{"id":9649,"date":"2023-05-01T00:00:00","date_gmt":"2023-04-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/histoire-du-travail-en-citations-du-moyen-age-au-xixe-siecle\/"},"modified":"2025-08-12T08:43:01","modified_gmt":"2025-08-12T06:43:01","slug":"histoire-du-travail-en-citations-du-moyen-age-au-xixe-siecle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/histoire-du-travail-en-citations-du-moyen-age-au-xixe-siecle\/","title":{"rendered":"Histoire du Travail en citations (Du Moyen \u00c2ge au XIXe si\u00e8cle)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>1er mai, f\u00eate du Travail. Historiquement, aux <span class=\"caps\">USA<\/span>, c\u2019est l\u2019appel de syndicats ouvriers qui revendiquent la journ\u00e9e de huit heures. Anecdotiquement, c\u2019est le premier jour de l\u2019ann\u00e9e comptable des entreprises.<\/p>\n<p>En France, c\u2019est le r\u00e9gime de Vichy qui instaure en 1941 un 1er mai f\u00e9ri\u00e9 en tant que \u00ab\u00a0F\u00eate du Travail et de la Concorde sociale\u00a0\u00bb, en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la devise de P\u00e9tain\u00a0: \u00ab\u00a0Travail, Famille, Patrie\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>2023, la r\u00e9forme des retraites donne la vedette au travail, v\u00e9cu comme une corv\u00e9e avec sa p\u00e9nibilit\u00e9 tout terrain. Cela renvoie \u00e0 l\u2019\u00e9tymologie latine du \u00ab\u00a0tripalium\u00a0\u00bb, instrument de torture fait de trois pieux\u2026 et \u00e0 la souffrance, la douleur endur\u00e9e par une m\u00e8re lors de l\u2019accouchement. <br>Une loi sur le travail (but \u00e0 d\u00e9finir) va bient\u00f4t remettre le travail \u00e0 la une des d\u00e9bats et des m\u00e9dias.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-1-58.jpg\" width=\"165\" height=\"220\" style=\"float: left;margin: 10px;border: 1px solid black\"><\/a>Reste \u00e0 voir la place du Travail dans l\u2019Histoire. Des origines \u00e0 nos jours, le mot \u00e9volue, le travail \u00e9voque les travailleurs, majoritairement paysans, ouvriers, mais aussi les intellectuels, les artistes, le roi lui-m\u00eame\u2026 Les philosophes du <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e d\u00e9noncent les injustices, les th\u00e9ories du travail s\u2019en m\u00ealent au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e, avec l\u2019apparition du socialisme s\u2019opposant au capitalisme, d\u2019o\u00f9 le droit au travail, le droit du travail, les lois sur le travail, les syndicats, la gr\u00e8ve\u2026 R\u00e9voltes et r\u00e9volutions tournent encore et toujours autour du travail, du Front populaire de 36 \u00e0 Mai 68, le f\u00e9minisme s\u2019en m\u00eale, les partis tentent de suivre\u2026<\/p>\n<p>En deux semaines, tout va \u00eatre \u00e9voqu\u00e9 sous forme de chronique. Une histoire passionnante et pour finir, un floril\u00e8ge \u00e9tonnant de citations toujours sourc\u00e9es (mais sans plus de commentaire). Alors, au travail\u00a0!<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<h4>Du Moyen \u00c2ge au r\u00e8gne d\u2019Henri <span class=\"caps\">IV<\/span>\u00a0: rappel de quelques faits.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ceux qui prient, ceux qui combattent, ceux qui travaillent.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"52\" class=\"cit-num\">52<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9v\u00eaques <span class=\"caps\">ADALB\u00c9RON<\/span> de Laon (??\u2013v.1030) et <span class=\"caps\">ANSELME<\/span> (1033-1109). <em>Histoire de France<\/em>, tome <span class=\"caps\">II<\/span>, Le Temps des principaut\u00e9s. De l\u2019An mil \u00e0 1515 (1992), Jean Favier (entre autres sources)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette claire d\u00e9finition des trois ordres sociaux repr\u00e9sente le fondement de la soci\u00e9t\u00e9 m\u00e9di\u00e9vale telle que la concevaient les envahisseurs germaniques \u2013 et ils vont l\u2019imposer \u00e0 l\u2019Europe.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 ceux qui travaillaient la terre, \/ La terre doit appartenir,<br>R\u00e9compense \u00e0 la vie aust\u00e8re \/ D\u2019un illustre peuple martyr\u00a0:<br>Et de baraques en baraques \/ Se lev\u00e8rent les paysans,<br>Les va-nu-pieds, les artisans, \/ Les rudes gars qu\u2019on nommait Jacques.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"301\" class=\"cit-num\">301<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">VACHER<\/span> (1842-1897), chanson \u00e9voquant la Jacquerie de 1358. <em>Voix d\u2019en bas\u00a0: la po\u00e9sie ouvri\u00e8re du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle<\/em> (1979), Edmond Thomas<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ardent r\u00e9publicain sous le Second Empire, il cr\u00e9era le premier Caveau st\u00e9phanois en 1869, lieu de po\u00e9sie, de chansons et d\u2019expression libre, avant de s\u2019enr\u00f4ler, en 1870, comme franc-tireur r\u00e9publicain. Une rue de Saint-\u00c9tienne porte son nom.<\/p>\n<p>Fils de paysan et lui-m\u00eame artisan menuisier, il \u00e9voque le m\u00e9contentement du \u00ab\u00a0petit peuple\u00a0\u00bb dans les campagnes au Moyen \u00c2ge, en pleine guerre de Cent Ans. Les paysans ont d\u00fb payer l\u2019\u00e9quipement de leurs seigneurs, battus \u00e0 Cr\u00e9cy, puis \u00e0 Poitiers. Il faut \u00e0 pr\u00e9sent donner pour leur ran\u00e7on.<\/p>\n<p>D\u00e9cim\u00e9s il y a dix ans par la peste noire et la famine, les voil\u00e0 maintenant pill\u00e9s par les bandes anglo-navarraises, comme par les soldats du dauphin Charles.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quant au salaire du mercenaire, qu\u2019il soit le plus petit possible.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"403\" class=\"cit-num\">403<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Olivier de <span class=\"caps\">SERRES<\/span> (1539-1619), <em>Le Th\u00e9\u00e2tre d\u2019agriculture<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Agronome huguenot, il fait de son domaine du Pradel une ferme mod\u00e8le pour l\u2019\u00e9poque, pratiquant l\u2019assolement, cultivant le riz, le ma\u00efs, la betterave, le houblon et la garance. Mais il paie ses ouvriers agricoles au minimum vital et les m\u00e9prise sans vergogne\u00a0: \u00ab\u00a0Hommes pervers, brutaux, pernicieux, sots, n\u00e9gligents, sauvages, inconstants, d\u00e9loyaux, b\u0153ufs sans valeur, esprit de plomb, corps de fer, l\u00e2ches, sans \u00ab\u00a0pensement\u00a0\u00bb, putains et larrons, comparables \u00e0 l\u2019ordure et au fumier.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La paup\u00e9risation des pauvres fut mesur\u00e9e\u00a0: de\u00a01480 \u00e0\u00a01580, les salaires n\u2019ayant pas augment\u00e9 malgr\u00e9 la hausse des prix, le pouvoir d\u2019achat du manouvrier diminue des deux tiers. Denis Richet parle d\u2019un \u00ab\u00a0Waterloo du travailleur\u00a0\u00bb dans ce si\u00e8cle d\u2019expansion. Le ph\u00e9nom\u00e8ne s\u2019aggrave avec les guerres de Religion. La pauvret\u00e9 empire aussi pour le peuple des villes. Lyon, \u00e9conomiquement en pointe, conna\u00eet des \u00e9meutes et des gr\u00e8ves \u2013 surtout dans le secteur de l\u2019imprimerie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est d\u00e9baucher les paysans de leur labeur duquel ils vivent et font vivre les autres.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"464\" class=\"cit-num\">464<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">BRANT\u00d4ME<\/span> (1540-1614), <em>\u0152uvres du seigneur de Brant\u00f4me<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Homme de cour et homme de guerre sous les trois successeurs de Fran\u00e7ois\u00a0Ier, c\u2019est ainsi qu\u2019il juge un essai de service militaire obligatoire, dans le cadre d\u2019une r\u00e9forme de l\u2019arm\u00e9e voulue par Fran\u00e7ois\u00a0Ier en juillet\u00a01534.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je veux qu\u2019il n\u2019y ait si pauvre paysan en mon royaume qu\u2019il n\u2019ait tous les dimanches sa poule au pot.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"650\" class=\"cit-num\">650<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span> (1553-1610). <em>Histoire du Roy Henry le Grand<\/em> (1681), Hardouin de P\u00e9r\u00e9fixe<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La poule au pot fait partie de la l\u00e9gende du roi, au m\u00eame titre que son panache blanc.<\/p>\n<p>V\u0153u pieux et s\u00fbrement sinc\u00e8re, de la part d\u2019un souverain rest\u00e9 proche de son peuple. Mais malgr\u00e9 les efforts de l\u2019\u00e9quipe au pouvoir, les petits paysans fran\u00e7ais, \u00e9cras\u00e9s d\u2019imp\u00f4ts, ruin\u00e9s par d\u2019interminables guerres, exploit\u00e9s par des usuriers, sont souvent d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s de leurs parcelles de terre.<\/p>\n<p>Quel que soit le redressement \u00e9conomique du pays, et en d\u00e9pit de mesures de circonstance prises en cas de mis\u00e8re criante par Sully, leur condition ne s\u2019am\u00e9liore pas vraiment. Le temps fait d\u00e9faut \u00e0 Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>, plus encore que la volont\u00e9 et les moyens.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On tient les paysans en France dans une telle suj\u00e9tion qu\u2019on n\u2019ose pas leur donner des armes [\u2026] On leur laisse \u00e0 peine de quoi se nourrir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"588\" class=\"cit-num\">588<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Sir George <span class=\"caps\">CAREX<\/span> (??-1613), ambassadeur anglais (1609).<em> Encyclop\u00e6dia Universalis<\/em>, article \u00ab\u00a0Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>, roi de France et de Navarre\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce t\u00e9moignage semble plus conforme \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 que la \u00ab\u00a0poule au pot\u00a0\u00bb du dimanche. Sully privil\u00e9gie l\u2019agriculture (politique \u00e9conomique classique dans une France agricole \u00e0 plus de 90\u00a0%) et prend des mesures, pour pallier les injustices et les mis\u00e8res les plus criantes, chez les petits paysans ruin\u00e9s par l\u2019usure et les ravages des soldats et contraints de c\u00e9der leurs parcelles \u00e0 vil prix. Ainsi, il r\u00e9duit la taille. Mais il faut augmenter les gabelles et avec l\u2019ordre revenu, les d\u00eemes sont plus rigoureusement per\u00e7ues. La fiscalit\u00e9 \u00e9crase \u00e0 ce point la masse paysanne qu\u2019elle est \u00e0 l\u2019origine de r\u00e9voltes continuelles, depuis celle des \u00ab\u00a0croquants\u00a0\u00bb du Limousin, du P\u00e9rigord et de Guyenne (1594). Les disettes c\u00e9r\u00e9ali\u00e8res, \u00e0 partir de 1617, se r\u00e9p\u00e8tent tous les quatre ou cinq ans, jusqu\u2019en 1643.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-3-38.jpg\" width=\"165\" height=\"220\" style=\"float: left;margin: 10px;border: 1px solid black\"><\/a><\/p>\n<h4>Si\u00e8cle de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>\u00a0: le Roi-soleil donne l\u2019exemple, mais il y a quelques ombres au tableau.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le pauvre peuple des champs meurt de faim et se damne.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"589\" class=\"cit-num\">589<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VINCENT<\/span> de <span class=\"caps\">PAUL<\/span> (1576-1660). <em>La Litt\u00e9rature religieuse de Fran\u00e7ois de Sales \u00e0 F\u00e9nelon<\/em> (1956), Jean Calvet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Une tr\u00e8s longue vie de saint au service de la mis\u00e8re humaine de son temps. Pour Vincent de Paul et ses amis, l\u2019assistance passe avant la conversion et le salut. Il groupe les dames de la bonne soci\u00e9t\u00e9 en charit\u00e9s paroissiales et elles collectent des fonds pour les \u00ab\u00a0pauvres honteux\u00a0\u00bb, mais la t\u00e2che est trop dure\u00a0! Alors Vincent fait appel \u00e0 des femmes du peuple, r\u00e9unies en une congr\u00e9gation des Filles de la Charit\u00e9 (1633). Elles vivent dans la plus stricte pauvret\u00e9, sans couvent ni cl\u00f4ture, sans habits qui les distinguent des gens du village. Elles se consacrent aux malades pauvres et aux enfants trouv\u00e9s. D\u2019autres institutions charitables suivront.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Depuis six ans dessus l\u2019F on travaille,<br>Et le destin m\u2019aurait bien oblig\u00e9<br>S\u2019il m\u2019avait dit\u00a0: \u00ab\u00a0Tu vivras jusqu\u2019au G.\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"719\" class=\"cit-num\">719<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Seigneur de <span class=\"caps\">BOISROBERT<\/span> (1592-1662),<em> \u00c9pigramme sur le Dictionnaire de l\u2019Acad\u00e9mie<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le travail intellectuel a aussi sa place dans cette histoire et il va se faire entendre\u2026<\/p>\n<p>Po\u00e8te et abb\u00e9 de cour, il participa \u00e0 la cr\u00e9ation de l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise en 1634. La premi\u00e8re \u00e9dition (en deux volumes) du dictionnaire para\u00eet en 1694\u00a0: il aura fallu pr\u00e8s de soixante ans. L\u2019Acad\u00e9mie a d\u2019autres missions (politiques), mais on retiendra surtout les fonctions litt\u00e9raires de la v\u00e9n\u00e9rable institution. Comme l\u2019\u00e9crit Lebrun-Pindare au si\u00e8cle suivant, dans une autre \u00e9pigramme\u00a0: \u00ab\u00a0On fait, d\u00e9fait, refait ce beau Dictionnaire\u00a0\/ Qui toujours tr\u00e8s bien fait, sera toujours \u00e0 faire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ces malheureux [les paysans] ne poss\u00e8dent d\u2019autres propri\u00e9t\u00e9s que leurs \u00e2mes parce qu\u2019elles n\u2019ont pu \u00eatre vendues \u00e0 l\u2019encan\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"750\" class=\"cit-num\">750<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Omer <span class=\"caps\">TALON<\/span> (1595-1652) s\u2019adressant \u00e0 Anne d\u2019Autriche, en plein lit de justice tenu en 1649. <em>Histoire de France depuis les origines jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9volution<\/em> (1911), Ernest Lavisse, Paul Vidal de La Blache<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cet avocat g\u00e9n\u00e9ral au Parlement de Paris en appelle avec courage et dignit\u00e9 \u00e0 la r\u00e9gente. Bien des voix autoris\u00e9es feront le m\u00eame constat, tout au long de ce si\u00e8cle. Le peuple \u2013 et d\u2019abord les paysans, dans une France agricole \u00e0 90\u00a0% \u2013 est toujours la premi\u00e8re victime de l\u2019histoire. C\u2019est lui qui paie le prix des guerres civiles comme \u00e9trang\u00e8res et le si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> est particuli\u00e8rement belliqueux.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il importe \u00e0 la gloire de Votre Majest\u00e9 que nous soyons des hommes libres et non pas des esclaves. Il y a, Sire, des ans que la campagne est ruin\u00e9e, les paysans r\u00e9duits \u00e0 coucher sur la paille.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"769\" class=\"cit-num\">769<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Omer <span class=\"caps\">TALON<\/span> (1595-1652) \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, 15\u00a0janvier 1648. <em>Un magistrat de l\u2019Ancien r\u00e9gime\u00a0: Omer Talon<\/em> (1902), Hubert Mailfait<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019avocat g\u00e9n\u00e9ral au Parlement de Paris s\u2019adresse au roi qui n\u2019a pas encore 10\u00a0ans, \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un lit de justice qui va enregistrer de force de nouveaux \u00e9dits, pour les annuler le lendemain. C\u2019est l\u2019un des \u00e9pisodes de la lutte qui oppose Mazarin au Parlement, amendant ou rejetant syst\u00e9matiquement chaque ann\u00e9e les \u00e9dits financiers aggravant la fiscalit\u00e9, frappant les paysans aussi bien que les bourgeois, les rentiers et les \u00ab\u00a0robins\u00a0\u00bb (hommes de robe). Le pouvoir fait ainsi l\u2019unanimit\u00e9 contre lui \u2013 ce sera l\u2019une des raisons de la R\u00e9volution.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les empires ne se conservent que comme ils s\u2019acqui\u00e8rent, c\u2019est-\u00e0-dire par la rigueur, par la vigilance et par le travail.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"847\" class=\"cit-num\">847<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span>\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> (1638-1715), <em>M\u00e9moires pour l\u2019instruction du Dauphin<\/em> (1662)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On retrouve souvent ce mot, cette id\u00e9e de \u00ab\u00a0travail\u00a0\u00bb, aussi vrai qu\u2019\u00eatre roi est un m\u00e9tier\u00a0! \u00ab\u00a0C\u2019est par le travail qu\u2019on r\u00e8gne. Il y a de l\u2019ingratitude et de l\u2019audace \u00e0 l\u2019\u00e9gard de Dieu, de l\u2019injustice et de la tyrannie \u00e0 l\u2019\u00e9gard des hommes, de vouloir l\u2019un sans l\u2019autre.\u00a0\u00bb De tous nos rois, Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> fut le plus \u00ab\u00a0laborieux\u00a0\u00bb. Cet adjectif s\u2019appliquait parfaitement \u00e0 de grands ministres comme Richelieu et Mazarin, il sied \u00e0 merveille \u00e0Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le travail n\u2019\u00e9pouvante que les \u00e2mes faibles.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span>\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> (1638-1715), <em>M\u00e9moires pour l\u2019instruction du Dauphin<\/em> (1662)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pendant plus d\u2019un demi-si\u00e8cle, il travaille douze heures par jour \u00e0 son m\u00e9tier de roi, accomplissant un labeur \u00e9crasant, doubl\u00e9 d\u2019une vie en perp\u00e9tuelle repr\u00e9sentation \u00e0 la cour. Il b\u00e9n\u00e9ficie longtemps d\u2019une robuste sant\u00e9, doubl\u00e9e d\u2019un grand \u00e9quilibre moral, avec une intelligence moyenne, mais tr\u00e8s m\u00e9thodique. \u00ab\u00a0J\u2019ai failli attendre.\u00a0\u00bb On lui pr\u00eate ce mot, souvent cit\u00e9. La duchesse d\u2019Orl\u00e9ans, dans ses <em>M\u00e9moires<\/em>, rapporte que le roi ne peut souffrir qu\u2019on le fasse attendre. Ce qui est assez normal pour un homme si occup\u00e9, si minut\u00e9 dans l\u2019emploi de son temps, et roi, de surcro\u00eet. \u00ab\u00a0Avec un almanach et une montre, on pouvait, \u00e0 trois cents lieues de lui, dire avec justesse ce qu\u2019il faisait\u00a0\u00bb confirme le duc de Saint-Simon dans ses <em>M\u00e9moires<\/em> (posthume).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Travaillez, prenez de la peine, <br>C\u2019est le fond qui manque le moins\u2026<br>Le travail est un tr\u00e9sor.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean de <span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">FONTAINE<\/span> (1621-1695), <em>Fables<\/em>. Le Laboureur et ses enfants (1668)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Morale destin\u00e9e au grand public (lettr\u00e9), sign\u00e9e d\u2019un paresseux\u2026 en r\u00e9alit\u00e9 tr\u00e8s travailleur, comme en t\u00e9moignent ses manuscrits surcharg\u00e9s de ratures.<\/p>\n<p>N\u00e9 bourgeois, auteur \u00e0 qui sa charge de \u00ab\u00a0ma\u00eetre des Eaux et For\u00eats\u00a0\u00bb laisse bien des loisirs pour fr\u00e9quenter les salons, lire les Modernes, leur pr\u00e9f\u00e9rer d\u2019ailleurs les Anciens, \u00e9crire enfin. Fouquet fut son m\u00e9c\u00e8ne et, \u00e0 la chute du surintendant (1661), La Fontaine trouve d\u2019autres riches protecteurs (et surtout protectrices, duchesse d\u2019Orl\u00e9ans, Mme\u00a0de la Sabli\u00e8re, Marie-Anne Mancini, etc.). Courtisan \u00e0 la cour, il est cependant \u00e9pris de libert\u00e9 et fort habile \u00e0 la g\u00e9rer, tout en m\u00e9nageant son confort. La vie r\u00eav\u00e9e pour un auteur de g\u00e9nie dans son genre \u2013 fabuliste.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Travaillez pour la gloire, et qu\u2019un sordide gain <br>Ne soit jamais l\u2019objet d\u2019un illustre \u00e9crivain.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Nicolas <span class=\"caps\">BOILEAU<\/span> (1636-1711), <em>Art po\u00e9tique<\/em> (1674)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Facile \u00e0 dire, quand on est \u00ab\u00a0pensionn\u00e9\u00a0\u00bb par le roi\u2026<\/p>\n<p>Ce trait\u00e9 qui r\u00e9sume la doctrine classique \u00e9labor\u00e9e dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du si\u00e8cle n\u2019a rien d\u2019original dans son inspiration, mais il est en alexandrins et cherche \u00e0 plaire plus qu\u2019\u00e0 instruire. Destin\u00e9 aux gens du monde, c\u2019est un vrai succ\u00e8s de librairie.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Je sais qu\u2019un noble esprit peut, sans honte et sans crime, \/ Tirer de son travail un tribut l\u00e9gitime\u00a0; \/ Mais je ne puis souffrir ces auteurs renomm\u00e9s, \/ Qui, d\u00e9go\u00fbt\u00e9s de gloire et d\u2019argent affam\u00e9s, \/ Mettent leur Apollon aux gages d\u2019un libraire, \/ Et font d\u2019un art divin un m\u00e9tier mercenaire.\u00a0\u00bb De nos jours, cette vision du m\u00e9tier d\u2019auteur et de son travail semble naturellement \u00ab\u00a0pr\u00e9historique\u00a0\u00bb et le si\u00e8cle \u00e0 venir va tout changer. Mais n\u2019oublions jamais que le si\u00e8cle de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>, avec son m\u00e9c\u00e9nat culturel et malgr\u00e9 la censure, a donn\u00e9 naissance \u00e0 une litt\u00e9rature classique avec des cr\u00e9ateurs de g\u00e9nie, \u00e0 commencer par Moli\u00e8re\u2026 qui mourut d\u2019\u00e9puisement au travail, au sortir de sc\u00e8ne, jouant sa derni\u00e8re cr\u00e9ation, <em>Le Malade imaginaire<\/em> (1673).<\/p>\n<h4><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-4-58.jpg\" width=\"165\" height=\"220\" style=\"float: left;margin: 10px;border: 1px solid black\"><\/a>Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, avec la premi\u00e8re vision philosophique du Travail.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Paris est peut-\u00eatre la ville du monde la plus sensuelle et o\u00f9 l\u2019on raffine le plus sur les plaisirs\u00a0; mais c\u2019est peut-\u00eatre celle o\u00f9 l\u2019on m\u00e8ne une vie plus dure. Pour qu\u2019un homme vive d\u00e9licieusement, il faut que cent autres travaillent sans rel\u00e2che.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"982\" class=\"cit-num\">982<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MONTESQUIEU<\/span> (1689-1755), <em>Lettres Persanes<\/em> (1721)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Contraste plus que jamais affich\u00e9 et donc choquant pour le premier philosophe du si\u00e8cle, entre la minorit\u00e9 de privil\u00e9gi\u00e9s et les autres. Rousseau, le moins parisien et le plus pl\u00e9b\u00e9ien de nos philosophes, \u00e9crira\u00a0: \u00ab\u00a0Une vie dure est plus facile \u00e0 supporter en province que la fortune \u00e0 poursuivre \u00e0 Paris.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019int\u00e9r\u00eat est le plus grand monarque de la terre. Cette ardeur pour le travail, cette passion de s\u2019enrichir, passe de condition en condition, depuis les artisans jusques aux grands.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"983\" class=\"cit-num\">983<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MONTESQUIEU<\/span> (1689-1755), <em>Lettres Persanes<\/em> (1721)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il montre l\u2019ambivalence de cette civilisation d\u2019un c\u00f4t\u00e9 raffin\u00e9e, charmante, luxueuse et \u00ab\u00a0philosophante\u00a0\u00bb, et de cette soci\u00e9t\u00e9 affairiste o\u00f9 la course \u00e0 l\u2019argent devient la pr\u00e9occupation permanente d\u2019une noblesse descendue dans l\u2019ar\u00e8ne aussi bien que de la bourgeoisie toujours soucieuse d\u2019ascension sociale\u00a0: \u00ab\u00a0Vous voyez \u00e0 Paris un homme qui a de quoi vivre jusqu\u2019au jour du jugement, qui travaille sans cesse et court le risque d\u2019accourcir ses jours, pour amasser, dit-il, de quoi vivre.\u00a0\u00bb Cette folie du travail frappera nombre d\u2019observateurs \u2013 aujourd\u2019hui, on parle d\u2019un autre probl\u00e8me, sa p\u00e9nibilit\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il a fallu des si\u00e8cles pour rendre justice \u00e0 l\u2019humanit\u00e9, pour sentir qu\u2019il \u00e9tait horrible que le grand nombre sem\u00e2t, et le petit recueill\u00eet.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"964\" class=\"cit-num\">964<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Lettres philosophiques ou Lettres anglaises<\/em> (1734)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le philosophe parle au nom de la justice sociale pour l\u2019ensemble du peuple qui travaille et surtout pour les \u00ab\u00a0laboureurs qui exercent la plus noble et la plus m\u00e9pris\u00e9e des professions\u00a0\u00bb. Il donne en exemple l\u2019Angleterre\u00a0dont il a d\u00e9couvert le r\u00e9gime de monarchie constitutionnelle, alors qu\u2019il \u00e9tait en exil\u00a0: absence de privil\u00e8ges terriens et \u00e9galit\u00e9 devant l\u2019imp\u00f4t. La r\u00e9alit\u00e9 \u00e9conomique est toute autre en France et il faudra la R\u00e9volution pour que tout change \u2013 en droit, sinon en fait.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le travail \u00e9loigne de nous trois grands maux\u00a0: l\u2019ennui, le vice et le besoin.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Candide<\/em> (1759)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019argument de ce conte philosophique r\u00e9\u00e9dit\u00e9 vingt fois du vivant de l\u2019auteur est d\u00e9mod\u00e9. Mais la morale de Voltaire nous parle toujours, car l\u2019homme ne change pas vraiment\u00a0: le travail (en l\u2019occurrence le jardinage) \u00e9vite l\u2019ennui (en occupant le temps), le besoin (il produit de la richesse) et le vice (on n\u2019est pas tent\u00e9 de d\u00e9rober les biens d\u2019autrui). Et de conclure en optimiste inv\u00e9t\u00e9r\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Le travail est donc utile \u00e0 l\u2019homme, m\u00eame s\u2019il est parfois difficile ou p\u00e9nible.\u00a0\u00bb Faut-il rappeler que l\u2019auteur fut lui-m\u00eame un infatigable travailleur\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis flexible comme une anguille et vif comme un l\u00e9zard et travaillant toujours comme un \u00e9cureuil.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1014\" class=\"cit-num\">1014<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), Lettre \u00e0 d\u2019Argental, 22\u00a0octobre\u00a01759, <em>Correspondance<\/em> (posthume). <em>Dictionnaire de fran\u00e7ais Littr\u00e9<\/em>, au mot \u00ab\u00a0travaillant\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Autoportrait du sexag\u00e9naire \u00ab\u00a0travaillant toujours\u00a0\u00bb, bien que de sant\u00e9 pr\u00e9caire et sachant se m\u00e9nager en se refusant tout exc\u00e8s (hormis une soixantaine de tasses de caf\u00e9 quotidiennes). De son adolescence libertine et frondeuse \u00e0 sa \u00ab\u00a0retraite fr\u00e9n\u00e9tique\u00a0\u00bb, le personnage d\u00e9borde d\u2019une activit\u00e9 voyageuse, europ\u00e9enne, batailleuse, mondaine, courtisane, \u00e9pistoli\u00e8re, th\u00e9\u00e2trale, politique, \u00e9conomique, scientifique, sociale, agronomique, encyclop\u00e9dique, et naturellement philosophique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La temp\u00e9rance et le travail sont les meilleurs m\u00e9decins de l\u2019homme.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Jacques <span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span> (1712-1778), <em>L\u2019\u00c9mile ou De l\u2019\u00c9ducation<\/em> (1762)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pas de soci\u00e9t\u00e9 saine sans des hommes sains. Id\u00e9al p\u00e9dagogique\u00a0: pr\u00e9server la libert\u00e9 naturelle de l\u2019enfant. Rousseau, qui doit beaucoup \u00e0 Montaigne, s\u2019inspire aussi de son exp\u00e9rience d\u2019autodidacte\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019essentiel est d\u2019\u00eatre ce que nous fit la nature\u00a0; on n\u2019est toujours que trop ce que les hommes veulent que l\u2019on soit.\u00a0\u00bb Immense succ\u00e8s de ce trait\u00e9 sur l\u2019\u00e9ducation qui aura d\u2019heureux effets imm\u00e9diats. Cette \u00ab\u00a0r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration\u00a0\u00bb morale profite aussi aux esprits. \u00ab\u00a0Il me semble que l\u2019enfant \u00e9lev\u00e9 suivant les principes de Rousseau serait \u00c9mile, et qu\u2019on serait heureux d\u2019avoir \u00c9mile pour son fils\u00a0\u00bb, dira Mme\u00a0de Sta\u00ebl en 1788.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le travail, entre autres avantages, a celui de raccourcir les journ\u00e9es et d\u2019\u00e9tendre la vie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Denis <span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784),<em> Essai sur la vie de S\u00e9n\u00e8que le philosophe, sur ses \u00e9crits et sur les r\u00e8gnes de Claude et de N\u00e9ron<\/em> (1778)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Curiosit\u00e9 universelle, culture \u00ab\u00a0encyclop\u00e9dique\u00a0\u00bb, travailleur infatigable, auteur d\u2019une \u0153uvre aussi foisonnante que d\u00e9sordonn\u00e9e, amoureux de la nature et adorant la soci\u00e9t\u00e9, il est aussi \u00e0 l\u2019aise avec les petites gens (n\u00e9 de modeste bourgeoisie, d\u00e9but de vie boh\u00e8me, mari\u00e9 \u00e0 une ling\u00e8re) qu\u2019avec les intellectuels des salons et les Grands. En cela, Diderot est bien l\u2019homme de son\u00a0si\u00e8cle. Il mourra \u00e0 70 ans, apr\u00e8s une vie plut\u00f4t heureuse et passionn\u00e9e, mais quand m\u00eame \u00e9puisante.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Impositions indirectes\u00a0; pauvres paysans. Pauvres paysans\u00a0; pauvre royaume. Pauvre royaume\u00a0; pauvre souverain.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"965\" class=\"cit-num\">965<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre Samuel <span class=\"caps\">DEUPONT<\/span> de <span class=\"caps\">NEMOURS<\/span> (1739-1817), <em>De l\u2019origine et des progr\u00e8s d\u2019une science nouvelle<\/em> (1768)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parole d\u2019\u00e9conomiste, et voici trac\u00e9 le cercle vicieux de l\u2019\u00e9conomie. La fiscalit\u00e9 frappe la masse des paysans pauvres, alors que les privil\u00e9gi\u00e9s aux grandes fortunes (fermiers g\u00e9n\u00e9raux, financiers, courtisans) sont intouchables et que l\u2019essentiel des revenus industriels et commerciaux y \u00e9chappe. Le trop faible pouvoir d\u2019achat de la paysannerie \u2013 90\u00a0% de la population \u2013 ne permet pas la consommation accrue de produits manufactur\u00e9s et ne peut donc stimuler le d\u00e9veloppement de l\u2019industrie courante, comme en Angleterre. Enfin, le rendement d\u2019imp\u00f4ts per\u00e7us sur des contribuables trop pauvres ne peut alimenter suffisamment les caisses de l\u2019\u00c9tat. L\u2019Ancien R\u00e9gime mourra de cette crise financi\u00e8re sans solution, hormis une r\u00e9forme fondamentale de l\u2019\u00c9tat\u00a0: il faudra une r\u00e9volution pour y arriver.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le peuple est taillable et corv\u00e9able \u00e0 merci.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"966\" class=\"cit-num\">966<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">JOLY<\/span> de <span class=\"caps\">FLEURY<\/span> (1718-1802).<em> Dictionnaire de fran\u00e7ais Littr\u00e9<\/em>, au mot \u00ab\u00a0taillable\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette r\u00e9alit\u00e9 date du Moyen \u00c2ge, mais le mot est prononc\u00e9 quand Turgot tente l\u2019abolition de la corv\u00e9e, en 1775-1776. La taille est pratiquement le seul imp\u00f4t direct de l\u2019Ancien R\u00e9gime\u00a0: repr\u00e9sentant (en principe) le rachat du service militaire, il n\u2019est pay\u00e9 ni par les nobles qui se battent en personne, ni par le clerg\u00e9 qui ne se bat pas. C\u2019est donc un imp\u00f4t roturier. Tr\u00e8s injustement r\u00e9parti, il retombe sur les plus pauvres, ceux qui n\u2019ont pas les moyens (argent, relations) pour s\u2019en faire exempter. M\u00eame injustice pour la corv\u00e9e royale \u2013 imp\u00f4t en nature sous forme de journ\u00e9es de travail.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Toutes ces ma\u00eetrises et toutes ces jurandes n\u2019ont \u00e9t\u00e9 invent\u00e9es que pour tirer de l\u2019argent des pauvres ouvriers, pour enrichir les traitants et pour \u00e9craser la nation.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"969\" class=\"cit-num\">969<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778) stigmatisant les corporations en 1776, <em>Correspondance<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Turgot, partisan de la libert\u00e9 du travail dans l\u2019industrie aussi bien que dans le commerce et l\u2019agriculture, abolit les corporations, ma\u00eetrises et jurandes en janvier\u00a01776. Elles sont r\u00e9tablies aussit\u00f4t apr\u00e8s son d\u00e9part, en mai\u00a01776\u00a0! Toute l\u2019\u00e9conomie se trouve ainsi prisonni\u00e8re de r\u00e9glementations jadis utiles et \u00e0 pr\u00e9sent paralysantes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il a travaill\u00e9, il a travaill\u00e9, pour le roi de Prusse.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1150\" class=\"cit-num\">1150<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Chanson sur la d\u00e9faite de Soubise \u00e0 Rossbach<\/em> (Prusse) (1757). <em>Dictionnaire des citations du monde entier<\/em>, Marabout (1976). Refrain, devenu proverbe, et signifiant travailler pour rien<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fr\u00e9d\u00e9ric\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, roi de Prusse, alli\u00e9 \u00e0 l\u2019Angleterre, a inflig\u00e9 avec ses 20\u00a0000 hommes une d\u00e9faite honteuse \u00e0 l\u2019arm\u00e9e franco-autrichienne trois fois plus nombreuse\u00a0: il devient Fr\u00e9d\u00e9ric le Grand pour l\u2019histoire. C\u2019est un \u00ab\u00a0despote \u00e9clair\u00e9\u00a0\u00bb, au m\u00eame titre que Catherine\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> de Russie, Gustave\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> de Su\u00e8de et autres souverains d\u2019Europe. Il a fastueusement invit\u00e9 Voltaire \u00e0 sa cour. Mais la Prusse a mauvaise presse, apr\u00e8s ses deux trahisons\u00a0: rupture d\u2019alliance avec la France en 1742 et de nouveau en 1756, Fr\u00e9d\u00e9ric\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> signant avec l\u2019Angleterre le trait\u00e9 de Westminster.<\/p>\n<p>Autre explication du proverbe\u00a0: les rois de Prusse ne paient que de maigres soldes aux soldats et jamais le 31e jour d\u2019un mois. Il y a enfin le mot de Voltaire, apr\u00e8s le trait\u00e9 d\u2019Aix-la-Chapelle (1748), la France rendant ses conqu\u00eates en \u00e9change de rien. De toute mani\u00e8re, l\u2019expression a une origine historique et son humour est bien dat\u00e9 de ce si\u00e8cle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Enfin, j\u2019ons vu les \u00c9dits \/ Du roi Louis Seize\u00a0!<br>En les lisant \u00e0 Paris, \/ J\u2019ons cru mourir d\u2019aise [\u2026]<br>Je n\u2019irons plus au chemin \/ Comme \u00e0 la gal\u00e8re<br>Travailler soir et matin \/ Sans aucun salaire.<br>Le Roi, je ne mentons point, \/ A mis la corv\u00e9e \u00e0 bas.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1218\" class=\"cit-num\">1218<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Les \u00c9dits<\/em> (1776), chanson des Jacques Bonhomme de France. <em>Histoire de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> et de Marie-Antoinette<\/em> (1850-1851), Alexandre Dumas<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Turgot, en janvier\u00a01776, demande au Conseil l\u2019abolition de la corv\u00e9e royale des paysans (les Jacques), remplac\u00e9e par une taxe additionnelle payable par tous les propri\u00e9taires terriens. S\u2019y ajoute une s\u00e9rie de mesures fiscales pour plus de justice et d\u2019efficacit\u00e9. Au total, six \u00e9dits. C\u2019est l\u2019amorce d\u2019une v\u00e9ritable \u00e9quit\u00e9 fiscale\u00a0: la mesure est tr\u00e8s populaire aupr\u00e8s du petit peuple, le minist\u00e8re semble bien assur\u00e9, mais tous les privil\u00e9gi\u00e9s qui se retrouvent frapp\u00e9s fiscalement vont s\u2019opposer aux \u00e9dits de Turgot.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sire, il n\u2019y a qu\u2019un monarque dans votre royaume, c\u2019est le fisc. Il \u00f4te l\u2019or de la couronne, l\u2019argent de la crosse, le fer de l\u2019\u00e9p\u00e9e et l\u2019orgueil aux paysans.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1315\" class=\"cit-num\">1315<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cahier de dol\u00e9ances de la ville de Marseille. Cit\u00e9 par Marcel Jullian, invit\u00e9 \u00e0 l\u2019occasion du bicentenaire de la R\u00e9volution, matinale sur France Inter en 1989<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Superbe style qui contraste avec le ton quotidien, terre \u00e0 terre et souvent laborieux des quelque 50\u00a0000 cahiers r\u00e9dig\u00e9s en f\u00e9vrier-mars\u00a01789, pour exprimer les revendications des Fran\u00e7ais. Le peuple prend la parole, avant de jouer le premier r\u00f4le dans la R\u00e9volution.<\/p>\n<h4><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-5-61.jpg\" width=\"165\" height=\"220\" style=\"float: left;margin: 10px;border: 1px solid black\"><\/a>R\u00e9volution et Empire<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il a bien travaill\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1469\" class=\"cit-num\">1469<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793), apr\u00e8s la plaidoirie de son avocat Romain Des\u00e8ze, 26\u00a0d\u00e9cembre\u00a01792.<em> Histoire socialiste<\/em>, 1789-1900, Volume 4, La Convention (1908), Jean Jaur\u00e8s<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Des\u00e8ze s\u2019est assis, \u00e9puis\u00e9 apr\u00e8s la plaidoirie. En sueur, il demande une chemise. \u00ab\u00a0Donnez-la lui, car il a bien travaill\u00e9\u00a0\u00bb, dit le roi. \u00ab\u00a0Avec une familiarit\u00e9 touchante et un peu vulgaire\u00a0\u00bb, commente l\u2019historien socialiste.<\/p>\n<p>Dans son discours de r\u00e9ception \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise sous la Restauration (en 1828), le baron de Barante rendra cet hommage \u00e0 Des\u00e8ze\u00a0: \u00ab\u00a0Son \u00e9ternel honneur sera d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 associ\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e9nement le plus tristement religieux de notre R\u00e9volution\u00a0\u00bb. Ils \u00e9taient trois pour cette mission impossible et p\u00e9rilleuse. Des\u00e8ze, arr\u00eat\u00e9 peu apr\u00e8s le proc\u00e8s, lib\u00e9r\u00e9 \u00e0 la chute de Robespierre, finira pair de France et premier pr\u00e9sident de la Cour de cassation sous la Restauration. Fran\u00e7ois Denis Tronchet se cachera sous la Terreur et se retrouvera au S\u00e9nat sous le Consulat. Guillaume de Lamoignon de Malesherbes aura moins de chance\u00a0: il sera ex\u00e9cut\u00e9 sous la Terreur.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous travaillons pour les g\u00e9n\u00e9rations futures, lan\u00e7ons la libert\u00e9 dans les colonies\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1568\" class=\"cit-num\">1568<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DANTON<\/span> (1759-1794), Convention, 4\u00a0f\u00e9vrier\u00a01794.<em> M\u00e9moires de Levasseur de la Sarthe<\/em> (1830), Ren\u00e9 Levasseur, Roche<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Danton va faire l\u2019unanimit\u00e9 \u2013 fait rarissime dans cette Assembl\u00e9e nationale \u00e0 l\u2019image de la France divis\u00e9e. Il a l\u2019habilet\u00e9 d\u2019associer la libert\u00e9 des esclaves et la fin du travail forc\u00e9 avec la volont\u00e9 de ruiner l\u2019Angleterre. Il salue aussi l\u2019entr\u00e9e, la veille, de deux nouveaux d\u00e9put\u00e9s de couleur (venus de Saint-Domingue) et place l\u2019abolition sous le signe philosophique du \u00ab\u00a0flambeau de la raison\u00a0\u00bb et du \u00ab\u00a0compas des principes\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Les pr\u00e9c\u00e9dents d\u00e9crets pour la libert\u00e9 et l\u2019\u00e9galit\u00e9 des N\u00e8gres avaient d\u00e9\u00e7u leurs espoirs et la situation devenait dramatique dans les colonies\u00a0: Toussaint Louverture s\u2019est rendu ma\u00eetre de Saint-Domingue, les esclaves noirs massacrent les colons blancs, incendient r\u00e9coltes et plantations. \u00ab\u00a0La Convention, sur la proposition de Gr\u00e9goire, avait, en 1793, aboli la prime pour la traite des N\u00e8gres. Le 4\u00a0f\u00e9vrier 1794, elle d\u00e9cr\u00e9ta, par acclamation, l\u2019abolition de l\u2019esclavage dans les colonies.\u00a0\u00bb Alfred Rambaud, <em>Histoire de la civilisation contemporaine en France<\/em> (1888). R\u00e9tabli en 1802, l\u2019esclavage sera d\u00e9finitivement aboli sous la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique (1848).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Disparaissez enfin, r\u00e9voltantes distinctions de riches et de pauvres, de grands et de petits, de ma\u00eetres et de valets, de gouvernement et de gouvern\u00e9s.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1661\" class=\"cit-num\">1661<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Sylvain <span class=\"caps\">MAR\u00c9CHAL<\/span> (1750-1803),<em> Manifeste des \u00c9gaux<\/em>, programme r\u00e9dig\u00e9 fin 1795, devenu la Charte de la conspiration des \u00c9gaux.<em> Histoire des classes ouvri\u00e8res en France depuis 1789 jusqu\u2019\u00e0 nos jours<\/em>, volume\u00a0I (1867), \u00c9mile Levasseur<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Babeuf, Buonarroti et quelques autres conjur\u00e9s forment un \u00ab\u00a0Directoire secret\u00a0\u00bb pour renverser l\u2019autre, le vrai\u2026 qui est au courant de tout. L\u2019\u00e2me en est Gracchus Babeuf, rescap\u00e9 de la Terreur, \u00ab\u00a0m\u00e9lange de terrorisme et d\u2019assistance sociale\u00a0\u00bb selon Maxime Leroy (<em>Histoire des id\u00e9es sociales en France, De Montesquieu \u00e0 Robespierre<\/em>). Dans son journal <em>Le Tribun du Peuple<\/em>, Babeuf expose ses th\u00e9ories communistes, apr\u00e8s son vibrant appel\u00a0: \u00ab\u00a0Peuple\u00a0! r\u00e9veille-toi \u00e0 l\u2019Esp\u00e9rance.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis n\u00e9 et construit pour le travail, je ne connais pas chez moi la limite de mes forces.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1777\" class=\"cit-num\">1777<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821).<em> \u0152uvres du comte <span class=\"caps\">P. L.\u00a0<\/span>Roederer\u00a0: histoire contemporaine, 1789-1815<\/em> (1854)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Infatigable dans son cabinet, \u00e9puisant ses collaborateurs, surprenant ses ministres, dormant quatre heures et travaillant dix-huit heures par jour, d\u00e9laissant un peu sa \u00ab\u00a0bonne Louise\u00a0\u00bb (Marie-Louise d\u2019Autriche, m\u00e8re de l\u2019Aiglon). Quand il est en campagne, il passe des journ\u00e9es enti\u00e8res \u00e0 cheval, peut rester des nuits sans dormir, n\u2019ayant besoin pour r\u00e9cup\u00e9rer que de br\u00e8ves siestes.<\/p>\n<p>Seul d\u00e9faut de cette cuirasse, hypoth\u00e8se de m\u00e9decins\u00a0: une h\u00e9patite chronique d\u2019origine palud\u00e9enne (responsable de ce teint jaune d\u00e8s sa jeunesse). Il mourra \u00e0 52 ans, sans doute d\u2019un cancer \u00e0 l\u2019estomac (comme son p\u00e8re). On a aussi \u00e9voqu\u00e9 une \u00e9pilepsie d\u00e8s sa jeunesse, mais on se pla\u00eet peut-\u00eatre \u00e0 charger le tableau. En tout cas, l\u2019\u00e9nergie de la volont\u00e9 est infinie, presque sans faille\u00a0: \u00ab\u00a0Napol\u00e9on, c\u2019est un professeur d\u2019\u00e9nergie\u00a0!\u00a0\u00bb (Maurice Barr\u00e8s).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous autres peuples d\u2019Occident, nous avons tout g\u00e2t\u00e9 en traitant les femmes trop bien [\u2026] Elles ne doivent pas \u00eatre regard\u00e9es comme les \u00e9gales des hommes, et ne sont, en r\u00e9alit\u00e9, que des machines \u00e0 faire des enfants [\u2026] Il vaut mieux qu\u2019elles travaillent de l\u2019aiguille que de la langue.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1823\" class=\"cit-num\">1823<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821). <em>Histoire de la France\u00a0: dynasties et r\u00e9volutions, de 1348 \u00e0 1852<\/em> (1971), Georges Duby<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La cr\u00e9ation de la maison d\u2019\u00e9ducation des jeunes filles de la L\u00e9gion d\u2019honneur d\u2019\u00c9couen, 15\u00a0mai 1807, est une occasion parmi d\u2019autres de manifester sa misogynie, en r\u00e9action contre un <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle \u00e9mancipateur et une id\u00e9ologie r\u00e9volutionnaire d\u00e9mocratique. Bref, selon une note de l\u2019empereur\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c9levez-nous des croyantes et non pas des raisonneuses.\u00a0\u00bb Le travail des femmes et les femmes au travail ne sont pas encore un probl\u00e8me de soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai travaill\u00e9 au bonheur de mon peuple. Pourrais-je, \u00e0 soixante ans, mieux terminer ma carri\u00e8re qu\u2019en mourant pour sa d\u00e9fense\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1936\" class=\"cit-num\">1936<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> (1755-1824), \u00e0 la Chambre des d\u00e9put\u00e9s, s\u00e9ance du 16\u00a0mars\u00a01815. <em>Histoire de la Restauration et des causes qui ont amen\u00e9 la chute de la branche a\u00een\u00e9e des Bourbons<\/em> (1843), Jean-Baptiste Honor\u00e9 Raymond Capefigue<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les Cent-Jours et le retour de Napol\u00e9on. Le discours du roi figure dans toutes les histoires de cette p\u00e9riode agit\u00e9e. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> semble pr\u00eat au sacrifice supr\u00eame pour la Charte qui l\u2019a fait roi de France. Le comte d\u2019Artois soutient sa r\u00e9solution, les deux fr\u00e8res s\u2019embrassent, unis dans l\u2019\u00e9preuve. Le roi fait encore acte de r\u00e9sistance\u00a0: \u00ab\u00a0Quoi qu\u2019il arrive, je ne quitterai pas mon fauteuil. La victime sera plus grande que le bourreau.\u00a0\u00bb La s\u00e9ance s\u2019ach\u00e8ve dans le d\u00e9lire, avec le serment du souverain rhumatisant. En r\u00e9alit\u00e9 et en coulisses, le \u00ab\u00a0Roi-fauteuil\u00a0\u00bb pr\u00e9pare sa fuite et met en s\u00fbret\u00e9 les joyaux de la Couronne.<\/p>\n<p>Le soir m\u00eame, apprenant la d\u00e9fection du mar\u00e9chal Ney qui s\u2019est rendu \u00e0 l\u2019empereur, il fait ses malles. C\u2019est le commencement de la fin de sa (premi\u00e8re) Restauration\u00a0: \u00ab\u00a0Je vois que tout est fini [\u2026] Je suis r\u00e9solu \u00e0 partir.\u00a0\u00bb Le soir, il part pour la Belgique. D\u00e9part piteux, pitoyable. Napol\u00e9on entre \u00e0 Paris, arrive aux Tuileries, dans la nuit. Les cris de \u00ab\u00a0Vive l\u2019empereur\u00a0\u00bb se m\u00ealent aux injures contre les Bourbons. Mais ils seront bient\u00f4t de retour pour la (seconde) Restauration et le vrai commencement du nouveau si\u00e8cle.<\/p>\n<h4><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-7-40.jpg\" width=\"165\" height=\"220\" style=\"float: left;margin: 10px;border: 1px solid black\"><\/a><span class=\"caps\">XIX<\/span>e, le grand si\u00e8cle du socialisme et du travail.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019homme a jusqu\u2019ici exploit\u00e9 l\u2019homme. Ma\u00eetres, esclaves\u00a0; patricien, pl\u00e9b\u00e9ien\u00a0; seigneurs, serfs\u00a0; propri\u00e9taires, fermiers\u00a0; oisifs et travailleurs.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1902\" class=\"cit-num\">1902<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comte de <span class=\"caps\">SAINT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">SIMON<\/span> (1760-1825), <em>Doctrine de Saint-Simon\u00a0: Exposition. Premi\u00e8re ann\u00e9e<\/em> (1829)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Beau r\u00e9sum\u00e9 de toute l\u2019histoire du monde des origines \u00e0 nos jours\u2026 et du socialisme \u00e0 la fran\u00e7aise, aux accents messianiques, vingt ans avant le marxisme. Saint-Simon (arri\u00e8re-cousin du duc) est mort. Mais avec les saint-simoniens se constitue en France une sorte de mouvement socialiste, \u00e0 la veille de la R\u00e9volution de 1830\u00a0: il ne rassemble encore qu\u2019une infime \u00e9lite, destin\u00e9e \u00e0 se diversifier et s\u2019\u00e9largir \u00e0 Paris comme en province, dans l\u2019atmosph\u00e8re des lendemains r\u00e9volutionnaires.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Organisation du travail, r\u00e9surrection religieuse, telles sont les deux grandes \u0153uvres que notre \u00e9poque demande \u00e0 l\u2019avenir.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Prosper <span class=\"caps\">ENFANTIN<\/span>, dit \u00ab\u00a0le P\u00e8re Enfantin\u00a0\u00bb (1796-1864), <em>Correspondance philosophique et religieuse, 1843-1845<\/em> (1847)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fils de banquier, polytechnicien, il rencontre Saint-Simon, fr\u00e9quente les soci\u00e9t\u00e9s secr\u00e8tes et fonde en 1825 un journal, <em>le Producteur<\/em>. En 1828, le mouvement se transforme en une \u00c9glise, Bazard et Enfantin \u00e9tant consid\u00e9r\u00e9s comme les \u00ab\u00a0p\u00e8res\u00a0\u00bb. Avec d\u2019autres saint-simoniens, ils rachet\u00e8rent <em>le Globe<\/em> en 1830, journal philosophique et litt\u00e9raire contribuant \u00e0 l\u2019essor de la presse. Enfantin forme une commune mod\u00e8le \u00e0 M\u00e9nilmontant. Condamn\u00e9 \u00e0 un an de prison en 1832, il part pour l\u2019\u00c9gypte et cr\u00e9e une soci\u00e9t\u00e9 pour le percement de l\u2019isthme de Suez. En 1845, il fonde la Compagnie des chemins de fer de Lyon. Il aura une forte influence sur les hommes politiques et les hommes d\u2019affaires de son temps\u00a0: Adolphe Blanqui, Michel Chevalier, les fr\u00e8res Pereire. Ses articles du <em>Globe<\/em> ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9unis sous le titre<em> \u00c9conomie politique<\/em> (1831).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous avons pass\u00e9 des si\u00e8cles \u00e0 ergoter sur les droits de l\u2019homme sans songer \u00e0 reconna\u00eetre le plus essentiel, celui du travail, sans lequel tous les autres ne sont rien.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles <span class=\"caps\">FOURIER<\/span> (1772-1837), <em>Trait\u00e9 de l\u2019Association domestique et agricole<\/em> (1822)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Second grand socialiste utopique apr\u00e8s Fourier, consid\u00e9r\u00e9 par Marx et Engels comme une figure du \u00ab\u00a0socialisme critico-utopique\u00a0\u00bb, il prend le probl\u00e8me \u00e0 bras-le-corps et va inventer des solutions originales, sinon viables.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Aimez le travail, nous dit la morale\u00a0: c\u2019est un conseil ironique et ridicule. Qu\u2019elle donne du travail \u00e0 ceux qui en demandent, et qu\u2019elle sache le rendre aimable.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1903\" class=\"cit-num\">1903<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles <span class=\"caps\">FOURIER<\/span> (1772-1837), <em>Livret d\u2019annonce du nouveau monde industriel<\/em> (1829)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Philosophe et \u00e9conomiste, fondamentalement critique de l\u2019ordre social, il ajoute que le travail \u00ab\u00a0est odieux en civilisation par l\u2019insuffisance du salaire, l\u2019inqui\u00e9tude d\u2019en manquer, l\u2019injustice des ma\u00eetres, la tristesse des ateliers, la longue dur\u00e9e et l\u2019uniformit\u00e9 des fonctions.\u00a0\u00bb Il peint la face noire d\u2019un si\u00e8cle de progr\u00e8s \u00e9conomiques sans lois sociales et trace les grandes lignes d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 nouvelle, conforme \u00e0 ses v\u0153ux\u00a0: le phalanst\u00e8re en est la cellule, regroupant les travailleurs associ\u00e9s en une sorte de coop\u00e9rative. Il doit en r\u00e9sulter l\u2019harmonie universelle\u00a0: c\u2019est moins de l\u2019optimisme qu\u2019une utopie qui fera des adeptes sous la Monarchie de Juillet, grande \u00e9poque du socialisme.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vivre libres en travaillant ou mourir en combattant.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2069\" class=\"cit-num\">2069<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cri c\u00e9l\u00e8bre de l\u2019\u00e9meute des canuts, 22\u00a0novembre\u00a01831. <em>Histoire du mouvement ouvrier<\/em>, tome\u00a0I (1948), \u00c9douard Doll\u00e9ans<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est aussi la devise inscrite sur leur drapeau noir, symbole de l\u2019anarchie. Mais la r\u00e9volte des ouvriers de la soie est d\u2019origine \u00e9conomique et non politique. Les soyeux (fabricants) ne respectent pas le nouveau tarif des salaires, sign\u00e9 par leurs d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s dont ils contestent le mandat. Commencent alors les \u00ab\u00a0trois glorieuses du prol\u00e9tariat lyonnais\u00a0\u00bb\u00a0: gr\u00e8ve, puis insurrection. Au matin du 22\u00a0novembre, les canuts de la Croix-Rousse descendent sur la ville, criant leur r\u00e9volte. Ils se retrouvent sans le vouloir ma\u00eetres de Lyon vid\u00e9e de sa garnison qui risquait de pactiser avec les insurg\u00e9s.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mais notre r\u00e8gne arrivera<br>Quand votre r\u00e8gne finira.<br>Alors nous tisserons le linceul du vieux monde<br>Car on entend d\u00e9j\u00e0 la r\u00e9volte qui gronde\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2070\" class=\"cit-num\">2070<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Aristide <span class=\"caps\">CRUANT<\/span> (1851-1925), <em>La Complainte des canuts<\/em>, chanson.<em> La R\u00e9volte des canuts<\/em> (1975), Maurice Moissonnier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Bruant immortalisera cette r\u00e9volte des canuts de Lyon, dans un chant dont la r\u00e9sonance refl\u00e8te surtout l\u2019esprit d\u2019anarchie propre \u00e0 l\u2019auteur et \u00e0 son \u00e9poque (la Troisi\u00e8me R\u00e9publique \u00e0 venir).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Du travail ou la mort. Nous aimons mieux p\u00e9rir d\u2019une balle que de faim.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2071\" class=\"cit-num\">2071<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">R\u00e9ponse des ouvriers au pr\u00e9fet. <em>Compte-rendu des \u00e9v\u00e9nements qui ont eu lieu dans la ville de Lyon au mois de novembre\u00a01831<\/em> (1832), Louis Bouvier-Dumolart<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019H\u00f4tel de Ville de Lyon est occup\u00e9 par les insurg\u00e9s, mais de nouvelles troupes, command\u00e9es par le mar\u00e9chal Soult et le duc d\u2019Orl\u00e9ans, r\u00e9occupent la ville, expulsant 10\u00a0000 ouvriers, le 5\u00a0d\u00e9cembre 1831. Bilan\u00a0: 171 morts civils, 170 militaires, 600 arrestations. On destitue le pr\u00e9fet trop bienveillant \u00e0 l\u2019\u00e9gard des revendications ouvri\u00e8res. Le tarif \u00e0 l\u2019origine de la r\u00e9volte est proclam\u00e9 nul et non avenu\u00a0: \u00e9chec total de la premi\u00e8re grande gr\u00e8ve de l\u2019histoire de France. Mais elle fera \u00e9cole, apr\u00e8s la Monarchie de Juillet\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut que les ouvriers sachent bien qu\u2019il n\u2019y a de rem\u00e8de \u00e0 leurs maux que dans la patience et la r\u00e9signation.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2072\" class=\"cit-num\">2072<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Casimir <span class=\"caps\">P\u00c9RIER<\/span> (1777-1832), Chambre des d\u00e9put\u00e9s, 1831. <em>L\u2019Argent<\/em> (1971), Pierre Miquel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Discours du chef du gouvernement, symbolisant la duret\u00e9 du lib\u00e9ralisme qui fait loi politique, \u00e9conomique et sociale sous la Monarchie de Juillet.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le cri du pauvre monte jusqu\u2019\u00e0 Dieu, mais il n\u2019arrive pas \u00e0 l\u2019oreille de l\u2019homme.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2048\" class=\"cit-num\">2048<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">F\u00e9licit\u00e9 Robert de <span class=\"caps\">LAMENNAIS<\/span> (1782-1854), <em>Paroles d\u2019un croyant<\/em> (1834)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cr\u00e9ateur du catholicisme social, soucieux d\u2019appliquer un id\u00e9al de justice et de charit\u00e9 conforme \u00e0 l\u2019enseignement de l\u2019\u00c9vangile, Lamennais profite de la nouvelle libert\u00e9 de la presse en 1830 et lance le journal <em>L\u2019Avenir<\/em> avec ses amis Lacordaire et Montalembert. En exergue\u00a0: \u00ab\u00a0Dieu et la libert\u00e9\u00a0\u00bb. Il est condamn\u00e9 par l\u2019Encyclique <em>Mirari vos<\/em> (1832). Pour le pape, souverainet\u00e9s du peuple et de Dieu sont incompatibles.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s une grave crise de conscience, il rompt avec l\u2019\u00c9glise pour n\u2019\u00eatre plus que socialiste, \u00e0 l\u2019inverse de ses deux amis qui se soumettent, sans abandonner leur action g\u00e9n\u00e9reuse. Lamennais publie ses <em>Paroles d\u2019un croyant<\/em> sous forme de versets, comme la Bible et y affirme son socialisme\u00a0: Dieu veut l\u2019\u00e9galit\u00e9, la libert\u00e9 et la fraternit\u00e9 des hommes. \u00ab\u00a0La libert\u00e9 est le pain que les peuples doivent gagner \u00e0 la sueur de leur front\u00a0\u00bb, \u00e9crit-il encore pour encourager le peuple au combat contre tous ceux qui l\u2019oppriment.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0C\u2019est la <em>Marseillaise<\/em> du christianisme et l\u2019auteur est un pr\u00eatre en bonnet rouge\u00a0\u00bb, dit-on alors. C\u2019est surtout un courant d\u2019opinion tr\u00e8s repr\u00e9sentatif de cette fermentation des id\u00e9es, face \u00e0 la mis\u00e8re du peuple qui s\u2019aggrave et contraste avec l\u2019enrichissement de la bourgeoisie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le travail est partout et la souffrance partout\u00a0; seulement il y a des travaux st\u00e9riles et des travaux f\u00e9conds, des souffrances inf\u00e2mes et des souffrances glorieuses.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">F\u00e9licit\u00e9 Robert de <span class=\"caps\">LAMENNAIS<\/span> (1782\u20131854), <em>M\u00e9lange religieux et philosophique<\/em> (1837)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Lamennais persiste et signe. Il se lie d\u2019amiti\u00e9 avec George Sand qui lui ouvre son salon r\u00e9publicain\u00a0: \u00ab\u00a0Nous vous comptons parmi nos saints\u2026 Vous \u00eates le p\u00e8re de notre \u00c9glise nouvelle\u00a0\u00bb. Il est quand m\u00eame choqu\u00e9 par ses id\u00e9es sur le divorce et la libert\u00e9 sociale.<\/p>\n<p>Hugo l\u2019admire et entretient une longue correspondance avec lui. Suite \u00e0 la R\u00e9volution de 1848, il devient d\u00e9put\u00e9 d\u00e9mocrate de gauche. Il se retire de la politique apr\u00e8s le coup d\u2019\u00c9tat de Louis-Napol\u00e9on Bonaparte (2 d\u00e9cembre 1851) et meurt (sans doute du chol\u00e9ra) trois ans apr\u00e8s, enterr\u00e9 dans une fosse commune selon ses derni\u00e8res volont\u00e9s \u00ab\u00a0au milieu des pauvres et comme le sont les pauvres\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019homme n\u2019aime pas le travail. Il aime seulement une activit\u00e9 qui flatte l\u2019orgueil et trompe l\u2019ennui.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Henri <span class=\"caps\">LACORDAIRE<\/span> (1802-1861),<em> Les Conf\u00e9rences de Notre-Dame de Paris<\/em> (1835)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ami de Lamennais, venu du catholicisme social et lib\u00e9ral avant 1840, dominicain depuis, il s\u2019efforce avec \u00e9loquence et g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 \u00e0 r\u00e9concilier l\u2019\u00c9glise et le monde moderne. Vaste programme. On le retrouvera \u00e0 la R\u00e9volution de 1848, toujours pr\u00eachant \u00e0 Notre-Dame\u00a0: \u00ab\u00a0Sachent donc ceux qui l\u2019ignorent, sachent les ennemis de Dieu et du genre humain, quelque nom qu\u2019ils prennent, qu\u2019entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le ma\u00eetre et le serviteur, c\u2019est la libert\u00e9 qui opprime et la loi qui affranchit.\u00a0\u00bb\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0N\u2019y a-t-il pour l\u2019homme que le travail du corps\u00a0? et le labeur de la t\u00eate n\u2019est-il pas digne de quelques piti\u00e9\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Alfred de <span class=\"caps\">VIGNY<\/span> (1797- 1863), <em>Chatterton<\/em> (1835)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le travail artistique ou intellectuel ne doit pas \u00eatre oubli\u00e9, dans cette \u00e9poque de revendications essentiellement populaires et ouvri\u00e8res. D\u00e9\u00e7u de la politique et de ses contemporains, le po\u00e8te incarne le \u00ab\u00a0mal du si\u00e8cle\u00a0\u00bb romantique. Le d\u00e9senchantement semble inh\u00e9rent au romantisme. Celui de Vigny est sinc\u00e8re plus que tout autre. Il date de la Restauration \u2013 la vie de garnison lassa vite le jeune militaire \u00e9lev\u00e9 dans le culte des armes et de l\u2019honneur \u2013 et s\u2019aggrave lors de la r\u00e9volution de 1830 qui am\u00e8ne au pouvoir un bourgeois si peu roi, aux yeux de la vieille aristocratie dont Vigny est le d\u00e9licat et sensible rejeton.<\/p>\n<p>Son Chatterton est le type m\u00eame du \u00ab\u00a0po\u00e8te maudit\u00a0\u00bb (bien avant Verlaine). Personnage inspir\u00e9 du c\u00e9l\u00e8bre \u00e9crivain anglais qui se suicide \u00e0 la veille de ses 18 ans, faute de pouvoir vivre de sa passion\u00a0: la po\u00e9sie. Incompris de tous, cribl\u00e9 de dettes, accus\u00e9 \u00e0 tort de plagiat, contrari\u00e9 dans ses amours avec Kitty Bell, sa seule r\u00e9ussite ne peut se trouver que dans une gloire posthume\u2026 Mais la pi\u00e8ce triompha \u00e0 la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise, avec Marie Dorval, ma\u00eetresse de Vigny \u00e0 la ville et de Chatterton sur sc\u00e8ne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous n\u2019avez, contre cette disposition r\u00e9volutionnaire des classes pauvres, vous n\u2019avez aujourd\u2019hui, ind\u00e9pendamment de la force l\u00e9gale, qu\u2019une seule garantie efficace, puissante, le travail, la n\u00e9cessit\u00e9 incessante du travail. C\u2019est l\u00e0 le c\u00f4t\u00e9 admirable de notre soci\u00e9t\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2050\" class=\"cit-num\">2050<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">GUIZOT<\/span> (1787-1874), Discours du 3\u00a0mai 1837. <em>Archives parlementaires de 1787 \u00e0 1860<\/em>\u00a0(1913), Assembl\u00e9e nationale<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Discours et homme politique toujours repr\u00e9sentatif de l\u2019\u00e9poque\u00a0! Guizot est longtemps au pouvoir, chef du parti de la R\u00e9sistance (r\u00e9sistance au mouvement r\u00e9volutionnaire), d\u00e9fendant les int\u00e9r\u00eats de la grande bourgeoisie d\u2019affaires, contribuant \u00e0 accro\u00eetre la mis\u00e8re ouvri\u00e8re et suscitant une opposition de plus en plus dure. En mars 1843, on lui devra le trop fameux\u00a0: \u00ab\u00a0Enrichissez-vous\u00a0!\u00a0\u00bb Mais il faut pr\u00e9ciser\u00a0: \u00ab\u00a0\u2026par le travail, par l\u2019\u00e9pargne et la probit\u00e9, et vous deviendrez \u00e9lecteurs.\u00a0\u00bb (Le droit de vote \u00e9tait conditionn\u00e9 par un seuil d\u2019imposition, le cens.) Louis-Philippe approuve toujours les id\u00e9es de son ministre\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est ma bouche\u00a0\u00bb dit-il.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On croit commun\u00e9ment que de forts salaires sont une garantie de moralit\u00e9\u00a0; cependant, les ouvriers les mieux r\u00e9tribu\u00e9s ne sont pas les plus moraux. Aussi, certaines personnes ne craignent-elles pas d\u2019affirmer que si le vice abonde dans les villes, si, comme elles le disent, il y tient \u00e9cole, table et lit ouverts, c\u2019est en grande partie parce que le taux des salaires y est plus \u00e9lev\u00e9 qu\u2019ailleurs. Et on le con\u00e7oit\u00a0; car plus les ouvriers gagnent, plus ils peuvent ais\u00e9ment satisfaire leurs go\u00fbts de d\u00e9bauche.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2045\" class=\"cit-num\">2045<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Ren\u00e9 <span class=\"caps\">VILLERM\u00c9<\/span> (1782-1863), <em>Tableau de l\u2019\u00e9tat physique et moral des ouvriers dans les fabriques de coton, de laine et de soie<\/em> (1840)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il fut chirurgien militaire dans l\u2019arm\u00e9e napol\u00e9onienne, puis m\u00e9decin dans le civil, se consacrant \u00e0 la r\u00e9daction d\u2019une s\u00e9rie de m\u00e9moires\u00a0: sur la famine et la guerre, la sant\u00e9 des for\u00e7ats, le r\u00e9gime des prisons, la mortalit\u00e9 \u00e0 Paris. Ces \u00e9tudes savamment document\u00e9es sur un certain nombre de groupes sociaux font de lui l\u2019un des premiers sociologues fran\u00e7ais. En 1840, il publie ce <em>Tableau<\/em>, son \u0153uvre la plus connue, et \u00e0 juste titre.<\/p>\n<p>Ce passage au ton quelque peu embarrass\u00e9 refl\u00e8te les dires et les pens\u00e9es (ou pr\u00e9jug\u00e9s) des bourgeois de la Monarchie sur les ouvriers et les salaires. Mais le \u00ab\u00a0bon docteur\u00a0\u00bb reste surtout dans l\u2019histoire pour avoir alert\u00e9 l\u2019Acad\u00e9mie sur les conditions de travail des enfants, dans les manufactures. L\u2019opinion s\u2019en \u00e9mut au point que, d\u00e8s l\u2019ann\u00e9e suivante, furent \u00e9dict\u00e9es les premi\u00e8res lois sociales \u2013 limitant \u00e0 8 ans l\u2019\u00e2ge d\u2019admission dans les entreprises ayant plus de 20 salari\u00e9s. Le Second Empire prendra bient\u00f4t des lois qui s\u2019imposent. \/\/ On se pose encore la question\u00a0: Louis-Napol\u00e9on Bonaparte \u00e9tait-il sinc\u00e8re dans sa compassion pour les travailleurs\u00a0?<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0V\u00e9ritable Saturne du travail, l\u2019industrie d\u00e9vore ses enfants et ne vit que de leur mort.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2251\" class=\"cit-num\">2251<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1808-1873), <em>L\u2019Extinction du paup\u00e9risme<\/em> (1844)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019utopie de ces trente pages \u00e9crites par le prisonnier au fort de Ham et le d\u00e9sir d\u2019un futur souverain de se poser en \u00ab\u00a0homme social\u00a0\u00bb n\u2019excluent pas une certaine sinc\u00e9rit\u00e9. Fait unique pour l\u2019\u00e9poque de la part d\u2019un pr\u00e9tendant au pouvoir, il tient \u00e0 visiter les r\u00e9gions industrielles anglaises. Il a 25\u00a0ans et le spectacle de la mis\u00e8re le frappe. \u00ab\u00a0La pauvret\u00e9 ne sera plus s\u00e9ditieuse, lorsque l\u2019opulence ne sera plus oppressive.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il a profit\u00e9 de sa captivit\u00e9 pour exposer ses th\u00e9ories \u00e9conomiques largement influenc\u00e9es par le socialisme utopique de Saint-Simon. Il saura le temps venu se pr\u00e9senter comme le protecteur du monde ouvrier. Sa sinc\u00e9rit\u00e9 socialiste sera suspecte \u00e0 en croire Victor Hugo qui, dans<em> Napol\u00e9on le Petit,<\/em> reproduira un billet joint \u00e0 l\u2019ouvrage envoy\u00e9 \u00e0 un de ses amis\u00a0: \u00ab\u00a0Lisez ce travail sur le paup\u00e9risme et dites-moi si vous pensez qu\u2019il soit de nature \u00e0 me faire du bien.\u00a0\u00bb Rien de tel chez Proudhon, notre premier socialiste fran\u00e7ais.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le travail des ouvriers a cr\u00e9\u00e9 une valeur, or cette valeur est leur propri\u00e9t\u00e9. Mais ils ne l\u2019ont ni vendue ni \u00e9chang\u00e9e\u00a0; et vous, capitaliste, vous ne l\u2019avez point acquise.\u00a0\u00bb<span id=\".\" class=\"cit-num\">.<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre-Joseph <span class=\"caps\">PROUDHON<\/span> (1809-1865), <em>Qu\u2019est-ce que la propri\u00e9t\u00e9\u00a0?<\/em> (1840)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0La propri\u00e9t\u00e9, c\u2019est le vol.\u00a0\u00bb Cette formule retentissante sch\u00e9matise la pens\u00e9e de l\u2019auteur qui en est cependant tr\u00e8s fier\u00a0: \u00ab\u00a0Cette proposition fera le tour du monde et causera plus d\u2019\u00e9moi que la cocarde de La Fayette.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019homme est attachant, ne serait-ce que par cet aveu\u00a0: \u00ab\u00a0Je sais ce que c\u2019est que la mis\u00e8re. J\u2019y ai v\u00e9cu. Tout ce que je sais, je le dois au d\u00e9sespoir.\u00a0\u00bb Ce fils d\u2019une cuisini\u00e8re et d\u2019un tonnelier est le seul th\u00e9oricien r\u00e9volutionnaire issu d\u2019un milieu populaire, au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La facult\u00e9 de travailler, qui distingue l\u2019homme de la brute, a sa source dans les plus hautes profondeurs de la Raison.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Joseph <span class=\"caps\">PROUDHON<\/span> (1809-1865). <em>Syst\u00e8me des contradictions \u00e9conomiques ou Philosophie de la mis\u00e8re<\/em> (1846)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Socialiste anarchiste, il critique le communisme de Marx (grand bourgeois) dans <em>La Philosophie de la mis\u00e8re<\/em> (1846) et Marx lui r\u00e9pond dans <em>La Mis\u00e8re de la philosophie<\/em> (1847), le traitant, insulte supr\u00eame, de \u00ab\u00a0petit-bourgeois constamment ballott\u00e9 entre le Travail et le Capital, entre l\u2019\u00e9conomie politique et le communisme\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Pla\u00e7ons la citation dans son contexte pour mieux comprendre la sensibilit\u00e9 politique de l\u2019auteur\u00a0: \u00ab\u00a0Le travail, le vrai travail, celui qui produit la richesse et qui donne la science, a trop besoin de r\u00e8gle, et de pers\u00e9v\u00e9rance, et de sacrifice, pour \u00eatre longtemps ami de la passion, fugitive de sa nature, inconstante et d\u00e9sordonn\u00e9e\u00a0; c\u2019est quelque chose de trop \u00e9lev\u00e9, de trop id\u00e9al, de trop philosophique, pour devenir exclusivement plaisir et jouissance, c\u2019est-\u00e0-dire mysticit\u00e9 et sentiment. La facult\u00e9 de travailler, qui distingue l\u2019homme des brutes, a sa source dans les plus hautes profondeurs de la raison\u00a0: comment deviendrait-elle en nous une simple manifestation de la vie, un acte voluptueux de notre sensibilit\u00e9\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019homme peut aimer son semblable jusqu\u2019\u00e0 mourir\u00a0; il ne l\u2019aime pas jusqu\u2019\u00e0 travailler pour lui.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Joseph <span class=\"caps\">PROUDHON<\/span> (1809-1865). <em>Syst\u00e8me des contradictions \u00e9conomiques ou Philosophie de la mis\u00e8re<\/em> (1846)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cet aphorisme pessimiste rejoint les r\u00e9alit\u00e9s contradictoires \u00e9nonc\u00e9es dans cet essai. Exemple\u00a0: la propri\u00e9t\u00e9 qui manifeste l\u2019in\u00e9galit\u00e9 est l\u2019objet m\u00eame de la libert\u00e9. Le machinisme qui accro\u00eet la productivit\u00e9 d\u00e9truit l\u2019artisanat et soumet le salari\u00e9. La libert\u00e9 qui est indispensable est aussi cause de l\u2019in\u00e9galit\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous dont la lampe, le matin, \/ Au clairon du coq se rallume,<br>Nous tous qu\u2019un salaire incertain \/ Ram\u00e8ne avant l\u2019aube \u00e0 l\u2019enclume [\u2026]<br>Aimons-nous et quand nous pouvons \/ Nous unir pour boire \u00e0 la ronde,<br>Que le canon se taise ou gronde \/ Buvons, buvons, buvons \/ \u00c0 l\u2019ind\u00e9pendance du monde\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2117\" class=\"cit-num\">2117<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">DUPONT<\/span> (1821-1870), parole et musique, <em>Le Chant des ouvriers<\/em> (1846). <em>Muse populaire\u00a0: chants et po\u00e9sies<\/em> (1858), Pierre Dupont<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce n\u2019est plus le socialisme id\u00e9aliste, cher \u00e0 Saint-Simon et Fourier\u00a0! Proudhon et Marx se sont rencontr\u00e9s durant l\u2019hiver 1844-1845 et m\u00eame s\u2019ils ne se sont pas vraiment entendus, le fait reste historique. Ce chant r\u00e9sonne d\u00e9j\u00e0 comme un appel \u00e0 une conscience de classe.<\/p>\n<p>Pierre Dupont, ex-apprenti canut, est l\u2019un des premiers chansonniers de la classe ouvri\u00e8re. Hugo l\u2019a remarqu\u00e9 pour son talent, ses convictions r\u00e9publicaines. Il va fr\u00e9quenter le milieu artistique parisien, avant de retourner \u00e0 Lyon et de finir tristement \u00e0 la rue, clochard et alcoolique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je hais celui qui jamais ne travaille<br>Et s\u2019enrichit dans un honteux repos [\u2026]<br>C\u2019est notr\u2019 sueur qui gagn\u2019 sa boustifaille,<br>Voil\u00e0 pourquoi j\u2019aim\u2019 pas les aristos.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2119\" class=\"cit-num\">2119<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Gustave <span class=\"caps\">LEROY<\/span> (1818-1860), <em>Les Aristos<\/em> (1848), chanson. <em>La Po\u00e9sie populaire en France au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle<\/em> (2005), H\u00e9l\u00e8ne Millot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Auteur, compositeur, interpr\u00e8te, c\u2019est l\u2019un des chansonniers les plus populaires du temps. Il capte l\u2019air du temps, fraternel et chaleureux, ador\u00e9 du public des guinguettes. On reprend ses refrains dans les ateliers, dans la rue.<\/p>\n<p>Tandis que chez les ouvriers, la r\u00e9volte gronde. Ce n\u2019est pas encore la r\u00e9volution, mais dans les ann\u00e9es 1846-1847, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 la crise agricole, puis industrielle, commerciale, sociale et le commencement de la fin d\u2019un r\u00e9gime politique qui ne tient que par le progr\u00e8s \u00e9conomique et la satisfaction mat\u00e9rielle des bourgeois. Faillites et ruines de familles ais\u00e9es, ch\u00f4mage et troubles sociaux chez les ouvriers, peur sociale qui engendre le cercle infernal r\u00e9pression-insurrection-r\u00e9pression\u00a0: le minist\u00e8re Guizot incarne plus que jamais le parti de la R\u00e9sistance, face au mouvement r\u00e9volutionnaire qui va finalement l\u2019emporter.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Partout on travaille activement aux barricades d\u00e9j\u00e0 formidables. C\u2019est plus qu\u2019une \u00e9meute, cette fois, c\u2019est une insurrection.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2131\" class=\"cit-num\">2131<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Choses vues<\/em>, 24\u00a0f\u00e9vrier 1848 (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Lamartine, Dumas, Flaubert, Baudelaire, George Sand et beaucoup d\u2019autres \u00e9crivains sont t\u00e9moins, parfois acteurs et surtout enthousiastes. Hugo vit et vibre \u00e0 ces nouvelles journ\u00e9es des Barricades, toujours aux premi\u00e8res loges \u2013 apr\u00e8s les Trois Glorieuses de 1830 et l\u2019insurrection r\u00e9publicaine de 1832, c\u00e9l\u00e9br\u00e9e dans les Mis\u00e9rables. Il note encore, en date du 24\u00a0: \u00ab\u00a0Je fais une reconnaissance autour de la place Royale. Partout l\u2019agitation, l\u2019anxi\u00e9t\u00e9, une attente fi\u00e9vreuse.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Thiers a un plan, celui-l\u00e0 m\u00eame qu\u2019il appliquera contre les communards en 1871\u00a0: \u00e9vacuer Paris, puis l\u2019encercler, le reconqu\u00e9rir comme une place forte ennemie, avec une troupe de m\u00e9tier. Il dispose de 60\u00a0000 hommes pour \u00e9craser la r\u00e9volution. Le petit homme entrerait dans l\u2019histoire. Cela ferait naturellement des milliers de morts\u2026 Le roi ne peut s\u2019y r\u00e9soudre. La r\u00e9volution va donc renverser le r\u00e9gime.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le gouvernement provisoire s\u2019engage \u00e0 garantir l\u2019existence de l\u2019ouvrier par le travail. Il s\u2019engage \u00e0 garantir le travail \u00e0 tous les citoyens.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2148\" class=\"cit-num\">2148<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">BLANC<\/span> (1811-1882), parlant au nom du gouvernement provisoire, 25\u00a0f\u00e9vrier 1848.<em> Histoire de France contemporaine depuis la R\u00e9volution jusqu\u2019\u00e0 la paix de 1919<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span> (1921), Ernest Lavisse, Philippe Sagnac<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est l\u2019affirmation du \u00ab\u00a0droit au travail\u00a0\u00bb \u2013 titre d\u2019un livre de 1849, sign\u00e9 de ce grand socialiste fran\u00e7ais. Mais la d\u00e9finition en reste confuse et l\u2019application se r\u00e9v\u00e9lera catastrophique. La crise \u00e9conomique de 1846-1847, aggrav\u00e9e par la R\u00e9volution de 1848, a provoqu\u00e9 tant de ch\u00f4mage et de mis\u00e8re qu\u2019il faut agir. D\u00e8s le 26\u00a0f\u00e9vrier, on cr\u00e9e les Ateliers nationaux\u00a0: chantiers de terrassement ouverts aux ch\u00f4meurs, \u00e0 Paris et dans plusieurs grandes villes de province. Salaire, deux francs par jour. 40\u00a0000 volontaires vont se pr\u00e9cipiter, mais on ne sait \u00e0 quoi les employer. Quand on les fermera, 21 juin 1848, ce sera l\u2019\u00e9meute, suivie de la r\u00e9pression, cercle infernal de la violence\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Aujourd\u2019hui que le droit du travail est le premier de tous les droits [\u2026] je viens, au nom du travail, affirmer les droits politiques des femmes, la moiti\u00e9 du peuple.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2161\" class=\"cit-num\">2161<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Benjamin Olinde <span class=\"caps\">RODRIGUES<\/span> (1794-1851), Discours \u00e0 la Bourse, 30\u00a0avril 1848. 1848,<em> Le Livre du centenaire<\/em> (1948), Charles Moulin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Disciple du p\u00e8re Enfantin, rattach\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cole socialiste saint-simonienne qui accueille un courant f\u00e9ministe, il parle devant les travailleurs et ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0La R\u00e9publique fond\u00e9e sur la libert\u00e9, l\u2019\u00e9galit\u00e9, la fraternit\u00e9, doit reconna\u00eetre d\u00e9sormais au travail des femmes autant et plus de droits que l\u2019ancien r\u00e9gime n\u2019en reconnut autrefois \u00e0 leur oisivet\u00e9 f\u00e9odale.\u00a0\u00bb Avec le droit du travail qui reconna\u00eet enfin des droits aux travailleurs, le gouvernement provisoire de la nouvelle R\u00e9publique a aussi proclam\u00e9 (25 f\u00e9vrier 1848) le droit au travail, encore plus r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La R\u00e9volution, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 tour \u00e0 tour religieuse, philosophique, politique, est devenue \u00e9conomique [\u2026] La R\u00e9volution de f\u00e9vrier a pos\u00e9 le droit au travail, c\u2019est-\u00e0-dire la pr\u00e9pond\u00e9rance du travail sur le capital.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2184\" class=\"cit-num\">2184<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre-Joseph <span class=\"caps\">PROUDHON<\/span> (1809-1865), Toast \u00e0 la r\u00e9volution du 17\u00a0octobre 1848.<em> La Pens\u00e9e de Proudhon<\/em> (1947), Georges Guy-Grand<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le droit au travail, proclam\u00e9 d\u00e8s f\u00e9vrier\u00a01848, va \u00eatre reconnu dans la nouvelle Constitution de novembre. La question sociale est d\u00e9finitivement \u00e0 l\u2019ordre du jour. L\u2019ann\u00e9e m\u00eame o\u00f9 Marx publie un essai politico-philosophique majeur dans l\u2019Histoire (du travail).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Puissent les classes dirigeantes trembler \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019une r\u00e9volution communiste\u00a0! Les prol\u00e9taires n\u2019ont rien \u00e0 perdre que leurs cha\u00eenes. Ils ont un monde \u00e0 gagner. Prol\u00e9taires de tous les pays, unissez-vous\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2136\" class=\"cit-num\">2136<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Karl <span class=\"caps\">MARX<\/span> (1818-1883) et Friedrich <span class=\"caps\">ENGELS<\/span> (1820-1895), <em>Manifeste du parti communiste<\/em> (1848)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Derniers mots du c\u00e9l\u00e8bre <em>Manifeste<\/em>. Les classes dirigeantes \u2013 mais aussi une partie des classes populaires bient\u00f4t reprises en main par les notables \u2013 vont si bien trembler que les prol\u00e9taires perdront de nouveau ce combat social, sous la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique. Ce n\u2019est qu\u2019un \u00e9pisode de la lutte des classes\u00a0: le <em>Manifeste<\/em> en donne une th\u00e9orie qui va marquer le monde pendant un\u00a0si\u00e8cle et changer plusieurs fois le cours de l\u2019histoire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le 10\u00a0d\u00e9cembre 1848 fut le jour de l\u2019insurrection des paysans.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2190\" class=\"cit-num\">2190<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Karl <span class=\"caps\">MARX<\/span> (1818-1883), <em>La Vie politique en France, 1848-1879<\/em> (1969), Ren\u00e9 R\u00e9mond<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce 10 d\u00e9cembre, la victoire du nom de Bonaparte, si soudaine, n\u00e9e du tout nouveau suffrage universel, c\u2019est la revanche de la France profonde et de l\u2019opinion inorganis\u00e9e sur les partis, la presse, les professionnels de la politique. Marx qui a s\u00e9journ\u00e9 \u00e0 Paris \u00e0 plusieurs reprises et bri\u00e8vement en 1848, va demeurer tr\u00e8s attentif aux \u00e9v\u00e9nements de France, notamment lors de la Commune en 1871.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une Assembl\u00e9e l\u00e9gislative, enti\u00e8rement compos\u00e9e d\u2019hommes, est aussi incomp\u00e9tente pour faire les lois qui r\u00e9gissent une soci\u00e9t\u00e9 compos\u00e9e d\u2019hommes et de femmes, que le serait une assembl\u00e9e compos\u00e9e de privil\u00e9gi\u00e9s pour discuter les int\u00e9r\u00eats des travailleurs, ou une assembl\u00e9e de capitalistes pour soutenir l\u2019honneur du pays.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2195\" class=\"cit-num\">2195<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jeanne <span class=\"caps\">DEROIN<\/span> (1805-1894).<em> Histoire du f\u00e9minisme fran\u00e7ais<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1977), Ma\u012bt\u00e9 Albistur, Daniel Armogathe<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Journaliste, elle fait placarder cette proclamation sur les murs de Paris lors de la campagne pour les \u00e9lections \u00e0 la L\u00e9gislative \u2013 la Constituante du 23\u00a0avril 1848 ayant interdit aux femmes d\u2019assister aux r\u00e9unions politiques. Les f\u00e9ministes entrent en sc\u00e8ne, bien d\u00e9cid\u00e9es \u00e0 faire valoir leurs droits de citoyennes et de travailleuses.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le plus court chemin pour amasser du bien, c\u2019est encore de travailler\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Honor\u00e9 de <span class=\"caps\">BALZAC<\/span> (1799-1850), <em>Mercadet<\/em> (posthume, 1851)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Bourreau de travail, drogu\u00e9 au caf\u00e9 (plus de 50 tasses quotidiennes), il en est mort (cardiaque) \u00e0 51 ans. Critique litt\u00e9raire, critique d\u2019art, dramaturge, essayiste, journaliste, imprimeur et entrepreneur malheureux, endett\u00e9 suite \u00e0 des investissements hasardeux et des exc\u00e8s somptuaires, fuyant ses cr\u00e9anciers sous de faux noms dans diff\u00e9rentes demeures, Balzac reste surtout comme l\u2019auteur de la <em>Com\u00e9die humaine<\/em>, avec plus de 90 romans et nouvelles parus de 1829 \u00e0 1855. Sans compter <em>Les Cent Contes drolatiques<\/em>, ses romans de jeunesse publi\u00e9s sous divers pseudos et quelques dizaines d\u2019\u0153uvres \u00e9bauch\u00e9es.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le travail est indispensable au bonheur de l\u2019homme\u00a0; il l\u2019\u00e9l\u00e8ve, il le console, et peu importe la nature du travail, pourvu qu\u2019il profite \u00e0 quelqu\u2019un\u00a0: faire ce qu\u2019on peut, c\u2019est faire ce qu\u2019on doit.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Alexandre <span class=\"caps\">DUMAS<\/span> fils (1824-1894), <em>Revenants<\/em> (1851), feuilleton publi\u00e9 en roman, <em>Le R\u00e9gent Mustel<\/em> (1852)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fils naturel d\u2019Alexandre Dumas, Dumas fils est \u00e9lev\u00e9 par sa m\u00e8re, puis plac\u00e9 en pension \u00e0 sept ans. Reconnu par son p\u00e8re la m\u00eame ann\u00e9e, il souffrira quand m\u00eame de son surnom, \u00ab\u00a0le B\u00e2tard\u00a0\u00bb. Ayant \u00e9chou\u00e9 au baccalaur\u00e9at en 1841, il abandonne ses \u00e9tudes et m\u00e8ne \u00e0 Paris une vie tapageuse de dandy. Pas facile d\u2019\u00eatre le fils de Dumas, quand on veut se faire une place dans le monde des lettres\u00a0! La c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 lui vient avec<em> La Dame aux cam\u00e9lias<\/em> (1848), roman inspir\u00e9 par sa liaison avec la demi-mondaine Marie Duplessis, quelques mois apr\u00e8s la mort de la jeune femme phtisique. Adapt\u00e9 au th\u00e9\u00e2tre en 1852, devenu un op\u00e9ra d\u00e8s 1853 sous le titre de <em>La Traviata<\/em>, musique de Verdi, il servira de base \u00e0 d\u2019innombrables \u0153uvres th\u00e9\u00e2trales, cin\u00e9matographiques, t\u00e9l\u00e9visuelles, chor\u00e9graphiques.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qui a du fer a du pain\u2026 La France h\u00e9riss\u00e9e de travailleurs en armes, voil\u00e0 l\u2019av\u00e8nement du socialisme\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Auguste <span class=\"caps\">BLANQUI<\/span> (1805-1881), <em>Avis au peuple<\/em>, 1851, cit\u00e9 par Alain Decaux, Blanqui l\u2019insurg\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Entr\u00e9 en politique sous la Restauration, \u00ab\u00a0l\u2019Enferm\u00e9\u00a0\u00bb aura \u00e9t\u00e9 prisonnier plus de la moiti\u00e9 de sa vie, condamn\u00e9 \u00e0 mort et amnisti\u00e9, infatigable socialiste redevenu r\u00e9volutionnaire \u00e0 72\u00a0ans, son \u00ab\u00a0Ni Dieu ni ma\u00eetre\u00a0\u00bb devenant la devise des anarchistes qui troubleront la Troisi\u00e8me R\u00e9publique pendant un quart de\u00a0si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Emprisonn\u00e9 en 1851, il \u00e9crit \u00e0 ses partisans\u00a0: \u00ab\u00a0En pr\u00e9sence des prol\u00e9taires arm\u00e9s, obstacles, r\u00e9sistances, impossibilit\u00e9s, tout dispara\u00eetra. Mais pour les prol\u00e9taires qui se laissent amuser par des promenades ridicules dans les rues, par des plantations d\u2019arbres de la libert\u00e9, par des phrases sonores d\u2019avocats, il y aura de l\u2019eau b\u00e9nite d\u2019abord, des injures ensuite, enfin de la mitraille, de la mis\u00e8re toujours. Que le peuple choisisse\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un travail est fini, un autre aussit\u00f4t commence.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Alphonse de <span class=\"caps\">LAMARTINE<\/span> (1790-1869), <em>Jocelyn<\/em> (1861)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On l\u2019imagine mal en for\u00e7at de la plume, et pourtant\u2026 Po\u00e8te romantique entr\u00e9 en politique (comme Hugo), \u00e9lu d\u00e9put\u00e9 en 1833, l\u2019auteur doit continuer d\u2019\u00e9crire pour des raisons financi\u00e8res \u2013 son <em>Histoire des Girondins<\/em>. Mais la R\u00e9publique va le mobiliser \u00e0 plein temps et plein c\u0153ur\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019ambition qu\u2019on a pour soi-m\u00eame s\u2019avilit et se trompe\u00a0; l\u2019ambition qu\u2019on a pour assurer la s\u00e9curit\u00e9 et la grandeur du pays, elle change de nom, elle s\u2019appelle d\u00e9vouement.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Chef du gouvernement provisoire de la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique en f\u00e9vrier 1848, il se donne tout entier et paie de sa personne, seul des onze ministres ayant le courage d\u2019aller vers la foule en armes qui cerne l\u2019H\u00f4tel de Ville pour refuser la violence\u00a0: \u00ab\u00a0Le drapeau rouge que vous nous rapportez n\u2019a jamais fait que le tour du Champ de Mars, tra\u00een\u00e9 dans le sang du peuple en 91 et 93, et le drapeau tricolore a fait le tour du monde avec le nom, la gloire et la libert\u00e9 de la patrie\u00a0!\u00a0\u00bb Mais aux \u00e9lections de d\u00e9cembre 1848, il perd lamentablement face \u00e0 Louis-Napol\u00e9on Bonaparte \u00e9lu pr\u00e9sident de la R\u00e9publique avec 5,5 millions des voix \u2013 17\u00a0914 voix pour Lamartine.\u00a0<\/p>\n<p>Il quitte la sc\u00e8ne politique et vit ses vingt derni\u00e8res ann\u00e9es en \u00ab\u00a0gal\u00e9rien de la plume\u00a0\u00bb\u00a0: pas assez riche pour s\u2019exiler comme Hugo ni pour se draper dans sa dignit\u00e9 d\u2019opposant comme Chateaubriand, il est condamn\u00e9 \u00e0 des travaux forc\u00e9s litt\u00e9raires pour \u00e9ponger ses dettes, oblig\u00e9 de vendre sa ch\u00e8re propri\u00e9t\u00e9 de Milly et devra m\u00eame solliciter de l\u2019Empire un secours d\u2019abord refus\u00e9. Sa famille refusera les fun\u00e9railles nationales, en 1869.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand un homme a fait sa fortune par le travail, l\u2019industrie ou l\u2019agriculture, a am\u00e9lior\u00e9 le sort de ses ouvriers, a fait un noble usage de son bien, il est pr\u00e9f\u00e9rable \u00e0 ce qu\u2019il est convenu d\u2019appeler un homme politique.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2226\" class=\"cit-num\">2226<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duc de <span class=\"caps\">MORNY<\/span> (1811-1865). <em>Histoire populaire contemporaine de la France<\/em> (1865), Ch. de Lahuere<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pour les \u00e9lections de f\u00e9vrier\u00a01852, le ministre de l\u2019Int\u00e9rieur demande qu\u2019on cherche des hommes neufs, pris hors de la classe politique traditionnelle \u2013 on dirait aujourd\u2019hui dans la \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9 civile\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le travail ne peut \u00eatre une loi sans \u00eatre un droit.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Les Mis\u00e9rables<\/em> (1862)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Le vrai socialisme, ce n\u2019est pas le d\u00e9pouillement d\u2019une classe par l\u2019autre, c\u2019est-\u00e0-dire le haillon pour tous, c\u2019est l\u2019accroissement, au profit de tous, de la richesse publique [\u2026] Quant au communisme, je n\u2019ai jamais eu pour id\u00e9al un damier. Je veux l\u2019infinie vari\u00e9t\u00e9 humaine.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Hugo fut l\u2019un des plus brillants d\u00e9put\u00e9s de cette br\u00e8ve R\u00e9publique. Celui qui se veut l\u2019\u00ab\u00a0\u00e9cho sonore\u00a0\u00bb de son\u00a0si\u00e8cle sera successivement lib\u00e9ral sous la Restauration, r\u00e9serv\u00e9 puis favorable \u00e0 Louis-Philippe sous la Monarchie de Juillet, monarchiste pour les beaux yeux de la duchesse d\u2019Orl\u00e9ans et hostile \u00e0 l\u2019\u00e9meute pendant la R\u00e9volution de 1848, puis partisan du prince Louis-Napol\u00e9on, avant d\u2019en devenir le plus talentueux opposant, quand il voit poindre le dictateur. Mais Hugo demeure toujours fid\u00e8le \u00e0 un id\u00e9al humanitaire, g\u00e9n\u00e9reux, se battant contre la mis\u00e8re du peuple, l\u2019injustice sociale, la peine de mort, les restrictions \u00e0 la libert\u00e9 de la presse, avec une constance et un courage qui le forceront \u00e0 l\u2019exil\u2026 Il continue de travailler plus que jamais, donc d\u2019\u00e9crire, toujours dans l\u2019opposition mais prenant de plus en plus de recul, avec une posture de proph\u00e8te qui lui va si bien.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les hommes en travaillant sont grands des pas qu\u2019ils font\u00a0;<br>\u00a0Leur destination, c\u2019est d\u2019aller, portant l\u2019arche\u00a0;<br>\u00a0Ce n\u2019est pas de toucher le but, c\u2019est d\u2019\u00eatre en marche.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>La L\u00e9gende des si\u00e8cles<\/em> (1859-1883)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Recueil de po\u00e8mes, \u0153uvre monumentale destin\u00e9e \u00e0 d\u00e9peindre l\u2019histoire et l\u2019\u00e9volution de l\u2019Humanit\u00e9, tandis que l\u2019Histoire continue, avec une place toujours plus grande apport\u00e9e \u00e0 la valeur Travail.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019\u00e9mancipation des travailleurs sera l\u2019\u0153uvre des travailleurs eux-m\u00eames.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2289\" class=\"cit-num\">2289<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Devise de l\u2019Association internationale des travailleurs, 1864.<em> Histoire de la France\u00a0: les temps nouveaux, de 1852 \u00e0 nos jours<\/em> (1972), Georges Duby<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019Association internationale des travailleurs (<span class=\"caps\">AIT<\/span>) est la premi\u00e8re Internationale, cr\u00e9\u00e9e le 28\u00a0septembre 1864 par des militants fran\u00e7ais et anglais\u00a0: \u00ab\u00a0une grande \u00e2me dans un petit corps\u00a0\u00bb. Elle tiendra congr\u00e8s chaque ann\u00e9e, de plus en plus hostile aux \u00e9tats bourgeois.<\/p>\n<p>Un autre socialisme se r\u00e9veille, plus \u00e9videmment r\u00e9volutionnaire\u00a0: le blanquisme. Plus personne ne croit \u00e0 l\u2019extinction du paup\u00e9risme par l\u2019empereur Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span>, ni m\u00eame au syndicalisme ouvrier selon Proudhon qui meurt en janvier\u00a01865, avec un sentiment d\u2019incompr\u00e9hension et d\u00e9pass\u00e9 par le marxisme.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le royaume de la libert\u00e9 commence seulement l\u00e0 o\u00f9 l\u2019on cesse de travailler par n\u00e9cessit\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"10\" class=\"cit-num\">10<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Karl <span class=\"caps\">MARX<\/span> (1818-1883), <em>Le Capital<\/em> (1867)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Philosophe et th\u00e9oricien politique, il passa plus de vingt ans \u00e0 \u00e9crire son \u0153uvre majeure, d\u2019ailleurs inachev\u00e9e, mais \u00ab\u00a0certainement le plus redoutable missile qui ait \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9 \u00e0 la t\u00eate de la bourgeoisie\u00a0\u00bb selon l\u2019auteur. Le capital permet l\u2019exploitation du travailleur et l\u2019obtention de la plus-value, autrement dit le b\u00e9n\u00e9fice que l\u2019employeur s\u2019approprie, en \u00e9conomie capitaliste. Seul un syst\u00e8me r\u00e9ellement socialiste mettra fin \u00e0 cette injustice et \u00e0 la lutte des classes. Mais passer de la th\u00e9orie \u00e0 la pratique n\u2019est pas si simple que Marx semble le croire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Du berceau jusqu\u2019au cimeti\u00e8re \/ Longue est ma cha\u00eene de labeurs\u00a0!<br>Mais le travail fait l\u2019\u00e2me fi\u00e8re \/ L\u2019oisivet\u00e9 les l\u00e2ches c\u0153urs [\u2026]<br>C\u2019est le travail qui rend f\u00e9conde \/ La vieille terre aux riches flancs [\u2026]<br>Au travail appartient le monde, \/ Aux travailleurs, \u00e0 leurs enfants.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2238\" class=\"cit-num\">2238<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">G.\u00a0<span class=\"caps\">BRUNO<\/span> (1833-1923), paroles et musique, <em>La Chanson du pauvre<\/em> (1869). <em>Histoire de la France\u00a0: les temps nouveaux, de 1852 \u00e0 nos jours<\/em> (1971), Georges Duby<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Augustine Tuilerie, alias G. Bruno, fille et femme d\u2019universitaires en renom, exalte la morale qu\u2019une soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise veut imposer aux travailleurs. Son livre le plus connu, le <em>Tour de la France par deux enfants<\/em>, fait un \u00e9norme succ\u00e8s de librairie. <em>La Chanson du pauvre<\/em> est extraite de son premier \u00ab\u00a0roman p\u00e9dagogique\u00a0\u00bb dont le titre est tout un programme\u00a0: <em>Francinet. Livre de lecture courante. Principes \u00e9l\u00e9mentaires de morale et d\u2019instruction civique, d\u2019\u00e9conomie politique, de droit usuel, d\u2019agriculture, d\u2019hygi\u00e8ne et de sciences usuelles<\/em>. C\u2019est la chanson que fredonne un enfant qui travaille, encore et toujours, c\u2019est \u00ab\u00a0dans le silence de la nuit, une voix [qui s\u2019\u00e9l\u00e8ve], une petite voix d\u2019enfant, triste, plaintive\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cette id\u00e9ologie dominante et bien-pensante peut expliquer la haine du bourgeois et l\u2019explosion de la Commune.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pacifier, r\u00e9organiser, relever le cr\u00e9dit, ranimer le travail, voil\u00e0 la seule politique possible et m\u00eame concevable en ce moment.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2355\" class=\"cit-num\">2355<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Adolphe <span class=\"caps\">THIERS<\/span> (1797-1877), pr\u00e9sentant son minist\u00e8re et son programme \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e, Bordeaux, 19\u00a0f\u00e9vrier 1871. <em>Questions ouvri\u00e8res et industrielles en France sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique<\/em> (1907), Pierre \u00c9mile Levasseur<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Thiers, 73\u00a0ans, a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu d\u00e9put\u00e9 (par 26 d\u00e9partements) aux \u00e9lections du 8\u00a0f\u00e9vrier. Apr\u00e8s la d\u00e9faite dans la guerre de 1870, voil\u00e0 le second choc pour Paris\u00a0: le pays est monarchiste et veut la paix. Paris seul a vot\u00e9 r\u00e9publicain en masse, repr\u00e9sent\u00e9 par Louis Blanc, Hugo, Gambetta.<\/p>\n<p>L\u2019Assembl\u00e9e se r\u00e9unit \u00e0 Bordeaux le 12\u00a0f\u00e9vrier \u2013 Paris est toujours assi\u00e9g\u00e9. Thiers, chef du pouvoir ex\u00e9cutif et vieux routier de la politique, affronte la guerre civile qui va de nouveau bouleverser le pays\u00a0: la Commune. Mais la r\u00e9pression de cette br\u00e8ve r\u00e9volution sera tragique, lors de la Semaine sanglante. 100 000 morts au total selon certaines sources.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Habitants de Paris, l\u2019arm\u00e9e de la France est venue vous sauver. Paris est d\u00e9livr\u00e9. Nos soldats ont enlev\u00e9, \u00e0 quatre heures, les derni\u00e8res positions occup\u00e9es par les insurg\u00e9s. Aujourd\u2019hui la lutte est termin\u00e9e\u00a0; l\u2019ordre, le travail et la s\u00e9curit\u00e9 vont rena\u00eetre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2376\" class=\"cit-num\">2376<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mar\u00e9chal <span class=\"caps\">MAC<\/span>\u2013<span class=\"caps\">MAHON<\/span> (1808-1893), Proclamation affich\u00e9e le 29\u00a0mai\u00a01871. <em>D\u00e9crets et rapports officiels de la Commune de Paris et du gouvernement fran\u00e7ais du 18\u00a0mars au 31\u00a0mars\u00a01871<\/em> (1871), Ermete Pierotti<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Proclamation sign\u00e9e du mar\u00e9chal de France, commandant en chef. Reste le fort de Vincennes, toujours aux mains des insurg\u00e9s, qui va \u00eatre assi\u00e9g\u00e9 par une brigade de l\u2019arm\u00e9e du g\u00e9n\u00e9ral Vinoy. La garnison d\u00e9sarm\u00e9e se rend, les officiers sont imm\u00e9diatement pass\u00e9s par les armes. Thiers t\u00e9l\u00e9graphie ce m\u00eame jour aux pr\u00e9fets, \u00e0 propos des Parisiens insurg\u00e9s\u00a0: \u00ab\u00a0Le sol est jonch\u00e9 de leurs cadavres\u00a0; ce spectacle affreux servira de le\u00e7on.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0[La Commune] fut dans son essence, elle fut dans son fond la premi\u00e8re grande bataille rang\u00e9e du Travail contre le Capital. Et c\u2019est m\u00eame parce qu\u2019elle fut cela avant tout [\u2026] qu\u2019elle fut vaincue et que, vaincue, elle fut \u00e9gorg\u00e9e.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2384\" class=\"cit-num\">2384<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), <em>Histoire socialiste<\/em>, 1789-1900, volume <span class=\"caps\">XI<\/span>, La Commune, Louis Dubreuilh (1908)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Jaur\u00e8s, qui dirige ce travail en 13 volumes, juge \u00e0 la fois en historien et en socialiste, ce qui est logique. Homme politique, il sera toujours du c\u00f4t\u00e9 du Travail et des travailleurs. N\u2019excluant pas le recours \u00e0 la force insurrectionnelle, il aurait sans doute \u00e9t\u00e9 Communard, malgr\u00e9 son pacifisme qui sera la raison de son assassinat.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le Paris ouvrier, avec sa Commune, sera c\u00e9l\u00e9br\u00e9 \u00e0 jamais comme le glorieux fourrier d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 nouvelle. Ses martyrs seront enclos dans le grand c\u0153ur de la classe ouvri\u00e8re.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2385\" class=\"cit-num\">2385<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Karl <span class=\"caps\">MARX<\/span> (1818-1883), <em>La Guerre civile en France<\/em> (1871)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Hommage du militant r\u00e9volutionnaire, m\u00eame si le th\u00e9oricien socialiste \u00e9mit de nombreuses r\u00e9serves. Le mouvement ouvrier fran\u00e7ais restera marqu\u00e9 par les cons\u00e9quences de la Commune\u00a0: vide dans le rang de ses militants, haine des victimes contre les bourreaux, force du mythe qui s\u2019attache \u00e0 jamais au nom de la Commune.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cette presse d\u00e9magogique qui sollicite l\u2019ouvrier, l\u2019attend \u00e0 son retour du travail, prend place avec lui au caf\u00e9 et au cabaret.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2424\" class=\"cit-num\">2424<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Chrysogone <span class=\"caps\">GUIGUE<\/span> de <span class=\"caps\">CHAMPVANS<\/span> (1813-1900), pr\u00e9fet du Gard. <em>Histoire g\u00e9n\u00e9rale de la presse fran\u00e7aise\u00a0: de 1871 \u00e0 1940<\/em> (1969), Claude Bellanger<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cet homme politique de la droite l\u00e9gitimiste fait allusion aux brochures de cinq \u00e0 trente centimes, diffus\u00e9es par les colporteurs et r\u00e9pandant la propagande r\u00e9publicaine jusque dans les campagnes, dans les ann\u00e9es 1872-1873. Est-ce l\u2019efficacit\u00e9 de ces petits journaux, mais les r\u00e9publicains gagnent pratiquement toutes les \u00e9lections partielles \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e. La France entre \u00e0 reculons dans la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, mais elle y arrive peu \u00e0 peu, avec Gambetta et quelques autres hommes politiques plus ou moins \u00ab\u00a0opportunistes\u00a0\u00bb, au sens qu\u2019il donna lui-m\u00eame \u00e0 ce mot.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un seul patron, un seul capitaliste\u00a0: tout le monde\u00a0! Mais tout le monde travaillant, oblig\u00e9 de travailler et ma\u00eetre de la totalit\u00e9 des valeurs sorties de ses mains.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2403\" class=\"cit-num\">2403<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">GUESDE<\/span> (1845-1922),<em> Collectivisme et R\u00e9volution<\/em> (1879)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Appel\u00e9 \u00ab\u00a0le socialisme fait homme\u00a0\u00bb (venant apr\u00e8s Blanqui, et avant Jaur\u00e8s, Blum, Briand), fondateur de <em>L\u2019\u00c9galit\u00e9<\/em>, premier journal marxiste fran\u00e7ais, il cr\u00e9e en 1880 le Parti ouvrier fran\u00e7ais (<span class=\"caps\">POF<\/span>) qu\u2019il veut internationaliste, collectiviste et r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<p>Le guesdisme joue un r\u00f4le important jusqu\u2019\u00e0 son int\u00e9gration dans le Parti socialiste unifi\u00e9 (Section fran\u00e7aise de l\u2019Internationale ouvri\u00e8re, <span class=\"caps\">SFIO<\/span>) en 1905. Deux fois d\u00e9put\u00e9 (de Roubaix, de Lille), Guesde sera ministre d\u2019\u00c9tat en 1914-1916, malgr\u00e9 son hostilit\u00e9 de principe \u00e0 toute participation socialiste dans un minist\u00e8re bourgeois\u00a0: la guerre le rend avant tout fran\u00e7ais, et nationaliste.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dans la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste, le travail est la cause de toute d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence intellectuelle, de toute d\u00e9formation organique.\u00a0\u00bb<span id=\",\" class=\"cit-num\">,<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">LAFARGUE<\/span> (1842-1911), <em>Le Droit \u00e0 la paresse. R\u00e9futation du droit au travail de 1848<\/em> (1880)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Auteur de ce pamphlet c\u00e9l\u00e8bre et d\u2019autres textes pol\u00e9miques ou engag\u00e9s, c\u2019est l\u2019un des initiateurs du marxisme en France, interpr\u00e8te autoris\u00e9 de la pens\u00e9e de Marx dont il a \u00e9pous\u00e9 la fille, Laura Marx. Il se suicidera avec son \u00e9pouse, avant que la vieillesse ne lui enl\u00e8ve ses forces physiques et intellectuelles.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une \u00e9trange folie poss\u00e8de les classes ouvri\u00e8res des nations o\u00f9 r\u00e8gne la civilisation capitaliste. Cette folie tra\u00eene \u00e0 sa suite des mis\u00e8res individuelles et sociales qui depuis deux si\u00e8cles torturent la triste humanit\u00e9. Cette folie est l\u2019amour du travail, la passion furibonde du travail, pouss\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9puisement des forces vitales de l\u2019individu et de sa prog\u00e9niture.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">LAFARGUE<\/span> (1842-1911), <em>Le Droit \u00e0 la paresse. R\u00e9futation du droit au travail de 1848<\/em> (1880)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Journaliste, \u00e9conomiste, essayiste, \u00e9crivain et socialiste, il rencontre Proudhon \u00e0 la Facult\u00e9 de m\u00e9decine de Paris.<\/p>\n<p>Il en fut exclu \u00e0 vie, ayant d\u00e9clar\u00e9 au premier congr\u00e8s international des \u00e9tudiants qu\u2019il souhaitait voir dispara\u00eetre les rubans tricolores au profit de la couleur rouge. \u00c9migr\u00e9 \u00e0 Londres, il rencontra Karl Marx et \u00e9pousa sa fille Laura en 1868. Acquis au socialisme scientifique et membre de la Premi\u00e8re Internationale, il rentre en France, soutient la Commune de Paris en 1871 depuis Bordeaux o\u00f9 il r\u00e9side. Il doit fuir en Espagne, y fonde une section marxiste de la Premi\u00e8re Internationale et participe \u00e0 la cr\u00e9ation du Parti Socialiste Ouvrier Espagnol. En 1880, il fonde avec Jules Guesde, le Parti Ouvrier. Incarc\u00e9r\u00e9 en 1891 pour \u00ab\u00a0provocation au meurtre\u00a0\u00bb apr\u00e8s les fusillades de Fourmies, il devient d\u00e9put\u00e9 de Lille et toujours fervent marxiste\u00a0: \u00ab\u00a0Dans la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste, le travail est la cause de toute d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence intellectuelle, de toute d\u00e9formation organique. Je me bornerai \u00e0 d\u00e9montrer qu\u2019\u00e9tant donn\u00e9 les moyens de production moderne et leur puissance reproductive illimit\u00e9e, il faut mater la passion extravagante des ouvriers pour le travail et les obliger \u00e0 consommer les marchandises qu\u2019ils produisent.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le capital est du travail vol\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Auguste <span class=\"caps\">BLANQUI<\/span> (1805-1881), <em>La Critique sociale<\/em> (1886)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019infatigable socialiste est mort quand para\u00eet ce recueil de textes. Il n\u2019aimait pas plus Marx que Proudhon, il existait quand m\u00eame une parent\u00e9 th\u00e9orique et id\u00e9ologique entre ces courants de pens\u00e9e que chacun voulait mettre en action, avec un sens de la formule \u00e9vident. Pour Blanqui, on peut r\u00e9sumer en trois phrases. La soci\u00e9t\u00e9 est totalement d\u00e9pendante du m\u00e9canisme des \u00e9changes. L\u2019histoire se d\u00e9veloppe tout enti\u00e8re autour du combat \u00e9conomique destin\u00e9 \u00e0 accro\u00eetre la richesse. La soci\u00e9t\u00e9 \u00e9volue vers le communisme et sa marche est acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e par les abus du capitalisme.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce qui diff\u00e9rencie le travail de l\u2019esclavage est le respect du travailleur.\u00a0\u00bb<span id=\";\" class=\"cit-num\">;<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9mile <span class=\"caps\">ZOLA<\/span> (1840-1902), <em>Germinal<\/em> (1885)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9crivain et journaliste, chef de file du mouvement naturaliste, c\u2019est le romancier le plus populaire apr\u00e8s Balzac et Hugo (tous deux morts). Le travail est au c\u0153ur de toute son \u0153uvre, le travail les mines (<em>Germinal<\/em>), les ateliers, le chemin de fer\u2026 le travail de l\u2019argent, le travail de la terre, le travail dans les grands magasins, le travail des putains, des cur\u00e9s, des politiques, des soldats dans la guerre, des \u00e9crivains et des peintres\u2026 Le travail permet de cr\u00e9er les fictions litt\u00e9raires les plus inattendues. Les ouvriers, les travailleurs, les artisans et tous ceux qui \u0153uvrent se reconnaissent dans les descriptions de Zola. Les journalistes, les politiques sont plus partag\u00e9s.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le travail ne peut faire vivre, les mis\u00e9rables et les imb\u00e9ciles travaillent seuls, pour engraisser les autres.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9mile <span class=\"caps\">ZOLA<\/span> (1840-1902),<em> <span class=\"caps\">L\u2019A<\/span>rgent<\/em> (1891)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Zola s\u2019est inspir\u00e9 des scandales financiers de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, notamment le scandale de Panama o\u00f9 le personnel politique fut impliqu\u00e9, Clemenceau lui-m\u00eame au nombre des \u00ab\u00a0panamistes\u00a0\u00bb. Les grandes banques, la Bourse de Paris, tous les milieux o\u00f9 l\u2019argent circule, les fortunes se font et se d\u00e9font, les ambitions s\u2019exasp\u00e8rent, l\u2019exploitation des faibles nourrit les ma\u00eetres du jeu capitaliste et social. Ce terreau nourrit aussi le socialisme en tant que courant politique\u2026 et l\u2019anarchie qui va litt\u00e9ralement exploser dans la derni\u00e8re d\u00e9cennie du si\u00e8cle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La soci\u00e9t\u00e9 est pourrie. Dans les ateliers, les mines et les champs, il y a des \u00eatres humains qui travaillent et souffrent sans pouvoir esp\u00e9rer d\u2019acqu\u00e9rir la milli\u00e8me partie du fruit de leur travail.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2503\" class=\"cit-num\">2503<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">RAVACHOL<\/span> (1859-1892), \u00e0 son proc\u00e8s, 26\u00a0avril 1892.<em> Histoire de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1963), Jacques Chastenet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ravachol est un criminel en s\u00e9rie (tuant pour l\u2019argent), devenu un mythe par la vertu de la dynamite et des relations nou\u00e9es avec les militants anarchistes. Les 11, 18 et 29\u00a0mars, il a fait sauter des appartements de magistrats et une caserne. La veille du proc\u00e8s, ses complices ont fait exploser une bombe dans le restaurant V\u00e9ry. Condamn\u00e9 \u00e0 mort (pour des crimes ant\u00e9rieurs), il est ex\u00e9cut\u00e9 le 11\u00a0juillet.<\/p>\n<p>Les attentats anarchistes, nombreux de 1892 \u00e0 1894, ont des origines diverses\u00a0: souvenir de la Commune comm\u00e9mor\u00e9e vingt ans apr\u00e8s, hostilit\u00e9 envers les partis organis\u00e9s de gauche qui veulent un \u00c9tat socialiste, haine pour les bourgeois dont les affaires prosp\u00e8rent.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le travail devrait \u00eatre une fonction et une joie\u00a0; il n\u2019est bien souvent qu\u2019une servitude et une souffrance\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914)<em>, Action socialiste. Au clair de la lune<\/em> (1899)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fils de la bourgeoisie, \u00e9tudiant \u00e0 l\u2019\u00c9cole normale sup\u00e9rieure, agr\u00e9g\u00e9 de philosophie, il entre en politique comme r\u00e9publicain. Benjamin de la Chambre des d\u00e9put\u00e9s en 1885, il si\u00e8ge au centre gauche parmi les r\u00e9publicains \u00ab\u00a0opportunistes\u00a0\u00bb favorables \u00e0 Jules Ferry. \u00c9lu comme socialiste ind\u00e9pendant en 1893, il soutient la grande gr\u00e8ve des mineurs de Carmaux, s\u2019oppose aux \u00ab\u00a0lois sc\u00e9l\u00e9rates\u00a0\u00bb et d\u00e9nonce la collusion d\u2019int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques avec la politique et la presse. Il prend la d\u00e9fense de Dreyfus, participe \u00e0 la fondation du Parti socialiste fran\u00e7ais en 1902, fonde et dirige l\u2019Humanit\u00e9. En 1905, il participe \u00e0 la cr\u00e9ation de la Section fran\u00e7aise de l\u2019Internationale ouvri\u00e8re (<span class=\"caps\">SFIO<\/span>), dont il est l\u2019un des acteurs principaux, unifiant ainsi le mouvement socialiste fran\u00e7ais. Ses positions r\u00e9formistes lui valent l\u2019opposition d\u2019une partie de la gauche r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<p>Lire et relire Jaur\u00e8s quand il \u00e9voque le travail est un devoir et un plaisir\u00a0: \u00ab\u00a0Le travail devrait \u00eatre une fonction et une joie\u00a0; il n\u2019est bien souvent qu\u2019une servitude et une souffrance. Il devrait \u00eatre le combat de tous les hommes unis contre les choses, contre les fatalit\u00e9s de la nature et les mis\u00e8res de la vie\u00a0; il est le combat des hommes entre eux, se disputant les jouissances par la ruse, l\u2019\u00e2pret\u00e9 au gain, l\u2019oppression des faibles et toutes les violences de la concurrence illimit\u00e9e. Parmi ceux-l\u00e0 m\u00eame qu\u2019on appelle les heureux, il n\u2019est presque point d\u2019heureux, car ils sont pris par les brutalit\u00e9s de la vie\u00a0; ils n\u2019ont presque pas le droit d\u2019\u00eatre \u00e9quitables et bons sous peine de ruine\u00a0; et dans cet \u00e9tat d\u2019universel combat, les uns sont esclaves de leur fortune comme les autres sont esclaves de leur pauvret\u00e9\u00a0! Oui, en haut comme en bas, l\u2019ordre social actuel ne fait que des esclaves, car ceux-l\u00e0 ne sont pas des hommes libres qui n\u2019ont ni le temps ni la force de vivre par les parties les plus nobles de leur esprit et de leur \u00e2me.<\/p>\n<p>Et si vous regardez en bas, quelle pauvret\u00e9, je ne dis pas dans les moyens de vivre, mais dans la vie elle-m\u00eame\u00a0! Voyez ces millions d\u2019ouvriers\u00a0; ils travaillent dans des usines, dans des ateliers\u00a0: et ils n\u2019ont dans ces usines, dans ces ateliers, aucun droit\u00a0; ils peuvent en \u00eatre chass\u00e9s demain. Ils n\u2019ont aucun droit non plus sur la machine qu\u2019ils servent, aucune part de propri\u00e9t\u00e9 dans l\u2019immense outillage que l\u2019humanit\u00e9 s\u2019est cr\u00e9\u00e9 pi\u00e8ce \u00e0 pi\u00e8ce\u00a0: ils sont des \u00e9trangers dans la puissance humaine\u00a0; ils sont presque des \u00e9trangers dans la civilisation humaine.\u00a0\u00bb<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\"><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/histoire-du-travail-en-citations-du-xxe-siecle-a-nos-jours\/\">Lire la suite\u00a0: histoire du travail du <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle \u00e0 nos jours<\/a><\/h4>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1er mai, f\u00eate du Travail. Historiquement, aux USA, c\u2019est l&#8217;appel de syndicats ouvriers qui revendiquent la journ\u00e9e de huit heures. Anecdotiquement, c\u2019est le premier jour de l&#8217;ann\u00e9e comptable des entreprises. En France, c\u2019est le r\u00e9gime de Vichy qui instaure en 1941 un 1er mai f\u00e9ri\u00e9 en tant que \u00ab\u00a0F\u00eate du Travail et de la Concorde [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":337,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-9649","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-edito-de-la-semaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9649","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9649"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9649\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":15420,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9649\/revisions\/15420"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9649"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9649"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9649"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}