{"id":9710,"date":"2023-07-10T00:00:00","date_gmt":"2023-07-09T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/14-juillet-et-autres-symboles-nationaux\/"},"modified":"2026-02-11T18:01:01","modified_gmt":"2026-02-11T17:01:01","slug":"14-juillet-et-autres-symboles-nationaux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/14-juillet-et-autres-symboles-nationaux\/","title":{"rendered":"14 juillet et autres symboles nationaux"},"content":{"rendered":"\t\t<div data-elementor-type=\"wp-post\" data-elementor-id=\"9710\" class=\"elementor elementor-9710\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-69c8963f e-flex e-con-boxed e-con e-parent\" data-id=\"69c8963f\" data-element_type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-52dd6be8 elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"52dd6be8\" data-element_type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"field-item even\"><p>\u00a0<\/p><p>Date r\u00e9f\u00e9rentielle majeure, notre f\u00eate nationale est l\u2019occasion de rappeler les symboles de la R\u00e9publique fran\u00e7aise n\u00e9e sous la R\u00e9volution \u2013 associ\u00e9e \u00e0 l\u2019id\u00e9e de d\u00e9mocratie au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res et dans l\u2019esprit des \u00c9tats-Unis d\u2019Am\u00e9rique cr\u00e9\u00e9s en 1776.<\/p><p>L\u2019Ancien R\u00e9gime est d\u00e9finitivement mort en France \u2013 l\u2019Affaire du drapeau blanc\u00a0(1873) sera anecdotique. Mais notre (premi\u00e8re) R\u00e9publique n\u2019a pas surv\u00e9cu \u00e0 l\u2019Empire, suivi par la Restauration (de la royaut\u00e9) et la Monarchie de Juillet (n\u00e9e des Trois Glorieuses journ\u00e9es r\u00e9volutionnaires). La Deuxi\u00e8me R\u00e9publique laisse vite place au Second Empire. La Troisi\u00e8me, install\u00e9e non sans peine, survit malgr\u00e9 les crises, les scandales, la Grande Guerre\u2026 Mais la Seconde Guerre mondiale fait na\u00eetre le 10 juillet 1940 une dictature de quatre ans \u2013 le r\u00e9gime de Vichy du mar\u00e9chal P\u00e9tain.<\/p><p>C\u2019est dire \u00e0 quel point la R\u00e9publique est fragile avec ses valeurs toujours menac\u00e9es dans un monde fatalement chaotique, cependant que les citoyens moins \u00e9pris de r\u00e9formes que de r\u00e9volutions sont toujours en qu\u00eate de plus, de mieux\u2026 ou d\u2019autre chose.<\/p><p>L\u2019Histoire est heureusement l\u00e0 pour rappeler les fondamentaux de la R\u00e9publique fran\u00e7aise\u00a0: <br>1. Une date anniversaire\u00a0: 14 juillet, mais lequel\u00a0?<br>2. Un slogan\u00a0trinitaire\u00a0: Libert\u00e9, \u00e9galit\u00e9, fraternit\u00e9.<br>3. Un drapeau\u00a0tricolore\u00a0: Bleu blanc rouge.<br>4. La D\u00e9claration des droits de l\u2019homme \u00e0 vocation universelle.<br>5. Deux chants r\u00e9volutionnaires au destin historique\u00a0: Marseillaise et Carmagnole.<br>6. Marianne\u00a0: symbole all\u00e9gorique de la R\u00e9publique fran\u00e7aise.<br>7. Deux monuments\u00a0nationaux parisiens \u00e0 valeur symbolique\u00a0: la Bastille et le Panth\u00e9on.<\/p><p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto; margin-right: auto;\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-5-62.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p><p style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p><h4>1. Une date anniversaire\u00a0: 14 juillet, mais lequel\u00a0?<\/h4><p>Quel symbole r\u00e9publicain allons-nous c\u00e9l\u00e9brer, la prise de la Bastille ou la F\u00eate de la F\u00e9d\u00e9ration\u00a0? Le plus \u00e9tonnant, c\u2019est qu\u2019on en d\u00e9bat encore\u2026<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a014, rien.\u00a0\u00bb<span id=\"1331\" class=\"cit-num\">1331<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793), note ces deux mots dans son carnet avant de se coucher, ch\u00e2teau de Versailles, le soir du 14\u00a0juillet 1789.<em> Histoire des Fran\u00e7ais,<\/em> volume\u00a0<span class=\"caps\">XVII<\/span> (1847), Simonde de Sismondi<\/p><\/blockquote><p>L\u2019histoire lui a beaucoup reproch\u00e9 cette indiff\u00e9rence \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e9nement. Pr\u00e9cisons \u00e0 sa d\u00e9charge que le fameux carnet consigne surtout ses tableaux de chasse\u00a0!<\/p><p>Le roi a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9venu de l\u2019agitation \u00e0 Paris par une d\u00e9putation de l\u2019Assembl\u00e9e. Le 11\u00a0juillet, il a malencontreusement renvoy\u00e9 Necker, ministre des Finances jug\u00e9 trop lib\u00e9ral, l\u2019homme le plus populaire du royaume, et il le rappellera le 16. En attendant, le mal est fait\u00a0: manifestations le 12\u00a0juillet, municipalit\u00e9 insurrectionnelle \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de Ville, milice et foule arm\u00e9es le 13 (avec 28\u00a0000 fusils et 20 canons pris aux Invalides). \u00c0 la Bastille, on est all\u00e9 chercher la poudre et les munitions. La forteresse est avant tout le symbole historique de l\u2019absolutisme royal\u00a0: la r\u00e9volution parlementaire est devenue soudain populaire et parisienne, en ce 14\u00a0juillet 1789. Mais contrairement \u00e0 ce que l\u2019on croit trop souvent, ce jour n\u2019est pas l\u2019origine de notre f\u00eate nationale. Il faut attendre l\u2019ann\u00e9e suivante, la F\u00eate de la F\u00e9d\u00e9ration.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mais c\u2019est une r\u00e9volte\u00a0?<br>\u2014 Non, Sire, c\u2019est une r\u00e9volution\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"1333\" class=\"cit-num\">1333<\/span><\/p><p class=\"auteur\">R\u00e9ponse du duc de <span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">ROCHEFOUCAULD<\/span>\u2013<span class=\"caps\">LIANCOURT<\/span> (1747-1827), \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793), r\u00e9veill\u00e9 le soir du 14\u00a0juillet, \u00e0 Versailles. <em>Petite histoire de France depuis les temps les plus recul\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 nos jours<\/em> (1883), Victor Duruy<\/p><\/blockquote><p>Le grand ma\u00eetre de la garde-robe s\u2019est permis de se manifester dans la nuit pour informer le roi\u00a0: la Bastille est prise et le gouverneur assassin\u00e9. Mieux que son ma\u00eetre, il a compris l\u2019importance symbolique du fait. Ce bref dialogue r\u00e9sume la situation.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En temps de r\u00e9volution, prenez garde \u00e0 la premi\u00e8re t\u00eate qui tombe. Elle met le peuple en app\u00e9tit.\u00a0\u00bb<span id=\"1332\" class=\"cit-num\">1332<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Le Dernier Jour d\u2019un condamn\u00e9<\/em> (1829)<\/p><\/blockquote><p>Bilan du 14\u00a0juillet 1789\u00a0: une centaine de morts et un peu plus de bless\u00e9s, essentiellement chez les assaillants (au nombre de 800 \u00e0 3\u00a0000, selon les sources). Hugo a raison\u00a0: le peuple est parti dans une escalade de la violence et les meneurs parlent toujours plus fort que les mod\u00e9rateurs.<\/p><p>Mais le temps n\u2019est pas encore venu de la Terreur et la R\u00e9volution va donner l\u2019espoir que tout peut finir vite et bien.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Moi, roi des Fran\u00e7ais, je jure [\u2026] de maintenir la Constitution.\u00a0\u00bb<span id=\"1369\" class=\"cit-num\">1369<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793), F\u00eate de la F\u00e9d\u00e9ration sur le Champ de Mars, 14\u00a0juillet 1790. <em>Histoire de France depuis 1789 jusqu\u2019\u00e0 nos jours<\/em> (1878), Henri Martin<\/p><\/blockquote><p>C\u2019est le premier anniversaire de la prise de la Bastille. Toutes les provinces sont repr\u00e9sent\u00e9es \u00e0 Paris par les d\u00e9l\u00e9gations des gardes nationales venues de la France enti\u00e8re\u00a0: c\u2019est la F\u00eate de la F\u00e9d\u00e9ration.<\/p><p>Une messe est c\u00e9l\u00e9br\u00e9e par l\u2019\u00e9v\u00eaque d\u2019Autun, Talleyrand qui a r\u00e9p\u00e9t\u00e9 la sc\u00e8ne, d\u2019autant plus qu\u2019il ne c\u00e9l\u00e8bre pas souvent. Heure solennelle, devant 300\u00a0000 personnes, alors qu\u2019il murmure \u00e0 l\u2019abb\u00e9 Louis (ou \u00e0 La Fayette, selon les sources)\u00a0: \u00ab\u00a0Piti\u00e9, ne me faites pas rire\u00a0!\u00a0\u00bb Mot apocryphe, selon Chateaubriand qui le cite quand m\u00eame.<\/p><p>Quoi qu\u2019il en soit de ces coulisses et des intentions r\u00e9elles du roi, on peut encore r\u00eaver \u00e0 une monarchie constitutionnelle conforme aux v\u0153ux des premiers r\u00e9volutionnaires (dits monarchistes). Sit\u00f4t qu\u2019il para\u00eet et qu\u2019il parle, il semble que le pacte mill\u00e9naire entre les Fran\u00e7ais et le Cap\u00e9tien se renoue. Tous ces provinciaux qui voient Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> pour la premi\u00e8re fois oublient ce qu\u2019on a pu dire du \u00ab\u00a0tyran\u00a0\u00bb. Le peuple est le plus sinc\u00e8re de tous les participants \u00e0 ce grand spectacle national, criant\u00a0spontan\u00e9ment\u00a0: \u00ab\u00a0Vive le roi, vive la reine, vive le dauphin\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est une conjuration pour l\u2019unit\u00e9 de la France. Ces f\u00e9d\u00e9rations de province regardent toutes vers le centre, toutes invoquent l\u2019Assembl\u00e9e nationale, se rattachent \u00e0 elle, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 l\u2019unit\u00e9. Toutes remercient Paris de son appel fraternel.\u00a0\u00bb<span id=\"1370\" class=\"cit-num\">1370<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1847-1853)<\/p><\/blockquote><p>L\u2019historien de la R\u00e9volution voit en cette f\u00eate du 14\u00a0juillet 1790 le point culminant de l\u2019\u00e9poque, son g\u00e9nie m\u00eame. C\u2019est le jour de tous les espoirs. La preuve\u00a0? Le peuple chante la plus gaie des carmagnoles\u00a0: \u00ab\u00a0Ah\u00a0! \u00e7a ira, \u00e7a ira, \u00e7a ira \/ Le peuple en ce jour sans cesse r\u00e9p\u00e8te, \/ Ah\u00a0! \u00e7a ira, \u00e7a ira, \u00e7a ira. \/ Malgr\u00e9 les mutins tout r\u00e9ussira\u2026\u00a0\u00bb\u00a0<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> avait su profiter de la F\u00e9d\u00e9ration, nous \u00e9tions perdus.\u00a0\u00bb<span id=\"1372\" class=\"cit-num\">1372<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Antoine <span class=\"caps\">BARNAVE<\/span> (1761-1793). <em>La Chute de l\u2019Ancienne France, La F\u00e9d\u00e9ration<\/em> (1896), Marius Cyrille Alphonse Sepet<\/p><\/blockquote><p>Le pilier du club des Jacobins, patriote d\u2019ailleurs mod\u00e9r\u00e9 parmi les r\u00e9volutionnaires, s\u2019oppose alors aux deux d\u00e9put\u00e9s les plus en vue cherchant toujours \u00e0 concilier R\u00e9volution et royaut\u00e9\u00a0: Mirabeau et La Fayette.<\/p><p>Cette F\u00eate de la F\u00e9d\u00e9ration du 14\u00a0juillet 1790 est aussi un jour de gloire pour le g\u00e9n\u00e9ral La Fayette\u00a0: on baise ses mains et m\u00eame la croupe de son cheval, on frappera des m\u00e9dailles \u00e0 son effigie\u00a0! Pourtant, Mirabeau d\u00e9teste ce \u00ab\u00a0maire du palais\u00a0\u00bb qu\u2019il traite de \u00ab\u00a0Gilles-C\u00e9sar\u00a0\u00bb, de \u00ab\u00a0sous-grand-homme\u00a0\u00bb. Et Marat de \u00ab\u00a0faux ami du peuple\u00a0\u00bb.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Aristocrate, te voil\u00e0 donc tondu,<br>Le Champ de Mars te fout la pelle au cul,<br>Aristocrate, te voil\u00e0 confondu.<br>J\u2019bais\u2019rons vos femmes, et vous serez cocus,<br>Aristocrates, je vous vois tous cornus.\u00a0\u00bb<span id=\"1373\" class=\"cit-num\">1373<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><em>Le Tombeau des aristocrates<\/em> (anonyme), chanson. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p><\/blockquote><p>Chant\u00e9 le 14\u00a0juillet 1790 sur le Champ de Mars (avec <em>\u00ab\u00a0La Pelle au cul\u00a0\u00bb<\/em>, version voisine), le jour m\u00eame de cette f\u00eate de la r\u00e9conciliation nationale\u00a0! C\u2019est un tout autre ton que le \u00ab\u00a0\u00e7a ira\u00a0\u00bb \u2013\u00a0lequel va bient\u00f4t conna\u00eetre nombre de parodies fort dures pour les aristos.<\/p><p>Cela montre la complexit\u00e9 de cette R\u00e9volution o\u00f9 tous les courants d\u2019opinion se croisent\u00a0! C\u2019est aussi le parfait reflet de l\u2019opinion publique que sont les chansons. \u00c0 travers ces citations chant\u00e9es, toute l\u2019histoire de France se d\u00e9roule, notamment sous la R\u00e9volution.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Partout la joie est g\u00e9n\u00e9rale<br>Depuis qu\u2019en vertu d\u2019un d\u00e9cret<br>Notre f\u00eate nationale<br>Doit avoir lieu l\u2019quatorze juillet\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2463\" class=\"cit-num\">2463<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Aristide <span class=\"caps\">BRUANT<\/span> (1851-1925),<em> J\u2019suis d\u2019l\u2019avis du gouvernement<\/em> (1879), chanson.<em> Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p><\/blockquote><p>Un couplet de la chanson de Bruant c\u00e9l\u00e8bre l\u2019\u00e9v\u00e9nement et chante le consensus du pays\u00a0: \u00ab\u00a0Quand je vois pour f\u00eater la France\u00a0\/ Choisir la date d\u2019un \u00e9v\u00e9nement\u00a0\/ Qui lui rappelle sa d\u00e9livrance\u00a0\/ J\u2019suis d\u2019l\u2019avis du gouvernement.\u00a0\u00bb<\/p><p><em>La Marseillaise<\/em> est proclam\u00e9e hymne national en m\u00eame temps que le 14\u00a0juillet devient f\u00eate nationale \u2013 mais l\u2019on discute pour savoir si l\u2019on c\u00e9l\u00e8bre 1789 ou 1790, la prise de la Bastille ou la F\u00eate de la F\u00e9d\u00e9ration. Quoiqu\u2019il en soit, la loi est promulgu\u00e9e le 6 juillet 1880.<\/p><p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto; margin-right: auto;\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-5-62.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p><p style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p><h4>2. Un slogan\u00a0trinitaire\u00a0: Libert\u00e9, \u00e9galit\u00e9, fraternit\u00e9.<\/h4><p>La trilogie r\u00e9publicaine\u00a0n\u00e9e sous le signe de la R\u00e9volution s\u2019est impos\u00e9e au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle. Elle trouve un \u00e9cho qui remonte au Moyen \u00c2ge et \u00e0 la Renaissance\u00a0: \u00ab\u00a0Un roi, une foi, une loi\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0France, m\u00e8re des arts, des armes et des lois\u00a0\u00bb.<\/p><p>Reprise et \u00ab\u00a0recycl\u00e9e\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019envi, notre devise r\u00e9publicaine rebondit et change de sens, comme en t\u00e9moigne <em>l\u2019Histoire en citations<\/em>.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">Libert\u00e9, \u00c9galit\u00e9, Fraternit\u00e9.<span id=\"1266\" class=\"cit-num\">1266<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Antoine Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MOMORO<\/span> (1756-1794), slogan r\u00e9volutionnaire<\/p><\/blockquote><p>Libraire \u00e0 Paris et \u00ab\u00a0premier imprimeur de la libert\u00e9\u00a0\u00bb,\u00a0il se pr\u00e9tend inventeur de cette devise. En tout cas, c\u2019est lui qui obtient de Jean-Nicolas Pache, maire de Paris, qu\u2019elle figure sur les fa\u00e7ades des \u00e9difices publics.<\/p><p>Au fil de la R\u00e9volution, la libert\u00e9, revendication venue du si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, et l\u2019\u00e9galit\u00e9 \u2013 des droits plus que des conditions \u2013 vont inspirer les r\u00e9volutionnaires, pour le meilleur et parfois le pire. La fraternit\u00e9 reste la parente pauvre jusqu\u2019au socialisme du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle et le triple principe ne sera inscrit dans la constitution qu\u2019en 1848.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Libert\u00e9, \u00c9galit\u00e9, Fraternit\u00e9 ou la mort.\u00a0\u00bb<span id=\"1516\" class=\"cit-num\">1516<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Devise sur les flammes des drapeaux. <em>Cahier noir<\/em> (1944), Fran\u00e7ois Mauriac<\/p><\/blockquote><p>Fin juin\u00a01793, la devise appara\u00eet quand les arm\u00e9es de la R\u00e9publique font face \u00e0 la coalition des arm\u00e9es imp\u00e9riales et royales d\u2019une Europe majoritairement royaliste et naturellement hostile \u00e0 cette R\u00e9volution d\u00e9mocratique. Un peu plus tard, la devise grav\u00e9e sur les bagues des drapeaux remplacera la trilogie pass\u00e9e de mode\u00a0: \u00ab\u00a0La Nation, le Roi, la Loi\u00a0\u00bb.<\/p><p>Elle appara\u00eet aussi sur les murs de la capitale\u00a0: le maire de la commune de Paris fait peindre cette devise et en province, d\u2019autres villes suivent la capitale. Mais l\u2019injonction sera abandonn\u00e9e progressivement avec la fin de la R\u00e9volution\u00a0: elle \u00e9voquait plus la Terreur que la R\u00e9publique\u00a0!<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">Libert\u00e9, \u00c9galit\u00e9, Fraternit\u00e9.<span id=\"2135\" class=\"cit-num\">2135<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Devise r\u00e9publicaine<\/p><\/blockquote><p>La devise repara\u00eet sur les murs au lendemain de la r\u00e9volution de f\u00e9vrier\u00a01848 et s\u2019inscrit dans la Constitution du 12\u00a0novembre qui instaure la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique. Dans la \u00ab\u00a0sainte devise de nos p\u00e8res\u00a0\u00bb (formule de Pierre Leroux, socialiste \u00e9lu d\u00e9put\u00e9 r\u00e9publicain), la petite derni\u00e8re, parente pauvre, profite du progr\u00e8s des id\u00e9es socialistes et la fraternit\u00e9 a enfin ses chances.<\/p><p>Mais le reflux contre-r\u00e9volutionnaire viendra vite, avant m\u00eame le Second Empire. Il faut attendre la Troisi\u00e8me R\u00e9publique pour que la France (d\u00e9sormais industrialis\u00e9e) ait enfin une l\u00e9gislation sociale digne de ce nom.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Attentat contre la dignit\u00e9 humaine, violation flagrante du dogme r\u00e9publicain\u00a0: Libert\u00e9, \u00c9galit\u00e9, Fraternit\u00e9.\u00a0\u00bb<span id=\"2160\" class=\"cit-num\">2160<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">SCH\u0152LCHER<\/span> (1804-1893),<em> Le Moniteur<\/em>, 2\u00a0mai\u00a01848. <em>Victor Sch\u0153lcher et l\u2019abolition de l\u2019esclavage<\/em> (2004), Aim\u00e9 C\u00e9saire<\/p><\/blockquote><p>Sous-secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat dans le gouvernement provisoire de la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique, il plaide ici contre l\u2019esclavage et voit enfin l\u2019aboutissement de sa longue lutte\u00a0: \u00ab\u00a0Par les d\u00e9crets du 27\u00a0avril 1848, rendus sur l\u2019initiative de Sch\u0153lcher, l\u2019esclavage, aboli une premi\u00e8re fois par la Convention, a \u00e9t\u00e9 d\u00e9finitivement supprim\u00e9 dans nos colonies primitives\u00a0\u00bb (Alfred Rambaud, <em>Histoire de la civilisation contemporaine<\/em>).<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">Libert\u00e9, \u00c9galit\u00e9, Fraternit\u00e9.<span id=\"2545\" class=\"cit-num\">2545<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Slogan r\u00e9publicain<\/p><\/blockquote><p>La trilogie r\u00e9publicaine n\u00e9e sous la R\u00e9volution et inscrite sur les \u00e9difices publics, devise grav\u00e9e sur les pi\u00e8ces de monnaie fran\u00e7aise et inscrite par d\u00e9cret du 28\u00a0mars 1803, remplac\u00e9e sous la Restauration par l\u2019inscription de l\u2019Ancien R\u00e9gime <em>\u00ab\u00a0Domine salvum fac regem\u00a0\u00bb<\/em>, r\u00e9tablie sous la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique, abolie par la Commune, est finalement r\u00e9apparue au nom de la loi du 5\u00a0janvier 1907\u00a0! Mais la Seconde Guerre mondiale va mettre fin au r\u00e9gime r\u00e9publicain\u2026<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est sous le triple signe du Travail, de la Famille et de la Patrie que nous devons aller vers l\u2019ordre nouveau.\u00a0\u00bb<span id=\"2763\" class=\"cit-num\">2763<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">LAVAL<\/span> (1883-1945), \u00ab\u00a0R\u00e9union d\u2019information\u00a0\u00bb des d\u00e9put\u00e9s, 8\u00a0juillet 1940. <em>Soixante jours qui \u00e9branl\u00e8rent l\u2019Occident<\/em> (1956), Jacques Benoist-M\u00e9chin<\/p><\/blockquote><p>Apr\u00e8s un long parcours politique, Laval entre au gouvernement P\u00e9tain install\u00e9 \u00e0 Vichy depuis le 3\u00a0juillet. Ayant provisoirement le portefeuille de la Justice, le ministre man\u0153uvre habilement pour que le vieux mar\u00e9chal (illustre vainqueur de Verdun) obtienne les pleins pouvoirs.<\/p><p>On travaille \u00e0 r\u00e9viser la Constitution. Le slogan trinitaire de 1789, trop r\u00e9publicain, est remplac\u00e9 par une autre trilogie\u00a0: Travail, Famille, Patrie. Tout l\u2019esprit de la r\u00e9volution nationale du r\u00e9gime de Vichy est dans ces mots et la loi constitutionnelle du 10\u00a0juillet en prend acte\u00a0: \u00ab\u00a0Cette Constitution doit garantir les droits du travail, de la famille et de la patrie.\u00a0\u00bb<\/p><p>Le Gouvernement provisoire de la R\u00e9publique fran\u00e7aise (<span class=\"caps\">GPRF<\/span>) va remplacer le r\u00e9gime de Vichy et gouverner deux ans la France jusqu\u2019au 27 octobre 1946, date de l\u2019entr\u00e9e en vigueur de la Quatri\u00e8me R\u00e9publique. Depuis cette date, le slogan trinitaire est associ\u00e9 \u00e0 la R\u00e9publique fran\u00e7aise.<\/p><h4>3. Un drapeau\u00a0tricolore\u00a0: Bleu blanc rouge.<\/h4><p>Les trois couleurs du drapeau national et de la cocarde r\u00e9publicaine ont une histoire plus mouvement\u00e9e que la trilogie r\u00e9volutionnaire. Les sources sont confuses et diverses. Voici quelques rep\u00e8res historiques et quelques surprises emprunt\u00e9es \u00e0 notre Histoire en citations.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ralliez-vous \u00e0 mon panache blanc, vous le trouverez au chemin de la victoire et de l\u2019honneur.\u00a0\u00bb<span id=\"616\" class=\"cit-num\">616<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span> (1553-1610), \u00e0 ses compagnons, avant la bataille d\u2019Ivry, 14\u00a0mars 1590. <em>Histoire universelle<\/em> (posthume), Agrippa d\u2019Aubign\u00e9<\/p><\/blockquote><p>Le blanc (par ailleurs associ\u00e9 \u00e0 la fleur de lys) symbolise la royaut\u00e9, sous l\u2019Ancien R\u00e9gime. On le retrouvera dans l\u2019Affaire du drapeau blanc \u2026 qui n\u2019aura plus aucune chance, au d\u00e9but de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique.<\/p><p>Les soldats de l\u2019arm\u00e9e royale semblent h\u00e9siter\u00a0: les troupes de la Ligue (ultra-catholique), command\u00e9es par le duc de Mayenne, sont trois fois sup\u00e9rieures en hommes et en armes\u00a0! Mais le roi va trouver les gestes et les mots qu\u2019il faut. Il plante sur son casque un panache de plumes blanches (couleur bien visible en m\u00eame temps que symbole de la monarchie) et harangue ses troupes\u00a0: \u00ab\u00a0Mes compagnons, Dieu est pour nous, voici ses ennemis et les n\u00f4tres\u00a0! Voici votre roi\u00a0! Gardez bien vos rangs. Et si vous perdez enseignes, cornettes ou guidons, ce panache blanc que vous voyez en mon armet vous en servira, tant que j\u2019aurai goutte de sang. Suivez-le. Si vous le voyez reculer, je vous permets de fuir\u2026\u00a0\u00bb Et le roi charge en t\u00eate de ses hommes.<\/p><p>Le \u00ab\u00a0panache blanc\u00a0\u00bb d\u2019Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> va entrer dans la l\u00e9gende \u00e0 la fin du <span class=\"caps\">XVI<\/span>e si\u00e8cle et la commune de l\u2019Eure (pr\u00e8s de Chartres) prendra le nom d\u2019Ivry-la-Bataille.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voici une cocarde qui fera le tour du monde.\u00a0\u00bb<span id=\"1336\" class=\"cit-num\">1336<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">FAYETTE<\/span> (1757-1834), 17\u00a0juillet 1789.<em> Petite histoire de France depuis les temps les plus recul\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 nos jours<\/em> (1883), Victor Duruy<\/p><\/blockquote><p>Nouveau jour de gloire pour La Fayette, d\u00e9j\u00e0 \u00ab\u00a0H\u00e9ros des deux mondes\u00a0\u00bb \u00e0 20 ans dans la guerre d\u2019Ind\u00e9pendance des ex-colonies am\u00e9ricaines contre l\u2019Angleterre.\u00a0 Nomm\u00e9 le 15\u00a0juillet commandant de la garde nationale, le marquis prend la cocarde bleue et rouge aux couleurs de Paris, y joint le blanc, couleur du roi, et pr\u00e9sente cette cocarde tricolore \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> venu \u00ab\u00a0faire amende honorable\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de Ville de Paris. Une id\u00e9e de g\u00e9nie, en mati\u00e8re de \u00ab\u00a0com patriotique\u00a0\u00bb\u00a0!<\/p><p>Le roi met la cocarde \u00e0 son chapeau et, par ce geste, reconna\u00eet symboliquement la R\u00e9volution. La rumeur veut qu\u2019il l\u2019ait ensuite pi\u00e9tin\u00e9e\u2026 mais tout \u00e9tait bon aux r\u00e9volutionnaires purs et durs pour le perdre aux yeux du peuple. Quoiqu\u2019il en soit, la cocarde r\u00e9volutionnaire est bien entr\u00e9e dans l\u2019Histoire \u2013 m\u00eame sous le r\u00e9gime de Vichy, c\u2019est le seul symbole r\u00e9publicain qui survivra.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ici commence le pays de la Libert\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"1366\" class=\"cit-num\">1366<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Inscription sur un drapeau fran\u00e7ais, plant\u00e9 sur le pont de Kehl \u00e0 Strasbourg, 13\u00a0juin\u00a01790.<em> La France de l\u2019Est<\/em> (1917), Paul Vidal de La Blache<\/p><\/blockquote><p>Des repr\u00e9sentants d\u2019Alsace, de Lorraine et de Franche-Comt\u00e9, r\u00e9unis (presque) spontan\u00e9ment en F\u00e9d\u00e9ration \u00e0 Strasbourg, plantent sur le pont de Kehl un drapeau fran\u00e7ais, tricolore et symbolique, avec ces mots. Ils manifestent ainsi l\u2019adh\u00e9sion de l\u2019Alsace (au statut particulier depuis le Moyen \u00c2ge) \u00e0 la communaut\u00e9 nationale fran\u00e7aise. Par l\u00e0 m\u00eame, ils soutiennent les acquis de 1789, les lois vot\u00e9es par la Constituante et les fronti\u00e8res nationales. Les cons\u00e9quences vont \u00eatre immenses \u2013 une suite de guerres \u00e9tal\u00e9es sur vingt-trois ans\u00a0!<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Allons, avec la cocarde, \/ Aux tyrans, foutre malheur\u00a0;<br>Puis, allons \u00e0 l\u2019accolade, \/ Foutons-nous l\u00e0 de bon c\u0153ur.<br>Au diable toutes les fronti\u00e8res \/ Qui nous tenaient d\u00e9sunis,<br>Foutre, il n\u2019est point de barri\u00e8res \/ Sur la terre des amis.\u00a0\u00bb<span id=\"1454\" class=\"cit-num\">1454<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">H\u00c9BERT<\/span> (1757-1794)<em>, Le R\u00e9veil du P\u00e8re Duchesne<\/em>, chanson.<em> Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p><\/blockquote><p>C\u2019est un couplet bien dans le ton du <em>P\u00e8re Duchesne,<\/em> l\u2019un des journaux les plus populaires de l\u2019\u00e9poque, distribu\u00e9 aux arm\u00e9es pour \u00e9veiller la conscience politique des soldats.<\/p><p>Les trois couleurs r\u00e9volutionnaires s\u2019affichent \u00e0 chaque bataille depuis Valmy (20 septembre 1792), premi\u00e8re grande victoire de la R\u00e9publique. N\u2019oublions pas que la R\u00e9volution vit sous le signe de la guerre face \u00e0 l\u2019Europe des rois et des empereurs coalis\u00e9s contre une France r\u00e9publicaine\u2026 et ardemment pros\u00e9lyte.\u00a0\u00a0<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019aigle, avec les couleurs nationales, volera de clocher en clocher jusqu\u2019aux tours de Notre-Dame.\u00a0\u00bb<span id=\"1927\" class=\"cit-num\">1927<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), Golfe-Juan, Proclamation du 1er\u00a0mars 1815. <em>Recueil de pi\u00e8ces authentiques sur le captif de Sainte-H\u00e9l\u00e8ne, de m\u00e9moires et documents \u00e9crits par l\u2019empereur Napol\u00e9on<\/em> (1821-1822)<\/p><\/blockquote><p>L\u2019empereur annonce la couleur d\u00e8s le premier jour de son \u00ab\u00a0come-back\u00a0\u00bb historique. Il se pose devant l\u2019arm\u00e9e en soldat de la R\u00e9volution et honnit le drapeau blanc de la Charte constitutionnelle associ\u00e9e \u00e0 la Restauration de Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>\u00a0: \u00ab\u00a0Arrachez ces couleurs que la nation a proscrites et qui pendant vingt-cinq ans servirent de ralliement \u00e0 tous les ennemis de la France\u00a0! Arborez cette cocarde tricolore\u00a0; vous la portiez dans nos grandes journ\u00e9es [\u2026] Reprenez ces aigles que vous aviez \u00e0 Ulm, \u00e0 Austerlitz, \u00e0 I\u00e9na.\u00a0\u00bb<\/p><p>Il n\u2019en faut pas plus, pas moins non plus pour que Napol\u00e9on gagne cet incroyable pari\u00a0: rallier les troupes envoy\u00e9es pour l\u2019arr\u00eater, soulever d\u2019enthousiasme les populations et traverser la France en vingt jours, sous les yeux de l\u2019Europe p\u00e9trifi\u00e9e. Ainsi commence \u00ab\u00a0le vol de l\u2019Aigle\u00a0\u00bb sur la route Napol\u00e9on qui m\u00e8ne \u00e0 Paris.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le drapeau rouge que vous nous rapportez n\u2019a jamais fait que le tour du Champ de Mars, tra\u00een\u00e9 dans le sang du peuple en 91 et 93, et le drapeau tricolore a fait le tour du monde avec le nom, la gloire et la libert\u00e9 de la patrie\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2146\" class=\"cit-num\">2146<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Alphonse de <span class=\"caps\">LAMARTINE<\/span> (1790-1869), chef du gouvernement provisoire, derniers mots de son discours du 25\u00a0f\u00e9vrier 1848. <em>Les Orateurs politiques de la France, de 1830 \u00e0 nos jours<\/em> (1898), Maurice Pellisson<\/p><\/blockquote><p>Aux grandes heures du si\u00e8cle romantique, son lyrisme fait merveille, cette citation faisant date et sens\u00a0dans l\u2019histoire de nos symboles nationaux.<\/p><p>La veille, 24\u00a0f\u00e9vrier, le po\u00e8te \u00e9lu d\u00e9put\u00e9 en 1833 et passionn\u00e9ment engag\u00e9 en politique, a accept\u00e9 la proclamation de la R\u00e9publique comme un fait accompli. Mais ce jour, il refuse l\u2019adoption officielle du drapeau rouge et, seul des onze membres du gouvernement provisoire, il a le courage de se pr\u00e9senter \u00e0 la foule en armes qui cerne l\u2019H\u00f4tel de Ville\u00a0! Lui seul aussi est capable d\u2019apaiser les insurg\u00e9s du jour et de rallier le lendemain les mod\u00e9r\u00e9s \u00e0 la R\u00e9publique \u2013 cet \u00e9tat de gr\u00e2ce sera malheureusement de courte dur\u00e9e pour le po\u00e8te et pour la France.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On se redit, pendant un mois, la phrase de Lamartine sur le drapeau rouge, \u00ab\u00a0qui n\u2019avait fait que le tour du Champ de Mars tandis que le drapeau tricolore\u00a0\u00bb, etc.\u00a0; et tous se rang\u00e8rent sous son ombre, chaque parti ne voyant des trois couleurs que la sienne \u2013 et se promettant bien, d\u00e8s qu\u2019il serait le plus fort, d\u2019arracher les deux autres.\u00a0\u00bb<span id=\"2147\" class=\"cit-num\">2147<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Gustave <span class=\"caps\">FLAUBERT<\/span> (1821-1880),<em> L\u2019\u00c9ducation sentimentale<\/em> (1869)<\/p><\/blockquote><p>Le romancier voit juste, aid\u00e9 par le recul du temps\u00a0: la confusion et l\u2019enthousiasme des premiers jours masquent toutes les incompatibilit\u00e9s d\u2019opinion. Le m\u00eame ph\u00e9nom\u00e8ne se reproduit \u00e0 chaque changement de r\u00e9gime ou d\u2019alternance politique\u00a0: grands espoirs et lendemains qui d\u00e9chantent.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le gouvernement provisoire d\u00e9clare que la nation adopte les trois couleurs dispos\u00e9es comme elles l\u2019\u00e9taient pendant la R\u00e9publique. Ce drapeau portera ces mots\u00a0: R\u00e9publique fran\u00e7aise.\u00a0\u00bb<span id=\"2149\" class=\"cit-num\">2149<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Gouvernement provisoire, D\u00e9cret du 25\u00a0f\u00e9vrier 1848. <em>Histoire de la r\u00e9volution de 1848\u00a0: Gouvernement provisoire<\/em> (1862), Louis-Antoine Garnier-Pag\u00e8s<\/p><\/blockquote><p>Le gouvernement provisoire pense \u00e0 tout \u2013 et d\u2019abord aux symboles\u00a0! D\u00e8s les premiers jours, il prend aussi toute une s\u00e9rie de mesures\u00a0: proclamation de la R\u00e9publique et abolition des titres de noblesse, r\u00e9forme d\u00e9mocratique de la garde nationale, dissolution de la Chambre des d\u00e9put\u00e9s, proclamation du suffrage universel, annonce de l\u2019\u00e9lection prochaine d\u2019une Assembl\u00e9e constituante, reconnaissance de toutes les libert\u00e9s d\u2019expression (presse, th\u00e9\u00e2tre, clubs), abolition de la peine de mort en mati\u00e8re politique, limitation de la journ\u00e9e de travail (10\u00a0heures \u00e0 Paris, 11\u00a0heures en province), etc. etc.<\/p><p>Cette deuxi\u00e8me R\u00e9publique \u00e9ph\u00e9m\u00e8re sera bient\u00f4t remplac\u00e9e par le Second Empire tr\u00e8s attach\u00e9 aux symboles du Premier.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai re\u00e7u le drapeau blanc comme un d\u00e9p\u00f4t sacr\u00e9, du vieux roi mon a\u00efeul. Il a flott\u00e9 sur mon berceau, je veux qu\u2019il ombrage ma tombe\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2417\" class=\"cit-num\">2417<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Comte de <span class=\"caps\">CHAMBORD<\/span> (1820-1883), Manifeste du 5\u00a0juillet 1871, \u00e0 Chambord. <em>La Droite en France, de la premi\u00e8re Restauration \u00e0 la Ve\u00a0R\u00e9publique<\/em> (1963), Ren\u00e9 R\u00e9mond<\/p><\/blockquote><p>D\u00e9but chaotique et retour aux symboles\u2026 de la monarchie\u00a0! Henri de Bourbon, comte de Chambord, se fait appeler Henri\u00a0V et se voit d\u00e9j\u00e0 roi de France. On frappe des monnaies \u00e0 son effigie, on construit des carrosses pour son entr\u00e9e \u00e0 Paris\u2026 Les deux partis, l\u00e9gitimistes et bonapartistes, se sont en effet mis d\u2019accord sur son nom et sa l\u00e9gitimit\u00e9.<\/p><p>Dans ce discours, il renie le drapeau tricolore. Scandalis\u00e9s, certains de ses partisans en deviennent r\u00e9publicains\u00a0! L\u2019\u00ab\u00a0Affaire du drapeau\u00a0\u00bb sert la strat\u00e9gie politicienne de Thiers, vieux routier de la politique et r\u00e9publicain depuis la fin de la Restauration en 1830. Il pavoise devant tant de maladresse et dit avec humour que le pr\u00e9tendant m\u00e9rite d\u2019\u00eatre \u00ab\u00a0appel\u00e9 le Washington fran\u00e7ais, car il a fond\u00e9 la r\u00e9publique\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p>Son attitude s\u2019explique\u00a0: le comte de Chambord a v\u00e9cu quarante ans en exil, dont trente dans un ch\u00e2teau coup\u00e9 du monde, entour\u00e9 d\u2019une petite cour d\u2019\u00e9migr\u00e9s aristocrates plus royalistes que le roi, comme tant de courtisans. Mais au d\u00e9but de la Troisi\u00e8me, le drapeau blanc lui fait perdre la pr\u00e9sidence esp\u00e9r\u00e9e. C\u2019est dire l\u2019importance historique du symbole\u00a0!<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Avant d\u2019aller planter le drapeau fran\u00e7ais l\u00e0 o\u00f9 il n\u2019est jamais all\u00e9, il fallait le replanter d\u2019abord l\u00e0 o\u00f9 il flottait jadis, l\u00e0 o\u00f9 nous l\u2019avons tous vu de nos propres yeux.\u00a0\u00bb<span id=\"2476\" class=\"cit-num\">2476<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">D\u00c9ROUL\u00c8DE<\/span> (1846-1914), Discours du Trocad\u00e9ro, octobre\u00a01884.<em> Pour en finir avec la colonisation<\/em> (2006), Bernard Logan<\/p><\/blockquote><p>Sous la Troisi\u00e8me, le symbolisme du drapeau r\u00e9publicain se retrouve \u00e0 chaque crise politique. Il illustre ici l\u2019expression du patriotisme continental (exacerb\u00e9 par la perte de l\u2019Alsace-Lorraine en 1870-71), oppos\u00e9 \u00e0 l\u2019aventure coloniale incarn\u00e9e par Ferry. Ce qui explique l\u2019anticolonialisme de D\u00e9roul\u00e8de \u2013 personnage par ailleurs injustement caricatur\u00e9.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Faire passer avant toute chose la grandeur du pays et l\u2019honneur du drapeau.\u00a0\u00bb<span id=\"2477\" class=\"cit-num\">2477<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">FERRY<\/span> (1832-1893), Chambre des d\u00e9put\u00e9s, 30\u00a0mars\u00a01885. <em>Discours et opinions de Jules Ferry<\/em> (1897), Jules Ferry, Paul Robiquet<\/p><\/blockquote><p>La conqu\u00eate de l\u2019Indochine a commenc\u00e9 sous Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span> et Jules Ferry poursuit cette colonisation fran\u00e7aise en Extr\u00eame-Orient. Par le trait\u00e9 de Hu\u00e9 (1883), l\u2019empereur du Vietnam a \u00e9t\u00e9 contraint de c\u00e9der le Tonkin devenu un protectorat fran\u00e7ais, mais la Chine voisine conteste ce trait\u00e9 et envahit le Tonkin\u00a0: ses troupes, les \u00ab\u00a0Pavillons noirs\u00a0\u00bb, se heurtent aux troupes fran\u00e7aises. Si\u00e8ges et batailles navales se succ\u00e8dent durant pr\u00e8s de deux ans.<\/p><p>Le 29\u00a0mars, les journaux ont appris l\u2019attaque des Chinois \u00e0 Lang-Son, ville du Vietnam sur la fronti\u00e8re chinoise, et le recul ou plus exactement la retraite du corps exp\u00e9ditionnaire fran\u00e7ais command\u00e9 par le lieutenant-colonel Herbinger, avec quelque 200 tu\u00e9s ou bless\u00e9s. Incident d\u00e9mesur\u00e9ment grossi\u00a0: on parle du \u00ab\u00a0d\u00e9sastre de Lang-son\u00a0\u00bb comme d\u2019un second Waterloo et d\u2019un nouveau Sedan\u00a0! Les radicaux, avec Clemenceau, d\u00e9noncent la politique coloniale de Jules Ferry, surnomm\u00e9 \u00ab\u00a0Ferry-Tonkin\u00a0\u00bb et accus\u00e9 de haute trahison pour avoir engag\u00e9 des troupes, sans bien informer les d\u00e9put\u00e9s.<\/p><p>Ferry, pr\u00e9sident du Conseil, garde son calme et le 30 mars, invoquant la grandeur du pays et l\u2019honneur du drapeau, demande une augmentation des cr\u00e9dits pour envoyer des renforts au Tonkin. Il d\u00e9cha\u00eene des clameurs, \u00e0 la gauche comme \u00e0 la droite de l\u2019Assembl\u00e9e.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Seul, le mar\u00e9chal peut r\u00e9aliser l\u2019union de la France, c\u2019est un drapeau, un drapeau un peu tach\u00e9, un peu souill\u00e9, mais c\u2019est un drapeau tout de m\u00eame.\u00a0\u00bb<span id=\"2765\" class=\"cit-num\">2765<\/span><\/p><p class=\"auteur\">G\u00e9n\u00e9ral <span class=\"caps\">WEYGAND<\/span> (1867-1965), \u00e0 Stanislas Mangin venu lui demander de se rallier aux Forces fran\u00e7aises libres (<span class=\"caps\">FFL<\/span>), \u00e9t\u00e9 1940. <em>Tout est bien<\/em> (1989), Roger St\u00e9phane<\/p><\/blockquote><p>Le r\u00e9gime de Vichy qui donne les pleins pouvoirs au mar\u00e9chal P\u00e9tain a aboli la R\u00e9publique \u2013 le drapeau tricolore demeure, avec au centre et sur fond blanc la Francisque, hache \u00e0 deux tranchants. Le g\u00e9n\u00e9ral Weygand daubait sur \u00ab\u00a0Vichy qui se roule dans la d\u00e9faite comme un chien dans la merde\u00a0\u00bb. Pourtant, pas question pour l\u2019ex-chef d\u2019\u00e9tat-major fran\u00e7ais de se rallier \u00e0 un mouvement n\u00e9 et entretenu \u00e0 l\u2019\u00e9tranger avec de Gaulle, en toute ill\u00e9galit\u00e9\u00a0!<\/p><p>La \u00ab\u00a0perfide Albion\u00a0\u00bb est ha\u00efe par une France traditionnellement anglophobe, surtout depuis le torpillage de la flotte fran\u00e7aise au mouillage dans la baie d\u2019Oran \u00e0 Mers el-K\u00e9bir, le 3\u00a0juillet 1940. Pour \u00e9viter que la marine fran\u00e7aise passe \u00e0 l\u2019ennemi, plus de 1\u00a0300 marins furent tu\u00e9s dans l\u2019attaque de la Royal Navy. Nombre de Fran\u00e7ais pass\u00e8rent alors \u00e0 la collaboration.<\/p><p>Par ailleurs, P\u00e9tain rassure. Sa dictature teint\u00e9e de paternalisme tend \u00e0 refaire une France sur le mod\u00e8le du pass\u00e9, paysanne et chr\u00e9tienne, dans un carcan corporatiste et hi\u00e9rarchis\u00e9, avec appel aux valeurs traditionnelles\u00a0: Travail, Famille, Patrie (pour remplacer la trilogue r\u00e9publicaine, Libert\u00e9, \u00c9galit\u00e9, fraternit\u00e9). \u00ab\u00a0Mar\u00e9chal, nous voil\u00e0\u2026\u00a0\u00bb chantent les enfants des \u00e9coles.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous ne nous arr\u00eaterons que quand le drapeau fran\u00e7ais flottera aussi sur Metz et Strasbourg.\u00a0\u00bb<span id=\"2776\" class=\"cit-num\">2776<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Colonel <span class=\"caps\">LECLERC<\/span> (1902-1947), Serment de Koufra, 2\u00a0mars 1941. <em>Leclerc et le serment de Koufra<\/em> (1965), Raymond Dronne<\/p><\/blockquote><p>Philippe Marie de Hautecloque, dit Leclerc, sera \u00e9lev\u00e9 \u00e0 la dignit\u00e9 de mar\u00e9chal de France \u00e0 titre posthume, en 1952. Deux fois prisonnier, deux fois \u00e9vad\u00e9 en mai-juin\u00a01940 (pendant la guerre \u00e9clair), il a rejoint de Gaulle \u00e0 Londres. Il obtient le ralliement du Cameroun \u00e0 la France libre d\u00e8s la fin ao\u00fbt\u00a01940, et il en devient le gouverneur.<\/p><p>Devenu commandant militaire de l\u2019Afrique \u00e9quatoriale fran\u00e7aise (<span class=\"caps\">AEF<\/span>), parti de Fort-Lamy (Tchad) avec une pauvre colonne des Forces fran\u00e7aises libres, il franchit 1\u00a0600\u00a0km de d\u00e9sert et prend le fort de Koufra (Libye), tenu par une garnison italienne.<\/p><p>Lib\u00e9rateur de Paris avec sa fameuse 2e <span class=\"caps\">DB<\/span> (division blind\u00e9e) le 25\u00a0ao\u00fbt 1944, il sera aussi le lib\u00e9rateur de Strasbourg, le 23\u00a0novembre\u00a0: le serment de Koufra sera tenu.<\/p><h4>4. D\u00e9claration des droits de l\u2019homme.<\/h4><p>C\u2019est un texte \u00e0 vocation universaliste, id\u00e9alement symbolique de la R\u00e9volution fran\u00e7aise.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La D\u00e9claration des droits de l\u2019homme apprit au monde entier que la R\u00e9volution fran\u00e7aise \u00e9tait faite pour lui.\u00a0\u00bb<span id=\"1347\" class=\"cit-num\">1347<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">SIMON<\/span> (1814-1896), <em>La Libert\u00e9<\/em> (1859)<\/p><\/blockquote><p>Par son exigence de rationalit\u00e9 et d\u2019universalit\u00e9, la D\u00e9claration fran\u00e7aise d\u00e9passe les pr\u00e9c\u00e9dentes d\u00e9clarations anglaise et am\u00e9ricaine, m\u00eame si elle s\u2019inspire de la <em>D\u00e9claration d\u2019Ind\u00e9pendance<\/em> de 1776. Elle porte surtout la marque d\u2019une bourgeoisie lib\u00e9rale nourrie de la philosophie des Lumi\u00e8res. Deux autres D\u00e9clarations suivront, en\u00a01793 et\u00a01795.<\/p><p>Au <span class=\"caps\">XXI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle, le monde a perdu beaucoup de ses rep\u00e8res et de ses utopies, les Fran\u00e7ais sont souvent critiques et critiqu\u00e9s, mais la France reste dans la m\u00e9moire collective comme \u00ab\u00a0la patrie des droits de l\u2019homme\u00a0\u00bb. C\u2019est un motif de fiert\u00e9 l\u00e9gitime.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les hommes naissent et demeurent libres et \u00e9gaux en droits.\u00a0\u00bb<span id=\"1344\" class=\"cit-num\">1344<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><em>D\u00e9claration des droits de l\u2019homme et du citoyen<\/em> du 26\u00a0ao\u00fbt 1789, article 1er<\/p><\/blockquote><p>Le premier article \u00e9nonce la libert\u00e9 et l\u2019\u00e9galit\u00e9 en termes g\u00e9n\u00e9raux. Les d\u00e9finitions sont compl\u00e9t\u00e9es par les articles\u00a04 \u2013 \u00ab\u00a0La libert\u00e9 consiste \u00e0 faire tout ce qui ne nuit pas \u00e0 autrui\u00a0\u00bb \u2013 et 6 \u2013 \u00ab\u00a0La loi [\u2026] doit \u00eatre la m\u00eame pour tous, soit qu\u2019elle prot\u00e8ge, soit qu\u2019elle punisse.\u00a0\u00bb<\/p><p>La D\u00e9claration \u00e9nonce d\u2019abord les \u00ab\u00a0droits naturels et imprescriptibles\u00a0\u00bb de l\u2019homme\u00a0: libert\u00e9, \u00e9galit\u00e9 devant la loi, propri\u00e9t\u00e9. Elle ajoute ceux de la nation\u00a0: s\u00e9paration des pouvoirs l\u00e9gislatif, ex\u00e9cutif et judiciaire\u00a0; souverainet\u00e9 nationale.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le principe de toute souverainet\u00e9 r\u00e9side essentiellement dans la Nation.\u00a0\u00bb<span id=\"1345\" class=\"cit-num\">1345<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><em>D\u00e9claration des droits de l\u2019homme et du citoyen<\/em> du 26\u00a0ao\u00fbt 1789, article\u00a03<\/p><\/blockquote><p>Formule lapidaire. La souverainet\u00e9 sera par ailleurs qualifi\u00e9e de \u00ab\u00a0une, indivisible, inali\u00e9nable et imprescriptible\u00a0\u00bb dans la Constitution de 1791 \u00e0 laquelle la D\u00e9claration sert de base.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cette maxime de la souverainet\u00e9 du peuple avait pourtant si bien exalt\u00e9 les t\u00eates que l\u2019Assembl\u00e9e [\u2026] s\u2019abandonna tout enti\u00e8re au flux et reflux des motions, ainsi qu\u2019\u00e0 la fougue de ses orateurs, qui entass\u00e8rent \u00e0 l\u2019envi d\u00e9crets sur d\u00e9crets, ruines sur ruines, pour satisfaire le peuple.\u00a0\u00bb<span id=\"1346\" class=\"cit-num\">1346<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">RIVAROL<\/span> (1753-1801), <em>Tableau historique et politique des travaux de l\u2019Assembl\u00e9e constituante, depuis l\u2019ouverture des \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux, jusqu\u2019apr\u00e8s la journ\u00e9e du 6\u00a0octobre\u00a01789<\/em> (1797)<\/p><\/blockquote><p>Il fallut un mois et demi de discussions avant le vote du texte final, mais il est remarquable\u00a0! Tout le long pr\u00e9ambule et les 17 articles seraient \u00e0 citer.<\/p><p>Selon Alphonse Aulard\u00a0: \u00ab\u00a01\u00a0200 d\u00e9put\u00e9s, incapables d\u2019aboutir \u00e0 une expression concise et lumineuse quand ils travaillaient soit isol\u00e9ment, soit par petits groupes, trouv\u00e8rent les vraies formules, courtes et nobles, dans le tumulte d\u2019une discussion publique [\u2026] \u00c0 lire cette discussion [\u2026], on a l\u2019impression que c\u2019est la nation, devenue souveraine par des actes spontan\u00e9s, qui dicte la D\u00e9claration \u00e0 ses repr\u00e9sentants\u00a0\u00bb (<em>Histoire politique de la R\u00e9volution fran\u00e7aise\u00a0: origines et d\u00e9veloppement de la d\u00e9mocratie et de la R\u00e9publique<\/em>, 1789-1804).<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0<span class=\"caps\">L\u2019A<\/span>ssembl\u00e9e G\u00e9n\u00e9rale proclame la pr\u00e9sente <em>D\u00e9claration Universelle des Droits de l\u2019Homme<\/em> comme l\u2019id\u00e9al commun \u00e0 atteindre par tous les peuples et toutes les nations afin que tous les individus et tous les organes de la soci\u00e9t\u00e9, ayant cette <em>D\u00e9claration<\/em> constamment \u00e0 l\u2019esprit, s\u2019efforcent, par l\u2019enseignement et l\u2019\u00e9ducation, de d\u00e9velopper le respect de ces droits et libert\u00e9s et d\u2019en assurer, par des mesures progressives d\u2019ordre national et international, la reconnaissance et l\u2019application universelles et effectives, tant parmi les populations des \u00c9tats Membres eux-m\u00eames que parmi celles des territoires plac\u00e9s sous leur juridiction.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\"><em>D\u00e9claration universelle des Droits de l\u2019Homme<\/em>, fin du Pr\u00e9ambule. Texte adopt\u00e9 par l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale des Nations unies le 10 d\u00e9cembre 1948 \u00e0 Paris, au palais de Chaillot<\/p><\/blockquote><p>Au Comit\u00e9 de r\u00e9daction, la France \u00e9tait repr\u00e9sent\u00e9e par Ren\u00e9 Cassin (grand juriste et prix Nobel qui aura sa place au Panth\u00e9on pour le centenaire de sa naissance en 1987). Sur les 58 \u00c9tats membres de l\u2019<span class=\"caps\">ONU<\/span> (\u00e0 l\u2019\u00e9poque), 48 ont adopt\u00e9 cette charte universelle. Aucun \u00c9tat ne s\u2019est prononc\u00e9 contre, mais huit se sont abstenus et deux n\u2019ont pas pris part au vote.<\/p><p>Le Pr\u00e9ambule est suivi de 30 articles. Article 1. \u00ab\u00a0Tous les \u00eatres humains naissent libres et \u00e9gaux en dignit\u00e9 et en droits. Ils sont dou\u00e9s de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p><p>Pour comm\u00e9morer son adoption, la Journ\u00e9e des droits de l\u2019homme est c\u00e9l\u00e9br\u00e9e chaque ann\u00e9e le 10 d\u00e9cembre. Traduit dans plus de 500 langues diff\u00e9rentes, ce document fondateur reste une source d\u2019inspiration pour promouvoir l\u2019exercice universel des droits de l\u2019homme, justement pr\u00e9sent\u00e9 \u00ab\u00a0comme l\u2019id\u00e9al commun \u00e0 attendre\u00a0\u00bb.<\/p><h4>5. Deux chants r\u00e9volutionnaires au destin historique\u00a0: <em>Marseillaise<\/em> et <em>Carmagnole<\/em>.<\/h4><p><em>La Marseillaise<\/em> s\u2019impose en premier, toujours chant\u00e9e telle qu\u2019elle fut \u00e9crite \u00e0 l\u2019origine, guerri\u00e8re et sanguinaire \u2013 seule l\u2019orchestration change. Mais des parodies existent\u2026<\/p><p><em>La Carmagnole<\/em> est moins officielle, sa petite histoire donne quand m\u00eame \u00e0 voir et entendre les coulisses d\u2019un chant dont le sens \u00e9volue au fil des \u00e9v\u00e9nements.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Allons, enfants de la patrie\u2026\u00a0\u00bb<span id=\"1410\" class=\"cit-num\">1410<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">ROUGET<\/span> de l\u2019<span class=\"caps\">ISLE<\/span> (1760-1836), <em>Chant de guerre pour l\u2019arm\u00e9e du Rhin<\/em> (1792)<\/p><\/blockquote><p>Premier vers de ce qui deviendra l\u2019hymne national fran\u00e7ais sous le nom de<em> La Marseillaise<\/em>, paroles et musique de Claude Joseph Rouget de l\u2019Isle, chant compos\u00e9 dans la nuit du 25\u00a0avril 1792 \u00e0 la requ\u00eate du maire Dietrich \u00e0 Strasbourg, jou\u00e9 pour la premi\u00e8re fois le 29 avril par la musique de la garde nationale de cette ville.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Aux armes, citoyens\u00a0! \/ Formez vos bataillons\u00a0!<br>Marchez, marchez, \/ Qu\u2019un sang impur\u00a0\/ Abreuve nos sillons\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"1417\" class=\"cit-num\">1417<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">ROUGET<\/span> de l\u2019<span class=\"caps\">ISLE<\/span>\u00a0(1760-1836),<em> Le Chant de guerre pour l\u2019arm\u00e9e du Rhin<\/em>, refrain (1792)<\/p><\/blockquote><p>\u00ab\u00a0Trouv\u00e9 \u00e0 Strasbourg [\u2026] il ne lui fallut pas deux mois pour p\u00e9n\u00e9trer toute la France. Il alla frapper au fond du Midi, comme par un violent \u00e9cho, et Marseille r\u00e9pondit au Rhin. Sublime destin\u00e9e de ce chant\u00a0!\u00a0\u00bb \u00e9crit Michelet, lyrique et romantique dans son <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise.<\/em><\/p><p>Myst\u00e9rieusement arriv\u00e9 \u00e0 Marseille, le chant pla\u00eet au bataillon des Marseillais qui l\u2019adopte comme hymne de ralliement et le chante le 29\u00a0juin 1792, en plantant dans la ville un arbre de la Libert\u00e9. Son histoire ne fait que commencer.<\/p><p>Notons l\u2019expression \u00ab sang impur \u00bb : s\u2019agit-il du sang des ennemis de la France ? Ou le sang de ses d\u00e9fenseurs, le peuple des travailleurs, ouvriers et paysans oppos\u00e9 aux nobles r\u00e9put\u00e9s avoir le \u00ab sang bleu \u00bb ?\u00a0<\/p><p>Jean Jaur\u00e8s n\u2019h\u00e9site pas entre ces deux interpr\u00e9tations : \u00ab Que signifie, je vous prie, le fameux refrain du \u00ab sang impur \u00bb ? \u2014 \u00ab Qu\u2019un sang impur abreuve nos sillons ! \u00bb, l\u2019expression est atroce. C\u2019est l\u2019\u00e9cho d\u2019une parole bien \u00e9tourdiment cruelle de Barnave. On sait qu\u2019\u00e0 propos de quelques aristocrates massacr\u00e9s par le peuple, il s\u2019\u00e9cria : \u00ab Apr\u00e8s tout, le sang qui coule est-il donc si pur ? \u00bb Propos abominable, car d\u00e8s que les partis commencent \u00e0 dire que le sang est impur qui coule dans les veines de leurs adversaires, ils se mettent \u00e0 le r\u00e9pandre \u00e0 flots et les r\u00e9volutions deviennent des boucheries. \u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Amour sacr\u00e9 de la Patrie<br>Conduis, soutiens nos bras vengeurs.<br>Libert\u00e9, libert\u00e9 ch\u00e9rie,<br>Combats avec tes d\u00e9fenseurs.\u00a0\u00bb<span id=\"1420\" class=\"cit-num\">1420<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">ROUGET<\/span> de l\u2019<span class=\"caps\">ISLE<\/span>\u00a0(1760-1836), <em>Chant de guerre pour l\u2019arm\u00e9e du Rhin<\/em> (1792), devenu <em>La Marseillaise<\/em> (dernier couplet)<\/p><\/blockquote><p>Les f\u00e9d\u00e9r\u00e9s marseillais, appel\u00e9s \u00e0 la suite de la d\u00e9claration de guerre (20 avril 1792), ont travers\u00e9 la France et d\u00e9filent dans la capitale, avec ce <em>Chant de guerre<\/em> le 30\u00a0juillet 1792 (le 10\u00a0ao\u00fbt selon d\u2019autres sources).<\/p><p>La <em>Chronique de Paris<\/em> note que les Marseillais \u00ab\u00a0chantent avec beaucoup d\u2019ensemble et le moment o\u00f9 ils agitent leurs chapeaux et leurs sabres en criant tous \u00e0 la fois \u00ab\u00a0Aux armes, citoyens\u00a0!\u00a0\u00bb fait vraiment frissonner. Ils ont fait entendre cet hymne guerrier dans tous les villages qu\u2019ils traversaient et ces nouveaux bardes ont inspir\u00e9 ainsi dans les campagnes des sentiments civiques et belliqueux\u00a0; souvent ils le chantent au Palais-Royal, quelquefois dans les spectacles entre les deux pi\u00e8ces.\u00a0\u00bb<\/p><p>Connu de tout Paris en quelques jours, rebaptis\u00e9 <em>Marseillaise<\/em> par les Parisiens, diffus\u00e9 \u00e0 100\u00a0000 exemplaires par la Convention fin septembre, ce chant entre dans l\u2019histoire de France. Promu hymne national une premi\u00e8re fois en 1795, abandonn\u00e9 en 1804 sous l\u2019Empire au profit du<em> Chant du d\u00e9part<\/em> pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 par Napol\u00e9on, il redeviendra d\u00e9finitivement hymne national en 1880, sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Contre nous de la tyrannie<br>L\u2019\u00e9tendard sanglant est lev\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"1575\" class=\"cit-num\">1575<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">ROUGET<\/span> de l\u2019<span class=\"caps\">ISLE<\/span>\u00a0(1760-1836), <em>Chant de guerre pour l\u2019arm\u00e9e du Rhin<\/em> (1792), devenu La Marseillaise<\/p><\/blockquote><p>Le chant le plus populaire de l\u2019\u00e9poque r\u00e9volutionnaire, repris par toutes les arm\u00e9es de la R\u00e9publique, semble faire \u00e9cho aux mots de Robespierre. Notons le sang, pr\u00e9sent sur l\u2019\u00e9tendard, donnant sa noblesse au drapeau.<\/p><p>Le plus \u00e9tonnant, c\u2019est que ces mots r\u00e9sonnent toujours, inchang\u00e9s\u00a0: un monument national litt\u00e9ralement intouchable, sauf exceptions. Le pr\u00e9sident Giscard d\u2019Estaing s\u2019est risqu\u00e9 dans une <em>Marseillaise<\/em> au rythme plus lent et solennel que la marche initiale (reprise par son successeur Mitterrand), mais Serge Gainsbourg a fait scandale en 1980 avec sa r\u00e9\u00e9criture\u00a0anti-paras\u00a0sur un rythme reggae\u00a0:<em> \u00ab\u00a0Aux armes et caetera\u00a0\u00bb.<\/em><\/p><p><em>La Marseillaise<\/em> fut aussi r\u00e9cup\u00e9r\u00e9e pour d\u2019autres causes, \u00e0 commencer le f\u00e9minisme sous le Deuxi\u00e8me R\u00e9publique.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tremblez tyrans portant culotte\u00a0! \/ Femmes, notre jour est venu\u00a0;<br>Point de piti\u00e9, mettons en vote \/ Tous les torts du sexe barbu\u00a0!<br>Notre patience est \u00e0 bout, \/ Debout, V\u00e9nusiennes, debout [\u2026]<br>Refrain\u00a0: Libert\u00e9 sur nos fronts verse tes chauds rayons,<br>Tremblez, tremblez, maris jaloux, \/ Respect aux cotillons\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2162\" class=\"cit-num\">2162<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Louise de <span class=\"caps\">CHAUMONT<\/span> (<span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle), <em>La Marseillaise des femmes<\/em> (ou <em>Marseillaise des cotillons<\/em>), chanson de 1848.<em> L\u2019Illustration<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span> (1848), J.\u00a0Dubouchet<\/p><\/blockquote><p>Les \u00ab\u00a0V\u00e9nusiennes\u00a0\u00bb chantent et d\u00e9filent, f\u00e9ministes aux jupes retrouss\u00e9es, corsage en bataille, jeunes ouvri\u00e8res vivant parfois en communaut\u00e9 \u00e0 la mode saint-simonienne. <em>La Marseillaise<\/em>, parmi tous les chants de notre histoire, est le plus constamment repris, parodi\u00e9, r\u00e9cup\u00e9r\u00e9, exploit\u00e9 en d\u2019innombrables versions. C\u2019est la ran\u00e7on du succ\u00e8s, voire de la gloire.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Va, passe ton chemin, ma mamelle est fran\u00e7aise,<br>N\u2019entre pas sous mon toit, emporte ton enfant,<br>Mes gar\u00e7ons chanteront plus tard La Marseillaise,<br>Je ne vends pas mon lait au fils d\u2019un Allemand.\u00a0\u00bb<span id=\"2413\" class=\"cit-num\">2413<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Gaston <span class=\"caps\">VILLEMER<\/span> (1840-1892), paroles, et Lucien <span class=\"caps\">DELORMEL<\/span> (1847-1899), musique, <em>Le Fils de l\u2019Allemand<\/em>, chanson. <em>Les Chansons d\u2019Alsace-Lorraine<\/em> (1885), Gaston Villemer et Lucien Delormel<\/p><\/blockquote><p>\u00ab\u00a0Vrais fr\u00e8res siamois de la litt\u00e9rature des beuglants\u00a0\u00bb, ce couple d\u2019auteur-compositeur exploite syst\u00e9matiquement la veine patriotique et revancharde au d\u00e9but de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique \u2013 apr\u00e8s la mort de son confr\u00e8re, Delormel fera \u00e9quipe avec Garnier, dans un autre style\u00a0: le music-hall et la vedette Paulus.<\/p><p>Les refrains patriotico-sentimentaux se multiplient apr\u00e8s la guerre de 1870 et l\u2019amputation du territoire. Toute une litt\u00e9rature et une imagerie populaires se d\u00e9veloppent naturellement, sur ce th\u00e8me douloureux.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Gais et contents \/ Nous marchions triomphants<br>En allant \u00e0 Longchamp \/ Le c\u0153ur \u00e0 l\u2019aise,<br>Sans h\u00e9siter, \/ Car nous allions f\u00eater,<br>Voir et complimenter \/ L\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise.\u00a0\u00bb<span id=\"2482\" class=\"cit-num\">2482<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Lucien <span class=\"caps\">DELORMEL<\/span> (1847-1899) et L\u00e9on <span class=\"caps\">GARNIER<\/span> (1857-1905), paroles, et Louis-C\u00e9sar <span class=\"caps\">D\u00c9SORMES<\/span> (1840-1898), musique, <em>En r\u2019venant d\u2019la r\u2019vue<\/em> (1886), chanson. <em>Cent ans de chanson fran\u00e7aise, 1880-1980<\/em> (1996), Chantal Brunschwig, Louis-Jean Calvet, Jean-Claude Klein<\/p><\/blockquote><p>Le nouveau couple d\u2019auteur-compositeur \u00e0 la mode \u00e9crit pour Paulus cette chanson cr\u00e9\u00e9e le 14\u00a0juillet\u00a01886 \u00e0 l\u2019Alcazar, grand music-hall parisien. \u00ab\u00a0<em>Marseillaise<\/em> des mitrons et des calicots\u00a0\u00bb dit Anatole France, mais surtout \u00ab\u00a0hymne boulangiste\u00a0\u00bb et immense succ\u00e8s cocardier pour le \u00ab\u00a0brave g\u00e9n\u00e9ral\u00a0\u00bb acclam\u00e9 \u00e0 Longchamp, barbe blonde et fi\u00e8re allure, rendant encore plus terne et vieillot le cort\u00e8ge du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique octog\u00e9naire Jules Gr\u00e9vy, us\u00e9 politiquement et bient\u00f4t d\u00e9missionnaire.<\/p><p>Paul D\u00e9roul\u00e8de, propagandiste num\u00e9ro un de Boulanger, lui invente le surnom de \u00ab\u00a0g\u00e9n\u00e9ral Revanche\u00a0\u00bb et affirme qu\u2019il est \u00ab\u00a0le seul ministre qui fasse peur \u00e0 l\u2019Allemagne\u00a0\u00bb. La droite va exploiter Boulanger qui se pr\u00e9tend pourtant g\u00e9n\u00e9ral d\u2019\u00ab\u00a0extr\u00eame gauche\u00a0\u00bb\u00a0! Le boulangisme est une forme de populisme, r\u00e9union de tous les contraires et lieu de bien des paradoxes, avant de s\u2019effondrer dans le ridicule d\u2019un suicide vaudevillesque, sur la tombe de sa ma\u00eetresse\u00a0: \u00ab\u00a0Il est mort comme il a v\u00e9cu, en sous-lieutenant\u00a0\u00bb dira Clemenceau. Petite histoire dans l\u2019Histoire.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dans le p\u00e9ril de la patrie et de la R\u00e9publique, je me suis tourn\u00e9 vers le plus illustre des Fran\u00e7ais.\u00a0\u00bb<span id=\"2925\" class=\"cit-num\">2925<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Ren\u00e9 <span class=\"caps\">COTY<\/span> (1882-1962), Message du pr\u00e9sident au Parlement, 29\u00a0mai 1958. <em>Histoire mondiale de l\u2019apr\u00e8s-guerre<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1974), Raymond Cartier<\/p><\/blockquote><p>Fin de la Quatri\u00e8me R\u00e9publique. En plein drame alg\u00e9rien et face \u00e0 la menace de guerre civile, le pr\u00e9sident fait savoir aux parlementaires qu\u2019il a demand\u00e9 au g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle de former un gouvernement. Chahuts et chants de la part des d\u00e9put\u00e9s qui entonnent <em>La Marseillaise<\/em> \u2013 proc\u00e9d\u00e9 contraire \u00e0 tous les usages et m\u00eame \u00e0 la lettre de la Constitution\u00a0! Encore et toujours la force du symbole.<\/p><p>La <em>Carmagnole<\/em> n\u00e9e sous la R\u00e9volution comme la Marseillaise a une histoire plus courte et plus folklorique que v\u00e9ritablement nationale.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Madam\u2019 Veto avait promis \/ De faire \u00e9gorger tout Paris.<br>Mais son coup a manqu\u00e9 \/ Gr\u00e2ce \u00e0 nos canonniers.<br>Refrain\u00a0: Dansons la carmagnole \/ Vive le son vive le son<br>Dansons la carmagnole \/ Vive le son du canon\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"1425\" class=\"cit-num\">1425<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><em>La Carmagnole<\/em> (fin ao\u00fbt\u00a01792), chanson. <em>Chansons populaires de France<\/em> (1865), Librairie du Petit Journal \u00e9d<\/p><\/blockquote><p>De parolier inconnu, cette premi\u00e8re <em>Carmagnole<\/em> est chant\u00e9e sous les fen\u00eatres du Temple o\u00f9 la famille royale est prisonni\u00e8re. Monsieur Veto (ex-Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span>) est aussi violemment apostroph\u00e9 que Madame Veto (sa femme Marie-Antoinette). Imm\u00e9diatement populaire, adopt\u00e9e par tous les patriotes et devenue l\u2019hymne des sans-culottes, la <em>Carmagnole<\/em> aura de nombreuses parodies, comme la plupart des chants tr\u00e8s populaires.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Que demande un R\u00e9publicain\u00a0? \/ La libert\u00e9 du genre humain,<br>Le pic dans les cachots, \/ La torche dans les ch\u00e2teaux<br>Et la paix aux chaumi\u00e8res\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"1430\" class=\"cit-num\">1430<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><em>La Carmagnole<\/em> (automne 1792), chanson anonyme. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p><\/blockquote><p>Cette nouvelle version de <em>la Carmagnole<\/em> r\u00e9sume la situation. Le \u00ab\u00a0pic dans les cachots\u00a0\u00bb va entra\u00eener un massacre r\u00e9volutionnaire plus spectaculaire que les pr\u00e9c\u00e9dents. Ministre de la Justice et responsable des prisons, Danton qui pouvait tout ne va rien faire pour emp\u00eacher les \u00ab\u00a0massacres de septembre\u00a0\u00bb dans les prisons\u00a0: du 2 au 6\u00a0septembre 1792, quelque 1\u00a0500 morts (sur 3\u00a0000 prisonniers). Des \u00ab\u00a0droits commun\u00a0\u00bb sont \u00e9gorg\u00e9s en m\u00eame temps que les \u00ab\u00a0politiques\u00a0\u00bb, nobles et pr\u00eatres.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Fouquier-Tinville avait promis \/ De guillotiner tout Paris,<br>Mais il en a menti, \/ Car il est raccourci [\u2026]<br>Vive la guillotine \/ Pour ces bourreaux \/ Vils fl\u00e9aux.\u00a0\u00bb<span id=\"1617\" class=\"cit-num\">1617<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><em>La Carmagnole de Fouquier-Tinville<\/em>, mai\u00a01795, chanson.<em> Chansons nationales et r\u00e9publicaines de 1789 \u00e0 1848<\/em> (1848), Th\u00e9ophile Marion Dumersan<\/p><\/blockquote><p>La chanson r\u00e9volutionnaire se fait gaiement cruelle\u00a0: le plus c\u00e9l\u00e8bre accusateur public est ex\u00e9cut\u00e9 le 6\u00a0mai 1795, apr\u00e8s 41 jours de proc\u00e8s devant le Tribunal r\u00e9volutionnaire (r\u00e9form\u00e9). \u00c0 travers Fouquier-Tinville et 23 coaccus\u00e9s, on juge aussi cette justice d\u2019exception en vigueur sous la Terreur.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y a les magistrats vendus, \/ Il y a les financiers ventrus,<br>Il y a les argousins, \/ Mais pour tous ces coquins,<br>Il y a d\u2019la dynamite, \/ Vive le son, vive le son,<br>Il y a d\u2019la dynamite\u00a0! \/ Dansons la ravachole\u00a0!<br>Vive le son d\u2019l\u2019explosion.\u00a0\u00bb<span id=\"2504\" class=\"cit-num\">2504<\/span><\/p><p class=\"auteur\">S\u00e9bastien <span class=\"caps\">FAURE<\/span> (1858-1942), <em>La Ravachole<\/em>, version anarchiste de<em> La Carmagnole<\/em> (1892), chanson. <em>Ravachol et les anarchistes<\/em> (1992), Jean Maitron<\/p><\/blockquote><p>L\u2019auteur de la Ravachole a un long parcours militant\u00a0: ex-s\u00e9minariste, ex-marxiste, anarchiste \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1880, libertaire avec Louise Michel sous la Commune, dreyfusard au moment de l\u2019Affaire, avant de s\u2019afficher pacifiste et antimilitariste au si\u00e8cle suivant.<\/p><p>L\u2019anarchie va occuper la vie publique un quart de si\u00e8cle\u00a0: avec ses chansons, sa presse, ses h\u00e9ros et ses criminels, ses attentats, ses victimes \u2013 jusqu\u2019au pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, Sadi Carnot assassin\u00e9 le 24 juin 1894 \u00e0 l\u2019Exposition universelle de Lyon.<\/p><p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto; margin-right: auto;\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-8-112.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p><p style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p><h4 style=\"text-align: left;\">6. Marianne\u00a0: symbole all\u00e9gorique de la R\u00e9publique fran\u00e7aise.<\/h4><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Et l\u2019\u00e9lixir de Dumouriez,<br>Frott\u00e9 \u00e0 la plante des pieds,<br>Lui a bien d\u00e9gag\u00e9 le poumon\u00a0:<br>Marianne se trouve mieux (bis).\u00a0\u00bb<span id=\".\" class=\"cit-num\">.<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Guillaume <span class=\"caps\">LAVABRE<\/span> (1755-1845), <em>La Gu\u00e9rison de Marianne<\/em> (<em>La Garisou de Marianno<\/em>) (1792)<\/p><\/blockquote><p>Cordonnier de Puylaurens (dans le Tarn) et po\u00e8te \u00e0 ses heures, il \u00e9crit en occitan la premi\u00e8re chanson o\u00f9 figure le nom de Marianne (pr\u00e9nom courant dans la r\u00e9gion) associ\u00e9 \u00e0 la toute jeune R\u00e9publique en termes imag\u00e9s, mais conformes \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. Rappelons le contexte v\u00e9ritablement historique.<\/p><p>Sous les ordres du g\u00e9n\u00e9ral Dumouriez, le mar\u00e9chal de France Kellermann ralli\u00e9 \u00e0 la R\u00e9volution remporte la victoire de Valmy, le 20\u00a0septembre 1792. L\u2019arm\u00e9e prussienne command\u00e9e par le duc de Brunswick qui marchait sur Paris fait retraite \u00e0 l\u2019est, au niveau de ce petit village de Champagne-Ardenne\u00a0: l\u2019invasion de la France est stopp\u00e9e (miraculeusement, vu les forces respectives\u00a0!) Les troupes fran\u00e7aises crient pour la premi\u00e8re fois\u00a0\u00ab\u00a0Vive la Nation\u00a0\u00bb et le lendemain la R\u00e9publique est d\u00e9cr\u00e9t\u00e9e par le premier d\u00e9cret de la nouvelle Convention, le 21 septembre. En vertu de quoi \u00ab\u00a0Marianne se trouve mieux\u00a0\u00bb.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Elle est n\u00e9e dans le Paris 1790 <br>Comme une rose \u00e9panouie <br>Au jardin des fleurs de lys.<br>Marianne a cinq enfants \u00a0<br>Qu\u2019elle \u00e9l\u00e8ve de son mieux <br>Marianne a maintenant <br>Quelques rides au coin des yeux.<br>Dieu\u00a0! Mais que Marianne \u00e9tait jolie <br>Quand elle marchait dans les rues de Paris<br>En chantant \u00e0 pleine voix \u00a0<br>\u00c7a ira, \u00e7a ira\u2026 toute la vie.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Michel <span class=\"caps\">DELPECH<\/span> (n\u00e9e en 1946) <em>Que Marianne \u00e9tait jolie\u00a0!<\/em> (1972), musique de Pierre Papadiamandis<\/p><\/blockquote><p>En termes all\u00e9goriques, la chanson \u00e9voque l\u2019histoire de la France, de la R\u00e9volution dans le Paris de 1790 jusqu\u2019\u00e0 Mai 68.<\/p><p>Les \u00ab\u00a0cinq enfants\u00a0\u00bb de Marianne, dont \u00ab\u00a0quatre fils qu\u2019elle a perdus\u00a0\u00bb, fait allusion \u00e0 la Cinqui\u00e8me R\u00e9publique et aux quatre autres r\u00e9publiques \u00ab\u00a0d\u00e9funtes\u00a0\u00bb.<\/p><p>L\u2019origine du pr\u00e9nom est incertaine. Seule certitude, \u00ab\u00a0Marianne\u00a0\u00bb est la contraction de Marie (la Vierge, m\u00e8re de J\u00e9sus) et Anne (sa propre m\u00e8re), les deux pr\u00e9noms les plus r\u00e9pandus au <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e si\u00e8cle dans les milieux populaires \u00e0 la\u00a0 campagne et parmi les domestiques des noble. Ils sont logiquement choisis et associ\u00e9s pour repr\u00e9senter la tr\u00e8s jeune R\u00e9publique n\u00e9e le 21 septembre 1792 (abolition de la monarchie vot\u00e9e \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9 des d\u00e9put\u00e9s au premier jour de la Convention).<\/p><p>\u00c0 partir de juin 1848 (Deuxi\u00e8me R\u00e9publique), le pr\u00e9nom \u00ab\u00a0Marianne\u00a0\u00bb d\u00e9signe de fa\u00e7on clandestine la R\u00e9publique. Mais au cours du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle, Marianne, surnom donn\u00e9 aux jeunes femmes de m\u0153urs l\u00e9g\u00e8res, est \u00e9galement employ\u00e9 de mani\u00e8re p\u00e9jorative par les tr\u00e8s nombreux adversaires de la R\u00e9publique\u00a0: curieux consensus entre les r\u00e9volutionnaires r\u00e9publicains et leurs adversaires aristocrates pour qui Marianne est un pr\u00e9nom m\u00e9prisable.<\/p><p>Quant au bonnet rouge de Marianne, il rappelle le bonnet phrygien des esclaves affranchis sous la Rome antique et symbolise la Libert\u00e9, premi\u00e8re valeur de la trilogie r\u00e9publicaine. Marianne incarne symboliquement la France lib\u00e9r\u00e9e de l\u203a\u00ab\u00a0esclavage\u00a0\u00bb de la monarchie absolue et les sans-culottes de la R\u00e9volution portaient volontiers ce bonnet rouge.<\/p><p>Le buste f\u00e9minin a \u00e9volu\u00e9 au cours des si\u00e8cles. \u00c0 l\u2019origine, c\u2019est une femme sculpt\u00e9e \u00e0 l\u2019antique aux traits r\u00e9guliers et s\u00e9v\u00e8res, poitrine cach\u00e9e par un voile moulant retenu par une agrafe. Le sein se d\u00e9voile ensuite, l\u2019attitude devient provocante, \u00ab\u00a0r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb. Voir <em>La Libert\u00e9 guidant le peuple<\/em>, c\u00e9l\u00e8bre tableau d\u2019Eug\u00e8ne Delacroix, all\u00e9gorie de la r\u00e9volution parisienne des Trois Glorieuses journ\u00e9es de juillet 1830. Au <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle, les traits du visage sont adoucis et personnalis\u00e9s. Une Marianne aura le buste de Brigitte Bardot, avant\u00a0 Catherine Deneuve. En 1999, la mairie de Fr\u00e9mainville (Val d\u2019Oise) inaugure une Marianne noire. Ainsi va l\u2019Histoire et l\u2019incarnation r\u00e9publicaine de notre Marianne.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 bas la Marianne, la fille \u00e0 Bismarck,<br>La France est \u00e0 nous, la France de Jeanne d\u2019Arc.\u00a0\u00bb<span id=\"2646\" class=\"cit-num\">2646<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Me <span class=\"caps\">MAGNIER<\/span> (fin <span class=\"caps\">XIX<\/span>e-d\u00e9but <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle), <em>Quand on pendra la gueuse au r\u00e9verb\u00e8re<\/em>, chanson<\/p><\/blockquote><p>Dans cette chanson \u00e9crite sans doute en 1909, sign\u00e9e d\u2019un avocat \u00e0 la cour d\u2019appel de Paris et tr\u00e8s en vogue chez les Camelots du roi (extr\u00eame droite) dans l\u2019entre-deux-guerres, la R\u00e9publique est trait\u00e9e de \u00ab\u00a0gueuse\u00a0\u00bb, femme de mauvaise vie. Il est aussi question de r\u00e9gler leur compte aux \u00ab\u00a0youpins\u00a0\u00bb (juifs), aux \u00ab\u00a0m\u00e9t\u00e8ques\u00a0\u00bb (\u00e9trangers) et aux francs-ma\u00e7ons, \u00e0 Briand, Painlev\u00e9, Doumergue et autres politiciens honnis par l\u2019Action fran\u00e7aise. Dans le m\u00eame esprit, Charles Maurras pr\u00f4ne le \u00ab\u00a0nationalisme int\u00e9gral\u00a0\u00bb dont la violence r\u00e9pond d\u2019ailleurs \u00e0 celle des militants de gauche.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019y a pas si longtemps <br>Que l\u2019on se battait pour elle<br>Et j\u2019ai connu des printemps <br>Qui brillaient sous son soleil.<br>Marianne \u00e0 cinq enfants, <br>Quatre fils qu\u2019elle a perdus<br>Le cinqui\u00e8me \u00e0 pr\u00e9sent <br>Qu\u2019elle ne reconna\u00eet plus.<br>Dieu\u00a0! Mais que Marianne \u00e9tait jolie <br>Quand elle marchait dans les rues de Paris<br>En chantant \u00e0 pleine voix <br>\u00c7a ira, \u00e7a ira\u2026 toute la vie.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Michel <span class=\"caps\">DELPECH<\/span> (n\u00e9 en 1946), <em>Que Marianne \u00e9tait jolie\u00a0!<\/em> (1972), musique de Pierre Papadiamandis<\/p><\/blockquote><p>La suite de la chanson fait naturellement allusion \u00e0 l\u2019autre r\u00e9volution, la plus r\u00e9cente et la plus plaisante \u2013 celle de la jeunesse et de la soci\u00e9t\u00e9, en Mai 68.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Marianne est une rebelle, elle ne laissera pas tomber Gavroche.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">No\u00ebl <span class=\"caps\">MAM\u00c8RE<\/span> (n\u00e9 en 1948), <em>Ma r\u00e9publique<\/em> (1999)<\/p><\/blockquote><p>Journaliste et homme politique fran\u00e7ais, partisan d\u2019une \u00e9cologie politique, membre des Verts puis d\u2019Europe \u00c9cologie Les Verts (<span class=\"caps\">E\u00c9LV<\/span>) jusqu\u2019en 2013, maire de B\u00e8gles de 1989 \u00e0 2017 et d\u00e9put\u00e9 de 1997 \u00e0 2017, candidat \u00e0 l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle de 2002, il obtint 5,25 % des suffrages, soit le meilleur score r\u00e9alis\u00e9 par les \u00e9cologistes \u00e0 ce jour.<\/p><p>Quant \u00e0 Gavroche, faut-il rappeler que ce gamin de Paris na\u00eet (et meurt sur une barricade r\u00e9volutionnaire le 6 juin 1832) dans<em> Les Mis\u00e9rables<\/em> de Victor Hugo, roman historique, social et philosophique, publi\u00e9 en 1862, maintes fois adapt\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cran et sur sc\u00e8ne.<\/p><h4>7. Deux monuments\u00a0nationaux parisiens \u00e0 valeur symbolique\u00a0: la Bastille et le Panth\u00e9on.<\/h4><p>La Bastille, symbole de la monarchie qui en fit une prison redout\u00e9e, est aussi un symbole de la R\u00e9volution par sa destruction\u00a0!<\/p><p>Le Panth\u00e9on, monumentale \u00e9glise parisienne \u00e9difi\u00e9e \u00e0 la fin de l\u2019Ancien R\u00e9gime, change de vocation sous la R\u00e9volution et rappelle aujourd\u2019hui la m\u00e9moire de nos grands morts.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous sommes le premier de tous les Fran\u00e7ais qui \u00e9criv\u00eemes contre la R\u00e9volution avant la prise de la Bastille.\u00a0\u00bb<span id=\"1328\" class=\"cit-num\">1328<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">RIVAROL<\/span> (1753-1801), <em>Pens\u00e9es in\u00e9dites de Rivarol<\/em> (posthume, 1836)<\/p><\/blockquote><p>Monarchiste et rare humoriste de l\u2019\u00e9poque, il aurait pu \u00e9crire\u00a0: \u00ab\u00a0Oui \u00e0 la Constitution, non \u00e0 la chienlit.\u00a0\u00bb<\/p><p>La premi\u00e8re pi\u00e8ce qui met en sc\u00e8ne la prise de la Bastille est un vaudeville en un acte et en prose de Pellet-Desbarreaux, <em>Le Champ de Mars ou la R\u00e9g\u00e9n\u00e9ration de la France<\/em>, jou\u00e9 dans la r\u00e9gion de Toulouse en ao\u00fbt\u00a01789. Certaines sources situent m\u00eame la cr\u00e9ation en mars\u00a0: ce serait de la politique-fiction\u00a0!<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La R\u00e9volution m\u2019aurait entra\u00een\u00e9, si elle n\u2019e\u00fbt d\u00e9but\u00e9 par des crimes\u00a0: je vis la premi\u00e8re t\u00eate port\u00e9e au bout d\u2019une pique et je reculai.\u00a0\u00bb<span id=\"1329\" class=\"cit-num\">1329<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848), <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume)<\/p><\/blockquote><p>La t\u00eate \u00ab\u00a0au bout d\u2019une pique\u00a0\u00bb est un classique de l\u2019horreur r\u00e9volutionnaire. La \u00ab\u00a0premi\u00e8re t\u00eate\u00a0\u00bb peut \u00eatre celle du gouverneur de la Bastille, de Launay massacr\u00e9 par le peuple le 14\u00a0juillet, lors de la prise du fort.<\/p><p>Chateaubriand, 21\u00a0ans, r\u00e9form\u00e9 de l\u2019arm\u00e9e, h\u00e9sitant sur sa vocation, s\u2019est essay\u00e9 \u00e0 la vie politique au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e en participant aux \u00c9tats de Bretagne (assembl\u00e9e provinciale). Pr\u00e9sent \u00e0 Paris aux premi\u00e8res heures de la R\u00e9volution, il est choqu\u00e9 par cette violence \u00ab\u00a0cannibale\u00a0\u00bb. Repr\u00e9sentatif de sa classe, il \u00e9crit aussi\u00a0: \u00ab\u00a0Jamais le meurtre ne sera \u00e0 mes yeux un objet d\u2019admiration et un argument de libert\u00e9\u00a0; je ne connais rien de plus servile, de plus m\u00e9prisable, de plus l\u00e2che, de plus born\u00e9 qu\u2019un terroriste.\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le bourgeois et le marchand<br>Marchent \u00e0 la Bastille \/ Et ran plan plan [\u2026]<br>Sortez de vos cachots fun\u00e8bres \/ Victimes d\u2019un joug d\u00e9test\u00e9<br>Voyez \u00e0 travers les t\u00e9n\u00e8bres \/ Les rayons de la Libert\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"1330\" class=\"cit-num\">1330<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><em>La Prise de la Bastille<\/em> (1790), chanson. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p><\/blockquote><p>C\u2019est une \u00ab\u00a0chanson vaudeville\u00a0\u00bb, genre tr\u00e8s en vogue \u00e0 la fin du <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e. L\u2019\u00e9v\u00e9nement se joue en deux actes\u00a0: \u00ab\u00a0D\u00e9part pour le si\u00e8ge\u00a0\u00bb suivi de \u00ab\u00a0D\u00e9livrance des captifs\u00a0\u00bb. Le style est typique de l\u2019\u00e9poque. Les \u00ab\u00a0victimes d\u2019un joug d\u00e9test\u00e9\u00a0\u00bb, ce sont les prisonniers lib\u00e9r\u00e9s.<\/p><p>L\u2019inventaire est d\u00e9risoire, dans la r\u00e9alit\u00e9 des faits. Le 14 juillet 1789, ils sont sept\u00a0prisonniers\u00a0: quatre escrocs ayant falsifi\u00e9 une lettre de change, deux malades mentaux et un jeune gentilhomme prodigue, le comte de Solanges embastill\u00e9 pour inceste. \u00c0 quelques jours pr\u00e8s, on trouvait le marquis de Sade \u2013 transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 Charenton.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0G\u00e9nie de la Bastille qui culmine sur cette place, nous voici de retour, le peuple des r\u00e9volutions et des r\u00e9bellions en France. Nous sommes le drapeau rouge\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"3474\" class=\"cit-num\">3474<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Jean-Luc <span class=\"caps\">M\u00c9LENCHON<\/span> (n\u00e9 en 1951), Discours du 18\u00a0mars 2012 \u00e0 Paris<\/p><\/blockquote><p>Pr\u00e9cision historique\u00a0: sur la place de la Bastille, grand carrefour parisien symbolis\u00e9 par son Op\u00e9ra moderne, la \u00ab\u00a0Colonne de Juillet\u00a0\u00bb surmont\u00e9e du \u00ab\u00a0G\u00e9nie de la Libert\u00e9\u00a0\u00bb est un monument d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la m\u00e9moire des Parisiens morts lors de la R\u00e9volution de 1830 (les Trois Glorieuses) et inaugur\u00e9 en 1840 sous la Monarchie de Juillet. Avec ses 52 m\u00e8tres, c\u2019est le plus haute pierre tombale de la capitale. Peu fr\u00e9quent\u00e9e, elle cache quelques secrets \u2013 des restes de momies \u00e9gyptiennes m\u00eal\u00e9s aux martyrs r\u00e9volutionnaires dont les noms sont grav\u00e9s autour de la colonne.<\/p><p>18 mars 2012, le tribun fait place comble ce dimanche et d\u00e9fie le temps \u00e0 la pluie. Plus de 120\u00a0000 personnes ont d\u00e9fil\u00e9 entre Nation et Bastille, dans la symbolique rue du Faubourg-Saint-Antoine, avant d\u2019\u00e9couter le candidat du Front de gauche.<\/p><p>Port\u00e9 par la vague rouge des drapeaux et l\u2019enthousiasme de la foule, il dynamise une campagne sans th\u00e8me majeur, plomb\u00e9e par le non-dit sur la crise et la perte de confiance dans le pouvoir du politique. Il appelle \u00e0 prendre le pouvoir et donc \u00e0 reprendre (symboliquement) la Bastille. Ce jour doit marquer le d\u00e9but de \u00ab\u00a0l\u2019insurrection civique\u00a0\u00bb et populariser sa \u00ab\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span>e\u00a0R\u00e9publique sociale, la\u00efque et \u00e9cologique\u00a0\u00bb avec le slogan\u00a0: \u00ab\u00a0Le vote M\u00e9lenchon, c\u2019est le vote utile.\u00a0\u00bb Autrement dit, il s\u2019imagine en \u00ab\u00a0dernier pr\u00e9sident de la Ve\u00a0\u00bb et Marie-George Buffet fait chorus, au nom du <span class=\"caps\">PCF<\/span> moribond.<\/p><p>M\u00e9lenchon va renouveler son exploit \u00e0 Toulouse et \u00e0 Marseille le 14\u00a0avril, rassemblant 100\u00a0000 fans sur la plage du Prado, avec des accents lyriques \u00e0 la Hugo. Il redonne ce go\u00fbt de la f\u00eate, ce bonheur d\u2019\u00eatre ensemble, unis par la m\u00eame cause. Le dimanche pr\u00e9c\u00e9dant le premier tour des pr\u00e9sidentielles, Sarkozy place de la Concorde et Hollande face au Ch\u00e2teau de Vincennes rassembleront chacun de son c\u00f4t\u00e9 un nombre de manifestants non chiffr\u00e9, mais inf\u00e9rieur.<\/p><p><strong>Le Panth\u00e9on, destin\u00e9 aux grands hommes et \u00e0 quelques femmes ayant m\u00e9rit\u00e9 de la patrie a v\u00e9cu une histoire compliqu\u00e9e \u2013 <a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/au-pantheon-les-elues-de-la-patrie-reconnaissante-4-ve-republique\/\">nous lui avons consacr\u00e9 un long \u00e9dito.<\/a><\/strong><\/p><p>La premi\u00e8re s\u00e9rie de panth\u00e9onisations r\u00e9volutionnaires se fait dans un m\u00e9lange de pagaille, panique, parano\u00efa et patriotisme pouss\u00e9s au paroxysme. Sur six \u00ab\u00a0nomin\u00e9s\u00a0\u00bb pour bons et loyaux services \u00e0 la nation, il restera deux \u00e9lus\u2026 associ\u00e9s \u00e0 l\u2019Ancien R\u00e9gime\u00a0: Voltaire et Rousseau. Mirabeau et Marat, h\u00e9ros sit\u00f4t port\u00e9s au Panth\u00e9on, en seront jug\u00e9s indignes et bient\u00f4t sortis\u2026 Les deux autres noms (Saint-Fargeau et Dampierre) ne restent pas dans l\u2019Histoire.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon ami, j\u2019emporte avec moi les derniers lambeaux de la monarchie.\u00a0\u00bb<span id=\"1384\" class=\"cit-num\">1384<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791), \u00e0 Talleyrand, fin mars\u00a01791. Son \u00ab\u00a0mot de la fin politique\u00a0\u00bb. <em>Souvenirs sur Mirabeau et sur les deux premi\u00e8res assembl\u00e9es l\u00e9gislatives<\/em> (1832), Pierre \u00c9tienne Louis Dumont<\/p><\/blockquote><p>Talleyrand est venu voir le malade, juste avant sa mort (2\u00a0avril 1791). Certains d\u00e9put\u00e9s, connaissant son double jeu et son double langage entre le roi et l\u2019Assembl\u00e9e, l\u2019accusent de trahison \u2013 le fait sera prouv\u00e9 en novembre\u00a01792, quand l\u2019armoire de fer o\u00f9 le roi cache ses papiers compromettants r\u00e9v\u00e9lera ses secrets.<\/p><p>Mirabeau, l\u2019Orateur du peuple, la Torche de la Provence, fut le premier personnage marquant de la R\u00e9volution. Le peuple prend le deuil de son grand homme qui a droit aux fun\u00e9railles nationales, et au Panth\u00e9on.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Votre Comit\u00e9 vous propose d\u2019exclure Mirabeau du Panth\u00e9on fran\u00e7ais, afin d\u2019inspirer une terreur salutaire aux ambitieux et aux hommes vils dont la conscience est \u00e0 prix.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\"><em>Choix de rapports, opinions et discours prononc\u00e9s \u00e0 la Tribune nationale de 1789 jusqu\u2019\u00e0 nos jours<\/em>. Volume 13 (1820)<\/p><\/blockquote><p>Rivarol avait d\u00e9j\u00e0 rectifi\u00e9 l\u2019image\u00a0dans son <em>Petit Dictionnaire des grands hommes de la R\u00e9volution<\/em>, publi\u00e9 en 1790. \u00ab\u00a0Mirabeau (le comte de). \u2013 Ce grand homme a senti de bonne heure que la moindre vertu pouvait l\u2019arr\u00eater sur le chemin de la gloire, et jusqu\u2019\u00e0 ce jour, il ne s\u2019en est permis aucune.\u00a0\u00bb Dans le m\u00eame esprit, rappelons cet autre mot\u00a0: \u00ab\u00a0Mirabeau est capable de tout pour de l\u2019argent, m\u00eame d\u2019une bonne action\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ici repose Marat, l\u2019Ami du Peuple, assassin\u00e9 par les ennemis du peuple, le 13\u00a0juillet 1793.\u00a0\u00bb<span id=\"1520\" class=\"cit-num\">1520<\/span><\/p><p class=\"auteur\">\u00c9pitaphe sur la tombe de Marat. Marat,<em> l\u2019ami du peuple<\/em> (1865), Alfred Bougeart<\/p><\/blockquote><p>Double rappel\u00a0: son journal s\u2019intitulait<em> L\u2019Ami du peuple<\/em> et l\u2019homme ha\u00ef (et redout\u00e9) de ses confr\u00e8res \u00e9tait idol\u00e2tr\u00e9 des sans-culottes. Sa gloire posthume fut \u00e9clatante, mais br\u00e8ve.<\/p><p>Le 25 juillet 1793, la rue des Cordeliers o\u00f9 Marat fut assassin\u00e9 \u00e0 son domicile est baptis\u00e9e rue Marat, en m\u00eame temps que l\u2019on renomme la rue de l\u2019Observance\u00a0: place de l\u2019Ami du Peuple. De nombreuses manifestations ont lieu en son honneur, 58 localit\u00e9s chang\u00e8rent leur nom en celui de Marat et le 21 septembre 1794, son corps fut transf\u00e9r\u00e9 au Panth\u00e9on.\u00a0 Bref s\u00e9jour et gloire \u00e9ph\u00e9m\u00e8re. Apr\u00e8s la Terreur, Marat n\u2019\u00e9tait plus un mod\u00e8le r\u00e9publicain.<\/p><p><em>Le Moniteur<\/em> du 16 pluvi\u00f4se an <span class=\"caps\">III<\/span> (4 f\u00e9vrier 1795) relate comment, deux jours plus t\u00f4t, \u00ab\u00a0des enfants ont promen\u00e9\u00a0\u00bb un buste de Marat \u00ab\u00a0en l\u2019accablant de reproches [et] l\u2019ont ensuite jet\u00e9 dans l\u2019\u00e9gout, en lui criant\u00a0: \u2018Marat, voil\u00e0 ton Panth\u00e9on\u00a0!\u2019\u00a0\u00bb Le monument \u00e9lev\u00e9 \u00e0 sa m\u00e9moire sur la place du Carrousel est d\u00e9truit. Le 8 f\u00e9vrier 1795, un d\u00e9cret le d\u00e9panth\u00e9onise en pr\u00e9cisant que l\u2019image d\u2019aucun citoyen ne figurera plus dans l\u2019Assembl\u00e9e ou en un lieu public quelconque que dix ans apr\u00e8s sa mort \u2013 prudence pour \u00e9viter toute pr\u00e9cipitation\u00a0!<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il combattit les ath\u00e9es et les fanatiques <br>Il inspira la tol\u00e9rance<br>Il r\u00e9clama des droits de l\u2019homme contre la servitude et de la f\u00e9odalit\u00e9.\u00a0\u00bb<span id=\"132\" class=\"cit-num\">132<\/span><\/p><p class=\"auteur\">\u00c9pitaphe entour\u00e9e de deux anges sur le tombeau en pierre de Voltaire<\/p><\/blockquote><p>En vertu de quoi l\u2019homme du Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res m\u00e9rite assur\u00e9ment sa place au Panth\u00e9on.\u00a0: \u00ab\u00a0Les mortels sont \u00e9gaux, ce n\u2019est pas la naissance \/ C\u2019est la seule vertu qui fait la diff\u00e9rence.\u00a0\u00bb Ces deux vers (Mahomet\u00a0? ) seront \u00ab\u00a0la citation reine de la R\u00e9volution\u00a0\u00bb (Mona Ozouf).<\/p><p>La (premi\u00e8re vraie) panth\u00e9onisation ne tarde pas. Le 30 mai 1790, douze ans apr\u00e8s la mort de Voltaire et non sans d\u00e9bats, l\u2019Assembl\u00e9e nationale d\u00e9cr\u00e8te que \u00ab\u00a0ses cendres seront transf\u00e9r\u00e9es de l\u2019\u00e9glise de Romilly \u00e0 celle de Sainte-Genevi\u00e8ve \u00e0 Paris\u00a0\u00bb, autrement dit le Panth\u00e9on. Les r\u00e9volutionnaires veulent donner le plus grand lustre \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie. David, le peintre officiel, est charg\u00e9 de la mise en sc\u00e8ne, le po\u00e8te Marie-Joseph Ch\u00e9nier (auteur du <em>Chant du d\u00e9part<\/em> et fr\u00e8re d\u2019Andr\u00e9 bient\u00f4t guillotin\u00e9) \u00e9crit un hymne et le compositeur officiel Fran\u00e7ois-Joseph Gossec mettra tout cela en musique. Le transfert est programm\u00e9 pour le 11 juillet 1791\u00a0: grandiose mise en sc\u00e8ne, le cort\u00e8ge traversant Paris et s\u2019arr\u00eatant \u00e0 tous les lieux de la capitale o\u00f9 il v\u00e9cut, les th\u00e9\u00e2tres o\u00f9 il fut jou\u00e9\u2026 Voltaire aurait \u00e9t\u00e9 sensible \u00e0 cet hommage populaire.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Personne ne nous a donn\u00e9 une plus juste id\u00e9e du peuple que Rousseau, parce que personne ne l\u2019a plus aim\u00e9.\u00a0\u00bb<span id=\"1033\" class=\"cit-num\">1033<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">ROBESPIERRE<\/span> (1758-1794), Discours aux Jacobins (1792). <em>Histoire parlementaire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise ou Journal des Assembl\u00e9es nationales<\/em> (1834-1838), <span class=\"caps\">P.J.B.<\/span> Buchez, <span class=\"caps\">P.C.<\/span> Roux<\/p><\/blockquote><p>Le personnage se situe aux antipodes du courtisan Voltaire. Laquais, vagabond, aventurier, pr\u00e9cepteur, secr\u00e9taire, se d\u00e9consid\u00e9rant par une liaison avec la servante d\u2019auberge Th\u00e9r\u00e8se Levasseur, il refuse pensions et sin\u00e9cures, se fait copiste de musique pour vivre et seul de tous les \u00e9crivains militants de son\u00a0si\u00e8cle signe tous ses \u00e9crits, ce qui lui vaudra encore plus d\u2019ennuis qu\u2019aux autres. Luttant souvent contre la mis\u00e8re plus que pour la gloire, Rousseau \u00e9prouvera toujours une ranc\u0153ur de roturier contre l\u2019in\u00e9galit\u00e9 sociale.<\/p><p>Rousseau est le philosophe de chevet de Robespierre\u00a0qui emprunte au <em>Contrat social<\/em> ce qui sera, selon Jean Jaur\u00e8s, sa seule id\u00e9e, celle de la nation souveraine. Voil\u00e0 pourquoi la Convention vote l\u2019entr\u00e9e de Rousseau au Panth\u00e9on le 14 avril 1794. L\u2019hommage solennel de la nation fran\u00e7aise a lieu le 11 octobre. Ses cendres sont transf\u00e9r\u00e9es d\u2019Ermenonville au Panth\u00e9on o\u00f9 il repose en face de Voltaire, mort deux mois avant lui. Ironie du sort\u00a0: les fr\u00e8res ennemis vont se retrouver unis au nom de la Patrie reconnaissante\u00a0! Napol\u00e9on, le prochain ma\u00eetre de la France aura la bonne id\u00e9e de ne <span class=\"caps\">PAS<\/span> d\u00e9panth\u00e9oniser ces deux grands hommes pr\u00e9sum\u00e9s r\u00e9volutionnaires.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ma demeure sera bient\u00f4t dans le n\u00e9ant\u00a0; quant \u00e0 mon nom, vous le trouverez dans le panth\u00e9on de l\u2019Histoire.\u00a0\u00bb<span id=\"1582\" class=\"cit-num\">1582<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DANTON<\/span> (1759-1794), r\u00e9ponse au Tribunal r\u00e9volutionnaire, 2\u00a0avril\u00a01794<\/p><\/blockquote><p>Le Tribunal proc\u00e8de \u00e0 l\u2019interrogatoire habituel, lui demandant son nom et ses qualit\u00e9s. Danton a toujours le sens de l\u2019improvisation \u2013 quoique cette r\u00e9plique ait pu \u00eatre pr\u00e9par\u00e9e. Mais Danton n\u2019ira pas au Panth\u00e9on de la (Premi\u00e8re) R\u00e9publique. Son heure de gloire et de pouvoir est pass\u00e9e, il sera guillotin\u00e9 avec tous les \u00ab\u00a0Dantonistes\u00a0\u00bb devenus trop indulgents aux yeux du nouveau ma\u00eetre de la R\u00e9volution, Robespierre \u2013 victime \u00e0 son tour du coup d\u2019\u00c9tat de Thermidor (27 juillet 1794).<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Lannes, le plus brave de tous les hommes, \u00e9tait assur\u00e9ment un des hommes au monde sur lesquels je pouvais le plus compter\u2026 L\u2019esprit de Lannes avait grandi au niveau de son courage, il \u00e9tait devenu un g\u00e9ant.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOLEON<\/span> (1769-1821) \u00e0 Las Cases, Sainte-H\u00e9l\u00e8ne<\/p><\/blockquote><p>Mort \u00e0 la bataille d\u2019Essling en 1809, voici le premier d\u2019une longue liste de panth\u00e9onis\u00e9s par Napol\u00e9on. Fils d\u2019un gar\u00e7on d\u2019\u00e9curie, la R\u00e9volution lui ouvre la porte d\u2019un destin exceptionnel\u00a0: \u00e0 23 ans, r\u00e9pondant au premier appel de \u00ab\u00a0la patrie en danger\u00a0\u00bb (1793), il s\u2019engage dans un bataillon de volontaires. Il fait ses classes dans l\u2019arm\u00e9e de Bonaparte lors de la (premi\u00e8re) campagne d\u2019Italie. \u00c0 Arcole, il se jette sur les lignes ennemies pour encourager ses hommes \u00e0 aller de l\u2019avant. Bless\u00e9 par deux balles, il refuse d\u2019arr\u00eater de se battre. Il ne cessera de donner toutes les preuves de l\u2019h\u00e9ro\u00efsme. Malgr\u00e9 ces exploits \u00e0 la fois collectifs et personnels, les combats incessants feront na\u00eetre chez ce grand soldat un d\u00e9go\u00fbt de la guerre qu\u2019il ose exprimer. Ce sentiment s\u2019accentue en 1808, quand il est missionn\u00e9 dans la sanglante guerre d\u2019Espagne.<\/p><p>Au total, 43 transferts en moins de dix ans, v\u00e9ritable inflation\u00a0patriotique voulue par l\u2019empereur dans une h\u00e2te qui n\u2019aura jamais d\u2019\u00e9quivalent\u00a0! Napol\u00e9on distingue plus de noms que tous les r\u00e9gimes \u00e0 venir en plus de deux si\u00e8cles\u00a0! Est-ce une volont\u00e9 de marquer l\u2019Histoire en d\u00e9montrant l\u2019importance de son r\u00e8gne mesurable par le nombre de ses grands hommes\u00a0? Toujours d\u00e9finitive, la panth\u00e9onisation est aussi un \u00ab\u00a0hochet post mortem\u00a0\u00bb comparable \u00e0 la L\u00e9gion d\u2019honneur.<\/p><p>Le choix imp\u00e9rial ob\u00e9it \u00e0 des crit\u00e8res simples\u00a0: militaires de carri\u00e8re (g\u00e9n\u00e9raux de la R\u00e9volution et de l\u2019Empire n\u2019ayant pas trouv\u00e9 place aux Invalides), juristes d\u2019exp\u00e9rience (d\u00e9j\u00e0 reconnus sous l\u2019Ancien R\u00e9gime, car le m\u00e9tier ne s\u2019improvise pas), hommes politiques ralli\u00e9s au r\u00e9gime apr\u00e8s le coup d\u2019\u00c9tat du 18 brumaire (1799) et tous les s\u00e9nateurs. Restent quelques cas particuliers\u00a0: un \u00e9tranger (Italien), un artiste peintre (seul secteur culturel dont l\u2019Empire peut s\u2019enorgueillir), un cardinal (pour plaire au pape\u00a0?) et quelques scientifiques (encourag\u00e9s par le m\u00e9c\u00e9nat d\u2019\u00c9tat).<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Laissez\u00a0! Il [Voltaire] sera bien assez puni d\u2019entendre la messe chaque matin.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\"><em><span class=\"caps\">L\u2019E<\/span>sprit de tout le monde \u2013 Riposteurs<\/em> (1893), Lor\u00e9dan Larchey<\/p><\/blockquote><p>La Restauration rendit le Panth\u00e9on au culte et il fut question d\u2019expulser les restes de Voltaire, incroyant notoire (quoique d\u00e9iste). Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> s\u2019y opposa, avec son humour bien connu. Autre heureuse\u00a0initiative \u00e0 la fin du r\u00e8gne de Charles X, les \u00ab\u00a0panth\u00e9onisations de rattrapage\u00a0\u00bb qui feront flor\u00e8s sous les R\u00e9publiques \u00e0 venir\u00a0! Soufflot, l\u2019architecte des lieux, se retrouve alors comme chez lui dans la monumentale \u00e9glise qu\u2019il projeta \u00e0 la fin de l\u2019Ancien R\u00e9gime.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le principal objet de M. Soufflot, en b\u00e2tissant son \u00e9glise, a \u00e9t\u00e9 de r\u00e9unir sous une des plus belles formes la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de la construction des \u00e9difices gothiques avec la puret\u00e9 et la magnificence de l\u2019architecture grecque.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Maximilien <span class=\"caps\">BR\u00c9BION<\/span> (1716-1897), <em>M\u00e9moire \u00e0 Monsieur le comte de la Billarderie Angiviller<\/em>, 1780, publi\u00e9 par Michael Petzel<\/p><\/blockquote><p>Ainsi parle son plus proche collaborateur qui reprit \u00e0 sa mort le chantier avec Jean-Baptiste Rondelet. La vie de Jacques-Germain Soufflot (1713-1780) se r\u00e9sume en deux voyages en Italie et deux villes, Lyon, Paris. Soutenu en haut lieu (politique et franc ma\u00e7onnerie), mais naturellement tr\u00e8s envi\u00e9 et critiqu\u00e9, humainement fragile, romantique avant l\u2019heure, il s\u2019est peut-\u00eatre suicid\u00e9 \u00e0 67 ans. On pense aussi \u00e0 un \u00e9puisement physique et nerveux d\u00fb \u00e0 l\u2019ampleur des t\u00e2ches et des responsabilit\u00e9s de ce grand architecte.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Paris va terrifier le monde. On va voir comment Paris sait mourir.\u00a0Le Panth\u00e9on se demande comment il fera pour recevoir sous sa vo\u00fbte tout ce peuple qui va avoir droit \u00e0 son d\u00f4me.\u00a0\u00bb<span id=\"2336\" class=\"cit-num\">2336<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), le 5\u00a0septembre\u00a01870. <em>Actes et Paroles. Depuis l\u2019exil<\/em> (1876), Victor Hugo<\/p><\/blockquote><p>Apr\u00e8s dix-neuf ans d\u2019exil sous le Second Empire, Hugo rentre sit\u00f4t proclam\u00e9e la R\u00e9publique. Il a pris le train de nuit de Bruxelles pour passer inaper\u00e7u. Peine perdue. La foule l\u2019attend. La renomm\u00e9e du po\u00e8te proscrit a encore grandi. Il doit parler. C\u2019est un orateur n\u00e9 pour le peuple, la tribune, les temps h\u00e9ro\u00efques, la r\u00e9sistance. Entre la gare du Nord et son domicile, la foule l\u2019oblige \u00e0 prononcer quatre discours. Auteur immens\u00e9ment populaire, c\u2019est aussi la conscience et la grande voix de la France. Il aura naturellement droit au Panth\u00e9on, apr\u00e8s des obs\u00e8ques nationales. C\u2019est m\u00eame en son honneur que l\u2019\u00e9glise Sainte-Genevi\u00e8ve, au c\u0153ur du 5e arrondissement, retrouve enfin sa vocation r\u00e9publicaine.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">Aux grands hommes, la Patrie reconnaissante.<span id=\"2480\" class=\"cit-num\">2480<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Inscription au fronton du Panth\u00e9on<\/p><\/blockquote><p>Victor Hugo meurt le 22\u00a0mai 1885. Paris lui fait des fun\u00e9railles nationales, avec un cort\u00e8ge qui va de l\u2019Arc de Triomphe au Panth\u00e9on. Ce vaste sanctuaire, \u00e0 l\u2019origine \u00e9glise Sainte-Genevi\u00e8ve \u00e9difi\u00e9e par Soufflot, transform\u00e9 en Panth\u00e9on destin\u00e9 \u00e0 recevoir les cendres des grands hommes sous la R\u00e9volution, fut rendu au culte sous l\u2019Empire dans sa partie sup\u00e9rieure, la crypte accueillant toujours les grands serviteurs de l\u2019\u00c9tat. Avec la Restauration, l\u2019\u00e9glise re\u00e7oit une nouvelle inscription en latin, hommage \u00e0 sainte Genevi\u00e8ve, Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span> et Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> r\u00e9unis. Sous la Monarchie de Juillet, le Panth\u00e9on redevient Panth\u00e9on et l\u2019inscription repara\u00eet, pour dispara\u00eetre \u00e0 la fin de la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique quand le b\u00e2timent redevient \u00e9glise\u00a0! Le Panth\u00e9on devient d\u00e9finitivement Panth\u00e9on le 28\u00a0mai\u00a01885, pour recevoir les cendres du Po\u00e8te.\u00a0<\/p><p>Apr\u00e8s Hugo vient une longue liste de noms toujours \u00e0 suivre. Citons les plus notables, par ordre d\u2019entr\u00e9e au Panth\u00e9on.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Envions-le [Zola], sa destin\u00e9e et son c\u0153ur lui firent le sort le plus grand\u00a0: il fut un moment de la conscience humaine.\u00a0\u00bb<span id=\"2536\" class=\"cit-num\">2536<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Anatole <span class=\"caps\">FRANCE<\/span> (1844-1924), \u00c9loge fun\u00e8bre d\u2019\u00c9mile Zola, 5\u00a0octobre 1902. R\u00e9habilitation d\u2019Alfred Dreyfus par la Chambre des d\u00e9put\u00e9s [en ligne], Assembl\u00e9e nationale<\/p><\/blockquote><p>Discours prononc\u00e9 au cimeti\u00e8re de Montmartre, lors de l\u2019enterrement de Zola. Anatole France fait naturellement allusion au combat men\u00e9 par son confr\u00e8re pour que la v\u00e9rit\u00e9 \u00e9clate dans l\u2019affaire Dreyfus. Lui-m\u00eame fit partie de ces intellectuels engag\u00e9s dans le camp des \u00ab\u00a0r\u00e9visionnistes\u00a0\u00bb.\u00a0 Zola sera panth\u00e9onis\u00e9 en 1908. N\u2019oublions pas qu\u2019il fut aussi le romancier le plus populaire de son \u00e9poque, apr\u00e8s Hugo.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pauvre roi supplici\u00e9 des ombres, regarde ton peuple d\u2019ombres se lever dans la nuit de juin constell\u00e9e de tortures.\u00a0\u00bb<span id=\"2797\" class=\"cit-num\">2797<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">MALRAUX<\/span> (1901-1976), Discours au Panth\u00e9on, lors du transfert des cendres de Jean Moulin, 19\u00a0d\u00e9cembre 1964.<em> Andr\u00e9 Malraux et la politique\u00a0: L\u2019\u00eatre et l\u2019Histoire<\/em> (1996), Dominique Villemot<\/p><\/blockquote><p>Le corps de Jean Moulin fut renvoy\u00e9 \u00e0 Paris en juillet\u00a01943 et incin\u00e9r\u00e9 au P\u00e8re-Lachaise. Ses cendres (suppos\u00e9es telles) ont \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9es au Panth\u00e9on. Reconnaissance supr\u00eame de la patrie \u00e0 ses h\u00e9ros, cette \u00ab\u00a0panth\u00e9onisation\u00a0\u00bb est l\u2019acte final des c\u00e9l\u00e9brations du 20e anniversaire de la Lib\u00e9ration. Jean Moulin, coordinateur des r\u00e9seaux de R\u00e9sistance en m\u00e9tropole, en fut \u00e0 la fois le chef, le martyr et le symbole.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un jour j\u2019ai r\u00e9alis\u00e9 que j\u2019habitais dans un pays o\u00f9 j\u2019avais peur d\u2019\u00eatre noire. C\u2019\u00e9tait un pays r\u00e9serv\u00e9 aux Blancs. Il n\u2019y avait pas de place pour les Noirs. J\u2019\u00e9touffais aux \u00c9tats-Unis. Beaucoup d\u2019entre nous sommes partis, pas parce que nous le voulions, mais parce que nous ne pouvions plus supporter \u00e7a\u2026 Je me suis sentie lib\u00e9r\u00e9e \u00e0 Paris.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jos\u00e9phine <span class=\"caps\">BAKER<\/span> (1906-1975). <em>Alliages culturels\u00a0: la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise en transformation<\/em> (2014), Heather Willis Allen, S\u00e9bastien Dubreil<\/p><\/blockquote><p>30 novembre 2021. Derni\u00e8re panth\u00e9onisation tr\u00e8s m\u00e9diatique et parfaitement m\u00e9rit\u00e9e. Elle \u00ab\u00a0coche toutes les cases\u00a0\u00bb\u00a0: c\u2019est une femme (encore tr\u00e8s minoritaires), artiste populaire dans le Paris des \u00ab\u00a0Ann\u00e9es folles\u00a0\u00bb devenue star mondiale, femme libre au sens le plus fort du mot, descendante d\u2019esclave noire, bisexuelle assum\u00e9e, r\u00e9sistante triplement d\u00e9cor\u00e9e et\u00a0 naturalis\u00e9e fran\u00e7aise, protectrice des animaux, m\u00e8re de douze enfants adopt\u00e9s et chacun d\u2019ethnie diff\u00e9rente (sa \u00ab\u00a0tribu arc-en-ciel\u00a0\u00bb) \u2026 Sa vie est un feuilleton dont l\u2019h\u00e9ro\u00efne est dou\u00e9e de tous les talents, avec un sacr\u00e9 caract\u00e8re et une \u00e9nergie hors norme dont elle abusa jusqu\u2019\u00e0 la limite de ses forces.<\/p><\/div><style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 Date r\u00e9f\u00e9rentielle majeure, notre f\u00eate nationale est l\u2019occasion de rappeler les symboles de la R\u00e9publique fran\u00e7aise n\u00e9e sous la R\u00e9volution &#8211; associ\u00e9e \u00e0 l\u2019id\u00e9e de d\u00e9mocratie au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res et dans l\u2019esprit des \u00c9tats-Unis d\u2019Am\u00e9rique cr\u00e9\u00e9s en 1776. L\u2019Ancien R\u00e9gime est d\u00e9finitivement mort en France &#8211; l\u2019Affaire du drapeau blanc\u00a0(1873) sera anecdotique. Mais [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":35,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-9710","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-edito-de-la-semaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9710","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9710"}],"version-history":[{"count":9,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9710\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":15641,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9710\/revisions\/15641"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9710"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9710"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9710"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}