{"id":9673,"date":"2023-03-27T00:00:00","date_gmt":"2023-03-26T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/citations-referentielles-le-miroir-de-lhistoire-restauration-monarchie-de-juillet-deuxieme-republique\/"},"modified":"2025-08-12T08:43:02","modified_gmt":"2025-08-12T06:43:02","slug":"citations-referentielles-le-miroir-de-lhistoire-restauration-monarchie-de-juillet-deuxieme-republique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/citations-referentielles-le-miroir-de-lhistoire-restauration-monarchie-de-juillet-deuxieme-republique\/","title":{"rendered":"Citations r\u00e9f\u00e9rentielles : le miroir de l\u2019Histoire (Restauration, Monarchie de Juillet, Deuxi\u00e8me R\u00e9publique)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>Les citations \u00ab\u00a0r\u00e9f\u00e9rentielles\u00a0\u00bb (inspir\u00e9es du syst\u00e8me des coordonn\u00e9es en physique) renvoient \u00e0 un personnage, un \u00e9v\u00e9nement, une th\u00e9orie ou une opinion, voire une autre citation en effet miroir. Bref, \u00e0 tout ce qui fait date et sens dans notre histoire o\u00f9 le r\u00e9cit national c\u00f4toie parfois le roman.<\/p>\n<p>Elles se pr\u00e9sentent sous diverses formes\u00a0: slogans, appels, discours, chansons, \u00e9pitaphes, textes de loi, presse (titres ou extraits d\u2019articles), po\u00e8mes, chroniques, m\u00e9moires, lettres, pamphlets et autres sources. \u00c0 la limite, toutes les bonnes citations ont vocation \u00e0 devenir r\u00e9f\u00e9rentielles, si elles trouvent \u00e9cho au-del\u00e0 de leur \u00e9poque pour devenir patrimoniales.<\/p>\n<p>Elles d\u00e9montrent que l\u2019Histoire de France a vocation pour servir de r\u00e9f\u00e9rence\u00a0\u2013 jamais assez, jamais trop\u00a0\u2013 \u00e9tant notre lien, notre identit\u00e9, en m\u00eame temps que l\u2019indispensable recul pour juger de l\u2019actualit\u00e9 politique.<\/p>\n<p>Elles doivent \u00eatre contextualis\u00e9es, comment\u00e9es \u2013 \u00e7a tombe bien, telle est la r\u00e8gle de notre <em>Histoire en citations<\/em> dont elles sont toutes tir\u00e9es.<\/p>\n<p>La chronologie s\u2019impose au fil de cet \u00e9dito en 10 \u00e9pisodes (et 23 \u00e9poques) qui renvoient aux Chroniques, de la Gaule \u00e0 nos jours.<\/p>\n<h3><span class=\"caps\">RESTAURATION<\/span> (et <span class=\"caps\">CENT<\/span> <span class=\"caps\">JOURS<\/span>)<\/h3>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-7-41.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Retomber de Bonaparte et de l\u2019Empire dans ce qui les a suivis, c\u2019est tomber de la r\u00e9alit\u00e9 dans le n\u00e9ant.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1892\" class=\"cit-num\">1892<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848), <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette r\u00e9f\u00e9rence au personnage et \u00e0 la p\u00e9riode va marquer tous les esprits pendant une g\u00e9n\u00e9ration \u2013 et bien au-del\u00e0. C\u2019est aussi la parole d\u2019un g\u00e9nie de notre litt\u00e9rature. En politique, Chateaubriand a surtout une vocation d\u2019\u00e9ternel opposant\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019opposition \u00e9tait dans son g\u00e9nie naturel aussi bien que dans sa passion du moment\u00a0\u00bb dira son contemporain Guizot, homme politique et historien.<\/p>\n<p>Notons que cette Restauration souvent mal aim\u00e9e, moqu\u00e9e ou mal comprise, porte en germe toutes les r\u00e9volutions sociales du si\u00e8cle \u00e0 venir \u2013 sans parler de l\u2019incroyable aventure des Cent Jours de Napol\u00e9on.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019Ancien R\u00e9gime moins les abus.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1893\" class=\"cit-num\">1893<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span>\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> (1755-1824), formule plusieurs fois \u00e9nonc\u00e9e au temps de son exil. <em>Dictionnaire critique de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1992), Fran\u00e7ois Furet, Mona Ozouf<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Tel sera son programme de roi restaur\u00e9. Plus intelligent que son fr\u00e8re (futur Charles\u00a0X), il a compris le v\u0153u de la France profonde et pensante. Ce courant d\u2019opinion est repr\u00e9sent\u00e9 par les \u00ab\u00a0constitutionnels\u00a0\u00bb, globalement satisfaits de la Charte (constitution) octroy\u00e9e le 4\u00a0juin 1814. Sur l\u2019\u00e9chiquier politique, ces centristes seront pris entre deux feux, deux extr\u00eames\u00a0: les ultras \u2013\u00a0plus royalistes que le roi\u00a0\u2013 qui veulent le retour \u00e0 l\u2019Ancien R\u00e9gime et les ind\u00e9pendants ou lib\u00e9raux, groupe form\u00e9 de sensibilit\u00e9s diff\u00e9rentes, mais qui rejettent tous le drapeau blanc, la pr\u00e9\u00e9minence du clerg\u00e9 et de la noblesse.<\/p>\n<p>La Restauration se joue dans ce tripartisme dont h\u00e9riteront tous les r\u00e9gimes politiques de la France jusqu\u2019\u00e0 nos jours. Elle va par ailleurs souffrir de la comparaison avec l\u2019\u00e9pop\u00e9e napol\u00e9onienne qui entre dans la l\u00e9gende.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il monta p\u00e9niblement ce tr\u00f4ne que son pr\u00e9d\u00e9cesseur avait eu l\u2019air d\u2019escalader.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1904\" class=\"cit-num\">1904<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles Fran\u00e7ois Marie, comte de <span class=\"caps\">R\u00c9MUSAT<\/span> (1797-1875). <em>M\u00e9moires de ma vie <\/em>(posthume, 1967), Charles de R\u00e9musat<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Jeune collaborateur au Globe, journal d\u2019opposition lib\u00e9rale, le comte de R\u00e9musat est le fils du chambellan de Napol\u00e9on, ralli\u00e9 aux Bourbons \u00e0 la Restauration.<\/p>\n<p>Il constate l\u2019\u00e9vidence, en 1814\u00a0: \u00e0 pr\u00e8s de 60\u00a0ans, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> est podagre (goutteux), autrement dit rhumatisant au dernier degr\u00e9. Il est en outre afflig\u00e9 d\u2019un accent d\u00fb non pas \u00e0 une \u00e9migration prolong\u00e9e, mais \u00e0 une phon\u00e9tique demeur\u00e9e tr\u00e8s Ancien R\u00e9gime, qui \u00f4te toute noblesse \u00e0 sa royale affirmation\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est mou\u00e9 qui suis le rou\u00e9.\u00a0\u00bb Les chansonniers ne vont pas rater \u00ab\u00a0le rou\u00e9\u00a0\u00bb. Le roi sera m\u00e9chamment brocard\u00e9, \u00e0 cette \u00e9poque o\u00f9 la presse et la caricature deviennent deux m\u00e9dias populaires.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous vous plaignez d\u2019un roi sans jambes, vous verrez ce que c\u2019est qu\u2019un roi sans t\u00eate.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1908\" class=\"cit-num\">1908<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span>\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> (1755-1824), qui ne conna\u00eet que trop bien son fr\u00e8re, le comte d\u2019Artois. <em>Encyclop\u00e9die des mots historiques, Historama<\/em> (1970)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Rendu quasi infirme par la goutte, mais gardant son humour, le roi parle de son fr\u00e8re, le futur Charles\u00a0X. \u00c0 57\u00a0ans, il a l\u2019allure d\u2019un jeune homme et monte royalement \u00e0 cheval. Malgr\u00e9 cette s\u00e9duction naturelle, il se fera d\u00e9tester.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai mes vieilles id\u00e9es, je veux mourir avec elles.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1911\" class=\"cit-num\">1911<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CHARLES<\/span>\u00a0X (1757-1836), sentence souvent r\u00e9p\u00e9t\u00e9e, qui r\u00e9sume le personnage. <em>Charles\u00a0X<\/em> (2001), Andr\u00e9 Castelot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette phrase annonce \u00e0 la fois son r\u00e8gne et sa fin. Mais au d\u00e9but de la Restauration, il n\u2019est encore que Monsieur, comte d\u2019Artois, fr\u00e8re du roi, sit\u00f4t pr\u00e9sent et bient\u00f4t g\u00eanant pour Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>. Pour l\u2019heure, le probl\u00e8me est ailleurs, avec le plus incroyable come-back de l\u2019histoire.\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Fran\u00e7ais\u00a0! [\u2026] j\u2019arrive parmi vous reprendre mes droits qui sont les v\u00f4tres.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1924\" class=\"cit-num\">1924<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), Golfe Juan, Proclamation du 1er\u00a0mars 1815.<em> France militaire\u00a0: histoire des arm\u00e9es fran\u00e7aises de terre et de mer de 1792 \u00e0 1833<\/em> (1838), Abel Hugo<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 peine d\u00e9barqu\u00e9, il parle au pays et trouve toujours les mots qui font mouche\u00a0: \u00ab\u00a0Dans mon exil, j\u2019ai entendu vos plaintes et vos v\u0153ux\u00a0: vous r\u00e9clamiez ce gouvernement de votre choix qui est seul l\u00e9gitime.\u00a0\u00bb Et encore\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ils n\u2019ont rien oubli\u00e9, ni rien appris.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1926\" class=\"cit-num\">1926<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), Golfe-Juan, Proclamation du 1er\u00a0mars 1815.<em> Histoire parlementaire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise ou Journal des Assembl\u00e9es nationales<\/em> (1834-1838), <span class=\"caps\">P.J.B.<\/span> Buchez, <span class=\"caps\">P.C.<\/span> Roux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Depuis le peu de mois que les Bourbons r\u00e8gnent, ils vous ont convaincu qu\u2019ils n\u2019ont rien oubli\u00e9, ni rien appris.\u00a0\u00bb Napol\u00e9on reprend la formule de Dumouriez parlant des courtisans qui entourent Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>, le mot \u00e9tant \u00e9galement attribu\u00e9 \u00e0 Talleyrand. Quoi qu\u2019il en soit, il r\u00e9sume parfaitement la mentalit\u00e9 des Bourbons et surtout de leurs partisans, les ultras plus royalistes que le roi.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La grande mesure d\u00e9cr\u00e9t\u00e9e contre Bonaparte fut un ordre de \u00ab\u00a0courir sus\u00a0\u00bb\u00a0: Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span>, sans jambes, \u00ab\u00a0courir sus\u00a0\u00bb le conqu\u00e9rant qui enjambait la terre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1928\" class=\"cit-num\">1928<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848), <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Quand il \u00e9crit ses <em>M\u00e9moires<\/em>, l\u2019auteur qui s\u2019est ralli\u00e9 \u00e0 la Restauration est pass\u00e9 dans l\u2019opposition, ce qui est sa vraie nature. Quant \u00e0 la France, elle est profond\u00e9ment divis\u00e9e face \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e9nement.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Enfin, v\u2019la qu\u2019je r\u2019voyons \u00e0 Paris \/ Ce fils de la victoire\u00a0!<br>L\u2019aigle remplace la fleur de lys, \/ C\u2019est c\u2019qui faut pour sa gloire.<br>De l\u2019\u00eele d\u2019Elbe en quittant le pays, \/ Crac\u00a0! Il se met en route.<br>En vingt jours, il arrive \u00e0 Paris. \/ C\u2019t\u2019homm\u2019-l\u00e0 n\u2019a pas la goutte.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1929\" class=\"cit-num\">1929<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Ot\u2019-toi d\u2019l\u00e0 que j\u2019m\u2019y mette<\/em>, chanson de 1815. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Voil\u00e0 l\u2019un des couplets du chant des partisans, de plus en plus nombreux\u00a0: la magie imp\u00e9riale agit encore. Cependant qu\u2019\u00e0 Paris comme \u00e0 Vienne, la r\u00e9action s\u2019organise. D\u00e8s que la nouvelle touche la capitale, le 5\u00a0mars 1815, le fr\u00e8re du roi prend la route de Lyon. <em>Le Journal des D\u00e9bats<\/em> stigmatise le tra\u00eetre, les anciens compagnons de l\u2019empereur s\u2019appr\u00eatent \u00e0 le combattre, avant de se rallier \u00e0 lui pour la plupart.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut tuer Buonaparte comme un chien enrag\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1934\" class=\"cit-num\">1934<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), Congr\u00e8s de Vienne, 12\u00a0mars 1815.<em> Le Roi de Rome<\/em> (1932), Octave Aubry<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Napol\u00e9on a boulevers\u00e9 le bon ordre du Congr\u00e8s et mis le ministre fran\u00e7ais dans une situation d\u00e9licate, si habile que soit notre diplomate \u00e0 60\u00a0ans.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0[Napol\u00e9on d\u00e9clar\u00e9] hors des relations civiles et sociales et livr\u00e9 \u00e0 la vindicte publique comme ennemi et perturbateur du monde.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1935\" class=\"cit-num\">1935<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Les souverains alli\u00e9s, Congr\u00e8s de Vienne, 13\u00a0mars 1815. <em>Le Moniteur universel<\/em> (1815)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les souverains pr\u00e9sents au Congr\u00e8s de Vienne \u2013\u00a0Fran\u00e7ois Ier l\u2019empereur d\u2019Autriche (beau-p\u00e8re de Napol\u00e9on), le tsar Alexandre de Russie, le roi de Prusse Fr\u00e9d\u00e9ric-Guillaume <span class=\"caps\">III<\/span>\u00a0\u2013 sont unanimes \u00e0 mettre Napol\u00e9on hors-la-loi.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cet homme est revenu de l\u2019\u00eele d\u2019Elbe plus fou qu\u2019il n\u2019\u00e9tait parti. Son affaire est r\u00e9gl\u00e9e, il n\u2019en a pas pour quatre mois.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1931\" class=\"cit-num\">1931<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Joseph <span class=\"caps\">FOUCH\u00c9<\/span> (1759-1820), lucide quant \u00e0 l\u2019avenir, mars\u00a01815. <em>1815<\/em> (1893), Henry Houssaye<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il va redevenir ministre de la Police sous les Cent-Jours et de nouveau sous la seconde Restauration. Napol\u00e9on conna\u00eet les d\u00e9fauts et les qualit\u00e9s de l\u2019homme. Fouch\u00e9 prendra son portefeuille le 21\u00a0mars 1815, confiant \u00e0 Gaillard (lieutenant g\u00e9n\u00e9ral de police)\u00a0: \u00ab\u00a0Avant trois mois, je serai plus puissant que lui et s\u2019il ne m\u2019a pas fait fusiller, il sera \u00e0 mes genoux [\u2026] Mon premier devoir est de contrarier tous les projets de l\u2019empereur.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Fouch\u00e9 a tort de trahir, mais raison de penser ainsi. Le retour de Napol\u00e9on d\u00e9clenche une nouvelle guerre europ\u00e9enne et le second trait\u00e9 de Paris (sign\u00e9 au Congr\u00e8s de Vienne) sera beaucoup moins cl\u00e9ment. La France n\u2019a aucune chance de gagner, m\u00eame avec ce fabuleux meneur d\u2019hommes et manieur de foules qui veut forcer le destin. C\u2019est l\u2019aventure de trop, c\u2019est aussi la l\u00e9gende et l\u2019un des \u00e9pisodes les plus \u00e9tonnants de l\u2019Histoire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Soldats du 5e, je suis votre empereur. Reconnaissez-moi. S\u2019il est parmi vous un soldat qui veuille tuer son empereur, me voil\u00e0\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1932\" class=\"cit-num\">1932<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821) ouvrant sa redingote grise et montrant sa poitrine nue aux soldats venus l\u2019arr\u00eater, 7\u00a0mars 1815. <em>1815<\/em> (1893), Henry Houssaye<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La sc\u00e8ne se passe \u00e0 Laffrey, pr\u00e8s de Grenoble. L\u2019officier fid\u00e8le au roi a cri\u00e9 \u00ab\u00a0Feu\u00a0!\u00a0\u00bb \u00e0 ses hommes, Napol\u00e9on a eu ce geste, ce mot. Aucun ne tire, le cri de \u00ab\u00a0Vive l\u2019empereur\u00a0!\u00a0\u00bb r\u00e9pond \u00e0 sa voix, tous les soldats jettent les cocardes blanches et remettent les cocardes tricolores remis\u00e9es dans leur sac, il y a un an. Tous se rallient \u00e0 l\u2019empereur, dans la \u00ab\u00a0prairie de la Rencontre\u00a0\u00bb\u00a0: Stendhal raconte la sc\u00e8ne, Steuben (artiste allemand) la peint et l\u2019immortalise.<\/p>\n<p>Le vol de l\u2019Aigle continue, sur la route Napol\u00e9on qui m\u00e8ne de Golfe-Juan \u00e0 Grenoble (aujourd\u2019hui <span class=\"caps\">RN<\/span> 85). Le 10\u00a0mars, l\u2019entr\u00e9e \u00e0 Lyon est triomphale. Napol\u00e9on continue en cal\u00e8che, de mieux en mieux \u00e9quip\u00e9, escort\u00e9. Il \u00e9crit des lettres \u00e0 Marie-Louise et promulgue une s\u00e9rie de d\u00e9crets. Il a pr\u00e9vu d\u2019\u00eatre \u00e0 Paris le 20\u00a0mars.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ram\u00e8nerai l\u2019usurpateur dans une cage de fer.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1933\" class=\"cit-num\">1933<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mar\u00e9chal <span class=\"caps\">NEY<\/span> (1769-1815), au roi Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span>. <em>Vie du mar\u00e9chal Ney<\/em> (1816), Raymond Balthazar Maizeau<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Surnomm\u00e9 le Brave des braves sous l\u2019Empire, Ney a pouss\u00e9 Napol\u00e9on \u00e0 abdiquer il y a moins d\u2019un an et s\u2019est ralli\u00e9 \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> qui le fit pair de France. Le roi le charge \u00e0 pr\u00e9sent d\u2019arr\u00eater le vol de l\u2019Aigle. Ney en fait le serment. Mais il va c\u00e9der \u00e0 son tour au charisme de l\u2019empereur et se rallier \u00e0 lui avec ses troupes, le 13\u00a0mars. Il paiera de sa vie cette traitrise \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce diable d\u2019homme m\u2019a g\u00e2t\u00e9 la France.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1937\" class=\"cit-num\">1937<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821). <em>Napol\u00e9on<\/em> (1969), Georges Lef\u00e8bvre<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 peine install\u00e9 au ch\u00e2teau des Tuileries, le 20\u00a0mars 1815, il enrage contre Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>, car il se trouve litt\u00e9ralement assailli de libelles demandant des garanties constitutionnelles, comme le roi a \u00e9t\u00e9 forc\u00e9 d\u2019en accorder.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un g\u00e9n\u00e9ral anglais leur cria\u00a0: Braves Fran\u00e7ais, rendez-vous\u00a0! Cambronne r\u00e9pondit\u00a0: Merde\u00a0! [\u2026] Foudroyer d\u2019un tel mot le tonnerre qui vous tue, c\u2019est vaincre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1944\" class=\"cit-num\">1944<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Les Mis\u00e9rables<\/em> (1862)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le \u00ab\u00a0mot de Cambronne\u00a0\u00bb est pass\u00e9 \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9\u00a0: anecdote rapport\u00e9e par Hugo dans son roman, Sacha Guitry lui d\u00e9dia une aimable pi\u00e8ce de boulevard titr\u00e9e <em>Le Mot de Cambronne.<\/em><\/p>\n<p>On ne pr\u00eate qu\u2019aux riches\u00a0: Pierre Jacques \u00c9tienne, vicomte de Cambronne, fit un beau parcours militaire. Engag\u00e9 parmi les volontaires de 1792, il participe aux campagnes de la R\u00e9volution et de l\u2019Empire. Nomm\u00e9 major g\u00e9n\u00e9ral de la garde imp\u00e9riale, il suit Napol\u00e9on \u00e0 l\u2019\u00eele d\u2019Elbe, revient avec lui en 1815, est fait comte et pair de France sous les Cent-Jours et s\u2019illustre \u00e0 Waterloo, dans ce \u00ab\u00a0dernier carr\u00e9\u00a0\u00bb de la Vieille Garde qui va r\u00e9sister jusqu\u2019au bout. Il niera toujours l\u2019avoir dit, mais il reste c\u00e9l\u00e8bre pour \u00e7a.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tout \u00e0 coup, une porte s\u2019ouvre\u00a0: entre silencieusement le vice appuy\u00e9 sur le bras du crime, Monsieur de Talleyrand soutenu par Monsieur Fouch\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1953\" class=\"cit-num\">1953<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848), <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Arrivant \u00e0 Saint-Denis pour y retrouver Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> rentr\u00e9 en France, il aper\u00e7oit Talleyrand et Fouch\u00e9 venus se rallier au roi. Il d\u00e9crit l\u2019effet que lui causa cette entr\u00e9e des deux hommes allant se pr\u00e9senter, ce 7\u00a0juillet 1815, \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> qui leur rendra leurs portefeuilles \u2013 Affaires \u00e9trang\u00e8res et Police. \u00ab\u00a0La vision infernale passe lentement devant moi, p\u00e9n\u00e8tre dans le cabinet du roi et dispara\u00eet. Fouch\u00e9 venait jurer foi et hommage \u00e0 son seigneur\u00a0; le f\u00e9al r\u00e9gicide, \u00e0 genoux, mit les mains qui firent tomber la t\u00eate de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> entre les mains du fr\u00e8re du roi martyr\u00a0; l\u2019\u00e9v\u00eaque apostat fut caution du serment.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le plus grand auteur de sa g\u00e9n\u00e9ration est lui-m\u00eame ministre \u2013 de l\u2019Int\u00e9rieur, sous les Cent-Jours. L\u2019ann\u00e9e suivante, ray\u00e9 de la liste des ministres d\u2019\u00c9tat, il perd sa pension. Parce que, dit-il, \u00ab\u00a0je m\u2019\u00e9levais contre l\u2019\u00e9tablissement d\u2019un ministre de la Police g\u00e9n\u00e9rale dans un pays constitutionnel\u00a0\u00bb. Le poste va rester, mais Fouch\u00e9 le perd en 1816, pour devenir un proscrit, exil\u00e9 en tant que r\u00e9gicide. Quant \u00e0 Talleyrand, honni des ultras comme des lib\u00e9raux, il n\u2019a pratiquement plus aucun r\u00f4le politique sous la seconde Restauration.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je pr\u00e9f\u00e9rerais qu\u2019on \u00e9gorge\u00e2t mon fils ou qu\u2019il f\u00fbt noy\u00e9 dans la Seine plut\u00f4t que de le voir jamais \u00e9lev\u00e9 \u00e0 Vienne comme prince autrichien.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1960\" class=\"cit-num\">1960<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821). <em>Les Errants de la gloire<\/em> (1933), princesse Lucien Murat (comtesse Marie de Rohan-Chabot)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le vaincu ignore encore, en cette fin d\u2019ann\u00e9e 1815, que l\u2019Aiglon sera pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e9lev\u00e9 \u00e0 Vienne par son grand-p\u00e8re maternel, comme un prince autrichien, sous le nom de duc de Reichstadt \u2013 c\u2019est l\u2019\u00ab\u00a0assassinat moral\u00a0\u00bb tant redout\u00e9 par le p\u00e8re pour son fils.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019Angleterre prit l\u2019aigle et l\u2019Autriche l\u2019aiglon.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1961\" class=\"cit-num\">1961<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Les Chants du cr\u00e9puscule<\/em> (1835)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les destins tragiques inspirent les po\u00e8tes, et entre tous, les grands romantiques du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Edmond Rostand, consid\u00e9r\u00e9 comme le dernier de nos auteurs romantiques, est \u00ab\u00a0le second p\u00e8re\u00a0\u00bb de l\u2019Aiglon et fit beaucoup pour sa gloire, dans la pi\u00e8ce qui porte son nom. Le r\u00f4le-titre sera cr\u00e9\u00e9 en travesti par la star de la sc\u00e8ne, Sarah Bernhardt (1900). \u00c0 plus de 50\u00a0ans, elle triomphe en incarnant ce jeune prince mort \u00e0 21\u00a0ans.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cette Chambre, que dans les premiers temps le roi qualifia d\u2019introuvable, se montra folle, exag\u00e9r\u00e9e, ignorante, passionn\u00e9e, r\u00e9actionnaire, domin\u00e9e par des int\u00e9r\u00eats de caste.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1963\" class=\"cit-num\">1963<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comtesse de <span class=\"caps\">BOIGNE<\/span> (1781-1866), <em>M\u00e9moires<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les \u00e9lections des 14 et 21\u00a0ao\u00fbt 1815 font \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> ce cadeau empoisonn\u00e9 d\u2019une assembl\u00e9e plus royaliste que le roi. Avec 350 d\u00e9put\u00e9s ultras sur 402, cette fameuse Chambre n\u2019est pas si \u00ab\u00a0introuvable\u00a0\u00bb, puisqu\u2019elle sera \u00ab\u00a0retrouv\u00e9e\u00a0\u00bb lors de prochaines \u00e9lections.<\/p>\n<p>La raison en est simple\u00a0: l\u2019\u00e9troitesse du pays l\u00e9gal par rapport au pays r\u00e9el. Le r\u00e9gime censitaire donne le droit de vote aux hommes de plus de 30\u00a0ans, payant au moins 300\u00a0francs d\u2019imp\u00f4ts directs. Soit 110\u00a0000 \u00e9lecteurs sur 9\u00a0millions d\u2019adultes en 1817, avec 80\u00a0% de propri\u00e9taires fonciers. Pour \u00eatre d\u00e9put\u00e9, il faut avoir au moins 40\u00a0ans et payer 1\u00a0000\u00a0francs d\u2019imp\u00f4ts directs\u00a0: 15\u00a0000 Fran\u00e7ais seulement sont \u00e9ligibles.<\/p>\n<p>Cette Chambre royaliste et ne repr\u00e9sentant que ses int\u00e9r\u00eats s\u2019oppose aux ministres mod\u00e9r\u00e9s, les emp\u00eache de gouverne et provoque la seconde Terreur blanche de notre histoire. La haine des royalistes contre les hommes de la R\u00e9volution et de l\u2019Empire est encore exasp\u00e9r\u00e9e apr\u00e8s les Cent-Jours. \u00ab\u00a0Ils finiraient par m\u2019\u00e9purer moi-m\u00eame\u00a0!\u00a0\u00bb dit Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> avec son humour royal. Mais le tsar de Russie menace de laisser ses troupes d\u2019occupation en France, si le roi ne renvoie pas de tels d\u00e9put\u00e9s\u00a0! D\u2019o\u00f9 la dissolution du 5\u00a0septembre 1816.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le but du minist\u00e8re est de royaliser la nation et de nationaliser la monarchie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1968\" class=\"cit-num\">1968<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9lie <span class=\"caps\">DECAZES<\/span> (1780-1860), \u00e0 la Chambre des d\u00e9put\u00e9s, 15\u00a0d\u00e9cembre\u00a01817.<em> Le Conservateur<\/em> (1819), Le Normant fils \u00e9d<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Vaste programme\u00a0(ou \u00ab\u00a0langue de bois\u00a0\u00bb et pratique du \u00ab\u00a0en m\u00eame temps\u00a0\u00bb\u00a0?)<\/p>\n<p>Le jeune ministre de l\u2019Int\u00e9rieur ne doute de rien et surtout pas de l\u2019appui du roi \u2013 en cela, il a raison. Apr\u00e8s dissolution de la Chambre introuvable par le roi, les nouvelles \u00e9lections du 5\u00a0septembre\u00a01816 ont fait une place au groupe des constitutionnels mod\u00e9r\u00e9s, repr\u00e9sent\u00e9s notamment par<\/p>\n<p>Decazes. Les esprits se calment. Mais les ultras minoritaires restent farouchement d\u00e9termin\u00e9s. Cette d\u00e9claration d\u00e9clenche leur fureur de \u00ab\u00a0vrais\u00a0\u00bb royalistes\u00a0: comme si la France n\u2019\u00e9tait pas royaliste\u00a0! Quant \u00e0 \u00ab\u00a0nationaliser\u00a0\u00bb la monarchie, le mot leur fait horreur, \u00e9voquant les pires heures r\u00e9volutionnaires dont beaucoup ont souffert.<\/p>\n<blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis du parti que l\u2019on guillotine, et vous \u00eates du parti que l\u2019on pend.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1969\" class=\"cit-num\">1969<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mot d\u2019une grande dame noble et l\u00e9gitimiste \u00e0 Decazes, ministre et conseiller de Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>, janvier\u00a01818. <em>Histoire du gouvernement parlementaire en France, 1814-1848<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> (1859), Prosper Duvergier de Hauranne<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les sources \u00e9voquent une \u00ab\u00a0pr\u00e9tendue conversation\u00a0\u00bb, mais cette revendication de l\u2019in\u00e9galit\u00e9 de classes jusque devant la mort refl\u00e8te l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit des ultras qui vivent mal l\u2019exp\u00e9rience lib\u00e9rale voulue par le roi et dont le duc Decazes, royaliste mod\u00e9r\u00e9, est l\u2019instrument.<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La libert\u00e9 de la presse, c\u2019est l\u2019expansion et l\u2019impulsion de la vapeur dans l\u2019ordre intellectuel, force terrible mais vivifiante, qui porte et r\u00e9pand en un clin d\u2019\u0153il les faits et les id\u00e9es sur toute la face de la terre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1972\" class=\"cit-num\">1972<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">GUIZOT<\/span> (1787-1874), <em>M\u00e9moires pour servir \u00e0 l\u2019histoire de mon temps<\/em> (1858-1867)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Guizot entre sur la sc\u00e8ne politique sous la Restauration, tout en faisant \u0153uvre d\u2019historien (de la France et de l\u2019Angleterre). Il a des responsabilit\u00e9s dans le minist\u00e8re Decazes et la m\u00eame \u00e9tiquette de mod\u00e9r\u00e9 que le comte de Serre, tr\u00e8s repr\u00e9sentatif avec son ami Royer-Collard d\u2019une classe de bourgeois instruits et riches, juristes, universitaires, hauts fonctionnaires. Il ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai toujours souhait\u00e9 la presse libre\u00a0; je la crois \u00e0 tout prendre plus utile que nuisible \u00e0 la moralit\u00e9 publique.\u00a0\u00bb Cette libert\u00e9 d\u2019expression et d\u2019opinion profite surtout aux adversaires des ultras de droite qui vont pratiquer la politique du pire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le r\u00e8gne du roi est fini, celui de son successeur commence.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1979\" class=\"cit-num\">1979<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duc de <span class=\"caps\">BROGLIE<\/span> (1785-1870), apr\u00e8s la chute du minist\u00e8re Decazes, fin f\u00e9vrier\u00a01820. <em>Le Comte de Serre\u00a0: la politique mod\u00e9r\u00e9e sous la Restauration<\/em> (1879), Charles de Mazade<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est un constitutionnel mod\u00e9r\u00e9 qui s\u2019exprime. Il a compris que c\u2019en est fini de la p\u00e9riode lib\u00e9rale voulue par Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span>\u00a0: les ultras vont avoir le pouvoir avec \u00e0 leur t\u00eate le futur Charles\u00a0X.<\/p>\n<p>Le duc de Richelieu, rappel\u00e9 \u00e0 la pr\u00e9sidence du Conseil par le roi, prend trois ultras dans son cabinet et tente une r\u00e9action mod\u00e9r\u00e9e face \u00e0 l\u2019opposition lib\u00e9rale\u00a0: suspension des lois de Serre sur la libert\u00e9 de la presse, loi \u00e9lectorale du double vote encore plus \u00e9litiste.<\/p>\n<p>Grand seigneur honn\u00eate, excellent administrateur, Richelieu n\u2019a pas l\u2019art de man\u0153uvrer une assembl\u00e9e et sa politique est jug\u00e9e trop mod\u00e9r\u00e9e par les ultras. Vainqueurs aux \u00e9lections de d\u00e9cembre\u00a01820, ils auront d\u00e9finitivement gain de cause, quand le comte de Vill\u00e8le va devenir chef du gouvernement, en d\u00e9cembre\u00a01821.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y a quelqu\u2019un qui a plus d\u2019esprit que Voltaire, c\u2019est tout le monde.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1985\" class=\"cit-num\">1985<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), d\u00e9fendant la libert\u00e9 de la presse contre la censure, 24\u00a0juin 1821. <em>Le Roi Voltaire<\/em> (1860), Ars\u00e8ne Houssaye<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9tonnante r\u00e9f\u00e9rence, mais vue (toujours) pr\u00e9monitoire pour l\u2019irr\u00e9sistible ascension de la libert\u00e9 d\u2019expression\u00a0! On retrouve le vieux diplomate ayant perdu presque tout pouvoir politique apr\u00e8s 1815, membre de la Chambre des pairs, dans le camp de l\u2019opposition lib\u00e9rale au r\u00e9gime qui l\u2019est de moins en moins.<\/p>\n<p>La libert\u00e9 est bien malade et la presse aussi, avec les ultras au pouvoir\u00a0: les lois de Serre ont \u00e9t\u00e9 suspendues d\u00e8s mars\u00a01820, l\u2019autorisation pr\u00e9alable sera r\u00e9tablie en 1822, le jugement des d\u00e9lits de presse rendu au juge correctionnel (plus s\u00e9v\u00e8re que le jury populaire). Beaucoup de journaux vont dispara\u00eetre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Que voulez-vous\u00a0? Il a conspir\u00e9 contre Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, il a conspir\u00e9 contre moi, il conspirera contre lui-m\u00eame.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1986\" class=\"cit-num\">1986<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span>\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> (1755-1824), parlant de son fr\u00e8re au duc de Richelieu, 12\u00a0d\u00e9cembre\u00a01821. <em>Histoire de la Restauration, 1814-1830<\/em> (1882), Ernest Daudet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019humour royal est une vertu rare et Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> est un exemple \u00e0 citer. Richelieu, chef du gouvernement, est menac\u00e9 par les ultras. Il rappelle au comte d\u2019Artois sa promesse d\u2019aider Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> qui soutient cette politique gouvernementale. Le comte refuse et Richelieu fait part de sa d\u00e9convenue \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> qui lui fait cette r\u00e9plique. Les avis sont unanimes, contre le roi \u00e0 venir\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Aux \u00e9poques ordinaires, roi convenable\u00a0; \u00e0 une \u00e9poque extraordinaire, homme de perdition.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1910\" class=\"cit-num\">1910<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848),<em> M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Chateaubriand juge Charles X lors de son accession au tr\u00f4ne \u00e0 la mort de Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>\u00a0: \u00ab\u00a0Incapable de suivre jusqu\u2019au bout une bonne ou une mauvaise r\u00e9solution\u00a0; p\u00e9tri avec les pr\u00e9jug\u00e9s de son si\u00e8cle et de son rang.\u00a0\u00bb Mais \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de cela\u00a0: \u00ab\u00a0doux, quoique sujet \u00e0 la col\u00e8re, bon et tendre avec ses familiers, aimable, l\u00e9ger, sans fiel, ayant tout du chevalier, la d\u00e9votion, la noblesse, l\u2019\u00e9l\u00e9gante courtoisie, mais entrem\u00eal\u00e9 de faiblesse\u2026\u00a0\u00bb Bref, pas n\u00e9 pour \u00eatre roi en 1824. On ne peut s\u2019emp\u00eacher de penser \u00e0 la situation de son fr\u00e8re a\u00een\u00e9, Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span>, acc\u00e9dant au tr\u00f4ne en 1774, si mal arm\u00e9, si faible, dans une situation pr\u00e9r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<p>D\u00e9\u00e7u par la politique, l\u2019auteur des <em>M\u00e9moires\u00a0<\/em>avouera\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai vu de pr\u00e8s les rois, et mes illusions politiques se sont \u00e9vanouies.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis venu ici pour recevoir des hommages, non des le\u00e7ons\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2005\" class=\"cit-num\">2005<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CHARLES<\/span>\u00a0X (1757-1836), passant en revue la garde nationale, 25\u00a0avril 1827. <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume), Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de Chateaubriand<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Certes ovationn\u00e9, le roi per\u00e7oit aussi quelques hu\u00e9es\u00a0: \u00ab\u00a0Vive la Charte\u00a0! \u00c0 bas les ministres\u00a0! \u00c0 bas les J\u00e9suites\u00a0!\u00a0\u00bb D\u2019o\u00f9 sa r\u00e9plique royale et indign\u00e9e. Vill\u00e8le a \u00e9t\u00e9 vivement hu\u00e9 de son c\u00f4t\u00e9. Il ne supporte plus toutes ces attaques et propose au Conseil des ministres de licencier les gardes nationaux.<\/p>\n<p>Charles\u00a0X suit son ministre et par ordonnance, la garde est dissoute\u00a0: mesure tr\u00e8s mal accueillie \u00e0 Paris et l\u2019impopularit\u00e9 du roi grandit dans le pays. \u00c9tudiants et petits-bourgeois manifestent dans les rues, les obs\u00e8ques des chefs de l\u2019opposition lib\u00e9rale \u00e9tant de bonnes occasions. Ce rituel d\u2019opposition n\u00e9 sous la Restauration\u00a0sera repris par les r\u00e9publicains contre la Monarchie de Juillet, puis contre le Second Empire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous \u00eates un m\u00e9chant, un infid\u00e8le, un tra\u00eetre\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2006\" class=\"cit-num\">2006<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HUSSEIN<\/span> <span class=\"caps\">DEY<\/span> d\u2019Alger (vers 1765-1838), 30\u00a0avril 1827. <em>La Restauration et la Monarchie de Juillet<\/em> (1929), Jean Lucas-Dubreton<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Joignant le geste \u00e0 la parole, il frappe trois fois de son chasse-mouches Pierre Deval, le consul de France dont le gouvernement refuse de payer des fournitures de bl\u00e9s datant du Consulat et de l\u2019Empire. Le Dey refuse de pr\u00e9senter des excuses. Ce fait divers va d\u00e9boucher sur la guerre\u00a0: l\u2019incident venant aggraver des relations d\u00e9j\u00e0 tendues avec l\u2019Alg\u00e9rie sert de pr\u00e9texte \u00e0 l\u2019intervention de la France. Deux si\u00e8cles plus tard, \u00ab\u00a0le pass\u00e9 ne passe pas\u00a0\u00bb et la \u00ab\u00a0question alg\u00e9rienne\u00a0\u00bb est encore d\u2019actualit\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est la le\u00e7on d\u2019un p\u00e8re qui laisse toujours percer sa sollicitude \u00e0 travers sa s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 ou pour mieux dire sa pr\u00e9voyance.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2007\" class=\"cit-num\">2007<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Le Moniteur<\/em>, 24\u00a0juin 1827. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce journal toujours tr\u00e8s officiel parle avec condescendance du r\u00e9tablissement de la censure par ordonnance\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous \u00e9tiez devenu trop impopulaire\u00a0!<br>\u2014 Monseigneur, Dieu veuille que ce soit moi\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2010\" class=\"cit-num\">2010<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comte de <span class=\"caps\">VILL\u00c8LE<\/span> (1773-1854), au Dauphin, le duc d\u2019<span class=\"caps\">ANGOUL\u00caME<\/span> (1775-1844), 3\u00a0janvier 1828. <em>Histoire de France depuis 1789 jusqu\u2019\u00e0 nos jours<\/em> (1878), Henri Martin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Vill\u00e8le, depuis deux mois, a vainement tent\u00e9 de former un gouvernement qui concilie ses id\u00e9es et les opinions de la nouvelle Chambre. Il d\u00e9missionne donc, devient pair de France et c\u00e8de la place \u00e0 un lib\u00e9ral mod\u00e9r\u00e9, Martignac.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un roi qu\u2019on menace n\u2019a de choix qu\u2019entre le tr\u00f4ne et l\u2019\u00e9chafaud\u00a0!<br>\u2014 Sire, Votre Majest\u00e9 oublie la chaise de poste\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2013\" class=\"cit-num\">2013<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), \u00e0 <span class=\"caps\">CHARLES<\/span>\u00a0X (1757-1836). <em>Souvenirs intimes sur M. de Talleyrand<\/em> (1870), Am\u00e9d\u00e9e Pichot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fa\u00e7on de rassurer le roi avec humour, lui rappelant au passage qu\u2019il fut le premier \u00e9migr\u00e9 c\u00e9l\u00e8bre de la R\u00e9volution, au lendemain de la prise de la Bastille.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La derni\u00e8re raison des rois, le boulet. La derni\u00e8re raison des peuples, le pav\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2028\" class=\"cit-num\">2028<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Litt\u00e9rature et philosophie m\u00eal\u00e9es<\/em> (1834)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019histoire de France est ponctu\u00e9e de \u00ab\u00a0journ\u00e9es des Barricades\u00a0\u00bb \u2013 murailles vite improvis\u00e9es, faites de pav\u00e9s, de galets, de poutres, construites par le peuple pour barrer la route aux troupes organis\u00e9es, charg\u00e9es du maintien de l\u2019ordre. La premi\u00e8re Journ\u00e9e remonte \u00e0 la Sainte Ligue (catholique) qui tenait Paris en 1588. En 1649, c\u2019est la Fronde o\u00f9 l\u2019on a beaucoup jou\u00e9 avec les pav\u00e9s. La R\u00e9volution de 1830 d\u00e9pave les rues de Paris, durant ses Trois Glorieuses (journ\u00e9es). Apr\u00e8s l\u2019insurrection r\u00e9publicaine de 1832, les pav\u00e9s reprendront du service avec la R\u00e9volution de 1848. Vient ensuite la Commune de Paris en 1871, la plus sanglante guerre des pav\u00e9s \u2013 Hugo sera encore t\u00e9moin. Au <span class=\"caps\">XX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle, Paris vivra deux s\u00e9ries de journ\u00e9es o\u00f9 les rues se h\u00e9rissent de barricades et de pav\u00e9s qui font \u00e9galement projectiles\u00a0: Lib\u00e9ration en 1940, mai 1968. Entre les deux, c\u2019est la \u00ab\u00a0semaine des Barricades\u00a0\u00bb, en janvier\u00a01960 \u00e0 Alger. Le pav\u00e9 servira de moins en moins, les rues \u00e9tant recouvertes de macadam.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mettez en note que le 29\u00a0juillet 1830, \u00e0 midi cinq minutes, la branche a\u00een\u00e9e des Bourbons a cess\u00e9 de r\u00e9gner sur la France\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2029\" class=\"cit-num\">2029<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838). <em>L\u2019Esprit de M.\u00a0de Talleyrand\u00a0: anecdotes et bons mots<\/em> (1909), Louis Thomas<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Travaillant \u00e0 ses <em>M\u00e9moires<\/em>, il entend les troupes de Marmont qui refluent sous ses fen\u00eatres, rue de Rivoli \u2013 le Louvre est pris par les insurg\u00e9s, les soldats se d\u00e9bandent. Le vieux pair de France, qui a v\u00e9cu tous les tournants de l\u2019histoire depuis la R\u00e9volution et surv\u00e9cu \u00e0 tant d\u2019\u00e9preuves, s\u2019interrompt et dicte cette note \u00e0 son secr\u00e9taire.<\/p>\n<p>Ce m\u00eame jour, les d\u00e9put\u00e9s font cause commune avec le peuple\u00a0: \u00ab\u00a0Troisi\u00e8me Glorieuse\u00a0\u00bb de cette br\u00e8ve R\u00e9volution.<\/p>\n<h3><span class=\"caps\">MONARCHIE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">JUILLET<\/span><\/h3>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-7-41.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sa situation est incomparable, il est du sang des Bourbons et il en est couvert.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2057\" class=\"cit-num\">2057<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mme\u00a0de <span class=\"caps\">R\u00c9MUSAT<\/span> (1780-1821). <em>La Nouvelle Revue des deux mondes<\/em> (1958)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fils de Louis-Philippe Joseph, duc d\u2019Orl\u00e9ans, dit Philippe \u00c9galit\u00e9, d\u00e9put\u00e9 \u00e0 la Convention qui vota la mort du roi son cousin, puis fut arr\u00eat\u00e9 par les Montagnards et guillotin\u00e9 en 1793, Louis-Philippe fut comme son p\u00e8re partisan, tr\u00e8s jeune, des id\u00e9es r\u00e9volutionnaires\u00a0: membre du club des Jacobins \u00e0 17\u00a0ans, engag\u00e9 dans la garde nationale, soldat des arm\u00e9es de la R\u00e9publique \u00e0 Valmy et Jemmapes. Ha\u00ef par les royalistes apr\u00e8s le vote r\u00e9gicide de son p\u00e8re, proscrit par les r\u00e9volutionnaires, il vit une situation inconfortable en exil, avant de pouvoir se r\u00e9concilier avec Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> et rentrer en France. \u00c0 partir de l\u00e0, il \u00ab\u00a0chemine\u00a0\u00bb lentement et s\u00fbrement vers le tr\u00f4ne convoit\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Gros, gras et b\u00eate, \/ En quatre mots c\u2019est son portrait\u00a0:<br>Toisez-le des pieds \u00e0 la t\u00eate, \/ Aux yeux de tous, il appara\u00eet \/ Gros, gras et b\u00eate.<br>En pelle s\u2019\u00e9largit sa main, \/ En poire s\u2019allonge sa t\u00eate,<br>En tonneau croit son abdomen, \/ Gros, gras et b\u00eate.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2058\" class=\"cit-num\">2058<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Ag\u00e9nor <span class=\"caps\">ALTAROCHE<\/span> (1811-1884), <em>Gros, gras et b\u00eate, chanson. Les R\u00e9publicaines\u00a0: chansons populaires des r\u00e9volutions de 1789, 1792 et 1830<\/em> (1848), Pagnerre<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Po\u00e8te et d\u00e9put\u00e9, journaliste engag\u00e9 de cette nouvelle presse r\u00e9publicaine, au lendemain de la r\u00e9volution de 1830. On chansonne vite le roi sexag\u00e9naire dont le physique est d\u00e9j\u00e0 une caricature en soi \u2013 \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 la caricature est reine. La main \u00ab\u00a0en pelle\u00a0\u00bb fait allusion \u00e0 la rapacit\u00e9 du personnage\u00a0: rentr\u00e9 en possession, gr\u00e2ce \u00e0 Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>, de l\u2019immense fortune de la branche d\u2019Orl\u00e9ans, plus riche que les Bourbons, principal b\u00e9n\u00e9ficiaire de la loi sur le milliard des \u00e9migr\u00e9s (1825), il g\u00e8re son patrimoine en bon p\u00e8re de nombreuse famille \u2013 huit enfants pour qui il qu\u00e9mandera encore des dotations.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait vraiment bien la peine de nous faire tuer.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2061\" class=\"cit-num\">2061<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Honor\u00e9 <span class=\"caps\">DAUMIER<\/span> (1808-1879), lithographie publi\u00e9e dans <em>La Caricature<\/em> (1835)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au centre du dessin, trois morts sortent d\u2019une tombe pour dire ces mots. \u00c0 droite, une croix porte l\u2019inscription \u00ab\u00a0Morts pour la libert\u00e9\u00a0\u00bb. \u00c0 gauche, une colonne affiche la date des \u00ab\u00a027-28-29\u00a0juillet 1830\u00a0\u00bb (\u00e9voquant le G\u00e9nie de la Bastille, monument d\u00e9di\u00e9 aux victimes de cette r\u00e9volution). Au lointain, on devine une charge furieuse contre des manifestants.<\/p>\n<p>La R\u00e9volution de 1830 sera l\u2019une des guerres civiles les plus br\u00e8ves et les moins sanglantes\u00a0: 1\u00a0800 morts chez les insurg\u00e9s, environ 200 dans la troupe. Mais la r\u00e9publique a bel et bien \u00e9t\u00e9 escamot\u00e9e sous le nez des r\u00e9publicains, les cocus de l\u2019histoire qui se rappellent la le\u00e7on et ne rateront pas leur prochaine r\u00e9volution, en 1848.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous cherchons \u00e0 nous tenir dans un juste milieu \u00e9galement \u00e9loign\u00e9 des exc\u00e8s du pouvoir populaire et des abus du pouvoir royal.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2065\" class=\"cit-num\">2065<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span>\u2013<span class=\"caps\">PHILIPPE<\/span> (1773-1850), Discours du tr\u00f4ne, 31 janvier\u00a01831. <em>Le Moniteur officiel<\/em>, 31\u00a0janvier 1831<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce discours ou du moins cette phrase vaut r\u00e9f\u00e9rence, cit\u00e9e en fran\u00e7ais dans nombre d\u2019histoires et de dictionnaires.<\/p>\n<p>Le \u00ab\u00a0Roi des barricades\u00a0\u00bb doit gouverner au plus pr\u00e8s et le r\u00e9gime (lib\u00e9ral) reste fragile jusqu\u2019en 1835\u00a0: menac\u00e9 sur sa gauche par les r\u00e9publicains frustr\u00e9s de leur r\u00e9publique apr\u00e8s une r\u00e9volution pour rien et sur sa droite par les l\u00e9gitimistes, frapp\u00e9s de stupeur devant la chute si rapide de la branche Bourbon et l\u2019escamotage du pouvoir par la branche Orl\u00e9ans. Dans ces conditions, le juste milieu s\u2019impose. Il deviendra le Tiers Parti.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Profession\u00a0? \u2014 \u00c9meutier\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2073\" class=\"cit-num\">2073<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">CONSID\u00c9RANT<\/span> (1808-1893), 4\u00a0janvier 1832. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>R\u00e9ponse aux policiers qui l\u2019ont arr\u00eat\u00e9, au milieu d\u2019extr\u00e9mistes tentant de mettre le feu aux tours de Notre-Dame. \u00c9meutier, certes, mais aussi polytechnicien et adepte de Charles Fourier (socialiste utopique, militant et visionnaire avec <em>Le Phalanst\u00e8re<\/em> et <em>Le Nouveau monde industriel et soci\u00e9taire<\/em>), il deviendra \u00e9conomiste et th\u00e9oricien du socialisme, puis d\u00e9put\u00e9 en 1848, avant d\u2019\u00eatre exil\u00e9 \u00e0 la R\u00e9union\u2026 et d\u2019y cr\u00e9er une colonie agricole socialiste.<\/p>\n<p>1832 est l\u2019ann\u00e9e de tous les dangers pour le pouvoir\u00a0: conspirations et insurrections mont\u00e9es d\u2019un c\u00f4t\u00e9 par les royalistes l\u00e9gitimistes qui d\u00e9fendent la duchesse de Berry et les droits au tr\u00f4ne de son fils \u00ab\u00a0Henri\u00a0V\u00a0\u00bb, de l\u2019autre par les r\u00e9volutionnaires les plus ardents auxquels sont m\u00eal\u00e9s des bonapartistes.\u00a0 Le rench\u00e9rissement du bl\u00e9 et donc du pain, le ch\u00f4mage et la baisse des salaires, enfin l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de chol\u00e9ra dans les quartiers les plus pauvres de Paris, rendent la situation sociale explosive dans la capitale.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ils ont voulu voir de plus pr\u00e8s la mis\u00e8re du peuple.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2074\" class=\"cit-num\">2074<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Journaux d\u2019opposition, d\u00e9but avril\u00a01832. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ils sont nombreux et virulents pour critiquer le duc d\u2019Orl\u00e9ans, fils a\u00een\u00e9 de Louis-Philippe, et Casimir P\u00e9rier, pr\u00e9sident du Conseil, allant visiter dans les h\u00f4pitaux les victimes du chol\u00e9ra, aux premiers jours d\u2019avril\u00a01832. Les quartiers populaires, surpeupl\u00e9s, sont les plus touch\u00e9s. Cette in\u00e9galit\u00e9 devant la mort accro\u00eet encore le malaise social. L\u2019opposition accuse m\u00eame le gouvernement d\u2019\u00eatre responsable du chol\u00e9ra qui, pr\u00e9tend-on, \u00e9pargne les riches et les bourgeois. Rumeur ou fake-news comme il en a toujours exist\u00e9 dans l\u2019Histoire.<\/p>\n<p>Casimir P\u00e9rier meurt le 16\u00a0mai, un parmi les quelque 20\u00a0000 victimes de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie \u00e0 Paris.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Fichtre\u00a0! fit Gavroche. Voil\u00e0 qu\u2019on me tue mes morts.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2076\" class=\"cit-num\">2076<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Les Mis\u00e9rables<\/em> (1862)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mot d\u2019un populaire gamin de Paris, ainsi mis en situation\u00a0: \u00ab\u00a0Au moment o\u00f9 Gavroche d\u00e9barrassait de ses cartouches un sergent gisant pr\u00e8s d\u2019une borne, une balle frappa le cadavre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Hugo immortalise dans ce roman la premi\u00e8re grande insurrection r\u00e9publicaine sous la Monarchie de Juillet, 5 et 6\u00a0juin 1832. Une manifestation aux fun\u00e9railles du g\u00e9n\u00e9ral Lamarque (d\u00e9put\u00e9 de l\u2019opposition) se termine en \u00e9meute, quand la garde nationale massacre les insurg\u00e9s, retranch\u00e9s rue du Clo\u00eetre-Saint-Merri\u00a0: barricades et pav\u00e9s font \u00e0 nouveau l\u2019histoire et la une des journaux de l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ma tombe et mon berceau seront bien rapproch\u00e9s l\u2019un de l\u2019autre\u00a0! Ma naissance et ma mort, voil\u00e0 donc toute mon histoire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2078\" class=\"cit-num\">2078<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duc de <span class=\"caps\">REICHSTADT<\/span> (1811-1832), mourant \u00e0 21\u00a0ans de tuberculose, 22\u00a0juillet 1832. <em>Les Errants de la gloire, princesse Lucien Murat<\/em> (comtesse Marie de Rohan-Chabot)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019Aiglon (h\u00e9ros de th\u00e9\u00e2tre pour Rostand), fils de l\u2019Aigle (Napol\u00e9on), ex-roi de Rome, promu Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (quelques jours, apr\u00e8s les deux abdications en\u00a01814 et\u00a01815) n\u2019aura pas le destin r\u00eav\u00e9 par son p\u00e8re, ni m\u00eame aucun r\u00f4le politique. Son grand-p\u00e8re maternel, Fran\u00e7ois\u00a0Ier d\u2019Autriche, y veille, occultant le souvenir de l\u2019empereur et le faisant duc de Reichstadt (petite ville de Boh\u00eame), tout en aimant tendrement l\u2019adolescent fragile. Louis-Napol\u00e9on Bonaparte se consid\u00e8re d\u00e9sormais comme le chef du parti bonapartiste, en tant que neveu de Napol\u00e9on\u00a0Ier.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tous deux sont morts. Seigneur, votre droite est terrible.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2079\" class=\"cit-num\">2079<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), Po\u00e8me d\u2019ao\u00fbt\u00a01832 (<em>Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, Les Chants du cr\u00e9puscule<\/em>)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Rappelons que Napol\u00e9on, le p\u00e8re de l\u2019Aiglon, est mort \u00e0 51\u00a0ans, le 5\u00a0mai 1821, apr\u00e8s cinq ans de captivit\u00e9 \u00e0 Sainte-H\u00e9l\u00e8ne. La l\u00e9gende napol\u00e9onienne doit beaucoup au g\u00e9nie d\u2019Hugo et \u00e0 la comparaison in\u00e9vitable avec le prochain ma\u00eetre de la France, Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span> le Petit (titre du pamphlet sign\u00e9 Hugo).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le cri du pauvre monte jusqu\u2019\u00e0 Dieu, mais il n\u2019arrive pas \u00e0 l\u2019oreille de l\u2019homme.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2048\" class=\"cit-num\">2048<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">F\u00e9licit\u00e9 Robert de <span class=\"caps\">LAMENNAIS<\/span> (1782-1854),<em> Paroles d\u2019un croyant<\/em> (1834)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cr\u00e9ateur du catholicisme social, soucieux d\u2019appliquer un id\u00e9al de justice et de charit\u00e9 conforme \u00e0 l\u2019enseignement de l\u2019\u00c9vangile, Lamennais profite de la nouvelle libert\u00e9 de la presse en 1830 et lance le journal <em>L\u2019Avenir<\/em> avec ses amis Lacordaire et Montalembert. En exergue\u00a0: \u00ab\u00a0Dieu et la libert\u00e9\u00a0\u00bb. Il est condamn\u00e9 par l\u2019Encyclique<em> Mirari vos<\/em> (1832). Pour le pape, souverainet\u00e9s du peuple et de Dieu sont incompatibles.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0C\u2019est <em>la Marseillaise<\/em> du christianisme et l\u2019auteur est un pr\u00eatre en bonnet rouge\u00a0\u00bb dit-on alors. C\u2019est surtout un courant d\u2019opinion tr\u00e8s repr\u00e9sentatif de cette fermentation des id\u00e9es, face \u00e0 la mis\u00e8re du peuple qui s\u2019aggrave et contraste avec l\u2019enrichissement de la bourgeoisie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La grande passion de ces temps-ci, c\u2019est [\u2026] la passion de l\u2019avenir, c\u2019est la passion du perfectionnement social [\u2026] Eh bien\u00a0: l\u2019instrument de cette passion actuelle du monde moral, c\u2019est la presse, c\u2019est l\u2019outil de la civilisation.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2088\" class=\"cit-num\">2088<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alphonse de <span class=\"caps\">LAMARTINE<\/span> (1790-1869), Chambre des d\u00e9put\u00e9s, 21\u00a0ao\u00fbt 1835. <em>Archives parlementaires de 1787 \u00e0 1860\u00a0<\/em>(1898), Assembl\u00e9e nationale<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le po\u00e8te entre en politique\u00a0: battu en 1831, \u00e9lu d\u00e9put\u00e9 en 1833. Il refuse de se lier \u00e0 un parti et pr\u00e9tend si\u00e9ger \u00ab\u00a0au plafond\u00a0\u00bb. Il va se r\u00e9v\u00e9ler l\u2019un des meilleurs orateurs politiques, en un temps o\u00f9 les hommes politiques ont le don d\u2019\u00e9loquence. Ce discours en faveur de la libert\u00e9 de la presse, entre bien d\u2019autres, reste c\u00e9l\u00e8bre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le bourgeois de Paris est un roi qui a, chaque matin \u00e0 son lever, un complaisant, un flatteur qui lui conte vingt histoires. Il n\u2019est point oblig\u00e9 de lui offrir \u00e0 d\u00e9jeuner, il le fait taire quand il veut et lui rend la parole \u00e0 son gr\u00e9\u00a0; cet ami docile lui pla\u00eet d\u2019autant plus qu\u2019il est le miroir de son \u00e2me et lui dit tous les jours son opinion en termes un peu meilleurs qu\u2019il ne l\u2019e\u00fbt exprim\u00e9e lui-m\u00eame\u00a0; \u00f4tez-lui cet ami, il lui semblera que le monde s\u2019arr\u00eate\u00a0; cet ami, ce miroir, cet oracle, ce parasite peu dispendieux, c\u2019est son journal.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2097\" class=\"cit-num\">2097<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alfred de <span class=\"caps\">VIGNY<\/span> (1797-1863),<em> Journal d\u2019un po\u00e8te<\/em> (1839)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Encore un d\u00e9\u00e7u de la politique et de ses contemporains. Le d\u00e9senchantement semble inh\u00e9rent au romantisme. Celui de Vigny est sinc\u00e8re plus que tout autre. Il date de la Restauration \u2013 la vie de garnison lassa vite le jeune militaire \u00e9lev\u00e9 dans le culte des armes et de l\u2019honneur \u2013 et s\u2019aggrave lors de la r\u00e9volution de 1830 qui am\u00e8ne au pouvoir un bourgeois si peu roi, aux yeux de la vieille aristocratie dont Vigny est le d\u00e9licat et sensible rejeton.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La France est une nation qui s\u2019ennuie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2098\" class=\"cit-num\">2098<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alphonse de <span class=\"caps\">LAMARTINE<\/span> (1790-1869), Discours \u00e0 la Chambre, 10\u00a0janvier 1839. Dictionnaire de fran\u00e7ais <em>Larousse<\/em>, au mot \u00ab\u00a0ennui\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Lamartine, d\u00e9put\u00e9 qui passera du \u00ab\u00a0juste milieu\u00a0\u00bb gouvernemental \u00e0 la gauche (en 1843), s\u2019adresse ici au roi et trouve une raison au mal de la France\u00a0: \u00ab\u00a0Vous avez laiss\u00e9 le pays manquer d\u2019action.\u00a0\u00bb L\u2019ennui est le mal du si\u00e8cle et surtout celui de la g\u00e9n\u00e9ration romantique qui vibre au souvenir exalt\u00e9 de la R\u00e9volution et de l\u2019Empire, rejetant cette monarchie bourgeoise, soutenue par une classe moyenne auto-satisfaite et visc\u00e9ralement conservatrice.<\/p>\n<p>Dans un discours \u00e0 M\u00e2con, participant \u00e0 la campagne (\u00e9lectorale) des banquets, le 18\u00a0juillet 1847, Lamartine sera fier de pouvoir dire que cette phrase a fait le tour du monde. Sautant plus d\u2019un si\u00e8cle, on la retrouve dans Le\u00a0Monde sous la signature de Viansson-Pont\u00e9, deux mois avant les \u00e9v\u00e9nements de Mai\u00a068.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pour chaque indigent qui p\u00e2lit de faim, il y a un riche qui p\u00e2lit de peur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2101\" class=\"cit-num\">2101<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">BLANC<\/span> (1811-1882), <em>Organisation du travail<\/em> (1839)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cet ouvrage fait conna\u00eetre le jeune journaliste\u00a0: il expose un programme de r\u00e9formes socialistes qu\u2019il ne va plus cesser de d\u00e9fendre jusque sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique o\u00f9 il se retrouve d\u00e9put\u00e9 d\u2019extr\u00eame gauche.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La propri\u00e9t\u00e9, c\u2019est le vol.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2102\" class=\"cit-num\">2102<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre Joseph <span class=\"caps\">PROUDHON<\/span> (1809-1865), <em>Qu\u2019est-ce que la propri\u00e9t\u00e9\u00a0?<\/em> (1840)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette formule retentissante sch\u00e9matise la pens\u00e9e de l\u2019auteur qui en est cependant tr\u00e8s fier\u00a0: \u00ab\u00a0Cette proposition fera le tour du monde et causera plus d\u2019\u00e9moi que la cocarde de La Fayette.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019homme est attachant\u00a0: \u00ab\u00a0Je sais ce que c\u2019est que la mis\u00e8re. J\u2019y ai v\u00e9cu. Tout ce que je sais, je le dois au d\u00e9sespoir.\u00a0\u00bb Fils d\u2019une cuisini\u00e8re et d\u2019un tonnelier, c\u2019est le seul th\u00e9oricien r\u00e9volutionnaire issu d\u2019un milieu populaire au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle. Il critique le communisme de Marx (grand bourgeois) dans <em>La Philosophie de la mis\u00e8re<\/em> (1846).\u00a0 Marx lui r\u00e9pond dans <em>La Mis\u00e8re de la philosophie<\/em> (1847), le traitant, insulte supr\u00eame, de \u00ab\u00a0petit-bourgeois constamment ballott\u00e9 entre le Travail et le Capital, entre l\u2019\u00e9conomie politique et le communisme\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si l\u2019on veut abolir la peine de mort, en ce cas que <span class=\"caps\">MM<\/span>.\u00a0les assassins commencent\u00a0: qu\u2019ils ne tuent pas, on ne les tuera pas.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2103\" class=\"cit-num\">2103<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alphonse <span class=\"caps\">KARR<\/span> (1808-1890),<em> Les Gu\u00eapes<\/em> (1840)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Romancier, journaliste, directeur du <em>Figaro<\/em> (n\u00e9 hebdomadaire satirique), il cr\u00e9e en 1839 la revue mensuelle <em>Les Gu\u00eapes<\/em> dont les pamphlets visent le monde des arts, des lettres et de la politique, jusqu\u2019en 1849. La presse ne souffre finalement pas trop des lois r\u00e9pressives. Quant \u00e0 la peine de mort, c\u2019est une longue histoire qui commence au Moyen \u00c2ge. L\u2019\u00e9galit\u00e9 devant la mort est acquise sous la R\u00e9volution avec la guillotine, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019abolition en 1981 avec l\u2019arriv\u00e9e de la gauche au pouvoir, malgr\u00e9 une opinion publique partag\u00e9e sur la question.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ou la conqu\u00eate, ou l\u2019abandon.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2104\" class=\"cit-num\">2104<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Thomas Robert <span class=\"caps\">BUGEAUD<\/span> (1784-1849), Chambre des d\u00e9put\u00e9s, 15\u00a0f\u00e9vrier 1840. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La politique alg\u00e9rienne de la France est trop h\u00e9sitante, aux yeux du futur mar\u00e9chal. Le trait\u00e9 sign\u00e9 en 1837 entre Bugeaud et l\u2019\u00e9mir Abd el-Kader a \u00e9t\u00e9 viol\u00e9. L\u2019\u00e9mir a proclam\u00e9 la guerre sainte contre les Fran\u00e7ais qui occupent l\u2019Alg\u00e9rie depuis 1830 et le militaire met les politiques face \u00e0 leurs responsabilit\u00e9s.<\/p>\n<p>Bugeaud consid\u00e8re pourtant l\u2019Alg\u00e9rie comme \u00ab\u00a0le plus funeste des pr\u00e9sents que la Restauration ait fait \u00e0 la R\u00e9volution de juillet\u00a0\u00bb, pr\u00f4nant l\u2019occupation restreinte de quelques bases strat\u00e9giques pour emp\u00eacher les raids barbaresques. Victor Hugo, le 15\u00a0janvier 1840, balaie ses r\u00e9ticences, entra\u00eenant la France sur la voie de la colonisation par l\u2019\u00e9migration civile massive\u00a0: \u00ab\u00a0Je crois que notre nouvelle conqu\u00eate est chose heureuse et grande. C\u2019est la civilisation qui marche sur la barbarie. C\u2019est un peuple \u00e9clair\u00e9 qui va trouver un peuple dans la nuit. Nous sommes les Grecs du monde, c\u2019est \u00e0 nous d\u2019illuminer le monde. Notre mission s\u2019accomplit. Vous pensez autrement que moi, c\u2019est tout simple. Vous parlez en soldat, en homme d\u2019action. Moi je parle en philosophe et en penseur.\u00a0\u00bb Impossible de juger sans commettre le p\u00e9ch\u00e9 d\u2019anachronisme, trop fr\u00e9quent en mati\u00e8re historique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0[La colonisation ne se fait pas] dans des pots de fleurs sur les terrasses d\u2019Alger.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2111\" class=\"cit-num\">2111<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Thomas Robert <span class=\"caps\">BUGEAUD<\/span> (1784-1849). <em>Lettres in\u00e9dites du Mar\u00e9chal Bugeaud, duc d\u2019Isly, 1808-1849<\/em> (posthume, 1922)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le militaire au franc-parler d\u00e9plore le manque de moyens que lui donne la France. Nomm\u00e9 gouverneur de l\u2019Alg\u00e9rie le 29 d\u00e9cembre 1840, il demandera au roi\u00a0: \u00ab\u00a0Cent mille hommes et cent millions pendant sept ans\u00a0!\u00a0\u00bb Mais les d\u00e9put\u00e9s sont bien loin de la r\u00e9alit\u00e9 des op\u00e9rations sur le terrain, en 1842. Le minist\u00e8re Soult-Guizot a des probl\u00e8mes plus hexagonaux \u2013 politiques, \u00e9conomiques et sociaux \u2013 et d\u2019autres colonies sont \u00e0 l\u2019ordre du jour\u00a0: occupation de l\u2019archipel des Marquises, protectorat \u00e0 Tahiti, fondations de comptoirs en C\u00f4te d\u2019Ivoire.<\/p>\n<p>Bugeaud avait pour devise \u00ab\u00a0<em>Ense et aratro.<\/em>\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0Par l\u2019\u00e9p\u00e9e et par la charrue.\u00a0\u00bb Autrement dit, on sert son pays en temps de guerre par les armes, en temps de paix par les travaux de l\u2019agriculture. C\u2019est le premier des officiers coloniaux \u00e0 mener de front op\u00e9rations de s\u00e9curit\u00e9 et travaux de colonisation\u00a0: d\u00e9frichements, routes, concessions de terre pour attirer de nouveaux colons, etc. Dix ans apr\u00e8s la prise d\u2019Alger, Bugeaud fait la conqu\u00eate de l\u2019Alg\u00e9rie et y gagne son b\u00e2ton de mar\u00e9chal, en 1843. Il d\u00e9missionnera de son poste de gouverneur en 1847.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne me prosterne pas devant cette m\u00e9moire\u00a0; je ne suis pas de cette religion napol\u00e9onienne, de ce culte de la force que l\u2019on veut substituer dans l\u2019esprit de la nation \u00e0 la religion s\u00e9rieuse de la libert\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2105\" class=\"cit-num\">2105<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alphonse de <span class=\"caps\">LAMARTINE<\/span> (1790-1869), \u00e0 l\u2019occasion du retour des cendres de Napol\u00e9on, Discours \u00e0 la Chambre, 26\u00a0mai\u00a01840. <em>La France parlementaire (1834-1851)\u00a0: \u0153uvres oratoires et \u00e9crits politiques<\/em>, Alphonse de Lamartine, Louis Ulbach<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les cendres de Napol\u00e9on seront rapport\u00e9es de Sainte-H\u00e9l\u00e8ne par le prince de Joinville (fils de Louis-Philippe) sur la Belle-Poule et transf\u00e9r\u00e9es aux Invalides le 15\u00a0d\u00e9cembre 1840. Thiers, revenu \u00e0 la t\u00eate du gouvernement le 1er\u00a0mars 1840 et \u00e0 d\u00e9faut de programme, flatte la vanit\u00e9 nationale r\u00e9pandue dans le peuple comme dans la bourgeoisie. Lamartine d\u00e9put\u00e9 y est hostile, proph\u00e9tisant le Second Empire \u2013 po\u00e8te et politicien, il a souvent une \u00e9trange prescience de l\u2019avenir.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ne me parlez pas des po\u00e8tes qui parlent de politique\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2113\" class=\"cit-num\">2113<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span>\u2013<span class=\"caps\">PHILIPPE<\/span> (1773-1850). <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le roi est d\u2019autant plus irrit\u00e9 par l\u2019opposition de Lamartine qu\u2019il semble, avec l\u2019\u00e2ge, prendre go\u00fbt au pouvoir et vouloir non plus seulement r\u00e9gner, mais gouverner.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Enrichissez-vous.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2114\" class=\"cit-num\">2114<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">GUIZOT<\/span> (1787-1874), Chambre des d\u00e9put\u00e9s, 1er\u00a0mars 1843. <em>Histoire parlementaire de France\u00a0: recueil complet des discours prononc\u00e9s dans les Chambres de 1819 \u00e0 1848<\/em> (1864), Fran\u00e7ois Guizot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res et pratiquement chef du gouvernement, son mot est souvent cit\u00e9 pour condamner ses conceptions politiques et r\u00e9sumer l\u2019esprit \u00e9go\u00efstement bourgeois de la Monarchie de Juillet. Exemple type de d\u00e9sinformation par utilisation d\u2019une citation tronqu\u00e9e\u00a0!<\/p>\n<p>Rappelons le contexte. Guizot r\u00e9pond aux attaques de l\u2019opposition\u00a0: \u00ab\u00a0Fondez votre gouvernement, affermissez vos institutions, \u00e9clairez-vous, enrichissez-vous, am\u00e9liorez la condition morale et mat\u00e9rielle de notre France.\u00a0\u00bb Il reprend le mot lors d\u2019un banquet, la m\u00eame ann\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Enrichissez-vous par le travail, par l\u2019\u00e9pargne et la probit\u00e9, et vous deviendrez \u00e9lecteurs.\u00a0\u00bb (Le droit de vote \u00e9tait conditionn\u00e9 par un seuil d\u2019imposition, le cens.) Le roi approuve les id\u00e9es de son ministre\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est ma bouche\u00a0\u00bb, dit-il.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019appelle bourgeois quiconque pense bassement.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2053\" class=\"cit-num\">2053<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Gustave <span class=\"caps\">FLAUBERT<\/span> (1821-1880), <em>Correspondance<\/em> (1842)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u00e9finir la bourgeoisie pour la critiquer est un exercice bien tentant pour les \u00e9crivains t\u00e9moins de leur temps. Cette d\u00e9finition de la nouvelle classe r\u00e9gnante sous la monarchie de ce roi bourgeois est sign\u00e9e d\u2019un fils de grand bourgeois (p\u00e8re m\u00e9decin-chef de l\u2019H\u00f4tel-Dieu de Rouen), passionn\u00e9 de litt\u00e9rature et particuli\u00e8rement inspir\u00e9 par la sottise bourgeoise qui s\u2019affiche, insolente.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La sinc\u00e8re amiti\u00e9 qui m\u2019unit \u00e0 la reine de la Grande-Bretagne et la cordiale entente qui existe entre mon gouvernement et le sien me confirment dans cette confiance.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2115\" class=\"cit-num\">2115<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span>\u2013<span class=\"caps\">PHILIPPE<\/span> (1773-1850), Discours du tr\u00f4ne, 27\u00a0d\u00e9cembre 1843. <em>M\u00e9moires pour servir \u00e0 l\u2019histoire de mon temps<\/em> (1858-1867), Fran\u00e7ois Guizot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les mots de \u00ab\u00a0cordiale entente\u00a0\u00bb font leur entr\u00e9e dans l\u2019histoire des relations franco-anglaises. Qui l\u2019eut pens\u00e9, il y a quelques si\u00e8cles ou m\u00eame quelques d\u00e9cennies\u00a0? Mais le Roi des barricades doit se faire accepter des cours europ\u00e9ennes, l\u2019Angleterre est la grande puissance mondiale du si\u00e8cle et l\u2019alliance avec elle est indispensable.<\/p>\n<p>2\u00a0septembre 1843, la reine Victoria a visit\u00e9 Paris. Louis-Philippe lui rendra la politesse \u00e0 Londres en octobre\u00a01844, et replacera la formule\u00a0: \u00ab\u00a0La France ne demande rien \u00e0 l\u2019Angleterre. L\u2019Angleterre ne demande rien \u00e0 la France. Nous ne voulons que l\u2019Entente cordiale.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Naturellement, et par une de ces lois providentielles o\u00f9 le droit et le fait se confondent, le droit de suffrage n\u2019appartient pas aux femmes. La Providence a vou\u00e9 les femmes \u00e0 l\u2019existence domestique.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2124\" class=\"cit-num\">2124<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">GUIZOT<\/span> (1787-1874), <em>La D\u00e9mocratie pacifique<\/em>, 10 janvier 1847. <em>Dictionnaire de la b\u00eatise et des erreurs de jugement<\/em> (1998), Guy Bechtel et Jean-Claude Carri\u00e8re<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce mot fera le bonheur des histoires du f\u00e9minisme et des dictionnaires de la misogynie. Le replacer dans son contexte n\u2019y change rien \u2013 \u00e0 l\u2019inverse du fameux \u00ab\u00a0Enrichissez-vous\u00a0!\u00a0\u00bb Il faut seulement le resituer dans son \u00e9poque et rappeler \u00e0 quel point le <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle est dur au sexe faible, avec son Code civil, sa mode du corset qui coupe le souffle aux femmes du monde (d\u2019o\u00f9 les \u00e9vanouissements pas toujours feints\u00a0!) et le travail aux champs comme \u00e0 l\u2019usine, qui \u00e9puise les femmes du peuple (et les enfants).<\/p>\n<p>La Deuxi\u00e8me R\u00e9publique ne sera pas plus favorable aux femmes et le socialiste Proudhon ne se montre pas plus indulgent que Guizot, ministre de la droite chr\u00e9tienne, conservatrice et r\u00e9actionnaire, sous la Monarchie de Juillet.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Louis-Philippe tend la main droite et montre le poing gauche.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2129\" class=\"cit-num\">2129<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Choses vues, 1847-1848<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le roi comprend enfin la gravit\u00e9 de la situation, le 23\u00a0f\u00e9vrier\u00a01848. Le matin, c\u2019est l\u2019assaut d\u2019une barricade, rue Quincampoix\u00a0: 16 soldats tu\u00e9s. Le sang vers\u00e9 l\u2019atterre, autant que l\u2019effraie la garde nationale sympathisant avec les \u00e9meutiers. Louis-Philippe renvoie Guizot, appelle Mol\u00e9 au gouvernement. Paris illumine, la rue semble se calmer. Le roi se rassure\u00a0: \u00ab\u00a0Les Parisiens ne font jamais de r\u00e9volution en hiver.\u00a0\u00bb Mais les r\u00e9publicains ne veulent pas laisser passer cette occasion. Malgr\u00e9 la pluie glac\u00e9e, le soir, un groupe de manifestants va huer Guizot sous ses fen\u00eatres, boulevard des Capucines, devant le minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res. La troupe se croit menac\u00e9e, un coup de feu part, les forces de l\u2019ordre ripostent\u00a0: la fusillade des Capucines laisse plus de 50 cadavres sur le pav\u00e9, promen\u00e9s en charrette dans la nuit \u00e0 la lueur des torches, sur fond de tocsin.<\/p>\n<p>Le roi se r\u00e9signe \u00e0 appeler l\u2019homme de la derni\u00e8re chance \u00e0 la t\u00eate du gouvernement, Thiers qu\u2019il n\u2019aime gu\u00e8re, \u00ab\u00a0Mirabeau-mouche\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0singe \u00e0 portefeuilles\u00a0\u00bb. C\u2019est la main droite tendue. En m\u00eame temps, il met le mar\u00e9chal Bugeaud \u00e0 la t\u00eate de l\u2019arm\u00e9e\u00a0: le pacificateur de l\u2019Alg\u00e9rie va pacifier Paris, pense-t-il. C\u2019est le poing gauche.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La populace ne peut faire que des \u00e9meutes. Pour faire une r\u00e9volution, il faut le peuple.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2133\" class=\"cit-num\">2133<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Tas de pierres<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Grand t\u00e9moin des \u00e9v\u00e9nements, il observe le corps social malade\u00a0: \u00ab\u00a0Je continue de t\u00e2ter le pouls \u00e0 la situation.\u00a0\u00bb Il oppose, comme dans ses \u0153uvres de fiction, le bien et le mal, le peuple glorieux et la populace m\u00e9prisable.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Fils de Saint Louis, montez en fiacre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2134\" class=\"cit-num\">2134<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mot c\u00e9l\u00e8bre et anonyme. <em>Dictionnaire des citations fran\u00e7aises et \u00e9trang\u00e8res<\/em>, Larousse<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Devant le ch\u00e2teau des Tuileries, le roi s\u2019appr\u00eate \u00e0 monter en voiture. Un homme du peuple lui aurait ouvert la porte et lanc\u00e9 ce mot par d\u00e9rision. Paraphrase du \u00ab\u00a0Fils de Saint Louis, montez au ciel\u00a0\u00bb, derniers mots de l\u2019abb\u00e9 Edgeworth de Firmont, confesseur de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, au roi montant sur l\u2019\u00e9chafaud en 1793. Louis-Philippe ne part que pour l\u2019exil, en Angleterre o\u00f9 il mourra deux ans plus tard.<\/p>\n<h3><span class=\"caps\">DEUXIEME<\/span> <span class=\"caps\">REPUBLIQUE<\/span><\/h3>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-7-41.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019enthousiasme fanatique et double de la R\u00e9publique que je fonde et de l\u2019ordre que je sauve.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2145\" class=\"cit-num\">2145<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alphonse de <span class=\"caps\">LAMARTINE<\/span> (1790-1869), chef du gouvernement provisoire, 24\u00a0f\u00e9vrier 1848.<em> <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle\u00a0: les grands auteurs fran\u00e7ais du programme<\/em> (1968), Andr\u00e9 Lagarde et Laurent Michard<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Entr\u00e9 en politique avec la r\u00e9volution de 1830, l\u2019auteur doit continuer d\u2019\u00e9crire pour des raisons financi\u00e8res \u2013 et c\u2019est une \u0153uvre d\u2019historien qui le mobilise (son <em>Histoire des Girondins<\/em>). Mais la R\u00e9publique va le mobiliser \u00e0 plein temps et plein c\u0153ur, pendant deux ans.<\/p>\n<p>Depuis son discours du 27\u00a0janvier 1843, qui le mit \u00e0 la t\u00eate de l\u2019opposition de gauche \u00e0 la Monarchie de Juillet, Lamartine jouit d\u2019une immense popularit\u00e9. Il a conduit le peuple \u00e0 la r\u00e9volution rendue in\u00e9vitable par l\u2019aveuglement des conservateurs, et le voil\u00e0 port\u00e9 au pouvoir en f\u00e9vrier\u00a01848, par une sorte d\u2019unanimit\u00e9 dont la fragilit\u00e9 et surtout l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 vont \u00e9clater dans les semaines qui viennent.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le drapeau rouge que vous nous rapportez n\u2019a jamais fait que le tour du Champ de Mars, tra\u00een\u00e9 dans le sang du peuple en 91 et 93, et le drapeau tricolore a fait le tour du monde avec le nom, la gloire et la libert\u00e9 de la patrie\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2146\" class=\"cit-num\">2146<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alphonse de <span class=\"caps\">LAMARTINE<\/span> (1790-1869), chef du gouvernement provisoire, derniers mots de son discours du 25\u00a0f\u00e9vrier 1848. <em>Les Orateurs politiques de la France, de 1830 \u00e0 nos jours<\/em> (1898), Maurice Pellisson<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Son lyrisme fait merveille, aux grandes heures du si\u00e8cle romantique. La veille, 24\u00a0f\u00e9vrier, il a accept\u00e9 la proclamation de la R\u00e9publique comme un fait accompli. Mais ce jour, il refuse l\u2019adoption officielle du drapeau rouge et, seul des onze membres du gouvernement provisoire, il a le courage d\u2019aller vers la foule en armes qui cerne l\u2019H\u00f4tel de Ville. Lui seul aussi est capable d\u2019apaiser les insurg\u00e9s du jour, et de rallier le lendemain les mod\u00e9r\u00e9s \u00e0 la R\u00e9publique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On se redit, pendant un mois, la phrase de Lamartine sur le drapeau rouge, \u00ab\u00a0qui n\u2019avait fait que le tour du Champ de Mars tandis que le drapeau tricolore\u00a0\u00bb, etc.\u00a0; et tous se rang\u00e8rent sous son ombre, chaque parti ne voyant des trois couleurs que la sienne \u2013 et se promettant bien, d\u00e8s qu\u2019il serait le plus fort, d\u2019arracher les deux autres.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2147\" class=\"cit-num\">2147<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Gustave <span class=\"caps\">FLAUBERT<\/span> (1821-1880), <em>L\u2019\u00c9ducation sentimentale<\/em> (1869)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le romancier voit juste, aid\u00e9 par le recul du temps\u00a0: la confusion et l\u2019enthousiasme des premiers jours masquent toutes les incompatibilit\u00e9s d\u2019opinion.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les quatre mois qui suivirent f\u00e9vrier furent un moment \u00e9trange et terrible. La France stup\u00e9faite, d\u00e9concert\u00e9e, en apparence joyeuse et terrifi\u00e9e en secret, [\u2026] en \u00e9tait \u00e0 ne pas distinguer le faux du vrai, le bien du mal, le juste de l\u2019injuste, le sexe du sexe, le jour de la nuit, entre cette femme qui s\u2019appelait Lamartine et cet homme qui s\u2019appelait George Sand.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2154\" class=\"cit-num\">2154<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Choses vues<\/em> (posthume).<em> L\u2019\u00c9crivain engag\u00e9 et ses ambivalences\u00a0: de Chateaubriand \u00e0 Malraux<\/em> (2003), Herbert R. Lottman<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le plus grand t\u00e9moin \u00e0 la barre de l\u2019histoire de son temps note toutes ses impressions, dans son <em>Journal<\/em>. Son \u0153uvre est une mine de citations, et les plus belles appartiennent aux grandes \u00e9poques de trouble qui d\u00e9chir\u00e8rent la France. En prime, l\u2019humour est pr\u00e9sent, et l\u2019antith\u00e8se hugolienne fort juste.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le gouvernement est compos\u00e9 d\u2019hommes excellents pour la plupart, tous un peu incomplets et insuffisants \u00e0 une t\u00e2che qui demanderait le g\u00e9nie de Napol\u00e9on et le c\u0153ur de J\u00e9sus.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2155\" class=\"cit-num\">2155<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">George <span class=\"caps\">SAND<\/span> (1804-1876), Lettre au po\u00e8te ouvrier Charles Poncy, mars\u00a01848. <em>L\u2019\u00c9crivain engag\u00e9 et ses ambivalences\u00a0: de Chateaubriand \u00e0 Malraux<\/em> (2003), Herbert R. Lottman<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les \u00ab\u00a0hommes excellents\u00a0\u00bb, Lamartine en t\u00eate, sont des r\u00e9publicains radicaux et surtout mod\u00e9r\u00e9s, d\u00e9put\u00e9s de l\u2019opposition sous la Monarchie de Juillet \u2013 Ledru-Rollin, Marie, Dupont de l\u2019Eure, Garnier-Pag\u00e8s, Arago le savant \u2013 ou des journalistes de gauche \u2013 Marrast, r\u00e9dacteur du <em>National<\/em>, Flocon de <em>La R\u00e9forme<\/em> \u2013 et quelques socialistes impos\u00e9s par les forces r\u00e9volutionnaires \u2013 Louis Blanc, Albert, un m\u00e9canicien. Pour eux, le plus dur est \u00e0 venir, mais apr\u00e8s une premi\u00e8re s\u00e9rie de d\u00e9crets les premiers jours, ce gouvernement a d\u00e9j\u00e0 d\u00fb se rendre impopulaire en augmentant les imp\u00f4ts de 45\u00a0%, d\u2019o\u00f9 le m\u00e9contentement des paysans. D\u2019ailleurs, toute la province se m\u00e9fie \u00e0 pr\u00e9sent des d\u00e9cisions venues de Paris. Les circulaires du radical Ledru-Rollin passent mal \u00e0 Bordeaux, Besan\u00e7on, Beauvais, Troyes. Il faut la caution de Lamartine pour rassurer les mod\u00e9r\u00e9s qu\u2019effraient aussi les premi\u00e8res manifestations de rues dans la capitale \u2013 le 17\u00a0mars, pour retarder la date des \u00e9lections, report\u00e9es au 23\u00a0avril.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0D\u00e9sormais, le bulletin de vote doit remplacer le fusil.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2156\" class=\"cit-num\">2156<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">M. L.<\/span> <span class=\"caps\">BOSREDON<\/span> (<span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle), l\u00e9gende de <em>L\u2019Urne et le fusil<\/em>, gravure illustrant le r\u00e9tablissement du suffrage universel (masculin) par d\u00e9cret du 5\u00a0mars 1848. <em>Histoire de la France<\/em> (1989), Andr\u00e9 Burgui\u00e8re, Jacques Revel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La France, comme en 1792, est le premier \u00c9tat du monde \u00e0 s\u2019engager dans cette voie. D\u2019autres pays europ\u00e9ens vont l\u2019imiter, mais l\u2019\u00e9chec des r\u00e9volutions de 1848 en reportera l\u2019application \u00e0 plus tard. En attendant, on passe de 250\u00a0000 \u00e9lecteurs (suffrage censitaire) \u00e0 plus de 9\u00a0millions.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les barricades sont contagieuses, c\u2019est la tentation, la passion h\u00e9r\u00e9ditaire de la population parisienne.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2168\" class=\"cit-num\">2168<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LEDRU<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ROLLIN<\/span> (1807-1874). <em>Les R\u00e9voltes de Paris\u00a0: 1358-1968<\/em> (1998), Claude Dufresne<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Avocat de journalistes condamn\u00e9s apr\u00e8s les insurrections r\u00e9publicaines sous la Monarchie de Juillet, d\u00e9put\u00e9 d\u2019extr\u00eame gauche, ministre de l\u2019Int\u00e9rieur dans le gouvernement provisoire de f\u00e9vrier-mars\u00a01848, il se retrouve dans la nouvelle Commission ex\u00e9cutive (gouvernement tr\u00e8s provisoire) de la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique \u2013 d\u00e9j\u00e0 \u00e9branl\u00e9e, faute de pouvoir satisfaire tous les espoirs mis en elle par le peuple\u00a0!<\/p>\n<p>Le 15\u00a0mai, une manifestation d\u00e9g\u00e9n\u00e8re en coup de force et tourne au coup d\u2019\u00c9tat\u00a0: 50\u00a0000 personnes envahissent l\u2019Assembl\u00e9e. Les meneurs r\u00e9publicains sont arr\u00eat\u00e9s et emprisonn\u00e9s. Lamartine tente de r\u00e9tablir le calme par son \u00e9loquence. Mais la France mod\u00e9r\u00e9e s\u2019effraie. Le pouvoir doit faire face aux nouvelles journ\u00e9es du 23 au 26\u00a0juin 1848, suite \u00e0 la fermeture des Ateliers nationaux le 21\u00a0juin\u00a0: bourgeois et rentiers s\u2019exasp\u00e9raient de devoir financer ces \u00ab\u00a0r\u00e2teliers nationaux\u00a0\u00bb, o\u00f9 l\u2019on pave, d\u00e9pave et repave les rues pour rien. 110\u00a0000 travailleurs se retrouvent jet\u00e9s sur le pav\u00e9 de Paris. Les barricades commencent \u00e0 l\u2019est de la capitale, dans les quartiers populaires.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La R\u00e9publique a de la chance, elle peut tirer sur le peuple\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2171\" class=\"cit-num\">2171<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span>\u2013<span class=\"caps\">PHILIPPE<\/span> (1773-1850), exil\u00e9 en Angleterre, apprenant que Cavaignac a fait tirer sur les \u00e9meutiers, le 25\u00a0juin 1848.<em> Louis-Philippe, roi des Fran\u00e7ais<\/em> (1990), Georges Bordonove<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le dernier roi de France, comme Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, eut la hantise de faire couler le sang des Fran\u00e7ais et refusa le plan de Thiers (en 1871, il d\u00e9bouchera sur le massacre, pendant la Commune de Paris).<\/p>\n<p>Le g\u00e9n\u00e9ral Cavaignac a pour mission de stopper cette guerre sociale. Des gardes nationaux de province se joignent \u00e0 la troupe et aux gardes mobiles. Ses hommes prennent position dans les quartiers calmes et il laisse la r\u00e9volte s\u2019\u00e9tendre, pour mieux la r\u00e9primer le lendemain, 25\u00a0juin, pi\u00e9geant quelque 40\u00a0000 ouvriers au c\u0153ur de la capitale.<\/p>\n<p>La lutte est meurtri\u00e8re. L\u2019archev\u00eaque de Paris venu s\u2019interposer sur une barricade du faubourg Saint-Antoine, un crucifix entre les mains, est tu\u00e9 d\u2019une balle perdue. Le g\u00e9n\u00e9ral Br\u00e9a veut parlementer avec les \u00e9meutiers pour leur \u00e9viter le pire\u00a0: il est massacr\u00e9 avec son aide de camp. La fusillade est continue, la r\u00e9sistance d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le bonnet de coton ne se montra pas moins hideux que le bonnet rouge.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2173\" class=\"cit-num\">2173<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Gustave <span class=\"caps\">FLAUBERT<\/span> (1821-1880), <em>L\u2019\u00c9ducation sentimentale<\/em> (1869)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les repr\u00e9sailles ont suivi les combats. Bilan humain des journ\u00e9es de juin\u00a0: plus de 4\u00a0000 morts chez les insurg\u00e9s, 1\u00a0600 parmi les forces de l\u2019ordre (arm\u00e9e et garde nationale). Et 3\u00a0000 prisonniers ou d\u00e9port\u00e9s en Alg\u00e9rie.<\/p>\n<p>Bilan politique\u00a0: la rupture est consomm\u00e9e entre la gauche populaire, prol\u00e9taire et socialiste (\u00e0 Paris surtout, mais tr\u00e8s minoritaire dans le pays) et la droite conservatrice \u00e0 laquelle vont peu \u00e0 peu se joindre les r\u00e9publicains mod\u00e9r\u00e9s, pour former le parti de l\u2019Ordre. Flaubert rejette ici dos \u00e0 dos le bourgeois et le peuple.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai honte aujourd\u2019hui d\u2019\u00eatre Fran\u00e7aise, moi qui nagu\u00e8re en \u00e9tais si heureuse [\u2026] Je ne crois plus \u00e0 l\u2019existence d\u2019une r\u00e9publique qui commence par tuer ses prol\u00e9taires.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2174\" class=\"cit-num\">2174<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">George <span class=\"caps\">SAND<\/span> (1804-1876), Lettre \u00e0 Charlotte Marliani, juillet\u00a01848.<em> Les \u00c9crivains devant la R\u00e9volution de 1848<\/em> (1948), Jean Pommier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Elle \u00e9crit ces mots \u00e0 sa confidente et amie, montrant \u00e0 quel point son c\u0153ur est du c\u00f4t\u00e9 des \u00e9meutiers. La \u00ab\u00a0bonne dame de Nohant\u00a0\u00bb n\u2019aura pas la m\u00eame inconditionnalit\u00e9 pour la Commune de Paris en 1871.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Toute ma vie sera consacr\u00e9e \u00e0 l\u2019affermissement de la R\u00e9publique.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2179\" class=\"cit-num\">2179<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1808-1873), Discours du 21\u00a0septembre 1848.<em> Napol\u00e9on le Petit<\/em> (1852), Victor Hugo<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le futur Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> fait un pas de plus dans l\u2019histoire\u00a0: r\u00e9\u00e9lu en septembre dans cinq d\u00e9partements, il choisit l\u2019Yonne, d\u00e9cide de se pr\u00e9senter \u00e0 la pr\u00e9sidence et commence \u00e0 faire campagne pour les 10 et 11\u00a0d\u00e9cembre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Laissez le neveu de l\u2019empereur s\u2019approcher du soleil de notre R\u00e9publique\u00a0; je suis s\u00fbr qu\u2019il dispara\u00eetra dans ses rayons.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2181\" class=\"cit-num\">2181<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">BLANC<\/span> (1811-1882). <em>Histoire parlementaire de l\u2019Assembl\u00e9e nationale<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1848), F. Wouters, <span class=\"caps\">A.J.C.<\/span> Gendeblen<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un bon historien peut faire gravement erreur sur son temps. C\u2019est la R\u00e9publique qui va dispara\u00eetre devant l\u2019Empire restaur\u00e9. Il est vrai que les premiers t\u00e9moins n\u2019ont pas cru dans le destin du nouvel homme qui particuli\u00e8rement falot\u2026 Louis Blanc faisait ici allusion \u00e0 une d\u00e9claration du candidat empruntant au lyrisme hugolien\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019oncle de Louis-Napol\u00e9on, que disait-il\u00a0? Il disait\u00a0: \u00ab\u00a0La r\u00e9publique est comme le soleil.\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La tribune est fatale aux m\u00e9diocrit\u00e9s et aux impuissants. Nous ne voulons pas \u00eatre trop cruels envers un homme condamn\u00e9 \u00e0 cet accablant contraste, en sa propre personne, d\u2019une telle insuffisance et d\u2019un tel nom.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2182\" class=\"cit-num\">2182<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Le National<\/em>, 10\u00a0octobre 1848. <em>Louis Napol\u00e9on le Grand<\/em> (1990), Philippe S\u00e9guin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La veille, Louis-Napol\u00e9on Bonaparte est interpell\u00e9 par les d\u00e9put\u00e9s sur ses intentions. Un t\u00e9moin raconte qu\u2019\u00ab\u00a0il avait le regard mal assur\u00e9, comme un \u00e9colier qui n\u2019est pas certain d\u2019avoir bien r\u00e9cit\u00e9 sa le\u00e7on\u00a0\u00bb. Lors de sa premi\u00e8re pr\u00e9sentation au palais Bourbon, 26\u00a0septembre, le nouveau d\u00e9put\u00e9 de l\u2019Yonne fit d\u00e9j\u00e0 mauvaise impression, montant \u00e0 la tribune pour lire un papier chiffonn\u00e9, parlant de ses \u00ab\u00a0compatriotes\u00a0\u00bb avec un fort accent \u00e9tranger. Verdict de Ledru-Rollin\u00a0: \u00ab\u00a0Quel imb\u00e9cile, il est coul\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb Et Lamartine l\u2019appelle \u00ab\u00a0un chapeau sans t\u00eate\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis Corse d\u2019origine, \/ Je suis Anglais pour le ton,<br>Suisse d\u2019\u00e9ducation \/ Et Cosaque pour la mine [\u2026]<br>J\u2019ai la redingote grise, \/ Et j\u2019ai le petit chapeau\u00a0;<br>Ce costume est assez beau, \/ On admire cette mise.<br>Seul le g\u00e9nie est absent \/ Pour faire un bon pr\u00e9sident.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2188\" class=\"cit-num\">2188<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Complainte de Louis-Napol\u00e9on pour compl\u00e9ter sa profession de foi<\/em> (1848), chanson. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il dut souffrir de toutes ces chansons qui le brocard\u00e8rent, d\u00e9j\u00e0 en \u00ab\u00a0Ratapoil\u00a0\u00bb, bient\u00f4t en \u00ab\u00a0Badinguet\u00a0\u00bb et autres surnoms. Selon Hugo\u00a0: \u00ab\u00a0Peu lui importe d\u2019\u00eatre m\u00e9pris\u00e9, il se contente de la figure du respect\u00a0\u00bb (Napol\u00e9on le Petit). Bien que chansonn\u00e9 et ridiculis\u00e9, sous-estim\u00e9, malmen\u00e9, le candidat \u00e0 la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique a toutes ses chances\u00a0: port\u00e9 par la l\u00e9gende napol\u00e9onienne qui enchante le peuple et l\u2019a d\u00e9j\u00e0 fait d\u00e9put\u00e9, il rassure les bourgeois qui ont vu de pr\u00e8s le \u00ab\u00a0p\u00e9ril rouge\u00a0\u00bb, lors des derni\u00e8res \u00e9meutes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le citoyen Bonaparte \u00e9lu pr\u00e9sident de la R\u00e9publique.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2189\" class=\"cit-num\">2189<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Armand <span class=\"caps\">MARRAST<\/span> (1801-1852), pr\u00e9sident de l\u2019Assembl\u00e9e constituante, D\u00e9claration du 20\u00a0d\u00e9cembre 1848. <em>Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span><\/em> (1969), Georges Roux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>R\u00e9sultats du scrutin des 10 et 11\u00a0d\u00e9cembre, proclam\u00e9s lors d\u2019une s\u00e9ance solennelle \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e. Triomphe pour le \u00ab\u00a0citoyen Bonaparte\u00a0\u00bb \u00e9lu au suffrage universel par 75\u00a0% des votants (5,5\u00a0millions de voix). D\u00e9route de Lamartine qui n\u2019\u00e9tait candidat que de lui-m\u00eame (17\u00a0914 voix). Les voix r\u00e9publicaines se sont dispers\u00e9es entre Cavaignac (1,4\u00a0million de mod\u00e9r\u00e9s), Ledru-Rollin (370 000 d\u00e9mocrates) et Raspail (moins de 37\u00a0000 socialistes r\u00e9volutionnaires), trois candidats relativement ignor\u00e9s hors Paris et la minorit\u00e9 \u00e9clair\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Plus \u00e7a change, plus c\u2019est la m\u00eame chose.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2193\" class=\"cit-num\">2193<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alphonse <span class=\"caps\">KARR<\/span> (1808-1890), titre de deux recueils d\u2019articles,<em> Les Gu\u00eapes<\/em>, janvier\u00a01849<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le journaliste multiplie les pamphlets dans sa revue de satire politique, sans savoir \u00e0 quel point l\u2019avenir va lui donner raison. \u00ab\u00a0L\u2019histoire, comme une idiote, m\u00e9caniquement se r\u00e9p\u00e8te\u00a0\u00bb, \u00e9crira Paul Morand (Ferm\u00e9 la nuit). En vertu de quoi la R\u00e9publique, bient\u00f4t vol\u00e9e aux r\u00e9publicains, d\u00e9bouchera donc sur l\u2019Empire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0N\u00e9e de l\u2019\u00e9meute, comme la Monarchie de Juillet, la deuxi\u00e8me R\u00e9publique se mettait tout de suite de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la barricade.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2194\" class=\"cit-num\">2194<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">BAINVILLE<\/span> (1879-1936),<em> Histoire de France<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La tendance s\u2019affirme avec la nouvelle assembl\u00e9e.\u00a0La L\u00e9gislative, \u00e9lue au suffrage universel le 13\u00a0mai 1849, montre l\u2019opinion partag\u00e9e entre deux grands courants. Le parti de l\u2019Ordre, conservateur, a 53\u00a0% des voix et quelque 500 \u00e9lus (l\u00e9gitimistes, orl\u00e9anistes, r\u00e9publicains mod\u00e9r\u00e9s et bonapartistes). Les d\u00e9mocrates-socialistes, avec \u00e0 leur t\u00eate Ledru-Rollin, ont 35\u00a0% des voix et quelque 180 \u00e9lus. Un troisi\u00e8me groupe, dit des r\u00e9publicains de la veille, obtient 70 d\u00e9put\u00e9s avec 12\u00a0% des voix. Malgr\u00e9 leur majorit\u00e9, les conservateurs s\u2019inqui\u00e8tent du succ\u00e8s des d\u00e9mocrates dans certaines villes (dont Paris), quelques r\u00e9gions industrielles (autour de Lyon, Saint-\u00c9tienne) et m\u00eame rurales (au nord du Massif central).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est temps que les bons se rassurent et que les m\u00e9chants tremblent.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2199\" class=\"cit-num\">2199<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1808-1873), pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, juin\u00a01849.<em> M\u00e9moires du duc de Persigny<\/em> (1896)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Suite \u00e0 la manifestation du 13\u00a0juin qui a d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9 en \u00e9meute, le pr\u00e9sident pr\u00e9cise\u00a0: \u00ab\u00a0Ce syst\u00e8me d\u2019agitation entretient dans le pays le malaise et la d\u00e9fiance qui engendrent la mis\u00e8re\u00a0; il faut qu\u2019il cesse.\u00a0\u00bb Ce langage ne peut que plaire \u00e0 un peuple \u00e9prouv\u00e9 par les \u00e9v\u00e9nements et cette derni\u00e8re insurrection n\u2019a pas trouv\u00e9 un r\u00e9el appui populaire. Le gouvernement, avec la majorit\u00e9 \u00e0 la Chambre, en profite pour liquider l\u2019opposition d\u00e9mocratique\u00a0: dix journaux suspendus, \u00e9tat de si\u00e8ge d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 \u00e0 Paris et \u00e0 Lyon, clubs ferm\u00e9s, d\u00e9put\u00e9s d\u2019opposition d\u00e9chus.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On craint une folie imp\u00e9riale. Le peuple la verrait tranquillement.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2200\" class=\"cit-num\">2200<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9lise <span class=\"caps\">THIERS<\/span> (1818-1880), n\u00e9e Dosne. <em>Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span><\/em> (1969), Georges Roux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019\u00e9pouse de Thiers t\u00e9moigne, ayant vu Louis-Napol\u00e9on Bonaparte passer en revue les troupes le 4\u00a0novembre 1849. Le pr\u00e9sident est populaire dans l\u2019arm\u00e9e\u00a0: il multiplie les grandes revues, augmente la solde des sous-officiers. Le \u00ab\u00a0prince Louis-Napol\u00e9on\u00a0\u00bb m\u00e8ne une politique personnelle, se fait acclamer en province, cr\u00e9e son parti et ses journaux. Les craintes de Mme\u00a0Thiers sont justifi\u00e9es, la carri\u00e8re de son mari marquera un temps d\u2019arr\u00eat sous le Second Empire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Surtout n\u2019ayez pas peur du peuple, il est plus conservateur que vous.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2142\" class=\"cit-num\">2142<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1808-1873), <em>Du syst\u00e8me \u00e9lectoral. Questions de mon temps\u00a0: 1836 \u00e0 1856<\/em> (1865), \u00c9mile de Girardin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Paroles du principal gagnant de cette R\u00e9publique num\u00e9ro deux, \u00e9lu pr\u00e9sident, puis pl\u00e9biscit\u00e9 empereur. Cit\u00e9 et approuv\u00e9 par le grand patron de presse, Girardin. C\u2019est fort bien vu dans la France de l\u2019\u00e9poque et l\u2019heure venue, il saura se pr\u00e9senter comme le champion du suffrage universel. R\u00e9tabli le 5\u00a0mars 1848, c\u2019est la grande conqu\u00eate de la R\u00e9volution de 1848, mais la France est-elle pr\u00eate\u00a0? Sans pr\u00e9paration, sans transition, le nouveau r\u00e9gime substitue aux int\u00e9r\u00eats de la classe dirigeante les sentiments et les passions du peuple.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les Bonaparte, c\u2019est tout de m\u00eame un clan qui se remplit les poches, se distribue les couronnes, et qui, en 1851, s\u2019attable pour le deuxi\u00e8me service.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2144\" class=\"cit-num\">2144<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MAURIAC<\/span> (1885-1970), <em>Bloc-notes<\/em>, <span class=\"caps\">IV<\/span> (1965-1967) dans le journal <em>L\u2019Express<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Hugo n\u2019aurait pas mieux dit, contre le second, mais son culte pour le premier l\u2019a rendu encore plus cruel. Les autres contemporains de Louis-Napol\u00e9on Bonaparte sont s\u00e9v\u00e8res pour ce nouvel empereur.<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les citations \u00ab\u00a0r\u00e9f\u00e9rentielles\u00a0\u00bb (inspir\u00e9es du syst\u00e8me des coordonn\u00e9es en physique) renvoient \u00e0 un personnage, un \u00e9v\u00e9nement, une th\u00e9orie ou une opinion, voire une autre citation en effet miroir. Bref, \u00e0 tout ce qui fait date et sens dans notre histoire o\u00f9 le r\u00e9cit national c\u00f4toie parfois le roman.Elles se pr\u00e9sentent sous diverses formes\u00a0: slogans, appels, [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":221,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-9673","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-edito-de-la-semaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9673","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9673"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9673\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12623,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9673\/revisions\/12623"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9673"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9673"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9673"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}