4t\u00e9, \u00ab\u00a0le Gouvernement de la R\u00e9publique fran\u00e7aise reconna\u00eet que la religion catholique, apostolique et romaine est la religion de la plus grande majorit\u00e9 des Fran\u00e7ais\u00a0\u00bb. Il s\u2019engage \u00e0 r\u00e9mun\u00e9rer les ministres du culte catholique et s\u2019attribue la nomination des \u00e9v\u00eaques. Le clerg\u00e9 (24 000 personnes) doit pr\u00eater serment de fid\u00e9lit\u00e9 au Premier Consul. Bref, il garde la mainmise sur l\u2019organisation de l\u2019\u00c9glise.<\/p>\n<p>Talleyrand sugg\u00e8re d\u2019aller plus loin dans le gallicanisme avec l\u2019ajout des Articles organiques, \u00ab\u00a0passeport\u00a0\u00bb pour le texte devant les Assembl\u00e9es. Portalis (juriste et directeur des Cultes) r\u00e9dige les 77 articles limitant le pouvoir du Saint-Si\u00e8ge sur le clerg\u00e9 national. L\u2019infaillibilit\u00e9 pontificale est supprim\u00e9e\u00a0; les protestants et plus tard les juifs (tr\u00e8s minoritaires) seront tol\u00e9r\u00e9s\u00a0; le mariage civil et le divorce seront admis. Pie <span class=\"caps\">VII<\/span> proteste et ne signera pas ces articles, mais ratifi\u00e9 par les Chambres (8 avril 1802), le Concordat s\u2019applique\u00a0: ce compromis religieux r\u00e8gle les relations entre l\u2019\u00c9glise et l\u2019\u00c9tat, jusqu\u2019\u00e0 la loi consacrant leur s\u00e9paration en 1905.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je jure de maintenir l\u2019int\u00e9grit\u00e9 du territoire de la R\u00e9publique [\u2026] de respecter et de faire respecter l\u2019\u00e9galit\u00e9 des droits, la libert\u00e9 politique et civile [\u2026] de gouverner dans la seule vue de l\u2019int\u00e9r\u00eat, du bonheur et de la gloire du peuple fran\u00e7ais.\u00a0\u00bb<span id=\"1797\" class=\"cit-num\">1797<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), cath\u00e9drale Notre-Dame de Paris, le jour de son sacre par Pie <span class=\"caps\">VII<\/span>, 2\u00a0d\u00e9cembre 1804. <em>Le Moniteur<\/em>, phrase du journal officiel de l\u2019\u00e9poque, reprise dans toutes les bonnes biographies de l\u2019empereur<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La c\u00e9r\u00e9monie du sacre dure cinq heures, entre la marche guerri\u00e8re et le Te Deum, un premier serment religieux de Napol\u00e9on, la messe, <em>l\u2019All\u00e9luia<\/em>, les oraisons, les cris de \u00ab\u00a0Vive l\u2019empereur\u00a0\u00bb et ce nouveau serment sur les \u00c9vangiles. C\u2019est l\u2019instant le plus heureux des relations entre le pape et l\u2019empereur. Talleyrand, fait grand chambellan le 11 juillet 1804, est bien visible dans son costume rouge, \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie et sur le tableau de David.<\/p>\n<p>Napol\u00e9on a quand m\u00eame transform\u00e9 le pape en figurant, se couronnant lui-m\u00eame\u00a0! Le m\u00eame jour, il lui d\u00e9voile son ambition\u00a0: \u00ab\u00a0Je n\u2019ai pas succ\u00e9d\u00e9 \u00e0 Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span>, mais \u00e0 Charlemagne.\u00a0\u00bb Il vise le titre d\u2019empereur d\u2019Occident \u00e0 la t\u00eate du Grand Empire. Mais Talleyrand a compris que le temps n\u2019est plus \u00e0 ce genre d\u2019Empire\u00a0! La R\u00e9volution a parl\u00e9 de Libert\u00e9 aux peuples et l\u2019\u00e9quilibre europ\u00e9en est le seul garant de la paix.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous voulez la guerre. Nous nous sommes battus pendant quinze ans. C\u2019en est d\u00e9j\u00e0 trop. Mais vous voulez la guerre quinze ann\u00e9es encore et vous m\u2019y forcez\u00a0! [\u2026] Si vous armez, j\u2019armerai aussi. Vous pouvez peut-\u00eatre tuer la France, mais l\u2019intimider, jamais\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"1733\" class=\"cit-num\">1733<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), apostrophant Lord Whitworh, ambassadeur d\u2019Angleterre \u00e0 Paris, 13\u00a0mars 1803. <em>La France, l\u2019Angleterre et Naples, de 1803 \u00e0 1806<\/em> (1904), Charles Auriol<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La sc\u00e8ne se passe aux Tuileries, devant deux cents t\u00e9moins\u00a0p\u00e9trifi\u00e9s\u00a0: Talleyrand et le corps diplomatique. Bonaparte est furieux. Raison ou pr\u00e9texte\u00a0? L\u2019Angleterre n\u2019a pas rempli les conditions du trait\u00e9 de paix d\u2019Amiens (25\u00a0mars 1802) mettant fin aux guerres de la deuxi\u00e8me coalition. Elle refuse notamment d\u2019\u00e9vacuer l\u2019\u00eele de Malte.<\/p>\n<p>Pour le diplomate, c\u2019est un \u00e9chec personnel et le \u00ab\u00a0commencement de la fin\u00a0\u00bb de ses relations politiques avec Napol\u00e9on. Profond\u00e9ment d\u00e9\u00e7u, il le rendra responsable de la suite des \u00e9v\u00e9nements \u2013 quatre nouvelles coalitions contre la France. Faut-il rappeler que la guerre est toujours l\u2019\u00e9chec de la diplomatie au regard d\u2019un Talleyrand, alors que pour Bonaparte et plus encore Napol\u00e9on, c\u2019est un moyen de gouverner, une manifestation de sa puissance. Ce d\u00e9saccord fondamental explique la rupture in\u00e9vitable entre ces deux g\u00e9nies politiques.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cette paix [d\u2019Amiens] n\u2019avait pas encore re\u00e7u sa compl\u00e8te ex\u00e9cution, qu\u2019il jetait d\u00e9j\u00e0 les semences de nouvelles guerres qui devaient, apr\u00e8s avoir accabl\u00e9 l\u2019Europe et la France, le conduire lui-m\u00eame \u00e0 sa ruine.\u00a0\u00bb<span id=\"1734\" class=\"cit-num\">1734<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838),<em> M\u00e9moires et Correspondance du prince de Talleyrand<\/em> (posthume, 1891)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le ministre des Relations ext\u00e9rieures a tent\u00e9 de minimiser la d\u00e9claration peu diplomatique du 13\u00a0mars\u00a01803. Mais les Affaires \u00e9trang\u00e8res rel\u00e8vent toujours du Premier Consul et Talleyrand joue le second r\u00f4le comme il peut, y trouvant des avantages financiers plus ou moins occultes. Le diable boiteux est malin.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 l\u2019Angleterre, elle s\u2019inqui\u00e8te de la politique expansionniste de la France\u00a0: Bonaparte s\u2019est fait \u00e9lire pr\u00e9sident de la R\u00e9publique cisalpine (l\u2019Italie), avant de transformer la Conf\u00e9d\u00e9ration helv\u00e9tique en protectorat fran\u00e7ais\u2026 pour mieux contr\u00f4ler les men\u00e9es antifran\u00e7aises qui s\u2019y trament\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est pire qu\u2019un crime, c\u2019est une faute.\u00a0\u00bb<span id=\"1747\" class=\"cit-num\">1747<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Antoine Claude Joseph <span class=\"caps\">BOULAY<\/span> de la <span class=\"caps\">MEURTHE<\/span> (1761-1840), apprenant l\u2019ex\u00e9cution du duc d\u2019Enghien, le 21\u00a0mars 1804. Mot parfois attribu\u00e9, mais \u00e0 tort, \u00e0 <span class=\"caps\">FOUCH\u00c9<\/span> (1759-1820) ou \u00e0 <span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838). <em>Les Citations fran\u00e7aises<\/em> (1931), Othon Guerlac<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Conseiller d\u2019\u00c9tat fid\u00e8le \u00e0 Napol\u00e9on Bonaparte, il a ce jugement s\u00e9v\u00e8re.\u00a0 Le mot bien connu est aussi attribu\u00e9 \u00e0 Fouch\u00e9 (par Chateaubriand) et \u00e0 Talleyrand (par J.-P. Sartre).<\/p>\n<p>Les deux hommes ont pouss\u00e9 Bonaparte au crime, mais il n\u2019est pas dans leur caract\u00e8re de s\u2019en repentir. Les attentats royalistes se multiplient \u00e0 la veille de l\u2019Empire, au point que Paris est en \u00e9tat de si\u00e8ge\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019air est plein de poignards\u00a0!\u00a0\u00bb dit Fouch\u00e9, ministre de la Police. Il conseille l\u2019arrestation du \u00ab\u00a0dernier Cond\u00e9\u00a0\u00bb, m\u00eame si le jeune duc n\u2019est pas impliqu\u00e9 dans le dernier complot. Bonaparte d\u00e9cide de l\u2019ex\u00e9cution\u00a0: apr\u00e8s un simulacre de jugement, on parle d\u2019assassinat la nuit suivante, dans les foss\u00e9s de Vincennes, le 21 mars.<\/p>\n<p>Cette ex\u00e9cution sommaire indigne l\u2019Europe. Toutes les t\u00eates couronn\u00e9es se ligueront contre l\u2019empereur \u2013 l\u00e0 est \u00ab\u00a0la faute\u00a0\u00bb. Le drame \u00e9meut la France\u00a0: d\u00e9tails sordides de l\u2019ex\u00e9cution et douleur de la princesse Charlotte de Rohan-Rochefort qui portera toute sa vie le deuil de cet amour. Mais les royalistes se rallieront majoritairement \u00e0 Napol\u00e9on \u2013 en cela, il a politiquement bien jou\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019Affaire d\u2019Enghien et ses suites aggravent la m\u00e9sentente entre Napol\u00e9on et Talleyrand. \u00ab\u00a0N\u2019ayant que trop bien reconnu, apr\u00e8s cet attentat, ce dont ils \u00e9taient capables, ils se firent peur l\u2019un \u00e0 l\u2019autre. Des deux parts, ils ne s\u2019attendirent plus qu\u2019\u00e0 des perfidies, \u00e0 des trahisons\u00a0\u00bb \u00e9crit le pr\u00e9fet de police de Paris \u00c9tienne Pasquier.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sire [\u2026] c\u2019est \u00e0 vous de sauver l\u2019Europe et vous n\u2019y parviendrez qu\u2019en tenant t\u00eate \u00e0 Napol\u00e9on. Le peuple fran\u00e7ais est civilis\u00e9, son souverain ne l\u2019est pas. Le souverain de Russie est civilis\u00e9, son peuple ne l\u2019est pas\u00a0: c\u2019est donc au souverain de Russie d\u2019\u00eatre l\u2019alli\u00e9 du peuple fran\u00e7ais.\u00a0\u00bb<span id=\"1833\" class=\"cit-num\">1833<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), au tsar Alexandre\u00a0Ier de Russie, Erfurt, 27\u00a0septembre 1808. <em>M\u00e9moires et Correspondance du prince de Talleyrand<\/em> (posthume, 1891)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Talleyrand a donn\u00e9 sa d\u00e9mission le 10 ao\u00fbt 1807, au motif qu\u2019il est \u00ab\u00a0un ministre des Relations ext\u00e9rieures sans emploi\u00a0\u00bb. En lot de consolation, il sera fait prince de B\u00e9n\u00e9vent, Vice-grand \u00c9lecteur de l\u2019Empire \u2013 \u00ab\u00a0le seul vice qui lui manqu\u00e2t\u00a0\u00bb dit Fouch\u00e9, apprenant cet honneur. Le diable d\u2019homme reste surtout conseiller, entre quelques col\u00e8res historiques de l\u2019empereur et malgr\u00e9 quelques trahisons av\u00e9r\u00e9es\u00a0du diplomate. Il est devenu \u00ab\u00a0insupportable, indispensable et irrempla\u00e7able\u00a0\u00bb selon son biographe Jean Orieux (<em>Talleyrand ou le Sphinx incompris<\/em>).<\/p>\n<p>En 1808, Napol\u00e9on l\u2019a charg\u00e9 de pr\u00e9parer le terrain avec son nouvel alli\u00e9, Alexandre\u00a0Ier. Il prend quelques risques\u2026 Dans un entretien secret (dont il fera naturellement \u00e9tat dans ses <em>M\u00e9moires<\/em> posthumes), Talleyrand conseille au jeune tsar de prendre ses distances avec l\u2019empereur et de m\u00e9nager la Prusse et l\u2019Autriche\u00a0: \u00ab\u00a0Le Rhin, les Alpes, les Pyr\u00e9n\u00e9es sont les conqu\u00eates de la France. Le reste est la conqu\u00eate de Napol\u00e9on. La France n\u2019y tient pas.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Alexandre a compris\u00a0le message\u00a0: le peuple fran\u00e7ais peut, un jour prochain, ne plus soutenir Napol\u00e9on. Du m\u00eame coup, cet homme faible va durcir sa position. Dans ses <em>M\u00e9moires<\/em>, Talleyrand affirme\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 Erfurt, j\u2019ai sauv\u00e9 l\u2019Europe.\u00a0\u00bb L\u2019histoire parle quand m\u00eame de la trahison d\u2019Erfurt. On peut encore en discuter \u00e0 l\u2019infini.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous \u00eates un voleur, un l\u00e2che, un homme sans foi. Vous ne croyez pas \u00e0 Dieu\u00a0; vous avez toute votre vie manqu\u00e9 \u00e0 tous vos devoirs, vous avez tromp\u00e9, trahi tout le monde [\u2026] Tenez, Monsieur, vous n\u2019\u00eates que de la merde dans un bas de soie.\u00a0\u00bb<span id=\"1834\" class=\"cit-num\">1834<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), \u00e0 Talleyrand, Conseil des ministres restreint convoqu\u00e9 au ch\u00e2teau des Tuileries, 28\u00a0janvier 1809. <em>M\u00e9moires et Correspondance du prince de Talleyrand<\/em> (posthume, 1891)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u2019Espagne o\u00f9 il tente d\u2019affermir le tr\u00f4ne de son fr\u00e8re Joseph, Napol\u00e9on a appris que Talleyrand complote avec Fouch\u00e9 pour pr\u00e9parer sa succession \u2013 sans nouvelles de lui, on l\u2019imagine victime de la gu\u00e9rilla qui fait rage contre l\u2019occupant fran\u00e7ais. Il rentre aussit\u00f4t, \u00e9pargne momentan\u00e9ment Fouch\u00e9, son ministre de la Police, mais injurie le prince de B\u00e9n\u00e9vent, Talleyrand, impassible \u2013 et sort en claquant la porte. Cette fois, c\u2019est \u00ab\u00a0de bonne guerre\u00a0\u00bb\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quel dommage, Messieurs, qu\u2019un si grand homme soit si mal \u00e9lev\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"1835\" class=\"cit-num\">1835<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838). <em>Talleyrand, ou le Sphinx incompris<\/em> (1970), Jean Orieux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Citation parfaitement en situation ce 28\u00a0janvier\u00a01809, apr\u00e8s l\u2019injure lanc\u00e9e devant t\u00e9moins par l\u2019empereur furieux. Talleyrand se vengera de l\u2019affront public, avec une certaine classe diplomatique. Il semble qu\u2019il ait redit ce mot \u00e0 divers ambassadeurs.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je me suis mis \u00e0 la disposition des \u00e9v\u00e9nements et, pourvu que je restasse Fran\u00e7ais, tout me convenait.\u00a0\u00bb<span id=\"1836\" class=\"cit-num\">1836<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), <em>M\u00e9moires et Correspondance du prince de Talleyrand<\/em> (posthume, 1891)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Napol\u00e9on l\u2019avait fait grand chambellan en 1804, prince de B\u00e9n\u00e9vent en 1806, vice-grand \u00e9lecteur en 1807. En repr\u00e9sailles, il lui retire son poste de grand chambellan. Il sera m\u00eame menac\u00e9 d\u2019exil, sinon de mort.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Que voulez-vous, mon cher, la religion se perd\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"1837\" class=\"cit-num\">1837<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), \u00e0 Fouch\u00e9, en 1809.<em> Le Crapouillot<\/em> (1955)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le ministre de la Police, totalement d\u00e9pourvu de scrupules, s\u2019\u00e9tonnait qu\u2019il ne se trouve pas en France un moine fanatique du genre de Jacques Cl\u00e9ment qui assassina Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> (1589), pour d\u00e9barrasser la France du Corse. D\u00e8s juin\u00a01810, Fouch\u00e9 rejoindra Talleyrand dans la disgr\u00e2ce. Les deux comp\u00e8res se retrouveront au pouvoir \u00e0 la Restauration\u00a0: \u00ab\u00a0le vice appuy\u00e9 sur le bras du crime\u00a0\u00bb, notera Chateaubriand dans ses <em>M\u00e9moires<\/em>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019est aucun sacrifice qui ne soit au-dessus de mon courage, lorsqu\u2019il m\u2019est d\u00e9montr\u00e9 qu\u2019il est utile au bien de la France.\u00a0\u00bb<span id=\"1842\" class=\"cit-num\">1842<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821) annon\u00e7ant son divorce au ch\u00e2teau des Tuileries devant la famille imp\u00e9riale, 15\u00a0d\u00e9cembre 1809. <em>Histoire du Consulat et de l\u2019Empire<\/em> (1847), Adolphe Thiers<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il a pris brutalement cette d\u00e9cision qui lui co\u00fbte infiniment, car il est fort \u00e9pris de Jos\u00e9phine, veuve Beauharnais. Mais raison d\u2019\u00c9tat oblige\u00a0: l\u2019empereur, \u00e0 40\u00a0ans, veut un h\u00e9ritier qu\u2019elle n\u2019a pu lui donner.<\/p>\n<p>\u00c0 la demande de Napol\u00e9on, Talleyrand travailla au divorce avec Jos\u00e9phine \u2013 r\u00e9pudi\u00e9e pour st\u00e9rilit\u00e9 \u00e0 46 ans. Il lui sugg\u00e8re aussit\u00f4t le mariage autrichien \u2013 pour des raisons \u00e9videmment diplomatiques, l\u2019ex-ennemi devenant alors un alli\u00e9\u00a0(contre la Prusse). L\u2019empereur accepte en f\u00e9vrier, avec un enthousiasme qui bouscule tous les protocoles. L\u2019ambassadeur d\u2019Autriche \u00e0 Paris (Schwarzenberg, successeur de Metternich \u00e0 ce poste)\u00a0n\u2019a m\u00eame pas le temps de pr\u00e9venir l\u2019empereur d\u2019Autriche avant que Napol\u00e9on annonce sa d\u00e9cision aux Fran\u00e7ais\u00a0! Mais personne ne peut rien refuser \u00e0 Napol\u00e9on, m\u00eame pas sa fille.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je me donne des anc\u00eatres.\u00a0\u00bb<span id=\"1844\" class=\"cit-num\">1844<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), ch\u00e2teau de Compi\u00e8gne, 27\u00a0mars 1810. <em>Metternich<\/em> (1965), Henry Vallotton<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Ivre d\u2019impatience, ivre de f\u00e9licit\u00e9\u00a0\u00bb, il apprend la valse (viennoise) et attend sa future femme, Marie-Louise\u00a0: archiduchesse d\u2019Autriche, descendante de l\u2019empereur Charles Quint et petite-ni\u00e8ce de Marie-Antoinette. Napol\u00e9on, de petite noblesse corse (d\u2019origine g\u00e9noise), \u00e9voque volontiers \u00ab\u00a0ma malheureuse tante Marie-Antoinette\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0mon pauvre oncle Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>\u00a0\u00bb. Cette union flatte son orgueil.<\/p>\n<p>La noce a lieu le 1er avril 1810. L\u2019Aiglon na\u00eetra en mars 1811. \u00ab\u00a0Je l\u2019envie. La gloire l\u2019attend, alors que j\u2019ai d\u00fb courir apr\u00e8s elle. Pour saisir le monde, il n\u2019aura qu\u2019\u00e0 tendre les bras.\u00a0\u00bb Le p\u00e8re est boulevers\u00e9 devant le berceau de son fils, cette naissance comble l\u2019empereur. La dynastie semble install\u00e9e \u00e0 jamais. Mais le destin de l\u2019insatiable conqu\u00e9rant en d\u00e9cide autrement. Napol\u00e9on a fait la folie de s\u2019attaquer \u00e0 la Russie et Talleyrand n\u2019a rien pu faire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il ne s\u2019agit en aucun cas d\u2019une retraite, mais d\u2019une marche strat\u00e9gique. Mon arm\u00e9e n\u2019est pas battue, que je sache\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"1866\" class=\"cit-num\">1866<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), 13\u00a0octobre 1812. <em>L\u2019Incendie de Moscou<\/em> (1964), Daria Olivier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les premi\u00e8res neiges tombent et les derni\u00e8res illusions de Napol\u00e9on s\u2019envolent, mais il refuse encore de l\u2019avouer. De Moscou, il envisage un repli sur Smolensk, le temps d\u2019hiverner, pour repartir au printemps sur Saint-P\u00e9tersbourg. Il affectera de railler ces Russes \u00ab\u00a0qui br\u00fblent leurs maisons pour nous emp\u00eacher d\u2019y passer la nuit.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voil\u00e0 le commencement de la fin.\u00a0\u00bb<span id=\"1869\" class=\"cit-num\">1869<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), \u00e0 l\u2019annonce du d\u00e9sastre de la retraite de Russie, d\u00e9cembre\u00a01812. <em>Monsieur\u00a0de Talleyrand<\/em> (1870), Charles-Augustin Sainte-Beuve<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il l\u2019a pr\u00e9dit avant tout le monde, sans savoir l\u2019ampleur de la d\u00e9b\u00e2cle. Il incite sans succ\u00e8s Napol\u00e9on \u00e0 n\u00e9gocier la paix et \u00e0 accorder d\u2019importantes concessions, il le lui r\u00e9p\u00e8tera plusieurs fois\u2026 En vain.<\/p>\n<p>Les soldats sont victimes du \u00ab\u00a0G\u00e9n\u00e9ral Hiver\u00a0\u00bb, comme pr\u00e9vu par le tsar Alexandre et le mar\u00e9chal Koutousov. Le froid rend fous les chevaux et colle l\u2019acier des armes aux doigts des soldats. Le passage de la B\u00e9r\u00e9zina (25 au 29\u00a0novembre 1812) est un \u00e9pisode devenu l\u00e9gendaire\u00a0: par \u201320\u00a0\u00b0C le jour, \u201330\u00a0\u00b0C la nuit, ce qui reste de la Grande Arm\u00e9e r\u00e9ussit \u00e0 franchir la rivi\u00e8re, gr\u00e2ce aux pontonniers du g\u00e9n\u00e9ral Ebl\u00e9 et aux troupes qui couvrent le passage (Ney et Victor). 8\u00a0000 tra\u00eenards n\u2019ont pas le temps de passer, ils seront tu\u00e9s par les Cosaques.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Fuss\u00e9-je mort \u00e0 Moscou, ma renomm\u00e9e serait celle du plus grand conqu\u00e9rant qu\u2019on ait connu. Mais les sourires de la Fortune \u00e9taient \u00e0 leur fin.\u00a0\u00bb<span id=\"1870\" class=\"cit-num\">1870<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821). <em>M\u00e9morial de Sainte-H\u00e9l\u00e8ne<\/em> (1823), Las Cases<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s la campagne de Russie, Napol\u00e9on r\u00e9unit un Conseil le 3 janvier 1813. Talleyrand lui redit de n\u00e9gocier et d\u2019accepter une partie des conditions de l\u2019ennemi. Napol\u00e9on refuse, mais lui offre \u00e0 nouveau le poste de ministre des Relations ext\u00e9rieures. Talleyrand refuse. \u00c9tonnant, d\u00e9solant dialogue de sourds, dans les coulisses de l\u2019Histoire.<\/p>\n<p>Une restauration devient probable, notre diplomate pense toujours \u00e0 une monarchie constitutionnelle \u00e0 l\u2019anglaise, le meilleur r\u00e9gime pour la France \u2013 et l\u2019occasion de revenir au pouvoir comme Premier ministre. Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> attend son heure, exil\u00e9 en Angleterre, entour\u00e9 d\u2019une petite cour plus royaliste que le roi. Talleyrand correspond avec lui, certaines lettres sont intercept\u00e9es. Napol\u00e9on h\u00e9site entre l\u2019exiler, le poursuivre en justice\u2026 mais continue de lui demander conseil et lui offre \u00e0 nouveau le minist\u00e8re\u00a0!<\/p>\n<p>Derni\u00e8re entrevue en janvier 1814. Il nomme Talleyrand au Conseil de r\u00e9gence avant de partir pour une campagne de France sans espoir o\u00f9 la mort ne voudra pas de lui \u2013 \u00ab\u00a0J\u2019ai tout fait pour mourir \u00e0 Arcis\u00a0!\u00a0\u00bb (bataille du 19 mars).<\/p>\n<p>La France est vaincue par les Alli\u00e9s, envahie, occup\u00e9e \u2013 il faut lui \u00e9viter d\u2019\u00eatre trop humili\u00e9e. Le pays est divis\u00e9 en bonapartistes, r\u00e9publicains, royalistes \u2013 il faut une constitution lib\u00e9rale et un roi pr\u00eat \u00e0 jouer le jeu. Talleyrand pousse Marmont (mar\u00e9chal d\u2019Empire) \u00e0 signer la capitulation de Paris. Il re\u00e7oit le tsar dans son h\u00f4tel rue Saint-Florentin et le persuade de favoriser une restauration des Bourbons. C\u2019est son \u00ab\u00a018 brumaire \u00e0 l\u2019envers\u00a0\u00bb. Et il convoque le S\u00e9nat pour assurer la transition l\u00e9gale.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a01. Napol\u00e9on Bonaparte est d\u00e9chu du tr\u00f4ne et le droit d\u2019h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 \u00e9tabli dans sa famille est aboli. <br>2. Le peuple fran\u00e7ais et l\u2019arm\u00e9e sont d\u00e9li\u00e9s du serment de fid\u00e9lit\u00e9 envers Napol\u00e9on Bonaparte.\u00a0\u00bb<span id=\"1886\" class=\"cit-num\">1886<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">S\u00e9nat, S\u00e9natus-consulte du 2\u00a0avril 1814. <em>M\u00e9moires de M. de Bourrienne, ministre d\u2019\u00c9tat\u00a0: sur Napol\u00e9on, le Directoire, le Consulat, l\u2019Empire et la Restauration<\/em> (1829), Louis Antoine Fauvelet de Bourrienne<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le Corps l\u00e9gislatif adh\u00e8re \u00e0 l\u2019acte du S\u00e9nat le 3\u00a0avril, tandis qu\u2019\u00e0 l\u2019H\u00f4tel de Ville une majorit\u00e9 de conseillers voulaient le r\u00e9tablissement de la monarchie en la personne de Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>\u2026 Mais le tsar n\u2019aime pas Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>.<\/p>\n<p>Talleyrand r\u00e9unit 64 S\u00e9nateurs pour qu\u2019ils nomment un gouvernement provisoire \u2013 qu\u2019il va naturellement diriger.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0D\u00e8s les premiers jours, Talleyrand imprime \u00e0 son gouvernement une touche tr\u00e8s lib\u00e9rale. Par conviction mais aussi tr\u00e8s habilement, il tente d\u2019imposer la force de son autorit\u00e9 en supprimant tout ce que le despotisme napol\u00e9onien avait de plus insupportable.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Emmanuel de <span class=\"caps\">WARESQUIEL<\/span> (n\u00e9 en 1957),<em> Talleyrand\u00a0: Le prince immobile<\/em> (2003)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Homme d\u2019\u00c9tat bien en situation, il souhaite toujours s\u2019inspirer du r\u00e9gime britannique et tentera de marier la Restauration avec ce syst\u00e8me, malgr\u00e9 les ultras entourant Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>. En attendant, il se retrouve \u00e0 la t\u00eate du pays et applique ses id\u00e9es lib\u00e9rales. Son gouvernement provisoire lui vaut les f\u00e9licitations de Benjamin Constant qui ne l\u2019aime gu\u00e8re, mais le remercie d\u2019 \u00ab\u00a0avoir \u00e0 la fois bris\u00e9 la tyrannie et jet\u00e9 les bases de la libert\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Rien n\u2019est chang\u00e9 en France, il n\u2019y a qu\u2019un Fran\u00e7ais de plus\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"1912\" class=\"cit-num\">1912<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comte d\u2019<span class=\"caps\">ARTOIS<\/span> et futur Charles\u00a0X (1757-1836), D\u00e9claration du 12\u00a0avril 1814. <em>M\u00e9moires et Correspondance du Prince de Talleyrand<\/em> (posthume, 1891)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fringant et rayonnant, escort\u00e9 de 600 gardes nationaux, ovationn\u00e9 par les Parisiens, le fr\u00e8re cadet du roi fait son entr\u00e9e dans Paris et regagne le palais des Tuileries d\u2019o\u00f9 la R\u00e9volution le chassa \u2013 il fut le premier \u00e9migr\u00e9 c\u00e9l\u00e8bre de l\u2019histoire, le 17\u00a0juillet 1789. Phrase assez floue et minimaliste pour rassurer la France en \u00e9tat de choc, elle minore l\u2019\u00e9v\u00e9nement, la restauration de la monarchie, \u00e0 moins qu\u2019elle n\u2019occulte \u00e0 la fois la R\u00e9volution et l\u2019Empire.<\/p>\n<p>Talleyrand raconte comment le pr\u00e9fet Beugnot et le chancelier Pasquier finirent par accoucher de ce Mot historique qu\u2019il envoya au <em>Moniteur<\/em> (journal officiel) en annon\u00e7ant la rentr\u00e9e du comte d\u2019Artois. Le mot plut beaucoup \u00e0 Paris et \u00ab\u00a0\u00e0 force de l\u2019entendre r\u00e9p\u00e9ter et admirer, le comte d\u2019Artois finit par \u00eatre sinc\u00e8rement persuad\u00e9 qu\u2019il l\u2019avait dit.\u00a0\u00bb Cependant que Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> est \u00e0 Calais, condamn\u00e9 par une crise de goutte \u00e0 diff\u00e9rer son d\u00e9barquement du bateau venu d\u2019Angleterre\u00a0! Ce mot fait aussi \u00e9cho au dicton cruel \u00e9voquant l\u2019abdication de l\u2019empereur\u00a0: \u00ab\u00a0Bient\u00f4t, il n\u2019y aura en France qu\u2019un Fran\u00e7ais de moins.\u00a0\u00bb Le soir m\u00eame, 12\u00a0avril \u00e0 Fontainebleau, Napol\u00e9on tente de se suicider.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis bien aise de vous voir\u00a0; nos maisons datent de la m\u00eame \u00e9poque. Mes anc\u00eatres ont \u00e9t\u00e9 les plus habiles\u00a0; si les v\u00f4tres l\u2019avaient \u00e9t\u00e9 plus que les miens, vous me diriez aujourd\u2019hui\u00a0: prenez une chaise, approchez-vous de moi, parlons de nos affaires\u00a0; aujourd\u2019hui, c\u2019est moi qui vous dis\u00a0: asseyez-vous et causons.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> (1755-1824) \u00e0 Talleyrand, <em>M\u00e9moires et Correspondance du prince de Talleyrand<\/em> (posthume, 1891)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le gouvernement provisoire de Talleyrand dure un mois. 1er mai 1814, il rejoint \u00e0 Compi\u00e8gne Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> qui le fait attendre des heures\u2026 Ce roi reste connu pour son humour. Il lui demande comment il a pu voir la fin de tant de r\u00e9gimes\u00a0: \u00ab\u00a0Mon Dieu, Sire, je n\u2019ai vraiment rien fait pour cela, c\u2019est quelque chose d\u2019inexplicable que j\u2019ai en moi et qui porte malheur aux gouvernements qui me n\u00e9gligent\u00a0\u00bb r\u00e9pond Talleyrand esp\u00e9rant une certaine reconnaissance.<\/p>\n<p>Mais le roi refuse la Constitution s\u00e9natoriale\u00a0: il pr\u00e9f\u00e8re accorder \u00e0 ses sujets la Charte constitutionnelle qui reprend les id\u00e9es lib\u00e9rales propos\u00e9es, mais rejette l\u2019\u00e9quilibre des pouvoirs. Le 13 mai, Talleyrand, d\u00e9\u00e7u dans son ambition de pr\u00e9sider le minist\u00e8re, est quand m\u00eame nomm\u00e9 ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res. C\u2019est bien le moins\u2026<\/p>\n<p>Le 30 mai, il signe le trait\u00e9 de Paris qu\u2019il a n\u00e9goci\u00e9 non sans mal\u00a0: la paix entre la France et les Alli\u00e9s, la fin de l\u2019occupation, pas d\u2019indemnit\u00e9s de guerre, le retour aux fronti\u00e8res de 1792 (plus quelques villes, une part de la Savoie et les anciens comtats pontificaux) et l\u2019annonce du congr\u00e8s de Vienne dont les bases sont pos\u00e9es. Il va naturellement repr\u00e9senter la France. \u00c0 60 ans, notre diable boiteux est au fa\u00eete de son art diplomatique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Alli\u00e9es\u2026, dis-je, et contre qui\u00a0? Ce n\u2019est plus contre Napol\u00e9on\u00a0: il est \u00e0 l\u2019\u00eele d\u2019Elbe\u2026\u00a0; ce ne n\u2019est plus contre la France\u00a0: la paix est faite\u2026\u00a0; ce n\u2019est s\u00fbrement pas contre le roi de France\u00a0: il est garant de la dur\u00e9e de cette paix. Messieurs, parlons franchement, s\u2019il y a encore des puissances alli\u00e9es, je suis de trop ici. [\u2026] Et cependant, si je n\u2019\u00e9tais pas ici, je vous manquerais essentiellement\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), Congr\u00e8s de Vienne, 30 septembre 1814. \u00ab\u00a0La diplomatie fran\u00e7aise, de Talleyrand \u00e0 de Gaulle\u00a0\u00bb,<em> Revue Politique et parlementaire<\/em>, mars 2016, Charles Zorgbibe<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les tractations informelles ont d\u00e9but\u00e9 le 16 septembre. Tenu \u00e0 l\u2019\u00e9cart des principales r\u00e9unions entre les quatre pays (Royaume-Uni, Autriche, Prusse, Russie) qui ont d\u00e9j\u00e0 approuv\u00e9 un protocole, il est invit\u00e9 le 30 septembre \u00e0 une discussion parlant des \u00ab\u00a0puissances alli\u00e9es\u00a0\u00bb. D\u2019o\u00f9 sa r\u00e9action plus vive que de coutume\u2026 et la col\u00e8re des quatre, exprim\u00e9e par Metternich\u00a0: \u00ab\u00a0Nous aurions mieux fait de traiter nos affaires entre nous\u00a0!\u00a0\u00bb Le 3 octobre, Talleyrand menace de ne plus assister \u00e0 aucune conf\u00e9rence. Il se pose en d\u00e9fenseur des petites nations d\u00e9sormais pr\u00e9sentes aux d\u00e9lib\u00e9rations, exploitant les divisions entre les quatre grands. Appuy\u00e9 par l\u2019Angleterre et l\u2019Espagne, il obtient l\u2019annulation des proc\u00e8s-verbaux des pr\u00e9c\u00e9dentes r\u00e9unions. Le congr\u00e8s s\u2019ouvre enfin le 1er novembre.<\/p>\n<p>Mais aucun sujet important n\u2019est abord\u00e9 dans les r\u00e9unions officielles \u2013 tout se passe dans les salons. Les petites nations se lassent et finissent par ne plus y assister. Talleyrand reste quand les v\u00e9ritables d\u00e9lib\u00e9rations commencent le 8 janvier 1815 et le tour est jou\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est ainsi que le comit\u00e9 des Quatre devint le comit\u00e9 des Cinq.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le meilleur auxiliaire d\u2019un diplomate, c\u2019est son cuisinier.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838). Beno\u00eet Br\u00e9ville,\u00a0<em>Le Monde diplomatique<\/em>, ao\u00fbt-septembre 2015<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au moment de partir de Paris pour Vienne, il a r\u00e9clam\u00e9 au roi Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> plus de casseroles que d\u2019instructions \u00e9crites. Il emmenait dans ses fourgons le plus grand cuisinier de son temps\u00a0: Antonin Car\u00eame avait d\u00e9j\u00e0 servi en Angleterre chez le prince de Galles et s\u00e9duit le tsar Alexandre lors de l\u2019invasion de Paris \u2013 toujours \u00e0 la demande de Talleyrand. On a pu dire que Car\u00eame fut un espion autant qu\u2019un cuisinier g\u00e9nial. Il va se surpasser \u00e0 Vienne.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s des pourparlers difficiles, ces messieurs n\u2019h\u00e9sitaient jamais \u00e0 partager un bon repas\u00a0! Car\u00eame et Talleyrand subjugu\u00e8rent les altesses et les pl\u00e9nipotentiaires\u00a0: magnificence des menus et qualit\u00e9 des plats mitonn\u00e9s par la brigade du \u00ab\u00a0roi Car\u00eame\u00a0\u00bb. Talleyrand descendait tous les matins en cuisine, ordonnait avec lui le d\u00eener du jour et avait toutes les informations recueillies par le personnel de salle assurant les soins du service\u2026 et le renseignement. Les langues se d\u00e9liaient et Talleyrand savait tout le lendemain matin.<\/p>\n<p>Pour en revenir \u00e0 l\u2019art de la cuisine\u2026 Antonin Car\u00eame invente un pudding \u00e0 servir froid \u2013 avec Talleyrand qui veille \u00e0 tout. Il s\u2019inspire du \u00ab\u00a0cabinet pudding\u00a0\u00bb tr\u00e8s r\u00e9pandu en Europe (pudding sucr\u00e9 ou sal\u00e9 venant du Royaume-Uni). Il en tire une version \u00e0 base de brioche \u00e9miett\u00e9e agr\u00e9ment\u00e9e d\u2019une cr\u00e8me, de fruits confits, le tout arros\u00e9 de kirsch et baptis\u00e9 \u00ab\u00a0\u00e0 la diplomate\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Au cours d\u2019un d\u00eener offert par le prince de Talleyrand, une controverse na\u00eet avec le prince de Metternich, ministre de l\u2019empereur d\u2019Autriche\u00a0: quel est le meilleur fromage d\u2019Europe\u00a0? Talleyrand opte pour le Brie, lord Castlereagh repr\u00e9sentant l\u2019Angleterre d\u00e9fend le Stilton, le baron de Falk, des Pays Bas, vante le Limbourg\u2026 50 des meilleurs fromages d\u2019Europe sont r\u00e9unis, arriv\u00e9s par courrier diplomatique, et ce jury vota \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9 pour le Brie de Meaux, d\u00e9sign\u00e9 roi des fromages \u2013 \u00ab\u00a0le seul souverain que Talleyrand n\u2019ait pas trahi\u00a0\u00bb aux dires de ses ennemis.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le Congr\u00e8s ne marche pas, mais il danse.\u00a0\u00bb<span id=\"1920\" class=\"cit-num\">1920<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Prince de <span class=\"caps\">LIGNE<\/span> (1735-1814), au Congr\u00e8s de Vienne, 1814. <em>De la r\u00e9organisation de la soci\u00e9t\u00e9 europ\u00e9enne<\/em> (1925), Augustin Thierry<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c2g\u00e9 de 80\u00a0ans, feld-mar\u00e9chal autrichien devenu cosmopolite \u00e9clair\u00e9, il parle du Congr\u00e8s r\u00e9uni \u00e0 Vienne de septembre\u00a01814 \u00e0 juin\u00a01815. Outre les souverains, les princes et les hommes d\u2019\u00c9tat, les diplomates et les observateurs, une foule d\u2019intrigants et de jolies femmes sont au rendez-vous viennois. Le prince de Metternich, chancelier d\u2019Autriche (chef du gouvernement) et ma\u00eetre des lieux, organise une succession de f\u00eates et r\u00e9ceptions, bals et concerts, op\u00e9ras et revues militaires. Le plaisir est roi, mis en sc\u00e8ne \u00e0 la viennoise\u2026 ou \u00e0 la fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>Talleyrand danse comme un diable boiteux, mais il re\u00e7oit \u00e0 souper comme un prince. Sa ni\u00e8ce, 21 ans, Doroth\u00e9e de Courlande, bient\u00f4t duchesse de Dino, s\u00e9duit tout le monde par son esprit et sa beaut\u00e9. Elle sera la derni\u00e8re pr\u00e9sence f\u00e9minine aupr\u00e8s de Talleyrand, par ailleurs l\u2019amant de sa m\u00e8re.<\/p>\n<p>Le Congr\u00e8s travaille aussi et Talleyrand y veille\u00a0! Il faut solder ce que les historiens appelleront la seconde guerre de Cent Ans\u00a0: de 1688 \u00e0 1815, soit en cent vingt-sept ans, la France soutint contre l\u2019Angleterre sept grandes guerres qui dur\u00e8rent en tout soixante ans.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si cela va sans le dire, cela ira encore mieux en le disant.\u00a0\u00bb<span id=\"1921\" class=\"cit-num\">1921<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), au Congr\u00e8s de Vienne, octobre\u00a01814. <em>L\u2019Europe et la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span> (1908), Albert Sorel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cit\u00e9 en fran\u00e7ais, ce mot figure dans beaucoup de dictionnaires \u00e9trangers. Repr\u00e9sentant Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span>, Talleyrand demande qu\u2019on ajoute une pr\u00e9cision \u00e0 un texte. On lui dit\u00a0: \u00ab\u00a0Cela va sans le dire.\u00a0\u00bb D\u2019o\u00f9 la riposte.<\/p>\n<p>La France abandonne ses conqu\u00eates de la R\u00e9volution et de l\u2019Empire, retrouve ses fronti\u00e8res de 1792, mais conserve Mulhouse, Annecy, Chamb\u00e9ry, diverses places fortes de l\u2019Est, r\u00e9cup\u00e8re une partie de ses colonies. Et les arm\u00e9es alli\u00e9es se mettent en marche, pour repasser les fronti\u00e8res \u00e0 partir du 1er\u00a0juin. Talleyrand a bien jou\u00e9\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Maintenant, Sire, la coalition est dissoute, et elle l\u2019est pour toujours [\u2026] la France n\u2019est plus isol\u00e9e en Europe.\u00a0\u00bb<span id=\"1922\" class=\"cit-num\">1922<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), Lettre \u00e0 Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>, 4\u00a0janvier 1815. <em>Correspondance in\u00e9dite du prince de Talleyrand et du roi Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> pendant le Congr\u00e8s de Vienne, publi\u00e9e sur les manuscrits conserv\u00e9s au D\u00e9p\u00f4t des Affaires \u00c9trang\u00e8res<\/em> (1881)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Message venu du congr\u00e8s de Vienne o\u00f9 Talleyrand, intrigant comme il sait l\u2019\u00eatre et souvent pour le bien de la France, a conclu un trait\u00e9 secret avec l\u2019Autriche et l\u2019Angleterre contre la Prusse et la Russie. C\u2019est un exploit diplomatique\u00a0: le repr\u00e9sentant du pays vaincu a r\u00e9ussi \u00e0 diviser les Alli\u00e9s, \u00e0 limiter les exigences de la Prusse et de la Russie\u2026 Le plus \u00e9tonnant <em>come-back<\/em> de l\u2019Histoire va ruiner tous ses efforts.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ils n\u2019ont rien oubli\u00e9, ni rien appris.\u00a0\u00bb<span id=\"1926\" class=\"cit-num\">1926<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), Golfe-Juan, Proclamation du 1er\u00a0mars 1815. <em>Histoire parlementaire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise ou Journal des Assembl\u00e9es nationales<\/em> (1834-1838), <span class=\"caps\">P.J.B.<\/span> Buchez, <span class=\"caps\">P.C.<\/span>Roux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Depuis le peu de mois que les Bourbons r\u00e8gnent, ils vous ont convaincu qu\u2019ils n\u2019ont rien oubli\u00e9, ni rien appris.\u00a0\u00bb Napol\u00e9on reprend la formule de Dumouriez parlant des courtisans qui entourent Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>. Le mot est \u00e9galement attribu\u00e9 \u00e0 Talleyrand \u2013 on ne pr\u00eate qu\u2019aux riches\u2026 Quoi qu\u2019il en soit, il r\u00e9sume parfaitement la mentalit\u00e9 des Bourbons et surtout de leurs partisans, les ultras, plus royalistes que le roi.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cet homme est revenu de l\u2019\u00eele d\u2019Elbe plus fou qu\u2019il n\u2019\u00e9tait parti. Son affaire est r\u00e9gl\u00e9e, il n\u2019en a pas pour quatre mois.\u00a0\u00bb<span id=\"1931\" class=\"cit-num\">1931<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Joseph <span class=\"caps\">FOUCH\u00c9<\/span> (1759-1820), lucide quant \u00e0 l\u2019avenir, mars\u00a01815. <em>1815<\/em> (1893), Henry Houssaye<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Paroles de celui qui va redevenir ministre de la Police sous les Cent-Jours. Napol\u00e9on conna\u00eet les d\u00e9fauts et les qualit\u00e9s de l\u2019homme. Fouch\u00e9 prendra son portefeuille le 21\u00a0mars 1815, confiant \u00e0 Gaillard (lieutenant g\u00e9n\u00e9ral de police)\u00a0: \u00ab\u00a0Avant trois mois, je serai plus puissant que lui et s\u2019il ne m\u2019a pas fait fusiller, il sera \u00e0 mes genoux\u2026 Mon premier devoir est de contrarier tous les projets de l\u2019empereur.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Fouch\u00e9 a tort de trahir, mais il a raison de penser ainsi. Le retour de Napol\u00e9on d\u00e9clenche une nouvelle guerre europ\u00e9enne et le second trait\u00e9 de paix sera beaucoup moins cl\u00e9ment. La France n\u2019a aucune chance de gagner, m\u00eame avec ce fabuleux meneur d\u2019hommes qui veut encore forcer le destin. C\u2019est l\u2019aventure de trop.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ram\u00e8nerai l\u2019usurpateur dans une cage de fer.\u00a0\u00bb<span id=\"1933\" class=\"cit-num\">1933<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mar\u00e9chal <span class=\"caps\">NEY<\/span> (1769-1815), au roi Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span>. <em>Vie du mar\u00e9chal Ney<\/em> (1816), Raymond Balthazar Maizeau<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Surnomm\u00e9 le Brave des braves sous l\u2019Empire, Ney a pouss\u00e9 Napol\u00e9on \u00e0 abdiquer il y a moins d\u2019un an et s\u2019est ralli\u00e9 \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> qui le fit pair de France. Le roi le charge \u00e0 pr\u00e9sent d\u2019arr\u00eater \u00ab\u00a0le vol de l\u2019Aigle\u00a0\u00bb. Ney en fait le serment. Mais il va c\u00e9der au charisme de l\u2019empereur et se rallier \u00e0 lui avec ses troupes, le 13\u00a0mars 1815.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut tuer Buonaparte comme un chien enrag\u00e9.\u00a0\u00bb<span id=\"1934\" class=\"cit-num\">1934<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), Congr\u00e8s de Vienne, 12\u00a0mars 1815.<em> Le Roi de Rome<\/em> (1932), Octave Aubry<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Napol\u00e9on a boulevers\u00e9 le bon ordre du Congr\u00e8s et mis le ministre fran\u00e7ais dans une situation d\u00e9licate, si habile que soit notre diplomate \u00e0 60\u00a0ans. On imagine sa col\u00e8re froide.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0[Napol\u00e9on d\u00e9clar\u00e9] hors des relations civiles et sociales et livr\u00e9 \u00e0 la vindicte publique comme ennemi et perturbateur du monde.\u00a0\u00bb<span id=\"1935\" class=\"cit-num\">1935<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Les souverains alli\u00e9s, Congr\u00e8s de Vienne, 13\u00a0mars 1815. <em>Le Moniteur universel<\/em> (1815)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les souverains pr\u00e9sents au Congr\u00e8s de Vienne \u2013\u00a0Fran\u00e7ois Ier l\u2019empereur d\u2019Autriche (beau-p\u00e8re de Napol\u00e9on), le tsar Alexandre de Russie, le roi de Prusse Fr\u00e9d\u00e9ric-Guillaume <span class=\"caps\">III<\/span>\u00a0\u2013 sont unanimes \u00e0 mettre Napol\u00e9on hors-la-loi. Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> \u00e0 Paris tient encore \u00e0 son tr\u00f4ne et joue son r\u00f4le\u2026 avant de fuir \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e de l\u2019empereur. Il irait au bout du monde, malgr\u00e9 sa goutte qui en fait un infirme. Il allait d\u00e9j\u00e0 passer en Angleterre. Talleyrand use de toute son autorit\u00e9 (soutenu par le Congr\u00e8s de Vienne) pour le stopper \u00e0 Gand, en Belgique\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La l\u00e9gitimit\u00e9 gisait en d\u00e9p\u00f4t \u00e0 l\u2019h\u00f4tel d\u2019Hane de Steenhuyse comme un vieux fourgon bris\u00e9.\u00a0\u00bb<span id=\"1938\" class=\"cit-num\">1938<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848), <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019auteur des <em>M\u00e9moires<\/em> est nomm\u00e9 ministre de l\u2019Int\u00e9rieur par Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> r\u00e9fugi\u00e9 \u00e0 Gand. Le roi a constitu\u00e9 un gouvernement en exil. Selon le duc de Castries, Chateaubriand devient vite \u00e0 lui seul tout le gouvernement, mais n\u2019est pas dupe\u2026 La situation est assez ridicule, en ce d\u00e9but du mois d\u2019avril\u00a01815. \u00ab\u00a0Notre p\u00e8re de Gand\u00a0\u00bb sera souvent surnomm\u00e9 \u00ab\u00a0notre paire de gants\u00a0\u00bb et tourn\u00e9 en d\u00e9rision par les autres partis. L\u2019humiliation des Cent-Jours va peser lourd, sur ce roi d\u00e9j\u00e0 malmen\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ma vie politique est termin\u00e9e. Je proclame mon fils, sous le nom de Napol\u00e9on <span class=\"caps\">II<\/span>, empereur des Fran\u00e7ais.\u00a0\u00bb<span id=\"1951\" class=\"cit-num\">1951<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), 22\u00a0juin 1815. <em>Dictionnaire des sciences politiques et sociales<\/em> (1855), Auguste Ott<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s le d\u00e9sastre historique de Waterloo (18 juin), l\u2019empereur abdique une seconde fois, mais cette fois en faveur de son fils. Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> est reconnu empereur le 23\u00a0juin par les Chambres des Cent-Jours, non sans tumulte\u00a0et avec un argument juridique \u00e9tonnant\u00a0: dans le cas contraire, l\u2019abdication serait nulle et Napol\u00e9on pourrait repartir en guerre avec 50\u00a0000 hommes\u2026<\/p>\n<p>Les Alli\u00e9s veulent surtout se d\u00e9barrasser de lui, d\u00e9finitivement. Le vaincu se rend aux Anglais, c\u2019est la d\u00e9portation dans l\u2019\u00eele de Sainte-H\u00e9l\u00e8ne \u00e0 1\u00a0900\u00a0km, en plein oc\u00e9an Atlantique. Et le d\u00e9but de la l\u00e9gende. En attendant, la \u00ab\u00a0seconde Restauration\u00a0\u00bb commence avec le retour de Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto; margin-right: auto;\" title=\"Talleyrand citations\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/talleyrand_citation-1.jpg\" alt=\"Talleyrand citations\" width=\"351\" height=\"263\"><\/p>\n<h4>4. Fin de carri\u00e8re tardive aboutissant (post mortem) \u00e0 l\u2019Entente cordiale avec l\u2019Angleterre.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tout \u00e0 coup, une porte s\u2019ouvre\u00a0: entre silencieusement le vice appuy\u00e9 sur le bras du crime, Monsieur de Talleyrand soutenu par Monsieur Fouch\u00e9.\u00a0\u00bb<span id=\"1953\" class=\"cit-num\">1953<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848), <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Arrivant \u00e0 Saint-Denis pour y retrouver Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span>, il aper\u00e7oit Talleyrand et Fouch\u00e9 venus se rallier au roi. Il d\u00e9crit l\u2019effet que lui causa cette entr\u00e9e des deux hommes allant se pr\u00e9senter, ce 7\u00a0juillet 1815, \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> qui leur rendra leurs portefeuilles \u2013 Affaires \u00e9trang\u00e8res et Police. \u00ab\u00a0La vision infernale passe lentement devant moi, p\u00e9n\u00e8tre dans le cabinet du roi et dispara\u00eet. Fouch\u00e9 venait jurer foi et hommage \u00e0 son seigneur\u00a0; le f\u00e9al r\u00e9gicide, \u00e0 genoux, mit les mains qui firent tomber la t\u00eate de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> entre les mains du fr\u00e8re du roi martyr\u00a0; l\u2019\u00e9v\u00eaque apostat fut caution du serment.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Fouch\u00e9 perdra son poste l\u2019ann\u00e9e suivante, proscrit, exil\u00e9 en tant que r\u00e9gicide. Il sort de l\u2019histoire par la petite porte. Talleyrand, honni des royalistes comme des r\u00e9publicains, \u00e9ph\u00e9m\u00e8re pr\u00e9sident du Conseil des ministres, ne peut que d\u00e9missionner apr\u00e8s la victoire \u00e9crasante des ultras\u00a0: la fameuse \u00ab\u00a0Chambre introuvable\u00a0\u00bb (ao\u00fbt 1815). Il se place dans l\u2019opposition lib\u00e9rale \u00e0 la Chambre des pairs. Il ne semble m\u00eame pas las de cette politique politicienne et de ces joutes intellectuelles \u00e0 la fran\u00e7aise. D\u2019une patience infinie, il sait que le temps travaille pour lui, il renoue des relations utiles parmi les lib\u00e9raux qui finiront par avoir raison contre les ultras\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y a quelqu\u2019un qui a plus d\u2019esprit que Voltaire, c\u2019est tout le monde.\u00a0\u00bb<span id=\"1985\" class=\"cit-num\">1985<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), d\u00e9fendant la libert\u00e9 de la presse contre la censure, Chambre des pairs, 24\u00a0juin 1821. <em>Le Roi Voltaire<\/em> (1860), Ars\u00e8ne Houssaye<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La libert\u00e9 est bien malade et la presse aussi, avec les ultras au pouvoir\u00a0: les lois de Serre de 1819 (lib\u00e9rales) ont \u00e9t\u00e9 suspendues d\u00e8s mars\u00a01820, l\u2019autorisation pr\u00e9alable sera r\u00e9tablie en 1822, le jugement des d\u00e9lits de presse rendu au juge correctionnel (plus s\u00e9v\u00e8re que le jury populaire). Beaucoup de journaux vont dispara\u00eetre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sire, je suis vieux.<br>\u2014 Non, Monsieur de Talleyrand, non, vous n\u2019\u00eates point vieux\u00a0; l\u2019ambition ne vieillit point.\u00a0\u00bb<span id=\"1992\" class=\"cit-num\">1992<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span>\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> (1755-1824), qui r\u00e9plique au \u00ab\u00a0Discours au roi pour l\u2019emp\u00eacher de faire la guerre\u00a0\u00bb. <em>Livret de Paul-Louis, vigneron, pendant un s\u00e9jour \u00e0 Paris en mars\u00a01823<\/em> (1823), Paul-Louis Courier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le roi qui ne para\u00eet pas jeune \u2013 malade de la goutte et de plus en plus infirme \u2013 rassure ainsi M.\u00a0de Talleyrand qui ne l\u2019est plus gu\u00e8re avec sa boiterie de naissance. Ils ont le m\u00eame \u00e2ge (presque septuag\u00e9naires), mais Talleyrand ne renonce \u00e0 rien et tient bon. Il assistera en 1824 \u00e0 l\u2019agonie du roi et \u00e0 son enterrement.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span> et Napol\u00e9on, il assistera aussi \u00e0 un troisi\u00e8me sacre \u2013 le dernier de notre histoire, 29 mai 1825. Charles X a voulu ressusciter cette c\u00e9r\u00e9monie anachronique\u00a0: \u00ab\u00a0une belle f\u00eate costum\u00e9e \u00e0 la gothique\u00a0\u00bb. Pour r\u00e9sumer sa ligne politique\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019aimerais mieux scier du bois que de r\u00e9gner \u00e0 la fa\u00e7on du roi d\u2019Angleterre\u00a0!\u00a0\u00bb C\u2019est dire sa volont\u00e9 de s\u2019affranchir de la Charte constitutionnelle adopt\u00e9e par son fr\u00e8re. Difficile pour Talleyrand de dialoguer avec cet homme certes charmant, jeune d\u2019allure \u00e0 67\u00a0ans et populaire pendant quelques mois, mais entour\u00e9 de courtisans et totalement coup\u00e9 du peuple. B\u00eate et born\u00e9, par ailleurs sportif (grand cavalier) et en bonne sant\u00e9, il peut r\u00e9gner longtemps\u2026 mais il fera tant d\u2019erreurs politiques que la prochaine r\u00e9volution se dessine d\u00e9j\u00e0.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne veux pas monter en charrette comme mon fr\u00e8re\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2012\" class=\"cit-num\">2012<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CHARLES<\/span>\u00a0X (1757-1836), hant\u00e9 par le souvenir de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> guillotin\u00e9 en 1793. <em>La Cour de Charles\u00a0X<\/em> (1892), Imbert de Saint-Amand<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019exemple de son fr\u00e8re a\u00een\u00e9, devenu un roi martyr, le confortait dans sa politique ultraroyaliste. N\u2019est-ce pas sa faiblesse et ses concessions qui l\u2019ont perdu\u00a0? Et Charles\u00a0X assimile les Girondins de la R\u00e9volution aux lib\u00e9raux de plus en plus agressifs sous la Restauration. Sa peur devient obsessionnelle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un roi qu\u2019on menace n\u2019a de choix qu\u2019entre le tr\u00f4ne et l\u2019\u00e9chafaud\u00a0!<br>\u2014 Sire, Votre Majest\u00e9 oublie la chaise de poste\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2013\" class=\"cit-num\">2013<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), \u00e0 <span class=\"caps\">CHARLES<\/span>\u00a0X (1757-1836).<em> Souvenirs intimes sur M. de Talleyrand<\/em> (1870), Am\u00e9d\u00e9e Pichot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fa\u00e7on de rassurer le roi avec humour, lui rappelant au passage qu\u2019il fut le premier \u00e9migr\u00e9 c\u00e9l\u00e8bre de la R\u00e9volution, au lendemain de la prise de la Bastille. Naturellement, le diable boiteux intrigu\u00e9 en coulisses, cette fois pour son ami le candidat orl\u00e9aniste aux id\u00e9es lib\u00e9rales. Il pr\u00e9pare son dernier changement de r\u00e9gime. Ce sera enfin \u00ab\u00a0le bon\u00a0\u00bb, avec une monarchie \u00e0 l\u2019anglaise vraiment constitutionnelle\u00a0! Ce qu\u2019il veut depuis toujours pour la France.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Puisque M. de Talleyrand se pronon\u00e7ait, Louis-Philippe pouvait se risquer.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">SAINTE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">BEUVE<\/span> (1804-1869), <em>Nouveaux Lundis<\/em>, tome <span class=\"caps\">XII<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le prince de Talleyrand en \u00ab\u00a0faiseur de rois\u00a0\u00bb, le r\u00f4le lui va si bien\u00a0! Ironie de l\u2019Histoire, il va retrouver le marquis de La Fayette pr\u00eat \u00e0 la parade r\u00e9publicaine, son emploi pr\u00e9f\u00e9r\u00e9\u00a0! Cette r\u00e9volution sera l\u2019une des guerres civiles les plus br\u00e8ves et les moins sanglantes\u00a0de l\u2019histoire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mettez en note que le 29\u00a0juillet 1830, \u00e0 midi cinq minutes, la branche a\u00een\u00e9e des Bourbons a cess\u00e9 de r\u00e9gner sur la France\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2029\" class=\"cit-num\">2029<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838). <em>L\u2019Esprit de M.\u00a0de Talleyrand\u00a0: anecdotes et bons mots<\/em> (1909), Louis Thomas<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Travaillant \u00e0 ses <em>M\u00e9moires<\/em>, il entend les troupes de Marmont qui refluent sous ses fen\u00eatres, rue de Rivoli \u2013 le Louvre est pris par les insurg\u00e9s, les soldats se d\u00e9bandent. Le vieux pair de France qui a v\u00e9cu tous les tournants de l\u2019histoire et surv\u00e9cu \u00e0 tant d\u2019\u00e9preuves, s\u2019interrompt et dicte cette note \u00e0 son secr\u00e9taire. Ce m\u00eame jour, les d\u00e9put\u00e9s font cause commune avec le peuple. C\u2019est la \u00ab\u00a0Troisi\u00e8me Glorieuse\u00a0\u00bb de cette R\u00e9volution.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Charles X a essay\u00e9 de sauver la l\u00e9gitimit\u00e9 fran\u00e7aise et avec elle la l\u00e9gitimit\u00e9 europ\u00e9enne\u00a0: il a livr\u00e9 la bataille et il l\u2019a perdue [\u2026] Napol\u00e9on a eu son Waterloo, Charles X ses journ\u00e9es de juillet.\u00a0\u00bb<span id=\"2030\" class=\"cit-num\">2030<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848), <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le 30\u00a0juillet, Charles X retire les quatre ordonnances \u00ab\u00a0sc\u00e9l\u00e9rates\u00a0\u00bb contre la libert\u00e9 de la presse. Trop tard\u00a0! Thiers et Mignet font placarder un manifeste orl\u00e9aniste. Louis-Philippe attendait son heure, patiemment, prudemment r\u00e9fugi\u00e9 \u00e0 Neuilly, puis au Raincy. La Fayette, septuag\u00e9naire actif, est de retour pour son dernier rendez-vous avec l\u2019Histoire, \u00e0 la t\u00eate de la garde nationale r\u00e9tablie qui occupe l\u2019H\u00f4tel de Ville. On hisse le drapeau tricolore.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Habitants de Paris\u00a0! Charles X a cess\u00e9 de r\u00e9gner sur la France\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2031\" class=\"cit-num\">2031<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Proclamation de la Commission municipale, 30\u00a0juillet 1830.<em> Bulletin des lois et ordonnances\u00a0: publi\u00e9es depuis la R\u00e9volution de juillet\u00a01830<\/em>, volume\u00a0I (1849), Dupont \u00e9d<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un v\u00e9ritable gouvernement provisoire est constitu\u00e9 par le banquier Laffitte et Casimir P\u00e9rier d\u00e9put\u00e9 lib\u00e9ral dans l\u2019opposition. Dernier suspense, qui va l\u2019emporter, de la R\u00e9publique ou de la branche orl\u00e9aniste\u00a0? Apr\u00e8s toute la galerie des rois de France, le nouveau \u00ab\u00a0roi des Fran\u00e7ais\u00a0\u00bb sort gagnant. Louis-Philippe fera construire la Colonne de Juillet place de la Bastille, pour comm\u00e9morer les \u00ab\u00a0Trois Glorieuses\u00a0\u00bb journ\u00e9es de 1830 qui ont escamot\u00e9 la R\u00e9publique. Quant \u00e0 Talleyrand\u2026 il va jouer sa derni\u00e8re partie politique en vrai professionnel.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qui aurait pu croire que cet aristocrate entre les aristocrates qui menait \u00e0 Valen\u00e7ay, en plein <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle la vie seigneuriale la plus intacte, enseignait avec la conviction la plus profonde que du 14 juillet 1789, dataient \u00ab\u00a0les grands changements dans la vie moderne\u00a0\u00bb\u00a0? Changements qu\u2019il avait voulu r\u00e9aliser en 1789 et auxquels il restait attach\u00e9 en 1830\u00a0? Il maintenait \u00ab\u00a0l\u2019Ancien R\u00e9gime\u00a0\u00bb des m\u0153urs et de la civilit\u00e9, mais il refusait celui des institutions. En lui, la France passait d\u2019Hugues Capet aux temps d\u00e9mocratiques.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">ORIEUX<\/span> (1907-1990), <em>Talleyrand ou le sphinx incompris<\/em> (1970)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ralli\u00e9 au \u00ab\u00a0roi des Fran\u00e7ais\u00a0\u00bb Louis-Philippe qu\u2019il a soutenu et qui incarne la monarchie constitutionnelle qu\u2019il veut pour la France, Talleyrand refuse le poste de Premier ministre qu\u2019il a tant d\u00e9sir\u00e9, comme les Affaires \u00e9trang\u00e8res o\u00f9 il fit ses preuves. Il a 75 ans, \u00e2ge avanc\u00e9 pour l\u2019\u00e9poque. \u00c0 sa demande, il est nomm\u00e9 ambassadeur extraordinaire \u00e0 Londres pour assurer la neutralit\u00e9 du Royaume-Uni vis-\u00e0-vis du nouveau r\u00e9gime.\u00a0Promotion critiqu\u00e9e \u00e0 Paris, mais cette nomination rassure les cours d\u2019Europe, effray\u00e9es par cette nouvelle r\u00e9volution fran\u00e7aise, alors qu\u2019\u00e9clate la r\u00e9volution belge. Londres accueille le prince de Talleyrand comme un roi, le 24 septembre 1830.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je vois la France nous dominant tous, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019habile politique qui la repr\u00e9sente ici, et je crains qu\u2019elle n\u2019ait dans ses mains le pouvoir de d\u00e9cision et qu\u2019elle n\u2019exerce ce que j\u2019appellerai une influence dominante sur les affaires europ\u00e9ennes, qui jusqu\u2019alors avaient toujours \u00e9t\u00e9 dirig\u00e9es par la sagesse et le g\u00e9nie de l\u2019Angleterre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles <span class=\"caps\">VANE<\/span>, 3e Marquis de Londonderry (1778-1854) \u00e0 la tribune. <em>Dictionnaire amoureux de la diplomatie<\/em> (2019), Daniel Jouanneau<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Talleyrand entretient de bons rapports avec son ami Wellington et son cabinet. Applaudi au Parlement britannique,\u00a0 son raffinement et son habilet\u00e9 ont s\u00e9duit Londres\u2026 Nul n\u2019est proph\u00e8te en son pays, tous les partis d\u00e9testent le \u00ab\u00a0diable boiteux\u00a0\u00bb qui a trahi tout le monde. Mais le temps viendra de r\u00e9viser ce jugement\u00a0: \u00ab\u00a0Le prince a \u00e9vit\u00e9 \u00e0 la France le d\u00e9membrement, on lui doit des couronnes, on lui jette de la boue\u00a0\u00bb \u00e9crit Balzac dans <em>Le P\u00e8re Goriot<\/em>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Partout o\u00f9 il va, il se cr\u00e9e une cour et il fait la loi. Il n\u2019y a rien de plus amusant que de voir les membres les plus influents de la Chambre des Lords, obs\u00e9quieux et serviles.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Prosper <span class=\"caps\">MERIMEE<\/span> (1803-1870), Daniel Jouanneau, <em>Dictionnaire amoureux de la diplomatie<\/em> (2021)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Talleyrand re\u00e7oit fr\u00e9quemment Prosper M\u00e9rim\u00e9e (haut fonctionnaire) qui t\u00e9moigne de sa popularit\u00e9, au point que l\u2019opposition anglaise accuse le gouvernement d\u2019\u00eatre trop influenc\u00e9 par lui. De fait, il travaille \u00e0 la future Entente cordiale qui lui tient \u00e0 c\u0153ur\u00a0depuis toujours\u00a0! Act\u00e9e par Louis-Philippe en 1843, elle sera bien utile \u00e0 la France dans les deux guerres mondiales du <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle. Sa g\u00e9opolitique se r\u00e9v\u00e8lera proph\u00e9tique et visionnaire sur d\u2019autres points \u2013 comme la politique m\u00e9diterran\u00e9enne de la France.<\/p>\n<p>Il d\u00e9missionne en 1834, abandonne toute fonction officielle et se retire enfin dans son ch\u00e2teau de Valen\u00e7ay.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dans ces quatre ann\u00e9es, la paix g\u00e9n\u00e9rale maintenue a permis \u00e0 toutes nos relations de se simplifier\u00a0: notre politique, d\u2019isol\u00e9e qu\u2019elle \u00e9tait, s\u2019est m\u00eal\u00e9e \u00e0 celle des autres nations\u00a0; elle a \u00e9t\u00e9 accept\u00e9e, appr\u00e9ci\u00e9e, honor\u00e9e par les honn\u00eates gens et par les bons esprits de tous les pays.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), Lettre au ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res, 13 novembre 1834. <em>Le Prince de Talleyrand et la Maison d\u2019Orl\u00e9ans, Lettres et M\u00e9moires publi\u00e9es par la comtesse de Mirabeau<\/em> (1890)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Prenant sa retraite, il fait le bilan de son ambassade \u00e0 la signature du trait\u00e9 de la Quadruple-Alliance entre le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d\u2019Irlande, l\u2019Empire russe, le royaume de Prusse et l\u2019empire d\u2019Autriche. Comme au congr\u00e8s de Vienne, son but \u00e9tait de restaurer et de pr\u00e9server l\u2019\u00e9quilibre europ\u00e9en.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019est point parvenu, il est arriv\u00e9.\u00a0\u00bb<span id=\"2084\" class=\"cit-num\">2084<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), parlant de Thiers, 1834.<em> Monsieur de Talleyrand<\/em> (1870), Charles-Augustin Sainte-Beuve<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>(Selon les sources, le mot marseillais de \u00ab\u00a0parvenu\u00a0\u00bb fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la fortune de Thiers, \u00e0 sa carri\u00e8re politique rapide, voire \u00e0 sa r\u00e9ception \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise o\u00f9 il est donc \u00ab\u00a0arriv\u00e9\u00a0\u00bb en 1834).<\/p>\n<p>Talleyrand a volontiers jou\u00e9 le r\u00f4le de parrain politique aupr\u00e8s de Thiers, personnage comparable \u00e0 lui, ambitieux, arriviste et intelligent, tr\u00e8s fid\u00e8le \u00e0 ses id\u00e9es (r\u00e9publicaines), mais souvent mal compris, voire d\u00e9cri\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sire, c\u2019est le plus grand honneur qu\u2019ait re\u00e7u ma maison.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), mourant, souffrant et courtisan jusqu\u2019\u00e0 la fin. Pierre Larousse, <em>Grand dictionnaire universel du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle<\/em> \u2013 article sur Talleyrand<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Revenu \u00e0 Paris, il conseille toujours Louis-Philippe qui viendra visiter le mourant, contrairement \u00e0 l\u2019\u00e9tiquette. Talleyrand qui souffre atrocement d\u2019un anthrax au dos est infiniment sensible \u00e0 cette derni\u00e8re marque d\u2019honneur.<\/p>\n<p>Une m\u00e9chante anecdote court Paris, dans le m\u00eame contexte. Le mourant soupire\u00a0: \u00ab\u00a0Sire, je souffre comme un damn\u00e9. \u2013 D\u00e9j\u00e0\u00a0! murmure le roi.\u00a0\u00bb Mot apocryphe et invraisemblable. Autre l\u00e9gende dans le m\u00eame esprit, le Diable accueillant en enfer le \u00ab\u00a0Diable boiteux\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0Prince, vous avez d\u00e9pass\u00e9 mes instructions.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0N\u2019oubliez pas que je suis \u00e9v\u00eaque.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), mourant le 17 mai 1838. D\u00e9claration <em>in extremis<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ainsi reconnait-il sa r\u00e9int\u00e9gration dans l\u2019\u00c9glise. L\u2019\u00e9v\u00e9nement, suivi par le tout-Paris, fait dire \u00e0 Ernest Renan qu\u2019il r\u00e9ussit \u00ab\u00a0\u00e0 tromper le monde et le Ciel\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Des fun\u00e9railles officielles et religieuses sont c\u00e9l\u00e9br\u00e9es le 22 mai. Embaum\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gyptienne, son corps est plac\u00e9 dans la crypte qu\u2019il a fait creuser sous la chapelle de la maison de charit\u00e9 fond\u00e9e par lui en 1820 \u00e0 Valen\u00e7ay et o\u00f9 il est ramen\u00e9 de Paris le 5 septembre. Lieu de sa s\u00e9pulture ainsi que de ses h\u00e9ritiers jusqu\u2019en 1952.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Enfin il est mort en homme qui sait vivre.\u00a0\u00bb<span id=\"2096\" class=\"cit-num\">2096<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mot d\u2019une dame de la vieille cour \u00e0 la mort de Talleyrand (17\u00a0mai 1838).<em> Monsieur\u00a0de Talleyrand<\/em> (1870), Charles-Augustin Sainte-Beuve<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Charles Maurice de Talleyrand-P\u00e9rigord mourut \u00e0 84\u00a0ans, en d\u00e9savouant ses irr\u00e9gularit\u00e9s religieuses. Comme dira de lui le diplomate Jules Cambon mort en 1935 \u00e0 90\u00a0ans et ayant lui aussi travers\u00e9 quelques r\u00e9gimes et nombre de crises dans l\u2019histoire de France\u00a0: \u00ab\u00a0S\u2019il a, au cours de sa vie, souvent chang\u00e9 de parti, [il] n\u2019a jamais chang\u00e9 d\u2019opinion.\u00a0\u00bb On peut aussi lui reconna\u00eetre une forme de fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 la France et \u00e0 ses int\u00e9r\u00eats tels qu\u2019il les concevait, se trompant en cela moins souvent que la plupart de ses contemporains\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait un personnage \u00e9trange, redout\u00e9 et consid\u00e9rable\u00a0; il s\u2019appelait Charles-Maurice de P\u00e9rigord\u00a0; il \u00e9tait noble comme Machiavel, pr\u00eatre comme Gondi, d\u00e9froqu\u00e9 comme Fouch\u00e9, spirituel comme Voltaire et boiteux comme le diable.\u00a0\u00bb<span id=\".\" class=\"cit-num\">.<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Choses vues<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0On pourrait dire que tout en lui boitait comme lui\u00a0; la noblesse qu\u2019il avait faite servante de la r\u00e9publique, la pr\u00eatrise qu\u2019il avait tra\u00een\u00e9e au Champ de Mars, puis jet\u00e9e au ruisseau, le mariage qu\u2019il avait rompu par vingt scandales et une s\u00e9paration volontaire, l\u2019esprit qu\u2019il d\u00e9shonorait par la bassesse. Il avait fait tout cela dans son palais et, dans ce palais, comme une araign\u00e9e dans sa toile, il avait successivement attir\u00e9 et pris h\u00e9ros, penseurs, grands hommes, conqu\u00e9rants, rois, princes, empereurs, Bonaparte, Siey\u00e8s, Mme de Sta\u00ebl, Chateaubriand, Benjamin Constant, Alexandre de Russie, Guillaume de Prusse, Fran\u00e7ois d\u2019Autriche, Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>, Louis-Philippe, toutes les mouches dor\u00e9es et rayonnantes qui bourdonnent dans l\u2019histoire de ces quarante derni\u00e8res ann\u00e9es. Tout cet \u00e9tincelant essaim, fascin\u00e9 par l\u2019\u0153il profond de cet homme, avait successivement pass\u00e9 sous cette porte sombre qui porte \u00e9crit sur son architecture\u00a0: H\u00f4tel Talleyrand.<\/p>\n<p>Eh bien, avant-hier 17 mai 1838, cet homme est mort. Des m\u00e9decins sont venus et ont embaum\u00e9 le cadavre. Pour cela, \u00e0 la mani\u00e8re des \u00c9gyptiens, ils ont retir\u00e9 les entrailles du ventre et le cerveau du cr\u00e2ne. La chose faite, apr\u00e8s avoir transform\u00e9 le prince de Talleyrand en momie et clou\u00e9 cette momie dans une bi\u00e8re tapiss\u00e9e de satin blanc, ils se sont retir\u00e9s, laissant sur une table la cervelle, cette cervelle qui avait pens\u00e9 tant de choses, inspir\u00e9 tant d\u2019hommes, construit tant d\u2019\u00e9difices, conduit deux r\u00e9volutions, tromp\u00e9 vingt rois, contenu le monde. Les m\u00e9decins partis, un valet est entr\u00e9, il a vu ce qu\u2019ils avaient laiss\u00e9\u00a0: \u2018Tiens\u00a0! Ils ont oubli\u00e9 cela. Qu\u2019en faire\u00a0?\u2019 Il s\u2019est souvenu qu\u2019il y avait un \u00e9gout dans la rue, il y est all\u00e9, et a jet\u00e9 le cerveau dans cet \u00e9gout.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La sinc\u00e8re amiti\u00e9 qui m\u2019unit \u00e0 la reine de la Grande-Bretagne et la cordiale entente qui existe entre mon gouvernement et le sien me confirment dans cette confiance.\u00a0\u00bb<span id=\"2115\" class=\"cit-num\">2115<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span>\u2013<span class=\"caps\">PHILIPPE<\/span> (1773-1850), Discours du tr\u00f4ne, 27\u00a0d\u00e9cembre 1843.<em> M\u00e9moires pour servir \u00e0 l\u2019histoire de mon temps<\/em> (1858-1867), Fran\u00e7ois Guizot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les mots de cordiale entente font leur entr\u00e9e dans l\u2019histoire des relations franco-anglaises. Qui l\u2019eut pens\u00e9, il y a quelques si\u00e8cles ou m\u00eame quelques d\u00e9cennies\u00a0? Mais le Roi des barricades doit se faire accepter des cours europ\u00e9ennes, l\u2019Angleterre est la grande puissance mondiale du si\u00e8cle et l\u2019alliance avec elle est indispensable, malgr\u00e9 une certaine anglophobie que l\u2019opposition sait parfois exploiter (affaire Pritchard). Guizot, d\u00e8s 1841, encouragea cette politique d\u2019entente cordiale qui ne dit pas encore son nom. Mais c\u2019est Talleyrand qui en fut le plus constant d\u00e9fenseur, y compris aupr\u00e8s du roi son ami.<\/p>\n<p>Le 2\u00a0septembre 1843, la reine Victoria a visit\u00e9 Paris. Louis-Philippe lui rendra la politesse \u00e0 Londres, en octobre\u00a01844 et replacera la formule\u00a0: \u00ab\u00a0La France ne demande rien \u00e0 l\u2019Angleterre. L\u2019Angleterre ne demande rien \u00e0 la France. Nous ne voulons que l\u2019Entente cordiale.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tomes_portraits-3.jpg\" width=\"780\" height=\"344\"><\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Retrouvez tous les personnages dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<p>Les personnages marquent leur \u00e9poque et bien au-del\u00e0\u00a0: ils sont les auteurs et acteurs de l\u2019Histoire, avant que les historiens ne commentent et r\u00e9\u00e9crivent le r\u00e9cit national.<br>Quant aux citations, leur int\u00e9r\u00eat n\u2019est plus \u00e0 prouver\u00a0: en quelques mots bien choisis, sourc\u00e9s et contextualis\u00e9s, le pass\u00e9 reprend vie et fait sens.<br>Plus ou moins connus, voire c\u00e9l\u00e8bres et toujours \u00e0 red\u00e9couvrir, voici 200 noms avec plus d\u2019un quart de femmes et un invit\u00e9 surprise, le peuple anonyme (chansons, slogans\u2026)<\/p>\n<p>Aiglon l\u2019- Anne d\u2019Autriche \u2013 Anne de Bretagne \u2013 Anne de France \u2013 Aragon \u2013 Aron \u2013 Aubign\u00e9 d\u2019- Auclert Hubertine \u2013 Auriol \u2013 Badinter \u2013 Baker Jos\u00e9phine \u2013 Barre \u2013 Beaumarchais \u2013 Beauvoir Simone de \u2013 Bellay du \u2013 B\u00e9ranger \u2013 Bernhardt Sarah \u2013 Berry duchesse de \u2013 Bismarck \u2013 Blanc (Louis) \u2013 Blanche de Castille \u2013 Blanqui \u2013 Blum \u2013 Bonaparte Pauline \u2013 Bossuet \u2013 Boulanger g\u00e9n\u00e9ral \u2013 Brasillach \u2013 Briand \u2013 Bugeaud \u2013 Callas Maria \u2013 Cambac\u00e9r\u00e8s \u2013 Camus \u2013 Catherine de M\u00e9dicis \u2013 C\u00e9sar \u2013 Chaban-Delmas \u2013 Chamfort \u2013 Chanel Coco \u2013 Charlemagne \u2013 Charles <span class=\"caps\">IX<\/span> \u2013 Charles X \u2013 Chateaubriand \u2013 Ch\u00e2telet \u00c9milie du \u2013 Chirac \u2013 Claudel \u2013 Claudel Camille \u2013 Clemenceau \u2013 Clotilde \u2013 Clovis \u2013 Colbert \u2013 Colette (Mme) \u2013 Condorcet \u2013 Corday Charlotte \u2013 Cresson \u00c9dith \u2013 Curie Marie et Pierre \u2013 Danton \u2013 Debr\u00e9 \u2013 Deffand Mme du \u2013 Descartes \u2013 Deschanel \u2013 Desmoulins \u2013 Diderot \u2013 Dreyfus \u2013 Du Guesclin \u2013 Dubois abb\u00e9 \u2013 Dumont (Ren\u00e9) \u2013 Eug\u00e9nie de Montijo \u2013 Fabius \u2013 Ferry \u2013 Flaubert \u2013 Foch \u2013 Fouch\u00e9 \u2013 Fouquet \u2013 Fouquier-Tinville \u2013 France (Anatole) \u2013 Fran\u00e7ois Ier \u2013 Gambetta \u2013 Gaulle de \u2013 Gaulle Yvonne de \u2013 Giroud Fran\u00e7oise \u2013 Giscard d\u2019Estaing \u2013 Gouges Olympe de \u2013 Gr\u00e9goire abb\u00e9 \u2013 Gr\u00e9vy \u2013 Guillotin \u2013 Guizot \u2013 Guy Alice \u2013 Halimi Gis\u00e8le \u2013 Henri <span class=\"caps\">III<\/span> \u2013 Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> \u2013 Henriette d\u2019Angleterre \u2013 Hugo \u2013 Isabeau de Bavi\u00e8re \u2013 Jaur\u00e8s \u2013 Jeanne d\u2019Arc \u2013 Joffre \u2013 Jos\u00e9phine de Beauharnais \u2013 L\u2019Hospital de \u2013 La Bruy\u00e8re \u2013 La Fayette \u2013 Lamartine \u2013 Louis <span class=\"caps\">IX<\/span> \u2013 Louis <span class=\"caps\">XI<\/span> \u2013 Louis <span class=\"caps\">XII<\/span> \u2013 Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span> \u2013 Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> \u2013 Louis <span class=\"caps\">XV<\/span> \u2013 Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span> \u2013 Louis <span class=\"caps\">XVII<\/span> (Dauphin) \u2013 Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> \u2013 Louis-Philippe \u2013 Louise de Savoie \u2013 Lyautey \u2013 Mac-Mahon \u2013 Macron \u2013 Madame M\u00e8re \u2013 Madame Royale \u2013\u00a0 Mademoiselle la Grande \u2013 Maintenon Mme de \u2013 Malraux \u2013 Marat \u2013 Marchais \u2013 Marguerite de Navarre \u2013 Marguerite de Valois \u2013 Marie de M\u00e9dicis \u2013 Marie Leczinska \u2013 Marie Stuart \u2013 Marie-Antoinette \u2013\u00a0 Marie-Louise \u2013 Marvingt Marie \u2013 Marx \u2013 Mauriac \u2013 Mauroy \u2013 Maurras \u2013 Mazarin \u2013 Michel Louise \u2013 Michelet \u2013 Mirabeau \u2013 Mitterrand \u2013 Moli\u00e8re \u2013 Monnet \u2013 Montaigne \u2013 Montespan marquise de \u2013 Montesquieu \u2013 Montherlant \u2013 Moulin \u2013 Napol\u00e9on \u2013 Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span> \u2013 Palatine La (princesse) \u2013 Pascal \u2013 P\u00e9guy \u2013 P\u00e9tain \u2013 peuple (le) \u2013 Philippe Auguste \u2013 Philippe d\u2019Orl\u00e9ans (le R\u00e9gent) \u2013 Philippe le Bel \u2013 Picasso \u2013 Pinay \u2013 Pisan Christine de \u2013 Poincar\u00e9 \u2013 Poitiers Diane de \u2013 Pompadour marquise de \u2013 Pompidou \u2013 Proudhon \u2013 Rabelais \u2013 R\u00e9camier Juliette \u2013 Richelieu \u2013 Rivarol \u2013 Robespierre \u2013 Rocard \u2013 Rochefort \u2013 Roland Mme \u2013 Ronsard \u2013 Rousseau \u2013 Saint-Exup\u00e9ry \u2013 Saint-Just \u2013 Saint-Simon comte de \u2013\u00a0 Saint-Simon duc de \u2013 Sand George \u2013 Sarkozy \u2013 Sartre \u2013 Schoelcher \u2013 Schuman\u00a0\u2013 S\u00e9vign\u00e9 marquise de \u2013 Siey\u00e8s abb\u00e9 \u2013 Sorel Agn\u00e8s \u2013 Sta\u00ebl Mme de \u2013 Sully \u2013 Talleyrand \u2013 Tallien \u2013 Tallien Mme \u2013 Thiers \u2013 Thorez \u2013 Tocqueville \u2013 Turgot \u2013 Val\u00e9ry \u2013 Veil Simone \u2013 Vercing\u00e9torix \u2013 Vergniaud \u2013 Villepin \u2013 Voltaire \u2013 Weill Simone \u2013 Weiss Louise \u2013 Zola<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    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