{"id":9721,"date":"2023-06-19T00:00:00","date_gmt":"2023-06-18T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/histoires-de-famille-de-napoleon-au-second-empire\/"},"modified":"2025-08-12T08:43:01","modified_gmt":"2025-08-12T06:43:01","slug":"histoires-de-famille-de-napoleon-au-second-empire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/histoires-de-famille-de-napoleon-au-second-empire\/","title":{"rendered":"Histoires de famille (de Napol\u00e9on au Second Empire)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>\u00ab\u00a0Famille, je vous hais\u00a0\u00bb ou je vous aime\u2026<\/p>\n<p>Pour le meilleur et plus souvent le pire, les histoires de famille (entre p\u00e8res et m\u00e8res, enfants et fratrie) sont fatalement historiques dans une France sous r\u00e9gime monarchique ou imp\u00e9rial, jusque dans les ann\u00e9es 1870.<br>Les mariages soumis \u00e0 la raison d\u2019\u00c9tat font rarement le bonheur et l\u2019enjeu de la succession est constant, car vital pour le pays.<br>Le sort des enfants se joue dans ce huis-clos paradoxalement public, les parents tenant naturellement leur r\u00f4le, avec les fr\u00e8res plus ou moins rivaux et comploteurs, les b\u00e2tards au sort ingrat, les m\u00e8res r\u00e9gentes devenues chef de famille en situation souvent dramatique. <\/p>\n<p>Depuis Clovis (premier roi de France) et sa femme Clotilde, en marge des batailles et des institutions, la chronique nous offre une s\u00e9rie de sagas familiales o\u00f9 les plus grands noms se retrouvent\u00a0: Catherine de M\u00e9dicis et ses fils \u2013 Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> deux fois mal mari\u00e9 mais bon p\u00e8re \u2013 Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> \u00e0 la vie priv\u00e9e encore plus compliqu\u00e9e \u2013 Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span> avec Marie-Antoinette et le dauphin (Louis <span class=\"caps\">XVII<\/span>) \u2013 Napol\u00e9on, son clan familial, ses deux \u00e9pouses, son Aiglon et le destin fatal \u2013 Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> g\u00ean\u00e9 par son fr\u00e8re le futur Charles X \u2013 Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span> g\u00ean\u00e9 par toute sa famille\u2026 et son illustre anc\u00eatre\u00a0!<br>Restent les m\u00e9taphores familiales aux raisons nationales, religieuses ou politiques\u00a0: le roi baptis\u00e9 le \u00ab\u00a0P\u00e8re du peule\u00a0\u00bb, la France \u00ab\u00a0fille a\u00een\u00e9e de l\u2019\u00c9glise\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0mon cousin\u00a0\u00bb et parfois \u00ab\u00a0mon fr\u00e8re\u00a0\u00bb d\u00e9signant les souverains \u00e9trangers (amis ou ennemis), cependant que les \u00ab\u00a0enfants de la patrie\u00a0\u00bb sont toujours appel\u00e9s \u00e0 se battre au son de la Marseillaise, depuis la R\u00e9volution.<\/p>\n<p>Il y a encore des histoires de famille dans l\u2019histoire contemporaine. Sans plus d\u2019enjeu national, elles deviennent anecdotiques, divertissantes et \u00ab\u00a0people\u00a0\u00bb, rarement dramatiques, la \u00ab\u00a0premi\u00e8re dame\u00a0\u00bb (\u00e9pouse du pr\u00e9sident) ne tenant qu\u2019un second r\u00f4le. Rien \u00e0 voir avec la famille royale d\u2019Angleterre ni le \u00ab\u00a0clan Kennedy\u00a0\u00bb aux <span class=\"caps\">USA<\/span> qui passionnent encore les Fran\u00e7ais, preuve que nous adorons toujours les Histoires de famille.<br>Nous allons leur consacrer quatre semaines.<\/p>\n<h3>3. De Napol\u00e9on (Consulat et Empire) au Second Empire<\/h3>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-6-53.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">Consulat et Empire (1799-1814)<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Chez un grand peuple dont les institutions sont fixes, l\u2019\u00e9ducation nationale doit \u00eatre en harmonie avec les institutions.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1700\" class=\"cit-num\">1700<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Lucien <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1775-1840), Rapport du 22\u00a0mars 1800. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le fr\u00e8re de Napol\u00e9on Bonaparte (Premier consul ayant en fait tous les pouvoirs) est promu ministre de l\u2019Int\u00e9rieur. Il critique \u00ab\u00a0l\u2019instruction \u00e0 peu pr\u00e8s nulle en France\u00a0\u00bb. Un projet de r\u00e9forme va \u00eatre \u00e9tudi\u00e9 par Chaptal et Fourcroy. L\u2019Empereur confirmera\u00a0en 1806\u00a0: \u00ab\u00a0Il n\u2019y aura pas d\u2019\u00c9tat politique fixe s\u2019il n\u2019y a pas un corps enseignant avec des principes fixes. Tant qu\u2019on n\u2019apprendra pas, d\u00e8s l\u2019enfance, s\u2019il faut \u00eatre r\u00e9publicain ou monarchique, catholique ou irr\u00e9ligieux, l\u2019\u00c9tat ne formera point une nation.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis prince sanguin, mon cousin, \/ On en a preuve s\u00fbre,<br>Prince du sang d\u2019Enghien, mon cousin\u00a0; \/ Oh\u00a0! la bonne aventure [\u2026]<br>On n\u2019est pas \u00e0 la fin, mon cousin, \/ De sang, je vous l\u2019assure,<br>J\u2019en pr\u00e9tends prendre un bain, mon cousin.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1748\" class=\"cit-num\">1748<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Je suis prince sanguin<\/em>, chanson. <em>L\u2019\u00c9cho des salons de Paris depuis la restauration\u00a0: ou, recueil d\u2019anecdotes sur l\u2019ex-empereur Buonaparte, sa cour et ses agents<\/em> (1815), Jacques Thomas Verneur<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La m\u00e9taphore familiale se fait ici caricaturale et cruelle. Post\u00e9rieure \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution du duc d\u2019Enghien, cette chanson r\u00e9sonne lugubrement, jouant sur le sang dont le criminel se vante d\u2019\u00eatre doublement impr\u00e9gn\u00e9. Allusion y est faite \u00e0 une lettre adress\u00e9e par Napol\u00e9on aux \u00e9v\u00eaques de France qu\u2019il appelle individuellement \u00ab\u00a0mon cousin\u00a0\u00bb comme il \u00e9tait de tradition pour le roi, et o\u00f9 il leur demande de faire chanter un <em>Te Deum<\/em> pour son sacre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La femme doit ob\u00e9issance \u00e0 son mari.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1749\" class=\"cit-num\">1749<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00ab\u00a0La femme doit ob\u00e9issance \u00e0 son mari.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le Code, 2\u00a0281 articles r\u00e9unis en 36 lois, vaut naturellement aux yeux de la post\u00e9rit\u00e9 pour d\u2019autres raisons.<\/p>\n<p>La condition f\u00e9minine p\u00e2tit de la nouvelle l\u00e9gislation, reflet de la position sociale des femmes et d\u2019une \u00e9vidente misogynie imp\u00e9riale. Trois ans plus tard, le discours de Napol\u00e9on est clair\u00a0: \u00ab\u00a0Nous autres peuples d\u2019Occident, nous avons tout g\u00e2t\u00e9 en traitant les femmes trop bien\u2026 Elles ne doivent pas \u00eatre regard\u00e9es comme les \u00e9gales des hommes, et ne sont, en r\u00e9alit\u00e9, que des machines \u00e0 faire des enfants\u2026 Il vaut mieux qu\u2019elles travaillent de l\u2019aiguille que de la langue.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les femmes sont l\u2019\u00e2me de toutes les intrigues, on devrait les rel\u00e9guer dans leur m\u00e9nage, les salons du gouvernement devraient leur \u00eatre ferm\u00e9s.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1779\" class=\"cit-num\">1779<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), Lettre de celui qui n\u2019est encore que jeune g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 son fr\u00e8re Joseph, 8\u00a0septembre\u00a01795.<em> Dictionnaire des citations fran\u00e7aises<\/em>, Le Robert<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On croirait entendre le cardinal de Richelieu. Sa misogynie bien connue a des cons\u00e9quences juridiques. La femme vit sous la tutelle du mari qui peut l\u2019envoyer en prison si elle commet un adult\u00e8re. Un homme dans la m\u00eame situation sera puni d\u2019une simple amende. M\u00eame in\u00e9galit\u00e9 de traitement en mati\u00e8re de divorce\u00a0: pour l\u2019obtenir, la femme doit \u00e9tablir que son \u00e9poux a \u00e9tabli sa concubine au foyer commun. Par ailleurs, l\u2019instruction est r\u00e9serv\u00e9e aux hommes dans les lyc\u00e9es et \u00e0 l\u2019Universit\u00e9.<\/p>\n<p>Il motive cette misogynie avec des attendus laborieux\u00a0: \u00ab\u00a0La femme est notre propri\u00e9t\u00e9, nous ne sommes pas la sienne\u00a0; car elle nous donne des enfants, et l\u2019homme ne lui en donne pas. Elle est donc sa propri\u00e9t\u00e9 comme l\u2019arbre \u00e0 fruit est celle du jardinier.\u00a0\u00bb Ou des consid\u00e9rations domestiques\u00a0: \u00ab\u00a0Les hommes sont faits pour le grand jour. Les femmes sont faites pour l\u2019intimit\u00e9 de la famille et pour vivre dans leur int\u00e9rieur.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Bien que misogyne, Napol\u00e9on aura beaucoup de ma\u00eetresses, mais ce n\u2019est pas un bon amant \u2013 trop press\u00e9, il n\u2019\u00f4te m\u00eame pas ses bottes. Il a beaucoup aim\u00e9 sa premi\u00e8re femme \u2013 Jos\u00e9phine, qui l\u2019a beaucoup tromp\u00e9. Et tr\u00e8s peu la seconde, Marie-Louise qui lui a quand m\u00eame fait un fils, l\u2019Aiglon.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Joseph, si notre p\u00e8re nous voyait\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1798\" class=\"cit-num\">1798<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), \u00e0 son fr\u00e8re le jour du sacre, 2\u00a0d\u00e9cembre 1804. <em>Encyclop\u00e9die Larousse<\/em>, article \u00ab\u00a0La jeunesse de Napol\u00e9on Bonaparte\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Tr\u00e8s p\u00e2le, l\u2019empereur se tourne vers son fr\u00e8re a\u00een\u00e9, pr\u00e9sent \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, pour murmurer ces mots. En bon corse, il a le sens de la famille et m\u00eame du clan. Il le prouvera en pla\u00e7ant ses fr\u00e8res et s\u0153urs (par l\u2019interm\u00e9diaire des maris).<\/p>\n<p>Leur p\u00e8re, Carlo Maria Buonaparte qui a francis\u00e9 son nom en Charles-Marie Bonaparte, a tout fait pour que ses quatre fils puissent suivre de bonnes \u00e9tudes (si possible dans l\u2019arm\u00e9e), aux frais du roi, \u00e9tant peu fortun\u00e9 et d\u00e9pensier. Il est mort en 1785, d\u2019un cancer \u00e0 l\u2019estomac \u2013\u00a0comme son fils, quelques ann\u00e9es plus tard.<\/p>\n<p>Leur m\u00e8re est bien vivante, mais absente\u00a0: elle l\u2019a d\u00e9cid\u00e9, au grand dam de son empereur de fils. Elle ne veut pas jouer son r\u00f4le dans cette c\u00e9r\u00e9monie et surtout pas lui baiser la main, comme le veut l\u2019\u00e9tiquette. On dit aussi qu\u2019elle est f\u00e2ch\u00e9e de la brouille entre Napol\u00e9on et son fr\u00e8re Lucien. Elle sera quand m\u00eame sur le tableau de David, <em>Le Sacre<\/em>, qui immortalise l\u2019\u00e9v\u00e9nement, lui-m\u00eame \u00e9tant sacr\u00e9 premier peintre de l\u2019empereur\u00a0en 1805. Toute la famille Bonaparte est r\u00e9unie. Napol\u00e9on sera combl\u00e9 par cette \u0153uvre, propre \u00e0 servir sa l\u00e9gende et \u00e0 confirmer sa dynastie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Monsieur mon Fr\u00e8re, appel\u00e9 au tr\u00f4ne de France par la Providence et par les suffrages du S\u00e9nat, du peuple et de l\u2019arm\u00e9e, mon premier sentiment est un v\u0153u de paix [\u2026] Le monde est assez grand pour que nos deux nations puissent y vivre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1801\" class=\"cit-num\">1801<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), au roi Georges <span class=\"caps\">III<\/span> d\u2019Angleterre, Lettre du 2\u00a0janvier 1805. <em>Correspondance de Napol\u00e9on\u00a0Ier, publi\u00e9e par ordre de l\u2019empereur Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span><\/em> (1858)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le 1er\u00a0janvier, \u00ab\u00a0Monsieur mon Fr\u00e8re\u00a0\u00bb \u00e9tait l\u2019empereur d\u2019Autriche et le d\u00e9sir de paix avec son peuple pareillement exprim\u00e9 par lettre, avec des arguments relevant de la raison et de l\u2019humanit\u00e9. Cependant, la troisi\u00e8me coalition s\u2019organise activement, et secr\u00e8tement\u00a0: l\u2019Angleterre sera bient\u00f4t alli\u00e9e \u00e0 la Russie et \u00e0 l\u2019Autriche, contre la France.<\/p>\n<p>Rappelons qu\u2019en 1803, le Premier Consul consid\u00e9rait la Manche comme un foss\u00e9 possible \u00e0 franchir et envisageait les \u00ab\u00a0circonstances un peu favorisantes\u00a0\u00bb pour se rendre ma\u00eetre de Londres, du Parlement, de la Banque. En 1804, voulant neutraliser l\u2019Angleterre pour avoir la paix, il pr\u00e9parait l\u2019invasion avec le vice-amiral Latouche-Tr\u00e9ville, mort (d\u2019\u00e9puisement) avant d\u2019avoir pu tenter la chose\u2026 Et le blocus est un projet longuement m\u00fbri, avant la r\u00e9alisation en 1806.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019y aura pas d\u2019\u00c9tat politique fixe s\u2019il n\u2019y a pas un corps enseignant avec des principes fixes. Tant qu\u2019on n\u2019apprendra pas, d\u00e8s l\u2019enfance, s\u2019il faut \u00eatre r\u00e9publicain ou monarchique, catholique ou irr\u00e9ligieux, l\u2019\u00c9tat ne formera point une nation.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1813\" class=\"cit-num\">1813<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), 10\u00a0mai 1806.<em> Revue politique et litt\u00e9raire\u00a0: revue bleue<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1889)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En vertu de quoi \u00ab\u00a0il sera form\u00e9 sous le nom d\u2019Universit\u00e9 imp\u00e9riale un corps charg\u00e9 exclusivement de l\u2019enseignement et de l\u2019\u00e9ducation publics dans tout l\u2019Empire.\u00a0\u00bb L\u2019Universit\u00e9 de France sera cr\u00e9\u00e9e en 1807 et organis\u00e9e par d\u00e9cret du 25\u00a0novembre 1811, sous l\u2019autorit\u00e9 du grand ma\u00eetre Louis de Fontanes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 tout peuple conquis, il faut une r\u00e9volte, et je regarderai une r\u00e9volte \u00e0 Naples comme un p\u00e8re de famille voit une petite v\u00e9role \u00e0 ses enfants, pourvu qu\u2019elle n\u2019affaiblisse pas trop le malade.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1816\" class=\"cit-num\">1816<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), Lettre \u00e0 Joseph, roi de Naples, 17\u00a0ao\u00fbt 1806.<em> Correspondance de Napol\u00e9on\u00a0Ier, publi\u00e9e par ordre de l\u2019empereur Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span><\/em> (1858)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Napol\u00e9on use d\u2019une m\u00e9taphore singuli\u00e8re, pour \u00eatre mieux compris de son fr\u00e8re a\u00een\u00e9. Joseph ne restera que deux ans sur ce tr\u00f4ne. Remplac\u00e9 par Murat, il se retrouvera en Espagne o\u00f9 la population madril\u00e8ne se r\u00e9voltera bien davantage.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous autres peuples d\u2019Occident, nous avons tout g\u00e2t\u00e9 en traitant les femmes trop bien [\u2026] Elles ne doivent pas \u00eatre regard\u00e9es comme les \u00e9gales des hommes, et ne sont, en r\u00e9alit\u00e9, que des machines \u00e0 faire des enfants [\u2026] Il vaut mieux qu\u2019elles travaillent de l\u2019aiguille que de la langue.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1823\" class=\"cit-num\">1823<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821).<em> Histoire de la France\u00a0: dynasties et r\u00e9volutions, de 1348 \u00e0 1852<\/em> (1971), Georges Duby<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La cr\u00e9ation de la maison d\u2019\u00e9ducation des jeunes filles de la L\u00e9gion d\u2019honneur d\u2019\u00c9couen, le 15\u00a0mai 1807, est une occasion parmi d\u2019autres de manifester sa misogynie, en r\u00e9action contre un <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle relativement \u00e9mancipateur et une id\u00e9ologie r\u00e9volutionnaire d\u00e9mocratique. Bref, selon une note de l\u2019empereur\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c9levez-nous des croyantes et non pas des raisonneuses.\u00a0\u00bb Et des futures m\u00e8res de famille nombreuse\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019est aucun sacrifice qui ne soit au-dessus de mon courage, lorsqu\u2019il m\u2019est d\u00e9montr\u00e9 qu\u2019il est utile au bien de la France.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1842\" class=\"cit-num\">1842<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821) annon\u00e7ant son divorce au ch\u00e2teau des Tuileries, devant toute la famille imp\u00e9riale, 15\u00a0d\u00e9cembre 1809. <em>Histoire du Consulat et de l\u2019Empire<\/em> (1847), Adolphe Thiers<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette d\u00e9cision soudaine lui co\u00fbte infiniment, car il est fort \u00e9pris de Jos\u00e9phine, veuve Beauharnais. Mais raison d\u2019\u00c9tat oblige\u00a0: l\u2019empereur, \u00e0 40\u00a0ans, veut un h\u00e9ritier qu\u2019elle n\u2019a pu lui donner. Les larmes aux yeux, tenant la main de sa femme en pleurs, il lit son discours. \u00ab\u00a0Dieu sait combien une pareille r\u00e9solution a co\u00fbt\u00e9 \u00e0 mon c\u0153ur [\u2026] Ma bien-aim\u00e9e \u00e9pouse a embelli quinze ans de ma vie\u00a0; le souvenir en restera toujours grav\u00e9 dans mon c\u0153ur [\u2026] Qu\u2019elle ne doute jamais de mes sentiments, et qu\u2019elle me tienne toujours pour son meilleur et son plus cher ami.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La sinc\u00e9rit\u00e9 de l\u2019homme ne peut \u00eatre discut\u00e9e. La vie du couple fut cependant orageuse\u00a0: la tr\u00e8s jolie Cr\u00e9ole a beaucoup tromp\u00e9 le jeune et bouillant Bonaparte, l\u2019empereur collectionna ensuite les ma\u00eetresses. La naissance de son premier enfant naturel vient de lui prouver que la st\u00e9rilit\u00e9 ne vient pas de lui\u00a0: le \u00ab\u00a0comte L\u00e9on\u00a0\u00bb, fils de Marie Waleska, l\u2019 \u00ab\u00a0\u00e9pouse polonaise\u00a0\u00bb de Napol\u00e9on, une belle et triste love-story.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ne conservant aucun espoir d\u2019avoir des enfants qui puissent satisfaire les besoins de sa politique et l\u2019int\u00e9r\u00eat de la France, je me plais \u00e0 lui donner la plus grande preuve d\u2019attachement et de d\u00e9vouement qui ait \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e sur la terre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1843\" class=\"cit-num\">1843<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">JOS\u00c9PHINE<\/span> (1763-1814), r\u00e9pondant \u00e0 Napol\u00e9on, 15\u00a0d\u00e9cembre 1809. <em>Histoire du Consulat et de l\u2019Empire<\/em> (1847), Adolphe Thiers<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019imp\u00e9ratrice a \u00e9crit ces mots que l\u2019\u00e9motion l\u2019emp\u00eache de lire. Ils sont dits par le secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat de la famille imp\u00e9riale, le comte Regnault de Saint-Jean d\u2019Ang\u00e9ly\u00a0: \u00ab\u00a0La dissolution de mon mariage ne changera rien aux sentiments de mon c\u0153ur\u00a0: l\u2019empereur aura toujours en moi sa meilleure amie. Je sais combien cet acte, command\u00e9 par la politique et par de si grands int\u00e9r\u00eats, a froiss\u00e9 son c\u0153ur, mais l\u2019un et l\u2019autre nous sommes glorieux du sacrifice que nous faisons au bien de la patrie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>R\u00e9pudi\u00e9e pour st\u00e9rilit\u00e9, apr\u00e8s deux enfants d\u2019un premier mariage, elle a aujourd\u2019hui 46\u00a0ans. Le lendemain, l\u2019ex-imp\u00e9ratrice quitte les Tuileries pour ne plus jamais y revenir. Largement dot\u00e9e, elle se retire \u00e0 la Malmaison et continue d\u2019\u00e9crire \u00e0 l\u2019empereur qui fait annuler son mariage civil par s\u00e9natus-consulte d\u00e8s le lendemain, 16\u00a0d\u00e9cembre. L\u2019officialit\u00e9 de Paris fera de m\u00eame pour le mariage religieux en janvier\u00a01810.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je me donne des anc\u00eatres.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1844\" class=\"cit-num\">1844<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), ch\u00e2teau de Compi\u00e8gne, 27\u00a0mars 1810. <em>Metternich<\/em> (1965), Henry Vallotton<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Ivre d\u2019impatience, ivre de f\u00e9licit\u00e9\u00a0\u00bb, il apprend la valse (viennoise) et attend sa future femme, Marie-Louise\u00a0: archiduchesse d\u2019Autriche, descendante de l\u2019empereur Charles Quint et petite-ni\u00e8ce de Marie-Antoinette. Napol\u00e9on, de petite noblesse corse (d\u2019origine g\u00e9noise), \u00e9voque volontiers \u00ab\u00a0ma malheureuse tante Marie-Antoinette\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0mon pauvre oncle Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>\u00a0\u00bb. Cette union flatte son orgueil.<\/p>\n<p>L\u2019homme toujours press\u00e9 s\u2019est d\u00e9cid\u00e9 en f\u00e9vrier, dans une h\u00e2te qui a fort embarrass\u00e9 l\u2019ambassadeur d\u2019Autriche \u00e0 Paris (Schwarzenberg, successeur de Metternich \u00e0 ce poste)\u00a0: m\u00eame pas le temps de pr\u00e9venir l\u2019empereur d\u2019Autriche avant que Napol\u00e9on annonce sa d\u00e9cision aux Fran\u00e7ais\u00a0! Mais personne ne peut rien refuser \u00e0 Napol\u00e9on, m\u00eame pas sa fille.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019Autriche fit au Minotaure le sacrifice d\u2019une belle g\u00e9nisse.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1845\" class=\"cit-num\">1845<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Prince de <span class=\"caps\">LIGNE<\/span> (1735-1814). <em>L\u2019Europe et la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1904), Albert Sorel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il commente le mariage imp\u00e9rial en authentique et vieux prince autrichien, avec des r\u00e9f\u00e9rences mythologiques famili\u00e8res au monde de son temps.\u00a0Mais qui pense \u00e0 l\u2019humiliation du p\u00e8re de la mari\u00e9e, Fran\u00e7ois Ier d\u2019Autriche, empereur romain germanique\u00a0? Le mariage de Marie-Louise et Napol\u00e9on aura lieu le 1er\u00a0avril 1810.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est un ventre que j\u2019\u00e9pouse.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1846\" class=\"cit-num\">1846<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821). <em>Le Fils de l\u2019empereur<\/em> (1962), Andr\u00e9 Castelot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Napol\u00e9on confirme la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la \u00ab\u00a0belle g\u00e9nisse\u00a0\u00bb sacrifi\u00e9e par l\u2019Autriche et assume le r\u00f4le du Minotaure pr\u00e9dateur, sans y mettre les formes. Il manifeste tant de h\u00e2te qu\u2019on parle d\u2019un enl\u00e8vement plus que d\u2019un mariage. La c\u00e9r\u00e9monie religieuse a lieu le 2\u00a0avril 1810. Marie-Louise, 18\u00a0ans, vit une lune de miel de trois semaines parfaites \u00e0 tous \u00e9gards et sa seconde femme lui donnera un fils, le 20\u00a0mars 1811\u00a0: le roi de Rome.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon mariage m\u2019a perdu, l\u2019Autriche \u00e9tait devenue ma famille, j\u2019ai pos\u00e9 le pied sur un ab\u00eeme recouvert de fleurs.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1847\" class=\"cit-num\">1847<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821). <em>Correspondance de Napol\u00e9on\u00a0Ier, publi\u00e9e par ordre de l\u2019empereur Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span><\/em> (1858)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En 1810, Fran\u00e7ois\u00a0Ier, empereur d\u2019Autriche, lui a donn\u00e9 sa fille pour sceller la paix au lendemain de ses d\u00e9faites. Trois ans apr\u00e8s, conseill\u00e9 par Metternich, il se joindra aux alli\u00e9s de l\u2019Europe contre son gendre\u00a0: sixi\u00e8me et derni\u00e8re coalition qui am\u00e8nera la chute de l\u2019Empire.<\/p>\n<p>L\u2019empereur d\u00e9chu, m\u00e9ditant \u00e0 Sainte-H\u00e9l\u00e8ne, confie \u00e0 Montholon, compagnon de son dernier exil\u00a0: \u00ab\u00a0Un fils de Jos\u00e9phine m\u2019e\u00fbt rendu heureux et e\u00fbt assur\u00e9 le r\u00e8gne de ma dynastie. Les Fran\u00e7ais l\u2019auraient aim\u00e9 bien autrement que le roi de Rome.\u00a0\u00bb Il est m\u00eame possible qu\u2019Eug\u00e8ne de Beauharnais, le fils de Jos\u00e9phine qu\u2019il a adopt\u00e9, ait fait l\u2019affaire\u00a0! Dans la famille, c\u2019est l\u2019un des plus d\u00e9vou\u00e9s \u00e0 l\u2019empereur, excellent soldat jusque dans la d\u00e9b\u00e2cle en Russie, prince d\u2019une extr\u00eame \u00e9l\u00e9gance qui se r\u00e9v\u00e9lera bon mari et bon p\u00e8re. \u00ab\u00a0Honneur et fid\u00e9lit\u00e9\u00a0\u00bb, pour une fois, l\u2019\u00e9pitaphe sur son tombeau est juste. Mais l\u2019on ne r\u00e9\u00e9crit pas l\u2019histoire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le vingt-deuxi\u00e8me coup fut pour nous un coup de massue, il nous semblait tuer la race des Bourbons.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1853\" class=\"cit-num\">1853<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Baron Fran\u00e7ois-Auguste Fauveau de <span class=\"caps\">FR\u00c9NILLY<\/span> (1768-1848).<em> Marie-Louise\u00a0: l\u2019imp\u00e9ratrice oubli\u00e9e<\/em> (1983), Genevi\u00e8ve Chastenet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est l\u2019avis d\u2019un ultra. Mais tout Paris explose de joie au vingt-deuxi\u00e8me coup qui annonce la naissance d\u2019un fils\u00a0: le roi de Rome voit donc le jour, ce 20\u00a0mars 1811.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Bel enfant qui ne fait que na\u00eetre, \/ Et pour qui nous formons des v\u0153ux,<br>En croissant, tu deviendras ma\u00eetre \/ Et r\u00e9gneras sur nos neveux.<br>Dame, dame, r\u00e9fl\u00e9chis bien, \/ Dame, dame, souviens-toi bien<br>Qu\u2019alors il ne faudra pas faire \/ Tout comme a fait, tout comme a fait ton p\u00e8re.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1854\" class=\"cit-num\">1854<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Chanson pour le roi de Rome<\/em> (1811). <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parmi toutes les chansons en l\u2019honneur de l\u2019illustre nouveau-n\u00e9, celle-ci r\u00e9sonne comme un avertissement au p\u00e8re. Comme bien souvent, la chanson donne le pouls d\u2019une opinion publique \u2013 c\u2019est rare et pr\u00e9cieux, sous l\u2019Empire o\u00f9 la rigueur de la censure \u00e9touffe bien des pens\u00e9es\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je l\u2019envie. La gloire l\u2019attend, alors que j\u2019ai d\u00fb courir apr\u00e8s elle [\u2026] Pour saisir le monde, il n\u2019aura qu\u2019\u00e0 tendre les bras.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1855\" class=\"cit-num\">1855<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), \u00e0 Duroc, 20\u00a0mars 1811. <em>L\u2019Aiglon, Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span><\/em> (1959), Andr\u00e9 Castelot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le p\u00e8re est boulevers\u00e9 devant le berceau de son fils, d\u2019autant plus que cette naissance comble l\u2019empereur. La dynastie semble install\u00e9e \u00e0 jamais. Il avoue son \u00e9motion \u00e0 son grand mar\u00e9chal du palais, l\u2019un de ses plus anciens compagnons de route et de gloire, connu au si\u00e8ge de Toulon en 1793, surnomm\u00e9 l\u2019\u00ab\u00a0ombre de Napol\u00e9on\u00a0\u00bb et tomb\u00e9 au champ d\u2019honneur en mai 1813.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Messieurs, vous voulez me traiter comme si j\u2019\u00e9tais Louis le D\u00e9bonnaire. Ne confondez pas le fils avec le p\u00e8re [\u2026] Moi, je suis Charlemagne.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1856\" class=\"cit-num\">1856<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), aux P\u00e8res conciliaires, 17\u00a0juin\u00a01811.<em> Le Pape et l\u2019empereur, 1804-1815<\/em> (1905), Henri Welschinger<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019empereur aime les r\u00e9f\u00e9rences historiques et celle-ci s\u2019impose soudain\u00a0: sc\u00e8ne d\u00e9crite dans les M\u00e9moires de Talleyrand, avec force d\u00e9tails et dialogues. La col\u00e8re de l\u2019empereur explose. Le concile qu\u2019il voulait \u00e0 sa botte s\u2019est ouvert \u00e0 Paris ce 17\u00a0juin. Et voil\u00e0 que les P\u00e8res jurent, un par un, ob\u00e9issance au pape, lequel refuse aux \u00e9v\u00eaques son investiture pourtant pr\u00e9vue par le concordat sign\u00e9 avec Napol\u00e9on.<\/p>\n<p>En dix ans, les relations se sont envenim\u00e9es entre les deux personnages\u00a0! Le pape a refus\u00e9 de respecter le blocus, l\u2019empereur a annex\u00e9 les \u00c9tats de l\u2019\u00c9glise, le pape l\u2019a excommuni\u00e9, l\u2019empereur l\u2019a mis en prison et Pie <span class=\"caps\">VII<\/span> refuse tout \u00ab\u00a0accommodement\u00a0\u00bb aussi longtemps qu\u2019il ne recouvrera pas sa libert\u00e9. Napol\u00e9on fait arr\u00eater trois \u00e9v\u00eaques et suspend le concile \u2013 qui reprendra d\u00e9but ao\u00fbt.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce diable de roi de Rome, on n\u2019y pense jamais\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1868\" class=\"cit-num\">1868<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Nicolas <span class=\"caps\">FROCHOT<\/span> (1761-1828), pr\u00e9fet de Paris. <em>M\u00e9moires de Madame de Chastenay<\/em> (1896)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le g\u00e9n\u00e9ral Malet, opposant \u00e0 Napol\u00e9on, arr\u00eat\u00e9 en 1808, organise une conspiration. Intern\u00e9 avec des royalistes dans une maison de sant\u00e9 dont il s\u2019\u00e9vade dans la nuit du 22 au 23\u00a0octobre 1812, il fait courir le bruit de la mort de l\u2019empereur devant Moscou. Paris y a cru un moment. Malet entra\u00eene quelques troupes, lib\u00e8re des g\u00e9n\u00e9raux r\u00e9publicains, improvise un gouvernement provisoire. C\u2019est un quasi-coup d\u2019\u00c9tat. Le g\u00e9n\u00e9ral Hulin, commandant la place de Paris, lui r\u00e9siste, Malet est arr\u00eat\u00e9, fusill\u00e9 le 29\u00a0octobre. Et tout rentre dans l\u2019ordre.<\/p>\n<p>Mais personne, pas m\u00eame le pr\u00e9fet Frochot, n\u2019avait pens\u00e9 \u00e0 crier\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019empereur est mort\u00a0! Vive l\u2019empereur\u00a0!\u00a0\u00bb On dit que cet oubli atteignit Napol\u00e9on plus que la conspiration du g\u00e9n\u00e9ral Malet. Et Frochot sera mis \u00e0 pied pour cette faute.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019ogre corse sous qui nous sommes,<br>Cherchant toujours nouveaux exploits,<br>Mange par an deux cent mille hommes<br>Et va partout chiant des rois.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1765\" class=\"cit-num\">1765<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pamphlet anonyme contre Napol\u00e9on. <em>Encyclop\u00e6dia Universalis<\/em>, article \u00ab\u00a0Premier Empire\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>De nombreux pamphlets contribuent \u00e0 diffuser la l\u00e9gende noire de l\u2019Ogre de Corse, contre la l\u00e9gende dor\u00e9e de la propagande imp\u00e9riale. Les rois impos\u00e9s par l\u2019empereur sont nombreux, pris dans sa famille ou parmi ses g\u00e9n\u00e9raux (sa seconde famille)\u00a0: rois de Naples, d\u2019Espagne, de Su\u00e8de, de Hollande, de Westphalie. Royaut\u00e9s parfois \u00e9ph\u00e9m\u00e8res, souvent mal accept\u00e9es des populations lib\u00e9r\u00e9es ou conquises. Les historiens estimeront \u00e0 un million les morts de la Grande Arm\u00e9e, \u00ab\u00a0cette l\u00e9gendaire machine de guerre\u00a0\u00bb command\u00e9e par Napol\u00e9on en personne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai vu vos troupes, il n\u2019y a que des enfants. Vous avez fait p\u00e9rir une g\u00e9n\u00e9ration. Que ferez-vous quand ceux-ci auront disparu\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1874\" class=\"cit-num\">1874<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">METTERNICH<\/span> (1773-1859), \u00e0 Napol\u00e9on qui le re\u00e7oit comme m\u00e9diateur \u00e0 Dresde, 26\u00a0juin 1813.<em> Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Napol\u00e9on cherche une impossible tr\u00eave. La Prusse pactise d\u00e9j\u00e0 avec la Russie et d\u00e9clare la guerre \u00e0 la France, le 17\u00a0mars 1813. L\u2019Autriche propose sa m\u00e9diation\u00a0: c\u2019est l\u2019occasion pour Metternich, chancelier (chef du gouvernement) et ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res, de jouer un r\u00f4le diplomatique de premier plan.<\/p>\n<p>Napol\u00e9on fait le compte des soldats dont il peut disposer et tente de montrer sa force au cours de cette entrevue. En fait, il devra faire appel aux anciennes classes et recruter des \u00ab\u00a0Marie-Louise\u00a0\u00bb, jeunes conscrits des classes 1814 et 1815, sans formation militaire. Metternich n\u2019est pas dupe de la d\u00e9monstration. Napol\u00e9on, furieux, lui reproche les ambigu\u00eft\u00e9s de sa politique. Ce qui va jeter l\u2019Autriche dans le camp ennemi. De fait, son mariage autrichien n\u2019aura servi \u00e0 rien.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-7-44.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">Restauration (et Cent-jours en 1815)\u00a0: 1814-1830.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ma vie politique est termin\u00e9e. Je proclame mon fils, sous le nom de Napol\u00e9on <span class=\"caps\">II<\/span>, empereur des Fran\u00e7ais.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1951\" class=\"cit-num\">1951<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), 22\u00a0juin 1815. <em>Dictionnaire des sciences politiques et sociales<\/em> (1855), Auguste Ott<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s le come-back des Cent Jours et le d\u00e9sastre de Waterloo (18 juin 1815), l\u2019empereur abdique une seconde fois, cette fois en faveur de son fils. Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> est reconnu empereur le 23\u00a0juin par les Chambres des Cent-Jours. Non sans tumulte\u00a0! Et avec un argument juridique \u00e9tonnant\u00a0: dans le cas contraire, l\u2019abdication serait nulle et Napol\u00e9on pourrait repartir en guerre avec 50\u00a0000 hommes\u2026 Les Alli\u00e9s veulent surtout se d\u00e9barrasser de lui, d\u00e9finitivement. Le vaincu se rend aux Anglais et c\u2019est la d\u00e9portation dans l\u2019\u00eele de Sainte-H\u00e9l\u00e8ne, \u00e0 1\u00a0900\u00a0km, en plein oc\u00e9an Atlantique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019esp\u00e8re qu\u2019on le traitera avec bont\u00e9 et douceur, et je vous prie, tr\u00e8s cher papa, d\u2019y contribuer.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1959\" class=\"cit-num\">1959<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">LOUISE<\/span> (1791-1847), Lettre \u00e0 son p\u00e8re l\u2019empereur d\u2019Autriche, 15\u00a0ao\u00fbt 1815.<em> Revue historique<\/em>, 28e ann\u00e9e, (1903)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Metternich vient de l\u2019informer par lettre, le 13 ao\u00fbt\u00a0: \u00ab\u00a0Madame, Napol\u00e9on est en route pour Sainte-H\u00e9l\u00e8ne.\u00a0\u00bb La femme de l\u2019empereur d\u00e9chu ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est la seule pri\u00e8re que je puisse oser pour lui et la derni\u00e8re fois que je m\u2019int\u00e9resse \u00e0 son sort, car je lui dois de la reconnaissance pour la tranquille indiff\u00e9rence dans laquelle il m\u2019a laiss\u00e9e vivre, au lieu de me rendre malheureuse.\u00a0\u00bb Paroles de fille et d\u2019\u00e9pouse soumises.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je pr\u00e9f\u00e9rerais qu\u2019on \u00e9gorge\u00e2t mon fils ou qu\u2019il f\u00fbt noy\u00e9 dans la Seine plut\u00f4t que de le voir jamais \u00e9lev\u00e9 \u00e0 Vienne comme prince autrichien.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1960\" class=\"cit-num\">1960<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821). <em>Les Errants de la gloire<\/em> (1933), princesse Lucien Murat (comtesse Marie de Rohan-Chabot)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il ignore encore, en cette fin d\u2019ann\u00e9e 1815, que l\u2019Aiglon sera pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e9lev\u00e9 \u00e0 Vienne par son grand-p\u00e8re maternel, comme un prince autrichien, sous le nom de duc de Reichstadt \u2013 c\u2019est l\u2019\u00ab\u00a0assassinat moral\u00a0\u00bb tant redout\u00e9 par le p\u00e8re. L\u2019enfant est d\u2019ailleurs aim\u00e9 dans sa famille autrichienne, mais malheureux et surtout malade du mal du si\u00e8cle romantique (la phtisie). Comme son p\u00e8re, il va devenir un personnage de l\u00e9gende.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019Angleterre prit l\u2019aigle et l\u2019Autriche l\u2019aiglon.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1961\" class=\"cit-num\">1961<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Les Chants du cr\u00e9puscule<\/em> (1835)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les destins tragiques inspirent les po\u00e8tes, et entre tous, les grands romantiques du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Edmond Rostand, consid\u00e9r\u00e9 comme le dernier de nos auteurs romantiques, est un peu le second p\u00e8re de l\u2019Aiglon et fit beaucoup pour sa gloire, dans la pi\u00e8ce qui porte son nom. Le r\u00f4le-titre est cr\u00e9\u00e9 en travesti par la star de la sc\u00e8ne sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, Sarah Bernhardt (1900). \u00c0 plus de 50\u00a0ans, elle triomphe en incarnant ce jeune prince mort \u00e0 21\u00a0ans.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand j\u2019\u00e9tais tout-puissant, [les rois] brigu\u00e8rent ma protection et l\u2019honneur de mon alliance, ils l\u00e9ch\u00e8rent la poussi\u00e8re dessous mes pieds\u00a0; maintenant, dans mon vieil \u00e2ge, ils m\u2019oppriment et m\u2019enl\u00e8vent ma femme et mon fils.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1962\" class=\"cit-num\">1962<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821). <em>M\u00e9morial de Sainte-H\u00e9l\u00e8ne<\/em> (1823), Las Cases<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Il avait le monde sous ses pieds et il n\u2019en a tir\u00e9 qu\u2019une prison pour lui, un exil pour sa famille, la perte de toutes ses conqu\u00eates et d\u2019une portion du vieux sol fran\u00e7ais\u00a0\u00bb \u00e9crira de son c\u00f4t\u00e9 Chateaubriand, dans ses <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe.<\/em><\/p>\n<p>Mais Napol\u00e9on entre vivant dans l\u2019histoire et la l\u00e9gende. Il s\u2019en charge le premier, confiant ses souvenirs et ses pens\u00e9es \u00e0 Emmanuel de Las Cases, auteur du <em>M\u00e9morial<\/em> \u2013 plusieurs fois r\u00e9\u00e9dit\u00e9 vu son succ\u00e8s, chaque \u00e9dition \u00e9tant revue et augment\u00e9e. La suite de l\u2019Histoire semble fade, aux g\u00e9n\u00e9rations \u00e0 venir. La politique fait heureusement moins de morts que la guerre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Rendez-nous notre p\u00e8re de Gand,<br>Rendez-nous notre p\u00e8re\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1952\" class=\"cit-num\">1952<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Notre p\u00e8re de Gand<\/em>, chanson. <em>Chansonnier royal ou passe-temps des bons Fran\u00e7ais<\/em> (1815), Dentu \u00e9d<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Voici revenue la m\u00e9taphore du roi \u00ab\u00a0p\u00e8re du peuple\u00a0\u00bb. Cette chanson royaliste rappelle de ses v\u0153ux Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>. Chass\u00e9 par le retour de Napol\u00e9on, il a voulu repartir pour l\u2019Angleterre. Fin mars 1815, il fallut l\u2019autorit\u00e9 d\u2019un Talleyrand et du Congr\u00e8s de Vienne pour le convaincre de s\u2019arr\u00eater \u00e0 Gand, en Belgique. \u00ab\u00a0Notre p\u00e8re de Gand\u00a0\u00bb sera souvent surnomm\u00e9 \u00ab\u00a0notre paire de gants\u00a0\u00bb et tourn\u00e9 en d\u00e9rision par les autres partis. L\u2019humiliation des Cent-Jours p\u00e8se lourd, sur ce roi d\u00e9j\u00e0 malmen\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous vous plaignez d\u2019un roi sans jambes, vous verrez ce que c\u2019est qu\u2019un roi sans t\u00eate.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1908\" class=\"cit-num\">1908<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span>\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> (1755-1824), qui ne conna\u00eet que trop bien son fr\u00e8re, le comte d\u2019Artois. <em>Encyclop\u00e9die des mots historiques, Historama<\/em> (1970)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Rendu quasi infirme par la goutte \u00e0 la fin de sa vie, le roi parle du futur Charles\u00a0X. \u00c0 57\u00a0ans, son fr\u00e8re a l\u2019allure d\u2019un jeune homme et monte royalement \u00e0 cheval. Malgr\u00e9 cette s\u00e9duction naturelle, il se fera d\u00e9tester. D\u00e9j\u00e0 impopulaire sous l\u2019Ancien R\u00e9gime, il se faisait remarquer par sa conduite l\u00e9g\u00e8re et ses folles d\u00e9penses, \u00e0 l\u2019image de sa belle-s\u0153ur Marie-Antoinette. De retour en France apr\u00e8s vingt-cinq ans d\u2019exil, il va accumuler les erreurs politiques, sous cette Restauration malgr\u00e9 tout fragile.<\/p>\n<p>Il passe son temps entre la chasse, sa passion, et la religion \u2013 il deviendra d\u00e9vot, faisant le v\u0153u de chastet\u00e9 perp\u00e9tuelle en 1804, \u00e0 la mort d\u2019une ma\u00eetresse, Louise d\u2019Esparb\u00e8s, le grand amour de sa vie. Feignant de se d\u00e9sint\u00e9resser des affaires du royaume, il est en r\u00e9alit\u00e9 le chef (occulte) du parti royaliste (ultra). On retrouve la nuisance historique des fr\u00e8res de roi.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Toujours je l\u2019ai vu chef de parti, jamais l\u2019h\u00e9ritier pr\u00e9somptif du royaume de France.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1909\" class=\"cit-num\">1909<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duc de <span class=\"caps\">RICHELIEU<\/span> (1766-1822)., <em>Le Duc de Richelieu<\/em> (1898), Armand-Emmanuel du Plessis Richelieu (duc de)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Royaliste, \u00e9migr\u00e9 sous la R\u00e9volution, de retour en 1814, il est deux fois pr\u00e9sident du Conseil (chef du gouvernement). C\u2019est la seconde fois (1820-1821) qu\u2019il d\u00e9plore l\u2019opposition du comte d\u2019Artois, emp\u00eachant le roi de r\u00e9gner et lui-m\u00eame de gouverner.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Aux \u00e9poques ordinaires, roi convenable\u00a0; \u00e0 une \u00e9poque extraordinaire, homme de perdition.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1910\" class=\"cit-num\">1910<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848), <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u00e9\u00e7u par la politique, l\u2019auteur des <em>M\u00e9moires\u00a0<\/em>avouera\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai vu de pr\u00e8s les rois, et mes illusions politiques se sont \u00e9vanouies.\u00a0\u00bb Cela explique en partie sa vocation d\u2019\u00e9ternel opposant.<\/p>\n<p>Chateaubriand juge Charles X, lors de son accession au tr\u00f4ne \u00e0 la mort de Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>\u00a0: \u00ab\u00a0Incapable de suivre jusqu\u2019au bout une bonne ou une mauvaise r\u00e9solution\u00a0; p\u00e9tri avec les pr\u00e9jug\u00e9s de son si\u00e8cle et de son rang.\u00a0\u00bb Mais \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de cela\u00a0: \u00ab\u00a0doux, quoique sujet \u00e0 la col\u00e8re, bon et tendre avec ses familiers, aimable, l\u00e9ger, sans fiel, ayant tout du chevalier, la d\u00e9votion, la noblesse, l\u2019\u00e9l\u00e9gante courtoisie, mais entrem\u00eal\u00e9 de faiblesse\u2026\u00a0\u00bb Bref, pas n\u00e9 pour \u00eatre roi, en 1824. On ne peut s\u2019emp\u00eacher de penser \u00e0 la situation de son fr\u00e8re a\u00een\u00e9, Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span>, acc\u00e9dant au tr\u00f4ne en 1774, si mal arm\u00e9, si faible, dans une situation pr\u00e9r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Hommes noirs, d\u2019o\u00f9 sortez-vous\u00a0? \/ Nous sortons de dessous terre,<br>Moiti\u00e9 renards, moiti\u00e9 loups. \/ Notre r\u00e8gle est un myst\u00e8re.<br>Nous sommes fils de Loyola, \/ Vous savez pourquoi l\u2019on nous exila.<br>Nous rentrons\u00a0; songez \u00e0 vous taire\u00a0! \/ Et que vos enfants suivent nos le\u00e7ons.<br>C\u2019est nous qui fessons, et qui refessons, \/ Les jolis petits, les jolis gar\u00e7ons.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1967\" class=\"cit-num\">1967<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">B\u00c9RANGER<\/span> (1780-1857), <em>Les R\u00e9v\u00e9rends P\u00e8res<\/em>, chanson.<em> Histoire de la litt\u00e9rature fran\u00e7aise\u00a0: de la r\u00e9volution \u00e0 la belle \u00e9poque<\/em> (1981), Paul Guth<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le plus c\u00e9l\u00e8bre chansonnier contemporain vise les j\u00e9suites, de retour avec la monarchie. Pie <span class=\"caps\">VII<\/span> a r\u00e9tabli leur ordre, le 7\u00a0ao\u00fbt 1814. La Charte, en forme de compromis constitutionnel, reconna\u00eet la libert\u00e9 du culte, mais fait du catholicisme la religion d\u2019\u00c9tat et les p\u00e8res j\u00e9suites pensent avoir le quasi-monopole de l\u2019\u00e9ducation.<\/p>\n<p>Les deux derniers vers aux accents plaisamment polissons d\u00e9noncent en fait la p\u00e9dophilie pratiqu\u00e9e dans certains coll\u00e8ges catholiques. Ce crime contre les enfants sera tr\u00e8s longtemps tol\u00e9r\u00e9 dans beaucoup de milieux. Le <span class=\"caps\">XXI<\/span>e si\u00e8cle a enfin compris l\u2019ampleur du mal.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai voulu tuer la race\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1976\" class=\"cit-num\">1976<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis Pierre <span class=\"caps\">LOUVEL<\/span> (1783-1820), apr\u00e8s l\u2019assassinat du duc de Berry, 13\u00a0f\u00e9vrier 1820. <em>Souvenirs in\u00e9dits du petit-fils du duc de Berry<\/em> (1971), Charles Faucigny-Lucinge (prince de)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ouvrier cordonnier, r\u00e9publicain tenant les Bourbons pour responsables de l\u2019invasion de la France et du trait\u00e9 de Paris de 1815 (qui solde les Cent-Jours), il vient de poignarder, \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de l\u2019Op\u00e9ra (rue de la Loi, aujourd\u2019hui square Louvois), le duc de Berry, fils du comte d\u2019Artois (futur Charles\u00a0X) et chef des ultras, seul membre de la famille royale pouvant donner un h\u00e9ritier \u00e0 la dynastie. En mourant, le duc r\u00e9v\u00e8le d\u2019ailleurs que sa femme est enceinte \u2013 ce sera \u00ab\u00a0l\u2019enfant du miracle\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La droite se d\u00e9cha\u00eene. On lit dans<em> La Gazette de France<\/em> du lendemain\u00a0: \u00ab\u00a0Monsieur Decazes, c\u2019est vous qui avez tu\u00e9 le duc de Berry. Pleurez des larmes de sang. Obtenez que le Ciel vous pardonne, la patrie ne vous pardonnera pas\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est n\u00e9, l\u2019enfant du miracle<br>H\u00e9ritier du sang d\u2019un martyr,<br>Il est n\u00e9 d\u2019un tardif oracle,<br>Il est n\u00e9 d\u2019un dernier soupir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1980\" class=\"cit-num\">1980<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alphonse de <span class=\"caps\">LAMARTINE<\/span> (1790-1869), <em>M\u00e9ditations po\u00e9tiques<\/em> (1820)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le po\u00e8te gentilhomme, qui fut un temps dans les gardes du corps de Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> et joue les attach\u00e9s d\u2019ambassade en Italie, salue avec lyrisme la naissance du duc de Bordeaux, le 29\u00a0septembre 1820. Fils posthume du duc de Berry (assassin\u00e9 en f\u00e9vrier) et de la duchesse de Berry Marie-Caroline, il prendra le nom de comte de Chambord et deviendra \u00ab\u00a0Henri V\u00a0\u00bb pour les royalistes l\u00e9gitimistes. Mais la R\u00e9volution de 1830 \u00e9liminera la branche des Bourbons au profit des Orl\u00e9ans.<\/p>\n<p>Le peuple, exclu au niveau parlementaire d\u2019une vie politique dont il se d\u00e9sint\u00e9resse, se passionne pour l\u2019\u00e9v\u00e9nement. Les Parisiens vont boire 200\u00a0000 bouteilles de bordeaux en l\u2019honneur de celui qui devrait \u00eatre leur futur roi et ils chantent\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est un gar\u00e7on\u00a0!\u00a0\/ J\u2019ai, dans mon all\u00e9gresse\u00a0\/ Compt\u00e9 deux fois douze coups de canon\u00a0\/ Dans tout Paris on s\u2019agite, on s\u2019empresse\u00a0\/ C\u2019est un gar\u00e7on\u00a0!\u00a0\u00bb La France reste royaliste, m\u00eame si Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>, le \u00ab\u00a0Roi-fauteuil\u00a0\u00bb, n\u2019a jamais r\u00e9ussi \u00e0 devenir \u00ab\u00a0le D\u00e9sir\u00e9\u00a0\u00bb, comme il le souhaitait.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai du moins la paix du m\u00e9nage.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1987\" class=\"cit-num\">1987<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVIII<\/span> (1755-1824). <em>Histoire des deux Restaurations jusqu\u2019\u00e0 l\u2019av\u00e8nement de Louis-Philippe<\/em> (1856), Achille de Vaulabelle<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La fratrie royale devenait trop conflictuelle et le duc de Richelieu, pr\u00e9sident du Conseil des ministres, a d\u00e9missionn\u00e9 le 13\u00a0d\u00e9cembre 1821. Le roi se veut philosophe, \u00e9tant surtout trop souffrant pour se battre encore et toujours. Le comte d\u2019Artois est content de voir partir ce constitutionnel trop mod\u00e9r\u00e9 et laisse son fr\u00e8re en paix \u2013 pas longtemps.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Non seulement J\u00e9sus-Christ \u00e9tait fils de Dieu, mais encore il \u00e9tait d\u2019excellente famille du c\u00f4t\u00e9 de sa m\u00e8re.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2000\" class=\"cit-num\">2000<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mgr Hyacinthe-Louis de <span class=\"caps\">QU\u00c9LEN<\/span> (1778-1839), 125e archev\u00eaque de Paris (de 1821 \u00e0 sa mort). <em>Dictionnaire de la b\u00eatise et des erreurs de jugement<\/em> (1998), Guy Bechtel et Jean-Claude Carri\u00e8re<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019amour de la religion et le respect de la Famille pouss\u00e9s \u00e0 l\u2019extr\u00eame nous valent cette \u00ab\u00a0perle\u00a0\u00bb de b\u00eatisier historique. Tr\u00e8s en cour aupr\u00e8s de Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>, puis de Charles X, \u00e9lu \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise contre Casimir Delavigne en 1824, l\u2019archev\u00eaque de Paris attribua cet honneur \u00e0 la religion et non \u00e0 ses titres acad\u00e9miques, dans son discours de r\u00e9ception. Membre de la Chambre des Pairs, incarnation de l\u2019Ancien R\u00e9gime, il l\u00e2cha en plein sermon cette formule propre \u00e0 scandaliser lib\u00e9raux et r\u00e9publicains. Moins bien vu sous la Monarchie de Juillet qui le consid\u00e8re comme (trop) l\u00e9gitimiste, il demeure archev\u00eaque, Dieu merci\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est la le\u00e7on d\u2019un p\u00e8re qui laisse toujours percer sa sollicitude \u00e0 travers sa s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 ou pour mieux dire sa pr\u00e9voyance.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2007\" class=\"cit-num\">2007<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Le Moniteur<\/em>, 24\u00a0juin 1827. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est en ces termes m\u00e9taphoriques que ce journal officiel parle du r\u00e9tablissement de la censure par ordonnance.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne veux pas monter en charrette comme mon fr\u00e8re\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2012\" class=\"cit-num\">2012<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CHARLES<\/span>\u00a0X (1757-1836), hant\u00e9 par le souvenir de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> guillotin\u00e9 en 1793.<em> La Cour de Charles\u00a0X<\/em> (1892), Imbert de Saint-Amand<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019exemple de son fr\u00e8re a\u00een\u00e9, devenu un roi martyr, le confortait dans sa politique ultraroyaliste. N\u2019est-ce pas sa faiblesse et ses concessions qui l\u2019ont perdu\u00a0? Et Charles\u00a0X assimile les Girondins de la R\u00e9volution aux lib\u00e9raux de plus en plus agressifs, sous la Restauration. Sa peur devient obsessionnelle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Enfin, vous r\u00e9gnez\u00a0! Mon fils vous devra sa couronne.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2021\" class=\"cit-num\">2021<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duchesse de <span class=\"caps\">BERRY<\/span> (1798-1870), \u00e0 Charles X, 26\u00a0juillet\u00a01830. <em>M\u00e9moires de la comtesse de Boigne<\/em> (posthume, 1909)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>M\u00e8re de l\u2019\u00ab\u00a0enfant du miracle\u00a0\u00bb (fils posthume du duc de Berry assassin\u00e9 en 1820), elle lit dans Le Moniteur le texte des quatre ordonnances \u2013 qualifi\u00e9es de sc\u00e9l\u00e9rates par l\u2019opposition majoritaire. Cette bombe ultra va d\u00e9clencher le lendemain la r\u00e9volution des Trois Glorieuses (journ\u00e9es des 27, 28, 29\u00a0juillet) et la fin du r\u00e8gne des Bourbons\u00a0!<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-7-44.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">Monarchie de Juillet (1830-1848)<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Madame [\u2026] votre fils est mon roi\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2075\" class=\"cit-num\">2075<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848), \u00e0 la duchesse de Berry (m\u00e8re d\u2019Henri V). <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La duchesse a d\u00e9barqu\u00e9 secr\u00e8tement en France, le 30\u00a0avril 1832. Pour Chateaubriand, Louis-Philippe le roi des Fran\u00e7ais n\u2019est qu\u2019un usurpateur (branche d\u2019Orl\u00e9ans oppos\u00e9e aux Bourbons l\u00e9gitimistes). L\u2019auteur sera poursuivi en cour d\u2019assises pour son <em>M\u00e9moire sur la captivit\u00e9 de la duchesse de Berry<\/em> et acquitt\u00e9 en 1833. Quant \u00e0 la duchesse, elle tente en vain de soulever la Provence, puis la Vend\u00e9e. Arr\u00eat\u00e9e le 6\u00a0novembre \u00e0 Nantes, intern\u00e9e au fort de Blaye sous la surveillance du futur mar\u00e9chal Bugeaud, elle accouche en prison d\u2019une fille, fruit d\u2019un mariage secret\u00a0: scandale\u00a0! La branche l\u00e9gitimiste en est discr\u00e9dit\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Fichtre\u00a0! fit Gavroche. Voil\u00e0 qu\u2019on me tue mes morts.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2076\" class=\"cit-num\">2076<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Les Mis\u00e9rables<\/em> (1862)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mot d\u2019un populaire gamin de Paris mort \u00e0 12 ans et ainsi mis en situation\u00a0: \u00ab\u00a0Au moment o\u00f9 Gavroche d\u00e9barrassait de ses cartouches un sergent gisant pr\u00e8s d\u2019une borne, une balle frappa le cadavre.\u00a0\u00bb Hugo immortalise dans ce roman la premi\u00e8re grande insurrection r\u00e9publicaine sous la Monarchie de Juillet, les 5 et 6\u00a0juin 1832. Une manifestation aux fun\u00e9railles du g\u00e9n\u00e9ral Lamarque (d\u00e9put\u00e9 de l\u2019opposition) se termine en \u00e9meute, quand la garde nationale massacre les insurg\u00e9s, retranch\u00e9s rue du Clo\u00eetre-Saint-Merri\u00a0: barricades et pav\u00e9s font \u00e0 nouveau l\u2019histoire, et la une des journaux de l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ma tombe et mon berceau seront bien rapproch\u00e9s l\u2019un de l\u2019autre\u00a0! Ma naissance et ma mort, voil\u00e0 donc toute mon histoire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2078\" class=\"cit-num\">2078<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duc de <span class=\"caps\">REICHSTADT<\/span> (1811-1832), mourant \u00e0 21\u00a0ans de tuberculose, 22\u00a0juillet 1832.<em> Les Errants de la gloire<\/em> (1933), princesse Lucien Murat (comtesse Marie de Rohan-Chabot)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019Aiglon (h\u00e9ros de th\u00e9\u00e2tre pour Rostand), fils de l\u2019Aigle (Napol\u00e9on), ex-roi de Rome, promu Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (quelques jours, apr\u00e8s les deux abdications en\u00a01814 et\u00a01815) n\u2019aura pas le destin r\u00eav\u00e9 pour lui par son p\u00e8re, ni m\u00eame aucun r\u00f4le politique. Son grand-p\u00e8re maternel, Fran\u00e7ois\u00a0Ier d\u2019Autriche, y veille, occultant le souvenir de l\u2019empereur et le faisant duc de Reichstadt (petite ville de Boh\u00eame), tout en aimant tendrement l\u2019adolescent fragile.<\/p>\n<p>Louis-Napol\u00e9on Bonaparte se consid\u00e8re d\u00e9sormais comme le chef du parti bonapartiste, en tant que neveu de Napol\u00e9on\u00a0Ier \u2013 mais l\u2019infid\u00e9lit\u00e9 notoire de sa m\u00e8re, Hortense de Beauharnais, femme de Louis Bonaparte, roi de Hollande, poussa son p\u00e8re \u00e0 nier sa paternit\u00e9 et \u00e0 rompre avec Hortense, la tr\u00e8s jolie belle-fille de Napol\u00e9on. Ce doute sur son identit\u00e9 lui pourrira la vie, mais le nom de Napol\u00e9on lui donnera quand m\u00eame un destin national.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tous deux sont morts. Seigneur, votre droite est terrible.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2079\" class=\"cit-num\">2079<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Po\u00e8me d\u2019ao\u00fbt\u00a01832<\/em> (Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>,<em> Les Chants du cr\u00e9puscule<\/em>)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Rappelons que le p\u00e8re de l\u2019Aiglon, Napol\u00e9on, est mort \u00e0 51\u00a0ans, le 5\u00a0mai 1821 apr\u00e8s cinq ans de captivit\u00e9 \u00e0 Sainte-H\u00e9l\u00e8ne. La l\u00e9gende napol\u00e9onienne doit beaucoup au g\u00e9nie d\u2019Hugo et \u00e0 la comparaison in\u00e9vitable avec le prochain ma\u00eetre de la France, Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span> \u00ab\u00a0le Petit\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Gr\u00e2ce encore une fois\u00a0! Gr\u00e2ce au nom de la tombe,<br>Gr\u00e2ce au nom du berceau.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2099\" class=\"cit-num\">2099<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), \u00ab\u00a0Au roi Louis-Philippe, apr\u00e8s l\u2019arr\u00eat de mort prononc\u00e9 le 12\u00a0juillet 1839.\u00a0\u00bb <em>Les Rayons et les ombres<\/em> (1840)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Hugo sera toute sa vie l\u2019un des plus fervents adversaires de la peine de mort, quelles que soient les circonstances politiques ou autres.<\/p>\n<p>Le 12\u00a0mai, un coup d\u2019\u00c9tat est organis\u00e9 (d\u2019ailleurs fort mal) par la soci\u00e9t\u00e9 secr\u00e8te des Saisons. Son but\u00a0: faire tomber la Monarchie de Juillet pour instaurer une r\u00e9publique sociale. L\u2019id\u00e9ologie n\u00e9ojacobine renvoie \u00e0 Robespierre, Buonarroti et Babeuf, extr\u00eame gauche de la R\u00e9volution. Barb\u00e8s, Blanqui et Bernard sont les trois meneurs. Entra\u00eenant des centaines de partisans, ils partent \u00e0 l\u2019assaut de la pr\u00e9fecture de police et de l\u2019H\u00f4tel de Ville. La garde nationale et l\u2019arm\u00e9e \u00e9crasent l\u2019insurrection, le 13\u00a0mai\u00a0: plus de 100 morts, dont 28 militaires, autant de bless\u00e9s (dont Barb\u00e8s). La plupart des conjur\u00e9s sont arr\u00eat\u00e9s, Blanqui est en fuite. Au terme du proc\u00e8s, Barb\u00e8s est condamn\u00e9 \u00e0 mort, le 12\u00a0juillet. Hugo intervient le jour m\u00eame et Paris manifeste le lendemain en sa faveur.<\/p>\n<p>Le 14\u00a0juillet, la peine est commu\u00e9e en travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 ces interventions\u2026 et \u00e0 un heureux \u00e9v\u00e9nement\u00a0: la duchesse d\u2019Orl\u00e9ans, femme du fils a\u00een\u00e9 et tr\u00e8s aim\u00e9 du roi, vient de lui donner un petit-fils.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0V\u00e9ritable Saturne du travail, l\u2019industrie d\u00e9vore ses enfants et ne vit que de leur mort.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2251\" class=\"cit-num\">2251<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1808-1873),<em> L\u2019Extinction du paup\u00e9risme<\/em> (1844)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On retrouve la m\u00e9taphore r\u00e9volutionnaire de Saturne d\u00e9vorant ses enfants, qui renvoie elle-m\u00eame \u00e0 la mythologie.<\/p>\n<p>L\u2019utopie de ces trente pages \u00e9crites par le prisonnier au fort de Ham et le d\u00e9sir d\u2019un futur souverain de se poser en \u00ab\u00a0homme social\u00a0\u00bb n\u2019excluent pas une certaine sinc\u00e9rit\u00e9. Fait unique pour l\u2019\u00e9poque de la part d\u2019un pr\u00e9tendant au pouvoir, il tient \u00e0 visiter les r\u00e9gions industrielles anglaises. Il a 25\u00a0ans et le spectacle de la mis\u00e8re le frappe.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Par la voix du canon d\u2019alarme, \/ La France appelle ses enfants.<br>\u00ab\u00a0Allons, dit le soldat, Aux armes\u00a0! \/ C\u2019est ma m\u00e8re, je la d\u00e9fends.\u00a0\u00bb<br>Mourir pour la patrie, \/ C\u2019est le sort le plus beau, \/ Le plus digne d\u2019envie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2128\" class=\"cit-num\">2128<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Auguste <span class=\"caps\">MAQUET<\/span> (1813-1888), paroles, et Alphonse <span class=\"caps\">VARNEY<\/span> (1811-1879), musique, <em>Chant des Girondins<\/em> (1847), entonn\u00e9 le 22\u00a0f\u00e9vrier\u00a01848 au matin, place de la Concorde. <em>Chansons nationales et populaires de France<\/em> (1850), Th\u00e9ophile Marion Dumersan<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La double m\u00e9taphore patriotique des enfants de la patrie et de France, m\u00e8re patrie, est toujours pr\u00eate \u00e0 revivre.<\/p>\n<p>Ce ch\u0153ur est tir\u00e9 du <em>Chevalier de Maison-Rouge<\/em>, version th\u00e9\u00e2trale du roman historico-h\u00e9ro\u00efco-r\u00e9volutionnaire sign\u00e9 Dumas et Maquet. Grand succ\u00e8s populaire, le soir de la premi\u00e8re repr\u00e9sentation. Ce morceau va devenir \u00ab\u00a0La Marseillaise de la R\u00e9volution de 1848\u00a0\u00bb. Il est chant\u00e9 pour la premi\u00e8re fois au matin du 22\u00a0f\u00e9vrier, par les Parisiens venus en masse \u00e0 la Concorde, ignorant l\u2019interdiction du dernier banquet et du d\u00e9fil\u00e9, tous deux d\u00e9command\u00e9s. La foule commence \u00e0 crier\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 bas Guizot\u00a0!\u00a0\u00bb et \u00e0 conspuer les gardes municipaux. La fi\u00e8vre monte, malgr\u00e9 cet hiver froid et pluvieux. Les pav\u00e9s, les barricades, les manifestations s\u2019improvisent ici et l\u00e0, avec les habitants des faubourgs et des banlieues venus pour la bagarre, jusqu\u2019\u00e0 la nuit tombante.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019abdique cette couronne, que la voix nationale m\u2019avait appel\u00e9 \u00e0 porter, en faveur de mon petit-fils le comte de Paris. Puisse-t-il r\u00e9ussir dans la grande t\u00e2che qui lui \u00e9choit aujourd\u2019hui.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2132\" class=\"cit-num\">2132<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span>\u2013<span class=\"caps\">PHILIPPE<\/span> (1773-1850), 24\u00a0f\u00e9vrier 1848. <em>Histoire de la R\u00e9volution de 1848<\/em> (1866), Louis Antoine Garnier-Pag\u00e8s<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le roi refuse le plan de Thiers\u00a0: s\u2019enfuir \u00e0 Saint-Cloud et reconqu\u00e9rir Paris \u00e0 la t\u00eate de l\u2019arm\u00e9e. Il est horrifi\u00e9 \u00e0 l\u2019id\u00e9e de faire couler le sang, comme Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span> en son temps. Et il est vieux, fatigu\u00e9, d\u00e9courag\u00e9 depuis la mort de son fils pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 en 1842.<\/p>\n<p>\u00c9mile de Girardin, directeur de La Presse, vient sans \u00eatre invit\u00e9 lui souffler la solution, le mot tabou, que son entourage n\u2019ose prononcer\u00a0: abdication. Il s\u2019y r\u00e9sout et il \u00e9crit l\u2019acte, alors que la foule menace de forcer les grilles des Tuileries \u2013 si elle passe, c\u2019est le massacre, comme au 10\u00a0ao\u00fbt\u00a01792. Elle passera, le roi parti, mais ce ne sera qu\u2019un pillage, sans autres victimes que les objets d\u2019art dignes d\u2019un mus\u00e9e.<\/p>\n<p>Le roi abdique donc, en faveur du fils a\u00een\u00e9 de ce fils a\u00een\u00e9, au nom du droit d\u2019a\u00eenesse demeur\u00e9 sacr\u00e9 \u00e0 ses yeux. D\u00e9cision d\u00e9risoire\u00a0: le petit comte de Paris a 10\u00a0ans. Sa m\u00e8re, la duchesse d\u2019Orl\u00e9ans, devient r\u00e9gente, mais cette femme faible et impopulaire sera molest\u00e9e par la foule.<\/p>\n<p>Les \u00e9meutiers ont envahi la Chambre et nomment un gouvernement provisoire. La R\u00e9publique est proclam\u00e9e. Les fils cadets de Louis-Philippe, le duc d\u2019Aumale et le prince de Joinville qui commandent l\u2019arm\u00e9e en Alg\u00e9rie et pouvaient encore sauver la dynastie, se soumettront. Le dernier roi de France vient donc d\u2019abdiquer.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Fils de Saint Louis, montez en fiacre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2134\" class=\"cit-num\">2134<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mot c\u00e9l\u00e8bre et anonyme.<em> Dictionnaire des citations fran\u00e7aises et \u00e9trang\u00e8res<\/em>, Larousse<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Devant le ch\u00e2teau des Tuileries, le roi s\u2019appr\u00eate \u00e0 monter en voiture. Un homme du peuple lui aurait ouvert la porte et lanc\u00e9 ce mot par d\u00e9rision. Paraphrase du \u00ab\u00a0Fils de Saint Louis, montez au ciel\u00a0\u00bb, derniers mots de l\u2019abb\u00e9 Edgeworth de Firmont, confesseur de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, au roi montant sur l\u2019\u00e9chafaud en 1793.<\/p>\n<p>Autre version (<em>Revue des annales<\/em>)\u00a0: \u00ab\u00a0Fils d\u2019\u00c9galit\u00e9, montez en fiacre\u00a0\u00bb, par r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 son p\u00e8re, Louis Philippe d\u2019Orl\u00e9ans, qui prit le nom de Philippe \u00c9galit\u00e9 en 1792, devenant d\u00e9put\u00e9 \u00e0 la Convention, vota la mort du roi Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> (son cousin), et finit lui-m\u00eame guillotin\u00e9 en 1793.<br>Louis-Philippe ne part que pour l\u2019exil, en Angleterre o\u00f9 il mourra deux ans plus tard. Un r\u00e8gne de dix-huit ans s\u2019ach\u00e8ve, celui d\u2019un roi bourgeois dans une France bourgeoise, \u00ab\u00a0Roi des barricades\u00a0\u00bb entre deux r\u00e9volutions, l\u2019une de trois jours qui l\u2019a fait roi-citoyen d\u2019une monarchie constitutionnelle et l\u2019autre beaucoup plus chaotique et sanglante, pour accoucher d\u2019une r\u00e9publique qui aboutira au Second Empire de Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>. La France aura vraiment test\u00e9 tous les r\u00e9gimes, d\u00e9clin\u00e9s en diff\u00e9rentes versions.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-7-44.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">Deuxi\u00e8me R\u00e9publique (1848-1852)<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tremblez tyrans portant culotte\u00a0! \/ Femmes, notre jour est venu\u00a0;<br>Point de piti\u00e9, mettons en vote \/ Tous les torts du sexe barbu\u00a0!<br>Notre patience est \u00e0 bout, \/ Debout, V\u00e9nusiennes, debout [\u2026]<br>Refrain Libert\u00e9 sur nos fronts verse tes chauds rayons,<br>Tremblez, tremblez, maris jaloux, \/ Respect aux cotillons\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2162\" class=\"cit-num\">2162<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise de <span class=\"caps\">CHAUMONT<\/span> (<span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle),<em> La Marseillaise des femmes<\/em> (ou <em>Marseillaise des cotillons<\/em>), chanson de 1848. <em>L\u2019Illustration<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span> (1848), J.\u00a0Dubouchet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La famille traditionnelle est remise en question avec un humour f\u00e9ministe et r\u00e9volutionnaire tr\u00e8s kitsch. Les \u00ab\u00a0V\u00e9nusiennes\u00a0\u00bb chantent et d\u00e9filent, jupes retrouss\u00e9es, corsage en bataille, jeunes ouvri\u00e8res vivant parfois en communaut\u00e9 \u00e0 la mode saint-simonienne. La Marseillaise, parmi tous les chants de l\u2019histoire de France, est le plus constamment repris, parodi\u00e9, r\u00e9cup\u00e9r\u00e9, exploit\u00e9 en d\u2019innombrables versions. C\u2019est la ran\u00e7on de la gloire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Leurs drag\u00e9es vomissent la mitraille,<br>Quand notre cause est la fraternit\u00e9,<br>Adieu, mon fils, vis et meurs en canaille,<br>Car la canaille a fait la libert\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2172\" class=\"cit-num\">2172<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">J.-B.\u00a0<span class=\"caps\">SIM\u00c9ON<\/span> (<span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle), <em>La Canaille<\/em> (1848), chanson. <em>Manuel d\u2019histoire litt\u00e9raire de la France, 1789-1848<\/em> (1973), Jean-Charles Payen, Jean-Claude Abramovici<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le \u00ab\u00a0h\u00e9ros de f\u00e9vrier\u00a0\u00bb chant\u00e9 par J.-B. Sim\u00e9on, le peuple, cette \u00ab\u00a0sainte canaille\u00a0\u00bb, se rappelle les grandes journ\u00e9es de\u00a01789 et\u00a01830. Et la m\u00e9taphore familiale du fils, enfant de la patrie, se rappelle au souvenir du peuple fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>La m\u00e9taphore peut aussi se faire comique face au futur Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span> qui sera cruellement chansonn\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Bonjour, aimable R\u00e9publique,<br>Je m\u2019appelle Napol\u00e9on [\u2026]<br>Pour votre \u00e9poux, me voulez-vous\u00a0? [\u2026]<br>Je vous mettrai tout sens dessus dessous, <br>Avec moi vous aurez l\u2019Empire,<br>R\u00e9publique, marions-nous\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2180\" class=\"cit-num\">2180<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Le Pr\u00e9tendu de la R\u00e9publique<\/em> (1848), chanson anonyme. <em>La Nouvelle critique\u00a0: revue du marxisme militant<\/em>, nos 138 \u00e0\u00a0141 (1962).\u00a0<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le peuple se moque d\u00e9j\u00e0 de lui, avec un humour proph\u00e9tique. Les professionnels de la politique et la presse vont sous-estimer l\u2019homme \u2013 et le pouvoir du nom.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Laissez le neveu de l\u2019empereur s\u2019approcher du soleil de notre R\u00e9publique\u00a0; je suis s\u00fbr qu\u2019il dispara\u00eetra dans ses rayons.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2181\" class=\"cit-num\">2181<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">BLANC<\/span> (1811-1882). <em>Histoire parlementaire de l\u2019Assembl\u00e9e nationale<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1848), F. Wouters, <span class=\"caps\">A.J.C.<\/span> Gendeblen<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Louis Blanc fait ici allusion \u00e0 une d\u00e9claration du candidat empruntant au lyrisme hugolien\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019oncle de Louis-Napol\u00e9on, que disait-il\u00a0? Il disait\u00a0: \u00ab\u00a0La r\u00e9publique est comme le soleil.\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cette citation r\u00e9f\u00e9rentielle prouve qu\u2019un bon historien peut faire gravement erreur sur son temps\u00a0! C\u2019est la R\u00e9publique qui va bient\u00f4t dispara\u00eetre devant l\u2019Empire restaur\u00e9. Il est vrai que les premiers t\u00e9moins n\u2019ont pas cru dans le destin du nouvel homme qui para\u00eet particuli\u00e8rement falot.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La tribune est fatale aux m\u00e9diocrit\u00e9s et aux impuissants. Nous ne voulons pas \u00eatre trop cruels envers un homme condamn\u00e9 \u00e0 cet accablant contraste, en sa propre personne, d\u2019une telle insuffisance et d\u2019un tel nom.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2182\" class=\"cit-num\">2182<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Le National<\/em>, 10\u00a0octobre 1848. <em>Louis Napol\u00e9on le Grand<\/em> (1990), Philippe S\u00e9guin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le Nom ne va plus cesser d\u2019accompagner Louis-Napol\u00e9on Bonaparte, \u00e0 la fois handicap et atout majeur dans le jeu politique\u00a0de cet h\u00e9ritier ambitieux\u00a0!<\/p>\n<p>La veille, Louis-Napol\u00e9on Bonaparte est interpell\u00e9 par les d\u00e9put\u00e9s sur ses intentions. Un t\u00e9moin raconte qu\u2019\u00ab\u00a0il avait le regard mal assur\u00e9, comme un \u00e9colier qui n\u2019est pas certain d\u2019avoir bien r\u00e9cit\u00e9 sa le\u00e7on\u00a0\u00bb. Lors de sa premi\u00e8re pr\u00e9sentation au palais Bourbon, le 26\u00a0septembre, le nouveau d\u00e9put\u00e9 de l\u2019Yonne a d\u00e9j\u00e0 fait mauvaise impression, montant \u00e0 la tribune pour lire un papier chiffonn\u00e9, parlant de ses \u00ab\u00a0compatriotes\u00a0\u00bb avec un fort accent \u00e9tranger (il a v\u00e9cu exil\u00e9 aux \u00c9tats-Unis). Verdict de Ledru-Rollin\u00a0: \u00ab\u00a0Quel imb\u00e9cile, il est coul\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb Et Lamartine l\u2019appelle \u00ab\u00a0un chapeau sans t\u00eate\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si je r\u00e9ussissais, je serais oblig\u00e9 d\u2019\u00e9pouser la R\u00e9publique et je suis trop honn\u00eate gar\u00e7on pour \u00e9pouser une si mauvaise fille\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2186\" class=\"cit-num\">2186<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Adolphe <span class=\"caps\">THIERS<\/span> (1797-1877), refusant de se porter candidat \u00e0 la pr\u00e9sidence.<em> Histoire de France contemporaine depuis la R\u00e9volution jusqu\u2019\u00e0 la paix de 1919<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span> (1921), Ernest Lavisse, Philippe Sagnac<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Thiers a de l\u2019humour et une vue claire de la situation. C\u2019\u00e9tait pourtant le souhait du parti de l\u2019Ordre qui regroupe des monarchistes (l\u00e9gitimistes et orl\u00e9anistes), des r\u00e9publicains conservateurs, voire mod\u00e9r\u00e9s, unis par leur opposition au socialisme.<\/p>\n<p>M\u00eame refus de Bugeaud, le mar\u00e9chal qui a un nom, un prestige. Lamartine s\u2019\u00e9tant d\u00e9consid\u00e9r\u00e9 aux yeux de ses anciens partisans, le parti de l\u2019Ordre se rabat sur le troisi\u00e8me homme\u00a0: Louis-Napol\u00e9on Bonaparte. Et Thiers de conclure\u00a0: \u00ab\u00a0Sans affirmer que la nomination de M.\u00a0Louis Bonaparte soit le bien, elle para\u00eet \u00e0 nous tous, hommes mod\u00e9r\u00e9s, un moindre mal.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La R\u00e9volution et la R\u00e9publique sont indivisibles. L\u2019une est la m\u00e8re, l\u2019autre est la fille. L\u2019une est le mouvement humain qui se manifeste, l\u2019autre est le mouvement humain qui se fixe. La R\u00e9publique, c\u2019est la R\u00e9volution fond\u00e9e [\u2026] On ne s\u00e9pare pas l\u2019aube du soleil.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2214\" class=\"cit-num\">2214<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), Assembl\u00e9e l\u00e9gislative, Discours du 17\u00a0juillet 1851. <em>Actes et Paroles. Avant l\u2019exil<\/em> (1875)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>M\u00e9taphore historienne et patriotique, discours historique et violent, prononc\u00e9 devant une assembl\u00e9e houleuse. Hugo est contre la r\u00e9vision de la Constitution qui est d\u00e9battue. Le 19\u00a0juillet, elle ne r\u00e9unit que 446 voix contre 270. Il fallait la majorit\u00e9 des trois quarts (543 voix). L\u2019article\u00a045 interdisant la r\u00e9\u00e9ligibilit\u00e9 est donc maintenu. Cette fois, les d\u00e9put\u00e9s n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 dupes, la man\u0153uvre a \u00e9chou\u00e9.<\/p>\n<p>Louis-Napol\u00e9on Bonaparte n\u2019a plus le choix. Il pr\u00e9pare son coup d\u2019\u00c9tat, avec soin, avec ses hommes bien plac\u00e9s dans l\u2019arm\u00e9e, la police. Il pr\u00e9pare aussi l\u2019opinion, entretient la peur, d\u00e9nonce l\u2019imminence du complot\u00a0: <em>Le Spectre rouge<\/em> de 1852, brochure sign\u00e9e Romieu, en dit assez par son titre.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-8-114.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">Second Empire (1852-1870).<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les Bonaparte, c\u2019est tout de m\u00eame un clan qui se remplit les poches, se distribue les couronnes, et qui, en 1851, s\u2019attable pour le deuxi\u00e8me service.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2144\" class=\"cit-num\">2144<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MAURIAC<\/span> (1885-1970), <em>Bloc-notes<\/em>, <span class=\"caps\">IV<\/span> (1965-1967) dans le journal <em>L\u2019Express<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Hugo n\u2019aurait pas mieux dit contre le deuxi\u00e8me, mais son culte pour le premier l\u2019a rendu encore plus cruel. Les contemporains de Louis-Napol\u00e9on Bonaparte sont s\u00e9v\u00e8res pour ce nouvel empereur, les historiens aussi, qui ont quand m\u00eame r\u00e9vis\u00e9\u00a0leur jugement, \u00e0 commencer par un homme politique tr\u00e8s cot\u00e9, gaulliste social, Philippe Seguin, auteur d\u2019une biographie qui fait date, <em>Louis Napol\u00e9on le Grand<\/em> (1990), rendant justice \u00e0 l\u2019homme et au Second Empire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce n\u2019est pas la peine d\u2019avoir risqu\u00e9 le coup d\u2019\u00c9tat avec nous tous pour \u00e9pouser une lorette.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2254\" class=\"cit-num\">2254<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duc de <span class=\"caps\">PERSIGNY<\/span> (1808-1872), \u00e0 Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>, d\u00e9cembre\u00a01852.<em> Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parole du seul honn\u00eate homme dans l\u2019\u00e9quipe d\u2019aventuriers qui pr\u00e9para le 2\u00a0d\u00e9cembre 1851 et se retrouve ministre de l\u2019Int\u00e9rieur. La \u00ab\u00a0lorette\u00a0\u00bb est quand m\u00eame une jeune fille de vraie noblesse espagnole (par son p\u00e8re, trois fois Grand d\u2019Espagne), fort belle, moins sotte qu\u2019on ne le dira. Mais sa m\u00e8re irlandaise, quelque peu aventuri\u00e8re, promenait sa fille en Europe dans l\u2019espoir d\u2019un bon mariage. Et l\u2019empereur en est fou\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On peut tomber amoureux de mademoiselle de Montijo, mais on ne l\u2019\u00e9pouse pas.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2255\" class=\"cit-num\">2255<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Princesse <span class=\"caps\">MATHILDE<\/span> (1820-1904). <em>Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span> ou l\u2019empire des sens<\/em> (2010), Michel de Decker<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mathilde-L\u00e9tizia Wilhelmine Bonaparte, dite \u00ab\u00a0la princesse Mathilde\u00a0\u00bb, fille de J\u00e9r\u00f4me Bonaparte (roi de Westphalie et fr\u00e8re de Napol\u00e9on Ier), cousine germaine de Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span>, auquel elle fut fianc\u00e9e vers 1835, se montre elle aussi bien m\u00e9prisante. \u00c9pouse d\u2019un richissime parvenu russe, dont elle s\u2019est s\u00e9par\u00e9e en 1845 avec une pension de 200\u00a0000 roubles, elle vit avec un sculpteur, tient fort \u00e9l\u00e9gamment la maison de son cousin Pr\u00e9sident.<\/p>\n<p>Elle va perdre son r\u00f4le \u00e0 la cour quand Eug\u00e9nie entrera dans la vie de Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span>. Il a r\u00e9pondu\u00a0: \u00ab\u00a0Je l\u2019aime, c\u2019est elle que je veux.\u00a0\u00bb Il l\u2019\u00e9pousera le 29\u00a0janvier 1853. La princesse Mathilde se repliera sur le 10 rue de Courcelles, salon litt\u00e9raire o\u00f9 elle joue les m\u00e9c\u00e8nes pour les artistes les plus brillants de l\u2019Empire. Tandis que l\u2019imp\u00e9ratrice, \u00e9pouse bient\u00f4t d\u00e9\u00e7ue, m\u00e8re passionn\u00e9e, catholique dans l\u2019\u00e2me et conservatrice convaincue, se m\u00ealera de politique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019Empereur, vous n\u2019avez rien de lui\u00a0!<br>\u2014 Tu te trompes, mon cher, j\u2019ai sa famille.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2269\" class=\"cit-num\">2269<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> <span class=\"caps\">III<\/span> (1808-1873) \u00e0 son cousin germain J\u00e9r\u00f4me-Napol\u00e9on Bonaparte (1856). <em>Histoire de la France<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1958), Andr\u00e9 Maurois<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>J\u00e9r\u00f4me-Napol\u00e9on, dit Prince Napol\u00e9on, fils de J\u00e9r\u00f4me Bonaparte (fr\u00e8re de Napol\u00e9on Ier) et fr\u00e8re de la princesse Mathilde, mettait ainsi en doute l\u2019ascendance paternelle de l\u2019empereur. Rappelons que sa m\u00e8re, Hortense de Beauharnais (fille de l\u2019imp\u00e9ratrice Jos\u00e9phine), avait eu avant sa naissance en 1808 bien des amants\u00a0: un \u00e9cuyer, son premier chambellan qui \u00e9tait comte, un marquis, un amiral hollandais\u2026 Les historiens ignoreront toujours si Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span> est bien le fils de son p\u00e8re Louis Bonaparte, roi de Hollande. Une seule chose est s\u00fbre\u00a0: le doute qui devait empoisonner l\u2019empereur.<\/p>\n<p>Sa famille n\u2019\u00e9tait pas davantage un cadeau, surtout ce cousin germain, chef de la branche cadette, parfois appel\u00e9 Napol\u00e9on V et surnomm\u00e9 Plon-Plon (diminutif affectueux de sa m\u00e8re, devenu ridicule avec l\u2019\u00e2ge), qui affiche ses convictions anticl\u00e9ricales et jacobines. L\u2019empereur se m\u00e9fie de ce \u00ab\u00a0C\u00e9sar d\u00e9class\u00e9\u00a0\u00bb, impulsif et vell\u00e9itaire, en \u00e9tat de fronde perp\u00e9tuelle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les choses ne vont pas tout droit dans mon gouvernement. Comment en serait-il autrement\u00a0? L\u2019imp\u00e9ratrice est l\u00e9gitimiste, Morny est orl\u00e9aniste, je suis r\u00e9publicain. Il n\u2019y a qu\u2019un bonapartiste, c\u2019est Persigny, et il est fou.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2278\" class=\"cit-num\">2278<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> <span class=\"caps\">III<\/span> (1808-1873). <em>Le Duc de Morny\u00a0: \u00ab\u00a0empereur\u00a0\u00bb des Fran\u00e7ais sous Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span><\/em> (1951), Robert Christophe<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La boutade lui a \u00e9t\u00e9 pr\u00eat\u00e9e, il avait de l\u2019humour. De fait, l\u2019empereur est assez mal entour\u00e9. Les bonapartistes ont chacun leurs id\u00e9es. Morny, son demi-fr\u00e8re, l\u2019a aid\u00e9 comme ministre de l\u2019Int\u00e9rieur \u00e0 pr\u00e9parer le coup d\u2019\u00c9tat, pour d\u00e9missionner peu apr\u00e8s, \u00e0 cause du d\u00e9cret confisquant les biens de la famille d\u2019Orl\u00e9ans (le \u00ab\u00a0premier vol de l\u2019Aigle\u00a0\u00bb en 1852)\u00a0; il pr\u00e9side \u00e0 pr\u00e9sent le Corps L\u00e9gislatif.<\/p>\n<p>L\u2019imp\u00e9ratrice, conservatrice et catholique, se m\u00eale de politique, pensant surtout \u00e0 pr\u00e9server les int\u00e9r\u00eats de son fils ador\u00e9 (n\u00e9 en 1856). L\u2019empereur qui se dit r\u00e9publicain a un bonapartisme complexe sinon contradictoire, h\u00e9r\u00e9ditaire et pl\u00e9biscitaire, s\u2019appuyant sur la bourgeoisie d\u2019affaires et regardant aussi du c\u00f4t\u00e9 du peuple, voulant la libert\u00e9 mais la surveillant avec autorit\u00e9\u00a0! Persigny est le compagnon de toujours et de tous les coups rat\u00e9s, puis r\u00e9ussis, mais il a le bonapartisme si pros\u00e9lyte qu\u2019il faudra bient\u00f4t le mettre \u00e0 la retraite, quand sonnera l\u2019heure d\u2019un certain lib\u00e9ralisme. Et l\u2019empereur oublie le prince Napol\u00e9on, au bonapartisme jacobin et anticl\u00e9rical, qui man\u0153uvre \u00e0 gauche et a des pr\u00e9tentions dynastiques.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon enfant, tu es sacr\u00e9 par ce pl\u00e9biscite. L\u2019Empire lib\u00e9ral, ce n\u2019est pas moi, c\u2019est toi\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2304\" class=\"cit-num\">2304<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> <span class=\"caps\">III<\/span> (1808-1873), \u00e0 son fils, le prince imp\u00e9rial Eug\u00e8ne Louis Napol\u00e9on, \u00e2g\u00e9 de 14\u00a0ans, 8\u00a0mai 1870.<em> La Soci\u00e9t\u00e9 du Second Empire<\/em>, tome\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> (1911-1924), Comte Maurice Fleury, Louis Sonolet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019empereur rayonne et en oublie son mal, apr\u00e8s le pl\u00e9biscite triomphal du 8\u00a0mai\u00a0: 7\u00a0350\u00a0000 oui (et 1\u00a0538\u00a0000 non) pour approuver le s\u00e9natus-consulte du 20\u00a0avril 1870. L\u2019Empire devient une monarchie parlementaire\u00a0: ministres responsables devant les Chambres qui ont aussi l\u2019initiative des lois. Mais il est trop tard. La Prusse s\u2019appr\u00eate \u00e0 d\u00e9clarer la guerre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Monsieur mon fr\u00e8re, n\u2019ayant pu mourir au milieu de mes troupes, il ne me reste qu\u2019\u00e0 remettre mon \u00e9p\u00e9e entre les mains de Votre Majest\u00e9. Je suis, de Votre Majest\u00e9, le bon fr\u00e8re, Napol\u00e9on.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2318\" class=\"cit-num\">2318<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> <span class=\"caps\">III<\/span> (1808-1873), Lettre \u00e0 Guillaume\u00a0Ier, Sedan, 1er\u00a0septembre 1870. <em>La D\u00e9b\u00e2cle<\/em> (1893), \u00c9mile Zola<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On croirait entendre Napol\u00e9on le Grand, \u00e0 l\u2019heure de la seconde abdication\u00a0: \u00ab\u00a0Je viens, comme Th\u00e9mistocle, m\u2019asseoir au foyer du peuple britannique. Je me mets sous la protection de ses lois, que je r\u00e9clame de Votre Altesse Royale, comme celles du plus constant, du plus g\u00e9n\u00e9reux de mes ennemis.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019empereur vient d\u2019\u00e9crire ces mots. Lettre imm\u00e9diatement port\u00e9e au vainqueur qui r\u00e9pond\u00a0: \u00ab\u00a0Monsieur mon fr\u00e8re, en regrettant les circonstances dans lesquelles nous nous rencontrons, j\u2019accepte l\u2019\u00e9p\u00e9e de Votre Majest\u00e9, et je la prie de vouloir bien nommer un de vos officiers muni de vos pleins pouvoirs, pour traiter de la capitulation de l\u2019arm\u00e9e qui s\u2019est si bravement battue sous vos ordres. De mon c\u00f4t\u00e9, j\u2019ai d\u00e9sign\u00e9 le mar\u00e9chal de Moltke, \u00e0 cet effet. Je suis, de Votre Majest\u00e9, le bon fr\u00e8re.\u00a0\u00bb Sign\u00e9, Guillaume Ier.<\/p>\n<p>La capitulation est sign\u00e9e au ch\u00e2teau de Bellevue, dans la nuit du 1er\u00a0septembre 1870. Conditions terribles\u00a0: toute l\u2019arm\u00e9e de Sedan sera intern\u00e9e en Allemagne, y compris l\u2019empereur, d\u00e9sormais prisonnier. La capitulation est publi\u00e9e le 2, rendue effective le 3.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Attendu que la patrie est en danger, que nous constituons le pouvoir r\u00e9gulier issu du suffrage universel, nous d\u00e9clarons que Louis Napol\u00e9on Bonaparte et sa dynastie ont \u00e0 jamais cess\u00e9 de r\u00e9gner sur la France\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2333\" class=\"cit-num\">2333<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882), \u00e0 la tribune de l\u2019Assembl\u00e9e, 4\u00a0septembre 1870. <em>Histoire de France contemporaine depuis la R\u00e9volution jusqu\u2019\u00e0 la paix de 1919<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">VII<\/span> (1921), Ernest Lavisse, Philippe Sagnac<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Jeune d\u00e9put\u00e9 r\u00e9publicain, avocat d\u00e9j\u00e0 remarqu\u00e9, cern\u00e9 par une foule de manifestants qui ont envahi le palais Bourbon, ayant appris le d\u00e9sastre militaire de Sedan et la capitulation de l\u2019empereur prisonnier, il doit d\u2019abord les calmer et mettre un minimum de forme juridique \u00e0 cette proclamation, pour \u00e9viter une r\u00e9volution insurrectionnelle comme en 1848.<\/p>\n<p>Ce m\u00eame jour, la R\u00e9publique est sommairement proclam\u00e9e, avec un gouvernement de la D\u00e9fense nationale h\u00e2tivement constitu\u00e9 pour faire la \u00ab\u00a0guerre \u00e0 outrance\u00a0\u00bb. Gambetta, ministre de l\u2019Int\u00e9rieur, sera le membre le plus bouillant et brouillon de ce gouvernement provisoire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Bon voyage, vieux Badinguet,<br>Porte aux Prussiens ta vieille Badinguette\u00a0!<br>Bon voyage, vieux Badinguet,<br>Ton p\u2019tit b\u00e2tard ne r\u00e9gnera jamais.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2334\" class=\"cit-num\">2334<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Les Actes de Badinguet<\/em> (1870), chanson.<em> La Commune en chantant<\/em> (1970), Georges Coulonges<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces couplets vengeurs s\u2019adressent \u00e0 l\u2019empereur d\u00e9chu dont la popularit\u00e9 s\u2019est \u00e9croul\u00e9e en quelques jours \u2013 Badinguet est le nom du ma\u00e7on dont Louis-Napol\u00e9on Bonaparte emprunta les v\u00eatements pour s\u2019enfuir du fort de Ham, en 1846. Quant \u00e0 sa femme l\u2019imp\u00e9ratrice, elle ne fut jamais aim\u00e9e du peuple.<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Famille, je vous hais\u00a0\u00bb ou je vous aime&#8230; Pour le meilleur et plus souvent le pire, les histoires de famille (entre p\u00e8res et m\u00e8res, enfants et fratrie) sont fatalement historiques dans une France sous r\u00e9gime monarchique ou imp\u00e9rial, jusque dans les ann\u00e9es 1870.Les mariages soumis \u00e0 la raison d\u2019\u00c9tat font rarement le bonheur et l\u2019enjeu [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":53,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-9721","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-edito-de-la-semaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9721","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9721"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9721\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12612,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9721\/revisions\/12612"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9721"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9721"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9721"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}