{"id":9728,"date":"2023-06-12T00:00:00","date_gmt":"2023-06-11T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/histoires-de-famille-du-siecle-de-louis-xiv-a-la-revolution\/"},"modified":"2025-08-12T08:43:01","modified_gmt":"2025-08-12T06:43:01","slug":"histoires-de-famille-du-siecle-de-louis-xiv-a-la-revolution","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/histoires-de-famille-du-siecle-de-louis-xiv-a-la-revolution\/","title":{"rendered":"Histoires de famille (du si\u00e8cle de Louis XIV \u00e0 la R\u00e9volution)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>\u00ab\u00a0Famille, je vous hais\u00a0\u00bb ou je vous aime\u2026<\/p>\n<p>Pour le meilleur et plus souvent le pire, les histoires de famille (entre p\u00e8res et m\u00e8res, enfants et fratrie) sont fatalement historiques dans une France sous r\u00e9gime monarchique ou imp\u00e9rial, jusque dans les ann\u00e9es 1870.<br>Les mariages soumis \u00e0 la raison d\u2019\u00c9tat font rarement le bonheur et l\u2019enjeu de la succession est constant, car vital pour le pays.<br>Le sort des enfants se joue dans ce huis-clos paradoxalement public, les parents tenant naturellement leur r\u00f4le, avec les fr\u00e8res plus ou moins rivaux et comploteurs, les b\u00e2tards au sort ingrat, les m\u00e8res r\u00e9gentes devenues chef de famille en situation souvent dramatique. <\/p>\n<p>Depuis Clovis (premier roi de France) et sa femme Clotilde, en marge des batailles et des institutions, la chronique nous offre une s\u00e9rie de sagas familiales o\u00f9 les plus grands noms se retrouvent\u00a0: Catherine de M\u00e9dicis et ses fils \u2013 Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> deux fois mal mari\u00e9 mais bon p\u00e8re \u2013 Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> \u00e0 la vie priv\u00e9e encore plus compliqu\u00e9e \u2013 Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span> avec Marie-Antoinette et le dauphin (Louis <span class=\"caps\">XVII<\/span>) \u2013 Napol\u00e9on, son clan familial, ses deux \u00e9pouses, son Aiglon et le destin fatal \u2013 Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> g\u00ean\u00e9 par son fr\u00e8re le futur Charles X \u2013 Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span> g\u00ean\u00e9 par toute sa famille\u2026 et son illustre anc\u00eatre\u00a0!<br>Restent les m\u00e9taphores familiales aux raisons nationales, religieuses ou politiques\u00a0: le roi baptis\u00e9 le \u00ab\u00a0P\u00e8re du peule\u00a0\u00bb, la France \u00ab\u00a0fille a\u00een\u00e9e de l\u2019\u00c9glise\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0mon cousin\u00a0\u00bb et parfois \u00ab\u00a0mon fr\u00e8re\u00a0\u00bb d\u00e9signant les souverains \u00e9trangers (amis ou ennemis), cependant que les \u00ab\u00a0enfants de la patrie\u00a0\u00bb sont toujours appel\u00e9s \u00e0 se battre au son de la Marseillaise, depuis la R\u00e9volution.<\/p>\n<p>Il y a encore des histoires de famille dans l\u2019histoire contemporaine. Sans plus d\u2019enjeu national, elles deviennent anecdotiques, divertissantes et \u00ab\u00a0people\u00a0\u00bb, rarement dramatiques, la \u00ab\u00a0premi\u00e8re dame\u00a0\u00bb (\u00e9pouse du pr\u00e9sident) ne tenant qu\u2019un second r\u00f4le. Rien \u00e0 voir avec la famille royale d\u2019Angleterre ni le \u00ab\u00a0clan Kennedy\u00a0\u00bb aux <span class=\"caps\">USA<\/span> qui passionnent encore les Fran\u00e7ais, preuve que nous adorons toujours les Histoires de famille.<br>Nous allons leur consacrer quatre semaines.<\/p>\n<h3>2. Du si\u00e8cle de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> \u00e0 la R\u00e9volution<\/h3>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-3-40.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">Si\u00e8cle de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> (1643-1715).<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ils font comme leurs enfants, ils jouent \u00ab\u00a0\u00e0 la fronde\u00a0\u00bb.\u00a0\u00bb<span id=\"745\" class=\"cit-num\">745<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">MADELIN<\/span> (1871-1956),<em> La Fronde<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019historien cite le mot \u00e0 la mode\u00a0: \u00ab\u00a0Lorsqu\u2019en 1649 on verra la population de Paris tenir en \u00e9chec le gouvernement royal et le mettre en fuite sans d\u2019ailleurs penser \u00e0 le mettre bas, on dira\u00a0: Ils font comme leurs enfants, ils jouent \u00ab\u00a0\u00e0 la fronde\u00a0\u00bb.\u00a0\u00bb Le mot est sit\u00f4t adopt\u00e9. Le \u00ab\u00a0jeu\u00a0\u00bb sera quand m\u00eame assez s\u00e9rieux pour faire fuir hors de Paris, \u00e0 plusieurs reprises, non seulement le gouvernement mais aussi la famille royale, la Fronde parlementaire \u00e9tant relay\u00e9e par celle des princes, \u00e0 partir de 1650, et les \u00e9meutes populaires \u00e9clatant un peu partout en province.<\/p>\n<p>Dans cette \u00e9preuve nationale, le cardinal Mazarin va sauver la royaut\u00e9. Le roi devenu majeur (\u00e0 13 ans) le gardera comme Premier ministre et profitera de ses le\u00e7ons jusqu\u2019\u00e0 ses 22 ans, le r\u00e8gne personnel ne commen\u00e7ant qu\u2019\u00e0 la mort du cardinal.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Jamais personne n\u2019eut les mani\u00e8res si douces en public, si rudes dans le domestique.\u00a0\u00bb<span id=\"757\" class=\"cit-num\">757<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Hortense <span class=\"caps\">MANCINI<\/span> (1646-1699), <em>M\u00e9moires<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La duchesse de Mazarin est la plus jolie des cinq \u00ab\u00a0Mazarinettes\u00a0\u00bb, ni\u00e8ces de Mazarin qui ont quitt\u00e9 leur Rome natale pour suivre l\u2019oncle allant faire carri\u00e8re en France. Sa vie amoureuse et mondaine d\u00e9fraie la chronique, mais toute la famille Mazarin fait parler\u00a0! Bien que le cardinal ait assur\u00e9 la fortune des siens, ils ne lui en ont nulle reconnaissance.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je plains le sort de la Reine\u00a0; \/ Son rang la contraint en tout\u00a0;<br>La pauvre femme ose \u00e0 peine\/ Remuer quand on la f\u2026\u00a0\u00bb<span id=\"762\" class=\"cit-num\">762<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Le Frondeur compatissant<\/em>, mazarinade. <em>Nouveau si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, ou po\u00e9sies-anecdotes du r\u00e8gne et de la cour de ce prince<\/em> (1793), F.\u00a0Buisson<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u00e8s la mort de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> dont les chansons c\u00e9l\u00e9br\u00e8rent les insuffisances conjugales, on soup\u00e7onne les relations d\u2019Anne d\u2019Autriche avec \u00ab\u00a0Mazarin ce bougeron\u00a0\u00bb. Michelet rapporte, dans son <em>Histoire de France<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Mazarin commen\u00e7a d\u00e8s lors l\u2019\u00e9ducation de la reine, enferm\u00e9 toutes les soir\u00e9es avec elle pour lui apprendre les affaires. La cour, la ville ne jasaient d\u2019autre chose.\u00a0\u00bb On jasa beaucoup, on supposa tout, y compris un mariage secret. Anne d\u2019Autriche nia toujours, assurant m\u00eame que Mazarin \u00ab\u00a0n\u2019aimait pas les femmes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Or, sus, bourgeois, ne soyez plus en peine, \/ Cessez vos pleurs, vos cris,<br>Le Roi, Monsieur, et la Reine R\u00e9gente \/ Reviennent \u00e0 Paris,<br>Ha\u00a0! qu\u2019ils ont fait une belle b\u00e9vue\u00a0! \/ Elle est revenue, Dame Anne, elle est revenue.\u00a0\u00bb<span id=\"782\" class=\"cit-num\">782<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>L\u2019Enl\u00e8vement du Roi<\/em> (1649), chanson.<em> Recueil de plusieurs pi\u00e8ces curieuses contre le cardinal de Mazarin<\/em> (1649)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Rien moins que 28 couplets pour f\u00eater le retour triomphal \u00e0 Paris de toute famille royale, le petit Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> (11 ans), mais aussi son fr\u00e8re Philippe et leur m\u00e8re Anne d\u2019Autriche, le 18\u00a0ao\u00fbt 1649.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qui n\u2019admire l\u2019enfance \/ D\u2019un jeune Roi plus beau que le jour,<br>Soit qu\u2019il chante ou qu\u2019il danse \/ Les dames pour lui br\u00fblent d\u2019amour<br>Et tout bas disent avec rougeur\u00a0: \/ Qu\u2019il est beau, que n\u2019est-il majeur.\u00a0\u00bb<span id=\"786\" class=\"cit-num\">786<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Qui n\u2019admire l\u2019enfance<\/em> (1650), chanson. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La Fronde des princes fait rage, mais cela n\u2019emp\u00eache pas le peuple d\u2019adorer le petit Louis. Cette chanson date de ses 12\u00a0ans, on \u00e9pie l\u2019adolescent, on le jauge, on \u00e9value non sans tendresse la pouss\u00e9e de ses jeunes forces. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> le Grand deviendra l\u2019un des plus brillants danseurs de son si\u00e8cle, s\u2019exhibant volontiers dans des ballets consacrant la gloire du Roi-Soleil, et m\u00eame ses ennemis salueront sa prestance.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous \u00eates roi, vous pleurez et je pars.\u00a0\u00bb<span id=\"802\" class=\"cit-num\">802<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marie <span class=\"caps\">MANCINI<\/span> (1640-vers 1715), \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, le 22\u00a0juin 1659. <em>Annales dramatiques, ou Dictionnaire g\u00e9n\u00e9ral des th\u00e9\u00e2tres<\/em> (1809), Babault ed<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019une des sc\u00e8nes d\u2019amour contrari\u00e9 les plus c\u00e9l\u00e8bres et cit\u00e9es de l\u2019histoire de France\u00a0: trait\u00e9e en chronique par Saint-Simon, l\u2019abb\u00e9 de Choisy, Voltaire, reprise par Dumas dans son roman, <em>Le Vicomte de Bragelonne<\/em> (suite des <em>Trois Mousquetaires<\/em>), elle va surtout inspirer la <em>B\u00e9r\u00e9nice<\/em> de Racine, et l\u2019un de ses plus beaux vers au trag\u00e9dien.<\/p>\n<p>Situation classique\u00a0: deux amants sacrifi\u00e9s \u00e0 la raison d\u2019\u00c9tat. L\u2019identit\u00e9 des h\u00e9ros et les coulisses de l\u2019histoire rendent la sc\u00e8ne fascinante. Marie Mancini est une mazarinette, ni\u00e8ce de Mazarin et Pr\u00e9cieuse pas du tout ridicule, fine lettr\u00e9e, \u00e0 l\u2019esprit romanesque. Sa s\u0153ur Olympe, plus jolie, a d\u00e9j\u00e0 \u00e9mu le jeune Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>. Marie est sa premi\u00e8re grande passion \u2013 platonique, dit-on. Il lui parle mariage, mais sa m\u00e8re Anne d\u2019Autriche s\u2019y oppose. Cette union n\u2019est pas digne du roi de France et pas utile au pays, alors que Mazarin pr\u00e9pare depuis longtemps le mariage de Louis avec l\u2019infante Marie-Th\u00e9r\u00e8se d\u2019Espagne. Sur l\u2019ordre de son oncle, la mazarinette de 20\u00a0ans est \u00e9loign\u00e9e de la cour et oblig\u00e9e de dire adieu \u00e0 son amoureux, lui aussi tr\u00e8s affect\u00e9, mais ob\u00e9issant d\u00e9j\u00e0 \u00e0 la raison d\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vive tout ce qui vient d\u2019Espagne<br>Hors la fille de leur Roi\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"803\" class=\"cit-num\">803<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Ils sont gens de parole<\/em>, chanson (1660). <em>L\u2019Av\u00e8nement du Roi-Soleil<\/em> (1967), Pierre Goubert<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La chanson, bien avant les sondages, refl\u00e8te l\u2019opinion publique\u00a0: on aime bien les Espagnols, leurs bons vins et leurs pistoles, mais pas les reines qu\u2019ils donnent \u00e0 la France. La reine m\u00e8re Anne d\u2019Autriche fut impopulaire (sauf au d\u00e9but de la r\u00e9gence) et l\u2019on voit venir avec crainte la nouvelle Espagnole, l\u2019infante Marie-Th\u00e9r\u00e8se, fille de Philippe\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>\u00a0: mariage n\u00e9goci\u00e9, li\u00e9 au trait\u00e9 des Pyr\u00e9n\u00e9es. La France limite ses exigences territoriales (Artois, Roussillon, quelques places fortes en Flandre et Lorraine) pour mieux r\u00e9ussir l\u2019affaire du mariage\u00a0: l\u2019infante renonce \u00e0 ses droits sur l\u2019Espagne contre une dot exorbitante (500\u00a0000 \u00e9cus d\u2019or). L\u2019Espagne (ruin\u00e9e) ne pourra payer. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> pourra faire valoir ses droits \u2013 c\u2019est dire que la guerre, en germe, est inscrite entre les lignes du trait\u00e9\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dieu merci, il est crev\u00e9.\u00a0\u00bb<span id=\"806\" class=\"cit-num\">806<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Hortense <span class=\"caps\">MACINI<\/span> (1646-1699), <em>M\u00e9moires<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est le cri du c\u0153ur de la famille \u00e0 la nouvelle de la mort du cardinal Mazarin, leur oncle. La belle et spirituelle mazarinette ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 vrai dire, je n\u2019en fus gu\u00e8re plus afflig\u00e9e\u00a0; et c\u2019est une chose remarquable qu\u2019un homme de ce m\u00e9rite, apr\u00e8s avoir travaill\u00e9 toute sa vie pour \u00e9lever et enrichir sa famille, n\u2019en ait re\u00e7u que des marques d\u2019aversion, m\u00eame apr\u00e8s sa mort.\u00a0\u00bb Le r\u00e8gne personnel de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> commence alors.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nommer un roi \u00ab\u00a0P\u00e8re du peuple\u00a0\u00bb est moins faire son \u00e9loge que l\u2019appeler par son nom, ou faire sa d\u00e9finition.\u00a0\u00bb<span id=\"811\" class=\"cit-num\">811<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean de <span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">BRUY\u00c8RE<\/span> (1645-1696), <em>Les Caract\u00e8res<\/em> (1688)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>M\u00e9taphore r\u00e9currente, mais l\u2019auteur apporte ici une nuance \u00e0 la doctrine de la monarchie absolue. On est quand m\u00eame\u00a0 tr\u00e8s loin du si\u00e8cle des Lumi\u00e8res et de leurs philosophes \u00e0 l\u2019esprit critique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si le financier manque son coup, les courtisans disent de lui\u00a0: c\u2019est un bourgeois, un homme de rien, un malotru\u00a0; s\u2019il r\u00e9ussit, ils lui demandent sa fille.\u00a0\u00bb<span id=\"836\" class=\"cit-num\">836<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean de la <span class=\"caps\">BRUY\u00c8RE<\/span> (1645-1696), <em>Les Caract\u00e8res<\/em> (1688)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>De plus en plus nombreux sont les mariages entre gentilshommes pauvres et filles de riches roturiers. Un comportement utilitaire tend \u00e0 remplacer le comportement traditionnel. La tendance soci\u00e9tale s\u2019accentuera au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Bon mariage, mon fils [\u2026] Il faut bien que vous preniez du fumier pour engraisser vos terres\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"837\" class=\"cit-num\">837<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duchesse de <span class=\"caps\">CHAULNES<\/span> (??-1699) \u00e0 son fils, le duc de Picquigny. <em>M\u00e9moires<\/em> (posthume), Saint-Simon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0La duchesse de Chaulnes avait beaucoup de dignit\u00e9, une politesse choisie, un sens et un d\u00e9sir d\u2019obliger qui tenaient lieu d\u2019esprit\u00a0\u00bb selon le m\u00e9morialiste. Son fils vient d\u2019\u00e9pouser la fille du riche financier Bonnier, septi\u00e8me fortune du royaume. C\u2019est ce qui s\u2019appelle un \u00ab\u00a0bon mariage\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019aime un amour fond\u00e9 sur un bon coffre-fort [\u2026]<br>Cette veuve, je crois, ne serait point cruelle\u00a0;<br>Ce serait une \u00e9ponge \u00e0 presser au besoin.\u00a0\u00bb<span id=\"838\" class=\"cit-num\">838<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">REGNARD<\/span> (1655-1709), <em>Le Joueur<\/em> (1696)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019argent occupe une place croissante dans la soci\u00e9t\u00e9\u00a0: la litt\u00e9rature refl\u00e8te ce changement dans les m\u0153urs. Regnard, riche bourgeois, traite le fait avec un franc comique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon fr\u00e8re, vous allez \u00e9pouser tous les os des Saints Innocents.\u00a0\u00bb<span id=\"856\" class=\"cit-num\">856<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIV<\/span> (1638-1715), \u00e0 son fr\u00e8re Philippe d\u2019Orl\u00e9ans, fin mars\u00a01661. <em>M\u00e9moires de Mlle\u00a0de Montpensier<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il est mari\u00e9 malgr\u00e9 lui \u00e0 Henriette Anne d\u2019Angleterre, fort maigre \u00e0 cette \u00e9poque o\u00f9 la mode est aux femmes bien en chair \u2013 elle s\u2019\u00e9panouira joliment, l\u2019amour du comte de Guiche aidant\u2026 et le roi lui-m\u00eame le remarquera.<\/p>\n<p>Mazarin s\u2019est charg\u00e9 d\u2019\u00e9duquer Philippe d\u2019Orl\u00e9ans de fa\u00e7on \u00e0 affaiblir sa personnalit\u00e9, pour \u00e9viter que Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> ait avec lui les m\u00eames ennuis que Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> avec son fr\u00e8re Gaston d\u2019Orl\u00e9ans, l\u2019\u00e9ternel comploteur. Il l\u2019a fait initier \u00e0 l\u2019homosexualit\u00e9 par son neveu Filipo Mancini, en flattant ses penchants inn\u00e9s pour les fards et les d\u00e9guisements. Philippe fera n\u00e9anmoins plusieurs enfants \u00e0 ses deux femmes successives (la seconde \u00e9tant Charlotte-\u00c9lisabeth\u00a0de Bavi\u00e8re, princesse Palatine, m\u00e8re du futur R\u00e9gent). Notons qu\u2019il se r\u00e9v\u00e9lera l\u2019un des meilleurs chefs militaires de son temps, au point que Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, jaloux, retirera tout commandement \u00e0 son fr\u00e8re\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Fils de roi\u00a0; p\u00e8re de roi\u00a0; jamais roi\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"864\" class=\"cit-num\">864<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Horoscope de Louis de France. <em>Le Si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span><\/em> (1751), Voltaire<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le Grand Dauphin (Monseigneur) na\u00eet le 1er\u00a0novembre 1661. Fils a\u00een\u00e9 de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, il sera p\u00e8re de Philippe\u00a0V roi d\u2019Espagne, mais il meurt de la petite v\u00e9role \u00e0 50\u00a0ans, avant d\u2019avoir pu acc\u00e9der au tr\u00f4ne. Il n\u2019est pas certain qu\u2019il l\u2019ait ardemment d\u00e9sir\u00e9, vu son caract\u00e8re un peu mou et son \u00e9ducation un peu rude. Il reporta toute la fiert\u00e9 de son sang royal sur son deuxi\u00e8me fils, le duc d\u2019Anjou (les deux autres moururent jeunes), revendiquant l\u2019h\u00e9ritage de la couronne d\u2019Espagne sur laquelle sa m\u00e8re Marie-Th\u00e9r\u00e8se d\u2019Autriche (infante espagnole) lui a donn\u00e9 des droits. Toutes les histoires de famille royale sont finalement politiques\u00a0!<\/p>\n<p>Les astrologues \u00e9taient r\u00e9guli\u00e8rement consult\u00e9s en ces \u00e9poques o\u00f9 superstition, sorcellerie et magie faisaient partie de la vie quotidienne \u2013 le Grand Si\u00e8cle est en cela plus proche de la Renaissance que des Lumi\u00e8res. Mais sous Mitterrand, la classe politique restait une client\u00e8le fid\u00e8le des devins encore tr\u00e8s sollicit\u00e9s. Aujourd\u2019hui, on n\u2019en parle plus\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\"><em>\u00ab\u00a0Ad usum Delphini.\u00a0\u00bb<\/em> \u00ab\u00a0\u00c0 l\u2019usage du Dauphin.\u00a0\u00bb<span id=\"874\" class=\"cit-num\">874<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span>\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> (1755-1824), formule plusieurs fois \u00e9nonc\u00e9e au temps de son exil. <em>Dictionnaire critique de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1992), Fran\u00e7ois Furet, Mona Ozouf<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Nom donn\u00e9 aux \u00e9ditions des classiques latins destin\u00e9es au Grand Dauphin.<\/p>\n<p>N\u00e9 en 1661, c\u2019est le seul des six enfants de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> et Marie-Th\u00e9r\u00e8se qui ne soit pas mort en bas \u00e2ge. Bossuet devient son pr\u00e9cepteur en 1670 et durant dix ans, il renonce \u00e0 pr\u00eacher pour pr\u00e9parer au m\u00e9tier de roi cet \u00e9l\u00e8ve m\u00e9diocre et mou que rien n\u2019int\u00e9resse. Il se charge de tout lui enseigner (sauf les math\u00e9matiques), r\u00e9dige lui-m\u00eame les cours de religion, latin, philosophie, droit romain, physique, histoire naturelle.<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Ad usum Delphini\u00a0\u00bb<\/em> d\u00e9signe les \u00e9ditions dont on a retranch\u00e9 quelques passages trop crus. Par la suite, on emploiera ironiquement cette formule (\u00ab\u00a0\u00c0 l\u2019usage du Dauphin\u00a0\u00bb) \u00e0 propos de publications expurg\u00e9es ou arrang\u00e9es, pour diverses raisons de censure.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je m\u2019en vais vous mander la chose la plus \u00e9tonnante, la plus surprenante, la plus merveilleuse, la plus miraculeuse, la plus triomphante, la plus \u00e9tourdissante, la plus inou\u00efe, la plus singuli\u00e8re, la plus extraordinaire, la plus incroyable, la plus impr\u00e9vue, la plus grande, la plus petite, la plus rare, la plus commune, la plus \u00e9clatante, la plus secr\u00e8te jusqu\u2019aujourd\u2019hui, la plus brillante, la plus digne d\u2019envie\u2026\u00a0\u00bb<span id=\"875\" class=\"cit-num\">875<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marquise\u00a0de <span class=\"caps\">S\u00c9VIGN\u00c9<\/span> (1626-1696), Lettre, 15\u00a0d\u00e9cembre 1670<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Quelle \u00ab\u00a0chose\u00a0\u00bb d\u00e9cha\u00eene le talent de l\u2019infatigable chroniqueuse du Grand\u00a0Si\u00e8cle dans la plus c\u00e9l\u00e8bre de ses lettres\u00a0? Tout simplement le mariage annonc\u00e9 pour dimanche prochain de M. de Lauzun avec\u2026 \u00ab\u00a0Devinez qui\u00a0? [\u2026] Mademoiselle, la Grande Mademoiselle\u00a0; Mademoiselle fille de feu Monsieur\u00a0; Mademoiselle, petite-fille de Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>\u00a0; Mlle\u00a0d\u2019Eu, Mlle\u00a0de Dombes, Mlle\u00a0de Montpensier, Mlle\u00a0d\u2019Orl\u00e9ans, Mademoiselle, cousine germaine du Roi\u00a0; Mademoiselle, destin\u00e9e au tr\u00f4ne\u00a0; Mademoiselle, le seul parti de France qui f\u00fbt digne de Monsieur.\u00a0\u00bb En fait, Mademoiselle n\u2019\u00e9pousera pas Lauzun, ou du moins pas \u00ab\u00a0dimanche prochain\u00a0\u00bb comme annonc\u00e9. Le roi s\u2019y oppose. Mais son second mariage va \u00e9galement faire parler\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le plus grand roi du monde, couvert de gloire, \u00e9pouser la veuve Scarron\u00a0? Voulez-vous vous d\u00e9shonorer\u00a0?\u00a0\u00bb<span id=\"894\" class=\"cit-num\">894<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUVOIS<\/span> (1639-1691), \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> qui lui fait part de son projet de mariage, 1683. <em>M\u00e9moires et r\u00e9flexions sur les principaux \u00e9v\u00e9nements du r\u00e8gne de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span><\/em> (1715), marquis de la Fare<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Encore une histoire de mariage, mais cette fois, il s\u2019agit du roi\u00a0! Fran\u00e7ois Michel Le Tellier, marquis de Louvois, ose reprocher \u00e0 Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> son intention d\u2019\u00e9pouser Mme\u00a0de Maintenon, veuve d\u2019un boh\u00e8me des lettres.<\/p>\n<p>Sans ressources, la \u00ab\u00a0veuve Scarron\u00a0\u00bb \u00e9tait devenue gouvernante des enfants de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> et Mme\u00a0de Montespan. La gouvernante supplanta la ma\u00eetresse et apr\u00e8s la mort de sa femme Marie-Th\u00e9r\u00e8se (30\u00a0juillet 1683), le roi va \u00e9couter son c\u0153ur plut\u00f4t que son ministre pr\u00e9f\u00e9r\u00e9. Il \u00e9pousera secr\u00e8tement (en 1683 ou 1684) Mme\u00a0de Maintenon qui ne pardonnera jamais \u00e0 Louvois\u00a0: il sera disgraci\u00e9 sur son intervention, apr\u00e8s la chute de Mayence (en 1689).<\/p>\n<p>Mme de Maintenon sera particuli\u00e8rement vis\u00e9e par la Palatine, sa belle-s\u0153ur. Cette princesse allemande parle de \u00ab\u00a0l\u2019Ordure du roi, la Vieille touffe, la Ripop\u00e9e, la Vieille conne, la Vieille guenon\u00a0\u00bb\u2026 Il y a une bonne raison \u00e0 tant de haine\u00a0: elle est en partie responsable de la d\u00e9vastation du Palatinat par les troupes fran\u00e7aises en 1688-1689, l\u2019une des plus grandes erreurs du r\u00e8gne de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>, avec la r\u00e9vocation de l\u2019\u00e9dit de Nantes et les dragonnades contre les protestants.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sire, je ne serai jamais qu\u2019un ignorant\u00a0; mon pr\u00e9cepteur me donne cong\u00e9 toutes les fois que vous remportez une victoire.\u00a0\u00bb<span id=\"896\" class=\"cit-num\">896<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duc du <span class=\"caps\">MAINE<\/span> (1670-1736) en 1683. <em>La Vie quotidienne \u00e0 la cour de Versailles aux <span class=\"caps\">XVII<\/span>e et <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e\u00a0si\u00e8cles<\/em> (1965), Jacques Levron<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fils l\u00e9gitim\u00e9 de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> et de Mme\u00a0de Montespan, Louis Auguste de Bourbon est d\u00e9j\u00e0 bon courtisan \u00e0 13\u00a0ans, quand il parle ainsi \u00e0 son royal p\u00e8re\u00a0!<\/p>\n<p>L\u2019Espagne a d\u00e9clar\u00e9 la guerre \u00e0 la France, apr\u00e8s la \u00ab\u00a0r\u00e9union\u00a0\u00bb du Luxembourg\u00a0: en fait, une annexion pour renforcer nos fronti\u00e8res, r\u00e9alis\u00e9e sous pr\u00e9texte que ce territoire relevait au Moyen \u00c2ge de l\u2019\u00e9v\u00each\u00e9 de Metz (ville fran\u00e7aise au terme de la guerre de Trente Ans). Mais la forteresse de Luxembourg est indispensable \u00e0 la s\u00fbret\u00e9 des Pays-Bas (espagnols). La guerre se d\u00e9roule en Catalogne et aux Pays-Bas, avec une pointe en Italie, la r\u00e9publique de G\u00eanes ayant fourni des gal\u00e8res \u00e0 l\u2019Espagne. La force et la chance sont dans le camp de la France.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut \u00e9lever vos bourgeoises en bourgeoises. Il n\u2019est pas question de leur orner l\u2019esprit\u00a0; il faut leur pr\u00eacher les devoirs de la famille, l\u2019ob\u00e9issance pour le mari, le soin des enfants [\u2026] La lecture fait plus de mal que de bien aux jeunes filles.\u00a0\u00bb<span id=\"904\" class=\"cit-num\">904<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mme\u00a0de <span class=\"caps\">MAINTENON<\/span> (1635-1719). <em>Histoire critique des doctrines de l\u2019\u00e9ducation en France depuis le <span class=\"caps\">XVI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle<\/em> (1880), Gabriel Compayr\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans cet esprit, elle fonde en 1686 la maison d\u2019\u00e9ducation de Saint-Cyr, destin\u00e9e aux jeunes filles nobles et sans fortune \u2013 ce qui fut son cas. L\u2019\u00e9ducation des filles est une question qui agite le <span class=\"caps\">XVII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle. Moli\u00e8re dans ses Femmes savantes (1672) trahit l\u2019angoisse qui accompagne tout changement de m\u0153urs dans une soci\u00e9t\u00e9. Sans doute se situait-il entre Chrysale (tr\u00e8s \u00ab\u00a0bas-bleu\u00a0\u00bb, fa\u00e7on Saint-Cyr) et les femmes savantes, style B\u00e9lise et Armande (trop savantes et un peu ridicules), dans le juste milieu repr\u00e9sent\u00e9 par Henriette et Clitandre\u00a0: \u00ab\u00a0Je consens qu\u2019une femme ait des clart\u00e9s de tout,\u00a0\/ Mais je ne lui veux point la passion choquante\u00a0\/ De se rendre savante afin d\u2019\u00eatre savante.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Rien n\u2019est plus n\u00e9glig\u00e9 que l\u2019\u00e9ducation des filles. La coutume et le caprice des m\u00e8res y d\u00e9cident souvent de tout. On suppose qu\u2019on doit donner \u00e0 ce sexe peu d\u2019instruction. L\u2019\u00e9ducation des gar\u00e7ons passe pour une des principales affaires par rapport au bien public.\u00a0\u00bb<span id=\"905\" class=\"cit-num\">905<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">F\u00c9NELON<\/span> (1651-1715), <em>Trait\u00e9 de l\u2019\u00c9ducation des filles<\/em> (1687)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans ce trait\u00e9 \u00e9crit quelques ann\u00e9es avant sa publication pour la duchesse de Beauvilliers, une des filles de Colbert dont il est le directeur spirituel, F\u00e9nelon professe des id\u00e9es p\u00e9dagogiques en avance sur son temps.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne me soucie pas qu\u2019il m\u2019aime, je me soucie qu\u2019il m\u2019\u00e9pouse.\u00a0\u00bb<span id=\"911\" class=\"cit-num\">911<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mlle\u00a0de <span class=\"caps\">BLOIS<\/span> (1677-1749), lors de son mariage avec le futur R\u00e9gent, Philippe d\u2019Orl\u00e9ans, janvier\u00a01692.<em> Nouvelle collection des m\u00e9moires pour servir \u00e0 l\u2019histoire de France\u00a0: depuis le <span class=\"caps\">XIII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle jusqu\u2019\u00e0 la fin du <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e<\/em> (1837), J.\u00a0Michaud, <span class=\"caps\">J. J. F.<\/span> Poujoulat<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 15 ans, Fran\u00e7oise-Marie de Bourbon, fille de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> et de Mme\u00a0de Montespan, ne s\u2019embarrasse pas de sentiments. L\u2019abb\u00e9 Dubois, pr\u00e9cepteur de Philippe, l\u2019a influenc\u00e9 en sa faveur, alors que sa m\u00e8re, la princesse Palatine, outr\u00e9e que le roi f\u00eet \u00e9pouser \u00e0 son neveu une b\u00e2tarde, lui est farouchement oppos\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon fils, soyez bon Espagnol, mais n\u2019oubliez jamais que vous \u00eates n\u00e9 Fran\u00e7ais.\u00a0\u00bb<span id=\"923\" class=\"cit-num\">923<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIV<\/span> (1638-1715), \u00e0 son petit-fils, Philippe duc d\u2019Anjou, avant son d\u00e9part pour Madrid, 16\u00a0novembre\u00a01700. <em>M\u00e9moires<\/em> (posthume), Saint-Simon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le m\u00e9morialiste rapporte le propos royal, dans une forme un peu moins concise que celle habituellement retenue\u00a0: \u00ab\u00a0Soyez bon Espagnol, c\u2019est pr\u00e9sentement votre premier devoir\u00a0; mais souvenez-vous que vous \u00eates n\u00e9 Fran\u00e7ais, pour entretenir l\u2019union entre les deux nations\u00a0: c\u2019est le moyen de les rendre heureuses et de conserver la paix de l\u2019Europe.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La guerre de Succession d\u2019Espagne \u2013 authentique histoire de famille \u2013 n\u2019en d\u00e9chirera pas moins l\u2019Europe \u00e0 partir de 1702 et jusqu\u2019en 1714. Le dernier testament de Charles\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, mort le 1er\u00a0novembre 1700, est en faveur du prince fran\u00e7ais et Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> a fini par l\u2019accepter. L\u2019enjeu, \u00e0 travers le tr\u00f4ne espagnol, est la supr\u00e9matie europ\u00e9enne. Mais deux grandes familles peuvent y pr\u00e9tendre\u00a0: les Bourbons de France et les Habsbourg d\u2019Autriche, \u00e9galement apparent\u00e9s \u00e0 Charles\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quelle gr\u00e2ce [\u2026] de faire par pure vertu ce que tant d\u2019autres femmes font sans m\u00e9rite et par passion\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"928\" class=\"cit-num\">928<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">GODET<\/span> des <span class=\"caps\">MARAIS<\/span> (1647-1709), \u00e9v\u00eaque de Chartres et directeur spirituel de la Maison de Saint-Cyr, confesseur de Mme\u00a0de Maintenon, \u00e0 sa p\u00e9nitente. <em>Lettres \u00e0 Madame de Maintenon<\/em> (\u00e9dit\u00e9es en 1778)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9pouse morganatique du roi, elle se plaint en 1704 de ce qu\u2019il \u00ab\u00a0lui donne le bonsoir\u00a0\u00bb jusqu\u2019\u00e0 deux fois par nuit\u00a0: elle a 70\u00a0ans et lui 66.<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> le s\u00e9ducteur n\u2019a plus de ma\u00eetresses et la religion l\u2019occupe davantage, avec l\u2019\u00e2ge et sous l\u2019influence de sainte Fran\u00e7oise (le surnom qu\u2019il donne \u00e0 sa femme, n\u00e9e Fran\u00e7oise d\u2019Aubign\u00e9). Pourtant, il garde un bien grand app\u00e9tit de vie \u2013 malgr\u00e9 l\u2019op\u00e9ration d\u2019une fistule anale (novembre\u00a01686), premi\u00e8re d\u2019une s\u00e9rie d\u2019interventions qui vont amener une certaine d\u00e9ch\u00e9ance physique, voire mentale. Le roi continuera cependant de chasser, de manger, d\u2019aimer, de r\u00e9gner jusqu\u2019\u00e0 l\u2019extr\u00eame limite de ses forces.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ah\u00a0! que votre \u00e2me est abus\u00e9e \/ Dans le choix de tous les guerriers.<br>Faut-il qu\u2019une vieille \u00e9dent\u00e9e \/ Fasse fl\u00e9trir tous vos lauriers\u00a0?\u00a0\u00bb<span id=\"929\" class=\"cit-num\">929<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Contre Maintenon<\/em>, chanson. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019influence de cette femme de t\u00eate sur le roi vieillissant fait jaser. Le peuple \u00e9puis\u00e9, ruin\u00e9, lass\u00e9 d\u2019une gloire dont il voit les faiblesses, prend cette femme pour bouc \u00e9missaire, tandis que la guerre de Succession d\u2019Espagne tourne au drame, avec des troupes moins combatives, sous des chefs militaires aussi m\u00e9diocres que La Feuillade, Marcin, Villeroy (ou Villeroi).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Louis, avec sa charmante,\u00a0\/ Enferm\u00e9 dans Trianon,<br>Sur la mis\u00e8re pr\u00e9sente,\u00a0\/ Se lamente sur ce ton\u00a0:<br>Et allons, ma tourlourette \/ Et allons, ma tourlouron.\u00a0\u00bb<span id=\"934\" class=\"cit-num\">934<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Louis avec sa charmante<\/em>, chanson. <em>Le Nouveau Si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> ou Choix de chansons historiques et satiriques<\/em> (1857), Gustave Brunet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La crise \u00e9conomique et sociale ronge le pays et m\u00eame \u00e0 la cour, les marchands exigent d\u2019\u00eatre pay\u00e9s comptant, pour livrer au roi le linge \u00e0 son usage personnel\u00a0!<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, tr\u00e8s \u00e9prouv\u00e9, trouve un r\u00e9confort moral aupr\u00e8s de Mme\u00a0de Maintenon, mais il est de plus en plus conscient de la gravit\u00e9 de la situation. Il cherche \u00e0 n\u00e9gocier la paix. Malheureusement, la coalition impose des clauses inacceptables (restitution ou d\u00e9militarisation de villes fran\u00e7aises). Le roi se pose alors en p\u00e8re de son peuple, en appelant pour la premi\u00e8re fois et directement \u00e0 ses sujets, persuad\u00e9 qu\u2019ils s\u2019opposeraient eux-m\u00eames \u00e0 accepter la paix assortie de conditions contraires \u00e0 la justice et \u00e0 l\u2019honneur du nom fran\u00e7ais. Cet appel \u00e9mouvant et solennel est lu dans toutes les \u00e9glises du royaume, le 12\u00a0juin 1709. L\u2019adh\u00e9sion populaire est \u00e9vidente\u2026 et la guerre continue. La situation va peu \u00e0 peu se redresser. Villars, mar\u00e9chal de France \u00e0 la t\u00eate de l\u2019arm\u00e9e de Flandre, redonne confiance aux troupes. Mais la mis\u00e8re peuple est mal imaginable, \u00e0 la fin du Grand Si\u00e8cle\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les enfants ne se soutiennent que par des herbes et des racines qu\u2019ils font bouillir, et les enfants de quatre \u00e0 cinq ans, auxquels les m\u00e8res ne peuvent donner de pain, se nourrissent dans les prairies comme des moutons.\u00a0\u00bb<span id=\"840\" class=\"cit-num\">840<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Procureur g\u00e9n\u00e9ral du Parlement de Bourgogne.<em> La Vie quotidienne sous Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span><\/em> (1964), Georges Mongr\u00e9dien<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce t\u00e9moignage date de 1709. Le Grand Hiver hantera les m\u00e9moires\u00a0: la Seine g\u00e8le, de Paris \u00e0 son embouchure\u00a0! Les transports par eau sont paralys\u00e9s, les r\u00e9coltes perdues \u2013 m\u00eame les oliviers dans le Midi \u2013 et le prix du bl\u00e9 d\u00e9cuple dans certaines provinces. Hors ces circonstances exceptionnelles qui aggravent une \u00e9conomie de guerre d\u00e9j\u00e0 insupportable pour le peuple, les t\u00e9moignages sont unanimes\u00a0: la France profonde a beaucoup souffert de la mis\u00e8re et des famines, sous le r\u00e8gne de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>. Le roi lui-m\u00eame en a douloureusement conscience, \u00e0 la fin de sa vie. Notons que les paysans des autres pays moins riches \u00e9taient sans doute plus malheureux.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Accabl\u00e9 des plus funestes revers et d\u2019une cruelle famine, hors de pouvoir de continuer la guerre, ni d\u2019obtenir la paix [\u2026], ce prince vit p\u00e9rir sous ses yeux son fils unique, une princesse qui seule fit toute sa joie, ses deux petits-fils, deux de ses arri\u00e8re-petits-fils.\u00a0\u00bb<span id=\"940\" class=\"cit-num\">940<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duc de <span class=\"caps\">SAINT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">SIMON<\/span> (1675-1755), <em>M\u00e9moires<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Triste fin de r\u00e8gne, en contraste avec les temps si longtemps florissants. La princesse en question est Marie-Ad\u00e9la\u00efde de Savoie, femme de l\u2019a\u00een\u00e9 de ses petits-fils, le duc de Bourgogne. Les \u00e9poux mourront de la rougeole \u00e0 six jours d\u2019intervalle en f\u00e9vrier\u00a01712. Suivis un mois apr\u00e8s par leur fils a\u00een\u00e9, Louis, duc de Bretagne. Au terme de tous ces d\u00e9c\u00e8s, l\u2019h\u00e9ritier de la couronne sera l\u2019arri\u00e8re-petit-fils de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, le futur Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>, n\u00e9 \u00e0 Versailles le 15\u00a0f\u00e9vrier 1710.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon enfant, vous allez \u00eatre un grand roi. Ne m\u2019imitez pas dans le go\u00fbt que j\u2019ai eu pour les b\u00e2timents ni dans celui que j\u2019ai eu pour la guerre. T\u00e2chez de soulager vos peuples, ce que je suis malheureux pour n\u2019avoir pu faire.\u00a0\u00bb<span id=\"943\" class=\"cit-num\">943<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIV<\/span> (1638-1715), au futur Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>, 26\u00a0ao\u00fbt 1715. <em>M\u00e9moires<\/em> (posthume), Saint-Simon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le roi re\u00e7oit le petit Dauphin dans sa chambre. Il donne une ultime le\u00e7on \u00e0 l\u2019enfant de cinq ans. Le marquis de Dangeau, m\u00e9morialiste, nous a laiss\u00e9 un<em> Journal de la cour de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span><\/em> qui retrace avec minutie les derniers jours. Roi Tr\u00e8s Chr\u00e9tien, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> fait preuve d\u2019autant de dignit\u00e9 que d\u2019humilit\u00e9. La guerre, entreprise et soutenue par souci de grandeur mais aussi par vanit\u00e9, cause de la ruine des peuples, semble \u00eatre son grand remords.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon neveu, je vous fais R\u00e9gent du royaume. Vous allez voir un roi dans le tombeau et un autre dans le berceau. Souvenez-vous toujours de la m\u00e9moire de l\u2019un et des int\u00e9r\u00eats de l\u2019autre.\u00a0\u00bb<span id=\"945\" class=\"cit-num\">945<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIV<\/span>\u00a0(1638-1715), \u00e0 Philippe d\u2019Orl\u00e9ans, Testament, 1715.<em> Histoire de la R\u00e9gence pendant la minorit\u00e9 de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span><\/em>, volume\u00a0I (1922), Henri Leclercq<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le texte sera lu au lendemain de sa mort. Le roi a institu\u00e9 un Conseil de r\u00e9gence dont le R\u00e9gent en titre est pr\u00e9sident, la r\u00e9alit\u00e9 du pouvoir allant au duc du Maine (fils l\u00e9gitim\u00e9 de Mme\u00a0de Maintenon). Son neveu, dont il se m\u00e9fie non sans raison, ne s\u2019en satisfera pas et le roi mourant a peu d\u2019illusion sur l\u2019avenir de ses derni\u00e8res volont\u00e9s royales. On n\u2019est jamais trahi que par les siens, amis et plus encore membres de sa famille\u00a0!<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-4-59.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res (1715-1789).<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les bourgeois, par une vanit\u00e9 ridicule, font de leur fille un fumier pour les terres des gens de qualit\u00e9.\u00a0\u00bb<span id=\"962\" class=\"cit-num\">962<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CHAMFORT<\/span> (1740-1794), <em>Pens\u00e9es, maximes et anecdotes<\/em> (posthume, 1803)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Alliances d\u2019int\u00e9r\u00eats ou m\u00e9salliances contre nature, selon le point de vue, cette pratique est courante depuis la fin du si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>\u00a0: la bourgeoisie est avide de gentilhommerie et la noblesse \u00e0 court d\u2019argent.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si je savais quelque chose qui me f\u00fbt utile et qui f\u00fbt pr\u00e9judiciable \u00e0 ma famille, je le rejetterais de mon esprit. Si je savais quelque chose qui f\u00fbt utile \u00e0 ma famille et qui ne le f\u00fbt pas \u00e0 ma patrie, je chercherais \u00e0 l\u2019oublier. Si je savais quelque chose utile \u00e0 ma patrie et qui f\u00fbt pr\u00e9judiciable \u00e0 l\u2019Europe et au genre humain, je le regarderais comme un crime.\u00a0\u00bb<span id=\"1003\" class=\"cit-num\">1003<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MONTESQUIEU<\/span> (1689-1755), <em>Cahiers<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il est le premier de tous les philosophes \u00e0 se proclamer europ\u00e9en et m\u00eame citoyen du monde, \u00e0 l\u2019image d\u2019un\u00a0si\u00e8cle \u00e0 vocation cosmopolite. Quant \u00e0 sa famille (femme et fils), disons qu\u2019elle est sans histoire. Il est surtout beaucoup plus discret sur sa vie priv\u00e9e que ses confr\u00e8res philosophes\u2026 sans parler du roi, Louis <span class=\"caps\">XV<\/span> dit le Bien aim\u00e9. Nous y reviendrons, mais ce sont les philosophes qui donnent ce nom au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res et l\u2019un d\u2019eux a beaucoup parl\u00e9 d\u2019enfants et d\u2019enfance.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Jet\u00e9 d\u00e8s mon enfance dans le tourbillon du monde, j\u2019appris de bonne heure par l\u2019exp\u00e9rience que je n\u2019\u00e9tais pas fait pour y vivre.\u00a0\u00bb<span id=\"1034\" class=\"cit-num\">1034<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Jacques <span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span> (1712-1778), <em>Les R\u00eaveries d\u2019un promeneur solitaire<\/em> (posthume, 1782)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Voltaire et Diderot furent injustes et m\u00eame cruels envers lui, comme Hugo le traitant de \u00ab\u00a0faux misanthrope rococo\u00a0\u00bb. Sinc\u00e8rement \u00e9pris de nature et de solitude, il est inapte \u00e0 la vie sociale, incompris et d\u00e9plorant de si mal communiquer, rebelle \u00e0 toute contrainte, d\u00e9go\u00fbt\u00e9 de ce qui l\u2019entoure et souffrant du contact des hommes jusqu\u2019\u00e0 la folie de la pers\u00e9cution. Exception \u00e0 la r\u00e8gle dans ce si\u00e8cle \u00e9minemment sociable et volontiers heureux, Rousseau conclut dans un dernier paradoxe de ses <em>R\u00eaveries d\u2019un promeneur solitaire<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Me voici donc seul sur la terre, n\u2019ayant plus de fr\u00e8re, de prochain, d\u2019ami, de soci\u00e9t\u00e9 que moi-m\u00eame. Le plus sociable et le plus aimant des humains en a \u00e9t\u00e9 proscrit par un accord unanime.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019y a qu\u2019une science \u00e0 enseigner aux enfants, c\u2019est celle des devoirs de l\u2019homme.\u00a0\u00bb<span id=\"1050\" class=\"cit-num\">1050<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Jacques <span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span> (1712-1778), <em>L\u2019\u00c9mile ou De l\u2019\u00c9ducation<\/em> (1762)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pas de soci\u00e9t\u00e9 saine sans des hommes sains. Id\u00e9al p\u00e9dagogique\u00a0: pr\u00e9server la libert\u00e9 naturelle de l\u2019enfant. Rousseau, qui doit beaucoup \u00e0 Montaigne, s\u2019inspire aussi de son exp\u00e9rience d\u2019autodidacte\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019essentiel est d\u2019\u00eatre ce que nous fit la nature\u00a0; on n\u2019est toujours que trop ce que les hommes veulent que l\u2019on soit.\u00a0\u00bb Immense succ\u00e8s de ce trait\u00e9 sur l\u2019\u00e9ducation qui aura d\u2019heureux effets imm\u00e9diats\u00a0: des m\u00e8res se mettent \u00e0 allaiter leurs enfants, on cesse d\u2019emmailloter les nouveau-n\u00e9s comme des momies et d\u2019imposer les baleines aux corps des petites filles. Cette \u00ab\u00a0r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration\u00a0\u00bb morale profite aussi aux esprits. \u00ab\u00a0Il me semble que l\u2019enfant \u00e9lev\u00e9 suivant les principes de Rousseau serait \u00c9mile, et qu\u2019on serait heureux d\u2019avoir \u00c9mile pour son fils\u00a0\u00bb, dira Mme\u00a0de Sta\u00ebl en 1788.<\/p>\n<p>Moins heureux furent les cinq enfants de Rousseau et Th\u00e9r\u00e8se Levasseur, abandonn\u00e9s aux Enfants trouv\u00e9s. Faute de moyens pour les \u00e9lever, dira le p\u00e8re\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La femme est faite pour c\u00e9der \u00e0 l\u2019homme et pour supporter m\u00eame son injustice.\u00a0\u00bb<span id=\"1051\" class=\"cit-num\">1051<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Jacques <span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span> (1712-1778),<em> L\u2019\u00c9mile ou De l\u2019\u00c9ducation<\/em> (1762)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Peut-on parler d\u2019une ombre \u00e0 la philosophie des Lumi\u00e8res, dans un\u00a0si\u00e8cle o\u00f9 les femmes, reines en leurs salons litt\u00e9raires, ont aussi une influence dans la politique et l\u2019art\u00a0? L\u2019auteur pr\u00e9cise\u00a0: \u00ab\u00a0Toute l\u2019\u00e9ducation des femmes doit \u00eatre relative aux hommes. Leur plaire, leur \u00eatre utiles, se faire aimer et honorer d\u2019eux, les \u00e9lever jeunes, les soigner grands, les conseiller, les consoler, leur rendre la vie agr\u00e9able et douce\u00a0: voil\u00e0 les devoirs des femmes dans tous les temps, et ce qu\u2019on doit leur apprendre d\u00e8s l\u2019enfance.\u00a0\u00bb C\u2019est dire que la petite Sophie ne partira pas avec les m\u00eames chances dans la vie que le petit \u00c9mile\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Proposez ce qui est faisable, ne cesse-t-on de me r\u00e9p\u00e9ter. C\u2019est comme si l\u2019on me disait\u00a0: proposez de faire ce que l\u2019on fait [\u2026] P\u00e8res, m\u00e8res, ce qui est faisable est ce que vous voulez faire.\u00a0\u00bb<span id=\"1052\" class=\"cit-num\">1052<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Jacques <span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span> (1712-1778),<em> L\u2019\u00c9mile ou De l\u2019\u00c9ducation<\/em> (1762)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Toute la R\u00e9volution va marcher dans l\u2019\u00e9lan de ce \u00ab\u00a0vouloir, c\u2019est pouvoir\u00a0\u00bb, appliqu\u00e9 aux choses politiques et comparable deux si\u00e8cles plus tard au fier slogan de Mai 68\u00a0: \u00ab\u00a0Soyons r\u00e9alistes, demandons l\u2019impossible.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si les corps des enfants ne sont plus oppress\u00e9s par des ressorts de baleine, si leur esprit n\u2019est plus surcharg\u00e9 de pr\u00e9ceptes, si leurs premi\u00e8res ann\u00e9es du moins \u00e9chappent \u00e0 l\u2019esclavage et \u00e0 la g\u00eane, c\u2019est \u00e0 Rousseau qu\u2019ils le doivent.\u00a0\u00bb<span id=\"1193\" class=\"cit-num\">1193<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marquis de <span class=\"caps\">CONDORCET<\/span> (1743-1794), en 1774. Lettres d\u2019un th\u00e9ologien,<em> \u0152uvres compl\u00e8tes de Condorcet,<\/em> volume X (1804)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Disciple des physiocrates, auteur de plusieurs articles d\u2019\u00e9conomie politique dans<em> l\u2019Encyclop\u00e9die<\/em>, ce philosophe et math\u00e9maticien qui jouera un r\u00f4le politique sous la R\u00e9volution, rend ainsi hommage \u00e0 l\u2019auteur de <em>l\u2019\u00c9mile<\/em> (publi\u00e9 en 1762). Les id\u00e9es des philosophes parfois ont chang\u00e9 la vie, avant de r\u00e9volutionner la France.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sire, tout ce peuple est \u00e0 vous.\u00a0\u00bb<span id=\"1085\" class=\"cit-num\">1085<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mar\u00e9chal de <span class=\"caps\">VILLEROY<\/span> (1644-1730), au petit roi \u00e2g\u00e9 de 10\u00a0ans, 25\u00a0ao\u00fbt 1720.<em> Analyse raisonn\u00e9e de l\u2019histoire de France<\/em> (1845), Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de Chateaubriand<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ami d\u2019enfance de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, militaire fameux pour ses d\u00e9faites plus que ses victoires, moqu\u00e9 \u00e0 la cour et chansonn\u00e9 par la rue, il n\u2019en est pas moins gouverneur de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> enfant. Il lui d\u00e9signe, d\u2019un balcon des Tuileries, la foule venue le voir et l\u2019acclamer, le jour de la Saint Louis (anniversaire de la mort du roi Louis\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span>). Le vieux courtisan se distingue surtout comme professeur de maintien, accablant l\u2019enfant-roi de parades, audiences, revues, d\u00e9fil\u00e9s, autant de corv\u00e9es fastueuses qui vont donner au futur roi et pour la vie l\u2019horreur de la foule, des ovations et des grands mouvements de peuple.<\/p>\n<p>Autre cons\u00e9quence de cette \u00e9ducation, soulign\u00e9e par Chateaubriand l\u2019opposant \u00e0 \u00ab\u00a0Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> [qui] courait pieds nus et t\u00eate nue avec les petits paysans sur les montagnes du B\u00e9arn\u00a0\u00bb. Ici, l\u2019enfant du tr\u00f4ne est compl\u00e8tement s\u00e9par\u00e9 des enfants de la patrie, ce qui le rend \u00e9tranger \u00e0 l\u2019esprit du si\u00e8cle et aux peuples sur lesquels il va r\u00e9gner. Et de conclure\u00a0: \u00ab\u00a0Cela explique les temps, les hommes et les destin\u00e9es.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je supplie Votre Majest\u00e9 de ne pas \u00eatre effray\u00e9e de ce qu\u2019elle n\u2019entendra pas d\u2019abord [\u2026] Chaque chose se d\u00e9veloppera l\u2019une apr\u00e8s l\u2019autre d\u2019elle-m\u00eame, et sans qu\u2019Elle s\u2019en aper\u00e7oive, les affaires o\u00f9 Elle croira n\u2019entendre rien lui deviendront insensiblement famili\u00e8res.\u00a0\u00bb<span id=\"1089\" class=\"cit-num\">1089<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Philippe d\u2019<span class=\"caps\">ORL\u00c9ANS<\/span> (1674-1723). <em>Louis <span class=\"caps\">XV<\/span><\/em> (1980), Pierre Gaxotte<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le jeune roi atteint l\u2019\u00e2ge de la majorit\u00e9 l\u00e9gale (13\u00a0ans) et le R\u00e9gent, son oncle, commence \u00e0 l\u2019initier \u00e0 son m\u00e9tier de roi\u00a0: le 22\u00a0ao\u00fbt 1722, \u00e0 dix heures et demie du matin. Le cardinal Dubois dirige la r\u00e9daction des le\u00e7ons royales confi\u00e9es \u00e0 d\u2019\u00e9minents sp\u00e9cialistes dont la sagesse est grande. Exemple\u00a0: \u00ab\u00a0Le Roi ne peut \u00eatre riche qu\u2019autant que ses sujets le sont.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0O\u00f9 trouver une fille charmante<br>Pour donner au roi Louis\u00a0?<br>O\u00f9 trouver une ligue puissante<br>Contre tous ses ennemis\u00a0?\u00a0\u00bb<span id=\"1093\" class=\"cit-num\">1093<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>O\u00f9 trouver une fille charmante\u00a0?<\/em> (1725), chanson. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le peuple adore son petit roi surnomm\u00e9 le Bien-Aim\u00e9 et qui ressemble \u00e0 l\u2019amour, le peuple chante \u00e0 c\u0153ur joie, tandis que la cour cherche\u2026 l\u2019alliance la plus profitable. Le mariage d\u2019un roi est toujours historique. Ici, c\u2019est tout un feuilleton\u2026<\/p>\n<p>Trois ans pour aligner rien moins que 17 princesses\u00a0! Encore furent-elles choisies parmi 99 possibilit\u00e9s. On \u00e9vitera (dit la chanson) \u00ab\u00a0la Salp\u00eatri\u00e8re\u00a0\u00bb \u2013 la fille du roi du Portugal, \u00ab\u00a0d\u2019une famille dont l\u2019esprit est d\u00e9rang\u00e9\u00a0\u00bb, selon le rapport. On renverra sa cousine germaine, l\u2019infante d\u2019Espagne, vraiment trop jeune \u2013 fianc\u00e9e \u00e0 trois\u00a0ans, elle en a sept, Louis est de sant\u00e9 fragile, sa mort sans descendance donnerait la couronne au duc d\u2019Orl\u00e9ans, fils du R\u00e9gent, ennemi des Cond\u00e9, mais l\u2019affront fait \u00e0 l\u2019Espagne est pr\u00e8s de provoquer une guerre\u2026 Et on la trouvera (dit la chanson) \u00ab\u00a0dans une chaumi\u00e8re\u00a0\u00bb\u00a0: autrement dit, on se rabat sur la plus pauvre, fille d\u2019un roi (de Pologne) sans royaume, Marie Leczinska. Au grand dam des autres cours d\u2019Europe.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le roi d\u00e9clara hier son mariage et je vous assure que l\u2019on ne peut \u00eatre plus gai ni d\u00e9sirer plus vivement l\u2019arriv\u00e9e de la princesse\u00a0; il nous a promis que dix mois apr\u00e8s son mariage, il serait p\u00e8re.\u00a0\u00bb<span id=\"1094\" class=\"cit-num\">1094<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mar\u00e9chal de <span class=\"caps\">VILLARS<\/span> (1653-1734), 28\u00a0mai\u00a01725. <em>M\u00e9moires du mar\u00e9chal de Villars<\/em>\u00a0(posthume, 1904)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019adolescent, tr\u00e8s pieux, se r\u00e9serve pour sa femme, mais son sang Bourbon bouillonne face \u00e0 toutes les jeunes beaut\u00e9s de la cour, impatientes de lui plaire. En attendant le mariage, la chasse est l\u2019exutoire de sa vitalit\u00e9 et restera plus tard, avec l\u2019amour, son passe-temps favori. Des bruits courent cependant, dans cette cour qui se fait l\u2019\u00e9cho de tous les ragots\u00a0: Marie est, dit-on, affreuse, avec des pieds palm\u00e9s, des crises d\u2019\u00e9pilepsie et des sueurs froides. Plus s\u00e9rieusement, on assure que le mariage a \u00e9t\u00e9 arrang\u00e9 par la jolie Mme\u00a0de Prie, ma\u00eetresse de M. le Duc de Bourbon (Premier ministre plus ou moins soumis \u00e0 la dame), et qu\u2019elle a voulu la future reine sotte et laide, afin de mieux la dominer.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La princesse de Pologne avait pr\u00e8s de vingt-deux ans, bien faite et aimable de sa personne, ayant d\u2019ailleurs toute la vertu, tout l\u2019esprit, toute la raison qu\u2019on pouvait d\u00e9sirer dans la femme d\u2019un roi qui avait quinze ans et demi.\u00a0\u00bb<span id=\"1095\" class=\"cit-num\">1095<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mar\u00e9chal de <span class=\"caps\">VILLARS<\/span> (1653-1734), 28\u00a0mai\u00a01725.<em> M\u00e9moires du mar\u00e9chal de Villars<\/em> (posthume, 1904)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La vertu est indiscutable et le demeura. Peut-\u00eatre le bonheur la fit-elle jolie un temps. Mais son propre p\u00e8re, le roi de Pologne, assurait n\u2019avoir jamais connu de reines plus ennuyeuses que sa femme et sa fille\u00a0! Or Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>, de nature m\u00e9lancolique, a surtout besoin de l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, de gaiet\u00e9, d\u2019esprit. On ne peut donc imaginer couple plus mal assorti.<\/p>\n<p>Et pourtant, apr\u00e8s le mariage (4\u00a0septembre 1725) et toujours selon le t\u00e9moignage de Villars, fringant septuag\u00e9naire, \u00ab\u00a0la nuit du 5 au 6 a \u00e9t\u00e9 pour notre jeune roi une des plus glorieuses [\u2026] la nuit du 6 au 7 a \u00e9t\u00e9 \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e9gale. Le roi, comme vous croyez bien, est fort content de lui et de la reine, laquelle, en v\u00e9rit\u00e9, est avec raison bien reine de toutes les fa\u00e7ons.\u00a0\u00bb Le duc de Bourbon confirme par lettre au p\u00e8re de la mari\u00e9e que le roi donna \u00e0 la reine \u00ab\u00a0sept preuves de tendresse\u00a0\u00bb la premi\u00e8re nuit qui avait dur\u00e9 treize heures\u2026 C\u2019est le d\u00e9but de la carri\u00e8re amoureuse de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> et la preuve que les rois n\u2019ont pas de vie priv\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Prenez parole avec Peira pour un gar\u00e7on.\u00a0\u00bb<span id=\"1099\" class=\"cit-num\">1099<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XV<\/span> (1710-1774), \u00e0 la reine, 28\u00a0juillet 1728. <em>Les Rois qui ont fait la France, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> le Bien-Aim\u00e9<\/em> (1982), Georges Bordonove<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Marie Leczinska vient d\u2019accoucher d\u2019une fille, apr\u00e8s les jumelles de l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente. Elle pleure de n\u2019avoir toujours pas donn\u00e9 le Dauphin esp\u00e9r\u00e9 \u00e0 la France et au roi tant aim\u00e9. Il ne se permet pas d\u2019autre reproche et s\u2019en remet \u00e0 Peira, l\u2019accoucheur. Le fils ardemment d\u00e9sir\u00e9 na\u00eet le 4\u00a0septembre 1729 et met fin \u00e0 la rivalit\u00e9 dynastique avec l\u2019Espagne \u2013 gouvern\u00e9e par un Bourbon depuis 1700.<\/p>\n<p>Dans une monarchie h\u00e9r\u00e9ditaire, rappelons que la naissance d\u2019un h\u00e9ritier (m\u00e2le) est une obsession nationale. La mortalit\u00e9 infantile \u00e9lev\u00e9e, une esp\u00e9rance de vie relativement br\u00e8ve rendent la situation plus dramatique encore. Quant aux amours royales, on peut s\u2019\u00e9tonner que ce bel homme de 28\u00a0ans n\u2019ait pas encore de ma\u00eetresse. Le sang des Bourbon bouillonne toujours en lui, mais sa pi\u00e9t\u00e9 l\u2019emporte. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>, moins pr\u00e9coce que Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> ou Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>, se rattrapera plus tard\u2026<\/p>\n<p>En attendant, le couple royal est un couple amoureux \u2013 fait rarissime\u00a0! Elle est folle de lui et apr\u00e8s un coup de foudre authentique, une nuit de noces glorieuse (comment\u00e9e par le mar\u00e9chal de Villars comme une bataille victorieuse), le roi aime tendrement cette reine douce et soumise, qu\u2019il trouve de surcro\u00eet \u00ab\u00a0la plus belle\u00a0\u00bb. Le fait n\u2019est pas certain, m\u00eame d\u2019apr\u00e8s des t\u00e9moins indulgents, et cela confirme que le roi a bien les yeux de l\u2019amour, pour la reine.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Toujours coucher, toujours grosse, toujours accoucher.\u00a0\u00bb<span id=\"1106\" class=\"cit-num\">1106<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marie <span class=\"caps\">LECZINSKA<\/span> (1703-1768), en 1737.<em> Les Rois qui ont fait la France, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> le Bien-Aim\u00e9<\/em> (1982), Georges Bordonove<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le mot, souvent cit\u00e9, est sans doute apocryphe \u2013 femme tr\u00e8s r\u00e9serv\u00e9e, princesse bien \u00e9duqu\u00e9e, elle n\u2019a pu dire cela. Mais elle a d\u00fb le penser. En dix ans de mariage, elle donne dix enfants au roi (dont sept filles). La derni\u00e8re grossesse est difficile, sa sant\u00e9 s\u2019en ressent, elle doit se refuser \u00e0 son \u00e9poux sans lui dire la raison, il s\u2019en offusque et s\u2019\u00e9loigne d\u2019elle.<\/p>\n<p>Elle perd toute s\u00e9duction, se couvre de fichus, ch\u00e2les et mantelets pour lutter contre sa frilosit\u00e9. Toujours amoureuse, elle sera malheureuse et l\u2019une des reines les plus ouvertement tromp\u00e9es. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> a commenc\u00e9 avec Mme\u00a0de Mailly, favorite discr\u00e8te.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Notre monarque, enfin, \/ Se distingue \u00e0 Cyth\u00e8re.<br>De son galant destin \/ On ne fait plus myst\u00e8re.<br>Mailly, dont on babille, \/ La premi\u00e8re \u00e9prouva<br>La royale b\u00e9quille \/ Du p\u00e8re Barnabas.\u00a0\u00bb<span id=\"1107\" class=\"cit-num\">1107<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Notre monarque enfin<\/em>, chanson. <em>Journal historique et anecdotique du r\u00e8gne de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span><\/em> (posthume, 1866), Edmond Jean-Fran\u00e7ois\u00a0Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le peuple respire\u00a0: son roi n\u2019est plus sans divertissement\u00a0! La liaison date de cinq ans, quand elle devient publique, vers 1740. Les quatre s\u0153urs de Nesle seront successivement ses ma\u00eetresses, avant l\u2019arriv\u00e9e de la Pompadour. Le Bien-Aim\u00e9 est l\u2019un des rois les plus riches en favorites dont l\u2019influence politique, non n\u00e9gligeable, ne sera sans doute pas aussi excessive qu\u2019on l\u2019a dit.<\/p>\n<p>Humili\u00e9e par les nouvelles ma\u00eetresses en titre, la reine se console avec Dieu\u2026 et la gourmandise\u00a0: on lui doit l\u2019invention des bouch\u00e9es \u00e0 la reine. On lui doit aussi la Lorraine. Au terme de la guerre de Succession de Pologne (1733-1738) et du trait\u00e9 de Vienne, son p\u00e8re Stanislas Leczinski n\u2019obtient pas la Pologne, mais la Lorraine en viager\u00a0: la province deviendra donc fran\u00e7aise \u00e0 sa mort. Cette bonne affaire, due \u00e0 l\u2019habilet\u00e9 du cardinal de Fleury, est l\u2019un des meilleurs acquis du r\u00e8gne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Puisqu\u2019il a repris sa catin, il ne trouvera plus un Pater sur le pav\u00e9 de Paris.\u00a0\u00bb<span id=\"1120\" class=\"cit-num\">1120<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Les poissardes parlant de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span><\/em>, novembre\u00a01744. <em>Dictionnaire contenant les anecdotes historiques de l\u2019amour, depuis le commencement du monde jusqu\u2019\u00e0 ce jour<\/em> (1811), Mouchet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Bien-Aim\u00e9, certes, mais d\u00e9j\u00e0 contest\u00e9. Les poissardes (femmes des Halles) ont tant pri\u00e9 pour la gu\u00e9rison du roi malade\u00a0! Mais il vient de reprendre sa ma\u00eetresse Mme\u00a0de Ch\u00e2teauroux, troisi\u00e8me des s\u0153urs de Nesle, pr\u00e9sent\u00e9es au roi par le duc de Richelieu, petit-neveu du cardinal (embastill\u00e9 \u00e0 15\u00a0ans pour d\u00e9bauche et remari\u00e9 pour la troisi\u00e8me fois \u00e0 84\u00a0ans\u00a0!) La nouvelle fait grand scandale. La cour se tait, mais la rue a son franc-parler.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Puisqu\u2019il en faut une, mieux vaut que ce soit celle-l\u00e0.\u00a0\u00bb<span id=\"1126\" class=\"cit-num\">1126<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marie <span class=\"caps\">LECZINSKA<\/span> (1703-1768), parlant de la Pompadour.<em> Apog\u00e9e et chute de la royaut\u00e9\u00a0: Louis le Bien-Aim\u00e9<\/em> (1973), Pierre Gaxotte<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Toujours \u00e9prise de son mari, mais digne et r\u00e9sign\u00e9e, la reine ne se plaint jamais de ses liaisons et trouve m\u00eame certains avantages \u00e0 la ma\u00eetresse en titre depuis 1745, la marquise de Pompadour\u00a0: cette jeune et jolie femme de 23\u00a0ans la traite avec plus d\u2019\u00e9gards que les pr\u00e9c\u00e9dentes passantes et durant pr\u00e8s de vingt ans, leurs relations seront cordiales.<\/p>\n<p>La vie de favorite royale, surtout sous le r\u00e8gne de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>, est un m\u00e9tier ingrat, malgr\u00e9 les apparences. Il faut \u00eatre perp\u00e9tuellement en repr\u00e9sentation, souriante, s\u00e9duisante, esclave. L\u2019amour avec le roi fait place \u00e0 l\u2019amiti\u00e9 apr\u00e8s 1750 et la marquise lui fournit de tr\u00e8s jeunes personnes, log\u00e9es dans un quartier de Versailles\u00a0: le Parc-aux-Cerfs. On a beaucoup fantasm\u00e9 sur ce lieu de d\u00e9bauche, il s\u2019agit surtout de rumeurs.<\/p>\n<p>L\u2019impopularit\u00e9, la haine de la cour, les cabales incessantes \u00e9puisent la Pompadour. Elle \u00e9crit \u00e0 son fr\u00e8re, en 1750\u00a0: \u00ab\u00a0Except\u00e9 le bonheur d\u2019\u00eatre avec le roi qui assur\u00e9ment me console de tout, le reste n\u2019est qu\u2019un tissu de m\u00e9chancet\u00e9s, de platitudes, enfin de toutes les mis\u00e8res dont les pauvres humains sont capables.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sans esprit, sans caract\u00e8re \/ L\u2019\u00e2me vile et mercenaire,<br>Le propos d\u2019une comm\u00e8re \/ Tout est bas chez la Poisson \u2013 son \u2013 son.\u00a0\u00bb<span id=\"1127\" class=\"cit-num\">1127<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Poissonnade brocardant la marquise de Pompadour. <em>Madame de Pompadour et la cour de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span><\/em> (1867), \u00c9mile Campardon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le propos est injuste\u00a0: le peuple d\u00e9teste cette fille de financier, n\u00e9e Jeanne Antoinette Poisson, femme d\u2019un fermier g\u00e9n\u00e9ral, bourgeoise dans l\u2019\u00e2me et d\u00e9pensi\u00e8re, habitu\u00e9e des salons litt\u00e9raires \u00e0 la mode, influente en politique, distribuant les faveurs, pla\u00e7ant ses amis, le plus souvent de qualit\u00e9 comme de Bernis, Choiseul \u2013 mais Soubise, mar\u00e9chal de France, se r\u00e9v\u00e9lera peu glorieux.<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> lui doit une part de son impopularit\u00e9. Le peuple a lou\u00e9 le roi pour ses premiers exploits extraconjugaux aupr\u00e8s des s\u0153urs Mailly-de-Nesle, il va bient\u00f4t le ha\u00efr, pour sa longue liaison avec la Pompadour.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La marquise n\u2019aura pas beau temps pour son voyage.\u00a0\u00bb<span id=\"1173\" class=\"cit-num\">1173<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XV<\/span> (1710-1774), voyant le cort\u00e8ge fun\u00e8bre de sa favorite quitter Versailles sous la pluie battante, 17\u00a0avril 1764. <em>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span><\/em> (1890), Ars\u00e8ne Houssaye<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mot souvent cit\u00e9, toujours mis en situation, jusque dans les dictionnaires historiques anglo-saxons. Preuve de la notori\u00e9t\u00e9 des deux personnages. Mais l\u2019histoire est injuste envers ce roi, en citant ces mots \u00ab\u00a0\u00e0 charge\u00a0\u00bb. Son valet de chambre, Champlost, \u00e9voque la sc\u00e8ne et t\u00e9moigne d\u2019une peine r\u00e9elle. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> se mit sur le balcon malgr\u00e9 l\u2019orage, nue t\u00eate, pleura et murmura ainsi d\u00e9couvert\u00a0: \u00ab\u00a0Voil\u00e0 les seuls devoirs que j\u2019ai pu lui rendre. Une amie de vingt ans.\u00a0\u00bb Selon d\u2019autres t\u00e9moins, le roi fut seulement indiff\u00e9rent, et la reine elle-m\u00eame en fut choqu\u00e9e. Car elle aimait bien la marquise.<\/p>\n<p>Mme\u00a0de Pompadour est morte d\u2019\u00e9puisement, \u00e0 42\u00a0ans (le 15\u00a0avril). Elle savait qu\u2019elle ne vivrait pas vieille. Cardiaque, d\u2019une maigreur mal dissimul\u00e9e sous la toilette, elle continuait sa vie tr\u00e9pidante. Les courants d\u2019air de Versailles ont aussi leur part, dans sa congestion pulmonaire. Derni\u00e8re faveur du roi, il lui a permis de mourir au ch\u00e2teau \u2013 privil\u00e8ge r\u00e9serv\u00e9 aux rois et princes du sang. Sit\u00f4t apr\u00e8s, le cort\u00e8ge devait quitter les lieux.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je re\u00e7ois le corps de tr\u00e8s haute et tr\u00e8s puissante dame, Madame la marquise de Pompadour, dame du palais de la Reine. Elle \u00e9tait \u00e0 l\u2019\u00e9cole de toutes les vertus, car la Reine est un mod\u00e8le de bont\u00e9, de pi\u00e9t\u00e9, de modestie et d\u2019indulgence\u2026\u00a0\u00bb<span id=\"1174\" class=\"cit-num\">1174<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fr\u00e8re <span class=\"caps\">R\u00c9MI<\/span> de Reims (seconde moiti\u00e9 du <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e si\u00e8cle), Oraison fun\u00e8bre de Mme\u00a0de Pompadour, 17\u00a0avril 1764.<em> Madame de Pompadour et la cour de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span><\/em> (1867), \u00c9mile Campardon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Tous les participants ont remarqu\u00e9 l\u2019habilet\u00e9 du pr\u00e9dicateur capucin, charg\u00e9 de ce dernier hommage \u00e0 la ma\u00eetresse du roi et qui s\u2019en tire en faisant l\u2019\u00e9loge de sa femme l\u00e9gitime, Marie Leczinska, durant un quart d\u2019heure\u00a0! C\u2019est la famille qui a demand\u00e9 une oraison fun\u00e8bre, avant l\u2019inhumation du corps. Certes, Mme\u00a0de Pompadour est morte avec une pi\u00e9t\u00e9 remarqu\u00e9e, mais le fait reste exceptionnel.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ci-g\u00eet qui fut vingt ans pucelle<br>Sept ans catin et huit ans maquerelle.\u00a0\u00bb<span id=\"1175\" class=\"cit-num\">1175<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9pitaphe satirique de la marquise de Pompadour. <em>Histoire(s) du Paris libertin<\/em> (2003), Marc Lemonier, Alexandre Dupouy<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La mode est aux \u00e9pitaphes satiriques et apr\u00e8s le flot des poissonnades, on ne va pas rater cette ultime occasion de brocarder l\u2019une des favorites les plus d\u00e9test\u00e9es dans l\u2019histoire\u00a0: c\u2019est un m\u00e9chant r\u00e9sum\u00e9 de sa vie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai fait de grandes pertes\u00a0; mon fils le Dauphin, sa femme, la reine, mes filles a\u00een\u00e9es\u00a0; je vieillis et par mon \u00e2ge, je serais le p\u00e8re de la moiti\u00e9 de mes sujets\u00a0; par mon affection, je le suis de tous.\u00a0\u00bb<span id=\"1181\" class=\"cit-num\">1181<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XV<\/span> (1710-1774), au roi de Danemark en visite \u00e0 Paris. <em>Souvenirs du marquis de Valfons<\/em> (posthume, 1860)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Confidence du roi de France, \u00e2g\u00e9 de 57\u00a0ans \u2013 la moyenne de vie passe en France de 21\u00a0ans en 1680 \u00e0 32\u00a0ans en 1774 (la mortalit\u00e9 infantile reste \u00e9lev\u00e9e, ce qui infl\u00e9chit lourdement cette statistique). Louis <span class=\"caps\">XV<\/span> revit presque le m\u00eame calvaire familial que Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>, profond\u00e9ment afflig\u00e9 par cette s\u00e9rie de deuils.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Madame, vous avez l\u00e0 deux cent mille amoureux.\u00a0\u00bb<span id=\"1192\" class=\"cit-num\">1192<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duc de <span class=\"caps\">BRISSAC<\/span> (1734-1792), gouverneur de Paris, \u00e0 Marie-Antoinette, 8\u00a0juin 1773. <em>M\u00e9moires de Mme\u00a0la comtesse du Barri<\/em> (posthume, 1829), Jeanne B\u00e9cu du Barry<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le vieux courtisan lui montre la foule immense venue l\u2019acclamer pour son entr\u00e9e solennelle \u00e0 Paris. La Dauphine de France d\u00e9couvre le peuple se pressant dans les jardins de Versailles pour l\u2019entrevoir. Cet exc\u00e8s de popularit\u00e9 a retard\u00e9 de trois ans son entr\u00e9e dans la capitale \u2013 elle s\u2019est mari\u00e9e avec le Dauphin le 16\u00a0mai\u00a01770, \u00e0 Versailles.<\/p>\n<p>Elle \u00e9crira \u00e0 l\u2019imp\u00e9ratrice Marie-Th\u00e9r\u00e8se d\u2019Autriche\u00a0: \u00ab\u00a0Je ne puis vous dire, ma ch\u00e8re maman, les transports de joie, d\u2019affection, qu\u2019on nous a t\u00e9moign\u00e9s. Avant de nous retirer, nous avons salu\u00e9 avec la main le peuple, ce qui a fait grand plaisir. Qu\u2019on est heureux dans notre \u00e9tat de gagner l\u2019amiti\u00e9 d\u2019un peuple \u00e0 si bon march\u00e9\u00a0! Il n\u2019y a pourtant rien de si pr\u00e9cieux. Je l\u2019ai senti et je ne l\u2019oublierai jamais.\u00a0\u00bb Plus dure sera la chute \u2013 on ne peut lire ces mots sans se rappeler la fin de l\u2019Histoire sous la R\u00e9volution. La sc\u00e8ne rappelle la phrase d\u2019un autre vieux courtisan, Villeroi s\u2019adressant \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>, l\u2019enfant-roi de 10\u00a0ans, sous la R\u00e9gence\u00a0: \u00ab\u00a0Sire, tout ce peuple est \u00e0 vous.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon Dieu, guidez-nous, prot\u00e9gez-nous, nous r\u00e9gnons trop jeunes\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"1205\" class=\"cit-num\">1205<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793) et <span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ANTOINETTE<\/span> (1755-1793), Versailles, 10\u00a0mai 1774.<em> M\u00e9moires sur la vie priv\u00e9e de Marie-Antoinette, reine de France et de Navarre\u00a0; suivis de souvenirs et anecdotes historiques sur les r\u00e8gnes de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> et de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span><\/em> (1823), Jeanne-Louis-Henriette Genet Campan.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> est mort, les courtisans se ruent vers le nouveau roi. Le petit-fils du d\u00e9funt roi, \u00e2g\u00e9 de 20\u00a0ans, est tout de suite effray\u00e9 par le poids des responsabilit\u00e9s, plus qu\u2019enivr\u00e9 par son nouveau pouvoir. Et Marie-Antoinette est d\u2019un an sa cadette.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Or, \u00e9coutez, petits et grands,<br>L\u2019histoire d\u2019un roi de vingt ans<br>Qui va nous ramener en France<br>Les bonnes m\u0153urs et l\u2019abondance.\u00a0\u00bb<span id=\"1206\" class=\"cit-num\">1206<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles <span class=\"caps\">COLL\u00c9<\/span> (1709-1783), <em>Or, \u00e9coutez, petits et grands<\/em>, chanson (mai\u00a01774). <em>La R\u00e9volution fran\u00e7aise en chansons<\/em>, anthologie, Le Chant du Monde<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le peuple c\u00e9l\u00e8bre la mont\u00e9e sur le tr\u00f4ne de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, surnomm\u00e9 Louis le D\u00e9sir\u00e9. C\u2019est dire les espoirs mis en lui, r\u00e9sum\u00e9s par la chanson patriotique de Coll\u00e9, le nouvel auteur dramatique \u00e0 la mode. Censur\u00e9e, mais d\u00e9j\u00e0 jou\u00e9e en priv\u00e9 et tr\u00e8s connue, <em>La Partie de chasse de Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span><\/em> peut enfin \u00eatre donn\u00e9e en public\u00a0: elle c\u00e9l\u00e8bre le roi le plus populaire de l\u2019histoire et Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> souffrait trop de la comparaison. Avec Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, on peut encore r\u00eaver, comme avec Marie-Antoinette.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Belle, l\u2019\u0153il doit l\u2019admirer,<br>Reine, l\u2019Europe la r\u00e9v\u00e8re,<br>Mais le Fran\u00e7ais doit l\u2019adorer,<br>Elle est sa reine, elle est sa m\u00e8re.\u00a0\u00bb<span id=\"1207\" class=\"cit-num\">1207<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Romance en l\u2019honneur de Marie-Antoinette<\/em> (1774). <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La jeune et jolie reine jouit d\u2019une immense popularit\u00e9 depuis son arriv\u00e9e en France il y a quatre ans, et Versailles la salue en ce style pr\u00e9cieux. C\u2019est l\u2019\u00e9tat de gr\u00e2ce, comme jamais avant et jamais apr\u00e8s.<\/p>\n<p>Certes, il y a des jalousies et d\u00e9j\u00e0 quelques soup\u00e7ons contre l\u2019 \u00ab\u00a0Autrichienne\u00a0\u00bb \u00e0 la cour. On aura plus tard la preuve qu\u2019elle est manipul\u00e9e par sa famille autrichienne, restant tr\u00e8s attach\u00e9e \u00e0 sa m\u00e8re, Marie-Th\u00e9r\u00e8se, imp\u00e9ratrice d\u2019Autriche durant trente ans et forte personnalit\u00e9.<br>D\u00e9laiss\u00e9e par son royal \u00e9poux, peu soucieuse de l\u2019\u00e9tiquette \u00e0 la cour et moins encore des finances de l\u2019\u00c9tat, d\u00e9pensi\u00e8re et futile, Marie-Antoinette va accumuler les erreurs. \u00ab\u00a0Ma fille court \u00e0 grands pas vers sa ruine\u00a0\u00bb confie sa m\u00e8re \u00e0 l\u2019ambassadeur de France \u00e0 Vienne, en 1775.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Plus sc\u00e9l\u00e9rate qu\u2019Agrippine<br>Dont les crimes sont inou\u00efs,<br>Plus lubrique que Messaline,<br>Plus barbare que M\u00e9dicis.\u00a0\u00bb<span id=\"1242\" class=\"cit-num\">1242<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pamphlet contre la reine. Vers 1785. <em>Dictionnaire critique de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1992), Fran\u00e7ois Furet, Mona Ozouf<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dauphine jadis ador\u00e9e, la reine est devenue terriblement impopulaire en dix ans, pour sa l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de m\u0153urs, mais aussi pour ses intrigues et son ascendant sur un roi faible jusqu\u2019\u00e0 la soumission. L\u2019affaire du Collier va renforcer ce sentiment.<\/p>\n<p>La R\u00e9volution h\u00e9ritera certes de l\u2019\u0153uvre de Voltaire et de Rousseau, mais aussi des \u00ab\u00a0basses Lumi\u00e8res\u00a0\u00bb, masse de libelles et de pamphlets \u00e0 scandale o\u00f9 le mauvais go\u00fbt rivalise avec la violence verbale, inondant le march\u00e9 clandestin du livre et sapant les fondements du r\u00e9gime. Apr\u00e8s le R\u00e9gent, les ma\u00eetresses de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> et le clerg\u00e9, Marie-Antoinette devient la cible privil\u00e9gi\u00e9e\u00a0: quelque 3\u00a0000 pamphlets la visant rel\u00e8vent, selon la plupart des historiens, de l\u2019assassinat politique. Les r\u00e9seaux sociaux et les fake news ont toujours exist\u00e9.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-5-64.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">R\u00e9volution (1789-1795).<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il a \u00e9t\u00e9 permis de craindre que la R\u00e9volution, comme Saturne, d\u00e9vor\u00e2t successivement tous ses enfants.\u00a0\u00bb<span id=\"1269\" class=\"cit-num\">1269<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre Victurnien <span class=\"caps\">VERGNIAUD<\/span> (1753-1793). <em>Histoire des Girondins<\/em> (1847), Alphonse de Lamartine<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La R\u00e9volution est le temps de toutes les m\u00e9taphores et celle-ci sera reprise comme beaucoup d\u2019autres.<\/p>\n<p>Le destin de Vergniaud illustre parfaitement ses paroles\u00a0: avocat (comme nombre de r\u00e9volutionnaires), d\u00e9put\u00e9 sous la L\u00e9gislative, prenant parti contre les \u00e9migr\u00e9s, contre les pr\u00eatres r\u00e9fractaires, Vergniaud est ensuite consid\u00e9r\u00e9 comme trop mod\u00e9r\u00e9, face \u00e0 Robespierre et aux Montagnards. Il fait partie des Girondins guillotin\u00e9s, fin octobre\u00a01793. D\u2019autres charrettes d\u2019 \u00ab\u00a0enfants\u00a0\u00bb de la R\u00e9volution suivront\u00a0: les Enrag\u00e9s (h\u00e9bertistes) trop enrag\u00e9s, les Indulgents (dantonistes) trop indulgents, les robespierristes enfin, trop terroristes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La famille est compl\u00e8te.\u00a0\u00bb<span id=\"1323\" class=\"cit-num\">1323<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Sylvain <span class=\"caps\">BAILLY<\/span> (1736-1793), \u00e0 la tribune de l\u2019Assembl\u00e9e nationale, 27\u00a0juin 1789. <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1823-1827), Adolphe Thiers, F\u00e9lix Bodin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>M\u00e9taphore nationale et d\u00e9j\u00e0 r\u00e9publicaine. Le pr\u00e9sident de l\u2019Assembl\u00e9e, doyen du tiers \u00e9tat et premier \u00e0 pr\u00eater le serment du Jeu de paume, peut \u00eatre satisfait\u00a0: le roi (toujours P\u00e8re de la nation) a ordonn\u00e9 aux d\u00e9put\u00e9s de la noblesse et du clerg\u00e9 de se joindre au tiers. L\u2019Assembl\u00e9e nationale m\u00e9rite enfin son nom et devient une notion juridique\u00a0: \u00ab\u00a0Nous pourrons maintenant nous occuper sans rel\u00e2che et sans distraction de la r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration du royaume et du bonheur public\u00a0\u00bb, conclut Bailly.<\/p>\n<p>Paris et Versailles illuminent. Tout le pays est d\u00e9sormais repr\u00e9sent\u00e9 par ces 1\u00a0196 d\u00e9put\u00e9s. Les votes se feront par t\u00eate et non par ordre \u2013 noblesse et clerg\u00e9, unis contre le tiers, l\u2019emportaient presque toujours. Mais le syst\u00e8me repr\u00e9sentatif p\u00e8che encore par in\u00e9galit\u00e9 num\u00e9rique\u00a0: avec ses 598 d\u00e9put\u00e9s, le tiers repr\u00e9sente 24\u00a0millions de Fran\u00e7ais et les deux autres ordres, un demi-million de nobles et de pr\u00eatres avec le m\u00eame nombre de d\u00e9put\u00e9s, 308 du clerg\u00e9, 290 de la noblesse.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mes amis, j\u2019irai \u00e0 Paris avec ma femme et mes enfants\u00a0: c\u2019est \u00e0 l\u2019amour de mes bons et fid\u00e8les sujets que je confie ce que j\u2019ai de plus pr\u00e9cieux.\u00a0\u00bb<span id=\"1355\" class=\"cit-num\">1355<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793), au matin du 6\u00a0octobre 1789 \u00e0 Versailles. <em>La R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1965), Fran\u00e7ois Furet, Denis Richet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le roi ne peut que c\u00e9der \u00e0 la foule \u2013\u00a0des milliers de Parisiens et Parisiennes amass\u00e9s dans la cour du ch\u00e2teau de Versailles et criant\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 Paris\u00a0! \u00c0 Paris\u00a0!\u00a0\u00bb Il se rend \u00e0 nouveau populaire, du moins il l\u2019esp\u00e8re, d\u2019autant plus que la foule fraternise avec les gardes. Il va quitter d\u00e9finitivement Versailles pour regagner le palais des Tuileries, sa r\u00e9sidence parisienne.<\/p>\n<p>L\u2019Assembl\u00e9e se r\u00e9unit \u00e0 11\u00a0heures, sous la pr\u00e9sidence de Mounier, boulevers\u00e9. Sur proposition de Mirabeau et Barnave, elle s\u2019affirme ins\u00e9parable du roi et d\u00e9cide de le suivre \u00e0 Paris.<\/p>\n<p>Un immense cort\u00e8ge s\u2019\u00e9branle \u00e0 13\u00a0heures\u00a0: plus de 30\u00a0000 personnes. Des gardes nationaux portant chacun un pain piqu\u00e9 au bout de la ba\u00efonnette, puis les femmes escortant des chariots de bl\u00e9 et des canons, puis les gardes du corps et les gardes suisses d\u00e9sarm\u00e9s, pr\u00e9c\u00e9dant le carrosse de la famille royale escort\u00e9 par La Fayette jeune commandant de la garde nationale, suivi de voitures emmenant quelques d\u00e9put\u00e9s, puis la majeure partie des gardes nationaux et le reste des manifestants.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous ne manquerons plus de pain\u00a0! Nous ramenons le boulanger, la boulang\u00e8re et le petit mitron.\u00a0\u00bb<span id=\"1356\" class=\"cit-num\">1356<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cri et chant de victoire des femmes du peuple ramenant le roi, la reine et le dauphin de Versailles \u00e0 Paris, 6\u00a0octobre 1789. <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1847), Louis Blanc<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9pilogue des deux journ\u00e9es r\u00e9volutionnaires, 5 et 6\u00a0octobre. 6\u00a0000\u00a0\u00e0 7\u00a0000\u00a0femmes venues la veille de Paris crient aujourd\u2019hui victoire\u00a0: le roi a promis le pain aux Parisiens. \u00ab\u00a0P\u00e8re du peuple\u00a0\u00bb, il doit assurer la subsistance et le pain tient une grande part dans le budget des petites gens, d\u2019o\u00f9 l\u2019expression\u00a0: boulanger, boulang\u00e8re, petit mitron. Le soir, \u00e0 20\u00a0heures, le maire de Paris accueille le carrosse royal sous les vivats et les bravos du peuple. Quand Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> peut enfin s\u2019installer aux Tuileries, il n\u2019imagine pas qu\u2019il est d\u00e9sormais prisonnier du peuple parisien.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le roi n\u2019a qu\u2019un homme, c\u2019est sa femme.\u00a0\u00bb<span id=\"1367\" class=\"cit-num\">1367<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791). <em>Marie-Antoinette, Correspondance, 1770-1793<\/em> (2005), \u00c9velyne Lever<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ou encore, selon d\u2019autres sources\u00a0: \u00ab\u00a0Le roi n\u2019a qu\u2019un seul homme, c\u2019est la reine.\u00a0\u00bb V\u00e9rit\u00e9 connue de tous, \u00e9prouv\u00e9e par Mirabeau devenu le conseiller secret de la couronne\u00a0: monarchiste comme beaucoup de d\u00e9put\u00e9s, il essaie de convaincre la reine avant le roi, dont la faiblesse, les h\u00e9sitations, les retournements d\u00e9couragent les plus fervents d\u00e9fenseurs.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Maman, est-ce qu\u2019hier n\u2019est pas fini\u00a0?\u00a0\u00bb<span id=\"1388\" class=\"cit-num\">1388<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Le dauphin <span class=\"caps\">LOUIS<\/span>, futur \u00ab\u00a0<span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVII<\/span>\u00a0\u00bb (1785-1795), \u00e0 Marie-Antoinette, fin juin\u00a01791.<em> Bibliographie moderne ou Galerie historique, civile, militaire, politique, litt\u00e9raire et judiciaire<\/em> (1816), \u00c9tienne Psaume<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un joli mot de l\u2019enfant qui mourra quatre ans plus tard, \u00e0 la prison du Temple. L\u2019\u00e9preuve de \u00ab\u00a0la fuite \u00e0 Varennes\u00a0\u00bb blanchit (dit-on) les cheveux de la reine\u00a0: de blond cendr\u00e9, ils devinrent \u00ab\u00a0comme ceux d\u2019une vieille femme de soixante-dix ans\u00a0\u00bb. Marie-Antoinette a sans aucun doute une part de responsabilit\u00e9 dans ce projet d\u2019\u00e9vasion mal pr\u00e9par\u00e9. Elle dit un jour \u00e0 Fersen\u00a0: \u00ab\u00a0Je porte malheur \u00e0 tous ceux que j\u2019aime.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Allons, enfants de la patrie\u2026\u00a0\u00bb<span id=\"1410\" class=\"cit-num\">1410<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">ROUGET<\/span> de l\u2019<span class=\"caps\">ISLE<\/span> (1760-1836), <em>Chant de guerre pour l\u2019arm\u00e9e du Rhin<\/em> (1792)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Premier vers de ce qui deviendra l\u2019hymne national fran\u00e7ais sous le nom de<em> La Marseillaise<\/em>, paroles et musique de Claude Joseph Rouget de l\u2019Isle, chant compos\u00e9 dans la nuit du 25\u00a0avril 1792 \u00e0 la requ\u00eate du maire Dietrich, \u00e0 Strasbourg, jou\u00e9 pour la premi\u00e8re fois par la musique de la garde nationale de cette ville, le 29\u00a0avril. Cette m\u00e9taphore r\u00e9publicaine et patriotique a un bel avenir\u00a0dans notre Histoire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0D\u00e9sarmez les citoyens ti\u00e8des et suspects, mettez \u00e0 prix la t\u00eate des \u00e9migr\u00e9s conspirateurs [\u2026] Prenez en otage les femmes, les enfants des tra\u00eetres \u00e0 la patrie.\u00a0\u00bb<span id=\"1411\" class=\"cit-num\">1411<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">ROUX<\/span> (1752-1794), 17\u00a0mai 1792. <em>Jacques Roux et le Manifeste des Enrag\u00e9s<\/em> (1948), Maurice Dommanget<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Discours prononc\u00e9 \u00e0 Notre-Dame, imprim\u00e9, vendu au profit des pauvres. Le chef des Enrag\u00e9s conclut\u00a0: \u00ab\u00a0Rappelez-vous surtout que l\u2019Angleterre ne se sauva qu\u2019en rougissant les \u00e9chafauds du sang des rois tra\u00eetres et parjures.\u00a0\u00bb L\u2019escalade de la pens\u00e9e terroriste est claire. C\u2019est le langage de la terreur, avant la Terreur.<\/p>\n<p>Au club des Cordeliers (celui des extr\u00e9mistes), on appelle Jacques Roux le Petit Marat. C\u2019est aussi le Cur\u00e9 rouge et le Pr\u00eatre des sans-culottes \u2013 vicaire, il fut un des premiers \u00ab\u00a0jureurs\u00a0\u00bb \u00e0 la Constitution civile du clerg\u00e9. Pr\u00eatre bien not\u00e9 par sa hi\u00e9rarchie \u00e0 la veille de 1789, idol\u00e2tr\u00e9 de ses fid\u00e8les pour sa g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, il est en quelque sorte r\u00e9v\u00e9l\u00e9 \u00e0 la politique par la prise de la Bastille et converti \u00e0 la R\u00e9volution. Il prononce alors son premier \u00ab\u00a0pr\u00eache civique\u00a0\u00bb. Pr\u00e9curseur du socialisme, applaudi par les paroissiens et les gardes nationaux, mais suspect \u00e0 l\u2019\u00c9glise, il est bient\u00f4t r\u00e9voqu\u00e9, frapp\u00e9 d\u2019interdit par l\u2019\u00e9v\u00eaque.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0S\u2019il est fait la moindre violence, le moindre outrage \u00e0 leurs Majest\u00e9s, le roi, la reine et la famille royale, s\u2019il n\u2019est pas pourvu imm\u00e9diatement \u00e0 leur s\u00fbret\u00e9, \u00e0 leur conservation et \u00e0 leur libert\u00e9, [les Majest\u00e9s imp\u00e9riale et royale \u00e9trang\u00e8res] en tireront une vengeance exemplaire et \u00e0 jamais m\u00e9morable, en livrant la ville de Paris \u00e0 une ex\u00e9cution militaire et \u00e0 une subversion, et les r\u00e9volt\u00e9s coupables d\u2019attentats aux supplices qu\u2019ils auront m\u00e9rit\u00e9s.\u00a0\u00bb<span id=\"1419\" class=\"cit-num\">1419<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles Guillaume Ferdinand de <span class=\"caps\">BRUNSWICK<\/span> (1735-1806), Manifeste r\u00e9dig\u00e9 le 27 juillet 1792. <em>Journal de Paris<\/em> (1792)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fait sous la pression des \u00e9migr\u00e9s (et sans doute de Marie-Antoinette), connu \u00e0 Paris le 1er\u00a0ao\u00fbt, \u00ab\u00a0le manifeste du g\u00e9n\u00e9ral prussien Brunswick [\u2026] \u00e9tait, avec ses menaces insolentes de d\u00e9truire Paris, con\u00e7u dans les termes les plus propres \u00e0 blesser la fiert\u00e9 des Fran\u00e7ais\u00a0\u00bb (Jacques Bainville, <em>Histoire de France<\/em>).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis venu ici pour \u00e9viter un grand crime et je pense que je ne saurais \u00eatre plus en s\u00fbret\u00e9 qu\u2019au milieu de vous.\u00a0\u00bb<span id=\"1423\" class=\"cit-num\">1423<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span>\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793), venu se r\u00e9fugier \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e l\u00e9gislative avec tout sa famille, 10\u00a0ao\u00fbt 1792. <em>Histoire parlementaire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise ou Journal des Assembl\u00e9es nationales<\/em> (1834-1838), <span class=\"caps\">P.J.B.<\/span> Buchez, <span class=\"caps\">P.C.<\/span> Roux.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Contexte explosif\u00a0: patrie en danger, blocage institutionnel, effervescence dans les clubs, agitation des sans-culottes et manifeste de Brunswick (connu le 1er\u00a0ao\u00fbt) qui menace de d\u00e9truire Paris et offense la fiert\u00e9 des Fran\u00e7ais. Danton a fait prendre d\u2019assaut le palais des Tuileries par la Section du faubourg Saint-Antoine\u00a0: 17\u00a0000 assaillants contre 1\u00a0800 d\u00e9fenseurs. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> ordonne \u00e0 ses Suisses de ne pas tirer sur les \u00e9meutiers \u2013 l\u2019affrontement aurait entra\u00een\u00e9 un carnage \u2013\u00a0et se rend \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e avec sa famille. Mais les Suisses et les derniers fid\u00e8les sont massacr\u00e9s par les patriotes, Parisiens, gardes nationaux et un bataillon de Marseillais \u2013 au chant de <em>La Marseillaise.<\/em><\/p>\n<p>Bilan des morts\u00a0: quelque 600 Suisses, 200 aristocrates et gens de maison aux Tuileries. Le palais est pill\u00e9, les t\u00eates promen\u00e9es au bout des piques. Bonaparte, jeune officier d\u2019artillerie pr\u00e9sent au Carrousel, marqu\u00e9 par ce spectacle, m\u00e9prisera dor\u00e9navant la foule.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je recommande \u00e0 mon fils, s\u2019il avait le malheur de devenir roi, de songer qu\u2019il se doit tout entier au bonheur de ses concitoyens.\u00a0\u00bb<span id=\"1203\" class=\"cit-num\">1203<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793), Testament \u00e9crit un mois avant sa mort (fin 1792)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans l\u2019\u00e9preuve, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> acquiert une dignit\u00e9 et m\u00eame une royaut\u00e9 qui le rach\u00e8tent devant l\u2019histoire, cependant que le martyre l\u2019aur\u00e9ole aux yeux de nombreux historiens qui condamnent sans appel son pr\u00e9d\u00e9cesseur\u00a0: la guillotine est plus noble que la petite v\u00e9role.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Fils de Saint Louis, montez au ciel.\u00a0\u00bb<span id=\"1478\" class=\"cit-num\">1478<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Abb\u00e9 <span class=\"caps\">EDGEWORTH<\/span> de <span class=\"caps\">FIRMONT<\/span> (1745-1807), confesseur de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, au roi montant \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud, 21\u00a0janvier 1793. <em>Collection des m\u00e9moires relatifs \u00e0 la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1822), Saint-Albin Berville, Fran\u00e7ois Barri\u00e8re<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le mot est rapport\u00e9 par les nombreux journaux du temps. La pi\u00e9t\u00e9 de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> est notoire et en cela, il est bien le fils de Saint Louis. C\u2019est aussi le dernier roi de France appartenant \u00e0 la dynastie des Cap\u00e9tiens, d\u2019o\u00f9 le nom de Louis Capet sous lequel il fut accus\u00e9 et jug\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0De l\u2019aristocratie, \/ Marat fut la terreur,<br>De la d\u00e9mocratie, \/ Il fut le d\u00e9fenseur.<br>Du peuple, il fut le p\u00e8re, \/ L\u2019ami le plus ardent,<br>Marat fut sur la terre \/ L\u2019appui de l\u2019indigent.\u00a0\u00bb<span id=\"1521\" class=\"cit-num\">1521<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">H. d\u2019<span class=\"caps\">HAUSSONVILLE<\/span> (fin du <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e si\u00e8cle), citoyen de la section Luxembourg, <em>La Mort de Marat<\/em>, chanson, 1793. <em>Les Almanachs de la R\u00e9volution<\/em> (1884), Henri Welschinger<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le peuple s\u2019\u00e9tait trouv\u00e9 un autre p\u00e8re, apr\u00e8s le roi. Lamartine explique cette popularit\u00e9 de l\u2019homme, dans son <em>Histoire des Girondins<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Marat personnifiait en lui ces r\u00eaves vagues et fi\u00e9vreux de la multitude qui souffre. Il introduisait sur la sc\u00e8ne politique cette multitude jusque-l\u00e0 rel\u00e9gu\u00e9e dans son impuissance.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Marat joua le r\u00f4le du journaliste redresseur de torts et formateur de l\u2019opinion publique, critiquant toujours tout et tous, voulant ouvrir les yeux, ne cessant de r\u00e9clamer des t\u00eates, inventant le langage de la Terreur, cherchant \u00e0 d\u00e9truire tous ses adversaires. En cela, il incarne le r\u00e9volutionnaire type jusqu\u2019\u00e0 la caricature. H\u00e9bert l\u2019Enrag\u00e9 prendra le relais.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une femme, la honte de l\u2019humanit\u00e9 et de son sexe, la veuve Capet, doit enfin expier ses forfaits sur l\u2019\u00e9chafaud.\u00a0\u00bb<span id=\"1538\" class=\"cit-num\">1538<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Nicolas <span class=\"caps\">BILLAUD<\/span>\u2013<span class=\"caps\">VARENNE<\/span> (1756-1819) Convention, 3\u00a0octobre\u00a01793. <em>L\u2019Agonie de Marie-Antoinette<\/em> (1907), Gustave Gautherot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un parmi d\u2019autres conventionnels \u00e0 r\u00e9clamer la mise en jugement de la \u00ab\u00a0Panth\u00e8re autrichienne\u00a0\u00bb. Marie-Antoinette en prison depuis pr\u00e8s d\u2019un an, attendait son sort au Temple avant son transfert \u00e0 la Conciergerie le 1er\u00a0ao\u00fbt 1793.<\/p>\n<p>Le 3\u00a0octobre, la Convention vient de d\u00e9cr\u00e9ter que les Girondins seront traduits devant le Tribunal r\u00e9volutionnaire et l\u2019accusateur public Billaud-Varenne parle en ces termes\u00a0: \u00ab\u00a0Il reste encore un d\u00e9cret \u00e0 rendre\u00a0: une femme, la honte de l\u2019humanit\u00e9 et de son sexe, la veuve Capet, doit enfin expier ses forfaits sur l\u2019\u00e9chafaud. On publie qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 jug\u00e9e secr\u00e8tement et blanchie par le Tribunal r\u00e9volutionnaire, comme si une femme qui a fait couler le sang de plusieurs milliers de Fran\u00e7ais pouvait \u00eatre absoute par un jury fran\u00e7ais. Je demande que le Tribunal r\u00e9volutionnaire prononce cette semaine sur son sort.\u00a0\u00bb La Convention adopte cette proposition.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Immorale sous tous les rapports et nouvelle Agrippine, elle est si perverse et si famili\u00e8re avec tous les crimes qu\u2019oubliant sa qualit\u00e9 de m\u00e8re, la veuve Capet n\u2019a pas craint de se livrer \u00e0 des ind\u00e9cences dont l\u2019id\u00e9e et le nom seul font fr\u00e9mir d\u2019horreur.\u00a0\u00bb<span id=\"1541\" class=\"cit-num\">1541<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">FOUQUIER<\/span>\u2013<span class=\"caps\">TINVILLE<\/span> (1746-1795), Acte d\u2019accusation de Marie-Antoinette, Tribunal r\u00e9volutionnaire, 14\u00a0octobre 1793.<em> Histoire du Tribunal r\u00e9volutionnaire de Paris<\/em> (1862), \u00c9mile Campardon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Marie-Antoinette de Lorraine d\u2019Autriche, \u00e2g\u00e9e de 37\u00a0ans, veuve du roi de France\u00a0\u00bb ayant ainsi d\u00e9clin\u00e9 son identit\u00e9, a r\u00e9pondu le 12\u00a0octobre \u00e0 un interrogatoire (secret) portant sur des questions politiques et sur le r\u00f4le qu\u2019elle a jou\u00e9 aupr\u00e8s du roi, au cours de divers \u00e9v\u00e9nements, avant et apr\u00e8s 1789. Elle nie pratiquement toute responsabilit\u00e9. Le dossier \u00e9tait vide\u2026 D\u2019o\u00f9 l\u2019id\u00e9e d\u2019interroger son fils \u00e2g\u00e9 de huit\u00a0ans, pour lui faire reconna\u00eetre des relations incestueuses avec sa m\u00e8re. Pache (maire de Paris), Chaumette (procureur) et H\u00e9bert (substitut de la Commune) s\u2019en chargent.<\/p>\n<p>Au proc\u00e8s, cette fois devant la foule, elle r\u00e9pond \u00e0 nouveau et sa dignit\u00e9 impressionne. L\u2019\u00e9motion est \u00e0 son comble, quand Fouquier-Tinville aborde ce sujet intime des relations avec son fils. L\u2019accusateur public ne fait d\u2019ailleurs que reprendre les rumeurs qui ont moralement et politiquement assassin\u00e9 la reine en quelque 3\u00a0000 pamphlets, \u00e0 la fin de l\u2019Ancien R\u00e9gime. L\u2019inceste (avec un enfant \u00e2g\u00e9 alors de moins de 4\u00a0ans) fut l\u2019une des plus monstrueuses.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si je n\u2019ai pas r\u00e9pondu, c\u2019est que la nature se refuse \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 pareille inculpation faite \u00e0 une m\u00e8re\u00a0: j\u2019en appelle \u00e0 toutes celles qui peuvent se trouver ici.\u00a0\u00bb<span id=\"1542\" class=\"cit-num\">1542<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ANTOINETTE<\/span> (1755-1793), r\u00e9plique \u00e0 un jur\u00e9 s\u2019\u00e9tonnant de son silence au sujet de l\u2019accusation d\u2019inceste, Tribunal r\u00e9volutionnaire, 14\u00a0octobre 1793.\u00a0 <em>La Femme fran\u00e7aise dans les temps modernes<\/em> (1883), Clarisse Bader<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La reine d\u00e9chue n\u2019est plus qu\u2019une femme et une m\u00e8re humili\u00e9e \u00e0 qui l\u2019on a enlev\u00e9 son enfant devenu t\u00e9moin \u00e0 charge, \u00e9videmment manipul\u00e9\u00a0! L\u2019accus\u00e9e retourne le peuple en sa faveur. Le pr\u00e9sident menace de faire \u00e9vacuer la salle.<\/p>\n<p>La suite du proc\u00e8s est un simulacre de justice et l\u2019issue ne fait aucun doute. Au pied de la guillotine, les derni\u00e8res paroles de Marie-Antoinette sont pour le bourreau Sanson qu\u2019elle a heurt\u00e9, dans un geste de recul\u00a0: \u00ab\u00a0Excusez-moi, Monsieur, je ne l\u2019ai pas fait expr\u00e8s.\u00a0\u00bb Un mot de la fin sans doute authentique, mais trop anodin pour devenir citation.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Enfants de la Patrie, vous vengerez ma mort.\u00a0\u00bb<span id=\"1552\" class=\"cit-num\">1552<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Olympe de <span class=\"caps\">GOUGES<\/span> (1755-1793), guillotin\u00e9e le 3\u00a0novembre\u00a01793. Son mot de la fin. <em>Histoire du Tribunal r\u00e9volutionnaire de Paris, avec le Journal de ses actes<\/em> (1880), Henri Alexandre Wallon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>F\u00e9ministe coupable d\u2019avoir \u00e9crit en 1791 une <em>D\u00e9claration des droits de la femme et de la citoyenne<\/em>, d\u2019avoir d\u00e9fendu le roi, puis courageusement attaqu\u00e9 Robespierre en \u00ab\u00a0brissotine\u00a0\u00bb (synonyme de girondine), elle a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9e en juillet\u00a01793.<\/p>\n<p>Femme de lettres, femme libre jusqu\u2019\u00e0 la provocation, elle est comparable \u00e0 George Sand au si\u00e8cle suivant, mais ce genre de provocation est encore plus mal vu, en 1793\u00a0! La reconnaissance esp\u00e9r\u00e9e par la condamn\u00e9e sera tardive \u2013 elle attend malgr\u00e9 tout, \u00e0 la porte du Panth\u00e9on\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le saviez-vous, R\u00e9publicains, \/ Quel sort \u00e9tait le sort du N\u00e8gre\u00a0?<br>Qu\u2019\u00e0 son rang, parmi les humains, \/ Un sage d\u00e9cret r\u00e9int\u00e8gre\u00a0;<br>Il \u00e9tait esclave en naissant, \/ Puni de mort pour un seul geste<br>On vendait jusqu\u2019\u00e0 son enfant.\u00a0\u00bb<span id=\"1598\" class=\"cit-num\">1598<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre-Antoine-Augustin de <span class=\"caps\">PIIS<\/span> (1755-1832), <em>La Libert\u00e9 des N\u00e8gres<\/em> (1794), chanson<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019auteur est le fils naturel d\u2019un officier de Saint-Domingue, territoire faisant partie de ce que l\u2019on nommait alors les \u00ab\u00a0\u00eeles d\u2019Am\u00e9rique\u00a0\u00bb englobant \u00e9galement la Guadeloupe et la Martinique.<\/p>\n<p>Le \u00ab\u00a0citoyen Piis\u00a0\u00bb est po\u00e8te de circonstance, comme il y en a beaucoup \u00e0 l\u2019\u00e9poque. L\u2019esclavage aboli le 4\u00a0f\u00e9vrier\u00a01794,\u00a0 Victor Hugues, envoy\u00e9 de la Convention en juin, va porter la nouvelle de l\u2019abolition aux Noirs en Guadeloupe. Les planteurs, hostiles au d\u00e9cret, s\u2019allient aux Anglais qui occupent Pointe-\u00e0-Pitre et Basse-Terre, mais sont battus par Hugues soutenu par les Noirs.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est temps de mettre un terme \u00e0 tant de calamit\u00e9s. La R\u00e9publique se pla\u00eet \u00e0 rallier ses enfants.\u00a0\u00bb<span id=\"1612\" class=\"cit-num\">1612<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">D\u00e9cret d\u2019amnistie en faveur des Vend\u00e9ens, Convention, 2\u00a0d\u00e9cembre 1794. <em>La R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1966), Jacques Levron<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s l\u2019ex\u00e9cution de 160\u00a0000 civils par les colonnes infernales de Turreau (janvier \u00e0 juillet\u00a01794), la politique de r\u00e9pression cesse enfin. Quelques grands proc\u00e8s politiques doivent encore d\u00e9voiler l\u2019arbitraire et l\u2019horreur de la Terreur. Deux exemples\u00a0: Carrier, Fouquier-Tinville.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Lors m\u00eame qu\u2019il [Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVII<\/span>] aura cess\u00e9 d\u2019exister, on le retrouvera partout et cette chim\u00e8re servira longtemps \u00e0 nourrir les coupables esp\u00e9rances.\u00a0\u00bb<span id=\"1615\" class=\"cit-num\">1615<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CAMBAC\u00c9R\u00c8S<\/span> (1753-1824), Discours tenu au nom des Comit\u00e9s de salut public, de s\u00fbret\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale et de l\u00e9gislation, Convention, 22\u00a0janvier\u00a01795<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Phrase pr\u00e9monitoire, prononc\u00e9e \u00e0 l\u2019occasion du deuxi\u00e8me anniversaire de la mort de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>. \u00c0 la tribune, l\u2019orateur conclut contre la mise en libert\u00e9 de son fils. Le dauphin Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVII<\/span> mourra officiellement au Temple le 8\u00a0juin de cette ann\u00e9e \u2013 mais est-ce bien lui ou un autre enfant qui aurait pris sa place\u00a0? Ce sera l\u2019\u00e9nigme du Temple, l\u2019un des myst\u00e8res de l\u2019histoire de France, confort\u00e9 par cette phrase \u00e9trange d\u2019un grand juriste qui p\u00e8se toujours ses mots. Ne dirait-on pas que l\u2019enfant a d\u00e9j\u00e0 disparu en janvier\u00a0? Totalement isol\u00e9, il \u00e9tait tr\u00e8s malade.<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Famille, je vous hais\u00a0\u00bb ou je vous aime&#8230; Pour le meilleur et plus souvent le pire, les histoires de famille (entre p\u00e8res et m\u00e8res, enfants et fratrie) sont fatalement historiques dans une France sous r\u00e9gime monarchique ou imp\u00e9rial, jusque dans les ann\u00e9es 1870.Les mariages soumis \u00e0 la raison d\u2019\u00c9tat font rarement le bonheur et l\u2019enjeu [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":25,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-9728","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-edito-de-la-semaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9728","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9728"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9728\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12613,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9728\/revisions\/12613"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9728"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9728"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9728"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}