{"id":9678,"date":"2023-03-20T00:00:00","date_gmt":"2023-03-19T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/citations-referentielles-le-miroir-de-lhistoire-directoire-consulat-et-empire-de-napoleon\/"},"modified":"2025-08-12T08:43:02","modified_gmt":"2025-08-12T06:43:02","slug":"citations-referentielles-le-miroir-de-lhistoire-directoire-consulat-et-empire-de-napoleon","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/citations-referentielles-le-miroir-de-lhistoire-directoire-consulat-et-empire-de-napoleon\/","title":{"rendered":"Citations r\u00e9f\u00e9rentielles : le miroir de l\u2019Histoire (Directoire, Consulat et Empire de Napol\u00e9on)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>Les citations \u00ab\u00a0r\u00e9f\u00e9rentielles\u00a0\u00bb (inspir\u00e9es du syst\u00e8me des coordonn\u00e9es en physique) renvoient \u00e0 un personnage, un \u00e9v\u00e9nement, une th\u00e9orie ou une opinion, voire une autre citation en effet miroir. Bref, \u00e0 tout ce qui fait date et sens dans notre histoire o\u00f9 le r\u00e9cit national c\u00f4toie parfois le roman.<\/p>\n<p>Elles se pr\u00e9sentent sous diverses formes\u00a0: slogans, appels, discours, chansons, \u00e9pitaphes, textes de loi, presse (titres ou extraits d\u2019articles), po\u00e8mes, chroniques, m\u00e9moires, lettres, pamphlets et autres sources. \u00c0 la limite, toutes les bonnes citations ont vocation \u00e0 devenir r\u00e9f\u00e9rentielles, si elles trouvent \u00e9cho au-del\u00e0 de leur \u00e9poque pour devenir patrimoniales.<\/p>\n<p>Elles d\u00e9montrent que l\u2019Histoire de France a vocation pour servir de r\u00e9f\u00e9rence\u00a0\u2013 jamais assez, jamais trop\u00a0\u2013 \u00e9tant notre lien, notre identit\u00e9, en m\u00eame temps que l\u2019indispensable recul pour juger de l\u2019actualit\u00e9 politique.<\/p>\n<p>Elles doivent \u00eatre contextualis\u00e9es, comment\u00e9es \u2013 \u00e7a tombe bien, telle est la r\u00e8gle de notre <em>Histoire en citations<\/em> dont elles sont toutes tir\u00e9es.<\/p>\n<p>La chronologie s\u2019impose au fil de cet \u00e9dito en 10 \u00e9pisodes (et 23 \u00e9poques) qui renvoient aux Chroniques, de la Gaule \u00e0 nos jours.<\/p>\n<h3><span class=\"caps\">DIRECTOIRE<\/span><\/h3>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-6-50.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un jeune homme de vingt-six ans se trouve avoir effac\u00e9 en une ann\u00e9e les Alexandre, les C\u00e9sar, les Annibal, les Fr\u00e9d\u00e9ric. Et, comme pour consoler l\u2019humanit\u00e9 de ces succ\u00e8s sanglants, il joint aux lauriers de Mars l\u2019olivier de la civilisation.\u00a0\u00bb<span id=\"1647\" class=\"cit-num\">1647<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">STENDHAL<\/span> (1783-1842), <em>Vie de Napol\u00e9on<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>S\u2019il est un Nom r\u00e9f\u00e9rentiel dans l\u2019Histoire et bien au-del\u00e0 de la France, c\u2019est lui \u2013 personnage historique le plus consult\u00e9 sur Google apr\u00e8s le Christ, en 2022.\u00a0<\/p>\n<p>Engag\u00e9 dans l\u2019arm\u00e9e de Bonaparte (\u00e2g\u00e9 de 26\u00a0ans en 1795), le futur romancier d\u00e9couvre l\u2019Italie avec un \u00e9merveillement dont son \u0153uvre sera plus tard le reflet. Stendhal \u00e9crit cet essai \u00e0 Milan en 1817-1818 pour r\u00e9pondre \u00e0 Mme de Sta\u00ebl\u00a0: dans ses <em>Consid\u00e9rations sur la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em>, elle attaquait l\u2019homme \u00e0 qui Stendhal voue une passion. Cela n\u2019exclut pas la critique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce Corse terroriste nomm\u00e9 Bonaparte, le bras droit de Barras [\u2026] qui n\u2019a pas trente ans et nulle exp\u00e9rience de la guerre [\u2026] petit bamboche \u00e0 cheveux \u00e9parpill\u00e9s, b\u00e2tard de Mandrin.\u00a0\u00bb<span id=\"1648\" class=\"cit-num\">1648<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MALLET<\/span> du <span class=\"caps\">PAN<\/span> (1749-1800). <em>Dictionnaire critique de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1992), Fran\u00e7ois Furet, Mona Ozouf<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Suisse d\u2019expression fran\u00e7aise et hostile \u00e0 la R\u00e9volution, il est devenu le porte-parole des \u00e9migr\u00e9s et l\u2019agent secret de la cour aupr\u00e8s des gouvernements antir\u00e9volutionnaires. Un article sur la conduite de Bonaparte en Italie (lors de sa campagne de 1797) irrite profond\u00e9ment le \u00ab\u00a0Corse terroriste\u00a0\u00bb\u00a0: l\u2019\u00e9crivain journaliste doit s\u2019exiler. Bonaparte, pas plus que Napol\u00e9on, ne supporte l\u2019opposition. Ses opposants litt\u00e9raires auront souvent du talent, voire du g\u00e9nie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous n\u2019avez ni souliers, ni habits, ni chemises, presque pas de pain, et nos magasins sont vides\u00a0; ceux de l\u2019ennemi regorgent de tout. C\u2019est \u00e0 vous de les conqu\u00e9rir. Vous le voulez, vous le pouvez, partons\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"1656\" class=\"cit-num\">1656<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), \u00e0 ses soldats, Toulon, 29\u00a0mars 1796. <em>L\u2019Europe et la R\u00e9volution fran\u00e7aise, Cinqui\u00e8me partie, Bonaparte et le Directoire<\/em> (1903), Albert Sorel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Nomm\u00e9 g\u00e9n\u00e9ral en chef de l\u2019arm\u00e9e d\u2019Italie par le Directoire, il tient ce langage le jour de son arriv\u00e9e devant Toulon. C\u2019est le d\u00e9but de la (premi\u00e8re) campagne d\u2019Italie\u00a0: Carnot, l\u2019\u00ab\u00a0Organisateur de la victoire\u00a0\u00bb sous la R\u00e9volution, devenu l\u2019un des cinq Directeurs au pouvoir, a envoy\u00e9 le g\u00e9n\u00e9ral Bonaparte pour retenir en Italie une partie de l\u2019arm\u00e9e autrichienne \u2013 simple op\u00e9ration de diversion, ce qui explique l\u2019intendance d\u00e9plorable. Et c\u2019est le commencement d\u2019une irr\u00e9sistible ascension.<\/p>\n<p>Ce g\u00e9n\u00e9ral en chef de 26\u00a0ans a d\u00e9j\u00e0 l\u2019art de galvaniser ses troupes \u2013\u00a0vagabonds en guenilles dont il va faire des soldats victorieux face \u00e0 des arm\u00e9es sup\u00e9rieures en nombre\u00a0\u2013 avec les mots dict\u00e9s par les circonstances\u00a0: \u00ab\u00a0Votre patience \u00e0 supporter toutes les privations, votre bravoure \u00e0 affronter tous les dangers excitent l\u2019admiration de la France\u00a0; elle a les yeux tourn\u00e9s sur vos mis\u00e8res\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Peuples de l\u2019Italie, l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise vient rompre vos cha\u00eenes\u00a0; le peuple fran\u00e7ais est l\u2019ami de tous les peuples [\u2026] et nous n\u2019en voulons qu\u2019aux tyrans qui vous asservissent.\u00a0\u00bb<span id=\"1658\" class=\"cit-num\">1658<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), \u00e0 l\u2019arm\u00e9e d\u2019Italie, Proclamation de Cherasco, 26\u00a0avril\u00a01796 (7 flor\u00e9al an\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>).<em> L\u2019Europe et la R\u00e9volution fran\u00e7aise, Cinqui\u00e8me partie, Bonaparte et le Directoire<\/em> (1903), Albert Sorel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Derniers mots du g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 ses soldats de l\u2019arm\u00e9e d\u2019Italie. Mais la fin du message est destin\u00e9e aux Italiens.<\/p>\n<p>C\u2019est le langage des r\u00e9volutionnaires appelant les peuples voisins \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance et \u00e0 la libert\u00e9. C\u2019est aussi celui du nouveau h\u00e9ros qui se donne pour mission d\u2019\u00eatre le bienfaiteur de l\u2019humanit\u00e9, avec ces 38\u00a0000 hommes mal v\u00eatus, mal nourris, soudain m\u00e9tamorphos\u00e9s. L\u2019offensive rapide a r\u00e9ussi\u00a0: le roi de Sardaigne doit signer avec Bonaparte l\u2019armistice de Cherasco, le 28\u00a0avril 1796. Bonaparte, \u00e0 cette occasion, prouve ses talents de n\u00e9gociateur.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Chacun de ses pas d\u00e9sormais est marqu\u00e9 par une parole, par un de ces mots historiques qu\u2019on retient parce qu\u2019il est \u00e9clair\u00e9 de gloire.\u00a0\u00bb<span id=\"1659\" class=\"cit-num\">1659<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles-Augustin <span class=\"caps\">SAINTE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">BEUVE<\/span> (1804-1869), <em>Causeries du lundi<\/em>, volume I (1857), 17\u00a0d\u00e9cembre 1849<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sainte-Beuve juge ici en critique litt\u00e9raire, m\u00eame s\u2019il replace le discours en situation historique\u00a0: \u00ab\u00a0Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> avait eu des traits d\u2019esprit, des saillies heureuses que r\u00e9p\u00e9taient Grillon et les gentilshommes\u00a0; mais, ici, il fallait une \u00e9loquence \u00e0 la hauteur nouvelle des grandes op\u00e9rations, \u00e0 la mesure de ces arm\u00e9es sorties du peuple, la harangue br\u00e8ve, grave, famili\u00e8re, monumentale. Du premier jour, au nombre de ses moyens de grande guerre, Napol\u00e9on trouva celui-l\u00e0.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Relisant ses proclamations, exil\u00e9 \u00e0 Sainte-H\u00e9l\u00e8ne \u00e0 la fin de sa vie, l\u2019empereur a murmur\u00e9 devant Las Cases\u00a0prenant note\u00a0: \u00ab\u00a0Et ils ont os\u00e9 dire que je ne savais pas \u00e9crire\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je me regardai pour la premi\u00e8re fois non plus comme un simple g\u00e9n\u00e9ral, mais comme un homme appel\u00e9 \u00e0 influer sur le sort des peuples. Je me vis dans l\u2019histoire.\u00a0\u00bb<span id=\"1662\" class=\"cit-num\">1662<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), au soir de Lodi, 10\u00a0mai 1796.<em> Le Manuscrit de Sainte-H\u00e9l\u00e8ne, publi\u00e9 pour la premi\u00e8re fois avec des notes de Napol\u00e9on<\/em> (1821), Jacob Fr\u00e9d\u00e9ric Lullin de Ch\u00e2teauvieux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Premi\u00e8re victoire d\u00e9cisive sur les Autrichiens\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est le succ\u00e8s qui fait les grands hommes\u00a0!\u00a0\u00bb dira plus tard Napol\u00e9on. \u00c0 Lodi, le tacticien prend les dimensions d\u2019un strat\u00e8ge\u00a0: le Petit Caporal corse, ce \u00ab\u00a0b\u00e2tard de Mandrin\u00a0\u00bb, brocard\u00e9, utilis\u00e9 par les politiques (Barras en t\u00eate), a soudain conscience de son destin.<\/p>\n<p>La m\u00e9tamorphose a frapp\u00e9 ses biographes, sans doute aussi les contemporains. Six mois plus tard, la victoire de <em>Bonaparte au pont d\u2019Arcole<\/em> est le titre et le sujet du plus c\u00e9l\u00e8bre tableau d\u2019Antoine-Jean Gros, \u00e9l\u00e8ve de David, jeune peintre inspir\u00e9 par son mod\u00e8le qui affiche l\u2019image du h\u00e9ros, \u00e0 la fois classique et romantique, \u00e9tonnamment contemporain.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Comme Carthage, l\u2019Angleterre sera d\u00e9truite.\u00a0\u00bb<span id=\"1291\" class=\"cit-num\">1291<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Les Directeurs, 18\u00a0janvier 1798. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Par ces mots, la France d\u00e9cr\u00e8te le blocus de la Grande-Bretagne. Interdiction est faite aux neutres de transporter des marchandises britanniques. Le mois suivant, le Directoire soumet \u00e0 Bonaparte un projet d\u2019invasion de l\u2019Angleterre, par la Manche. Il y renonce, pr\u00e9f\u00e9rant attaquer l\u2019ennemi anglais par la mer, en M\u00e9diterran\u00e9e.<\/p>\n<p>Jean H\u00e9rold-Paqui, la voix de l\u2019Allemagne sur les ondes de Radio-Paris pendant l\u2019occupation allemande de 1940-1944, reprendra ce slogan.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Soldats, songez que du haut de ces pyramides, quarante si\u00e8cles vous contemplent.\u00a0\u00bb<span id=\"1671\" class=\"cit-num\">1671<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), Proclamation suppos\u00e9e, avant la bataille des Pyramides du 21\u00a0juillet 1798.<em> Les Fran\u00e7ais en \u00c9gypte<\/em> (1855), Just-Jean-\u00c9tienne Roy<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u00e9barquement \u00e0 Alexandrie, le 1er\u00a0juillet\u00a0: la ville tombe aux mains des Fran\u00e7ais le 2 et le 23, ils entrent dans la capitale, Le\u00a0Caire. Cette exp\u00e9dition est un r\u00eave oriental qui se r\u00e9alise. Le corps exp\u00e9ditionnaire a \u00e9chapp\u00e9 par miracle \u00e0 la flotte britannique command\u00e9e par Nelson. Pour en finir au plus vite, Bonaparte prend le chemin le plus court, entre Alexandrie et Le\u00a0Caire\u00a0: le d\u00e9sert, trois semaines de chaleur qui pouvaient \u00eatre fatales aux soldats non pr\u00e9par\u00e9s. Et pr\u00e8s des pyramides de Gizeh, la bataille contre les mamelouks est r\u00e9gl\u00e9e en deux heures\u00a0!<\/p>\n<p>La suite de l\u2019exp\u00e9dition sera moins brillante. La flotte est d\u00e9truite par le vice-amiral Nelson le 1er\u00a0ao\u00fbt, l\u2019\u00c9gypte n\u2019est plus qu\u2019un pi\u00e8ge dont Bonaparte va se sortir tant bien que mal, transformant cette d\u00e9faite en victoire, press\u00e9 de regagner Paris o\u00f9 son avenir est en jeu et laissant son arm\u00e9e qui se rendra finalement aux Anglais.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voil\u00e0 votre homme, il fera votre coup d\u2019\u00c9tat bien mieux que moi.\u00a0\u00bb<span id=\"1675\" class=\"cit-num\">1675<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">G\u00e9n\u00e9ral <span class=\"caps\">MOREAU<\/span> (1763-1813), \u00e0 l\u2019abb\u00e9 Siey\u00e8s, quand il apprend le retour de Bonaparte, 17\u00a0octobre 1799.<em> Siey\u00e8s, la cl\u00e9 de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1988), Jean-Denis Bredin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Moreau l\u2019a vu \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans l\u2019arm\u00e9e d\u2019Italie et le recommande \u00e0 Siey\u00e8s, l\u2019un des cinq Directeurs. L\u2019abb\u00e9 est toujours en qu\u00eate de son \u00ab\u00a0sabre\u00a0\u00bb (ou son \u00e9p\u00e9e) pour remettre de l\u2019ordre dans le pays, renforcer l\u2019ex\u00e9cutif, lutter contre la gauche jacobine et surtout la droite royaliste, avec Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> qui pourrait revenir et r\u00e9tablir la monarchie. Le r\u00e9gime du Directoire, faible, corrompu, incomp\u00e9tent, est d\u00e9finitivement d\u00e9consid\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Messieurs, nous avons un ma\u00eetre, ce jeune homme fait tout, peut tout et veut tout.\u00a0\u00bb<span id=\"1681\" class=\"cit-num\">1681<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Abb\u00e9 <span class=\"caps\">SIEY\u00c8S<\/span> (1748-1836), tirant la le\u00e7on du coup d\u2019\u00c9tat du 18 Brumaire, apr\u00e8s la r\u00e9union du 11\u00a0novembre\u00a01799.<em> Le R\u00e9alisme<\/em> (1857), Champfleury<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Siey\u00e8s est \u00e9bloui par Bonaparte qui exerce un irr\u00e9sistible ascendant sur autrui. Cette fois, il l\u2019a vu dominer tous les sujets\u00a0: arm\u00e9e, administration, finances, droit, politique. Dou\u00e9 d\u2019une intelligence \u00e0 la fois synth\u00e9tique et analytique, l\u2019homme poss\u00e8de aussi une excellente m\u00e9moire et une force de travail stup\u00e9fiante.<\/p>\n<p>L\u2019abb\u00e9 qui a parfaitement man\u0153uvr\u00e9 jusque-l\u00e0 va perdre pratiquement tout pouvoir. Non sans regret, il a compris qu\u2019il faut s\u2019effacer. L\u2019empereur ne sera pas totalement ingrat, lui donnant comme lot de consolation un poste de s\u00e9nateur et le titre de comte. Exil\u00e9 sous la Restauration comme r\u00e9gicide, il reviendra sous la Monarchie de Juillet et mourra en 1836, bien apr\u00e8s l\u2019empereur d\u00e9chu.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une fois encore s\u2019allait justifier le mot de Saint-\u00c9vremond\u00a0: \u00ab\u00a0le Fran\u00e7ais est surtout jaloux de la libert\u00e9 de se choisir son ma\u00eetre\u00a0\u00bb.\u00a0\u00bb<span id=\"1682\" class=\"cit-num\">1682<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">MADELIN<\/span> (1871-1956), <em>Histoire du Consulat et de l\u2019Empire, Le Consulat, 18 brumaire an\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span><\/em> (1937-1954)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un si\u00e8cle plus tard, il tire la le\u00e7on du coup d\u2019\u00c9tat du 18 Brumaire et de ses suites. L\u2019historien cite le moraliste du si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, pr\u00e9figurateur de la philosophie des Lumi\u00e8res, type m\u00eame de l\u2019\u00ab\u00a0honn\u00eate homme\u00a0\u00bb ironique et sceptique. Madelin, sp\u00e9cialiste de la R\u00e9volution et de l\u2019Empire, va d\u2019abord approuver le choix du nouveau ma\u00eetre de la France tel qu\u2019il se r\u00e9v\u00e8le, sous le prochain r\u00e9gime du Consulat.<\/p>\n<h3><span class=\"caps\">CONSULAT<\/span><\/h3>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-6-50.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous avons fini le roman de la R\u00e9volution\u00a0: il faut en commencer l\u2019histoire\u2026\u00a0\u00bb<span id=\"1683\" class=\"cit-num\">1683<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), au Conseil d\u2019\u00c9tat, le lendemain du coup d\u2019\u00c9tat du 18 Brumaire (9 novembre\u00a01799). <em>L\u2019Europe et la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1885), Albert Sorel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0\u2026 et voir ce qu\u2019il y a de r\u00e9el et de possible dans l\u2019application de ces principes, et non ce qu\u2019il y a de sp\u00e9culatif et d\u2019hypoth\u00e9tique. Suivre aujourd\u2019hui une autre marche, ce serait philosopher et non gouverner.\u00a0\u00bb Autrement dit, au travail\u00a0! Bonaparte va mettre \u00e0 profit quelques mois de tr\u00eave, pour beaucoup et bien travailler avec ses conseillers d\u2019\u00c9tat. Ses collaborateurs assurent qu\u2019il travaille dix-huit heures par jour et <em>Le Publiciste<\/em> (futur<em> Journal des D\u00e9bats<\/em>) confirme\u00a0: \u00ab\u00a0Jamais chef d\u2019\u00c9tat n\u2019a plus travaill\u00e9 par lui-m\u00eame.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>D\u00e9finir son programme, c\u2019est se situer face \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e9nement majeur qu\u2019il a v\u00e9cu. Les historiens en discutent \u00e0 l\u2019infini\u00a0: le Bonaparte du Consulat (avant le Napol\u00e9on de l\u2019Empire) est-il le continuateur ou le liquidateur de la R\u00e9volution, voire, pour les plus extr\u00eames, son sauveur ou son fossoyeur\u00a0?<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0De Clovis jusqu\u2019au Comit\u00e9 de salut public, je me sens solidaire de tout.\u00a0\u00bb<span id=\"1686\" class=\"cit-num\">1686<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821).<em> <span class=\"caps\">JO<\/span> de la R\u00e9publique fran\u00e7aise<\/em>, n\u00b0\u00a057 (1988), Maurice Schumann au S\u00e9nat, 9\u00a0d\u00e9cembre 1988<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est l\u2019un des principes politiques du nouveau dirigeant de la France, n\u00e9 de la R\u00e9volution et qui a vu ses exc\u00e8s, sans pour autant participer \u00e0 la Terreur et au Comit\u00e9 de salut public comme certains de ses collaborateurs ou ministres \u2013\u00a0\u00e0 commencer par Carnot, Barras, et surtout Fouch\u00e9, incontournable ministre de sa police.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ces cinq ans de Consulat \u2013 l\u2019une des plus belles pages de la plus belle des histoires, l\u2019histoire de France.\u00a0\u00bb<span id=\"1684\" class=\"cit-num\">1684<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">MADELIN<\/span> (1871-1956), <em>Histoire du Consulat et de l\u2019Empire. L\u2019Av\u00e8nement de l\u2019Empire<\/em> (1937-1954)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019empereur Napol\u00e9on a suscit\u00e9 des haines profondes et m\u00eame ses admirateurs ont des raisons de le critiquer. Mais le Bonaparte du Consulat rallie quasiment tous les suffrages, chez les contemporains comme chez les historiens. Cela dit, l\u2019un est n\u00e9 de l\u2019autre, avec une logique qui peut prendre le nom de fatalit\u00e9 ou de destin\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019y a-t-il dans la Constitution\u00a0?<br>\u2014 Il y a Bonaparte.\u00a0\u00bb<span id=\"1696\" class=\"cit-num\">1696<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Le mot circule dans Paris en 1800. <em>Histoire socialiste, 1789-1900<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span>, <em>Consulat et Empire<\/em>, Paul Brousse et Henri Turot, sous la direction de Jean Jaur\u00e8s (1908)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est clair, Bonaparte a l\u2019essentiel du pouvoir\u00a0: \u00ab\u00a0La d\u00e9cision du Premier Consul suffit.\u00a0\u00bb Les deux autres consuls, Cambac\u00e9r\u00e8s et Lebrun, n\u2019ont qu\u2019une voix consultative. Irresponsable devant les assembl\u00e9es, il nomme ministres et fonctionnaires, a l\u2019initiative des lois.<\/p>\n<p>Le l\u00e9gislatif est \u00e9miett\u00e9 en trois assembl\u00e9es qui se neutralisent (S\u00e9nat, Tribunat, Corps l\u00e9gislatif) et le suffrage universel escamot\u00e9. C\u2019est un \u00ab\u00a0sur-mesure institutionnel\u00a0\u00bb pour le nouveau C\u00e9sar \u2013\u00a0notons que le mot de Consulat vient du droit romain, comme les s\u00e9natus-consultes, textes promulgu\u00e9s par le S\u00e9nat, autres souvenirs de la R\u00e9publique romaine. Napol\u00e9on sait la force des symboles dont il usera toujours en grand politique \u2013 le Sacre de 1804 \u00e9tant \u00e0 tous les sens du mot le couronnement et l\u2019un des plus beaux jours de sa vie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019envie votre heureux sort\u00a0; vous allez, avec des braves, faire de belles choses. Je troquerais volontiers ma pourpre consulaire pour une \u00e9paulette de chef de brigade sous vos ordres.\u00a0\u00bb <span id=\"1699\" class=\"cit-num\">1699<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), au g\u00e9n\u00e9ral Moreau, commandant en chef de l\u2019arm\u00e9e du Rhin, 16\u00a0mars 1800. <em>Correspondance de Napol\u00e9on\u00a0Ier, publi\u00e9e par ordre de l\u2019empereur Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span><\/em> (1858)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le Premier Consul, tr\u00e8s actif \u00e0 Paris et pr\u00e9parant d\u2019indispensables r\u00e9formes, avoue au g\u00e9n\u00e9ral qu\u2019il s\u2019ennuie quand il ne fait pas la guerre \u2013 qui a repris en Italie, face aux Autrichiens. C\u2019est la suite de la deuxi\u00e8me coalition, alliance des puissances europ\u00e9ennes (dont l\u2019Angleterre) contre la France. Deux mois plus tard, trop heureux, il part \u00ab\u00a0\u00e0 grands pas au secours de l\u2019arm\u00e9e d\u2019Italie pour lui donner un coup de main\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sans trop de respect pour notre esp\u00e8ce, [Bonaparte] ordonna de nous transformer sur-le-champ en b\u00eates de somme et de trait, ce qui fut effectu\u00e9 comme par enchantement.\u00a0\u00bb<span id=\"1701\" class=\"cit-num\">1701<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Capitaine <span class=\"caps\">GERVAIS<\/span> (1779-1858), \u00e9voquant le passage du col du Grand-Saint-Bernard, 18-20 mai 1800. <em>Souvenirs d\u2019un soldat de l\u2019Empire<\/em> (posthume, 1939)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Engag\u00e9 volontaire en 1793, il fera toutes les campagnes de l\u2019Empire. R\u00e9cit pris sur le vif de vingt ann\u00e9es de guerres en Europe, sign\u00e9 d\u2019un h\u00e9ros qui ne se prend jamais pour tel, ne demande rien et refuse parfois un avancement.<\/p>\n<p>Le g\u00e9n\u00e9ral Bonaparte, \u00e0 la t\u00eate d\u2019une arm\u00e9e de r\u00e9serve de 50\u00a0000 soldats, renouvelle l\u2019exploit d\u2019Hannibal, franchissant les Alpes au col du Saint-Bernard encore sous la neige, avec des pi\u00e8ces d\u2019artillerie tra\u00een\u00e9es \u00e0 bras d\u2019homme dans des troncs creux. Sc\u00e8ne immortalis\u00e9e, et surtout sublim\u00e9e, par David\u00a0: <em>Le Premier Consul franchissant les Alpes au col du Grand-Saint-Bernard<\/em>, tableau peint en 1800.<\/p>\n<p>David, conseill\u00e9 par Bonaparte, d\u00e9passe la simple repr\u00e9sentation de l\u2019\u00e9v\u00e9nement pour en faire le prototype de la propagande napol\u00e9onienne. Le Premier Consul a souhait\u00e9 \u00eatre peint \u00ab\u00a0calme sur un cheval fougueux\u00a0\u00bb et l\u2019artiste cabre l\u2019animal, pour donner un dynamisme \u00e0 sa composition, renforc\u00e9 par le geste grandiloquent de Bonaparte drap\u00e9 dans un ample manteau de couleur vive. Le g\u00e9n\u00e9ral victorieux, au visage id\u00e9alis\u00e9, regarde le spectateur et lui montre la direction \u00e0 suivre, cens\u00e9e \u00eatre cette troisi\u00e8me voie politique qu\u2019il cherche \u00e0 imposer entre les royalistes et les r\u00e9publicains.<\/p>\n<p>Dans la r\u00e9alit\u00e9, Bonaparte a franchi le col \u00e0 dos de mule, rev\u00eatu d\u2019une redingote grise. C\u2019est quand m\u00eame un exploit qui contredit les pr\u00e9dictions des habitants du lieu. Ce passage r\u00e9ussi va permettre de prendre \u00e0 revers les troupes autrichiennes, dans cette deuxi\u00e8me campagne d\u2019Italie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pourquoi ne m\u2019est-il pas permis de pleurer\u00a0?\u00a0\u00bb<span id=\"1707\" class=\"cit-num\">1707<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821) \u00e0 la mort de Desaix, Marengo, 14\u00a0juin 1800. <em>Histoire parlementaire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise ou Journal des Assembl\u00e9es nationales<\/em> (1834-1838), <span class=\"caps\">P.J.B.<\/span> Buchez, <span class=\"caps\">P.C.<\/span> Roux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019\u00e9tait un valeureux compagnon de route pour Bonaparte qui a pu appr\u00e9cier l\u2019homme et le militaire, dans la campagne d\u2019\u00c9gypte. Certains historiens d\u00e9nonceront son m\u00e9pris de la vie humaine, mais il ne m\u00e9nage pas la sienne\u00a0: \u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce qu\u2019un homme apr\u00e8s tout\u00a0?\u00a0\u00bb dit-il.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s Marengo, les Autrichiens demandent un armistice. L\u2019Italie, pour la seconde fois, est conquise par les Fran\u00e7ais. \u00c0 Milan, capitale de la R\u00e9publique cisalpine, on illumine. Paris accueille la nouvelle de cette victoire dans un d\u00e9lire d\u2019enthousiasme. Il n\u2019en fallait pas moins, pas plus, pour assurer la position de Bonaparte, Premier Consul.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait un fou, votre Rousseau\u00a0; c\u2019est lui qui nous a men\u00e9s o\u00f9 nous sommes.\u00a0\u00bb<span id=\"1712\" class=\"cit-num\">1712<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), \u00e0 Stanislas Girardin, lors d\u2019une visite \u00e0 Ermenonville, dans la chambre o\u00f9 mourut le philosophe, 28\u00a0ao\u00fbt\u00a01800.<em> \u0152uvres du comte <span class=\"caps\">P. L.<\/span> Roederer<\/em> (1854)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il n\u2019y a pas une phrase du <em>Contrat social<\/em> \u00ab\u00a0tol\u00e9rable\u00a0\u00bb pour Bonaparte Premier Consul, et moins encore Napol\u00e9on Empereur. Mais aucun philosophe des Lumi\u00e8res ne peut \u00eatre pris pour ma\u00eetre \u00e0 penser ou \u00e0 gouverner par un homme aussi autoritaire. Il l\u2019a d\u2019ailleurs \u00e9crit dans ses <em>Maximes et pens\u00e9es<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0On ne fait rien d\u2019un philosophe.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Les deux grands \u00ab\u00a0despotes \u00e9clair\u00e9s\u00a0\u00bb du si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, Fr\u00e9d\u00e9ric <span class=\"caps\">II<\/span>, le roi de Prusse, et Catherine <span class=\"caps\">II<\/span> de Russie, ont eu des relations suivies avec Voltaire et Diderot, mais ils \u00e9taient moins \u00ab\u00a0fous\u00a0\u00bb que Rousseau dans leur id\u00e9alisme libertaire et leur th\u00e9orie sociale \u2013\u00a0et dans le premier cas, les deux hommes se sont brouill\u00e9s.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019espace qui s\u00e9pare la Grande-Bretagne du continent n\u2019est point infranchissable.\u00a0\u00bb<span id=\"1718\" class=\"cit-num\">1718<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), Lettre \u00e0 Talleyrand, ministre des Relations ext\u00e9rieures, 19\u00a0avril 1801. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Il est bon que l\u2019Angleterre sache que l\u2019opinion du Premier Consul est que l\u2019espace\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cela sonne comme une menace. En f\u00e9vrier\u00a01798, le Directoire soumit \u00e0 Bonaparte un projet d\u2019invasion de l\u2019Angleterre. Sur le sage conseil de Talleyrand, l\u2019ambitieux a renonc\u00e9, pr\u00e9f\u00e9rant combattre l\u2019ennemi en M\u00e9diterran\u00e9e, d\u2019o\u00f9 la campagne d\u2019\u00c9gypte. Mais l\u2019id\u00e9e revient, obs\u00e9dante.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous sommes trente millions d\u2019hommes r\u00e9unis par les Lumi\u00e8res, la propri\u00e9t\u00e9 et le commerce.\u00a0\u00bb<span id=\"1726\" class=\"cit-num\">1726<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), Conseil d\u2019\u00c9tat, 4\u00a0mai 1802. <em>M\u00e9moires sur le Consulat<\/em> (1827), comte Antoine-Claire Thibaudeau<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Voil\u00e0 une d\u00e9finition de la nation qu\u2019aurait pu signer Necker, Siey\u00e8s ou Benjamin Constant. Gr\u00e2ce \u00e0 la paix ext\u00e9rieure et int\u00e9rieure momentan\u00e9ment retrouv\u00e9e, agriculture, industrie et commerce se d\u00e9veloppent, la France se r\u00e9forme (administration, monnaie, fiscalit\u00e9, \u00e9ducation).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le peuple fran\u00e7ais nomme et le S\u00e9nat proclame Napol\u00e9on Bonaparte Premier Consul \u00e0 vie.\u00a0\u00bb<span id=\"1727\" class=\"cit-num\">1727<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Le S\u00e9nat, proclamation des r\u00e9sultats du pl\u00e9biscite, 2\u00a0ao\u00fbt 1802<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est bien le peuple tout entier qui donne ce pouvoir \u00e0 Bonaparte\u00a0: sur plus de 3,5\u00a0millions de votants, gu\u00e8re plus de 8\u00a0000 non. \u00c0 Paris\u00a0: 60. En Vend\u00e9e, 6\u00a0! Le consensus national est \u00e9vident et justifi\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce si\u00e8cle avait deux ans. Rome rempla\u00e7ait Sparte.<br>D\u00e9j\u00e0 Napol\u00e9on per\u00e7ait sous Bonaparte,<br>Et du Premier Consul d\u00e9j\u00e0 par maint endroit<br>Le front de l\u2019empereur brisait le masque \u00e9troit.\u00a0\u00bb<span id=\"1728\" class=\"cit-num\">1728<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Les Feuilles d\u2019automne<\/em> (1831)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>1802. C\u2019est aussi l\u2019ann\u00e9e de naissance du po\u00e8te qui dominera le si\u00e8cle. Son p\u00e8re fut g\u00e9n\u00e9ral et comte d\u2019Empire. Chantre de la l\u00e9gende napol\u00e9onienne, Hugo jouera \u00e0 ce titre \u2013 et \u00e0 bien d\u2019autres \u2013 un vrai r\u00f4le politique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voici le second pas fait vers la royaut\u00e9. Je crains que cet homme ne soit comme les dieux d\u2019Hom\u00e8re, qu\u2019au troisi\u00e8me acte il n\u2019atteigne l\u2019Olympe.\u00a0\u00bb<span id=\"1729\" class=\"cit-num\">1729<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mme de <span class=\"caps\">STA\u00cbL<\/span> (1766-1817), jugeant l\u2019irr\u00e9sistible ascension du Premier Consul. <em>Bonaparte<\/em> (1977), Andr\u00e9 Castelot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Opposante r\u00e9solue, elle ironise quand le 15\u00a0ao\u00fbt (anniversaire de Bonaparte n\u00e9 sous le signe astral du lion) devient jour de f\u00eate nationale. Le pr\u00e9nom Napol\u00e9on s\u2019inscrit d\u00e9j\u00e0 sur des pi\u00e8ces de monnaie. Le s\u00e9natus-consulte du 4\u00a0ao\u00fbt 1802 (Constitution de l\u2019an X) augmente encore les pouvoirs du Premier Consul \u00e0 vie au d\u00e9triment du l\u00e9gislatif.<\/p>\n<p>Un agent espion du comte de Provence (futur Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span>) constate\u00a0: \u00ab\u00a0Bonaparte continue \u00e0 r\u00e9gner avec une pl\u00e9nitude de pouvoirs que ne d\u00e9ploy\u00e8rent jamais nos rois.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019arriv\u00e9e de cette femme, comme celle d\u2019un oiseau de mauvais augure, a toujours \u00e9t\u00e9 le signal de quelque trouble. Mon intention n\u2019est pas qu\u2019elle reste en France.\u00a0\u00bb<span id=\"1738\" class=\"cit-num\">1738<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), au Grand Juge R\u00e9gnier (ministre de la Justice). <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il vient d\u2019apprendre le retour de Mme\u00a0de Sta\u00ebl pr\u00e8s de Beaumont-sur-Oise, le 3\u00a0octobre 1803. Il lui donne cinq jours pour partir, sinon, il la fera reconduire \u00e0 la fronti\u00e8re par la gendarmerie. C\u2019est la femme qu\u2019il abomine le plus au monde, pour son intelligence, son courage, son talent, tout cela mis au service de son opposition au pouvoir\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est un foss\u00e9 qui sera franchi lorsqu\u2019on aura l\u2019audace de le tenter.\u00a0\u00bb<span id=\"1739\" class=\"cit-num\">1739<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), \u00e0 Cambac\u00e9r\u00e8s, Boulogne, 16\u00a0novembre\u00a01803.<em> L\u2019Europe et la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1907), Albert Sorel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce foss\u00e9, c\u2019est la Manche qui s\u00e9pare la France des c\u00f4tes d\u2019Angleterre, visibles des hauteurs d\u2019Ambleteuse (d\u00e9partement du Pas-de-Calais). Cest une id\u00e9e r\u00e9currente, voire une obsession.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019air est plein de poignards.\u00a0\u00bb<span id=\"1741\" class=\"cit-num\">1741<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Joseph <span class=\"caps\">FOUCH\u00c9<\/span> (1759-1820), mi-janvier\u00a01804. <em>Fouch\u00e9<\/em> (1903), Louis Madelin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Bien que n\u2019\u00e9tant plus au minist\u00e8re de la Police (supprim\u00e9 entre\u00a01802 et\u00a01804), il apprend la pr\u00e9sence de Pichegru \u00e0 Paris, g\u00e9n\u00e9ral tra\u00eetre, d\u00e9port\u00e9 par le Directoire, \u00e9vad\u00e9 du bagne. Cadoudal est complice, chef chouan charismatique, d\u00e9j\u00e0 impliqu\u00e9 dans l\u2019attentat de la rue Saint-Nicaise, fin 1800, que Bonaparte a essay\u00e9 de se rallier. Le g\u00e9n\u00e9ral Moreau s\u2019est plus ou moins joint au complot, s\u2019estimant mal pay\u00e9 des services rendus au pouvoir, mais refusant de servir les royalistes. Ces hommes ont le projet d\u2019enlever le Premier Consul.<\/p>\n<p>Bonaparte inform\u00e9, la capitale est mise aussit\u00f4t en \u00e9tat de si\u00e8ge.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les Bourbons croient qu\u2019on peut verser mon sang comme celui des plus vils animaux. Mon sang cependant vaut bien le leur. Je vais leur rendre la terreur qu\u2019ils veulent m\u2019inspirer [\u2026] Je ferai impitoyablement fusiller le premier de ces princes qui me tombera sous la main.\u00a0\u00bb<span id=\"1743\" class=\"cit-num\">1743<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), 9\u00a0mars 1804. <em>Histoire du Consulat et de l\u2019Empire<\/em> (1847), Adolphe Thiers<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cadoudal vient d\u2019\u00eatre arr\u00eat\u00e9 au terme d\u2019une course-poursuite meurtri\u00e8re au Quartier latin. Il a parl\u00e9 sans le nommer d\u2019un prince fran\u00e7ais complice\u00a0: de l\u2019avis de tous, c\u2019est le duc d\u2019Enghien, \u00e9migr\u00e9 pr\u00e8s de la fronti\u00e8re en Allemagne.<\/p>\n<p>Le lendemain, le Premier Consul, en proie \u00e0 une fureur extr\u00eame, donne l\u2019ordre de l\u2019enlever, ce qui sera fait dans la nuit du 15 au 16\u00a0mars par une troupe d\u2019un millier de gendarmes, au m\u00e9pris du droit des gens (droit international).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est pire qu\u2019un crime, c\u2019est une faute.\u00a0\u00bb<span id=\"1747\" class=\"cit-num\">1747<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Antoine Claude Joseph <span class=\"caps\">BOULAY<\/span> de la <span class=\"caps\">MEURTHE<\/span> (1761-1840), apprenant l\u2019ex\u00e9cution du duc d\u2019Enghien, le 21\u00a0mars 1804. Mot parfois attribu\u00e9, mais \u00e0 tort, \u00e0 <span class=\"caps\">FOUCH\u00c9<\/span> (1759-1820) ou \u00e0 <span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838).<em> Les Citations fran\u00e7aises<\/em> (1931), Othon Guerlac<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Conseiller d\u2019\u00c9tat pourtant fid\u00e8le \u00e0 Bonaparte du d\u00e9but (coup d\u2019\u00c9tat de brumaire) \u00e0 la fin (Cent-Jours compris), il a ce jugement s\u00e9v\u00e8re. Cette citation r\u00e9f\u00e9rentielle bien connue est parfois attribu\u00e9e \u00e0 Fouch\u00e9 (par Chateaubriand) ou \u00e0 Talleyrand (par J.-P. Sartre). Mais les deux hommes ont eux-m\u00eames pouss\u00e9 Bonaparte au crime et il n\u2019est pas dans leur caract\u00e8re de s\u2019en repentir.<\/p>\n<p>Cette ex\u00e9cution sommaire indigne l\u2019Europe et toutes les t\u00eates couronn\u00e9es se ligueront contre l\u2019empereur \u2013 l\u00e0 est \u00ab\u00a0la faute\u00a0\u00bb. Le drame \u00e9meut la France\u00a0: d\u00e9tails sordides de l\u2019ex\u00e9cution de nuit, dans les foss\u00e9s de Vincennes, douleur de la princesse Charlotte de Rohan-Rochefort qui portera toute sa vie le deuil de cet amour. Mais les royalistes se rallieront majoritairement \u00e0 Napol\u00e9on \u2013 et en cela, il a politiquement bien jou\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tout fait quelconque de l\u2019homme, qui cause \u00e0 autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arriv\u00e9 \u00e0 le r\u00e9parer.\u00a0\u00bb<span id=\"1750\" class=\"cit-num\">1750<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Code civil<\/em> (21\u00a0mars 1804), article\u00a01382<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Aux dires de nombreux juristes, cette d\u00e9finition concise et g\u00e9n\u00e9rale de la responsabilit\u00e9 civile est le plus lumineux passage du Code Napol\u00e9on. <br>Il est promulgu\u00e9 le jour m\u00eame de la mort du duc d\u2019Enghien, enlev\u00e9 et ex\u00e9cut\u00e9 au m\u00e9pris de toutes les lois. Impossible de ne pas rapprocher ces deux aspects antinomiques du personnage de Napol\u00e9on Bonaparte et de son r\u00e8gne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ma vraie gloire, ce n\u2019est pas d\u2019avoir gagn\u00e9 quarante batailles\u00a0; Waterloo effacera le souvenir de tant de victoires. Ce que rien n\u2019effacera, ce qui vivra \u00e9ternellement, c\u2019est mon Code civil.\u00a0\u00bb<span id=\"1751\" class=\"cit-num\">1751<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821). <em>Histoire g\u00e9n\u00e9rale du <span class=\"caps\">IV<\/span>e\u00a0si\u00e8cle \u00e0 nos jours<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span> (1897), Ernest Lavisse, Alfred Rambaud<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En exil, l\u2019empereur d\u00e9chu imagine-t-il l\u2019avenir de ce monument juridique, voulu par lui et men\u00e9 \u00e0 terme gr\u00e2ce \u00e0 la stabilit\u00e9 politique revenue en fin de Consulat\u00a0?<\/p>\n<h3><span class=\"caps\">EMPIRE<\/span><\/h3>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-6-50.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0R\u00e9publique fran\u00e7aise, Napol\u00e9on Empereur.\u00a0\u00bb<span id=\"1793\" class=\"cit-num\">1793<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">En-t\u00eate sur les actes officiels, \u00e0 dater du 18\u00a0mai 1804. <em>L\u2019Europe et la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1907), Albert Sorel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9trange inscription, oxymore institutionnel. Rouget de l\u2019Isle, officier et auteur de <em>La Marseillaise<\/em>, ose pr\u00e9dire et \u00e9crire \u00e0 l\u2019empereur\u00a0: \u00ab\u00a0Bonaparte, vous vous perdez, et ce qu\u2019il y a de pire, vous perdez la France avec vous\u00a0!\u00a0\u00bb Mais l\u2019on entend surtout et partout les cris de \u00ab\u00a0Vive l\u2019empereur\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La diplomatie est la police en grand costume.\u00a0\u00bb<span id=\"1759\" class=\"cit-num\">1759<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), <em>Maximes et pens\u00e9es<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019aphorisme convient parfaitement \u00e0 son ministre des Relations ext\u00e9rieures (jusqu\u2019en 1807), M.\u00a0de Talleyrand, l\u2019un des principaux personnages sous l\u2019Empire et notre plus grand diplomate fran\u00e7ais de l\u2019histoire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019art de la police est de ne pas voir ce qu\u2019il est inutile qu\u2019elle voie.\u00a0\u00bb<span id=\"1760\" class=\"cit-num\">1760<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), Premier Consul, Au citoyen Fouch\u00e9, 24\u00a0mai\u00a01800. <em>Dictionnaire des citations fran\u00e7aises<\/em>, Le Robert<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il s\u2019adresse au ministre de la Police, Joseph Fouch\u00e9, autre \u00e9minence grise et pilier du r\u00e9gime qui fait souvent couple avec Talleyrand, tout aussi talentueux et d\u00e9testable.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si vous \u00f4tez la foi au peuple, vous n\u2019avez que des voleurs de grand chemin.\u00a0\u00bb<span id=\"1761\" class=\"cit-num\">1761<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821). <em>Pens\u00e9es politiques et sociales de Napol\u00e9on<\/em> (1969)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette id\u00e9e qui lui est ch\u00e8re expliquait d\u00e9j\u00e0 la politique religieuse sous le Consulat\u00a0: \u00ab\u00a0Comment avoir de l\u2019ordre dans un \u00c9tat sans une religion\u00a0?\u00a0\u00bb dit le Premier Consul \u00e0 Roederer (juillet\u00a01800). \u00ab\u00a0Il n\u2019y a pas de bonne morale sans religion [\u2026] une soci\u00e9t\u00e9 sans religion est comme un vaisseau sans boussole\u00a0\u00bb (juin\u00a01800, aux cur\u00e9s de Milan). \u00ab\u00a0Nulle soci\u00e9t\u00e9 ne peut exister sans morale. Il n\u2019y a pas de bonne morale sans religion. Il n\u2019y a donc que la religion qui donne \u00e0 l\u2019\u00c9tat un appui ferme et durable\u00a0\u00bb (<em>Maximes et pens\u00e9es<\/em>).<\/p>\n<p>Mais au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, Voltaire ne pensait pas autrement, encore plus m\u00e9fiant face \u00e0 la \u00ab\u00a0populace\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019arm\u00e9e, c\u2019est la nation.\u00a0\u00bb<span id=\"1762\" class=\"cit-num\">1762<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), Premier Consul, au Conseil d\u2019\u00c9tat, 4\u00a0mai\u00a01802. <em>Dictionnaire des citations fran\u00e7aises<\/em>, Le Robert<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Citation clairement r\u00e9f\u00e9rentielle \u00e0 divers titres. Bonaparte est d\u2019abord un militaire avant de se r\u00e9v\u00e9ler homme d\u2019\u00c9tat. Il entre \u00e0 l\u2019\u00e9cole militaire de Brienne \u00e0 9\u00a0ans (comme boursier), il a 19\u00a0ans quand la R\u00e9volution commence et le grade de lieutenant d\u2019artillerie (son arme pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e). D\u00e8s que la France entre en guerre en 1792, il se r\u00e9v\u00e8le \u00e0 la fois strat\u00e8ge et chef surdou\u00e9, promu chef de brigade \u00e0 24\u00a0ans,\u00ab\u00a0\u00e0 cause du z\u00e8le et de l\u2019intelligence dont il a fait preuve\u00a0\u00bb au si\u00e8ge de Toulon (1793), reprenant la ville qui s\u2019\u00e9tait livr\u00e9e aux Anglais. Fait caporal \u00e0 Lodi (1796), il garde ce surnom de Petit Caporal parmi les soldats. Ses campagnes d\u2019Italie et d\u2019\u00c9gypte apportent la gloire au jeune g\u00e9n\u00e9ral sous le Directoire. Le Premier Consul combat avec passion, \u00e0 la t\u00eate de ses hommes. L\u2019Empire sera plac\u00e9 sous le signe des guerres qui s\u2019encha\u00eenent in\u00e9luctablement, des plus \u00e9clatantes victoires aux plus dramatiques d\u00e9faites, entre l\u00e9gende dor\u00e9e et l\u00e9gende noire de Napol\u00e9on toujours combattant. Intr\u00e9pide, il s\u2019affiche au premier rang, passe les ponts dans les bataillons de pointe. Le cheval mourut sous lui \u00e0 plusieurs reprises, il re\u00e7ut des balles dans la botte ou le pied\u00a0: \u00ab\u00a0Un homme comme moi se soucie peu de la vie.\u00a0\u00bb La force de l\u2019arm\u00e9e, c\u2019est Napol\u00e9on.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Chaque ann\u00e9e, la France faisait pr\u00e9sent \u00e0 cet homme de trois cent mille jeunes gens\u00a0; c\u2019\u00e9tait l\u2019imp\u00f4t pay\u00e9 \u00e0 C\u00e9sar.\u00a0\u00bb<span id=\"1764\" class=\"cit-num\">1764<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alfred de <span class=\"caps\">MUSSET<\/span> (1810-1857), <em>La Confession d\u2019un enfant du\u00a0si\u00e8cle<\/em> (1836)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0\u2026 Et s\u2019il n\u2019avait ce troupeau derri\u00e8re lui, il ne pouvait suivre sa fortune. C\u2019\u00e9tait l\u2019escorte qu\u2019il lui fallait, pour qu\u2019il p\u00fbt traverser le monde, et s\u2019en aller tomber dans une petite vall\u00e9e d\u2019une \u00eele d\u00e9serte, sous un saule pleureur.\u00a0\u00bb L\u2019histoire finit mal, pour la France exsangue et pour l\u2019empereur exil\u00e9.<\/p>\n<p>Mais \u00ab\u00a0l\u2019enfant du si\u00e8cle\u00a0\u00bb orphelin de Napol\u00e9on \u00e9voque aussit\u00f4t apr\u00e8s l\u2019Empire glorieux\u00a0: \u00ab\u00a0Jamais il n\u2019y eut tant de joie, tant de vie, tant de fanfares guerri\u00e8res dans tous les c\u0153urs. Jamais il n\u2019y eut de soleils si purs que ceux qui s\u00e9ch\u00e8rent tout ce sang. On disait que Dieu les faisait pour cet homme, et on les appelait ses soleils d\u2019Austerlitz.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019ogre corse sous qui nous sommes,<br>Cherchant toujours nouveaux exploits,<br>Mange par an deux cent mille hommes<br>Et va partout chiant des rois.\u00a0\u00bb<span id=\"1765\" class=\"cit-num\">1765<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pamphlet anonyme contre Napol\u00e9on. <em>Encyclop\u00e6dia Universalis<\/em>, article \u00ab\u00a0Premier Empire\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>De nombreux pamphlets contribuent \u00e0 diffuser la l\u00e9gende noire de l\u2019Ogre de Corse, contre la l\u00e9gende dor\u00e9e de la propagande imp\u00e9riale.<\/p>\n<p>Les historiens estimeront \u00e0 un million les morts de la Grande Arm\u00e9e, \u00ab\u00a0cette l\u00e9gendaire machine de guerre\u00a0\u00bb command\u00e9e par Napol\u00e9on en personne. Quant aux rois impos\u00e9s par l\u2019empereur, ils sont nombreux, pris dans sa famille ou parmi ses g\u00e9n\u00e9raux\u00a0: rois de Naples, d\u2019Espagne, de Su\u00e8de, de Hollande, de Westphalie. Royaut\u00e9s parfois \u00e9ph\u00e9m\u00e8res, souvent mal accept\u00e9es des populations lib\u00e9r\u00e9es ou conquises.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les hommes de g\u00e9nie sont des m\u00e9t\u00e9ores destin\u00e9s \u00e0 br\u00fbler pour \u00e9clairer leur\u00a0si\u00e8cle.\u00a0\u00bb<span id=\"1766\" class=\"cit-num\">1766<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), Discours de Lyon, 1791<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce sont les premiers mots que l\u2019histoire a retenus du futur empereur. Bonaparte, 22\u00a0ans, lieutenant d\u2019artillerie, participe au concours ouvert par l\u2019Acad\u00e9mie de Lyon. Le th\u00e8me\u00a0: l\u2019\u00e9ducation \u00e0 donner aux hommes pour les mettre sur le chemin du bonheur \u2013 d\u2019o\u00f9 l\u2019autre nom du \u00ab\u00a0Discours sur le bonheur\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Bonaparte condamne la monarchie absolue et trouve bien des vertus au philosophe des Lumi\u00e8res qu\u2019il traitera ensuite de \u00ab\u00a0fou\u00a0\u00bb dangereux pour la soci\u00e9t\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0\u00d4 Rousseau, pourquoi faut-il que tu n\u2019aies v\u00e9cu que soixante ans\u00a0! Pour l\u2019int\u00e9r\u00eat de la vertu, tu eusses d\u00fb \u00eatre immortel.\u00a0\u00bb C\u2019est le style de l\u2019\u00e9poque. Mais le talent d\u2019expression et l\u2019ambition \u00e9vidente donnent cette phrase pr\u00e9monitoire que n\u2019aurait pas d\u00e9savou\u00e9e Hugo ou Chateaubriand\u00a0: \u00ab\u00a0Les hommes de g\u00e9nie sont des m\u00e9t\u00e9ores destin\u00e9s \u00e0 br\u00fbler pour \u00e9clairer leur\u00a0si\u00e8cle.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Du chef de brigade \u00e0 l\u2019empereur d\u00e9chu, l\u2019aventure va durer vingt-deux ans. C\u2019est assez pour en faire \u00ab\u00a0le plus grand h\u00e9ros de tous les temps\u00a0\u00bb pour l\u2019<em>Encyclop\u00e6dia Britannica<\/em>, toujours compar\u00e9 aux plus grands\u00a0: \u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce donc que cette chose dont parle Alexandre lorsqu\u2019il \u00e9voque sa destin\u00e9e, C\u00e9sar sa chance, Napol\u00e9on son \u00e9toile\u00a0? Qu\u2019est-ce donc sinon la confiance qu\u2019ils avaient tous les trois dans leur r\u00f4le historique\u00a0?\u00a0\u00bb (Charles de Gaulle, <em>M\u00e9moires<\/em>).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On ne conduit le peuple qu\u2019en lui montrant un avenir\u00a0: un chef est un marchand d\u2019esp\u00e9rances.\u00a0\u00bb<span id=\"1768\" class=\"cit-num\">1768<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), <em>Maximes et pens\u00e9es<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pr\u00e9cisant cette pens\u00e9e, il dira aussi\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019imagination gouverne le monde\u00a0\u00bb (M\u00e9morial). Et en 1800\u00a0: \u00ab\u00a0Je ne suis qu\u2019un magistrat de la R\u00e9publique qui n\u2019agit que sur les imaginations de la nation\u00a0; lorsque ce moyen me manquera, je ne serai plus rien\u00a0; un autre me succ\u00e9dera.\u00a0\u00bb Et encore\u00a0: \u00ab\u00a0On ne peut gouverner l\u2019homme que par l\u2019imagination\u00a0; sans l\u2019imagination, c\u2019est une brute\u00a0! Ce n\u2019est pas pour cinq sous par jour ou pour une ch\u00e9tive distinction que l\u2019on se fait tuer\u00a0; c\u2019est en parlant \u00e0 l\u2019\u00e2me que l\u2019on \u00e9lectrise l\u2019homme.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>C\u2019est un message qui a d\u00fb plaire au g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle. D\u2019autres chefs d\u2019\u00c9tat devraient s\u2019en inspirer, quelle que soit leur couleur politique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un conqu\u00e9rant, c\u2019est un joueur d\u00e9termin\u00e9 qui prend un million d\u2019hommes pour jetons et le monde entier pour tapis.\u00a0\u00bb<span id=\"1769\" class=\"cit-num\">1769<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comte de <span class=\"caps\">S\u00c9GUR<\/span> (1753-1830), <em>Histoire de Napol\u00e9on et de la Grande Arm\u00e9e<\/em> (1824)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Joueur, Napol\u00e9on le fut tant de fois sur les champs de bataille, et le million de morts est le chiffre qui revient toujours \u2013 consid\u00e9rable pour l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n<p>Il joue aussi en politique et d\u2019abord dans la d\u00e9cision du coup d\u2019\u00c9tat de brumaire (novembre\u00a01799) o\u00f9 il joue v\u00e9ritablement son destin \u00e0 quitte ou double\u00a0: \u00ab\u00a0Dans une grande affaire, on est toujours forc\u00e9 de donner quelque chose au hasard\u00a0\u00bb dit-il \u00e0 Siey\u00e8s, inquiet de l\u2019issue. La m\u00eame ann\u00e9e, il ajoute \u00e0 ses <em>Maximes et pens\u00e9es<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0La vraie politique n\u2019est autre chose que le calcul des combinaisons des chances\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0La politique, c\u2019est jouer aux hommes\u00a0\u00bb, cit\u00e9 par Chateaubriand qui conna\u00eet la fin de l\u2019histoire et ajoute aussit\u00f4t\u00a0: \u00ab\u00a0Il a tout perdu \u00e0 ce jeu abominable, et c\u2019est la France qui a pay\u00e9 sa perte\u00a0\u00bb (<em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em>).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Eh bien\u00a0! duchesse, aimez-vous toujours autant les hommes\u00a0?<br>\u2014 Oui Sire, quand ils sont polis.\u00a0\u00bb<span id=\"1778\" class=\"cit-num\">1778<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duchesse de <span class=\"caps\">FLEURY<\/span> (1769-1820), r\u00e9pondant librement \u00e0 <span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), vers 1806.<em> Revue politique et litt\u00e9raire\u00a0: revue bleue<\/em>, volume I (1875)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La duchesse reste dans l\u2019histoire sous le nom d\u2019Aim\u00e9e de Coigny qui inspira le po\u00e8me de <em>La Jeune Captive<\/em> \u00e0 Andr\u00e9 Ch\u00e9nier pr\u00e8s de l\u2019\u00e9chafaud. Elle \u00e9crira bient\u00f4t ses <em>M\u00e9moires<\/em>, comme tant de gens lettr\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 l\u2019empereur, sa goujaterie est proverbiale. Dans les salons, il ne se g\u00eane pas pour apostropher une dame en ces termes\u00a0: \u00ab\u00a0Cette robe est sale, vous n\u2019en changez donc jamais\u00a0?\u00a0\u00bb ou encore \u00ab\u00a0Quelle d\u00e9ception\u00a0! On m\u2019avait assur\u00e9 que vous \u00e9tiez jolie\u00a0\u00bb. \u00c9tant empereur, personne n\u2019ose lui r\u00e9pliquer, hormis la duchesse de Fleury, revenue d\u2019\u00e9migration avec une r\u00e9putation de galanterie. Le seul \u00eatre f\u00e9minin qui trouve gr\u00e2ce \u00e0 ses yeux est sa m\u00e8re, Marie Letizia Ramolino.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Joseph, si notre p\u00e8re nous voyait\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"1798\" class=\"cit-num\">1798<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), \u00e0 son fr\u00e8re le jour du sacre, 2\u00a0d\u00e9cembre 1804.<em> Encyclop\u00e9die Larousse<\/em>, article \u00ab\u00a0La jeunesse de Napol\u00e9on Bonaparte\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Tr\u00e8s p\u00e2le, l\u2019empereur se tourne vers son fr\u00e8re a\u00een\u00e9, pr\u00e9sent \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, pour murmurer ces mots. Leur p\u00e8re, Carlo Maria Buonaparte qui a francis\u00e9 son nom en Charles-Marie Bonaparte a tout fait pour que ses quatre fils puissent suivre de bonnes \u00e9tudes (si possible dans l\u2019arm\u00e9e), aux frais du roi, \u00e9tant lui-m\u00eame peu fortun\u00e9 et d\u00e9pensier. Il est mort en 1785, d\u2019un cancer \u00e0 l\u2019estomac \u2013\u00a0comme son fils, quelques ann\u00e9es plus tard.<\/p>\n<p>Leur m\u00e8re est bien vivante, mais absente\u00a0: c\u2019est elle qui l\u2019a d\u00e9cid\u00e9, au grand dam de son empereur de fils. Elle ne veut pas jouer son r\u00f4le dans cette c\u00e9r\u00e9monie et surtout pas lui baiser la main comme le veut l\u2019\u00e9tiquette. On dit aussi qu\u2019elle est f\u00e2ch\u00e9e de la brouille entre Napol\u00e9on et son fr\u00e8re Lucien.<\/p>\n<p>Elle sera quand m\u00eame sur le tableau de David, <em>Le Sacre<\/em> qui immortalise l\u2019\u00e9v\u00e9nement, lui-m\u00eame \u00e9tant sacr\u00e9 premier peintre de l\u2019empereur\u00a0en 1805\u00a0: une fresque (haute de 6,21 m\u00e8tres, large de 9,79 m\u00e8tres) \u00e0 la d\u00e9mesure de l\u2019\u00e9v\u00e9nement. Toute la famille Bonaparte est r\u00e9unie. Napol\u00e9on sera combl\u00e9 par cette \u0153uvre, propre \u00e0 servir sa l\u00e9gende et \u00e0 confirmer sa dynastie. \u00c0 la premi\u00e8re exposition publique du Sacre, au Salon de 1808, l\u2019empereur n\u2019a qu\u2019un mot\u00a0: \u00ab\u00a0Je vous salue, David.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je n\u2019ai pas succ\u00e9d\u00e9 \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, mais \u00e0 Charlemagne.\u00a0\u00bb<span id=\"1799\" class=\"cit-num\">1799<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), \u00e0 Pie\u00a0<span class=\"caps\">VII<\/span>, le jour du sacre en la cath\u00e9drale Notre-Dame de Paris, 2\u00a0d\u00e9cembre 1804. <em>Napol\u00e9on a dit<\/em> (1996), Lucian Regenbogen, pr\u00e9face de Jean Tulard<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 peine couronn\u00e9 empereur des Fran\u00e7ais par le pape, il d\u00e9voile sa v\u00e9ritable ambition, le titre d\u2019empereur d\u2019Occident \u00e0 la t\u00eate du Grand Empire. Le 7\u00a0septembre, r\u00e9sidant \u00e0 Aix-la-Chapelle, il s\u2019est recueilli devant le tombeau de Charlemagne, il a ordonn\u00e9 une procession solennelle avec tous les symboles imp\u00e9riaux (couronne, \u00e9p\u00e9e, main de justice, globe, \u00e9perons d\u2019or). Et le sacre se tient \u00e0 Paris, non pas \u00e0 Reims comme de tradition pour les rois de France.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il ne r\u00eavait certainement pas d\u2019un empire unitaire, mais d\u2019une conf\u00e9d\u00e9ration d\u2019\u00c9tats\u00a0: il parlera, un jour, des \u00c9tats-Unis d\u2019Europe\u00a0\u00bb (Louis Madelin, <em>Histoire du Consulat et de l\u2019Empire\u00a0: vers l\u2019empire d\u2019Occident<\/em>).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Soldats, je suis content de vous.\u00a0\u00bb<span id=\"1809\" class=\"cit-num\">1809<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), Proclamation d\u2019Austerlitz, 2\u00a0d\u00e9cembre 1805. <em>Histoire de l\u2019empereur Napol\u00e9on<\/em> (1834), Abel Hugo<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Abel Hugo est le fr\u00e8re a\u00een\u00e9 de Victor et leur p\u00e8re, g\u00e9n\u00e9ral d\u2019Empire, a particip\u00e9 \u00e0 toutes les guerres de Napol\u00e9on. Cela explique en partie l\u2019inspiration et la nostalgie imp\u00e9riales dans la famille.<\/p>\n<p>Au soir de la victoire, le g\u00e9n\u00e9ral sait toujours trouver les mots pour ses troupes et le plus simple est le plus vrai.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il vous suffira de dire\u00a0: j\u2019\u00e9tais \u00e0 la bataille d\u2019Austerlitz, pour qu\u2019on vous r\u00e9ponde\u00a0: voil\u00e0 un brave\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"1810\" class=\"cit-num\">1810<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), fin de la Proclamation d\u2019Austerlitz, 2\u00a0d\u00e9cembre 1805. <em>Faits m\u00e9morables de l\u2019histoire de France<\/em> (1844), Louis Michelant<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette \u00ab\u00a0bataille des Trois Empereurs\u00a0\u00bb opposa les 65\u00a0000 hommes de Napol\u00e9on aux 90\u00a0000 hommes d\u2019Alexandre\u00a0Ier (Russie) et de Fran\u00e7ois\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (Saint Empire romain germanique). Le dieu de la guerre et de la fortune est avec Napol\u00e9on\u00a0: le brouillard matinal cache ses mouvements \u00e0 l\u2019ennemi, le soleil d\u2019Austerlitz brille enfin sur une suite de man\u0153uvres tactiques hardies et r\u00e9ussies \u2013 un classique, enseign\u00e9 dans les \u00e9coles de guerre. Le bronze des 180 canons ennemis sera fondu pour \u00e9difier la colonne Vend\u00f4me (inspir\u00e9e de la colonne de Trajan, \u00e0 Rome).<\/p>\n<p>La victoire d\u2019Austerlitz met fin \u00e0 la troisi\u00e8me coalition \u2013 l\u2019Angleterre est invaincue, mais reste seule. Le trait\u00e9 de Presbourg est sign\u00e9 le 26\u00a0d\u00e9cembre par Fran\u00e7ois\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> qui abdique la couronne du Saint Empire et reconna\u00eet la Conf\u00e9d\u00e9ration du Rhin. C\u2019est la suite de ses humiliations (commenc\u00e9es sous la R\u00e9volution) et ce n\u2019est pas fini. Mais le tsar ne signe pas. Apr\u00e8s d\u2019autres d\u00e9faites, il sortira vainqueur du duel avec Napol\u00e9on dans la campagne de Russie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La libert\u00e9 de la pens\u00e9e est la premi\u00e8re conqu\u00eate du si\u00e8cle. L\u2019Empereur veut qu\u2019elle soit conserv\u00e9e.\u00a0\u00bb<span id=\"1811\" class=\"cit-num\">1811<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), <em>Le Moniteur<\/em>, 22\u00a0janvier 1806<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Perl\u00e9 r\u00e9f\u00e9rentielle, mais contre-v\u00e9rit\u00e9 absolue. Pr\u00e9cisons que sa source est un journal tr\u00e8s officiel\u2026 et il n\u2019en reste pratiquement plus d\u2019autres. Apr\u00e8s les 1\u00a0500 p\u00e9riodiques n\u00e9s au d\u00e9but de la R\u00e9volution, plus de 70 paraissaient encore \u00e0 Paris sous le Directoire. Il en reste 4 en 1811. En 1810, un seul journal par d\u00e9partement \u2013 reproduisant les pages politiques du <em>Moniteur<\/em>, sous contr\u00f4le du pr\u00e9fet.<\/p>\n<p>La libert\u00e9 de pens\u00e9e est r\u00e9duite comme celle de la presse. M\u00eame les trag\u00e9dies classiques, r\u00e9pertoire pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 de l\u2019empereur, sont \u00e9pur\u00e9es\u00a0: les habitu\u00e9s du Th\u00e9\u00e2tre-Fran\u00e7ais, brochure en main, s\u2019amusent \u00e0 traquer les nouvelles coupes impos\u00e9es par la censure imp\u00e9riale \u00e0 Racine et Corneille. Les contemporains sont dociles. Sauf exception.<\/p>\n<p>Chateaubriand est hostile au r\u00e9gime (depuis l\u2019ex\u00e9cution du duc d\u2019Enghien). Dans son discours de r\u00e9ception \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise, il veut faire l\u2019\u00e9loge de la libert\u00e9. Napol\u00e9on le lui interdit. Mme\u00a0de Sta\u00ebl est plus gravement pers\u00e9cut\u00e9e \u2013 c\u2019est une femme de t\u00eate, trop intelligente \u00e0 son go\u00fbt.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019\u00e9cris au ministre de la Police d\u2019en finir avec cette folle de Mme\u00a0de Sta\u00ebl, et de ne pas souffrir qu\u2019elle sorte de Gen\u00e8ve, \u00e0 moins qu\u2019elle ne veuille aller \u00e0 l\u2019\u00e9tranger faire des libelles.\u00a0\u00bb<span id=\"1822\" class=\"cit-num\">1822<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), \u00e0 Regnault de Saint-Jean-d\u2019Ang\u00e9ly, procureur g\u00e9n\u00e9ral de la Haute Cour, 20\u00a0avril 1807. <em>Les Opposants \u00e0 Napol\u00e9on\u00a0: l\u2019\u00e9limination des royalistes et des r\u00e9publicains, 1800-1815<\/em> (2003), G\u00e9rard Minart<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Napol\u00e9on est de plus en plus irrit\u00e9 par cette femme qui le hait d\u2019autant plus qu\u2019elle voulut se faire aimer de lui, jadis\u00a0: les deux plus grands g\u00e9nies du\u00a0si\u00e8cle, lui l\u2019homme et elle la femme, n\u2019\u00e9taient-ils pas faits pour cela, pensait-elle\u00a0! Ce n\u2019\u00e9tait certainement pas le genre de ma\u00eetresse qu\u2019il recherchait.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dieu a \u00e9tabli Napol\u00e9on, notre souverain, l\u2019a rendu son image sur la terre [\u2026] Honorer et servir notre Empereur est donc honorer et servir Dieu.\u00a0\u00bb<span id=\"1814\" class=\"cit-num\">1814<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Abb\u00e9 Paul d\u2019<span class=\"caps\">ASTROS<\/span> (1772-1851), <em>Cat\u00e9chisme \u00e0 l\u2019usage de toutes les \u00c9glises de l\u2019Empire fran\u00e7ais<\/em>, 4\u00a0ao\u00fbt 1806<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le r\u00e9dacteur, neveu de Portalis ministre des Cultes, s\u2019inspire de Bossuet, mais il insiste plus lourdement sur l\u2019ob\u00e9issance due au prince qui gouverne. Napol\u00e9on a mis la religion \u00e0 son service. Certains courtisans exag\u00e8rent quand m\u00eame. Le vice-amiral Decr\u00e8s, ministre de la Marine, s\u2019attirera une cinglante riposte\u00a0: \u00ab\u00a0Je vous dispense de me comparer \u00e0 Dieu. Je veux croire que vous n\u2019avez pas r\u00e9fl\u00e9chi \u00e0 ce que vous m\u2019\u00e9criviez.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Un autre passage du cat\u00e9chisme imp\u00e9rial pr\u00e9cise\u00a0: \u00ab\u00a0On doit \u00e0 l\u2019Empereur l\u2019amour, les imp\u00f4ts, le service militaire, sous peine de damnation \u00e9ternelle.\u00a0\u00bb Autrement dit, les opposants iront en enfer.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\"><em>\u00ab\u00a0Commediante\u00a0! Tragediante\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em><br>\u00ab\u00a0Com\u00e9dien\u00a0! Trag\u00e9dien\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"1781\" class=\"cit-num\">1781<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">PIE<\/span> <span class=\"caps\">VII<\/span> (1742-1823).<em> Servitude et grandeur militaires<\/em> (1835), Alfred de Vigny<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces deux mots n\u2019ont peut-\u00eatre pas \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9s tels qu\u2019ils sont pass\u00e9s \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9, mais ils refl\u00e8tent ce que ce pape de caract\u00e8re pensait de l\u2019empereur \u00e0 juste titre.<\/p>\n<p>Don de la simulation et sens th\u00e9\u00e2tral sont deux qualit\u00e9s reconnues au grand premier r\u00f4le que fut Napol\u00e9on sur la sc\u00e8ne de l\u2019histoire. Son sens de la mise en sc\u00e8ne, il en joue en artiste\u00a0: \u00ab\u00a0Rien n\u2019interrompt aussi bien une sc\u00e8ne tragique qu\u2019inviter l\u2019autre \u00e0 s\u2019asseoir\u00a0; lorsqu\u2019il est assis, le tragique devient comique.\u00a0\u00bb Il a d\u2019ailleurs pris des cours avec le plus c\u00e9l\u00e8bre soci\u00e9taire de la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise, son ami Talma. Il sait donner une dimension \u00e9pique aux d\u00e9faites comme aux victoires, revues et corrig\u00e9es par les peintres vou\u00e9s \u00e0 sa propagande. Le sommet de l\u2019art reste le sacre dont Pie <span class=\"caps\">VII<\/span> est t\u00e9moin et acteur condamn\u00e9 au second r\u00f4le\u00a0: Napol\u00e9on tint \u00e0 se couronner lui-m\u00eame et le pape n\u2019a b\u00e9ni que la couronne\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est la derni\u00e8re fois que j\u2019entre en discussion avec cette pr\u00eatraille romaine.\u00a0\u00bb<span id=\"1829\" class=\"cit-num\">1829<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), Lettre \u00e0 Eug\u00e8ne de Beauharnais, 22\u00a0juillet 1807. \u00ab\u00a0L\u2019\u00c9glise romaine et les N\u00e9gociations du Concordat (1800-1814)\u00a0\u00bb, <em>Revue des deux mondes<\/em>, tome <span class=\"caps\">LXXII<\/span> (1867)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La \u00ab\u00a0pr\u00eatraille\u00a0\u00bb, c\u2019est le pape. Et l\u2019empereur sous-estime l\u2019adversaire. Pie\u00a0<span class=\"caps\">VII<\/span> refuse d\u2019annuler le mariage (am\u00e9ricain) de J\u00e9r\u00f4me Bonaparte, le cadet de ses quatre fr\u00e8res, mineur \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Il refuse aussi de se joindre au blocus contre l\u2019Angleterre, au nom de sa neutralit\u00e9 de pasteur universel.<\/p>\n<p>Napol\u00e9on menace et charge Eug\u00e8ne son beau-fils (qu\u2019il a fait vice-roi d\u2019Italie) de passer le message\u00a0: \u00ab\u00a0Si l\u2019on veut continuer \u00e0 troubler les affaires de mes \u00c9tats, je ne reconna\u00eetrai le pape que comme \u00e9v\u00eaque de Rome [\u2026] Je ne craindrai pas de r\u00e9unir les \u00c9glises gallicane (fran\u00e7aise), italienne, allemande, polonaise, dans un concile pour faire mes affaires sans pape.\u00a0\u00bb Ce qui se fera en 1811.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s le Concordat \u2013 compromis religieux qui satisfait les deux partis \u2013 et le sacre qui comble l\u2019orgueil de l\u2019empereur, les relations des deux hommes vont tourner au drame. Napol\u00e9on annexe les \u00c9tats de l\u2019\u00c9glise, le pape va l\u2019excommunier, l\u2019empereur le fait enlever et le maintient prisonnier. C\u2019est le sujet de<em> L\u2019Otage<\/em>, drame de Paul Claudel.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous \u00eates un voleur, un l\u00e2che, un homme sans foi. Vous ne croyez pas \u00e0 Dieu\u00a0; vous avez toute votre vie manqu\u00e9 \u00e0 tous vos devoirs, vous avez tromp\u00e9, trahi tout le monde [\u2026] Tenez, Monsieur, vous n\u2019\u00eates que de la merde dans un bas de soie.\u00a0\u00bb<span id=\"1834\" class=\"cit-num\">1834<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), \u00e0 Talleyrand, Conseil des ministres restreint convoqu\u00e9 au ch\u00e2teau des Tuileries, 28\u00a0janvier 1809. <em>M\u00e9moires et Correspondance du prince de Talleyrand<\/em> (posthume, 1891)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u2019Espagne o\u00f9 il tente d\u2019affermir le tr\u00f4ne de son fr\u00e8re Joseph, Napol\u00e9on a appris que Talleyrand complote avec Fouch\u00e9 pour pr\u00e9parer sa succession \u2013 sans nouvelles de lui, on l\u2019imagine victime de la gu\u00e9rilla qui fait rage.<\/p>\n<p>Il rentre aussit\u00f4t, \u00e9pargne momentan\u00e9ment Fouch\u00e9 son ministre de la Police, mais injurie le prince de B\u00e9n\u00e9vent, Talleyrand, impassible \u2013 et sort en claquant la porte.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quel dommage, Messieurs, qu\u2019un si grand homme soit si mal \u00e9lev\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"1835\" class=\"cit-num\">1835<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838). <em>Talleyrand, ou le Sphinx incompris<\/em> (1970), Jean Orieux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La citation est parfaitement en situation le 28\u00a0janvier\u00a01809, apr\u00e8s l\u2019injure lanc\u00e9e devant t\u00e9moins par l\u2019empereur furieux. Talleyrand se venge de l\u2019affront public avec une certaine classe diplomatique. Il semble qu\u2019il ait redit ce mot \u00e0 divers ambassadeurs, toujours \u00e0 propos de Napol\u00e9on.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Que voulez-vous, mon cher, la religion se perd\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"1837\" class=\"cit-num\">1837<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), \u00e0 Fouch\u00e9, en 1809. <em>Le Crapouillot<\/em> (1955)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le ministre de la Police s\u2019\u00e9tonnait qu\u2019il ne se trouve pas en France un moine fanatique, du genre de Jacques Cl\u00e9ment qui assassina Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>, pour d\u00e9barrasser la France du Corse. D\u00e8s juin\u00a01810, Fouch\u00e9 rejoindra Talleyrand dans la disgr\u00e2ce. Les deux comp\u00e8res se retrouveront au pouvoir \u00e0 la Restauration\u00a0: \u00ab\u00a0le vice appuy\u00e9 sur le bras du crime\u00a0\u00bb notera Chateaubriand, impitoyable t\u00e9moin de leur retour.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il avait l\u2019air de se promener au milieu de sa gloire.\u00a0\u00bb<span id=\"1839\" class=\"cit-num\">1839<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CAMBAC\u00c9R\u00c8S<\/span> (1753-1824), archichancelier de l\u2019Empire et duc de Parme, parlant de Napol\u00e9on en 1809.<em> Histoire du Consulat et de l\u2019Empire<\/em> (1847), Adolphe Thiers<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La cinqui\u00e8me coalition qui r\u00e9unit l\u2019Angleterre et l\u2019Autriche en 1809 s\u2019est vite sold\u00e9e par la victoire de Napol\u00e9on sur l\u2019Autriche\u00a0: d\u00e9faite par la Grande Arm\u00e9e \u00e0 Wagram (5 et 6\u00a0juillet), elle signe la paix de Vienne (14\u00a0octobre), perd 300\u00a0000\u00a0km2 et 3\u00a0500\u00a0000 habitants.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est le Souverain de l\u2019Europe.\u00a0\u00bb<span id=\"1840\" class=\"cit-num\">1840<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">METTERNICH<\/span> (1773-1859), 1809. <em>M\u00e9moires, documents et \u00e9crits divers laiss\u00e9s par le prince de Metternich, chancelier de cour et d\u2019\u00c9tat<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1880)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parole de connaisseur. Ambassadeur d\u2019Autriche en France depuis 1806, le prince de Metternich est nomm\u00e9 chancelier et ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res en octobre\u00a01809, signant \u00e0 ce titre l\u2019humiliant trait\u00e9 (ou paix) de Vienne. Il choisit alors de s\u2019allier \u00e0 Napol\u00e9on \u2013 pour mieux l\u2019abattre le moment venu. Et c\u2019est lui qui va n\u00e9gocier son mariage avec Marie-Louise d\u2019Autriche.<\/p>\n<p>Cette domination culminera en 1811\u00a0: le Grand Empire comporte 130 d\u00e9partements qui r\u00e9uniront 45\u00a0millions de \u00ab\u00a0Fran\u00e7ais\u00a0\u00bb, plus 40\u00a0millions d\u2019habitants des \u00c9tats vassaux (Italie, Espagne, Naples, duch\u00e9 de Varsovie, Conf\u00e9d\u00e9ration du Rhin, Conf\u00e9d\u00e9ration helv\u00e9tique).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je me donne des anc\u00eatres.\u00a0\u00bb<span id=\"1844\" class=\"cit-num\">1844<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), ch\u00e2teau de Compi\u00e8gne, 27\u00a0mars 1810. <em>Metternich<\/em> (1965), Henry Vallotton<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il s\u2019est r\u00e9solu \u00e0 sacrifier le seul amour de sa vie, divor\u00e7ant de l\u2019imp\u00e9ratrice Jos\u00e9phine incapable de lui donner le fils esp\u00e9r\u00e9, l\u2019indispensable h\u00e9ritier pour son empire.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ivre d\u2019impatience, ivre de f\u00e9licit\u00e9\u00a0\u00bb, il apprend la valse (viennoise) et attend sa future femme, Marie-Louise\u00a0: archiduchesse d\u2019Autriche, descendante de l\u2019empereur Charles Quint et petite-ni\u00e8ce de Marie-Antoinette. Napol\u00e9on, de petite noblesse corse (d\u2019origine g\u00e9noise), \u00e9voque volontiers \u00ab\u00a0ma malheureuse tante Marie-Antoinette\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0mon pauvre oncle Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>\u00a0\u00bb. Cette union flatte son orgueil.<\/p>\n<p>Il s\u2019est d\u00e9cid\u00e9 en f\u00e9vrier, dans une h\u00e2te qui a fort embarrass\u00e9 l\u2019ambassadeur d\u2019Autriche \u00e0 Paris (Schwarzenberg, successeur de Metternich \u00e0 ce poste)\u00a0: m\u00eame pas le temps de pr\u00e9venir l\u2019empereur d\u2019Autriche, avant que Napol\u00e9on annonce sa d\u00e9cision aux Fran\u00e7ais\u00a0! Mais personne ne peut rien refuser \u00e0 Napol\u00e9on, m\u00eame pas sa fille.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019Autriche fit au Minotaure le sacrifice d\u2019une belle g\u00e9nisse.\u00a0\u00bb<span id=\"1845\" class=\"cit-num\">1845<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Prince de <span class=\"caps\">LIGNE<\/span> (1735-1814). <em>L\u2019Europe et la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1904), Albert Sorel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>De Ligne commente le mariage imp\u00e9rial en authentique et vieux prince autrichien, avec des r\u00e9f\u00e9rences mythologiques famili\u00e8res au monde de son temps.\u00a0Mais qui pense \u00e0 l\u2019humiliation du p\u00e8re de la mari\u00e9e, Fran\u00e7ois Ier d\u2019Autriche, empereur romain germanique\u00a0?<\/p>\n<p>Le mariage de Marie-Louise et de Napol\u00e9on a lieu le 1er\u00a0avril 1810.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est un ventre que j\u2019\u00e9pouse.\u00a0\u00bb<span id=\"1846\" class=\"cit-num\">1846<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821). <em>Le Fils de l\u2019empereur<\/em> (1962), Andr\u00e9 Castelot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Napol\u00e9on confirme la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la \u00ab\u00a0belle g\u00e9nisse\u00a0\u00bb sacrifi\u00e9e par l\u2019Autriche, et assume le r\u00f4le du Minotaure pr\u00e9dateur, sans y mettre les formes. Il manifeste tant de h\u00e2te qu\u2019on parle d\u2019un enl\u00e8vement plus que d\u2019un mariage. La c\u00e9r\u00e9monie religieuse a lieu le 2\u00a0avril 1810. Marie-Louise a 18\u00a0ans, il vit une lune de miel de trois semaines qui le comble et sa seconde femme lui donnera un fils, le 20\u00a0mars 1811\u00a0: le roi de Rome.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut que je fasse de tous les peuples de l\u2019Europe un m\u00eame peuple et de Paris la capitale du monde.\u00a0\u00bb<span id=\"1849\" class=\"cit-num\">1849<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), fin 1810, \u00e0 son ministre Fouch\u00e9. <em>Histoire du Consulat et de l\u2019Empire<\/em> (1974), Louis Madelin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est le r\u00eave europ\u00e9en plus tenaillant que jamais. \u00ab\u00a0Ma destin\u00e9e n\u2019est pas accomplie\u00a0; je veux achever ce qui n\u2019est qu\u2019\u00e9bauch\u00e9\u00a0; il me faut un code europ\u00e9en, une Cour de cassation europ\u00e9enne, une m\u00eame monnaie, les m\u00eames poids et mesures, les m\u00eames lois\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Les historiens s\u2019interrogent encore aujourd\u2019hui\u00a0: imp\u00e9rialiste \u00e0 l\u2019\u00e9tat pur et avide de conqu\u00eates, patriote fran\u00e7ais voulant agrandir son pays ou unificateur de l\u2019Europe en avance sur l\u2019histoire\u00a0?<\/p>\n<p>Napol\u00e9on s\u2019identifie toujours \u00e0 Charlemagne, mais le temps n\u2019est plus \u00e0 ce genre d\u2019empire, les peuples sont devenus des nations, la R\u00e9volution de 1789 leur a parl\u00e9 de Libert\u00e9. Il invoque un autre mod\u00e8le historique\u00a0: \u00ab\u00a0Les Romains donnaient leurs lois \u00e0 leurs alli\u00e9s\u00a0; pourquoi la France ne ferait-elle pas adopter les siennes\u00a0?\u00a0\u00bb Le Code Napol\u00e9on s\u2019applique \u00e0 tout l\u2019Empire, depuis 1807. Et nombre de pays l\u2019adopteront de leur plein gr\u00e9.<\/p>\n<p>Mais quand il parle ainsi \u00e0 Fouch\u00e9, c\u2019est pour d\u00e9fendre son id\u00e9e d\u2019envahir la Russie. Fouch\u00e9 est contre cette campagne qui sera catastrophique. Il voit plus clair que l\u2019empereur qui ne lui pardonnera pas cette lucidit\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je l\u2019envie. La gloire l\u2019attend, alors que j\u2019ai d\u00fb courir apr\u00e8s elle [\u2026] Pour saisir le monde, il n\u2019aura qu\u2019\u00e0 tendre les bras.\u00a0\u00bb<span id=\"1855\" class=\"cit-num\">1855<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), \u00e0 Duroc, 20\u00a0mars 1811. <em>L\u2019Aiglon, Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span><\/em> (1959), Andr\u00e9 Castelot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le p\u00e8re est boulevers\u00e9 devant le berceau de son fils, d\u2019autant plus que cette naissance comble l\u2019empereur. La dynastie semble install\u00e9e \u00e0 jamais. Il avoue son \u00e9motion \u00e0 l\u2019un de ses plus anciens compagnons de route et de gloire, connu au si\u00e8ge de Toulon en 1793.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Napol\u00e9on est comme un torrent. Moscou sera l\u2019\u00e9ponge qui l\u2019absorbera.\u00a0\u00bb<span id=\"1862\" class=\"cit-num\">1862<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Feld-mar\u00e9chal <span class=\"caps\">KOUTOUZOV<\/span> (1745-1813), exposant son coup de poker militaire \u00e0 son \u00e9tat-major, d\u00e9but septembre\u00a01812. <em>La Guerre patriotique de 1812<\/em> (2008), \u00c9mile Grenier Robillard<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parole proph\u00e9tique du g\u00e9n\u00e9ral en chef russe, alors que l\u2019arm\u00e9e napol\u00e9onienne est en marche vers Moscou. \u00c9t\u00e9 1812, la guerre a donc repris\u00a0: c\u2019est la sixi\u00e8me coalition qui dressera bient\u00f4t l\u2019Europe contre Napol\u00e9on.<\/p>\n<p>Alexandre\u00a0Ier est ulc\u00e9r\u00e9 par l\u2019annexion du duch\u00e9 d\u2019Oldenbourg, fief appartenant \u00e0 son cousin et devenu au sein de la Conf\u00e9d\u00e9ration du Rhin un des 130 d\u00e9partements fran\u00e7ais, sous le nom de Bouches-du-Weser. La Russie souffre par ailleurs du Blocus continental et renoue avec l\u2019Angleterre. De son c\u00f4t\u00e9, Napol\u00e9on est tent\u00e9\u00a0: cette nouvelle conqu\u00eate manque \u00e0 son Empire\u00a0! Il comprendra \u2013 mais trop tard \u2013 cette erreur fatale.<\/p>\n<p>Koutousov expose son plan\u00a0: plut\u00f4t que d\u2019affronter ce qui reste de la Grande Arm\u00e9e, il ordonne la retraite de Moscou, sans combat. Ses officiers sont totalement d\u00e9concert\u00e9s. Certains pleurent, arrachent leurs d\u00e9corations, d\u2019autres parlent de trahison, mais le mar\u00e9chal sera ob\u00e9i. Et il \u00e9crit au tsar, pour le rassurer. La perte de Moscou est r\u00e9parable et doit sauver la Patrie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Moscou sera notre perte.\u00a0\u00bb<span id=\"1863\" class=\"cit-num\">1863<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Joachim <span class=\"caps\">MURAT<\/span> (1767-1815), \u00e0 Napol\u00e9on, 18\u00a0ao\u00fbt 1812. <em>La Catastrophe de Russie<\/em> (1949), Louis Madelin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces mots seront r\u00e9p\u00e9t\u00e9s par l\u2019entourage de l\u2019empereur qui s\u2019est lanc\u00e9 dans l\u2019aventure sans conna\u00eetre le terrain, passant le fleuve Ni\u00e9men le 22\u00a0juin.<\/p>\n<p>Murat, roi de Naples, appel\u00e9 pour la campagne de Russie, d\u00e9couvre la guerre d\u2019usure. L\u2019ennemi se d\u00e9robe sans fin, la Grande Arm\u00e9e s\u2019enfonce en terre \u00e9trang\u00e8re, amput\u00e9e du tiers de ses effectifs sans avoir livr\u00e9 bataille\u00a0: 150\u00a0000 hommes disparus, morts, \u00e9puis\u00e9s par la canicule, bless\u00e9s, plus encore d\u00e9serteurs. Mais pour l\u2019empereur, c\u2019est une question d\u2019honneur. On ira \u00e0 Moscou \u2013 qui n\u2019est m\u00eame pas la capitale.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voil\u00e0 le commencement de la fin.\u00a0\u00bb<span id=\"1869\" class=\"cit-num\">1869<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), \u00e0 l\u2019annonce du d\u00e9sastre de la retraite de Russie, d\u00e9cembre\u00a01812. <em>Monsieur\u00a0de Talleyrand<\/em> (1870), Charles-Augustin Sainte-Beuve<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il l\u2019a pr\u00e9dit avant tout le monde, sans savoir l\u2019ampleur de la d\u00e9b\u00e2cle.<\/p>\n<p>Les soldats sont victimes du \u00ab\u00a0G\u00e9n\u00e9ral Hiver\u00a0\u00bb comme pr\u00e9vu par le tsar Alexandre et le mar\u00e9chal Koutousov. Le froid rend fous les chevaux, et colle l\u2019acier des armes aux doigts des soldats. Le passage de la B\u00e9r\u00e9zina (25 au 29\u00a0novembre) est un \u00e9pisode devenu l\u00e9gendaire\u00a0: par \u201320\u00a0\u00b0C le jour, \u201330\u00a0\u00b0C la nuit, ce qui reste de la Grande Arm\u00e9e r\u00e9ussit \u00e0 franchir la rivi\u00e8re, gr\u00e2ce aux pontonniers du g\u00e9n\u00e9ral Ebl\u00e9 et aux troupes qui couvrent le passage (Ney et Victor). 8\u00a0000 tra\u00eenards n\u2019ont pas le temps de passer, ils seront tu\u00e9s par les Cosaques.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai vu vos troupes, il n\u2019y a que des enfants. Vous avez fait p\u00e9rir une g\u00e9n\u00e9ration. Que ferez-vous quand ceux-ci auront disparu\u00a0?\u00a0\u00bb<span id=\"1874\" class=\"cit-num\">1874<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">METTERNICH<\/span> (1773-1859), \u00e0 Napol\u00e9on qui le re\u00e7oit comme m\u00e9diateur \u00e0 Dresde, 26\u00a0juin 1813.<em> Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Napol\u00e9on cherche une impossible tr\u00eave. La Prusse pactise d\u00e9j\u00e0 avec la Russie et d\u00e9clare la guerre \u00e0 la France, le 17\u00a0mars 1813. L\u2019Autriche propose sa m\u00e9diation\u00a0: c\u2019est l\u2019occasion pour Metternich, chancelier (chef du gouvernement) et ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res, de jouer un r\u00f4le diplomatique de premier plan.<\/p>\n<p>Napol\u00e9on fait le compte des soldats dont il peut disposer et tente de montrer sa force au cours de cette entrevue. En fait, il devra faire appel aux anciennes classes et recruter des \u00ab\u00a0Marie-Louise\u00a0\u00bb, jeunes conscrits des classes 1814 et 1815, sans formation militaire. Metternich n\u2019est pas dupe de la d\u00e9monstration. Napol\u00e9on, furieux, lui reproche les ambigu\u00eft\u00e9s de sa politique. Ce qui va jeter l\u2019Autriche dans le camp ennemi.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019en est fini de Bonaparte.\u00a0\u00bb<span id=\"1875\" class=\"cit-num\">1875<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">METTERNICH<\/span> (1773-1859), Lettre \u00e0 son ami Hudelist (conseiller d\u2019\u00c9tat), apr\u00e8s son entrevue avec Napol\u00e9on, 26\u00a0juin\u00a01813.<em> Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le chancelier d\u2019Autriche vient de terminer son dialogue avec Napol\u00e9on en abandonnant son ton diplomatique\u00a0: \u00ab\u00a0Vous \u00eates perdu, Sire\u00a0! Je m\u2019en doutais en venant ici, maintenant je le sais\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il en est s\u00fbr, malgr\u00e9 la victoire de Napol\u00e9on sur les Prussiens (L\u00fctzen) et sur les Russes (Bautzen). L\u2019armistice sign\u00e9 \u00e0 Pleiswitz le 4\u00a0juin n\u2019est qu\u2019un cessez-le-feu qui permet aux coalis\u00e9s de resserrer les rangs et \u00e0 l\u2019Autriche de Fran\u00e7ois Ier d\u2019entrer dans la sixi\u00e8me coalition. La guerre reprend. Apr\u00e8s la campagne de Russie et avant la campagne de France, c\u2019est la campagne d\u2019Allemagne. Napol\u00e9on repart, laissant la r\u00e9gence \u00e0 Marie-Louise.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce n\u2019est pas possible, m\u2019\u00e9crivez-vous\u00a0; cela n\u2019est pas fran\u00e7ais.\u00a0\u00bb<span id=\"1876\" class=\"cit-num\">1876<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), au g\u00e9n\u00e9ral Lemarois, commandant de Magdebourg, 9\u00a0juillet 1813.<em> Dictionnaire des expressions n\u00e9es de l\u2019histoire<\/em> (1992), Gilles Henry<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le g\u00e9n\u00e9ral avait \u00e9crit \u00e0 l\u2019empereur pour lui dire que, face aux coalis\u00e9s sup\u00e9rieurs en nombre, il ne peut pas tenir plus longtemps la place (ville prise par les Fran\u00e7ais en 1806, sur la rive gauche de l\u2019Elbe en Westphalie).<\/p>\n<p>Durant cette campagne d\u2019Allemagne, plus que jamais, Napol\u00e9on paie de sa personne et fait preuve d\u2019un g\u00e9nie militaire que Metternich lui-m\u00eame salue. L\u2019histoire en t\u00e9moigne aussi\u00a0: l\u2019empereur obtint vraiment l\u2019impossible de ses hommes et de leurs chefs.<\/p>\n<p>La post\u00e9rit\u00e9 a retenu la formule plus lapidaire\u00a0: \u00ab\u00a0Impossible n\u2019est pas fran\u00e7ais.\u00a0\u00bb Et le g\u00e9n\u00e9ral ne capitulera que le 20\u00a0mai 1814 \u2013 apr\u00e8s l\u2019abdication de Napol\u00e9on.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Rendez-moi ma jambe et je vous rendrai Vincennes.\u00a0\u00bb<span id=\"1885\" class=\"cit-num\">1885<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">G\u00e9n\u00e9ral <span class=\"caps\">DAUMESNIL<\/span> (1776-1832), aux Alli\u00e9s assi\u00e9geant Vincennes, d\u00e9but avril\u00a01814.<em> Daumesnil\u00a0: \u00ab\u00a0Rendez-moi ma jambe et je vous rendrai Vincennes\u00a0\u00bb<\/em> (1970), Henri de Clairval<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Volontaire sous la R\u00e9volution fran\u00e7aise, g\u00e9n\u00e9ral et baron d\u2019Empire multipliant les actions d\u2019\u00e9clat, surnomm\u00e9 Jambe de bois, il a perdu une jambe \u00e0 Wagram (1809).<\/p>\n<p>Gouverneur du fort de Vincennes depuis 1812, il r\u00e9siste au si\u00e8ge des troupes coalis\u00e9es, alors que la capitale est aux mains des Alli\u00e9s. Sa garnison se compose d\u2019un millier de gardes nationaux et de 300 invalides, qu\u2019il appelle \u00ab\u00a0mon Jeu de quilles\u00a0\u00bb. Un stock de munitions consid\u00e9rable fait du donjon une poudri\u00e8re en puissance. La nuit du 30 au 31\u00a0mars, Jambe de bois et son Jeu de quilles ont rafl\u00e9 \u00e0 Montmartre armes, munitions, chevaux, canons, pour les ramener \u00e0 l\u2019abri dans Vincennes. Les Alli\u00e9s lui proposent une forte somme pour sa reddition. D\u2019o\u00f9 la r\u00e9plique.<br>Il n\u00e9gociera la capitulation avec Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span>, apr\u00e8s l\u2019exil de Napol\u00e9on.<\/p>\n<p>En 1830, quinquag\u00e9naire vaillant, toujours gouverneur de Vincennes et toujours r\u00e9sistant, il r\u00e9pond aux menaces des assaillants\u00a0: \u00ab\u00a0Je me fais sauter avec le ch\u00e2teau et nous nous rencontrerons en l\u2019air.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les puissances ayant d\u00e9clar\u00e9 que l\u2019Empereur Napol\u00e9on \u00e9tait le seul obstacle au r\u00e9tablissement de la paix en Europe, l\u2019Empereur Napol\u00e9on, fid\u00e8le \u00e0 ses serments, d\u00e9clare qu\u2019il renonce, pour lui et pour ses enfants, aux tr\u00f4nes de France et d\u2019Italie, et qu\u2019il n\u2019est aucun sacrifice, m\u00eame celui de la vie, qu\u2019il ne soit pr\u00eat \u00e0 faire dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de la France.\u00a0\u00bb<span id=\"1891\" class=\"cit-num\">1891<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), Abdication du 6\u00a0avril 1814, \u00e9crite de sa main sur le c\u00e9l\u00e8bre gu\u00e9ridon d\u2019acajou de Fontainebleau. <em>Le Fils de l\u2019empereur<\/em> (1962), Andr\u00e9 Castelot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Par le trait\u00e9 de Fontainebleau du 11\u00a0avril, il garde son titre d\u2019empereur avec la souverainet\u00e9 (d\u00e9risoire) de l\u2019\u00eele d\u2019Elbe, 223\u00a0km2, la plus grande des petites \u00eeles italiennes de l\u2019archipel toscan.<\/p>\n<p>Reste encore \u00e0 faire ses adieux \u00e0 la Vieille Garde, avant de s\u2019embarquer pour un (premier) exil. Histoire \u00e0 suivre et d\u00e9but de la l\u00e9gende napol\u00e9onienne au prochain \u00e9dito.<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les citations \u00ab\u00a0r\u00e9f\u00e9rentielles\u00a0\u00bb (inspir\u00e9es du syst\u00e8me des coordonn\u00e9es en physique) renvoient \u00e0 un personnage, un \u00e9v\u00e9nement, une th\u00e9orie ou une opinion, voire une autre citation en effet miroir. Bref, \u00e0 tout ce qui fait date et sens dans notre histoire o\u00f9 le r\u00e9cit national c\u00f4toie parfois le roman.Elles se pr\u00e9sentent sous diverses formes\u00a0: slogans, appels, [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":86,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-9678","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-edito-de-la-semaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9678","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9678"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9678\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12624,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9678\/revisions\/12624"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9678"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9678"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9678"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}