{"id":9661,"date":"2023-04-17T00:00:00","date_gmt":"2023-04-16T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/citations-referentielles-le-miroir-de-lhistoire-second-empire-troisieme-republique-premiere-guerre-mondiale-entre-deux-guerres\/"},"modified":"2025-08-12T08:43:01","modified_gmt":"2025-08-12T06:43:01","slug":"citations-referentielles-le-miroir-de-lhistoire-second-empire-troisieme-republique-premiere-guerre-mondiale-entre-deux-guerres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/citations-referentielles-le-miroir-de-lhistoire-second-empire-troisieme-republique-premiere-guerre-mondiale-entre-deux-guerres\/","title":{"rendered":"Citations r\u00e9f\u00e9rentielles : le miroir de l\u2019Histoire (Second Empire, Troisi\u00e8me R\u00e9publique, Premi\u00e8re Guerre mondiale, Entre deux-guerres)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>Les citations \u00ab\u00a0r\u00e9f\u00e9rentielles\u00a0\u00bb (inspir\u00e9es du syst\u00e8me des coordonn\u00e9es en physique) renvoient \u00e0 un personnage, un \u00e9v\u00e9nement, une th\u00e9orie ou une opinion, voire une autre citation en effet miroir. Bref, \u00e0 tout ce qui fait date et sens dans notre histoire o\u00f9 le r\u00e9cit national c\u00f4toie parfois le roman.<\/p>\n<p>Elles se pr\u00e9sentent sous diverses formes\u00a0: slogans, appels, discours, chansons, \u00e9pitaphes, textes de loi, presse (titres ou extraits d\u2019articles), po\u00e8mes, chroniques, m\u00e9moires, lettres, pamphlets et autres sources. \u00c0 la limite, toutes les bonnes citations ont vocation \u00e0 devenir r\u00e9f\u00e9rentielles, si elles trouvent \u00e9cho au-del\u00e0 de leur \u00e9poque pour devenir patrimoniales.<\/p>\n<p>Elles d\u00e9montrent que l\u2019Histoire de France a vocation pour servir de r\u00e9f\u00e9rence\u00a0\u2013 jamais assez, jamais trop\u00a0\u2013 \u00e9tant notre lien, notre identit\u00e9, en m\u00eame temps que l\u2019indispensable recul pour juger de l\u2019actualit\u00e9 politique.<\/p>\n<p>Elles doivent \u00eatre contextualis\u00e9es, comment\u00e9es \u2013 \u00e7a tombe bien, telle est la r\u00e8gle de notre <em>Histoire en citations<\/em> dont elles sont toutes tir\u00e9es.<\/p>\n<p>La chronologie s\u2019impose au fil de cet \u00e9dito en 10 \u00e9pisodes (et 23 \u00e9poques) qui renvoient aux Chroniques, de la Gaule \u00e0 nos jours.<\/p>\n<h3><span class=\"caps\">SECOND<\/span> <span class=\"caps\">EMPIRE<\/span><\/h3>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-8-108.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Aidez-moi tous \u00e0 asseoir sur cette terre, boulevers\u00e9e par tant de r\u00e9volutions, un gouvernement stable qui ait pour base la religion, la propri\u00e9t\u00e9, la justice, l\u2019amour des classes souffrantes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2232\" class=\"cit-num\">2232<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1808-1873), S\u00e9nat, 1er\u00a0d\u00e9cembre 1852. <em>\u0152uvres de Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>, discours, proclamations, messages<\/em> (1856)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le lendemain, 2\u00a0d\u00e9cembre, l\u2019Empire est proclam\u00e9. C\u2019est l\u2019anniversaire d\u2019Austerlitz, la plus grande victoire de l\u2019oncle prestigieux, le souvenir vivant de Napol\u00e9on\u00a0Ier. Respectant l\u2019Aiglon, \u00e9ph\u00e9m\u00e8re Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, le prince Louis-Napol\u00e9on prend le nom de Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Et s\u2019il n\u2019en reste qu\u2019un, je serai celui-l\u00e0\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2234\" class=\"cit-num\">2234<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Les Ch\u00e2timents<\/em> (1853)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Citation r\u00e9f\u00e9rentielle (devenue proverbe) \u00e0 replacer imp\u00e9rativement dans son contexte politique\u00a0!<\/p>\n<p>Le prestigieux proscrit t\u00e9moigne en exil de son opposition irr\u00e9ductible \u00e0 l\u2019empereur \u00e0 pr\u00e9sent ha\u00ef de lui. \u00c0 la date o\u00f9 son \u0153uvre est diffus\u00e9e sous le manteau, l\u2019opposition r\u00e9publicaine est r\u00e9duite \u00e0 n\u00e9ant\u00a0: chefs en prison ou en exil, journaux censur\u00e9s. Ces mots ont d\u2019autant plus de port\u00e9e, Hugo devenant le chef spirituel des r\u00e9publicains refusant le dictateur\u00a0: \u00ab\u00a0Si l\u2019on n\u2019est plus que mille, eh\u00a0! bien, j\u2019en suis\u00a0! Si m\u00eame\u00a0\/ Ils ne sont plus que cent, je brave encore Sylla\u00a0;\u00a0\/ S\u2019il en demeure dix, je serai le dixi\u00e8me\u00a0;\u00a0\/ Et s\u2019il n\u2019en reste qu\u2019un, je serai celui-l\u00e0\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Monsieur Tout-le-monde est plus riche que Monsieur de Rothschild.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2236\" class=\"cit-num\">2236<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Henri <span class=\"caps\">GERMAIN<\/span> (1824-1905), maxime du cr\u00e9ateur du Cr\u00e9dit Lyonnais en 1863. <em>Les Grandes \u00c9tapes de l\u2019histoire \u00e9conomique<\/em> (2002), Yves Carsalade<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 c\u00f4t\u00e9 de la banque suisse protestante et de la banque juive allemande qui, comme les Rothschild, travaillent avec les grosses fortunes, de nouveaux organismes financiers se cr\u00e9ent et font appel au grand public.<\/p>\n<p>Le Cr\u00e9dit mobilier des fr\u00e8res Pereire donne l\u2019exemple en 1852\u00a0: premi\u00e8re grande banque d\u2019affaires moderne qui jusque dans ses d\u00e9boires financiers servira de le\u00e7on. Citons aussi le Cr\u00e9dit foncier (1852) sp\u00e9cialis\u00e9 dans les pr\u00eats \u00e0 l\u2019agriculture et \u00e0 la construction immobili\u00e8re, le Cr\u00e9dit lyonnais (1863), la Soci\u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale (1864). Les \u00e9pargnants portent leur argent \u00e0 ces banques de d\u00e9p\u00f4ts et leur ach\u00e8tent des actions et obligations n\u00e9gociables en Bourse. Ce m\u00e9canisme financier, sur fond de forte croissance \u00e9conomique, permet au petit capitaliste de s\u2019enrichir.<\/p>\n<p>Cette \u00e9poque de capitalisme triomphant, sans contre-pouvoir, sans syndicat et sans m\u00e9canismes correcteurs du march\u00e9, enrichit les riches et la classe moyenne, mais n\u2019am\u00e9liore pas la condition des pauvres.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019histoire a pour \u00e9gout des temps comme les n\u00f4tres.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2257\" class=\"cit-num\">2257<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Les Ch\u00e2timents<\/em> (1853)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Paroles d\u2019exil. Il faut \u00eatre hors de France pour avoir cette libert\u00e9 d\u2019expression. Il faut \u00eatre Hugo pour avoir ces mots. Le prestigieux proscrit de Jersey, bient\u00f4t de Guernesey, se veut toujours l\u2019\u00ab\u00a0\u00e9cho sonore\u00a0\u00bb et la conscience de son si\u00e8cle. Apr\u00e8s un pamphlet politique contre <em>Napol\u00e9on le Petit<\/em> (1852), <em>Les Ch\u00e2timents<\/em> sont une \u0153uvre po\u00e9tique ambitieuse. Suite au crime du 2\u00a0d\u00e9cembre et \u00e0 la r\u00e9pression, Dieu inflige le ch\u00e2timent et l\u2019expiation. Le Po\u00e8te, seul face \u00e0 l\u2019oc\u00e9an et parlant au nom du Peuple, est le messager qui annonce l\u2019espoir avec la venue de temps meilleurs.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne lis jamais les journaux fran\u00e7ais, ils n\u2019impriment que ce que je veux.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2259\" class=\"cit-num\">2259<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> <span class=\"caps\">III<\/span> (1808-1873).<em> Le Guide de la presse<\/em> (1990), Office universitaire de presse<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019empereur ne manque pas d\u2019humour, \u00e0 l\u2019occasion. Et il parle vrai. Depuis le 23\u00a0f\u00e9vrier 1852, un syst\u00e8me de p\u00e9nalit\u00e9s gradu\u00e9es va de l\u2019avertissement \u00e0 la suppression, en passant par la suspension. Mais l\u2019autocensure suffit souvent, surtout que la presse d\u2019opposition n\u2019existe plus \u2013 des quelque 200 journaux \u00e0 Paris en 1848, il en reste 11 apr\u00e8s le coup d\u2019\u00c9tat du 2\u00a0d\u00e9cembre 1851. Romancier, journaliste et pol\u00e9miste au parcours politique complexe, Barbey d\u2019Aurevilly, surnomm\u00e9 le Conn\u00e9table des Lettres, d\u00e9nonce les effets de la censure\u00a0: \u00ab\u00a0Les journaux sont les chemins de fer du mensonge.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019y suis, j\u2019y reste.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2264\" class=\"cit-num\">2264<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MAC<\/span>\u2013<span class=\"caps\">MAHON<\/span> (1808-1893), au fort de Malakoff, surplombant la citadelle de S\u00e9bastopol, 8\u00a0septembre 1855.<em> Le Mar\u00e9chal de Mac-Mahon, duc de Magenta<\/em> (1960), Jacques Silvestre de Sacy<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mot devenu proverbe, attribu\u00e9 au g\u00e9n\u00e9ral qui a fini par prendre le fort de Malakoff et ne veut pas le rendre, alors m\u00eame que les Russes annoncent qu\u2019ils vont le faire sauter. Le si\u00e8ge de S\u00e9bastopol durait depuis 350 jours, quand Mac-Mahon prit la t\u00eate des colonnes d\u2019assaut pour partir \u00e0 l\u2019attaque, entour\u00e9 de ses zouaves.<\/p>\n<p>Pour ce mot et ce fait de guerre, Mac-Mahon entre dans l\u2019histoire \u2013 il aura d\u2019autres occasions de se manifester, comme pr\u00e9sident de la R\u00e9publique sous le prochain r\u00e9gime.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y a aussi plusieurs sortes de Libert\u00e9. Il y a la Libert\u00e9 pour le G\u00e9nie, et il y a une libert\u00e9 tr\u00e8s restreinte pour les polissons.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2272\" class=\"cit-num\">2272<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles <span class=\"caps\">BAUDELAIRE<\/span> (1821-1867), <em>Notes et Documents pour mon avocat<\/em> (1857)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><em>Les Fleurs du mal<\/em> font scandale\u00a0: immorales, triviales, g\u00e9niales. Baudelaire para\u00eet devant le tribunal correctionnel. Il \u00e9crit pour sa d\u00e9fense\u00a0: \u00ab\u00a0Il \u00e9tait impossible de faire autrement un livre destin\u00e9 \u00e0 repr\u00e9senter l\u2019agitation de l\u2019esprit dans le mal.\u00a0\u00bb Condamn\u00e9 \u00e0 trois mois de prison pour outrage aux m\u0153urs, il se soumet\u00a0: dans la seconde \u00e9dition de 1861, les six po\u00e8mes incrimin\u00e9s auront disparu.<\/p>\n<p>La m\u00eame ann\u00e9e 1857, l\u2019immoralit\u00e9 de <em>Madame Bovary<\/em> m\u00e8ne Flaubert en justice. Mais son avocat obtient l\u2019acquittement. Il plaide qu\u2019une telle lecture est morale\u00a0: elle doit entra\u00eener l\u2019horreur du vice et l\u2019expiation de l\u2019\u00e9pouse coupable est si terrible qu\u2019elle pousse \u00e0 la vertu.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand la libert\u00e9 rentrera en France, je rentrerai.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2277\" class=\"cit-num\">2277<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), D\u00e9claration, Hauteville-House, Guernesey, 18\u00a0ao\u00fbt 1859. <em>Actes et Paroles. Pendant l\u2019exil<\/em> (1875)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Exil\u00e9 au lendemain du coup d\u2019\u00c9tat du 2\u00a0d\u00e9cembre 1851 apr\u00e8s avoir tent\u00e9 de soulever le peuple de Paris, Hugo, plus opposant et r\u00e9publicain que jamais, refuse de profiter du d\u00e9cret d\u2019amnistie g\u00e9n\u00e9rale pour les condamn\u00e9s politiques. C\u2019est le d\u00e9but de l\u2019exil volontaire (\u00e0 Guernesey) dont il saura magnifiquement tirer parti.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nos c\u0153urs ont suivi le cours de nos rivi\u00e8res.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2280\" class=\"cit-num\">2280<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Parole des Savoyards, devenu proverbe, printemps 1860. <em>Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> et le Second Empire\u00a0: le z\u00e9nith imp\u00e9rial, 1853-1860<\/em> (1976), Andr\u00e9 Castelot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est dire que les Savoyards votent leur rattachement \u00e0 la France par pl\u00e9biscite d\u2019avril 1860, en vertu du trait\u00e9 de Turin du 24\u00a0mars 1860, \u00e9pilogue de la campagne d\u2019Italie de 1859\u00a0: 250\u00a0000 oui, contre seulement 230 non\u00a0!<\/p>\n<p>Ce pl\u00e9biscite peut \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9 comme l\u2019application du droit des peuples \u00e0 disposer d\u2019eux-m\u00eames. Les Ni\u00e7ois feront le m\u00eame choix, le 15\u00a0avril 1860. Ces conqu\u00eates pacifiques sont \u00e0 porter au cr\u00e9dit du Second Empire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019Empire a fait un demi-tour \u00e0 gauche.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2281\" class=\"cit-num\">2281<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre-Joseph <span class=\"caps\">PROUDHON<\/span> (1809-1865), constatant le tournant lib\u00e9ral du r\u00e9gime.<em> Histoire de la France\u00a0: les temps nouveaux, de 1852 \u00e0 nos jours<\/em> (1972), Georges Duby<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019empereur cherche \u00e0 se rallier les notables lib\u00e9raux et la petite bourgeoisie d\u00e9mocrate, multipliant les concessions aux id\u00e9es lib\u00e9rales et d\u00e9mocratiques\u00a0: restauration des libert\u00e9s, ouverture du Parlement \u00e0 l\u2019opposition r\u00e9publicaine, d\u00e9cret du 24\u00a0novembre\u00a01860 donnant au Corps l\u00e9gislatif le droit d\u2019adopter une adresse en r\u00e9ponse au discours du tr\u00f4ne et autorisant la publication des d\u00e9bats parlementaires. Satisfaire les classes populaires lui permettrait d\u2019\u00e9chapper aux castes de droite et de s\u2019appuyer sur les masses\u00a0: ce serait conforme aux id\u00e9es sociales de l\u2019empereur (voir <em>l\u2019Extinction du paup\u00e9risme<\/em>), mais il faudrait faire plus qu\u2019un demi-tour \u00e0 gauche.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La France, dit l\u2019Almanach imp\u00e9rial, contient trente-six millions de sujets, sans compter les sujets de m\u00e9contentement.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2294\" class=\"cit-num\">2294<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Henri <span class=\"caps\">ROCHEFORT<\/span> (1831-1913),<em> La Lanterne<\/em>, 1er\u00a0juin 1868<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Premi\u00e8re phrase du premier num\u00e9ro. Un vent de libert\u00e9 souffle \u00e0 nouveau sur l\u2019Empire. 9\u00a0mai 1868, c\u2019en est fini du r\u00e9gime de la presse de 1852\u00a0: autorisation pr\u00e9alable et syst\u00e8me des avertissements supprim\u00e9s. Les bonapartistes autoritaires sont m\u00e9contents, les r\u00e9publicains\u00a0d\u00e9plorent les restrictions qui entravent toujours la libert\u00e9 de la presse. La nouvelle g\u00e9n\u00e9ration aspire \u00e0 plus de libert\u00e9. Le socialisme r\u00e9cup\u00e8re et politise une agitation ouvri\u00e8re qui multiplie les gr\u00e8ves dures (premi\u00e8re en date, celle des typographes parisiens en mars\u00a01862).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce n\u2019est pas par des discours et des votes de majorit\u00e9 que les grandes questions de notre \u00e9poque seront r\u00e9solues, mais par le fer et par le sang.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2306\" class=\"cit-num\">2306<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Otto von <span class=\"caps\">BISMARCK<\/span> (1815-1898), chancelier de la Conf\u00e9d\u00e9ration d\u2019Allemagne du Nord. <em>Bismarck<\/em> (1961), Henry Valloton<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces mots posent le Chancelier de fer. \u00ab\u00a0Par le fer et par le sang\u00a0\u00bb est une expression qui lui est ch\u00e8re, comme \u00ab\u00a0la force prime le droit\u00a0\u00bb \u2013 traduction de sa <em>Realpolitik<\/em>. Bismarck a d\u00e9j\u00e0 ravi \u00e0 l\u2019Autriche sa place \u00e0 la t\u00eate de l\u2019ex-Conf\u00e9d\u00e9ration germanique\u00a0: la d\u00e9faite autrichienne \u00e0 Sadowa (1866) fut un \u00ab\u00a0coup de tonnerre\u00a0\u00bb en Europe. Il veut faire l\u2019unit\u00e9 allemande sous l\u2019\u00e9gide de la Prusse. Pour cela, il doit prouver sa force\u00a0: \u00e9craser la France est le moyen le plus s\u00fbr. Il va monter contre elle les \u00c9tats du sud de l\u2019Allemagne, rassembl\u00e9s dans sa Conf\u00e9d\u00e9ration.<\/p>\n<p>Face au chancelier du Reich, Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019empereur est une grande incapacit\u00e9 m\u00e9connue\u00a0\u00bb disait Bismarck en 1864. C\u2019est \u00e0 pr\u00e9sent un homme pr\u00e9matur\u00e9ment vieilli, physiquement atteint et devenu maladivement ind\u00e9cis.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous sommes pr\u00eats et archipr\u00eats, il ne manque pas \u00e0 notre arm\u00e9e un bouton de gu\u00eatre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2310\" class=\"cit-num\">2310<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mar\u00e9chal <span class=\"caps\">LEB\u0152UF<\/span> (1809-1888), lors du vote de la mobilisation et des cr\u00e9dits de guerre, Corps L\u00e9gislatif, 15\u00a0juillet 1870. <em>Revue des deux mondes<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">XXI<\/span> (1877)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ministre de la Guerre et major g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019arm\u00e9e, il r\u00e9pond au doute de Thiers affirmant\u00a0: \u00ab\u00a0Vous n\u2019\u00eates pas pr\u00eats.\u00a0\u00bb Il insiste\u00a0: \u00ab\u00a0De Paris \u00e0 Berlin, ce serait une promenade la canne \u00e0 la main.\u00a0\u00bb C\u2019est une illusion et Bismarck, bien inform\u00e9 par Moltke son chef d\u2019\u00e9tat-major, conna\u00eet les forces ou plut\u00f4t les faiblesses de la France. Ses canons de bronze se chargent par la gueule et non par la culasse comme les canons Krupp en acier\u00a0; les traditions tactiques de l\u2019arm\u00e9e d\u2019Afrique sont impropres \u00e0 une guerre europ\u00e9enne et l\u2019exp\u00e9dition du Mexique a d\u00e9sorganis\u00e9 l\u2019administration militaire\u00a0; ses g\u00e9n\u00e9raux sont vieux et routiniers\u00a0; enfin, le Corps l\u00e9gislatif n\u2019a jamais vot\u00e9 les cr\u00e9dits n\u00e9cessaires \u00e0 l\u2019arm\u00e9e, alors que la Prusse pr\u00e9pare cette guerre depuis quatre ans.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous l\u2019acceptons le c\u0153ur l\u00e9ger.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2311\" class=\"cit-num\">2311<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9mile <span class=\"caps\">OLLIVIER<\/span> (1825-1913), Corps l\u00e9gislatif, le jour de la d\u00e9claration de guerre \u00e0 la Prusse, 19\u00a0juillet 1870. <em>Les Causes politiques du d\u00e9sastre<\/em> (1915), L\u00e9on de Montesquiou<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Port\u00e9 par l\u2019opinion publique, le pr\u00e9sident du Conseil et garde des Sceaux accepte la responsabilit\u00e9 de la guerre, alors que des intervenants (r\u00e9publicains et pacifistes) \u00e9voquaient le sang bient\u00f4t vers\u00e9. Il insiste sur ces mots qui lui seront reproch\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 sa mort\u00a0: \u00c9mile Ollivier reste \u00e0 jamais pour l\u2019histoire \u00ab\u00a0l\u2019homme au c\u0153ur l\u00e9ger\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h3><span class=\"caps\">TROISIEME<\/span> <span class=\"caps\">REPUBLIQUE<\/span><\/h3>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-8-108.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Citoyens, j\u2019avais dit\u00a0: le jour o\u00f9 la R\u00e9publique rentrera, je rentrerai. Me voici\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2335\" class=\"cit-num\">2335<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), de retour \u00e0 Paris, gare du Nord, 5\u00a0septembre 1870.<em> Actes et Paroles. Depuis l\u2019exil<\/em> (1876)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s dix-neuf ans d\u2019exil, il rentre, sit\u00f4t proclam\u00e9e la R\u00e9publique. Il a pris le train de nuit de Bruxelles pour passer inaper\u00e7u. Peine perdue. La foule l\u2019attend. La renomm\u00e9e du po\u00e8te proscrit a encore grandi. Il doit parler. C\u2019est un orateur n\u00e9 pour le peuple, la tribune, les temps h\u00e9ro\u00efques, la r\u00e9sistance\u00a0: \u00ab\u00a0Les paroles me manquent pour dire \u00e0 quel point m\u2019\u00e9meut l\u2019inexprimable accueil que me fait le g\u00e9n\u00e9reux peuple de Paris. [\u2026] Deux grandes choses m\u2019appellent. La premi\u00e8re, la r\u00e9publique. La seconde, le danger. Je viens ici faire mon devoir. Quel est mon devoir\u00a0? C\u2019est le v\u00f4tre, c\u2019est celui de tous. D\u00e9fendre Paris, garder Paris. Sauver Paris, c\u2019est plus que sauver la France, c\u2019est sauver le monde. Paris est le centre m\u00eame de l\u2019humanit\u00e9. Qui attaque Paris attaque tout le genre humain.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Que r\u00e9clamons-nous de la France\u00a0? L\u2019Alsace.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2337\" class=\"cit-num\">2337<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Heinrich von <span class=\"caps\">TREITSCHKE<\/span> (1834-1896), titre de sa brochure (<em>Was fordern wir von Frankreich\u00a0?<\/em>) publi\u00e9e en ao\u00fbt\u00a01870. <em>Le Correspondant<\/em>, volume <span class=\"caps\">CCXXI<\/span> (1905)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Historien allemand, d\u00e9put\u00e9 nationaliste \u00e0 partir de 1871 (tr\u00e8s populaire par ses th\u00e9ories antis\u00e9mites), il soutient la politique de Bismarck\u00a0: pour faire l\u2019unit\u00e9 de l\u2019Allemagne sous l\u2019h\u00e9g\u00e9monie de la Prusse, il faut une guerre victorieuse contre la France. Et l\u2019Alsace ch\u00e8re aux Fran\u00e7ais, c\u2019est une histoire de mille ans\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il me convient d\u2019\u00eatre avec les peuples qui meurent, je vous plains d\u2019\u00eatre avec les rois qui tuent.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2339\" class=\"cit-num\">2339<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), 9\u00a0septembre 1870.<em> Actes et Paroles. Depuis l\u2019exil<\/em> (1876)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il en appelle aux Allemands pour que cesse cette \u00ab\u00a0guerre civile\u00a0\u00bb entre peuples d\u2019Europe. Mais la guerre continue, l\u2019ennemi approche, Paris est saisi d\u2019une fi\u00e8vre patriotique. Chaque quartier a son club o\u00f9 l\u2019on parle d\u2019abondance et dans chaque arrondissement se cr\u00e9ent des comit\u00e9s de vigilance, sous l\u2019impulsion des militants de la premi\u00e8re Internationale, rejoints par des radicaux et des Jacobins. Le mot de \u00ab\u00a0Commune\u00a0\u00bb est acclam\u00e9, l\u2019id\u00e9e lanc\u00e9e d\u00e8s septembre dans ce Paris r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous mangeons du cheval, du rat, de l\u2019ours, de l\u2019\u00e2ne.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2347\" class=\"cit-num\">2347<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>L\u2019Ann\u00e9e terrible<\/em> (Lettre \u00e0 une femme, janvier\u00a01871)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Hugo reste volontairement enferm\u00e9 dans Paris bombard\u00e9 pendant un mois (10\u00a0000 projectiles et 60 morts ou bless\u00e9s chaque jour) et assi\u00e9g\u00e9 pendant cinq mois (au total). Il souffre des souffrances de la ville en cet hiver 1871 \u2013 o\u00f9 la consommation d\u2019absinthe est multipli\u00e9e par cinq\u00a0! Il fait don de ses droits d\u2019auteur sur <em>Les Ch\u00e2timents<\/em> pour la fabrication de deux canons (le Victor Hugo, le Ch\u00e2timent) et pour le secours aux victimes de guerre.<\/p>\n<p>Jules Ferry, charg\u00e9 du ravitaillement de la population (et du maintien de l\u2019ordre) est surnomm\u00e9 Ferry la Famine. Et le gouverneur militaire, le g\u00e9n\u00e9ral Trochu, est compl\u00e8tement discr\u00e9dit\u00e9\u00a0avant de d\u00e9missionner\u00a0: \u00ab\u00a0Trochu\u00a0: participe pass\u00e9 du verbe trop choir\u00a0\u00bb dit Hugo.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La ville de Paris est une personne trop puissante et trop riche pour que sa ran\u00e7on ne soit pas digne d\u2019elle.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2353\" class=\"cit-num\">2353<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Otto von <span class=\"caps\">BISMARCK<\/span> (1815-1898), le chancelier allemand qui fixe donc la \u00ab\u00a0ran\u00e7on\u00a0\u00bb \u00e0 au moins un milliard de francs, le 23 janvier 1871. <em>Bismarck et son temps<\/em> (1905), Paul Matter<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Jules Favre propose 100\u00a0millions, ses coll\u00e8gues ont fix\u00e9 la limite \u00e0 500, l\u2019indemnit\u00e9 de guerre sera finalement de 200\u00a0millions pour Paris et cinq\u00a0milliards de francs or pour l\u2019ensemble de la France, au lieu de six, Thiers ayant n\u00e9goci\u00e9 en bon bourgeois. Le pays s\u2019acquittera de cette dette consid\u00e9rable d\u00e8s 1873, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019emprunt et \u00e0 l\u2019empressement des souscripteurs, les troupes allemandes \u00e9vacuant alors le territoire. Ce n\u2019est pas la clause la plus humiliante d\u2019un armistice que la capitale va refuser de toutes ses forces combattantes et r\u00e9volutionnaires.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Au nom du peuple, la Commune est proclam\u00e9e\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2363\" class=\"cit-num\">2363<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Gabriel <span class=\"caps\">RANVIER<\/span> (1828-1879), place de l\u2019H\u00f4tel-de-Ville, D\u00e9claration du 28\u00a0mars 1871. <em>Histoire socialiste, 1789-1900, volume\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span>, La Commune<\/em>, Louis Dubreuilh, sous la direction de Jean Jaur\u00e8s (1908)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ranvier est maire de Belleville, ouvrier peintre d\u00e9corateur, et disciple de Blanqui, l\u2019\u00e9ternel insurg\u00e9. Les \u00e9lections municipales du 26\u00a0mars n\u2019ont mobilis\u00e9 que la moiti\u00e9 des Parisiens (230\u00a0000 votants), tr\u00e8s majoritairement de gauche, beaucoup de gens des beaux quartiers ayant fui la capitale\u00a0: 18 \u00e9lus \u00ab\u00a0bourgeois\u00a0\u00bb refuseront de si\u00e9ger \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des 72 r\u00e9volutionnaires, jacobins, proudhoniens, blanquistes, socialistes, internationaux.<\/p>\n<p>Conseil municipal de gauche\u00a0? Contre-gouvernement \u00e9lu, provisoire et rival de celui de Versailles\u00a0? Exemple devant servir de mod\u00e8le \u00e0 la France\u00a0? La Commune se veut tout \u00e0 la fois, mais ne vivra pas deux mois.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Faisons la r\u00e9volution d\u2019abord, on verra ensuite.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2330\" class=\"cit-num\">2330<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">MICHEL<\/span> (1830-1905).<em> L\u2019\u00c9pop\u00e9e de la r\u00e9volte\u00a0: le roman vrai d\u2019un si\u00e8cle d\u2019anarchie<\/em> (1963), Gilbert Guilleminault, Andr\u00e9 Mah\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La r\u00e9volutionnaire anarchiste se retrouve sur les barricades d\u00e8s les premiers jours du soul\u00e8vement\u00a0: cause perdue d\u2019avance, r\u00e9volution sans espoir, utopie d\u2019un \u00ab\u00a0Paris libre dans une France libre\u00a0\u00bb\u00a0? Rien de moins pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9 que ce mouvement qui \u00e9chappe \u00e0 ceux qui tentent de le diriger, au nom d\u2019id\u00e9aux contradictoires.<\/p>\n<p>Ex-institutrice, militante r\u00e9publicaine et anarchiste (pr\u00eate \u00e0 un attentat contre Thiers), auteur de po\u00e8mes et de th\u00e9\u00e2tre, la Vierge rouge est d\u2019abord une id\u00e9aliste comme tant de communards et l\u2019h\u00e9ro\u00efne rest\u00e9e la plus populaire\u00a0: \u00ab\u00a0La r\u00e9volution sera la floraison de l\u2019humanit\u00e9 comme l\u2019amour est la floraison du c\u0153ur\u00a0\u00bb \u00e9crit-elle dans<em> La Commune, Histoire et souvenirs<\/em> (1898).<\/p>\n<p>Face aux Communards (ou F\u00e9d\u00e9r\u00e9s), les Versaillais se pr\u00e9parent. Le 30\u00a0mars, Paris est pour la seconde fois ville assi\u00e9g\u00e9e, bombard\u00e9e, et \u00e0 pr\u00e9sent par des Fran\u00e7ais.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est une guerre sans tr\u00eave ni piti\u00e9 que je d\u00e9clare \u00e0 ces assassins.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2366\" class=\"cit-num\">2366<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">G\u00e9n\u00e9ral Gaston de <span class=\"caps\">GALLIFFET<\/span> (1830-1909), 3\u00a0avril 1871.<em> Histoire socialiste, 1789-1900, volume\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span>, La Commune<\/em>, Louis Dubreuilh, sous la direction de Jean Jaur\u00e8s (1908)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Galliffet a fait fusiller sans jugement 5 F\u00e9d\u00e9r\u00e9s prisonniers. Sa f\u00e9rocit\u00e9 lui vaut le surnom de \u00ab\u00a0Marquis aux talons rouges\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0massacreur de la Commune\u00a0\u00bb. Cependant qu\u2019\u00e0 Paris, les clubs r\u00e9clament la Terreur, veulent \u00ab\u00a0faire tomber cent mille t\u00eates\u00a0\u00bb, r\u00e9tablir la loi des Suspects. On joue la mort de la peine de mort en br\u00fblant une guillotine.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On ne peut pas tuer l\u2019id\u00e9e \u00e0 coups de canon ni lui mettre les poucettes [menottes].\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2381\" class=\"cit-num\">2381<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">MICHEL<\/span> (1830-1905), <em>La Commune, Histoire et souvenirs<\/em> (1898)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Condamn\u00e9e, d\u00e9port\u00e9e en Nouvelle-Cal\u00e9donie, amnisti\u00e9e en 1880, elle reviendra en France, pour se battre du c\u00f4t\u00e9 des \u00ab\u00a0damn\u00e9s de la terre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le cadavre est \u00e0 terre, mais l\u2019id\u00e9e est debout\u00a0\u00bb dit aussi Hugo. La force des id\u00e9es est l\u2019une des le\u00e7ons de l\u2019histoire et la Commune en est l\u2019illustrations, malgr\u00e9 la confusion des courants qui l\u2019animent. Un chant y est n\u00e9, porteur d\u2019une id\u00e9e qui fera le tour du monde et en changera bient\u00f4t le cours, c\u2019est <em>L\u2019Internationale<\/em>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est la lutte finale\u00a0; \/ Groupons-nous et demain<br>L\u2019Internationale \/ Sera le genre humain.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2527\" class=\"cit-num\">2527<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Eug\u00e8ne <span class=\"caps\">POTTIER<\/span> (1816-1888), paroles, et Pierre <span class=\"caps\">DEGEYTER<\/span> (1848-1932), musique, <em>L\u2019Internationale<\/em> (refrain), chanson<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Eug\u00e8ne Pottier se cache dans Paris livr\u00e9 aux Versaillais. Membre \u00e9lu de la Commune et maire du <span class=\"caps\">III<\/span>e arrondissement, alors que tout espoir semble perdu, il dit, il \u00e9crit en ce mois de juin\u00a01871 sa foi in\u00e9branlable en la \u00ab\u00a0lutte finale\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0Du pass\u00e9 faisons table rase [\u2026] Le monde va changer de base.\u00a0\u00bb Le texte sera publi\u00e9, mis en musique par Pierre Degeyter, ouvrier tourneur en 1888. chant\u00e9 pour la premi\u00e8re fois au Congr\u00e8s de Lille du Parti ouvrier en 1896, avant un destin litt\u00e9ralement international jusqu\u2019\u00e0 nos jours.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le Paris ouvrier, avec sa Commune, sera c\u00e9l\u00e9br\u00e9 \u00e0 jamais comme le glorieux fourrier d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 nouvelle. Ses martyrs seront enclos dans le grand c\u0153ur de la classe ouvri\u00e8re.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2385\" class=\"cit-num\">2385<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Karl <span class=\"caps\">MARX<\/span> (1818-1883), <em>La Guerre civile en France<\/em> (1871)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Hommage du militant r\u00e9volutionnaire, m\u00eame si le th\u00e9oricien socialiste \u00e9mit de nombreuses r\u00e9serves. Le mouvement ouvrier fran\u00e7ais restera marqu\u00e9 par les cons\u00e9quences de la Commune\u00a0: vide dans le rang de ses militants, haine des victimes contre les bourreaux, force du mythe qui s\u2019attache \u00e0 jamais au nom de la Commune.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pensons-y toujours, n\u2019en parlons jamais.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2419\" class=\"cit-num\">2419<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882), Discours de Saint-Quentin, 16\u00a0novembre\u00a01871. <em>Pages d\u2019histoire, 1914-1918, Le Retour de l\u2019Alsace-Lorraine \u00e0 la France<\/em> (1917), Henri Welschinger<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>R\u00e9f\u00e9rence nationale obsessionnelle sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, suite \u00e0 la perte de l\u2019Alsace-Lorraine. Silence forc\u00e9 de la France\u00a0; silence encore plus forc\u00e9 de l\u2019Alsace.<\/p>\n<p>Gambetta, comme tous les Fran\u00e7ais, pense aux deux provinces s\u0153urs devenues \u00e9trang\u00e8res. Maurras traduira \u00e0 sa fa\u00e7on l\u2019unanimit\u00e9 nationale autour du culte de l\u2019Alsace-Lorraine en parlant de \u00ab\u00a0la Revanche reine de France\u00a0\u00bb. Paul D\u00e9roul\u00e8de, cr\u00e9ant la Ligue des patriotes en 1882, incarnera un patriotisme nationaliste et revanchard qui fera beaucoup de bruit et d\u00e9cha\u00eene pas mal de fureurs, jusqu\u2019\u00e0 la prochaine guerre. Mais les milieux gouvernementaux font preuve d\u2019une grande r\u00e9serve, sachant la France trop isol\u00e9e pour mettre la revanche dans les faits.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La R\u00e9publique, en France, a ceci de particulier que personne n\u2019en veut et que tout le monde y tient.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2388\" class=\"cit-num\">2388<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comte de <span class=\"caps\">GOBINEAU<\/span> (1816-1882), <em>La Troisi\u00e8me R\u00e9publique fran\u00e7aise et ce qu\u2019elle vaut<\/em> (1873)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9crivain et diplomate, il exprime parfaitement la situation\u00a0: le pays est \u00e0 l\u2019image de l\u2019Assembl\u00e9e nationale en majorit\u00e9 monarchiste (400 royalistes, 250 r\u00e9publicains mod\u00e9r\u00e9s et radicaux, 80 \u00ab\u00a0centristes\u00a0\u00bb, 15 bonapartistes). Il n\u2019existe pas de grande nation r\u00e9publicaine dans l\u2019Europe de l\u2019\u00e9poque et la R\u00e9publique fait peur\u00a0: souvenirs de la R\u00e9volution de 1789 qui engendra la Terreur, de la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique avec ses d\u00e9sordres en 1848. La Commune insurrectionnelle de Paris en 1871 a encore gauchi l\u2019id\u00e9e qu\u2019on se fait du r\u00e9publicain.<\/p>\n<p>Au fil des ann\u00e9es, la France deviendra r\u00e9publicaine et les r\u00e9publicains font de moins en moins peur. Les radicaux vont, \u00e0 la faveur d\u2019\u00e9lections de plus en plus \u00e0 gauche, acc\u00e9der au pouvoir \u00e0 partir de 1899\u00a0: leur politique sociale sera alors bien timide et la \u00ab\u00a0R\u00e9publique des d\u00e9put\u00e9s\u00a0\u00bb se heurtera aux socialistes, devenus les nouveaux \u00e9pouvantails pour le bourgeois.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La politique coloniale est fille de la politique industrielle.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2400\" class=\"cit-num\">2400<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">FERRY<\/span> (1832-1893). <em>Discours et opinions de Jules Ferry<\/em> (1897), Jules Ferry, Paul Robiquet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il donnera plus tard une th\u00e9orie de sa politique coloniale, men\u00e9e au coup par coup quand il est au pouvoir. L\u2019expansion est n\u00e9cessaire \u00e0 un grand pays comme la France, pour satisfaire des besoins \u00e0 la fois militaires (bases dans le monde entier), commerciaux (march\u00e9s et d\u00e9bouch\u00e9s pour son expansion \u00e9conomique), culturels (prestige national oblige, pour \u00ab\u00a0sa langue, ses m\u0153urs, son drapeau, son arm\u00e9e et son g\u00e9nie\u00a0\u00bb). La Troisi\u00e8me R\u00e9publique \u00e9difie peu \u00e0 peu le second empire colonial du monde (apr\u00e8s l\u2019Empire britannique), aussi vrai qu\u2019\u00ab\u00a0un mouvement irr\u00e9sistible emporte les grandes nations europ\u00e9ennes \u00e0 la conqu\u00eate de terres nouvelles\u00a0\u00bb (Jules Ferry). Pour d\u2019autres raisons et avec des nuances, Hugo et Jaur\u00e8s pensent et parlent de m\u00eame \u00e0 cette \u00e9poque.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ni Dieu ni ma\u00eetre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2408\" class=\"cit-num\">2408<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Auguste <span class=\"caps\">BLANQUI<\/span> (1805-1881), titre de son journal cr\u00e9\u00e9 en 1877<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Entr\u00e9 en politique il y a juste un demi-si\u00e8cle (sous la Restauration), arr\u00eat\u00e9 en 1871, condamn\u00e9 \u00e0 mort et amnisti\u00e9, cet infatigable socialiste reprend son activit\u00e9 r\u00e9volutionnaire \u00e0 72\u00a0ans. Son \u00ab\u00a0Ni Dieu ni ma\u00eetre\u00a0\u00bb deviendra la devise des anarchistes qui troubleront la Troisi\u00e8me R\u00e9publique pendant un quart de\u00a0si\u00e8cle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La politique est l\u2019art du possible.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2441\" class=\"cit-num\">2441<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882). <em>La Politique en citations\u00a0: de Babylone \u00e0 Michel Serres<\/em> (2006), Sylv\u00e8re Christophe<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Formule fameuse, expression du pragmatisme. Qui l\u2019eut crue sign\u00e9e du pur et dur r\u00e9publicain, \u00e0 la fois id\u00e9ologue tranchant et d\u00e9magogue bruyant\u00a0? C\u2019est un autre homme qui se r\u00e9v\u00e8le en 1874 et parle \u00e0 ses contemporains\u00a0: un temp\u00e9rament fonci\u00e8rement mod\u00e9r\u00e9, dou\u00e9 d\u2019une saine appr\u00e9ciation des r\u00e9alit\u00e9s. Cette formule de Gambetta fera bient\u00f4t qualifier ses partisans d\u2019\u00ab\u00a0opportunistes\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Une commission de 30 membres d\u00e9sign\u00e9s par l\u2019Assembl\u00e9e va enfin accoucher d\u2019un projet de Constitution.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique est \u00e9lu \u00e0 la majorit\u00e9 absolue des suffrages par le S\u00e9nat et par la Chambre des d\u00e9put\u00e9s r\u00e9unis en Assembl\u00e9e nationale.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2443\" class=\"cit-num\">2443<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Henri <span class=\"caps\">WALLON<\/span> (1812-1904), amendement du 30\u00a0janvier\u00a01875<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sans effet oratoire, sans tambour ni trompette d\u2019aucune sorte, la R\u00e9publique s\u2019installe en France. \u00ab\u00a0Le 30\u00a0janvier 1875, \u00e0 une seule voix de majorit\u00e9 (353 contre 352), l\u2019amendement Wallon, qui pronon\u00e7ait le nom de R\u00e9publique, qui l\u2019inscrivait officiellement dans les lois, \u00e9tait adopt\u00e9\u00a0\u00bb (Jacques Bainville, <em>Histoire de France<\/em>).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 reculons, nous entrons dans la R\u00e9publique\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2444\" class=\"cit-num\">2444<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882), <em>La R\u00e9publique fran\u00e7aise. La Troisi\u00e8me R\u00e9publique<\/em> (1968), Maurice Baumont<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il ironise dans son journal. Mais il l\u2019a voulue, il l\u2019a eue et son opportunisme permet que la Constitution passe, sous forme de trois lois constitutionnelles du 25\u00a0mai au 16\u00a0juillet 1875. Paradoxe de cette r\u00e9publique vot\u00e9e par une assembl\u00e9e monarchiste, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019union des centres qui regroupe une partie des r\u00e9publicains (radicaux exclus) et des conservateurs (l\u00e9gitimistes exclus). On va donc pouvoir gouverner entre \u00ab\u00a0honn\u00eates gens\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand la France aura fait entendre sa voix souveraine, [\u2026] il faudra se soumettre ou se d\u00e9mettre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2453\" class=\"cit-num\">2453<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882), Discours de Lille, 15\u00a0ao\u00fbt 1877. <em>Histoire de la France<\/em> (1947), Andr\u00e9 Maurois<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est au pr\u00e9sident de la R\u00e9publique que ce discours s\u2019adresse, apr\u00e8s la crise institutionnelle ouverte le 16\u00a0mai\u00a0: renvoi du pr\u00e9sident du Conseil et dissolution de la Chambre des d\u00e9put\u00e9s. Mac-Mahon a tent\u00e9 d\u2019imposer au pays un r\u00e9gime pr\u00e9sidentiel et toute l\u2019orientation de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique se joue alors. La campagne \u00e9lectorale est dure, le peuple \u00e9tant arbitre de l\u2019opposition entre le l\u00e9gislatif et l\u2019ex\u00e9cutif \u2013 le Parlement et le pr\u00e9sident. C\u2019est au final un r\u00e9gime parlementaire qui va s\u2019imposer, avec tous les d\u00e9fauts qui feront la faiblesse du r\u00e9gime\u00a0: valse des gouvernements, cr\u00e9dibilit\u00e9 entam\u00e9e dans l\u2019opinion, proc\u00e8s du radicalisme et, de fa\u00e7on plus g\u00e9n\u00e9rale, de la politique (politicienne), sous cette Troisi\u00e8me R\u00e9publique \u00e9branl\u00e9e par les crises et frapp\u00e9e d\u2019impuissance.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0N\u00e9ron, Diocl\u00e9tien, Attila, pr\u00e9figurateur de l\u2019ant\u00e9christ\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2466\" class=\"cit-num\">2466<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Les catholiques insultant Jules Ferry.<em> Histoire de la France et des Fran\u00e7ais <\/em>(1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Surnomm\u00e9 hier Ferry-la-Famine \u2013 sous la Commune \u2013 et demain Ferry-Tonkin \u2013 pour sa politique coloniale. Cette fois, il est attaqu\u00e9 en tant que ministre de l\u2019Instruction publique et des Beaux-Arts\u00a0: son projet de r\u00e9forme de l\u2019enseignement public primaire (la\u00efc, gratuit et obligatoire) r\u00e9duit l\u2019importance de l\u2019enseignement priv\u00e9. D\u00e9bats d\u00e9j\u00e0 anim\u00e9s, le 15\u00a0mars 1879. Le 16\u00a0juin, la loi Ferry enflammera la Chambre. Gambetta d\u00e9fend son ami Ferry et tape si fort du poing sur la table qu\u2019il perd son \u0153il de verre. Les d\u00e9put\u00e9s en viennent aux mains. Et volent manchettes et faux cols\u00a0! Il faut encore trois ans avant que passe le train des lois Ferry.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019\u00c9pargne, cette divinit\u00e9 du jour, pr\u00each\u00e9e dans toutes les chaires, l\u2019\u00c9pargne est une peste.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2467\" class=\"cit-num\">2467<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Auguste <span class=\"caps\">BLANQUI<\/span> (1805-1881), <em>Critique sociale<\/em> (1881)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>R\u00e9volutionnaire \u00e0 la fois th\u00e9oricien et militant, il se retrouve \u00e9lu d\u00e9put\u00e9 socialiste le 30\u00a0avril 1879, si\u00e9geant \u00e0 l\u2019extr\u00eame gauche de la Chambre. Pas pour longtemps. Le revoil\u00e0 en prison \u00e0 Clairvaux, \u00e0 75\u00a0ans. Il aura \u00e9t\u00e9 prisonnier plus de la moiti\u00e9 de sa vie. Il \u00e9crit aussi\u00a0: \u00ab\u00a0Le capital est du travail vol\u00e9.\u00a0\u00bb La stabilit\u00e9 du franc jusqu\u2019en 1914 favorise l\u2019\u00e9pargne et encourage l\u2019esprit rentier du Fran\u00e7ais. Le r\u00e9gime ne s\u2019est gu\u00e8re pr\u00e9occup\u00e9 des questions sociales et de la condition ouvri\u00e8re, malgr\u00e9 le socialisme montant. M\u00eame Gambetta, r\u00e9publicain de gauche, l\u2019a dit en 1871\u00a0: \u00ab\u00a0Il n\u2019y a pas de question sociale.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une patrie se compose des morts qui l\u2019ont fond\u00e9e aussi bien que des vivants qui la continuent.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2479\" class=\"cit-num\">2479<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Ernest <span class=\"caps\">RENAN<\/span> (1823-1892), R\u00e9ponse au discours de r\u00e9ception de Ferdinand de Lesseps \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise, 23\u00a0avril 1885, <em>Discours et Conf\u00e9rences<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u00e9l\u00e8bre et scandaleux auteur de la <em>Vie de J\u00e9sus<\/em>, il re\u00e7oit le vicomte octog\u00e9naire, heureux constructeur et administrateur du canal de Suez (qui lui a ouvert les portes de l\u2019Acad\u00e9mie des sciences en 1873). Cette r\u00e9f\u00e9rence patriotique et historique est encore \u00e0 m\u00e9diter de nos jours.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">Aux grands hommes, la Patrie reconnaissante.<span id=\"2480\" class=\"cit-num\">2480<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Inscription au fronton du Panth\u00e9on<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Victor Hugo meurt le 22\u00a0mai 1885. Paris lui fait des fun\u00e9railles nationales avec un cort\u00e8ge qui va de l\u2019Arc de Triomphe au Panth\u00e9on, monument vou\u00e9 au souvenir des grands hommes apr\u00e8s d\u2019autres vocations religieuses. Il devient d\u00e9finitivement Panth\u00e9on juste \u00e0 temps pour recevoir les cendres du c\u00e9l\u00e8bre po\u00e8te fran\u00e7ais qui fut aussi un grand homme politique \u2013 d\u2019o\u00f9 sa place sur le podium de notre <em>Histoire en citations<\/em>, apr\u00e8s Napol\u00e9on et de Gaulle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La science n\u2019a pas de patrie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2494\" class=\"cit-num\">2494<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">PASTEUR<\/span> (1822-1895), Discours pour l\u2019inauguration de l\u2019Institut Pasteur, 14\u00a0novembre\u00a01888. <em>La Vie de Pasteur<\/em> (1907), Ren\u00e9 Vallery-Radot. (Premi\u00e8re biographie du grand savant, \u00e9crite par son gendre.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La Troisi\u00e8me R\u00e9publique reste connue pour une succession de crises, affaires, scandales. Mais c\u2019est aussi le temps des grands savants pour la France qui se retrouve en bonne place dans le monde, avec des hommes tels que Louis Pasteur (microbiologie, vaccins), Marcellin Berthelot (chimie de synth\u00e8se, thermochimie), Claude Bernard (physiologie, m\u00e9decine exp\u00e9rimentale). L\u2019Universit\u00e9 n\u2019est plus, comme sous le Second Empire, le lieu de conf\u00e9rences mondaines pour grand public. Les \u00e9tudiants viennent nombreux, les professeurs font des cours magistraux qui honorent l\u2019enseignement sup\u00e9rieur, la recherche r\u00e9alise des progr\u00e8s qui vont changer la vie quotidienne des hommes en une ou deux g\u00e9n\u00e9rations.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je d\u00e9sire reposer [\u2026] en face de cette ligne bleue des Vosges d\u2019o\u00f9 monte jusqu\u2019\u00e0 mon c\u0153ur fid\u00e8le la plainte des vaincus.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2508\" class=\"cit-num\">2508<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">FERRY<\/span> (1832-1893), Testament.<em> Jules Ferry<\/em> (1903), Alfred Rambaud<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il reste pour sa politique scolaire et coloniale. Ses derniers mots prouvent qu\u2019il n\u2019oubliait pas l\u2019Alsace et la Lorraine perdues, alors m\u00eame qu\u2019il lan\u00e7ait la France \u00e0 la conqu\u00eate de la Tunisie et du Tonkin (Indochine, nord du Vietnam). Mal compris, Ferry a pu voir relanc\u00e9e, \u00e0 la fin de sa vie, une nouvelle colonisation prise en main par des politiques, des militaires, des hommes d\u2019affaires\u00a0: Indochine, Madagascar, Afrique noire, Maroc.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vos mains sont couvertes de sang.<br>\u2014 Comme l\u2019est votre robe rouge\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2511\" class=\"cit-num\">2511<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9mile <span class=\"caps\">HENRY<\/span> (1872-1894), r\u00e9pondant au pr\u00e9sident du tribunal, 27\u00a0avril 1894. <em>Historia<\/em> (octobre\u00a01968), \u00ab\u00a0L\u2019\u00c8re anarchiste\u00a0\u00bb, Maurice Duplay<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fils de bourgeois, il \u00e9pouse la cause anarchiste par id\u00e9al r\u00e9volutionnaire et veut frapper partout, parce que la bourgeoisie est partout. Il a 19\u00a0ans quand sa bombe port\u00e9e pour examen au commissariat de police des Bons-Enfants explose\u00a0: 5 morts, le 8\u00a0novembre\u00a01892. Nouvelle bombe au caf\u00e9 Terminus de la gare Saint-Lazare\u00a0: un mort, 20 bless\u00e9s, le 12\u00a0f\u00e9vrier 1894. \u00c0 son proc\u00e8s, il proclame que l\u2019anarchie \u00ab\u00a0est n\u00e9e au sein d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 pourrie qui se disloque. Elle est partout, c\u2019est ce qui la rend indomptable, et elle finira par vous vaincre et vous tuer.\u00a0\u00bb \u00c9mile Henry est guillotin\u00e9 le 21\u00a0mai, criant \u00ab\u00a0Courage, camarades\u00a0! Vive l\u2019anarchie\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019y a pas d\u2019affaire Dreyfus.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2516\" class=\"cit-num\">2516<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">M\u00c9LINE<\/span> (1838-1925), pr\u00e9sident du Conseil, au vice-pr\u00e9sident du S\u00e9nat venu lui demander la r\u00e9vision du proc\u00e8s, s\u00e9ance du 4\u00a0d\u00e9cembre 1897.<em> Affaire Dreyfus<\/em> (1898), Edmond de Haime<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mot malheureux, quand \u00e9clate au grand jour l\u2019affaire Dreyfus, qui deviendra l\u2019\u00ab\u00a0Affaire\u00a0\u00bb de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique et la plus grave crise pour le r\u00e9gime. M\u00e9line refuse la demande en r\u00e9vision du proc\u00e8s. Les dreyfusards (minoritaires) vont mobiliser l\u2019opinion publique par une campagne de presse remarquablement men\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019accuse.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2517\" class=\"cit-num\">2517<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9mile <span class=\"caps\">ZOLA<\/span> (1840-1902), titre de son article en page un de <em>L\u2019Aurore<\/em>, 13\u00a0janvier 1898<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><em>L\u2019Aurore<\/em> est le journal de Clemenceau et le titre est de lui. L\u2019article en forme de lettre ouverte au pr\u00e9sident de la R\u00e9publique F\u00e9lix Faure est bien de Zola, romancier le plus populaire apr\u00e8s Hugo\u00a0: il accuse deux ministres de la Guerre, les principaux officiers de l\u2019\u00e9tat-major et les experts en \u00e9criture d\u2019avoir \u00ab\u00a0men\u00e9 dans la presse une campagne abominable pour \u00e9garer l\u2019opinion\u00a0\u00bb, et le Conseil de guerre qui a condamn\u00e9 Dreyfus, d\u2019\u00ab\u00a0avoir viol\u00e9 le droit en condamnant un accus\u00e9 sur une pi\u00e8ce rest\u00e9e secr\u00e8te\u00a0\u00bb. Le ministre de la Guerre, g\u00e9n\u00e9ral Billot, intente alors au c\u00e9l\u00e8bre \u00e9crivain un proc\u00e8s en diffamation.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un jour la France me remerciera d\u2019avoir aid\u00e9 \u00e0 sauver son honneur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2518\" class=\"cit-num\">2518<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9mile <span class=\"caps\">ZOLA<\/span> (1840-1902), <em>La V\u00e9rit\u00e9 en marche<\/em>, d\u00e9claration au jury. <em>L\u2019Aurore<\/em>, 22 f\u00e9vrier 1898<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le proc\u00e8s Zola en cour d\u2019assises (7-21\u00a0f\u00e9vrier 1898) fit conna\u00eetre l\u2019affaire Dreyfus au monde entier. Formidable tribune pour l\u2019intellectuel converti aux doctrines socialistes et aux grandes id\u00e9es humanitaires\u00a0! \u00ab\u00a0Tout semble \u00eatre contre moi, les deux Chambres, le pouvoir civil, le pouvoir militaire, les journaux \u00e0 grand tirage, l\u2019opinion publique qu\u2019ils ont empoisonn\u00e9e. Et je n\u2019ai pour moi que l\u2019id\u00e9e, un id\u00e9al de v\u00e9rit\u00e9 et de justice. Et je suis bien tranquille, je vaincrai.\u00a0\u00bb En attendant, Zola est condamn\u00e9 \u00e0 un an de prison et 3\u00a0000\u00a0francs d\u2019amende.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce sont les oies qui ont sauv\u00e9 le Capitole.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2544\" class=\"cit-num\">2544<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929).<em> La Vie orgueilleuse de Clemenceau<\/em> (1987), Georges Suarez<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 qui lui reproche de ne s\u2019entourer que de personnages falots dans son gouvernement. Le \u00ab\u00a0tombeur de minist\u00e8res\u00a0\u00bb, le radical intransigeant des ann\u00e9es 1880 devient \u00e0 65\u00a0ans pr\u00e9sident du Conseil et reste \u00e0 ce poste de 1906 \u00e0 1909. Clemenceau arrive avec un vrai programme de r\u00e9formes sociales.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pas \u00e7a ou pas vous\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2547\" class=\"cit-num\">2547<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914) \u00e0 Aristide Briand, Chambre des d\u00e9put\u00e9s, 10\u00a0mai 1907.<em> La D\u00e9mocratie et le travail<\/em> (1910), Gabriel Hanotaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le gouvernement de Clemenceau, dont Briand fera partie \u00e0 divers postes minist\u00e9riels, est confront\u00e9 \u00e0 une dramatique agitation sociale d\u00e8s 1906\u00a0: mineurs, ouvriers \u00e9lectriciens \u00e0 Paris, dockers \u00e0 Nantes, etc.<\/p>\n<p>Clemenceau doit prendre des mesures \u00e9nergiques pour r\u00e9tablir l\u2019ordre. En avril\u00a01907, le gouvernement d\u00e9cide la r\u00e9vocation de fonctionnaires qui se sont \u00e9lev\u00e9s contre sa politique. La <span class=\"caps\">CGT<\/span> d\u00e9clenche la gr\u00e8ve que Jaur\u00e8s, en chef de l\u2019opposition socialiste, d\u00e9fend, invectivant Briand, devenu ministre, mais ancien propagandiste de la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale. Jaur\u00e8s ajoute que son \u00ab\u00a0jeu de duplicit\u00e9 souille et d\u00e9compose successivement tous les partis\u00a0\u00bb, alors que Maurice Barr\u00e8s le qualifiera de \u00ab\u00a0monstre de souplesse\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Jaur\u00e8s prendra souvent \u00e0 partie Clemenceau, personnage bien diff\u00e9rent de Briand\u00a0! \u00c9tant au pouvoir, cet ancien r\u00e9publicain de choc, radical d\u2019extr\u00eame gauche, impitoyable \u00ab\u00a0tombeur de minist\u00e8res\u00a0\u00bb, constate l\u2019\u00e9vidence\u00a0: \u00ab\u00a0Je suis de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la barricade.\u00a0\u00bb Et dans la logique de son r\u00f4le qu\u2019il d\u00e9finit lui-m\u00eame\u00a0: premier flic de France.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le tirailleur s\u00e9n\u00e9galais est un merveilleux mercenaire, puisqu\u2019il a la vraie qualit\u00e9 du soldat, celle qui prime tout\u00a0: l\u2019aptitude \u00e0 se faire tuer.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2401\" class=\"cit-num\">2401<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>L\u2019\u00c9cho d\u2019Oran<\/em>, 25 d\u00e9cembre 1910. <em>Dictionnaire de la b\u00eatise et des erreurs de jugement<\/em> (1998), Guy Bechtel et Jean-Claude Carri\u00e8re<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On peut d\u00e9battre \u00e0 l\u2019infini du colonialisme et les historiens ne s\u2019en privent pas. Au nom du droit des peuples \u00e0 disposer d\u2019eux-m\u00eames qui s\u2019impose apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale, on intente un proc\u00e8s aux peuples et aux responsables politiques jadis coupables de ce \u00ab\u00a0crime\u00a0\u00bb. C\u2019est p\u00e9cher par anachronisme et ignorer les r\u00e9alit\u00e9s de temps heureusement r\u00e9volus. Mais la lecture du grand quotidien alg\u00e9rien (r\u00e9dig\u00e9 en fran\u00e7ais) montre plus clairement que de longs discours l\u2019inhumanit\u00e9 du colonialisme et le racisme inh\u00e9rent. Sous la Premi\u00e8re Guerre mondiale, le g\u00e9n\u00e9ral Mangin fera l\u2019apologie des troupes africaines avec des arguments \u00e9galement racistes\u00a0: les Africains, dot\u00e9s d\u2019un syst\u00e8me nerveux moins d\u00e9velopp\u00e9, sont moins sensibles \u00e0 la douleur. (<em>La Force Noire<\/em>).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019est possible \u00e0 un peuple d\u2019\u00eatre efficacement pacifique qu\u2019\u00e0 la condition d\u2019\u00eatre pr\u00eat \u00e0 la guerre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2564\" class=\"cit-num\">2564<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Raymond <span class=\"caps\">POINCAR\u00c9<\/span> (1860-1934), message aux Chambres, 20\u00a0f\u00e9vrier 1913. <em>Histoire illustr\u00e9e de la guerre de 1914<\/em> (1915), Gabriel Hanotaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ayant donn\u00e9 sa version du <em>\u00ab\u00a0si vis pacem, para bellum\u00a0\u00bb<\/em> (\u00ab\u00a0Si tu veux la paix, pr\u00e9pare la guerre\u00a0\u00bb), le pr\u00e9sident ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0Une France diminu\u00e9e, une France expos\u00e9e, par sa faute, \u00e0 des d\u00e9fis, \u00e0 des humiliations, ne serait plus la France.\u00a0\u00bb Alors que Jaur\u00e8s le pacifiste d\u00e9clare \u00ab\u00a0la guerre \u00e0 la guerre\u00a0\u00bb, Poincar\u00e9 va renforcer l\u2019alliance avec la Russie, mais aussi l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il ne suffit pas d\u2019\u00eatre des h\u00e9ros. Nous voulons \u00eatre des vainqueurs.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2568\" class=\"cit-num\">2568<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929), <em>L\u2019Homme libre<\/em>, 15\u00a0juillet 1914. <em>Clemenceau<\/em> (1968), Gaston Monnerville<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Clemenceau exprime ses id\u00e9es dans son journal d\u2019opposition cr\u00e9\u00e9 en 1913 (rebaptis\u00e9<em> L\u2019Homme encha\u00een\u00e9<\/em> pendant la guerre). Hostile \u00e0 la politique de Poincar\u00e9 et de ses gouvernements successifs, il aura l\u2019occasion de mettre en pratique ses id\u00e9es quand le pr\u00e9sident appellera son adversaire fin\u00a01917 pour mener la France \u00e0 la victoire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Jaur\u00e8s est tu\u00e9\u00a0! Ils ont tu\u00e9 Jaur\u00e8s.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2569\" class=\"cit-num\">2569<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mme\u00a0<span class=\"caps\">POISSON<\/span> (fin <span class=\"caps\">XIX<\/span>e-d\u00e9but <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle.), Caf\u00e9-restaurant du Croissant, 31\u00a0juillet 1914 \u00e0 21\u00a0h\u00a040. Arr\u00eat\u00e9 du 18\u00a0novembre 1999 relatif \u00e0 la frappe et \u00e0 la mise en circulation de pi\u00e8ces comm\u00e9moratives de 500\u00a0francs<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Jaur\u00e8s d\u00eenait rue Montmartre, pr\u00e8s de son journal, <em>L\u2019Humanit\u00e9<\/em>. Raoul Villain, \u00e9tudiant de 24\u00a0ans, a tir\u00e9 au revolver sur le dirigeant socialiste. Exalt\u00e9 par les campagnes nationalistes qui, en pleine crise antiallemande, appelaient au meurtre contre l\u2019homme incarnant le pacifisme, il explique\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai voulu faire justice \u00e0 cet antipatriote.\u00a0\u00bb Le monde ouvrier reprend le mot\u00a0: \u00ab\u00a0Ils ont tu\u00e9 Jaur\u00e8s\u00a0! C\u2019est la guerre.\u00a0\u00bb L\u2019Allemagne va d\u00e9clarer la guerre \u00e0 la France, le conflit va devenir mondial et le pays, si divis\u00e9 dans la paix, se retrouvera uni dans l\u2019\u00e9preuve.<\/p>\n<h3><span class=\"caps\">PREMIERE<\/span> <span class=\"caps\">GUERRE<\/span> <span class=\"caps\">MONDIALE<\/span><\/h3>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-8-108.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est la plus monumentale \u00e2nerie que le monde ait jamais faite.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2570\" class=\"cit-num\">2570<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mar\u00e9chal <span class=\"caps\">LYAUTEY<\/span> (1854-1934). <em>Histoire de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique<\/em> (1952), Jacques Chastenet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Tel est son avis, au d\u00e9clenchement du conflit. R\u00e9sident g\u00e9n\u00e9ral au Maroc, charg\u00e9 de la pacification du pays rendue alors plus difficile encore, il sera ministre de la Guerre quelques mois, dans le cabinet Briand. Par le jeu des alliances, des int\u00e9r\u00eats et des d\u00e9clarations de guerre \u00e9chelonn\u00e9es sur trois ans, la guerre va devenir europ\u00e9enne, toucher l\u2019Afrique et l\u2019Asie, et, avec la participation des \u00c9tats-Unis d\u2019Am\u00e9rique en 1917, se transformer en guerre mondiale pour la premi\u00e8re fois dans l\u2019histoire. 65\u00a0millions de soldats s\u2019affronteront dans ce qu\u2019on appelle la Grande Guerre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je tordrai les Boches avant deux mois.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2586\" class=\"cit-num\">2586<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">G\u00e9n\u00e9ralissime <span class=\"caps\">JOFFRE<\/span> (1852-1931), ao\u00fbt\u00a01914. <em><span class=\"caps\">G.Q.<\/span>G., secteur 1\u00a0: trois ans au Grand quartier g\u00e9n\u00e9ral<\/em> (1920), Jean de Pierrefeu<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La croyance en une guerre courte pr\u00e9vaut en France, comme en Allemagne \u2013 qui a d\u00e9clar\u00e9 la guerre, le 3\u00a0ao\u00fbt. Et tout commence par une guerre de mouvement.<\/p>\n<p>Ces mots, souvent cit\u00e9s, font aussi partie de la propagande. Joffre a \u00e9labor\u00e9 le plan fran\u00e7ais (plan <span class=\"caps\">XVII<\/span>)\u00a0: se fiant aux forces morales et aux ba\u00efonnettes, il pr\u00e9voit la d\u00e9fense de l\u2019Est. Mais la bataille des fronti\u00e8res va se d\u00e9rouler selon le plan allemand (plan Schlieffen)\u00a0: gros effectifs et artillerie lourde pour la tactique, et pour la strat\u00e9gie, invasion de la Belgique. Selon le chancelier allemand Bethmann-Hollweg, le trait\u00e9 international garantissant la neutralit\u00e9 de ce pays n\u2019est qu\u2019un \u00ab\u00a0chiffon de papier\u00a0\u00bb. D\u2019o\u00f9 l\u2019attaque de la France par le nord, et le contournement des d\u00e9fenses fran\u00e7aises.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La m\u00e9prisable petite arm\u00e9e du g\u00e9n\u00e9ral French.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2587\" class=\"cit-num\">2587<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">GUILLAUME<\/span>\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1859-1941), Ordre du jour \u00e0 Aix-la-Chapelle, 19\u00a0ao\u00fbt 1914.<em> Pages d\u2019histoire, 1914-1918, La Folie allemande<\/em> (1914), Paul Verrier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 son effort militaire, la France a pu aligner presque autant de divisions que l\u2019Allemagne (plus peupl\u00e9e). Mais nos soldats sont moins entra\u00een\u00e9s, moins disciplin\u00e9s, mal \u00e9quip\u00e9s (uniformes trop voyants, manque d\u2019artillerie lourde). Apr\u00e8s la bataille des Ardennes et de Charleroi \u2013 bataille des fronti\u00e8res perdue \u2013, Joffre renonce \u00e0 l\u2019\u00ab\u00a0offensive \u00e0 tout prix\u00a0\u00bb. Il fait limoger plus de cent g\u00e9n\u00e9raux \u2013 nomm\u00e9s \u00e0 des postes dans des villes de l\u2019arri\u00e8re, comme Limoges \u2013 et ordonne le repli strat\u00e9gique des troupes au nord de Paris, pour \u00e9viter l\u2019enveloppement.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Heureux ceux qui sont morts dans une juste guerre\u00a0!<br>Heureux les \u00e9pis m\u00fbrs et les bl\u00e9s moissonn\u00e9s\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2588\" class=\"cit-num\">2588<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles <span class=\"caps\">P\u00c9GUY<\/span> (1873-1914), <em>\u00c8ve<\/em> (1914)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sa mort en 1914 donne un sens authentique \u00e0 cette r\u00e9f\u00e9rence litt\u00e9raire. Ce sont les deux derniers alexandrins d\u2019un po\u00e8me qui en compte quelque 8\u00a0000. Le po\u00e8te appelle de tous ses v\u0153ux et de tous ses vers la \u00ab\u00a0g\u00e9n\u00e9ration de la revanche\u00a0\u00bb. Lieutenant, il tombe \u00e0 la t\u00eate d\u2019une compagnie d\u2019infanterie, frapp\u00e9 d\u2019une balle au front, \u00e0 Villeroy, le 5\u00a0septembre, veille de la bataille de la Marne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Verdun est le c\u0153ur de la France.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2595\" class=\"cit-num\">2595<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">GUILLAUME<\/span>\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1859-1941), empereur d\u2019Allemagne, 14\u00a0f\u00e9vrier 1916. <em>L\u2019\u00c9pop\u00e9e de Verdun, 1917<\/em> (1917), Gaston Jollivet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>1916. Nouvelles batailles ind\u00e9cises et sanglantes dont le plus terrible exemple est Verdun. Le g\u00e9n\u00e9ral en chef allemand Falkenhayn a d\u00e9cid\u00e9 de s\u2019en emparer. Le Kaiser adresse \u00e0 ses troupes une proclamation glorifiant l\u2019attaque imminente\u00a0: \u00ab\u00a0Moi, Guillaume, je vois la Patrie allemande contrainte \u00e0 l\u2019offensive. Le peuple veut la paix\u00a0; mais pour \u00e9tablir la paix, il faut savoir clore la guerre par une bataille d\u00e9cisive. C\u2019est \u00e0 Verdun, c\u0153ur de la France, que vous cueillerez le fruit de vos peines.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Pourquoi, Verdun\u00a0? Raisons\u00a0tactiques, strat\u00e9giques, logistiques, politiques\u2026 et\u00a0 psychologiques. La prise de Verdun, ce serait l\u2019effondrement du moral de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise\u00a0: \u00ab\u00a0Verdun n\u2019est pas seulement la grande forteresse de l\u2019Est destin\u00e9e \u00e0 barrer la route \u00e0 l\u2019invasion, c\u2019est le boulevard moral de la France\u00a0\u00bb, dira le mar\u00e9chal P\u00e9tain.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ils ne passeront pas.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2596\" class=\"cit-num\">2596<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">D\u00e9fi des Fran\u00e7ais face aux Allemands, \u00e0 Verdun. <em>Verdun 1916<\/em> (2006), Malcolm Brown<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019offensive allemande sur Verdun, men\u00e9e par le Kronprinz Fr\u00e9d\u00e9ric-Guillaume (fils a\u00een\u00e9 du Kaiser Guillaume\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>),\u00a0 commence le 21\u00a0f\u00e9vrier 1916. Ses canons et mortiers sont tr\u00e8s sup\u00e9rieurs aux n\u00f4tres, il a l\u2019initiative, le premier choc est terrible \u2013 un d\u00e9luge de feu \u2013 et le fort de Douaumont est pris par surprise. Mais Joffre r\u00e9agit, fait appel \u00e0 P\u00e9tain, la perc\u00e9e allemande \u00e9choue et on se retrouve face \u00e0 face, dans une guerre d\u2019usure.<\/p>\n<p>Cette r\u00e9sistance proclam\u00e9e, c\u2019est d\u2019ailleurs la r\u00e9action esp\u00e9r\u00e9e par les Allemands\u00a0: voulant \u00e0 tout prix d\u00e9fendre ce \u00ab\u00a0c\u0153ur de la France\u00a0\u00bb, l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise va \u00e9puiser toutes ses forces et l\u2019Allemagne gagnera.<\/p>\n<p>Elle ne gagnera pas et \u00ab\u00a0ils ne passeront pas\u00a0\u00bb, mais \u00e0 quel prix\u00a0! Verdun symbolise l\u2019horreur de la Grande Guerre, dramatiquement co\u00fbteuse en hommes. C\u2019est aussi un tournant dans ce premier conflit mondial\u00a0: industrialisation tr\u00e8s pouss\u00e9e pour une technologie toujours plus meurtri\u00e8re\u00a0: obus et canons, lance-flammes et gaz asphyxiants.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Courage\u00a0! On les aura\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2597\" class=\"cit-num\">2597<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">G\u00e9n\u00e9ral <span class=\"caps\">P\u00c9TAIN<\/span> (1856-1951), derniers mots de l\u2019Ordre du jour, 10\u00a0avril 1916. <em>Verdun, 1914-1918<\/em> (1996), Alain Denizot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Commandant de la <span class=\"caps\">II<\/span>e\u00a0arm\u00e9e, il prend la direction des op\u00e9rations apr\u00e8s la premi\u00e8re offensive allemande, r\u00e9organise le commandement et le ravitaillement des troupes par la Voie sacr\u00e9e (qui relie Verdun \u00e0 Bar-le-Duc). L\u2019\u00e9quilibre des forces est r\u00e9tabli et la br\u00e8che colmat\u00e9e. Il redonne confiance aux \u00ab\u00a0poilus\u00a0\u00bb et m\u00eame s\u2019il n\u2019obtient pas les renforts demand\u00e9s, il impose que les troupes soient p\u00e9riodiquement remplac\u00e9es \u2013 syst\u00e8me du \u00ab\u00a0tourniquet\u00a0\u00bb en vertu de quoi 70\u00a0% de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise a \u00ab\u00a0fait\u00a0\u00bb Verdun.<\/p>\n<p>Dix mois de batailles de tranch\u00e9es, chaque jour 500\u00a0000 obus de la Ve\u00a0arm\u00e9e allemande pour \u00ab\u00a0saigner \u00e0 blanc l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise\u00a0\u00bb, 80\u00a0% des pertes venant de l\u2019artillerie. Chaque unit\u00e9 perdra plus de la moiti\u00e9 de ses effectifs \u2013 162\u00a0000 morts et 216\u00a0000 bless\u00e9s, c\u00f4t\u00e9 fran\u00e7ais. La saign\u00e9e est comparable, chez l\u2019ennemi.<\/p>\n<p>Dans l\u2019\u00ab\u00a0enfer de Verdun\u00a0\u00bb \u2013 le mot est juste\u00a0-, la r\u00e9sistance fran\u00e7aise devient aux yeux du monde un exemple d\u2019h\u00e9ro\u00efsme et de t\u00e9nacit\u00e9, demeurant une page de l\u2019histoire de France et un symbole pour des g\u00e9n\u00e9rations. Cependant que P\u00e9tain reste comme le vainqueur de Verdun. Mais pour \u00ab\u00a0avoir\u00a0\u00bb ainsi les Allemands, la guerre d\u2019usure a d\u00e9pass\u00e9 les forces physiques, morales et militaires du pays.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce ne sont pas des soldats\u00a0: ce sont des hommes. Ce ne sont pas des aventuriers, des guerriers, faits pour la boucherie humaine [\u2026] Ce sont des laboureurs et des ouvriers qu\u2019on reconna\u00eet dans leurs uniformes. Ce sont des civils d\u00e9racin\u00e9s.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2576\" class=\"cit-num\">2576<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Henri <span class=\"caps\">BARBUSSE<\/span> (1873-1935), <em>Le Feu, journal d\u2019une escouade<\/em> (1916)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Engag\u00e9 volontaire, il t\u00e9moigne sur la vie des tranch\u00e9es \u2013 prix Goncourt en 1917. Id\u00e9aliste exalt\u00e9, militant communiste bient\u00f4t fascin\u00e9 par la r\u00e9volution russe de 1917, il se rend plusieurs fois \u00e0 Moscou o\u00f9 il meurt. Le roman soul\u00e8vera nombre de protestations\u00a0: en plus du document terrible sur le cauchemar monotone de cette guerre, les aspirations pacifistes transparaissent.<\/p>\n<p>La voie est \u00e9troite entre le \u00ab\u00a0bourrage de cr\u00e2nes\u00a0\u00bb et la censure qui \u00ab\u00a0doit supprimer tout ce qui tend \u00e0 surexciter l\u2019opinion ou \u00e0 affaiblir le moral de l\u2019arm\u00e9e ou du public\u00a0\u00bb, deux ph\u00e9nom\u00e8nes propres \u00e0 toute guerre, mais plus accentu\u00e9s dans ce conflit qui s\u2019\u00e9ternise sur quatre ans. Le journal d\u2019opposition de Clemenceau, <em>L\u2019Homme libre<\/em>, est devenu <em>L\u2019Homme encha\u00een\u00e9<\/em> au d\u00e9but de la guerre\u00a0: fa\u00e7on de d\u00e9noncer la censure, d\u2019ailleurs justifi\u00e9e \u2013 en 1870, on a dit que des batailles furent perdues simplement parce que l\u2019ennemi a su lire nos journaux\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La guerre\u00a0! C\u2019est une chose trop grave pour la confier \u00e0 des militaires.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2579\" class=\"cit-num\">2579<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929). <em>Soixante Ann\u00e9es d\u2019histoire fran\u00e7aise\u00a0: Clemenceau<\/em> (1932), Georges Suarez<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 76\u00a0ans, il est appel\u00e9 \u00e0 la t\u00eate du gouvernement et en dernier recours par le pr\u00e9sident Poincar\u00e9 (16\u00a0novembre 1917). Plus question de laisser carte blanche au g\u00e9n\u00e9ral en chef\u00a0! \u00c0 la t\u00eate d\u2019une France fatigu\u00e9e, divis\u00e9e, \u00e0 bout de nerfs et de guerre, et devenue d\u00e9faitiste par lassitude, il saura imposer son autorit\u00e9 \u00e0 l\u2019arm\u00e9e comme au pays et m\u00e9ritera son nouveau surnom de P\u00e8re la Victoire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sur le front, les soldats voyaient appara\u00eetre un vieil homme au feutre en bataille, qui brandissait un gourdin et poussait brutalement les g\u00e9n\u00e9raux vers la victoire. C\u2019\u00e9tait Georges Clemenceau.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2605\" class=\"cit-num\">2605<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">MAUROIS<\/span> (1885-1967), <em>Terre promise<\/em> (1946)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019auteur des<em> Silences du colonel Bramble<\/em> (1918), agent de liaison aupr\u00e8s de l\u2019arm\u00e9e britannique, \u00e9voque ses souvenirs dans ce livre dont le succ\u00e8s d\u00e9cidera de sa carri\u00e8re d\u2019\u00e9crivain.<\/p>\n<p>Clemenceau, moins terrible que sa l\u00e9gende de Tigre, recherche le contact avec les poilus des tranch\u00e9es qui l\u2019appellent affectueusement et simplement le Vieux. Le \u00ab\u00a0vieux Gaulois acharn\u00e9 \u00e0 d\u00e9fendre le sol et le g\u00e9nie de notre race\u00a0\u00bb, auquel de Gaulle rend hommage dans ses <em>Discours et messages<\/em>, va restaurer la confiance dans le pays. Apr\u00e8s s\u2019\u00eatre battu pour l\u2019amnistie des Communards, contre la colonisation de Jules Ferry, contre Boulanger et le boulangisme, pour Dreyfus et avec Zola, pour la la\u00efcit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat, pour l\u2019ordre et contre les gr\u00e8ves, Clemenceau va mener son dernier grand combat national.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ma formule est la m\u00eame partout. Politique int\u00e9rieure\u00a0? Je fais la guerre. Politique \u00e9trang\u00e8re\u00a0? Je fais la guerre. Je fais toujours la guerre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2606\" class=\"cit-num\">2606<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929), Chambre des d\u00e9put\u00e9s, 8\u00a0mars 1918.<em> Le V\u00e9ritable Clemenceau<\/em> (1920), Ernest Judet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il s\u2019exprime \u00e0 la tribune\u00a0: \u00ab\u00a0Moi aussi j\u2019ai le d\u00e9sir de la paix le plus t\u00f4t possible et tout le monde la d\u00e9sire, il serait un grand criminel celui qui aurait une autre pens\u00e9e, mais il faut savoir ce qu\u2019on veut. Ce n\u2019est pas en b\u00ealant la paix qu\u2019on fait taire le militarisme prussien.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La situation est de nouveau grave\u00a0: l\u2019Allemagne, sur le front ouest, a re\u00e7u le renfort des 700\u00a0000 hommes lib\u00e9r\u00e9s du front russe (apr\u00e8s l\u2019armistice des Soviets). Hindenburg et Ludendorff vont d\u00e9clencher la grande bataille de France, sans attendre que l\u2019Entente (France et Angleterre) re\u00e7oive la suite des renforts am\u00e9ricains, pr\u00e9vus pour juillet.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Honneur \u00e0 nos grands morts [\u2026] Gr\u00e2ce \u00e0 eux, la France, hier soldat de Dieu, aujourd\u2019hui soldat de l\u2019humanit\u00e9, sera toujours soldat de l\u2019id\u00e9al.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2613\" class=\"cit-num\">2613<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929), Discours \u00e9crit et parl\u00e9 \u00e0 la Chambre des d\u00e9put\u00e9s, 11\u00a0novembre 1918.<em> Histoire de la Troisi\u00e8me\u00a0R\u00e9publique<\/em> (1979), Paul Ducatel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pour la France, c\u2019est le P\u00e8re la Victoire, qui lui a donn\u00e9 le courage de vaincre. Pour les Alli\u00e9s, la France qui a fourni l\u2019effort de guerre essentiel ressort aur\u00e9ol\u00e9e d\u2019un immense prestige.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Madelon, ah\u00a0! verse \u00e0 boire, \/ Et surtout, n\u2019y mets pas d\u2019eau,<br>C\u2019est pour f\u00eater la victoire, \/ Joffre, Foch et Clemenceau.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2616\" class=\"cit-num\">2616<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Lucien Boyer (1876-1942), paroles, et Charles Borel-Clerc (1879-1959), musique,<em> La Madelon de la victoire<\/em> (1918), chanson. <em>Chansons de la revanche et de la Grande Guerre<\/em> (1985), Madeleine Schmid<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette chanson \u00e0 boire \u00e9clipse presque l\u2019autre Madelon. Clemenceau (ou plut\u00f4t l\u2019administration) confond d\u2019ailleurs les deux, quand il d\u00e9core par erreur Lucien Boyer de la L\u00e9gion d\u2019honneur, le prenant pour l\u2019auteur de<em> Quand Madelon<\/em>. Cr\u00e9\u00e9e par Rose Amy et reprise par Maurice Chevalier, <em>La Madelon de la victoire<\/em> devient mondialement c\u00e9l\u00e8bre\u00a0: \u00ab\u00a0Apr\u00e8s quatre ans d\u2019esp\u00e9rance\u00a0\/ Tous les peuples alli\u00e9s\u00a0\/ Avec les poilus de France\u00a0\/ Font des moissons de lauriers [\u2026]\u00a0\/ Madelon, emplis mon verre\u00a0\/ Et chante avec les poilus\u00a0\/ Nous avons gagn\u00e9 la guerre\u00a0\/ Hein, crois-tu qu\u2019on les a eus\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<h3><span class=\"caps\">ENTRE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">DEUX<\/span>\u2013<span class=\"caps\">GUERRES<\/span><\/h3>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-8-108.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2618\" class=\"cit-num\">2618<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">VAL\u00c9RY<\/span> (1871-1945), <em>La Crise de l\u2019esprit<\/em> (1919)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Citation r\u00e9f\u00e9rentielle devenue un classique du genre, c\u2019est d\u2019abord le symbole de cette \u00e9poque\u00a0: l\u2019angoisse de l\u2019intellectuel qui d\u00e9passe largement l\u2019horizon d\u2019un apr\u00e8s-guerre et d\u2019un pays.<\/p>\n<p>D\u00e8s la paix revenue, Val\u00e9ry, l\u2019un des esprits les plus lucides, lance ce cri d\u2019alarme qui trouve un grand \u00e9cho. \u00ab\u00a0Nous avions entendu parler de mondes disparus tout entiers, d\u2019empires coul\u00e9s \u00e0 pic avec tous leurs hommes et leurs engins\u00a0; descendus au fond inexplorable des si\u00e8cles avec leurs dieux et leurs lois, leurs acad\u00e9mies et leurs sciences [\u2026] Mais ces naufrages, apr\u00e8s tout, n\u2019\u00e9taient pas notre affaire. \u00c9lam, Ninive, Babylone \u00e9taient de beaux noms vagues [\u2026] Et nous voyons maintenant que l\u2019ab\u00eeme de l\u2019histoire est assez grand pour tout le monde. Nous sentons qu\u2019une civilisation a la m\u00eame fragilit\u00e9 qu\u2019une vie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sans doute faut-il incriminer d\u2019abord les institutions qui, d\u2019avance, d\u00e9truisent les chefs. Nul r\u00e9gime n\u2019aura, autant que le n\u00f4tre, us\u00e9 d\u2019individus plus rapidement.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2624\" class=\"cit-num\">2624<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MAURIAC<\/span> (1885-1970), <em>M\u00e9moires politiques<\/em> (1967)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019\u00e9crivain engag\u00e9 \u00e9crit ces mots en juillet\u00a01933\u00a0: valse des gouvernements, cr\u00e9dibilit\u00e9 du r\u00e9gime entam\u00e9e dans l\u2019opinion, d\u2019o\u00f9 ce proc\u00e8s de la politique sous cette R\u00e9publique frapp\u00e9e d\u2019impuissance. Selon Andr\u00e9 Tardieu, on a \u00ab\u00a0substitu\u00e9 la souverainet\u00e9 parlementaire \u00e0 la souverainet\u00e9 populaire\u00a0\u00bb. Le journal <em>Ordre nouveau<\/em> se d\u00e9cha\u00eene en f\u00e9vrier\u00a01934 (\u00e9poque de l\u2019affaire Stavisky)\u00a0: \u00ab\u00a0Il n\u2019y a plus de politique\u00a0; il n\u2019y a plus que des politiciens, six cents bavards soit inconscients, soit trop malins, toujours impuissants. \u00c9lire un d\u00e9put\u00e9 signifie trop souvent aujourd\u2019hui donner l\u2019impunit\u00e9 parlementaire \u00e0 un escroc, un receleur, un dangereux imb\u00e9cile.\u00a0\u00bb On reconna\u00eet le \u00ab\u00a0tous pourris\u00a0\u00bb devenu plus tard slogan d\u00e9l\u00e9t\u00e8re et plus ou moins populiste.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019est pas une id\u00e9e n\u00e9e d\u2019un esprit humain qui n\u2019ait fait couler du sang sur la terre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2627\" class=\"cit-num\">2627<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles <span class=\"caps\">MAURRAS<\/span> (1868-1952), <em>La Dentelle du rempart<\/em> (1937)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Une des le\u00e7ons de l\u2019histoire, de France, d\u2019ailleurs et de toujours, qui prend une v\u00e9rit\u00e9 plus dramatique au c\u0153ur du <span class=\"caps\">XX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle o\u00f9 la guerre des id\u00e9ologies l\u2019emporte sur la guerre des patries. Les statistiques ne comptent plus par milliers, mais par millions les victimes des \u00ab\u00a0ismes\u00a0\u00bb\u00a0: hitl\u00e9risme, fascisme, stalinisme, communisme.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le Fran\u00e7ais se fait rare.\u00a0\u00bb<span id=\"2629&lt;br \/&gt;\" class=\"cit-num\">2629<br><\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">GIRAUDOUX<\/span> (1882-1944), 1939.<em> Le Si\u00e8cle des intellectuels<\/em> (1997), Michel Winock<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Autre sujet d\u2019angoisse, la d\u00e9natalit\u00e9\u00a0: apr\u00e8s les coupes sombres de la guerre de 1914-1918 (1,4\u00a0million de morts ou disparus), la population diminue, fait sans pr\u00e9c\u00e9dent dans les annales d\u2019un pays industrialis\u00e9. Cons\u00e9quence des retomb\u00e9es de la grande crise \u00e9conomique de 1929 qui augmente le ch\u00f4mage, d\u00e9faut de politique du logement et de la famille, \u00e9mancipation f\u00e9minine, toutes ces causes possibles se greffent sur un <em>trend<\/em> malthusien et le renforcent. On peut parler de catastrophe nationale, si on compare les populations de la France et de l\u2019Allemagne en 1939\u00a0: 41\u00a0millions face \u00e0 70\u00a0millions\u00a0! La d\u00e9mographie risque de faire la loi \u00e0 la d\u00e9mocratie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si l\u2019\u00c9tat est fort, il nous \u00e9crase. S\u2019il est faible, nous p\u00e9rissons.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2630\" class=\"cit-num\">2630<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">VAL\u00c9RY<\/span> (1871-1945), <em>Regards sur le monde actuel<\/em>, \u00ab\u00a0Fluctuations sur la libert\u00e9\u00a0\u00bb (1938)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Observateur toujours lucide des probl\u00e8mes qui se font drames de ce temps, notre \u00ab\u00a0po\u00e8te d\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb se refuse \u00e0 tout engagement politique, mais tire (dans cet ensemble de textes r\u00e9dig\u00e9s \u00e0 partir de 1930) une autre le\u00e7on de l\u2019histoire. Le dilemme est d\u2019autant plus terrible que la faiblesse des d\u00e9mocraties fait la force des dictatures \u00e0 nos portes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Faisons donc la gr\u00e8ve, camarades\u00a0! la gr\u00e8ve des ventres. Plus d\u2019enfants pour le Capitalisme, qui en fait de la chair \u00e0 travail que l\u2019on exploite, ou de la chair \u00e0 plaisir que l\u2019on souille\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2637\" class=\"cit-num\">2637<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Nelly <span class=\"caps\">ROUSSEL<\/span> (1878-1922), <em>La Voix des femmes<\/em>, 6\u00a0mai 1920. <em>Histoire du f\u00e9minisme fran\u00e7ais<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1978), Ma\u00eft\u00e9 Albistur, Daniel Amogathe<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Rares sont les f\u00e9ministes aussi extr\u00eames que cette journaliste marxiste, militante antinataliste en cette \u00ab\u00a0Journ\u00e9e des m\u00e8res de familles nombreuses\u00a0\u00bb. Le f\u00e9minisme, revendiquant des droits pour une cat\u00e9gorie injustement trait\u00e9e, se situe logiquement \u00e0 gauche dans l\u2019histoire. Mais, du seul fait de la guerre, la condition des femmes a chang\u00e9.<\/p>\n<p>Devenues majoritaires dans le pays, avec un million de veuves de guerre et plusieurs millions de c\u00e9libataires, elles ont pris l\u2019habitude d\u2019occuper des emplois jadis r\u00e9serv\u00e9s aux hommes et d\u2019assumer des responsabilit\u00e9s nouvelles. De tels acquis sont irr\u00e9versibles. Le droit, la m\u00e9decine, la recherche, le sport leur ouvrent enfin de vrais d\u00e9bouch\u00e9s. Les femmes entreront au gouvernement \u00e0 la faveur du Front populaire de 1936, dans le minist\u00e8re Blum. Mais elles n\u2019ont toujours pas de droit de vote.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis communiste parce que cela me dispense de r\u00e9fl\u00e9chir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2643\" class=\"cit-num\">2643<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fr\u00e9d\u00e9ric <span class=\"caps\">JOLIOT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">CURIE<\/span> (1900-1958). <em>La Politique en citations\u00a0: de Babylone \u00e0 Michel Serres<\/em> (2006), Sylv\u00e8re Christophe<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Position radicale \u2013 et radicalement diff\u00e9rente d\u2019Anatole France et Romain Rolland. Ce grand scientifique (prix Nobel de chimie avec sa femme, en 1935) sera membre actif du Parti communiste, \u00e0 partir de 1942.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 bas la Marianne, la fille \u00e0 Bismarck,<br>La France est \u00e0 nous, la France de Jeanne d\u2019Arc.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2646\" class=\"cit-num\">2646<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Me <span class=\"caps\">MAGNIER<\/span> (fin <span class=\"caps\">XIX<\/span>e-d\u00e9but <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle), <em>Quand on pendra la gueuse au r\u00e9verb\u00e8re<\/em>, chanson<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Jeanne d\u2019Arc, h\u00e9ro\u00efne r\u00e9f\u00e9rentielle n\u00b01 de notre Histoire, relanc\u00e9e par Jules Michelet au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle. Cette chanson \u00e9crite en 1909, sign\u00e9e d\u2019un avocat \u00e0 la cour d\u2019appel de Paris et tr\u00e8s en vogue chez les Camelots du roi dans l\u2019entre-deux-guerres, met en sc\u00e8ne la R\u00e9publique trait\u00e9e de \u00ab\u00a0gueuse\u00a0\u00bb, femme de mauvaise vie. Il est aussi question de r\u00e9gler leur compte aux \u00ab\u00a0youpins\u00a0\u00bb (juifs), aux \u00ab\u00a0m\u00e9t\u00e8ques\u00a0\u00bb (\u00e9trangers) et aux francs-ma\u00e7ons, \u00e0 Briand, Painlev\u00e9, Doumergue et autres politiciens honnis par l\u2019extr\u00eame droite. Maurras le ma\u00eetre \u00e0 penser pr\u00f4ne le nationalisme int\u00e9gral dont la violence r\u00e9pond d\u2019ailleurs \u00e0 celle des militants de gauche.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous sommes les soldats du franc et nous nous ferons tuer dans la tranch\u00e9e pour le franc.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2651\" class=\"cit-num\">2651<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">St\u00e9phane Adolphe <span class=\"caps\">DERVILL\u00c9<\/span> (1848-1925), pr\u00e9sident du Conseil de r\u00e9gence de la Banque de France, novembre\u00a01925. <em>Vingt ans de vie politique, 1918-1938<\/em> (1969), Georges Bonnet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Autre symbole r\u00e9f\u00e9rentiel, la monnaie nationale (bien avant l\u2019euro). Belle d\u00e9claration, apr\u00e8s l\u2019expos\u00e9 du ministre du Budget Georges Bonnet, jeune radical f\u00e9ru de r\u00e9forme et venu pr\u00e9senter son projet de politique financi\u00e8re. Le gouvernement Painlev\u00e9 (\u00e9galement ministre des Finances) a propos\u00e9 un plan de redressement financier comportant, entre autres, la consolidation des bons du Tr\u00e9sor \u2013 ce qui \u00e9vitera de les rembourser. Mais la gauche radicale redoute les aventures financi\u00e8res. Le gouvernement tombe \u2013 une habitude sous la Troisi\u00e8me. Et le franc est v\u00e9ritablement en danger \u2013 ce qui est plus grave, en raison de l\u2019inflation.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Moi, je dis que la France [\u2026] ne se diminue pas, ne se compromet pas, quand, libre de toutes vis\u00e9es imp\u00e9rialistes et ne servant que des id\u00e9es de progr\u00e8s et d\u2019humanit\u00e9, elle se dresse et dit \u00e0 la face du monde\u00a0: \u00ab\u00a0Je vous d\u00e9clare la Paix\u00a0!\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2655\" class=\"cit-num\">2655<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Aristide <span class=\"caps\">BRIAND<\/span> (1862-1932), <em>Paroles de paix<\/em> (1927)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>10\u00a0d\u00e9cembre 1926, le \u00ab\u00a0P\u00e8lerin de la Paix\u00a0\u00bb, surnomm\u00e9 aussi \u00ab\u00a0l\u2019Arrangeur\u00a0\u00bb pour son aptitude \u00e0 trouver \u00e0 tout probl\u00e8me une solution de compromis, plus de vingt fois ministre (notamment aux Affaires \u00e9trang\u00e8res), re\u00e7oit le prix Nobel de la paix \u2013\u00a0avec son homologue allemand, Gustav Stresemann.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019inverse de Poincar\u00e9 qui (avec le pr\u00e9sident Doumergue) incarne la fermet\u00e9 face \u00e0 l\u2019Allemagne, Briand croit \u00e0 la r\u00e9conciliation, au d\u00e9sarmement, au droit international et \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9 des nations (<span class=\"caps\">SDN<\/span>) garante de la paix. Apr\u00e8s le pacte de Locarno d\u2019octobre\u00a01925 qui garantit les fronti\u00e8res fix\u00e9es au trait\u00e9 de Versailles, il salue l\u2019entr\u00e9e de l\u2019Allemagne au sein de la <span class=\"caps\">SDN<\/span>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voil\u00e0 ce qu\u2019est le pacte de Paris. Il met la guerre hors la loi. Il dit aux peuples\u00a0: la guerre n\u2019est pas licite, c\u2019est un crime. La nation qui attaque une autre nation, la nation qui d\u00e9clenche ou d\u00e9clare la guerre, est une criminelle.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2658\" class=\"cit-num\">2658<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Aristide <span class=\"caps\">BRIAND<\/span> (1862-1932), Chambre des d\u00e9put\u00e9s, 1er\u00a0mars 1929. <em>La M\u00eal\u00e9e des pacifistes, 1914-1945<\/em> (2000), Jean-Pierre Biondi<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res lyrique pour pr\u00e9senter \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e le pacte Briand-Kellogg du 27\u00a0ao\u00fbt 1928 qu\u2019il a con\u00e7u avec son homologue am\u00e9ricain Billings Kellogg, couronn\u00e9 \u00e0 son tour par le Nobel de la Paix \u00e0 la fin de cette ann\u00e9e. Au terme du trait\u00e9 sign\u00e9 \u00e0 Paris, 15 pays (bient\u00f4t suivis par 48 autres, y compris l\u2019Allemagne, le Japon et l\u2019<span class=\"caps\">URSS<\/span>) condamnent la guerre \u00ab\u00a0comme instrument de la politique nationale\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Malheureusement, nulle sanction n\u2019est pr\u00e9vue en cas d\u2019infraction\u00a0! Hitler, auteur de <em>Mein Kampf<\/em> (1924), ne cache\u00a0 rien de l\u2019Ordre nouveau qu\u2019il veut imposer \u00e0 l\u2019Europe. Il organise d\u00e9j\u00e0 le parti nazi (Parti national-socialiste ouvrier), cr\u00e9ant les <span class=\"caps\">SS<\/span> (police militaris\u00e9e). Le krach de Wall Street, ce \u00ab\u00a0Jeudi noir\u00a0\u00bb du 24\u00a0octobre 1929 o\u00f9 les valeurs boursi\u00e8res s\u2019effondrent, avant d\u2019entra\u00eener l\u2019\u00e9conomie mondiale dans la tourmente, ruine les r\u00eaves de paix et favorise l\u2019arriv\u00e9e d\u2019Hitler au pouvoir. C\u2019en est bient\u00f4t fini de l\u2019\u00e8re Briand.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00catre patriote, et \u00eatre Fran\u00e7ais, en 1932, c\u2019est vivre crucifi\u00e9. La France est en pleine d\u00e9composition.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2659\" class=\"cit-num\">2659<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Henry de <span class=\"caps\">MONTHERLANT<\/span> (1895-1972), <em>Carnets, 1930-1944<\/em> (1957)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fervent lecteur de Barr\u00e8s, patriote sans \u00eatre pour autant nationaliste, adversaire d\u00e9clar\u00e9 de l\u2019Allemagne nazie, mais soup\u00e7onn\u00e9 ensuite de collaboration, Montherlant est moins politiquement engag\u00e9 que la plupart de ses confr\u00e8res. Il est surtout lucide, dans son pessimisme hautain.<\/p>\n<p>La France est malade de la crise \u00e9conomique mondiale qui l\u2019atteint avec retard. La bataille politique perturbe un r\u00e9gime parlementaire a l\u2019instabilit\u00e9 minist\u00e9rielle chronique. L\u2019affaire Oustric (banquier sp\u00e9culateur) a provoqu\u00e9 un scandale financier qui implique diverses personnalit\u00e9s politiques. Les accords de Lausanne (juillet\u00a01932) ent\u00e9rinent le renoncement de la France aux r\u00e9parations allemandes\u2026 Et le nouveau pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, Paul Doumer, est victime d\u2019un attentat commis par un \u00e9migr\u00e9 russe, le 6\u00a0mai 1932.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Comme chef de l\u2019\u00c9tat, deux choses lui avaient manqu\u00e9\u00a0: qu\u2019il f\u00fbt un chef\u00a0; qu\u2019il y e\u00fbt un \u00c9tat.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2662\" class=\"cit-num\">2662<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), \u00e0 propos d\u2019Albert Lebrun,<em> M\u00e9moires de guerre, tome\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>, Le Salut, 1944-1946<\/em> (1959)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Albert Lebrun est \u00e9lu pr\u00e9sident de la R\u00e9publique en 1932, apr\u00e8s l\u2019assassinat de Doumer et au terme d\u2019un parcours politique typique de cette Troisi\u00e8me R\u00e9publique.<\/p>\n<p>Personnage insignifiant face \u00e0 la trag\u00e9die de la guerre qui commence en 1939 sous son second septennat, il a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 d\u00e9pass\u00e9 par les \u00e9v\u00e9nements du premier\u00a0: retomb\u00e9es de la crise \u00e9conomique de 1929, mont\u00e9e du fascisme et du nazisme en Europe, nouveaux scandales financiers (dont l\u2019affaire Stavisky), agitation politique et sociale \u00e0 \u00e9pisodes. Homme de centre-droit, il doit coexister avec un gouvernement d\u2019union nationale apr\u00e8s les \u00e9v\u00e9nements sanglants du 6\u00a0f\u00e9vrier 1934 et avec le Front populaire de L\u00e9on Blum, signant \u00ab\u00a0la mort dans l\u2019\u00e2me\u00a0\u00bb les grands textes de cette majorit\u00e9 politique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On a ri longtemps de ce m\u00e9lodrame o\u00f9 l\u2019auteur faisait dire \u00e0 des soldats de Bouvines\u00a0: \u00ab\u00a0Nous autres, chevaliers de la guerre de Cent Ans\u00a0\u00bb. C\u2019est fort bien fait, mais il faut donc rire de nous-m\u00eames\u00a0: nos jeunes gens s\u2019intitulaient \u00ab\u00a0g\u00e9n\u00e9ration de l\u2019entre-deux-guerres\u00a0\u00bb quatre ans avant l\u2019accord de Munich.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2668\" class=\"cit-num\">2668<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Paul <span class=\"caps\">SARTRE<\/span> (1905-1980), <em>Situations <span class=\"caps\">II<\/span><\/em> (1948)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Double r\u00e9f\u00e9rence et jeu des chrononymes toujours \u00e9vocateurs en effet-miroir.<\/p>\n<p>Les \u00ab\u00a0accords de Munich\u00a0\u00bb, ce sera octobre\u00a01938. Quatre ans plus t\u00f4t, l\u2019Europe assiste \u00e0 la mont\u00e9e au pouvoir d\u2019Hitler. Autrichien naturalis\u00e9 allemand, port\u00e9 au pouvoir par la crise \u00e9conomique des ann\u00e9es 1930 qui jette les millions d\u2019ouvriers ch\u00f4meurs et de petits rentiers ruin\u00e9s vers les partis extr\u00eames, manipulant l\u2019arm\u00e9e et les puissances financi\u00e8res, devenant chancelier du Reich le 30\u00a0janvier 1933, puis F\u00fchrer, ma\u00eetre absolu, dictateur en 1934. Pl\u00e9biscit\u00e9, promettant \u00e0 son pays de le lib\u00e9rer du \u00ab\u00a0Diktat\u00a0\u00bb de Versailles, mais lui annon\u00e7ant d\u00e9j\u00e0 de gros sacrifices en \u00e9change\u00a0: \u00ab\u00a0Des canons plut\u00f4t que du beurre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Transformer le monde, a dit Marx. Changer la vie, a dit Rimbaud. Ces deux mots d\u2019ordre pour nous n\u2019en font qu\u2019un.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2669\" class=\"cit-num\">2669<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">BRETON<\/span> (1896-1966), <em>Position politique du surr\u00e9alisme, Discours au Congr\u00e8s des \u00e9crivains<\/em> (1935)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Autre assaut de r\u00e9f\u00e9rences litt\u00e9raires. La politisation du surr\u00e9alisme explique son \u00e9clatement. Le \u00ab\u00a0pape\u00a0\u00bb du mouvement, Andr\u00e9 Breton au Parti communiste depuis 1927, a entra\u00een\u00e9 nombre de camarades, mais il rompt en 1935. Les po\u00e8tes Paul \u00c9luard et Louis Aragon demeureront fid\u00e8les \u00e0 l\u2019engagement et au communisme.<\/p>\n<p>\u00catre ou ne pas \u00eatre communiste, l\u2019\u00eatre ou ne pas l\u2019\u00eatre inconditionnellement, telles sont les questions que se posent nombre d\u2019artistes et d\u2019intellectuels, dans l\u2019entre-deux-guerres. La guerre \u00e0 venir, l\u2019attitude de la Russie sovi\u00e9tique et la R\u00e9sistance vont bouleverser les donn\u00e9es du probl\u00e8me.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les banques, je les ferme, les banquiers, je les enferme.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2677\" class=\"cit-num\">2677<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Vincent <span class=\"caps\">AURIOL<\/span> (1884-1966), ministre des Finances, Front Populaire, 1936. <em>Histoire vivante du Front populaire, 1934-1939<\/em> (1966), Jean Grandmougin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Avocat et expert financier de la <span class=\"caps\">SFIO<\/span> avant de devenir caution bourgeoise sous la prochaine R\u00e9publique, Auriol appara\u00eet \u00e0 nombre de Fran\u00e7ais comme un parangon de la r\u00e9volution, en 1936.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la victoire des gauches unies se d\u00e9clenche, par g\u00e9n\u00e9ration spontan\u00e9e plus que par mouvement organis\u00e9, une vague nationale de gr\u00e8ves qui se propage de la m\u00e9tallurgie (usine Br\u00e9guet du\u00a0Havre) aux industries chimiques, textiles, au b\u00e2timent, aux grands magasins. Gr\u00e8ves sur le tas, occupations d\u2019usines toujours pacifiques, mais qui terrifient le patronat. Ces conflits d\u2019un nouveau style frappent tous les contemporains. Sans consignes syndicales, le but des gr\u00e9vistes est d\u2019obtenir sur-le-champ les avantages sociaux promis par le Front populaire, aventure r\u00e9f\u00e9rentielle pour la France en g\u00e9n\u00e9ral et la gauche en particulier.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est revenu un espoir, un go\u00fbt du travail, un go\u00fbt de la vie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2681\" class=\"cit-num\">2681<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">BLUM<\/span> (1872-1950), constat du chef du gouvernement, 31\u00a0d\u00e9cembre 1936. <em>Histoire de la France\u00a0: les temps nouveaux, de 1852 \u00e0 nos jours<\/em> (1971), Georges Duby<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0\u2026 La France a une autre mine et un autre air. Le sang coule plus vite dans un corps rajeuni. Tout fait sentir qu\u2019en France, la condition humaine s\u2019est relev\u00e9e.\u00a0\u00bb Georges Duby confirme dans son <em>Histoire de la France<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Le Front populaire, ce n\u2019est pas seulement un catalogue de lois ou une coalition parlementaire. C\u2019est avant tout l\u2019intrusion des masses dans la vie politique et l\u2019\u00e9closion chez elle d\u2019une immense esp\u00e9rance. Il y a une exaltation de 1936 faite de foi dans l\u2019homme, de croyance au progr\u00e8s, de retour \u00e0 la nature, de fraternit\u00e9 qu\u2019on retrouve aussi bien dans les films de Renoir que dans ce roman de Malraux qui relate son aventure espagnole et justement s\u2019appelle <em>L\u2019Espoir<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les grandes man\u0153uvres sanglantes du monde \u00e9taient commenc\u00e9es.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2684\" class=\"cit-num\">2684<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">MALRAUX<\/span> (1901-1976), <em>L\u2019Espoir<\/em> (1937)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pr\u00e9monition \u00e9tonnante de l\u2019auteur ma\u00eetre de la r\u00e9f\u00e9rence historique et symbolique \u00e0 commencer par le Christ, \u00ab\u00a0anarchiste qui a r\u00e9ussi\u00a0\u00bb, mais \u00e9galement acteur de l\u2019Histoire\u00a0: l\u2019\u00e9crivain aventurier s\u2019est engag\u00e9 aux c\u00f4t\u00e9s des r\u00e9publicains qui combattent au cri de \u00ab\u00a0<em>\u00a0Viva la muerte\u00a0<\/em>\u00a0\u00bb dans cette guerre civile qui va durer trois ans et servir de banc d\u2019essai aux arm\u00e9es fascistes et nazies. Contrairement \u00e0 ses confr\u00e8res qui ont cru \u00e0 la paix du monde, Malraux, des <em>Conqu\u00e9rants<\/em> (1928) \u00e0 <em>L\u2019Espoir<\/em> (1937), en passant par<em> La Condition humaine<\/em> (prix Goncourt 1933) se fait l\u2019\u00e9cho fid\u00e8le et pr\u00e9monitoire de ce temps d\u2019apocalypse. Lui-m\u00eame devient un h\u00e9ros r\u00e9volutionnaire \u00e0 l\u2019image des h\u00e9ros de ses livres.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">Nous ferons la paix [\u2026] avec le diable s\u2019il le faut.<span id=\"2695\" class=\"cit-num\">2695<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Slogan des pacifistes. <em>Notre Front populaire<\/em> (1977), Claude Jamet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Reflet du pacifisme visc\u00e9ral du pays, de l\u2019opinion publique\u00a0: sentiment n\u00e9 de la derni\u00e8re guerre, des h\u00e9catombes qui ont touch\u00e9 la plupart des familles. C\u2019est l\u2019une des raisons de l\u2019effondrement de la diplomatie fran\u00e7aise dans l\u2019entre-deux-guerres\u00a0: \u00ab\u00a0Jusqu\u2019en 1939, la politique ext\u00e9rieure de la France ne fut plus qu\u2019une suite d\u2019abandons\u00a0: \u00e9vacuation de la Ruhr, suppression du contr\u00f4le militaire, abandon des r\u00e9parations, \u00e9vacuation anticip\u00e9e de la Rh\u00e9nanie [\u2026] L\u2019Allemagne lib\u00e9r\u00e9e devint mena\u00e7ante\u00a0\u00bb (Pierre Gaxotte, <em>Histoire des Fran\u00e7ais<\/em>).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La France et l\u2019Angleterre doivent d\u00e9sormais r\u00e9sister \u00e0 toute nouvelle exigence de Hitler.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2702\" class=\"cit-num\">2702<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Avis de 70\u00a0% des Fran\u00e7ais, selon un sondage de d\u00e9cembre\u00a01938.<em> Histoire de la France au <span class=\"caps\">XX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (2003), Serge Berstein, Pierre Milza<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Premier fait, de nature politique\u00a0: le revirement de l\u2019opinion publique. En septembre, 57\u00a0% des Fran\u00e7ais \u00e9taient encore favorables aux accords de Munich. Mais la mont\u00e9e de l\u2019hitl\u00e9risme est mieux saisie et la bourgeoisie a moins peur de la r\u00e9volution, apr\u00e8s l\u2019\u00e9chec syndical de la <span class=\"caps\">CGT<\/span> (mot d\u2019ordre de gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale non suivi, en novembre).<\/p>\n<p>Autre fait, de soci\u00e9t\u00e9\u00a0: l\u2019apparition des sondages d\u2019opinion publique en France \u2013 n\u00e9s aux <span class=\"caps\">USA<\/span>, fin 1936, \u00e0 l\u2019initiative d\u2019un journaliste et statisticien, George Horace Gallup, fondateur de l\u2019institut \u00e9ponyme. D\u2019ao\u00fbt\u00a01938 \u00e0 juillet\u00a01939, il y a pr\u00e8s de trente sondages sur l\u2019opinion face aux probl\u00e8mes ext\u00e9rieurs\u00a0(gravissimes)\u00a0: une source d\u2019information devenue indispensable.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ayez l\u2019arm\u00e9e de votre politique ou la politique de votre arm\u00e9e.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2707\" class=\"cit-num\">2707<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">REYNAUD<\/span> (1878-1966). <em>La Vie en plus<\/em> (1981), Alfred Sauvy<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ministre des Finances en novembre\u00a01938, il s\u2019adresse aux d\u00e9put\u00e9s. D\u00e8s 1935, devant la mont\u00e9e des p\u00e9rils, il voulait renforcer notre arm\u00e9e, adoptant les id\u00e9es (pr\u00e9monitoires) du lieutenant-colonel de Gaulle sur les blind\u00e9s qui font la force de l\u2019Allemagne. Mais il \u00e9tait isol\u00e9 et de Gaulle inconnu. Autre argument, la France a conclu un pacte d\u2019alliance avec la Pologne et la Tch\u00e9coslovaquie. Pour tenir ses engagements, il lui faut une arm\u00e9e offensive, sinon elle doit avoir la loyaut\u00e9 de renoncer au pacte.<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 sa politique financi\u00e8re et \u00e0 une conjoncture \u00e9conomique internationale favorable, la France est sortie de la crise, la bourgeoisie est rassur\u00e9e. Il fait adopter une augmentation des imp\u00f4ts pour accro\u00eetre les d\u00e9penses militaires.<\/p>\n<p>L\u2019Allemagne envahit la Pologne le 1er\u00a0septembre 1939. Le 2, la Chambre et le S\u00e9nat vont voter \u00e0 mains lev\u00e9es et \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9 un cr\u00e9dit extraordinaire de 69\u00a0milliards pour \u00ab\u00a0faire face aux obligations r\u00e9sultant de la D\u00e9fense nationale\u00a0\u00bb\u00a0: cela signifie que la guerre va \u00eatre d\u00e9clar\u00e9e.<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les citations \u00ab\u00a0r\u00e9f\u00e9rentielles\u00a0\u00bb (inspir\u00e9es du syst\u00e8me des coordonn\u00e9es en physique) renvoient \u00e0 un personnage, un \u00e9v\u00e9nement, une th\u00e9orie ou une opinion, voire une autre citation en effet miroir. Bref, \u00e0 tout ce qui fait date et sens dans notre histoire o\u00f9 le r\u00e9cit national c\u00f4toie parfois le roman.Elles se pr\u00e9sentent sous diverses formes\u00a0: slogans, appels, [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":532,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-9661","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-edito-de-la-semaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9661","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9661"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9661\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12621,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9661\/revisions\/12621"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9661"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9661"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9661"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}