{"id":9706,"date":"2023-07-17T00:00:00","date_gmt":"2023-07-16T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/qui-a-dit-quoi-de-qui-1-gaule-et-moyen-age\/"},"modified":"2025-08-12T08:43:01","modified_gmt":"2025-08-12T06:43:01","slug":"qui-a-dit-quoi-de-qui-1-gaule-et-moyen-age","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/qui-a-dit-quoi-de-qui-1-gaule-et-moyen-age\/","title":{"rendered":"Qui a dit quoi de Qui\u00a0? (1. Gaule et Moyen \u00c2ge)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>Un personnage parle d\u2019un autre personnage. <br>Exemple type\u00a0: \u00ab\u00a0Un fou a dit \u00ab\u00a0Moi, la France\u00a0\u00bb et personne n\u2019a ri parce que c\u2019\u00e9tait vrai.\u00a0\u00bb Fran\u00e7ois Mauriac \u00e9voquant de Gaulle en juin 1940.<\/p>\n<p>Le premier \u00ab\u00a0qui\u00a0\u00bb est quelquefois le peuple (acteur anonyme) s\u2019exprimant en chanson, pamphlet, slogan, \u00e9pitaphe. Le second \u00ab\u00a0qui\u00a0\u00bb peut \u00eatre un groupe, une assembl\u00e9e, une arm\u00e9e \u00e0 qui le discours est destin\u00e9.<br>Si les deux \u00ab\u00a0qui\u00a0\u00bb sont identiques, c\u2019est un autoportrait, une profession de foi politique, parfois une devise. <br>Les lettres (Correspondance) et M\u00e9moires (sous diverses formes) sont des sources pr\u00e9cieuses, les \u00ab\u00a0mots de la fin\u00a0\u00bb livrent une ultime v\u00e9rit\u00e9 sur l\u2019auteur. <\/p>\n<p>Dans ce d\u00e9fil\u00e9 de Noms plus ou moins connus ou c\u00e9l\u00e8bres, le ton passe de l\u2019humour \u00e0 la cruaut\u00e9 avec ces citations r\u00e9f\u00e9rentielles ou anecdotiques, mais historiquement toujours significatives.<br>\u00ab\u00a0Qui a dit quoi de Qui\u00a0\u00bb est une version r\u00e9sum\u00e9e en 12 \u00e9ditos de notre <em>Histoire en citations<\/em> \u2013 \u00ab\u00a0quand, comment et pourquoi\u00a0\u00bb donnant l\u2019indispensable contexte.<\/p>\n<p>\u00c7a peut aussi devenir un jeu\u00a0: \u00ab\u00a0Qui a dit quoi de Qui\u00a0\u00bb. \u00c0 vous de voir.<\/p>\n<h3>1. Gaule et Moyen \u00c2ge.<\/h3>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-1-60.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">Gaule (<span class=\"caps\">VI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle av. J.-C. \u2013 481 apr.\u00a0J.-C.)<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Prends-les\u00a0! Je suis brave, mais tu es plus brave encore, et tu m\u2019as vaincu.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"23\" class=\"cit-num\">23<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VERCING\u00c9TORIX<\/span> (vers 82-46 av. J.-C.), jetant ses armes aux pieds de C\u00e9sar, fin septembre\u00a052 av.\u00a0J.-C., \u00e0 Al\u00e9sia. <em>Abr\u00e9g\u00e9 de l\u2019histoire romaine depuis Romulus jusqu\u2019\u00e0 Auguste<\/em>, Florus<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces mots du vaincu au vainqueur et rapport\u00e9s par lui dans ses<em> Commentaires de la guerre des Gaules<\/em> servent d\u2019\u00e9pilogue \u00e0 la br\u00e8ve \u00e9pop\u00e9e du guerrier gaulois, face au plus illustre des g\u00e9n\u00e9raux romains. Dans ce premier cas du \u00ab\u00a0Qui a dit quoi de qui\u00a0\u00bb, les deux noms sont \u00e9galement c\u00e9l\u00e8bres.<\/p>\n<p>Grand strat\u00e8ge en m\u00eame temps qu\u2019historien souvent cit\u00e9, C\u00e9sar est parvenu \u00e0 enfermer Vercing\u00e9torix et son arm\u00e9e \u00e0 Al\u00e9sia (en Bourgogne). L\u2019arm\u00e9e de secours, mal pr\u00e9par\u00e9e, est mise en pi\u00e8ces par C\u00e9sar qui exag\u00e8re les chiffres\u00a0: 246\u00a0000 morts chez les Gaulois, dont 8\u00a0000 cavaliers. Vercing\u00e9torix juge la r\u00e9sistance inutile et se rend pour \u00e9pargner la vie de ses hommes \u2013 quelque 50\u00a0000, mourant de faim apr\u00e8s quarante jours de si\u00e8ge.<\/p>\n<p>La chute d\u2019Al\u00e9sia marque la fin de la guerre des Gaules et l\u2019ach\u00e8vement de la conqu\u00eate romaine. Mais le mythe demeure bien vivant, en France\u00a0: Vercing\u00e9torix, red\u00e9couvert par les historiens au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle et popularis\u00e9 jusque dans la bande dessin\u00e9e, est notre premier h\u00e9ros national.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sa courte vie de combattant eut cette \u00e9l\u00e9gante beaut\u00e9 qui charmait les Anciens et qui \u00e9tait une faveur des Dieux.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"24\" class=\"cit-num\">24<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Camille <span class=\"caps\">JULLIAN<\/span> (1859-1933), <em>Vercing\u00e9torix<\/em> (1902)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Auteur de la premi\u00e8re biographie savante de Vercing\u00e9torix alors que la Troisi\u00e8me R\u00e9publique \u00e9labore notre r\u00e9cit national, il juge ainsi sa carri\u00e8re de chef de guerre. L\u2019\u00e9pop\u00e9e n\u2019a dur\u00e9 que dix mois et finit mal.<\/p>\n<p>Emmen\u00e9 captif \u00e0 Rome, le vaincu est jet\u00e9 dans un cachot o\u00f9 il attendra six ans, pour \u00eatre finalement exhib\u00e9 comme troph\u00e9e lors du triomphe de C\u00e9sar, puis d\u00e9capit\u00e9 en 46 av. J.-C.\u00a0:<em> \u00ab\u00a0Vae Victis\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis chr\u00e9tienne et chez nous, il n\u2019y a rien de mal.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"32\" class=\"cit-num\">32<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">BLANDINE<\/span> (??-177), \u00e0 ses juges, Lyon, 177. <em>Histoire eccl\u00e9siastique<\/em>, Eus\u00e8be de C\u00e9sar\u00e9e<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9v\u00eaque, \u00e9crivain et grand \u00e9rudit, Eus\u00e8be cite la lettre d\u2019un t\u00e9moin des martyrs de Lyon, qui se compla\u00eet dans la description des monstrueux supplices subis par 48 chr\u00e9tiens. Parmi eux Blandine, jeune et fr\u00eale esclave, montre une constance incroyable\u00a0: livr\u00e9e aux b\u00eates qui n\u2019en veulent pas, expos\u00e9e au gril, offerte \u00e0 un taureau sauvage qui la lance en l\u2019air avec ses cornes, elle est finalement achev\u00e9e par le glaive. Blandine deviendra sainte patronne de Lyon.<\/p>\n<p>Dans cette plaidoirie face \u00e0 ses juges, elle parle aussi au nom de cette \u00ab\u00a0secte\u00a0\u00bb qui va donner naissance \u00e0 la nouvelle religion. Un si\u00e8cle de pers\u00e9cution commence, ne concernant qu\u2019une minorit\u00e9\u00a0: le pays est peu christianis\u00e9 au <span class=\"caps\">II<\/span>e\u00a0si\u00e8cle, les dieux romains r\u00e9sistent. Les grands ap\u00f4tres de la Gaule (Denis, Gatien, Martial, Hilaire) appara\u00eetront \u00e0 partir du <span class=\"caps\">III<\/span>e\u00a0si\u00e8cle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tu as vaincu, Galil\u00e9en.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"37\" class=\"cit-num\">37<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">JULIEN<\/span> l\u2019Apostat (331-363), mourant en 363. <em>Histoire de France<\/em>, tome\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> (1878), Jules Michelet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mot de la fin du plus redoutable ennemi du christianisme naissant. Un empereur romain connu apostrophe en mourant le personnage le plus c\u00e9l\u00e8bre de l\u2019Histoire (du monde)\u00a0!<\/p>\n<p>Julien a \u00e9chapp\u00e9 au massacre de sa famille, ordonn\u00e9 par son cousin Constance <span class=\"caps\">II<\/span>, fils et successeur de Constantin Ier. \u00c9loign\u00e9 de la cour, le jeune prince se passionne pour la philosophie n\u00e9oplatonicienne, alors qu\u2019une \u00e9ducation chr\u00e9tienne trop s\u00e9v\u00e8re lui fait prendre cette religion en horreur. Excellent guerrier, il \u00e9crase les Alamans (hordes germaniques) \u00e0 Strasbourg (357) et ses soldats le proclament empereur. La mort de son cousin fait de lui le seul ma\u00eetre de l\u2019Empire (361). Il se rallie les h\u00e9r\u00e9tiques et s\u2019efforce de r\u00e9tablir les anciens cultes pa\u00efens, d\u2019o\u00f9 son surnom d\u2019Apostat.<\/p>\n<p>En guerre contre les Parthes (ma\u00eetres de l\u2019ancien Empire perse) et en pleine d\u00e9b\u00e2cle de l\u2019ennemi, Julien est atteint par un javelot. Il se croit frapp\u00e9 par une main invisible\u00a0: le Galil\u00e9en J\u00e9sus le ch\u00e2tie pour avoir reni\u00e9 le christianisme. C\u2019est avouer symboliquement son emprise\u00a0! Hormis ce r\u00e8gne bref, l\u2019\u00e9vang\u00e9lisation des villes, puis des campagnes, se poursuit en Gaule. Toute la p\u00e9riode suivante sera profond\u00e9ment chr\u00e9tienne.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-1-60.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">Moyen \u00c2ge (481-1483)<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tu n\u2019auras rien, si ce n\u2019est par la justice du sort.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"71\" class=\"cit-num\">71<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Un de ses soldats \u00e0 Clovis, vers 486, apr\u00e8s la bataille de Soissons. <em>Histoire des Francs<\/em> (premi\u00e8re impression fran\u00e7aise au <span class=\"caps\">XVI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle), Gr\u00e9goire de Tours<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le \u00ab\u00a0P\u00e8re de l\u2019histoire de France\u00a0\u00bb relate ce fait, l\u2019un des plus c\u00e9l\u00e8bres de notre histoire. R\u00e9v\u00e9lateur des m\u0153urs du temps et du caract\u00e8re de Clovis, il va se jouer en deux actes relat\u00e9s dans tous les manuels scolaires et d\u00fbment imag\u00e9s, depuis le <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Clovis et ses guerriers pillent \u00e9glises et couvents. Ils vont se partager le butin par tirage au sort, comme il est de coutume apr\u00e8s la bataille. Le chef Clovis r\u00e9clame pour lui un vase sacr\u00e9 \u2013 sans doute pour le rendre \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00eaque de Reims. Apr\u00e8s avoir bris\u00e9 (ou bossel\u00e9) l\u2019objet pr\u00e9cieux d\u2019un coup de sa francisque (hache), le soldat lui lance cette impertinente r\u00e9plique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Souviens-toi du vase de Soissons.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"72\" class=\"cit-num\">72<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CLOVIS<\/span> (vers 465-511), vers 486. <em>Histoire des Francs<\/em> (premi\u00e8re impression fran\u00e7aise au <span class=\"caps\">XVI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle), Gr\u00e9goire de Tours<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Clovis n\u2019a pas pardonn\u00e9 l\u2019affront inflig\u00e9 apr\u00e8s la bataille, quand il passe ses troupes en revue et reconna\u00eet l\u2019insolent. Lui reprochant la mauvaise tenue de ses armes, il jette au sol sa francisque. Le soldat se baissant pour la ramasser, Clovis lui brise le cr\u00e2ne d\u2019un coup de hache, en pronon\u00e7ant ces paroles. Selon une autre version, il lui aurait cri\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Voil\u00e0 ce que tu as fait au vase de Soissons.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ce geste brutal est diversement interpr\u00e9t\u00e9\u00a0: preuve de la barbarie de ce roi pa\u00efen ou manifestation d\u2019autorit\u00e9 d\u2019un futur chr\u00e9tien\u00a0? Toutes les versions sont possibles, ce personnage c\u00e9l\u00e8bre de notre Histoire restant malgr\u00e9 tout un inconnu, faute de sources fiables.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il a \u00e9t\u00e9 baptis\u00e9 au nom de votre Christ. Il faudra donc qu\u2019il meure, comme meurt tout ce qui est vou\u00e9 \u00e0 ce malfaisant personnage.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"73\" class=\"cit-num\">73<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CLOVIS<\/span> (vers 465-511), \u00e0 Clotilde. <em>Sainte Clotilde<\/em> (1905), Godefroy Kurth<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En 493, Clovis a \u00e9pous\u00e9 Clotilde, ni\u00e8ce de Gondebaud le roi des Burgondes. Chr\u00e9tienne (et future sainte), elle fait baptiser leur fils n\u00e9 l\u2019ann\u00e9e suivante. L\u2019enfant meurt bient\u00f4t, ce qui attire \u00e0 la reine cette remarque de son \u00e9poux, encore farouchement pa\u00efen. Mais dans l\u2019histoire (et bien avant Henri <span class=\"caps\">IV<\/span>), une victoire vaut bien une messe\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dieu de Clotilde, si tu me donnes la victoire, je me ferai chr\u00e9tien.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"74\" class=\"cit-num\">74<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CLOVIS<\/span> (vers 465-511), invoquant le Dieu de sa femme chr\u00e9tienne, bataille de Tolbiac, 496. <em>Histoire des Francs<\/em> (premi\u00e8re impression fran\u00e7aise au <span class=\"caps\">XVI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle), Gr\u00e9goire de Tours<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le mot est peut-\u00eatre l\u00e9gendaire, mais nombre de mots (pr\u00e9sum\u00e9s apocryphes) ont une valeur symbolique et m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre cit\u00e9s. Et quand notre premier roi s\u2019adresse \u00e0 Dieu\u2026<\/p>\n<p>Clovis s\u2019appr\u00eate \u00e0 repousser les Alamans (futurs Allemands), tribu germanique qui ne cesse de faire des incursions sur la rive gauche du Rhin. L\u2019affrontement des deux arm\u00e9es tourne au massacre et Clovis redoute la d\u00e9faite. D\u2019o\u00f9 ce mot lanc\u00e9 au Ciel.<\/p>\n<p>Ce premier roi du Moyen \u00c2ge semble avoir avec Dieu les m\u00eames rapports que le dernier, mille ans plus tard\u00a0: Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span>, tr\u00e8s croyant et fort superstitieux, en constant marchandage avec la Vierge ou saint Michel archange.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tout lui r\u00e9ussissait, parce qu\u2019il marchait le c\u0153ur droit devant Dieu.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"60\" class=\"cit-num\">60<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">GR\u00c9GOIRE<\/span> de tours (538-594), <em>Histoire des Francs<\/em> (Historia Francorum)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il parle en historien, mais juge aussi en \u00e9v\u00eaque. La religion impr\u00e8gne sa vie, de m\u00eame qu\u2019elle marque fortement toute cette \u00e9poque, \u00e0 commencer par notre premier roi\u00a0!<\/p>\n<p>Clovis, converti apr\u00e8s sa \u00ab\u00a0miraculeuse\u00a0\u00bb victoire de Tolbiac, se montre assez ardent dans sa nouvelle religion pour que l\u2019\u00e9v\u00eaque de Tours rende ainsi hommage \u00e0 cet ancien barbare. D\u2019autres historiens confirment.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il avait re\u00e7u une peuplade barbare, il a laiss\u00e9 une grande nation chr\u00e9tienne.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"62\" class=\"cit-num\">62<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mathieu Maxime <span class=\"caps\">GORCE<\/span> (1898-1979), <em>Clovis<\/em> (1935)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La remarque de cet historien fran\u00e7ais (citant l\u2019historien belge G.\u00a0Kurth) d\u00e9finit l\u2019apport de Clovis. H\u00e9ritier d\u2019un modeste royaume entre mer du Nord, Escaut et Cambr\u00e9sis, il l\u2019agrandit consid\u00e9rablement au terme d\u2019une s\u00e9rie de grandes victoires sur les Alamans, les Wisigoths et autres barbares.<br>S\u2019\u00e9tant par ailleurs converti, il gagne l\u2019appui de ses sujets gallo-romains et favorise l\u2019expansion de la religion qui procure \u00e0 la royaut\u00e9, avec ses grands \u00e9v\u00eaques et ses puissants abb\u00e9s, un ferment d\u2019unit\u00e9. Sous son r\u00e8gne \u2013 et la tendance se confirmera avec ses successeurs \u2013 se produit un double mouvement\u00a0: la \u00ab\u00a0barbarisation\u00a0\u00bb de la romanit\u00e9 et la \u00ab\u00a0romanisation\u00a0\u00bb des barbares. La France en na\u00eetra.<\/p>\n<p>Autre grand personnage du Moyen \u00c2ge et sans doute le plus c\u00e9l\u00e8bre, Charlemagne\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il respirait dans toute sa personne, soit qu\u2019il f\u00fbt assis ou debout, un air de grandeur et de dignit\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"63\" class=\"cit-num\">63<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">\u00c9GINHARD<\/span> (vers 770-840), <em>Vie de Charlemagne<\/em> (\u00e9crite dans les ann\u00e9es 830)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Ayant form\u00e9 le projet d\u2019\u00e9crire la vie, l\u2019histoire priv\u00e9e et la plupart des actions du ma\u00eetre qui daigna me nourrir, le roi Charles, le plus excellent et le plus justement fameux des princes, je l\u2019ai ex\u00e9cut\u00e9 en aussi peu de mots que je l\u2019ai pu faire\u00a0; j\u2019ai mis tous mes soins \u00e0 ne rien omettre des choses parvenues \u00e0 ma connaissance, et \u00e0 ne point rebuter par la prolixit\u00e9 les esprits qui rejettent avec d\u00e9dain tous les \u00e9crits nouveaux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ainsi commence la pr\u00e9face de cette biographie en deux parties\u00a0: les guerres men\u00e9es par Charlemagne\u00a0; le portrait de l\u2019empereur, la vie \u00e0 la cour, son testament. C\u2019est un tr\u00e8s pr\u00e9cieux document, contemporain des faits et gestes relat\u00e9s, comme nombre de chroniques \u00e0 venir.<\/p>\n<p>Secr\u00e9taire et ministre de Charlemagne, \u00c9ginhard nous d\u00e9crit dans sa<em> Vita Caroli magni imperatoris<\/em> l\u2019illustre Carolingien, \u00ab\u00a0gros, robuste, d\u2019une taille \u00e9lev\u00e9e mais bien proportionn\u00e9e [\u2026] les yeux grands et vifs, le nez un peu long, une belle chevelure blanche, une physionomie avenante et agr\u00e9able\u00a0\u00bb. Mais nulle allusion \u00e0 la l\u00e9gendaire \u00ab\u00a0barbe fleurie\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il savait r\u00e9sister \u00e0 l\u2019adversit\u00e9 et \u00e9viter, quand la fortune lui souriait, de c\u00e9der \u00e0 ses s\u00e9ductions.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"64\" class=\"cit-num\">64<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">\u00c9GINHARD<\/span> (vers 770-840), <em>Vie de Charlemagne<\/em> (\u00e9crite dans les ann\u00e9es 830)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le portrait moral du h\u00e9ros ne le c\u00e8de en rien au portrait physique. Il para\u00eet avoir m\u00e9pris\u00e9 le luxe des v\u00eatements, si l\u2019on en juge par le t\u00e9moignage du moine de Saint-Gall qui nous a laiss\u00e9 une vie de Charlemagne (<em>De gestis Caroli Magni<\/em>). \u00c0 des invit\u00e9s v\u00eatus de soie, tremp\u00e9s par la pluie, il dit\u00a0: \u00ab\u00a0Insens\u00e9s, quel est maintenant le plus pr\u00e9cieux et le plus utile de nos habits\u00a0? Est-ce le mien que je n\u2019ai achet\u00e9 qu\u2019un sou, ou les v\u00f4tres qui vous ont co\u00fbt\u00e9 des livres pesant d\u2019argent\u00a0?\u00a0\u00bb D\u2019autres \u00ab\u00a0pris sur le vif\u00a0\u00bb nous font revivre l\u2019homme et son \u0153uvre \u2013 et corriger en passant une grave erreur.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Passionn\u00e9 pour la science, il eut toujours en v\u00e9n\u00e9ration et comblait de toutes sortes d\u2019honneurs ceux qui l\u2019enseignaient.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"65\" class=\"cit-num\">65<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">\u00c9GINHARD<\/span> (vers 770-840),<em> Vie de Charlemagne<\/em> (\u00e9crite dans les ann\u00e9es 830)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019empereur m\u00e8ne une v\u00e9ritable politique culturelle, au point que l\u2019on voit en son si\u00e8cle une \u00ab\u00a0Renaissance carolingienne\u00a0\u00bb. Autodidacte mais fort savant, ayant appris la rh\u00e9torique, la dialectique, le grec, le latin, l\u2019astronomie, il compose m\u00eame une grammaire de la langue franque.<\/p>\n<p>Se fondant sur une remarque d\u2019\u00c9ginhard, mal traduite (du latin) et mal comprise, certains vulgarisateurs ont pr\u00e9tendu qu\u2019il savait \u00e0 peine \u00e9crire. En r\u00e9alit\u00e9, cette remarque signifie que m\u00eame \u00e0 un \u00e2ge avanc\u00e9, l\u2019empereur s\u2019exer\u00e7ait \u00e0 la calligraphie, pour atteindre cette perfection propre aux scribes avec lesquels il ne put cependant rivaliser.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ne nous laissons pas engourdir dans un repos qui nous m\u00e8nerait \u00e0 la paresse.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"67\" class=\"cit-num\">67<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CHARLEMAGNE<\/span> (742-814). <em>De gestis Caroli Magni<\/em>, moine de Saint-Gall<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019empereur est avant tout un homme d\u2019action, comme en t\u00e9moigne le mot que ce biographe anonyme met dans sa bouche. Au sortir de la messe, un dimanche, alors qu\u2019il se trouve \u00e0 Aquil\u00e9e en Italie, il invite ainsi ses courtisans par\u00e9s de beaux atours \u00e0 le suivre sans plus tarder \u00e0 la chasse.<br>Charlemagne fut un guerrier sans cesse en campagne (jusqu\u2019en 800, o\u00f9 ses fils le relaient souvent), un remarquable organisateur militaire et un grand politique. Autant de bonnes raisons pour l\u2019admiration que lui vouera Napol\u00e9on p\u00e9chant plus par anachronisme que par orgueil\u00a0: un tel empire appartenait au Moyen \u00c2ge et m\u00eame \u00e0 cette \u00e9poque, il se r\u00e9v\u00e9la bien fragile, apr\u00e8s la mort de son fondateur.<\/p>\n<p>Troisi\u00e8me personnage principal du Moyen \u00c2ge, Philippe <span class=\"caps\">II<\/span> dit Auguste, septi\u00e8me roi de la dynastie des Cap\u00e9tiens.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il fut jaloux et amoureux de la foi chr\u00e9tienne d\u00e8s les premiers jours de sa jeunesse\u00a0; il prit le signe de la croix [\u2026] et le cousit \u00e0 ses \u00e9paules pour d\u00e9livrer le s\u00e9pulcre, et puis souffrit peines et travail pour Notre Seigneur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"143\" class=\"cit-num\">143<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Grandes Chroniques de France, \u00c9loge fun\u00e8bre de Philippe Auguste<\/em> (1223)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Allusion \u00e0 sa participation \u00e0 la troisi\u00e8me croisade en 1189 et \u00e0 la prise de Saint-Jean-d\u2019Acre en Terre sainte. Mais les historiens contemporains mettent en avant bien d\u2019autres actions\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019entreprise de paver Paris doit \u00eatre compt\u00e9e parmi les actions les plus louables de Philippe Auguste\u00a0\u00bb selon Simonde de Sismondi dans son <em>Histoire des Fran\u00e7ais<\/em> (1821-1844). \u00ab\u00a0Dans aucune autre entreprise peut-\u00eatre il n\u2019eut plus en vue l\u2019utilit\u00e9 publique, la sant\u00e9 et l\u2019aisance de tous les habitants.\u00a0\u00bb Paris lui doit aussi le Louvre et une nouvelle enceinte (avec la tour de Nesle).<\/p>\n<p>De fa\u00e7on plus g\u00e9n\u00e9rale, l\u2019historien voit en lui \u00ab\u00a0le premier des rois qui semble avoir senti que sa dignit\u00e9 lui imposait quelques devoirs envers son peuple et que l\u2019argent qu\u2019il recueillait ne devait pas \u00eatre uniquement employ\u00e9 \u00e0 ses plaisirs ou \u00e0 ses caprices\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On pouvait se demander si le roi aimait son peuple plus que son peuple n\u2019aimait son roi. Il y avait entre eux comme une \u00e9mulation amoureuse. On ne pouvait savoir lequel des deux \u00e9tait le plus cher \u00e0 l\u2019autre [\u2026] tant \u00e9tait tendre l\u2019affection qui les unissait l\u2019un \u00e0 l\u2019autre par des liens parfaitement purs.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"144\" class=\"cit-num\">144<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">GUILLAUME<\/span> le Breton (vers 1165-1226), <em>La Philippide<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ainsi s\u2019exprime le chroniqueur quelque peu courtisan, dans cette \u00e9pop\u00e9e \u00e9crite apr\u00e8s la victoire de Bouvines (1214) dont il fut t\u00e9moin. Philippe Auguste avait confisqu\u00e9 en 1202 les fiefs tr\u00e8s \u00e9tendus que le roi d\u2019Angleterre Jean sans Terre poss\u00e9dait en France \u2013 il avait refus\u00e9 de rendre justice \u00e0 un vassal du roi de France. La Guerre de Cent Ans (1337-1453) sera l\u2019ultime \u00e9pisode de ces conflits entre les deux dynasties des Cap\u00e9tiens et des Plantagen\u00eats.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il accr\u00fbt et multiplia merveilleusement le royaume de France\u00a0; il soutint et garda merveilleusement la seigneurie et le droit et la noblesse de la couronne de France.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"145\" class=\"cit-num\">145<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Grandes Chroniques de France, \u00c9loge fun\u00e8bre de Philippe Auguste<\/em> (1223)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le long r\u00e8gne de Philippe Auguste (1180-1223) s\u2019est sold\u00e9 par le quadruplement du domaine royal, l\u2019assainissement de la tr\u00e9sorerie (confi\u00e9e aux Templiers), la fortification des villes et la lutte contre les f\u00e9odaux.<\/p>\n<p>Un contemporain impartial, Gilles de Paris, pr\u00e9cepteur du fils de Philippe Auguste, confirme\u00a0: \u00ab\u00a0Personne ne peut nier qu\u2019il ait \u00e9t\u00e9 un bon prince. Sous sa domination, le royaume s\u2019est fortifi\u00e9, la puissance royale a fait de grands progr\u00e8s.\u00a0\u00bb Mais nul n\u2019est parfait\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0S\u2019il avait montr\u00e9 un peu de mod\u00e9ration, s\u2019il avait \u00e9t\u00e9 moins intol\u00e9rant et emport\u00e9, aussi calme qu\u2019il \u00e9tait actif, aussi prudent qu\u2019il \u00e9tait ardent \u00e0 satisfaire ses d\u00e9sirs, le royaume n\u2019en serait qu\u2019en meilleur \u00e9tat.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"146\" class=\"cit-num\">146<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">GILLES<\/span> de Paris (1162-1220), Le Carolinus. <em>Philippe Auguste et son temps<\/em> (r\u00e9\u00e9dit\u00e9 en 1980), Achille Luchaire. Jugement port\u00e9 au moment de la mort du roi par le pr\u00e9cepteur du futur roi, Louis\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span> de France<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Philippe dit Auguste reste comme un roi aux mani\u00e8res rudes, peu soign\u00e9 de sa personne \u2013 surnomm\u00e9 le \u00ab\u00a0maupign\u00e9\u00a0\u00bb, autrement dit le mal peign\u00e9. Il n\u2019\u00e9tait gu\u00e8re amateur des trouv\u00e8res et autres po\u00e8tes et musiciens, d\u2019habitude entretenus par les princes m\u00e9c\u00e8nes. R\u00e9aliste, il aura \u00e9t\u00e9 fort habile \u00e0 \u00e9viter les coalitions ou \u00e0 d\u00e9manteler celles qui se nouent. \u00c9nergique, d\u00e9cid\u00e9, il reste malgr\u00e9 tout dans l\u2019histoire comme un bon et grand roi.<\/p>\n<p>Un quatri\u00e8me personnage incarne plus encore le Moyen \u00c2ge et reste dans la m\u00e9moire collective par le t\u00e9moignage d\u2019un chroniqueur parmi les plus connus, le \u00ab\u00a0Qui a dit quoi de qui\u00a0\u00bb fonctionnant particuli\u00e8rement bien.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Jamais ne vis si beau chevalier sous les armes, car il dominait toute sa suite des \u00e9paules, son heaume dor\u00e9 sur le chef, son \u00e9p\u00e9e en la main.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"150\" class=\"cit-num\">150<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean de <span class=\"caps\">JOINVILLE<\/span> (vers 1224-1317),<em> Le Livre des saintes paroles et des bons faits de notre saint roi Louis<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On n\u2019imagine pas Louis <span class=\"caps\">IX<\/span>, le futur saint Louis, dans ce r\u00f4le qui fait partie du m\u00e9tier de roi\u00a0jusqu\u2019\u00e0 Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>\u00a0: ici en guerrier \u00e0 la bataille de Mansourah (1250). Joinville l\u2019accompagne en \u00c9gypte et l\u2019admire d\u00e9j\u00e0, lors de la septi\u00e8me croisade (1248). C\u2019est plus tard, \u00e0 la demande de la reine Jeanne (femme de Philippe le Bel) qu\u2019il dictera cette histoire de Saint Louis, achev\u00e9e en 1309.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Maintes fois il lui arriva, en \u00e9t\u00e9, d\u2019aller s\u2019asseoir au bois de Vincennes, apr\u00e8s avoir entendu la messe\u00a0; il s\u2019adossait \u00e0 un ch\u00eane et nous faisait asseoir aupr\u00e8s de lui\u00a0; et tous ceux qui avaient un diff\u00e9rend venaient lui parler sans qu\u2019aucun huissier, ni personne y m\u00eet obstacle.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"151\" class=\"cit-num\">151<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean de <span class=\"caps\">JOINVILLE<\/span> (vers 1224-1317),<em> Le Livre des saintes paroles et des bons faits de notre saint roi Louis<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Jean, sire de Joinville en Champagne, avait suivi son seigneur Thibaud de Champagne \u00e0 la cour du roi. Tr\u00e8s pieux, il d\u00e9cida de partir avec les chevaliers chr\u00e9tiens pour la septi\u00e8me croisade en \u00c9gypte \u2013 c\u2019est alors que Louis\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span> l\u2019attache \u00e0 sa personne, comme confident et conseiller.<\/p>\n<p>La partie anecdotique de sa chronique, la plus touffue, se r\u00e9v\u00e8le aussi la plus riche et cette page, l\u2019une des plus connues de l\u2019\u0153uvre. T\u00e9moin direct des faits rapport\u00e9s, l\u2019historien campe un roi vivant et vrai, humain et sublime \u00e0 la fois. Il sera tr\u00e8s utile, apr\u00e8s la mort du roi, pour l\u2019enqu\u00eate qui va suivre \u00e0 la demande du pape Boniface\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span> et aboutira au proc\u00e8s en canonisation.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ch\u00e8re fille, la mesure par laquelle nous devons Dieu aimer, est aimer le sans mesure.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"152\" class=\"cit-num\">152<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">IX<\/span> (1214-1270), Derni\u00e8re lettre \u00e9crite \u00e0 sa fille, 1270. <em>Histoire de France,<\/em> tome\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1833), Jules Michelet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Outre le roi guerrier \u00e0 la t\u00eate des crois\u00e9s et l\u2019administrateur veillant au bon \u00e9tat du royaume, c\u2019est l\u2019image d\u2019une exceptionnelle pi\u00e9t\u00e9 qui reste, maintes fois attest\u00e9e par Joinville. Lors du proc\u00e8s en canonisation (1297), un t\u00e9moin r\u00e9suma le personnage en ces mots\u00a0: \u00ab\u00a0Il avait exerc\u00e9 \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un roi le sacerdoce, \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un pr\u00eatre la royaut\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mais notre futur saint Louis \u00e9tait aussi un homme fort \u00e9pris de sa femme et singuli\u00e8rement g\u00ean\u00e9 par une m\u00e8re certes ador\u00e9e, mais abusive.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Elle ne pouvait souffrir que son fils f\u00fbt en la compagnie de sa femme, sinon le soir quand il allait coucher avec elle.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"210\" class=\"cit-num\">210<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean de <span class=\"caps\">JOINVILLE<\/span> (vers 1224-1317), <em>Le Livre des saintes paroles et des bons faits de notre saint roi Louis<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Toujours pr\u00e9cieux et fid\u00e8le chroniqueur du r\u00e8gne de Louis\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span>, il donne maints exemples de cette fameuse jalousie d\u2019une m\u00e8re par ailleurs admirable.\u00a0Blanche de Castille supporte mal Marguerite de Provence, cette \u00e9pouse qu\u2019elle a pourtant choisie pour son fils ador\u00e9\u00a0: le mariage apporta la Provence \u00e0 la France, en 1234.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0H\u00e9las\u00a0! Vous ne me laisserez donc voir mon seigneur ni morte ni vive\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"211\" class=\"cit-num\">211<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARGUERITE<\/span> de <span class=\"caps\">PROVENCE<\/span> (1221-1295), \u00e0 Blanche de Castille, 1240. <em>Le Livre des saintes paroles et des bons faits de notre saint roi Louis<\/em> (posthume), Jean de Joinville<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cri du c\u0153ur de la reine, quand sa belle-m\u00e8re veut arracher Louis de son chevet\u00a0! Elle venait d\u2019accoucher et \u00ab\u00a0\u00e9tait en grand p\u00e9ril de mort\u00a0\u00bb. La reine donnera douze enfants au roi, dont sept vivront.<\/p>\n<p>La r\u00e9gence de Blanche de Castille s\u2019est achev\u00e9e \u00e0 la majorit\u00e9 du jeune roi qui la laisse gouverner encore pendant huit ans. Elle sera de nouveau r\u00e9gente, quand son fil part \u00e0 la croisade en 1248. Marguerite accompagnera son seigneur, s\u00fbre de pouvoir ainsi le voir et l\u2019avoir bien \u00e0 elle \u2013 une raison avanc\u00e9e par certains historiens.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Grand p\u00e9ch\u00e9 firent ceux qui lui conseill\u00e8rent la croisade, vu la grande faiblesse de son corps.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"223\" class=\"cit-num\">223<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean de <span class=\"caps\">JOINVILLE<\/span> (vers 1224-1317), <em>Le Livre des saintes paroles et des bons faits de notre saint roi Louis<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Joinville n\u2019est pas de cette derni\u00e8re aventure, ayant tent\u00e9 de dissuader le roi de partir avec ses trois fils, persuad\u00e9 qu\u2019il est plus utile en France, \u00e0 ses sujets.<\/p>\n<p>Le roi n\u2019\u00e9coute pas son ami et conseiller, il s\u2019embarque le 1er\u00a0juillet 1270 pour la huiti\u00e8me (et derni\u00e8re) croisade, dans l\u2019espoir de convertir le sultan de Tunisie. \u00ab\u00a0J\u00e9rusalem\u2026\u00a0\u00bb Tel est mot de la fin devant Tunis, 25\u00a0ao\u00fbt\u00a01270. Le futur Saint Louis meurt \u00e0 56\u00a0ans.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 qui se pourront d\u00e9sormais<br>Les pauvres gens clamer<br>Quand le bon roi est mort<br>Qui tant sut les aimer.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"225\" class=\"cit-num\">225<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Complainte\u00a0 anonyme sur la mort de Louis\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span><\/em> (1270). <em>Histoire g\u00e9n\u00e9rale du <span class=\"caps\">IV<\/span>e\u00a0si\u00e8cle \u00e0 nos jours<\/em> (1901), Ernest Lavisse, Alfred Rambaud<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les vertus unanimement reconnues de ce roi conduiront \u00e0 sa rapide canonisation par le pape Boniface\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span>.<\/p>\n<p>Mais il faut des rois de transition, entre les grands rois. Le r\u00e8gne du successeur commence mal\u00a0: \u00ab\u00a0Le fils de Saint Louis, Philippe le Hardi, revenant de cette triste croisade de Tunis, d\u00e9posa cinq cercueils au caveau de Saint-Denis. Faible et mourant lui-m\u00eame, il se trouvait h\u00e9ritier de presque toute sa famille.\u00a0\u00bb (Michelet, <em>Histoire de France<\/em>).<\/p>\n<p>Outre son p\u00e8re Louis\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span>, le nouveau roi a perdu sa femme, un enfant mort-n\u00e9, son beau-fr\u00e8re et ami le roi de Navarre et la femme de ce dernier. Ce r\u00e8gne si mal commenc\u00e9 ne continue pas mieux\u00a0: \u00e9chec de la candidature de Philippe\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> le Hardi \u00e0 l\u2019empire (1273), massacres des Fran\u00e7ais en Sicile (1282), d\u00e9faite de la France contre l\u2019Aragon (1285).<\/p>\n<p>Le prochain grand roi sera le petit-fils de Saint Louis, en 1285.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous qui voulons toujours raison garder.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"229\" class=\"cit-num\">229<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">PHILIPPE<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span> le Bel (1268-1314), Lettre au roi d\u2019Angleterre \u00c9douard\u00a0Ier, 1er\u00a0septembre 1286. <em>Histoire de la France<\/em> (1947), Andr\u00e9 Maurois<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il \u00e9crit ces mots \u00e0 18\u00a0ans, son destinataire en a 47. L\u2019un des premiers actes du jeune roi est de rendre \u00e0 son \u00ab\u00a0cousin\u00a0\u00bb une partie des terres lui revenant (entre Quercy, Limousin et Saintonge) au terme d\u2019un pr\u00e9c\u00e9dent trait\u00e9 non appliqu\u00e9. Le roi d\u2019Angleterre, par ailleurs duc de Guyenne, est vassal du roi de France pour toutes ses possessions dans le pays, d\u2019o\u00f9 des relations complexes \u2013 il faut m\u00e9nager la susceptibilit\u00e9 de l\u2019un ou l\u2019autre souverain\u00a0! Cette lettre fait suite \u00e0 la visite d\u2019\u00c9douard\u00a0Ier venu \u00e0 Paris rendre hommage \u00e0 son nouveau suzerain, apr\u00e8s divers remous diplomatiques.<\/p>\n<p>Le m\u00eame pr\u00e9cepte est repris par Philippe le Bel dans ses <em>Enseignements aux dauphins<\/em>. Richelieu confirmera plus tard\u00a0: \u00ab\u00a0La raison doit \u00eatre la r\u00e8gle et conduite d\u2019un \u00c9tat.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Reste le proverbe, d\u00e9barrass\u00e9 du \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb royal, mais gardant l\u2019inversion quelque peu vieille France\u00a0: \u00ab\u00a0Il faut toujours raison garder.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce n\u2019est ni un homme ni une b\u00eate, c\u2019est une statue.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"230\" class=\"cit-num\">230<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Bernard <span class=\"caps\">SAISSET<\/span> (vers 1232-vers 1311), parlant de Philippe le Bel. <em>Histoire de France depuis les origines jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9volution<\/em> (1911), Ernest Lavisse, Paul Vidal de La Blache<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019\u00e9v\u00eaque de Pamiers est ami du pape Boniface\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span> qui a cr\u00e9\u00e9 cet \u00e9v\u00each\u00e9 pour lui. Le portrait qu\u2019il fait du roi, ennemi d\u00e9clar\u00e9 du pape, est fatalement partial.<\/p>\n<p>Mais les adversaires de Philippe le Bel l\u2019appelleront souvent \u00ab\u00a0roi de fer\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0roi de marbre\u00a0\u00bb, il doit donc y avoir une part de v\u00e9rit\u00e9 dans ce portrait.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Fervent dans la foi, religieux dans sa vie, b\u00e2tissant des basiliques, pratiquant les \u0153uvres de pi\u00e9t\u00e9, beau de visage et charmant d\u2019aspect, agr\u00e9able \u00e0 tous, m\u00eame \u00e0 ses ennemis quand ils sont en sa pr\u00e9sence, Dieu fait aux malades des miracles \u00e9vidents par ses mains.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"231\" class=\"cit-num\">231<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Guillaume de <span class=\"caps\">NOGARET<\/span> (vers 1260-1313), \u00e0 propos de Philippe\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> le Bel. <em>M\u00e9moire \u00e0 propos de l\u2019affaire du pape Boniface, archives de Guillaume de Nogaret<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Chancelier de 1302 \u00e0 1313, Nogaret trace ce portrait (flatteur) de son ma\u00eetre. En r\u00e9alit\u00e9, le personnage demeurera une \u00e9nigme pour les historiens. Disons qu\u2019il savait bien cacher son jeu.<\/p>\n<p>En fait, ce roi l\u00e9gislateur s\u2019inspirant des \u00ab\u00a0bons usages du temps de Saint Louis\u00a0\u00bb a des principes qui ne r\u00e9sistent pas devant les r\u00e9alit\u00e9s. C\u2019est le lot de la plupart des hommes d\u2019\u00c9tat, surtout quand ils restent longtemps au pouvoir \u2013 trente ans, pour Philippe le Bel.<\/p>\n<p>L\u2019histoire retiendra \u00e0 son passif trois grandes affaires de nature diff\u00e9rente\u00a0: son conflit aigu avec la papaut\u00e9, le (mauvais) proc\u00e8s fait aux Templiers surtout coupables d\u2019\u00eatre trop riches et les manipulations mon\u00e9taires.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le roi est un faux-monnayeur et ne pense qu\u2019\u00e0 accro\u00eetre son royaume sans se soucier comment.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"236\" class=\"cit-num\">236<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Bernard <span class=\"caps\">SAISSET<\/span> (vers 1232-vers 1311), 12\u00a0juillet 1301. <em>Philippe le Bel et le Saint-Si\u00e8ge de 1285 \u00e0 1304<\/em> (1936), Georges Alfred Laurent Digard<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Philippe le Bel a gard\u00e9 cette r\u00e9putation de faux-monnayeur et ce n\u2019est ni m\u00e9disance ni l\u00e9gende. Le faux-monnayage royal consiste, lors de la refonte de pi\u00e8ces de monnaie, \u00e0 diminuer leur poids en m\u00e9tal pr\u00e9cieux, tout en conservant leur valeur l\u00e9gale. Certaines ann\u00e9es, entre\u00a01295 et\u00a01306, la moiti\u00e9 des recettes royales vient de ce b\u00e9n\u00e9fice sur le monnayage. Bien plus tard, on recourra \u00e0 la planche \u00e0 billets. Ces mesures sont toujours impopulaires et Philippe le Bel n\u2019est pas un roi aim\u00e9 du peuple. Mais avec l\u2019argent ainsi acquis, le roi peut financer des guerres lui permettant d\u2019agrandir son royaume \u2013 crit\u00e8re d\u2019un bon roi au Moyen \u00c2ge.<\/p>\n<p>Cela dit, les relations vont se tendre entre le roi et le pape. Saisset, \u00e9v\u00eaque de Pamiers et ami de Boniface\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span>, est emprisonn\u00e9, accus\u00e9 de complot et propos injurieux contre le roi. Le pape, homme de caract\u00e8re, va r\u00e9agir l\u2019ann\u00e9e suivante, par la bulle<em> Ausculta fili carissime<\/em> (\u00c9coute, mon tr\u00e8s cher fils\u2026).<\/p>\n<p>La dynastie des Cap\u00e9tiens s\u2019\u00e9teint en 1328, celle des Valois commence et le dernier grand roi du Moyen \u00c2ge sera Louis <span class=\"caps\">XI<\/span>. Mais entre-temps, la guerre de Cent Ans commence et la France est tr\u00e8s menac\u00e9e par l\u2019ennemi anglais.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le jeune roi \u00e9tait n\u00e9 vieux. Il avait de bonne heure beaucoup vu, beaucoup souffert. De sa personne, il \u00e9tait faible et malade. Tel royaume, tel roi.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"306\" class=\"cit-num\">306<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de France<\/em>, tome <span class=\"caps\">III<\/span> (1837)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Jean <span class=\"caps\">II<\/span> le Bon meurt le 8\u00a0avril 1364 \u00e0 Londres o\u00f9 il s\u2019est rendu en d\u00e9cembre\u00a01363 pour prendre la place de son fils Louis d\u2019Anjou \u2013 otage des Anglais au terme du trait\u00e9 de paix de Br\u00e9tigny, le roi s\u2019\u00e9tait enfui, violant son serment.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 sa constitution fragile, le futur Charles\u00a0V fait preuve lors de sa r\u00e9gence d\u2019un grand sens politique face \u00e0 \u00c9tienne Marcel pr\u00e9v\u00f4t des marchands de Paris, \u00e0 Charles le Mauvais roi de Navarre et aux Anglais.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne regrette en mourant que de n\u2019avoir pas chass\u00e9 tout \u00e0 fait les Anglais du royaume comme je l\u2019avais esp\u00e9r\u00e9\u00a0; Dieu en a r\u00e9serv\u00e9 la gloire \u00e0 quelque autre qui en sera plus digne que moi.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"314\" class=\"cit-num\">314<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Bertrand du <span class=\"caps\">GUESCLIN<\/span> (1320-1380), son mot de la fin, le 13\u00a0juillet 1380.<em> Histoire de Bertrand du Guesclin<\/em> (1787), Guyard de Berville<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le conn\u00e9table (grand officier de la Couronne et commandant supr\u00eame des arm\u00e9es royales) assi\u00e8ge la place forte de Ch\u00e2teauneuf-de-Randon (Loz\u00e8re). Victime d\u2019une congestion brutale, il remet son \u00e9p\u00e9e au mar\u00e9chal de Sancerre, pour qu\u2019il la rende au roi dont il demeure \u00ab\u00a0serviteur et le plus humble de tous\u00a0\u00bb. Restent aux Anglais la Guyenne (Aquitaine), Brest, Cherbourg, Calais.<\/p>\n<p>Le gouverneur anglais de la ville avait dit qu\u2019il ne se rendrait qu\u2019\u00e0 lui\u00a0: il d\u00e9posera les clefs de la cit\u00e9 sur son cercueil. Du Guesclin voulait \u00eatre enterr\u00e9 en Bretagne, mais Charles\u00a0V ordonne que sa d\u00e9pouille rejoigne celle des rois de France, en la basilique de Saint-Denis. Insigne et ultime honneur.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vainqueur de gens et conqu\u00e9reur de terre, <br>Le plus vaillant qui onques fut en vie,<br>Chacun pour vous doit noir v\u00eatir et querre [chercher].<br>Pleurez, pleurez, fleur de la chevalerie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"315\" class=\"cit-num\">315<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Eustache <span class=\"caps\">DESCHAMPS<\/span> (vers 1346-vers 1406),<em> Ballade sur le tr\u00e9pas de Bertrand Du Guesclin<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Capitaine puis conn\u00e9table, ce guerrier incarna le sentiment patriotique naissant. A\u00een\u00e9 d\u2019une fratrie bretonne de dix enfants, surnomm\u00e9 le Dogue noir de Broc\u00e9liande pour sa laideur remarquable et sa brutalit\u00e9 qui fit la honte de sa famille, il gagna le respect de la noblesse par son courage, sa force et sa ruse, pour devenir le type du parfait chevalier, h\u00e9ros populaire dont po\u00e8mes et chansons c\u00e9l\u00e8brent les hauts faits. Cette ballade \u00e0 sa gloire est l\u2019\u0153uvre la plus connue d\u2019Eustache Deschamps, po\u00e8te prolixe et tr\u00e8s en vue \u00e0 la cour et \u00ab\u00a0huissier d\u2019armes\u00a0\u00bb du roi Charles V.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Rien ne m\u2019est plus, plus ne m\u2019est rien.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"320\" class=\"cit-num\">320<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Valentine <span class=\"caps\">VISCONTI<\/span> (1368-1408), duchesse d\u2019Orl\u00e9ans, janvier\u00a01408. Sa devise.<em> Chroniques<\/em> (posthume, 1826), Enguerrand de Monstrelet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Elle a vainement demand\u00e9 justice aupr\u00e8s du roi, suite \u00e0 l\u2019assassinat de son mari. Elle prend cette triste devise inscrite sur la dalle mortuaire et va sans fin se recueillir devant le gisant du duc. Elle mourra l\u2019ann\u00e9e suivante.<\/p>\n<p>Mais auparavant, la veuve et son fils Charles d\u2019Orl\u00e9ans veulent venger cette mort. Charles a \u00e9pous\u00e9 la fille du comte d\u2019Armagnac et ils vont pouvoir compter sur les routiers gascons, mercenaires du comte. Ainsi commence la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons qui va ensanglanter durablement la France sous la guerre de Cent Ans.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une enfant de douze ans, une toute jeune fille, confondant la voix du c\u0153ur et la voix du ciel, con\u00e7oit l\u2019id\u00e9e \u00e9trange, improbable, absurde si l\u2019on veut, d\u2019ex\u00e9cuter la chose que les hommes ne peuvent plus faire, de sauver son pays.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"334\" class=\"cit-num\">334<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Jeanne d\u2019Arc<\/em> (1853)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Devenue notre premi\u00e8re h\u00e9ro\u00efne nationale, le personnage inspire ses plus belles pages \u00e0 l\u2019historien du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle\u00a0: \u00ab\u00a0N\u00e9e sous les murs m\u00eames de l\u2019\u00e9glise, berc\u00e9e du son des cloches et nourrie de l\u00e9gendes, elle fut une l\u00e9gende elle-m\u00eame, rapide et pure, de la naissance \u00e0 la mort.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>D\u2019autres historiens font de Jeanne une b\u00e2tarde de sang royal, peut-\u00eatre la fille d\u2019Isabeau de Bavi\u00e8re et de son beau-fr\u00e8re Louis d\u2019Orl\u00e9ans, ce qui ferait d\u2019elle la demi-s\u0153ur de Charles\u00a0<span class=\"caps\">VII<\/span>. Mais princesse ou berg\u00e8re, c\u2019est un personnage providentiel qui va galvaniser les \u00e9nergies et rendre l\u2019espoir \u00e0 tout un peuple \u2013 et d\u2019abord \u00e0 son roi.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je vous dis, de la part de Messire, que vous \u00eates vrai h\u00e9ritier de France et fils du roi.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"338\" class=\"cit-num\">338<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">JEANNE<\/span> d\u2019<span class=\"caps\">ARC<\/span> (1412-1431), 8\u00a0mars 1429.<em> Jeanne d\u2019Arc<\/em> (1870), Fr\u00e9d\u00e9ric Lock<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Tels sont les derniers mots qu\u2019elle prononce lors du premier entretien avec le dauphin, et dont elle fera \u00e9tat plus tard \u00e0 son confesseur.<\/p>\n<p>Jeanne a rendu doublement confiance \u00e0 Charles\u00a0: il est bien le roi l\u00e9gitime de France et le fils \u00e9galement l\u00e9gitime de son p\u00e8re, lui qu\u2019on traite toujours de b\u00e2tard.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dieu premier servi.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"339\" class=\"cit-num\">339<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">JEANNE<\/span> d\u2019<span class=\"caps\">ARC<\/span>\u00a0(1412-1431), devise.<em> Jeanne d\u2019Arc\u00a0: le pouvoir et l\u2019innocence<\/em> (1988), Pierre Moinot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ni l\u2019\u00c9glise, ni le roi, ni la France, ni rien ni personne d\u2019autre ne passe avant Lui, \u00ab\u00a0Messire Dieu\u00a0\u00bb, le \u00ab\u00a0roi du Ciel\u00a0\u00bb, le \u00ab\u00a0roi des Cieux\u00a0\u00bb, obsessionnellement invoqu\u00e9 ou \u00e9voqu\u00e9 par Jeanne, aux moments les plus glorieux ou les plus sombres de sa vie. C\u2019est la raison m\u00eame de sa passion, cette foi forte et fragile, \u00e0 l\u2019image du personnage.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous sommes perdus, nous avons br\u00fbl\u00e9 une sainte.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"348\" class=\"cit-num\">348<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Secr\u00e9taire du roi d\u2019Angleterre, apr\u00e8s l\u2019ex\u00e9cution de Jeanne, Rouen, 30\u00a0mai 1431. <em>Histoire de France<\/em>, tome V (1841), Jules Michelet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le mot est aussi attribu\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00eaque de Beauvais, Pierre Cauchon.<\/p>\n<p>En fin de proc\u00e8s, le 24\u00a0mai, dans un moment de faiblesse, Jeanne abjure publiquement ses erreurs et accepte de faire p\u00e9nitence\u00a0: elle est condamn\u00e9e au cachot. Mais elle se ressaisit et, en signe de fid\u00e9lit\u00e9 envers ses voix et son Dieu, reprend ses habits d\u2019homme le 27\u00a0mai. D\u2019o\u00f9 le second proc\u00e8s, vite exp\u00e9di\u00e9\u00a0: condamn\u00e9e au b\u00fbcher comme h\u00e9r\u00e9tique et relapse (retomb\u00e9e dans l\u2019h\u00e9r\u00e9sie), br\u00fbl\u00e9e vive sur la place du Vieux-March\u00e9 \u00e0 Rouen, ses cendres sont jet\u00e9es dans la Seine. Il fallait \u00e9viter tout culte posthume de la Pucelle, autour des reliques.<\/p>\n<p>Charles\u00a0<span class=\"caps\">VII<\/span> qui n\u2019a rien tent\u00e9 pour sauver Jeanne fit proc\u00e9der \u00e0 une enqu\u00eate quand il reconquit Rouen sur les Anglais. Le 7\u00a0juillet 1456, on fit le proc\u00e8s du proc\u00e8s, d\u2019o\u00f9 annulation, r\u00e9habilitation de sa m\u00e9moire. Jeanne ne sera b\u00e9atifi\u00e9e qu\u2019en 1909 et canonis\u00e9e en 1920.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Souvenons-nous toujours, Fran\u00e7ais, que la patrie, chez nous, est n\u00e9e du c\u0153ur d\u2019une femme, de sa tendresse, de ses larmes, du sang qu\u2019elle a donn\u00e9 pour nous.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"349\" class=\"cit-num\">349<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874),<em> Jeanne d\u2019Arc<\/em> (1853)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Princesse (b\u00e2tarde de sang royal) ou simple berg\u00e8re de Domr\u00e9my, petit village de la Lorraine, le myst\u00e8re nourrit la l\u00e9gende et la fulgurance de cette \u00e9pop\u00e9e rend le sujet toujours fascinant, six si\u00e8cles plus tard. La r\u00e9cup\u00e9ration politique est une forme d\u2019exploitation du personnage, plus ou moins fid\u00e8le au mod\u00e8le.<\/p>\n<p>L\u2019histoire de Jeanne inspirera aussi d\u2019innombrables \u0153uvres litt\u00e9raires, cin\u00e9matographiques et artistiques, sign\u00e9es\u00a0: Bernard Shaw, Anatole France, Charles P\u00e9guy, M\u00e9li\u00e8s, Karl Dreyer, Otto Preminger, Roberto Rossellini, Robert Bresson, Luc Besson, Jacques Rivette, Jacques Audiberti, Arthur Honegger, etc. Et L\u2019Alouette de Jean Anouilh\u00a0: \u00ab\u00a0Quand une fille dit deux mots de bon sens et qu\u2019on l\u2019\u00e9coute, c\u2019est que Dieu est l\u00e0. [\u2026] Dieu ne demande rien d\u2019extraordinaire aux hommes. Seulement d\u2019avoir confiance en cette petite part d\u2019eux-m\u00eames qui est Lui. Seulement de prendre un peu de hauteur. Apr\u00e8s Il se charge du reste.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est mon seigneur, il a tout pouvoir sur mes actions, et moi, aucun sur les siennes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"355\" class=\"cit-num\">355<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARIE<\/span> d\u2019<span class=\"caps\">ANJOU<\/span> (1404-1463), reine de France. <em>Histoire de France depuis les Gaulois jusqu\u2019\u00e0 la mort de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span><\/em> (1822), Louis-Pierre Anquetil<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La reine (qui donna 13 enfants en vingt-trois ans \u00e0 Charles\u00a0<span class=\"caps\">VII<\/span>) lui pardonne en ces termes sa liaison commenc\u00e9e vers 1444 avec Agn\u00e8s Sorel, premi\u00e8re d\u2019une longue liste de favorites officielles des rois de France. D\u2019autres reines de France exprimeront cette m\u00eame r\u00e9signation \u2013 notamment Marie Leczinska, femme de Louis <span class=\"caps\">XV<\/span> le Bien Aim\u00e9 aux tr\u00e8s nombreuses ma\u00eetresses.<\/p>\n<p>Marie pr\u00e9f\u00e8re cette \u00ab\u00a0rivale soucieuse du bien de l\u2019\u00c9tat \u00e0 une femme ambitieuse qui aurait dilapid\u00e9 les biens du royaume\u00a0\u00bb et les historiens reconna\u00eetront la bonne influence de la Dame de Beaut\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous \u00eates deux fois ma Dame de Beaut\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CHARLES<\/span> <span class=\"caps\">VII<\/span> (1403-1461), non sourc\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le roi honore Agn\u00e8s Sorel (1422-1450), lui accordant de somptueux cadeaux, comme le premier diamant taill\u00e9 connu \u00e0 ce jour \u2013 \u00e0 l\u2019\u00e9poque, les diamants \u00e9taient port\u00e9s par les hommes. Il lui offre aussi le ch\u00e2teau de Beaut\u00e9-sur-Marne.<\/p>\n<p>S\u00fbre de ses charmes, la belle met en valeur sa chevelure bond cendr\u00e9, sa peau claire entretenue par des bains au lait d\u2019\u00e2nesse. Suivant la mode, elle \u00e9pile son front d\u00e9j\u00e0 immense, rase ses sourcils (du jamais vu\u00a0!) et souligne ses l\u00e8vres fines de rouge carmin. Couverte de bijoux, elle se pare de v\u00eatements plus beaux que la reine n\u2019en poss\u00e8de. Elle cr\u00e9e d\u2019autres modes\u00a0: coiffures immenses tenues par des hennins, colliers impressionnants, tra\u00eenes exag\u00e9r\u00e9es, bordures de martre et de zibeline. Elle choque la Cour (sans le vouloir\u00a0?) avec ses robes \u00ab\u00a0aux ouvertures de par-devant par lesquelles on voit les t\u00e9tons\u00a0\u00bb d\u2019apr\u00e8s le chancelier Jouvenel des Ursins (archev\u00eaques de Reims et membre du Conseil du roi) qui parle aussi de \u00ab\u00a0puterie et ribaudie\u00a0\u00bb et tout autre p\u00e9ch\u00e9 qui ne plut \u00e0 Dieu. Chastelain \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0Cent milles murmures s\u2019\u00e9levaient contre elle et non moins contre le roi.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Charles <span class=\"caps\">VII<\/span> n\u2019en a cure. Le pape Pie <span class=\"caps\">II<\/span> t\u00e9moigne de cette passion\u00a0: \u00ab\u00a0Le roi ne peut supporter qu\u2019elle lui manqu\u00e2t un seul instant\u00a0: \u00e0 table, au lit, au conseil, il fallait toujours qu\u2019elle f\u00fbt \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Son surnom sied \u00e0 la beaut\u00e9 d\u2019Agn\u00e8s Sorel, salu\u00e9e par tous les contemporains et immortalis\u00e9e par le tableau de la <em>Vierge \u00e0 l\u2019Enfant<\/em> de Jean Fouquet, mais vient surtout du ch\u00e2teau de Beaut\u00e9-sur-Marne dont le roi lui fit don. Tr\u00e8s patriote, elle influence heureusement la politique du roi. Elle redonne aussi confiance \u00e0 l\u2019homme. Charles\u00a0<span class=\"caps\">VII<\/span> n\u2019a pas eu de chance avec ses parents, sa m\u00e8re Isabeau de Bavi\u00e8re l\u2019a d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9 comme dauphin et trait\u00e9 en b\u00e2tard et son p\u00e8re Charles\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span> est le roi fou. Quant \u00e0 son premier fils, le futur Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span>, il ne cessera de comploter contre lui.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 c\u0153ur vaillant, rien d\u2019impossible.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"360\" class=\"cit-num\">360<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">C\u0152UR<\/span> (vers 1395-1456), devise. <em>Le Grand C\u0153ur<\/em> (2012), Jean-Christophe Rufin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette devise illustre \u00e0 merveille l\u2019esprit d\u2019entreprise sans limite de cet homme d\u2019affaires aux multiples activit\u00e9s (banque, change, mines, m\u00e9taux pr\u00e9cieux, \u00e9pices, sel, bl\u00e9, draps, laine, pelleterie, orf\u00e8vrerie), banquier de Charles\u00a0<span class=\"caps\">VII<\/span> et qui finan\u00e7a comme telle la reconqu\u00eate de la Normandie en 1449.<\/p>\n<p>Ma\u00eetre des monnaies en 1436, argentier du roi en 1440, puis conseiller en 1442, charg\u00e9 de missions diplomatiques \u00e0 Rome, G\u00eanes, il aide aussi le roi \u00e0 r\u00e9tablir une monnaie saine et \u00e0 redonner vie au commerce fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Soup\u00e7onn\u00e9 de malversations et crimes vrais ou suppos\u00e9s (et m\u00eame d\u2019avoir empoisonn\u00e9 Agn\u00e8s Sorel, ma\u00eetresse du roi, morte le 9\u00a0f\u00e9vrier 1450), il est arr\u00eat\u00e9 en 1451 et condamn\u00e9 par une commission extraordinaire le 29\u00a0mai 1453\u00a0: confiscation de ses biens et amende de 400\u00a0000 \u00e9cus. En 1454, il s\u2019\u00e9vade de prison, se fait innocenter par le Pape Calixte <span class=\"caps\">III<\/span> qui lui confie le commandement d\u2019une flotte pour guerroyer contre les Turcs. Il meurt en croisade \u00e0 Chio, en 1456.<\/p>\n<p>Son \u00e9ph\u00e9m\u00e8re fortune symbolise la g\u00e9n\u00e9ration des nouveaux riches, issue de la guerre de Cent Ans. Mais cette vie en forme de roman d\u2019aventures, qui a frapp\u00e9 ses contemporains, fait de lui un personnage de la proche Renaissance.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il a re\u00e7u chez lui un renard qui mangera ses poules.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"363\" class=\"cit-num\">363<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CHARLES<\/span> <span class=\"caps\">VII<\/span>\u00a0(1403-1461), apprenant que son fils s\u2019est r\u00e9fugi\u00e9 chez le duc de Bourgogne, fin\u00a0ao\u00fbt\u00a01456. <em>Histoire de France (1833-1841)<\/em>, tome V (1841), Jules Michelet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Philippe\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> le Bon, duc de Bourgogne, s\u2019est r\u00e9concili\u00e9 avec Charles\u00a0<span class=\"caps\">VII<\/span> en signant la paix d\u2019Arras (1435). Ma\u00eetre de la Bourgogne, la Franche-Comt\u00e9, la Flandre, l\u2019Artois et les provinces belges, ce grand f\u00e9odal est le plus puissant souverain d\u2019Europe. Il est trop heureux d\u2019accueillir somptueusement chez lui, \u00e0 Louvain, puis \u00e0 Bruxelles, le futur roi de France venu conspirer contre son p\u00e8re, et lui fait une pension annuelle de 36\u00a0000\u00a0livres. Notons au passage que les fils comploteurs sont rares, ce mauvais r\u00f4le \u00e9tant r\u00e9serv\u00e9 aux fr\u00e8res de roi.<\/p>\n<p>Charles\u00a0<span class=\"caps\">VII<\/span> ne conna\u00eet que trop la perfidie de son fils et le fils de Philippe, Charles le T\u00e9m\u00e9raire, l\u2019apprendra bient\u00f4t \u00e0 ses d\u00e9pens.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le renard crott\u00e9 a \u00e9chapp\u00e9 au repaire du loup.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"376\" class=\"cit-num\">376<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Philippe de <span class=\"caps\">COMMYNES<\/span> (1447-1511), <em>M\u00e9moires<\/em> (1524)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span> le rus\u00e9 est \u00e0 peine de retour \u00e0 Paris, d\u00e9but novembre\u00a01468, qu\u2019il s\u2019empresse de renier tous les engagements pris \u00e0 P\u00e9ronne\u00a0aupr\u00e8s de Charles le T\u00e9m\u00e9raire\u00a0: plus question de rendre les villes de la Somme, ni de donner en apanage \u00e0 Monsieur Charles la Champagne et la Brie. Il fait m\u00eame condamner le T\u00e9m\u00e9raire pour f\u00e9lonie en d\u00e9cembre\u00a01470.<\/p>\n<p>Mieux encore, il va aider \u00e0 r\u00e9tablir sur le tr\u00f4ne Henri\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span> roi d\u2019Angleterre, pensant ainsi priver son ennemi de l\u2019alliance anglaise\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai esp\u00e9rance que ce sera la fin des Bourguignons.\u00a0\u00bb Encore quelques ann\u00e9es de ruse, de lutte et de patience. <em>Divide ut regnes<\/em> (Divise afin de r\u00e9gner) est la maxime de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span>, dit le Prudent.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis France.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"365\" class=\"cit-num\">365<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XI<\/span> (1423-1483). <em>L\u2019\u00c2me de la France\u00a0: une histoire de la nation, des origines \u00e0 nos jours<\/em> (2007), Max Gallo<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 38\u00a0ans, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span> est enfin roi. Et la France existe bel et bien apr\u00e8s la guerre de Cent Ans.<\/p>\n<p>Le roi la repr\u00e9sente et l\u2019incarne, contre les grands f\u00e9odaux. Le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle fera quasiment la m\u00eame d\u00e9claration, pour exprimer qu\u2019il d\u00e9fend l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral et n\u2019est d\u2019aucun clan, ni parti.<\/p>\n<p>\u00c9trange retour des choses, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span> qui a tant complot\u00e9 contre son p\u00e8re en s\u2019alliant \u00e0 ses ennemis f\u00e9odaux et m\u00eame anglais, verra se dresser contre lui, entre\u00a01465 et\u00a01472, trois coalitions de grands vassaux, en r\u00e9action contre l\u2019affermissement du pouvoir royal.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Notre roi s\u2019habillait fort court et si mal que pis ne pouvait, et assez mauvais drap portait toujours, et un mauvais chapeau, diff\u00e9rent des autres, et une image de plomb dessus.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"273\" class=\"cit-num\">273<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Philippe de <span class=\"caps\">COMMYNES<\/span> (1447-1511), <em>M\u00e9moires<\/em> (1524)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Tel est le roi \u00e2g\u00e9 de 38\u00a0ans, \u00e0 son av\u00e8nement en 1461. Historien du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle, Michelet lui rendra justice \u00e0 ce propos\u00a0: \u00ab\u00a0Avec la faible ressource d\u2019un roi du Moyen \u00c2ge, il avait d\u00e9j\u00e0 les mille embarras d\u2019un gouvernement moderne\u00a0: mille d\u00e9penses publiques, cach\u00e9es, glorieuses, honteuses. Peu de d\u00e9penses personnelles\u00a0; il n\u2019avait pas les moyens de s\u2019acheter un chapeau, et il trouva de l\u2019argent pour acqu\u00e9rir le Roussillon et racheter la Somme.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mais le peuple de Paris s\u2019\u00e9tonne de l\u2019allure si peu royale de son roi, comme le rapporte le chroniqueur flamand Georges Chastellain\u00a0: \u00ab\u00a0Notre roi qui ne se v\u00eat que d\u2019une pauvre robe grise avec un m\u00e9chant chapelet, et ne hait rien que joie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Est-il possible de tenir un roi en plus \u00e9troite prison qu\u2019il ne se tenait lui-m\u00eame\u00a0? [\u2026] Ce roi qui s\u2019enfermait et se faisait garder de la sorte, qui craignait ses enfants et tous ses proches parents, qui changeait et rempla\u00e7ait chaque jour ses serviteurs et commensaux, lesquels ne tenaient biens et honneurs que de lui, qui n\u2019osait se fier \u00e0 aucun d\u2019eux et s\u2019encha\u00eenait lui-m\u00eame en des cha\u00eenes et cl\u00f4tures extraordinaires\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"274\" class=\"cit-num\">274<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Philippe de <span class=\"caps\">COMMYNES<\/span> (1447-1511), <em>M\u00e9moires<\/em> (1524)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Peur de la mort, duplicit\u00e9 allant jusqu\u2019\u00e0 la perfidie, art pour nouer des intrigues ou d\u00e9nouer des situations parfois compromises par sa propre rouerie, cruaut\u00e9 allant jusqu\u2019\u00e0 la n\u00e9vrose, tels sont quelques traits du sombre caract\u00e8re pr\u00eat\u00e9 \u00e0 Louis <span class=\"caps\">XI<\/span>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\"><em>\u00ab\u00a0Divide ut regnes.\u00a0\u00bb<\/em><br>\u00ab\u00a0Divise afin de r\u00e9gner.\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0Diviser pour r\u00e9gner.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"275\" class=\"cit-num\">275<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Maxime de <span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XI<\/span> (1423-1483). <em>Fleurs latines des dames et des gens du monde ou clef des citations latines<\/em> (1850), Pierre Larousse<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette maxime politique, \u00e9nonc\u00e9e \u00e0 la Renaissance par Machiavel, fut d\u00e9j\u00e0 celle du S\u00e9nat romain et sera reprise par Catherine de M\u00e9dicis.<\/p>\n<p>Avec cette autre maxime\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Qui nescit dissimulare, nescit regnare\u00a0\u00bb<\/em> (\u00ab\u00a0Celui qui ne sait pas dissimuler, ne sait pas r\u00e9gner\u00a0\u00bb), on a la cl\u00e9 de toute la politique de ce personnage r\u00e9aliste et rus\u00e9, \u00e0 la diplomatie retorse, aux man\u0153uvres sans scrupules et qui va briser le pouvoir des grands seigneurs f\u00e9odaux, pour ouvrir les portes de l\u2019\u00e8re moderne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qui s\u2019y frotte, s\u2019y pique.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"277\" class=\"cit-num\">277<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XI<\/span> (1423-1483), devise.<em> Citations historiques expliqu\u00e9es\u00a0: des origines \u00e0 nos jours<\/em> (2011), Jean-Paul Roig<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XII<\/span> prendra la m\u00eame devise, mais associ\u00e9e au porc-\u00e9pic. De sorte qu\u2019il y a parfois confusion, dans certaines sources, entre les deux symboles et les deux rois.<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span> se fait craindre et se soucie peu de se faire aimer, \u00e0 l\u2019image du chardon \u2013 ou du fagot d\u2019\u00e9pines. Il passe pour \u00e9go\u00efste et parcimonieux, voire avare, indiff\u00e9rent \u00e0 ses deux femmes, Marguerite d\u2019\u00c9cosse qui se ronge de chagrin et Charlotte de Savoie qui ne fut gu\u00e8re plus heureuse.<\/p>\n<p>Il est d\u00e9test\u00e9 des grands f\u00e9odaux avec qui il a complot\u00e9 contre son p\u00e8re, du temps o\u00f9 il \u00e9tait dauphin et si impatient de r\u00e9gner. Ils ne cess\u00e8rent de comploter contre lui et il les combattit sans rel\u00e2che pour le bien de la Couronne. Accomplissant ainsi son devoir de prince et quels que soient les moyens utilis\u00e9s, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span>, dernier roi du Moyen \u00c2ge, est aussi un grand roi pour la France.<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 Un personnage parle d\u2019un autre personnage. Exemple type\u00a0: \u00ab\u00a0Un fou a dit \u00ab\u00a0Moi, la France\u00a0\u00bb et personne n\u2019a ri parce que c\u2019\u00e9tait vrai.\u00a0\u00bb Fran\u00e7ois Mauriac \u00e9voquant de Gaulle en juin 1940.Le premier \u00ab\u00a0qui\u00a0\u00bb est quelquefois le peuple (acteur anonyme) s\u2019exprimant en chanson, pamphlet, slogan, \u00e9pitaphe. 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