{"id":9733,"date":"2023-06-05T00:00:00","date_gmt":"2023-06-04T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/histoires-de-famille-du-moyen-age-a-la-naissance-de-la-monarchie-absolue\/"},"modified":"2025-08-12T08:43:01","modified_gmt":"2025-08-12T06:43:01","slug":"histoires-de-famille-du-moyen-age-a-la-naissance-de-la-monarchie-absolue","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/histoires-de-famille-du-moyen-age-a-la-naissance-de-la-monarchie-absolue\/","title":{"rendered":"Histoires de famille (du Moyen \u00c2ge \u00e0 la naissance de la monarchie absolue)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/citations_famille_histoire.jpg\" width=\"647\" height=\"401\"><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Famille, je vous hais\u00a0\u00bb ou je vous aime\u2026<\/p>\n<p>Pour le meilleur et plus souvent le pire, les histoires de famille (entre p\u00e8res et m\u00e8res, enfants et fratrie) sont fatalement historiques dans une France sous r\u00e9gime monarchique ou imp\u00e9rial, jusque dans les ann\u00e9es 1870.<br>Les mariages soumis \u00e0 la raison d\u2019\u00c9tat font rarement le bonheur et l\u2019enjeu de la succession est constant, car vital pour le pays.<br>Le sort des enfants se joue dans ce huis-clos paradoxalement public, les parents tenant naturellement leur r\u00f4le, avec les fr\u00e8res plus ou moins rivaux et comploteurs, les b\u00e2tards au sort ingrat, les m\u00e8res r\u00e9gentes devenues chef de famille en situation souvent dramatique. <\/p>\n<p>Depuis Clovis (premier roi de France) et sa femme Clotilde, en marge des batailles et des institutions, la chronique nous offre une s\u00e9rie de sagas familiales o\u00f9 les plus grands noms se retrouvent\u00a0: Catherine de M\u00e9dicis et ses fils \u2013 Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> deux fois mal mari\u00e9 mais bon p\u00e8re \u2013 Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> \u00e0 la vie priv\u00e9e encore plus compliqu\u00e9e \u2013 Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span> avec Marie-Antoinette et le dauphin (Louis <span class=\"caps\">XVII<\/span>) \u2013 Napol\u00e9on, son clan familial, ses deux \u00e9pouses, son Aiglon et le destin fatal \u2013 Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> g\u00ean\u00e9 par son fr\u00e8re le futur Charles X \u2013 Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span> g\u00ean\u00e9 par toute sa famille\u2026 et son illustre anc\u00eatre\u00a0!<br>Restent les m\u00e9taphores familiales aux raisons nationales, religieuses ou politiques\u00a0: le roi baptis\u00e9 le \u00ab\u00a0P\u00e8re du peule\u00a0\u00bb, la France \u00ab\u00a0fille a\u00een\u00e9e de l\u2019\u00c9glise\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0mon cousin\u00a0\u00bb et parfois \u00ab\u00a0mon fr\u00e8re\u00a0\u00bb d\u00e9signant les souverains \u00e9trangers (amis ou ennemis), cependant que les \u00ab\u00a0enfants de la patrie\u00a0\u00bb sont toujours appel\u00e9s \u00e0 se battre au son de la Marseillaise, depuis la R\u00e9volution.<\/p>\n<p>Il y a encore des histoires de famille dans l\u2019histoire contemporaine. Sans plus d\u2019enjeu national, elles deviennent anecdotiques, divertissantes et \u00ab\u00a0people\u00a0\u00bb, rarement dramatiques, la \u00ab\u00a0premi\u00e8re dame\u00a0\u00bb (\u00e9pouse du pr\u00e9sident) ne tenant qu\u2019un second r\u00f4le. Rien \u00e0 voir avec la famille royale d\u2019Angleterre ni le \u00ab\u00a0clan Kennedy\u00a0\u00bb aux <span class=\"caps\">USA<\/span> qui passionnent encore les Fran\u00e7ais, preuve que nous adorons toujours les Histoires de famille.<br>Nous allons leur consacrer quatre semaines.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-1-62.jpg\" style=\"margin: 10px auto;border: 1px solid black;vertical-align: middle\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">Moyen \u00c2ge (481-1483)<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il a \u00e9t\u00e9 baptis\u00e9 au nom de votre Christ. Il faudra donc qu\u2019il meure, comme meurt tout ce qui est vou\u00e9 \u00e0 ce malfaisant personnage.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"73\" class=\"cit-num\">73<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CLOVIS<\/span> (vers 465-511), \u00e0 Clotilde. <em>Sainte Clotilde<\/em> (1905), Godefroy Kurth<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En 493, Clovis a \u00e9pous\u00e9 Clotilde, ni\u00e8ce de Gondebaud le roi des Burgondes. Chr\u00e9tienne, elle fait baptiser leur fils n\u00e9 l\u2019ann\u00e9e suivante. L\u2019enfant meurt bient\u00f4t, ce qui attire \u00e0 la reine cette remarque de son \u00e9poux, encore farouchement pa\u00efen. Mais dans l\u2019histoire, une victoire vaut bien une messe\u00a0: \u00ab\u00a0Dieu de Clotilde, si tu me donnes la victoire, je me ferai chr\u00e9tien.\u00a0\u00bb \u2026 et apr\u00e8s sa bataille victorieuse contre la tribu germanique des Alamans (futurs Allemands) \u00e0 Tolbiac, Clovis, comme promis, se fera chr\u00e9tien avec 3\u00a0000 de ses hommes convertis avec lui. Il est baptis\u00e9 \u00e0 Reims, comme tous les rois de France \u00e0 sa suite.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si on ne les \u00e9l\u00e8ve pas sur le tr\u00f4ne, j\u2019aime mieux les voir morts que tondus.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"79\" class=\"cit-num\">79<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">GONDIOQUE<\/span> (<span class=\"caps\">VI<\/span>e si\u00e8cle), \u00e0 Arcadius, 532. <em>Histoire des Francs<\/em> (premi\u00e8re impression fran\u00e7aise au <span class=\"caps\">XVI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle), Gr\u00e9goire de Tours<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Par ces paroles, la m\u00e8re condamne ses fils \u00e0 mort. C\u2019est le terme d\u2019une longue histoire de famille.<\/p>\n<p>\u00c0 la mort de Clovis en 511, son quatri\u00e8me fils Clotaire Ier re\u00e7oit en partage la Neustrie (nord-ouest de la France depuis Soissons et Amiens jusqu\u2019\u00e0 l\u2019Atlantique). Clodomir l\u2019a\u00een\u00e9 h\u00e9rite des r\u00e9gions couvrant le centre de la France. Il est tu\u00e9 en 524 au cours d\u2019une guerre contre les Bourguignons (Burgondes). Clotaire s\u2019entend avec Childebert\u00a0Ier, troisi\u00e8me fils de Clovis qui a re\u00e7u la r\u00e9gion de Paris et l\u2019ouest de la France, pour faire p\u00e9rir les enfants de Clodomir et s\u2019emparer de son royaume. Ils envoient Arcadius portant des ciseaux et une \u00e9p\u00e9e nue, donnant \u00e0 la m\u00e8re des enfants le choix\u00a0: les enfermer dans un couvent (donc tondus) ou les mettre \u00e0 mort sur-le-champ. Le choix de Gondioque est fatal \u00e0 ses enfants.<\/p>\n<p>Ses fr\u00e8res morts sans h\u00e9ritier, Clotaire Ier se trouve en 558 \u00e0 la t\u00eate du royaume franc r\u00e9unifi\u00e9. Mais quand il meurt en 561, le royaume est \u00e0 nouveau disloqu\u00e9 et partag\u00e9 entre ses quatre fils.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Accourez, je vous prie, accourez, voil\u00e0 ma ma\u00eetresse que sa m\u00e8re \u00e9trangle.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"82\" class=\"cit-num\">82<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cris d\u2019une servante de Rigonthe (vers 593). <em>Histoire des Francs<\/em> (premi\u00e8re impression fran\u00e7aise au <span class=\"caps\">XVI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle), Gr\u00e9goire de Tours<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette servante va sauver sa ma\u00eetresse, fille de Chilp\u00e9ric Ier et de Fr\u00e9d\u00e9gonde, quand sa propre m\u00e8re tentait de l\u2019\u00e9trangler, ayant rabattu sur son cou le couvercle d\u2019un grand coffre. Mais, poursuit Gr\u00e9goire de Tours, \u00ab\u00a0apr\u00e8s cela \u00e9clata entre les deux femmes de violentes inimiti\u00e9s [\u2026], il y avait entre elles querelles et coups\u00a0\u00bb. Bel exemple de la f\u00e9rocit\u00e9 propre \u00e0 cette Fr\u00e9d\u00e9gonde\u00a0: elle fit assassiner, ex\u00e9cuter, supplicier un nombre consid\u00e9rable de personnes, notamment sa belle-s\u0153ur Brunehaut qui p\u00e9rit attach\u00e9e \u00e0 la queue d\u2019un cheval lanc\u00e9 au galop.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ch\u00e8re fille, la mesure par laquelle nous devons Dieu aimer, est aimer le sans mesure.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"152\" class=\"cit-num\">152<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">IX<\/span> (1214-1270), Derni\u00e8re lettre \u00e9crite \u00e0 sa fille, 1270. <em>Histoire de France<\/em>, tome\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1833), Jules Michelet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Outre le roi guerrier \u00e0 la t\u00eate des crois\u00e9s et l\u2019administrateur veillant au bon \u00e9tat du royaume, c\u2019est surtout l\u2019image d\u2019une exceptionnelle pi\u00e9t\u00e9 qui reste, maintes fois attest\u00e9e par Joinville. Lors du proc\u00e8s en canonisation (1297), un t\u00e9moin r\u00e9suma le personnage en ces mots\u00a0: \u00ab\u00a0Il avait exerc\u00e9 \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un roi le sacerdoce, \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un pr\u00eatre la royaut\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Gardez-vous bien de diff\u00e9rer encore le moment de nouer le lien conjugal [\u2026] Qu\u2019il sorte bient\u00f4t de votre chair celui qui doit rendre vaines les esp\u00e9rances des ambitieux et fixer sur une seule t\u00eate l\u2019affection changeante de vos sujets\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"179\" class=\"cit-num\">179<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">YVES<\/span> de Chartres (1040-1116), au roi Louis\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span> le Gros. <em>Louis <span class=\"caps\">VI<\/span> le Gros\u00a0: annales de sa vie et de son r\u00e8gne, 1081-1137<\/em> (1890), Achille Luchaire<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019\u00e9v\u00eaque de Chartres encourage le roi \u00e0 quitter sa vie de veuf joyeux\u00a0: \u00ab\u00a0Ce mariage n\u2019aura pas seulement pour effet d\u2019apaiser les mouvements charnels et les d\u00e9sirs illicites\u00a0: il forcera encore au silence la haine de vos d\u00e9tracteurs.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Louis va donc \u00e9pouser en 1115 Ad\u00e9la\u00efde de Savoie qui lui donnera six fils et une fille. Durant pr\u00e8s de trente ann\u00e9es de r\u00e8gne, Louis\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span> dit le Gros affermit le pouvoir royal\u00a0: il soumet par les armes des vassaux rebelles et pillards et d\u00e9veloppe les communes, au d\u00e9triment des seigneuries la\u00efques et eccl\u00e9siastiques. Le cr\u00e9dit moral de la Couronne en est rehauss\u00e9 et le sentiment national \u00e9merge de la f\u00e9odalit\u00e9. Une plus grande s\u00e9curit\u00e9 des routes et voies d\u2019eau favorise l\u2019essor du commerce. Seule ombre au tableau\u00a0: la guerre avec l\u2019Angleterre pour la possession de la Normandie. Louis\u00a0<span class=\"caps\">VII<\/span> le Jeune, son deuxi\u00e8me fils, succ\u00e9dera au roi Louis\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span> le Gros.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai de beaux enfants, par la Sainte M\u00e8re de Dieu\u00a0! Je les mettrai en gage, car je trouverai bien quelqu\u2019un qui me pr\u00eatera dessus.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"202\" class=\"cit-num\">202<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">BLANCHE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">CASTILLE<\/span> (1188-1252), au roi Philippe\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> Auguste, janvier\u00a01217. <em>Chroniques du m\u00e9nestrel de Reims<\/em> (contemporain anonyme et souvent cit\u00e9, \u00e9ditions posthumes \u00e0 partir du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Blanche, femme du Dauphin (futur Louis\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span>) et belle-fille du roi, s\u2019irrite de ce qu\u2019il lui refuse argent ou hommes pour aider le prince Louis \u00e0 prendre la couronne d\u2019Angleterre. Louis peut y pr\u00e9tendre (par sa femme, petite-fille d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> Plantagen\u00eat), et les grands barons anglais la lui offrent, r\u00e9volt\u00e9s contre Jean sans Terre, roi d\u00e9plorable et malade caract\u00e9riel.<\/p>\n<p>La situation se complique, apr\u00e8s la mort de ce roi et le changement d\u2019attitude de la nation. Louis, h\u00e9ritier du tr\u00f4ne de France, risque m\u00eame de p\u00e9rir en terre \u00e9trang\u00e8re, dans cette aventure mal engag\u00e9e. Il est battu le 20\u00a0mai\u00a01217 devant le ch\u00e2teau de Lincoln par les troupes royales, command\u00e9es par le r\u00e9gent d\u2019Angleterre Guillaume le Mar\u00e9chal (70\u00a0ans), r\u00e9put\u00e9 \u00ab\u00a0le meilleur chevalier du monde\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le roi de France craint des complications diplomatiques avec l\u2019Angleterre, s\u2019il intervient\u00a0! Mais le chantage aux h\u00e9ritiers du tr\u00f4ne va porter ses fruits.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Gardez vos enfants et puisez \u00e0 votre gr\u00e9 dans mon tr\u00e9sor.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"203\" class=\"cit-num\">203<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">PHILIPPE<\/span> <span class=\"caps\">II<\/span> Auguste (1165-1223), c\u00e9dant \u00e0 sa belle-fille, Blanche\u00a0de Castille. <em>Chroniques du m\u00e9nestrel de Reims<\/em> (contemporain anonyme et souvent cit\u00e9, \u00e9ditions posthumes \u00e0 partir du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Heureux et pacifique \u00e9pilogue. Par le trait\u00e9 de Kingston, 1er\u00a0septembre 1217, Louis (futur Louis\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span>), dauphin de France, renonce au tr\u00f4ne d\u2019Angleterre et se retire du pi\u00e8ge anglais, contre une forte indemnit\u00e9 \u2013 10\u00a0000 marcs. La couronne anglaise est aussit\u00f4t reprise par Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>.<\/p>\n<p>Blanche de Castille s\u2019affirme d\u00e9j\u00e0 en femme de caract\u00e8re, mais son attachement au futur Saint Louis passera les bornes de l\u2019amour maternel.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Apr\u00e8s qu\u2019il fut quelque peu affaibli et chu en vieillesse, [Philippe Auguste] n\u2019\u00e9pargna pas son fils, il l\u2019envoya par deux fois en Albigeois \u00e0 grand ost pour d\u00e9truire la bougrerie de la gent du pays.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"204\" class=\"cit-num\">204<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Grandes Chroniques de France<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La croisade contre les Albigeois est l\u2019un des \u00e9pisodes sanglants de l\u2019histoire de France. Le Dauphin est all\u00e9 mettre en vain le si\u00e8ge devant Toulouse, en 1219. Mais il prend Marmande, la m\u00eame ann\u00e9e. Devenu roi, Louis\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span> le Lion ne r\u00e8gne que trois ans (1223-1226). Il poursuit cette croisade int\u00e9rieure, remportant par ailleurs des succ\u00e8s contre les Anglais d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Elle ne pouvait souffrir que son fils f\u00fbt en la compagnie de sa femme, sinon le soir quand il allait coucher avec elle.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"210\" class=\"cit-num\">210<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean de <span class=\"caps\">JOINVILLE<\/span> (vers 1224-1317), <em>Le Livre des saintes paroles et des bons faits de notre saint roi Louis<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pr\u00e9cieux et fid\u00e8le chroniqueur du r\u00e8gne de Louis\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span>, il donne maints exemples de cette fameuse jalousie d\u2019une m\u00e8re par ailleurs admirable.\u00a0Blanche de Castille supporte mal Marguerite de Provence, cette \u00e9pouse qu\u2019elle a pourtant choisie pour son fils ador\u00e9\u00a0: le mariage apporta la Provence \u00e0 la France, en 1234.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0H\u00e9las\u00a0! Vous ne me laisserez donc voir mon seigneur ni morte ni vive\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"211\" class=\"cit-num\">211<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARGUERITE<\/span> de provence (1221-1295), \u00e0 Blanche de Castille, 1240.<em> Le Livre des saintes paroles et des bons faits de notre saint roi Louis<\/em> (posthume), Jean de Joinville<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cri du c\u0153ur de la reine, quand sa belle-m\u00e8re veut arracher Louis de son chevet. Elle venait d\u2019accoucher et \u00ab\u00a0\u00e9tait en grand p\u00e9ril de mort\u00a0\u00bb. La reine donnera douze enfants au roi, dont sept vivront.<\/p>\n<p>La r\u00e9gence de Blanche de Castille s\u2019est achev\u00e9e \u00e0 la majorit\u00e9 du jeune roi, qui la laisse gouverner encore pendant huit ans. Elle sera de nouveau r\u00e9gente, quand son fil part \u00e0 la croisade, en 1248. Marguerite accompagnera son seigneur, s\u00fbre de pouvoir ainsi le voir et l\u2019avoir bien \u00e0 elle \u2013 une raison avanc\u00e9e par certains historiens.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La femme que vous ha\u00efssiez le plus est morte et vous en menez un tel deuil\u00a0!<br>\u2014 Ce n\u2019est pas sur elle que je pleure, s\u00e9n\u00e9chal, mais sur le roi, mon \u00e9poux, pour le chagrin que lui cause la mort de sa m\u00e8re.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"215\" class=\"cit-num\">215<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARGUERITE<\/span> de provence\u00a0(1221-1295), r\u00e9pondant \u00e0 Joinville (vers 1224-1317), s\u00e9n\u00e9chal de Champagne.<em> Le Livre des saintes paroles et des bons faits de notre saint roi Louis<\/em> (posthume), Jean de Joinville<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Blanche de Castille est morte le 27\u00a0novembre\u00a01252, \u00e0 64\u00a0ans. La reine est donc d\u00e9livr\u00e9e de la monstrueuse jalousie de sa belle-m\u00e8re, mais Louis\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span> fut tr\u00e8s profond\u00e9ment boulevers\u00e9, quand il apprit la nouvelle en Terre sainte, et sa femme en est t\u00e9moin.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon cher fils, je te prie de te faire aimer du peuple de ton royaume\u00a0; car en v\u00e9rit\u00e9 je pr\u00e9f\u00e9rerais qu\u2019un \u00c9cossais v\u00eent d\u2019\u00c9cosse et gouvern\u00e2t le peuple du royaume bien et loyalement, plut\u00f4t qu\u2019on le v\u00eet mal gouvern\u00e9 par toi.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"216\" class=\"cit-num\">216<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">IX<\/span> (1214-1270), \u00e0 son fils a\u00een\u00e9 Philippe, Fontainebleau, 1254. <em>Le Livre des saintes paroles et des bons faits de notre saint roi Louis<\/em> (posthume), Jean de Joinville<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Gravement malade et croyant venue l\u2019heure de sa mort, le roi parle au fils qui doit lui succ\u00e9der (futur Philippe\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> le Hardi). Il rentre de croisade apr\u00e8s six ans d\u2019absence.<\/p>\n<p>Entre ce retour et son second d\u00e9part (1270), Louis\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span> va s\u2019occuper activement du royaume\u00a0: enqu\u00eates sur l\u2019administration des baillis et s\u00e9n\u00e9chaux, institution d\u2019une Cour (pr\u00e9figurant le Parlement) compos\u00e9e de l\u00e9gistes charg\u00e9s de rendre la justice, interdiction des guerres priv\u00e9es, tournois et duels judiciaires, cours de la monnaie royale \u00e9tendu dans tout le pays, confirmation de la fondation de la Sorbonne, construction de la Sainte-Chapelle, cr\u00e9ation de l\u2019hospice des Quinze-Vingts.<\/p>\n<p>Dans ce long Moyen \u00c2ge de mille ans, r\u00e9put\u00e9 parfois bien sombre, la France de Louis\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span> conna\u00eet un v\u00e9ritable rayonnement intellectuel et artistique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sire, il nous semble que vous perdez la terre que vous donnez au roi d\u2019Angleterre, car il n\u2019y a pas droit\u00a0: son p\u00e8re la perdit par jugement.<br>\u2014 Nos femmes sont s\u0153urs et nos enfants sont cousins germains\u00a0; c\u2019est pourquoi il convient tout \u00e0 fait que la paix soit entre nous. D\u2019ailleurs, il y a grand honneur pour moi dans la paix que je fais avec le roi d\u2019Angleterre, car il est d\u00e9sormais mon homme lige.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"219\" class=\"cit-num\">219<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">IX<\/span> (1214-1270), r\u00e9pondant \u00e0 <span class=\"caps\">JOINVILLE<\/span> (vers 1224-1317), en 1259. <em>Le Livre des saintes paroles et des bons faits de notre saint roi Louis<\/em> (posthume), Jean de Joinville<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce dialogue illustre parfaitement la politique ext\u00e9rieure pacifique du roi \u2013 une exception pour l\u2019\u00e9poque. Louis\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span> a sign\u00e9 en 1259 le trait\u00e9 de Paris avec Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> d\u2019Angleterre\u00a0: la France rend Limousin, P\u00e9rigord, Agenois, Quercy et une part de la Saintonge\u00a0; l\u2019Angleterre renonce \u00e0 Normandie, Touraine, Anjou, Maine, Poitou et son roi se reconna\u00eet vassal de Louis\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span> pour la Guyenne (Aquitaine).<\/p>\n<p>L\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente, Louis\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span> a sign\u00e9 le trait\u00e9 de Corbeil avec Jacques Ier d\u2019Aragon\u00a0: la France renon\u00e7ait \u00e0 Roussillon et Catalogne, l\u2019Aragon \u00e0 Languedoc (sauf Montpellier) et Provence. Le roi soulignait par ailleurs que la puissance d\u2019un souverain se mesure autant au nombre et au rang de ses vassaux qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9tendue de ses domaines. Ce r\u00e8glement pacifique des grands conflits territoriaux conf\u00e8re au roi de France un immense prestige en Europe<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le fils de Saint Louis, Philippe le Hardi, revenant de cette triste croisade de Tunis, d\u00e9posa cinq cercueils au caveau de Saint-Denis. Faible et mourant lui-m\u00eame, il se trouvait h\u00e9ritier de presque toute sa famille.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"226\" class=\"cit-num\">226<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de France<\/em>, tome\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> (1837)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Outre son p\u00e8re Louis\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span>, le nouveau roi a perdu sa femme, un enfant mort-n\u00e9, son beau-fr\u00e8re et ami le roi de Navarre (Thibaud de Champagne) et la femme de ce dernier. Ce r\u00e8gne si mal commenc\u00e9 ne continue pas mieux\u00a0: \u00e9chec de la candidature de Philippe\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> le Hardi \u00e0 l\u2019empire (1273), massacres des Fran\u00e7ais en Sicile (1282), d\u00e9faite de la France contre l\u2019Aragon (1285).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c9coute, mon tr\u00e8s cher fils\u2026\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"237\" class=\"cit-num\">237<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Boniface\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span> (vers 1235-1303), Bulle Ausculta fili carissime, 11\u00a0f\u00e9vrier\u00a01302. <em>Histoire de France depuis l\u2019\u00e9tablissement des Francs dans la Gaule,<\/em> volume\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1838), Mathieu-Richard-Auguste Henrion<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Filiation m\u00e9taphorique et symbolique. Le pape s\u2019adresse au roi \u00ab\u00a0fils a\u00een\u00e9 de l\u2019\u00c9glise\u00a0\u00bb, titre port\u00e9 par les rois de France \u00e0 partir de Charles <span class=\"caps\">VIII<\/span> en r\u00e9f\u00e9rence au bapt\u00eame de Clovis, notre premier roi baptis\u00e9. La France tr\u00e8s chr\u00e9tienne sera ensuite nomm\u00e9e \u00ab\u00a0fille a\u00een\u00e9e de l\u2019\u00c9glise\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>En 1302, le pape proclame la souverainet\u00e9 du Saint-Si\u00e8ge sur les rois, th\u00e8se soutenue par son ami l\u2019\u00e9v\u00eaque de Pamiers dont il exige la lib\u00e9ration. La bulle est lue par l\u2019ambassadeur pontifical le 11\u00a0f\u00e9vrier devant le roi et son Conseil. Soucieux de se concilier l\u2019opinion publique, Philippe le Bel convoque le 10\u00a0avril les pr\u00e9lats, les barons et les d\u00e9put\u00e9s du royaume \u2013 donc les trois ordres. Le chancelier Flotte fait un r\u00e9sum\u00e9 tendancieux de la bulle \u00e0 l\u2019instigation du roi qui obtient des \u00c9tats du royaume leur approbation dans sa lutte contre le pape. Les relations entre la \u00ab\u00a0fille a\u00een\u00e9e de l\u2019\u00c9lise\u00a0\u00bb et les papes \u00e0 venir constitue un long feuilleton, avec quelques \u00e9pisodes dramatiques.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pesez, Louis, pesez ce que c\u2019est que d\u2019\u00eatre roi de France.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"260\" class=\"cit-num\">260<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">PHILIPPE<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span> le Bel (1268-1314) \u00e0 son fils a\u00een\u00e9 Louis, le jour de sa mort, 29\u00a0novembre 1314.<em> La Nouvelle Revue des deux mondes<\/em> (1973)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Mot de la fin\u00a0\u00bb politique du dernier grand Cap\u00e9tien. Impopulaire de son vivant et mal aim\u00e9 de certains historiens, il a fait faire des progr\u00e8s d\u00e9cisifs \u00e0 la royaut\u00e9\u00a0: diversification des organes de gouvernement (Parlement, Chambre des comptes, etc.), grandes ordonnances de \u00ab\u00a0r\u00e9formation\u00a0\u00bb du royaume, raffermissement de l\u2019\u00c9tat contre la f\u00e9odalit\u00e9, lutte contre la justice eccl\u00e9siastique et indispensable centralisation. La France est \u00e0 pr\u00e9sent le pays le plus riche et le plus peupl\u00e9 d\u2019Europe.<\/p>\n<p>Son fils va devenir Louis\u00a0X le Hutin, dit aussi \u00ab\u00a0le Querelleur\u00a0\u00bb. Suivant l\u2019exemple de rapacit\u00e9 de son p\u00e8re, il d\u00e9pouille les juifs et les banquiers lombards, et vend des chartes d\u2019affranchissement aux serfs.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Aventurer ses armes, c\u2019est mettre en aventure la parure de ses enfants et de son lignage.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"270\" class=\"cit-num\">270<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Olivier de la <span class=\"caps\">MARCHE<\/span> (1426-1502), <em>M\u00e9moires<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Chroniqueur et po\u00e8te du temps, il se pla\u00eet \u00e0 rapporter les exploits des chevaliers dans les joutes et tournois. La coutume veut que le tournoyeur ne porte pas sur lui les armes de sa famille, mais des armes de fantaisie, pour ne pas compromettre l\u2019honneur des siens en cas de d\u00e9faite. Denis de Rougemont voit dans le tournoi \u00ab\u00a0la synth\u00e8se \u00e0 peu pr\u00e8s parfaite des instincts \u00e9rotiques et guerriers et de la r\u00e8gle courtoise id\u00e9ale\u00a0\u00bb (<em>La Tentation de l\u2019Occident<\/em>). Ce jeu \u00e0 la fois spectacle et sport culmine au <span class=\"caps\">XV<\/span>e\u00a0si\u00e8cle, quand la chevalerie cesse d\u2019\u00eatre un ordre militaire, apr\u00e8s les d\u00e9faites de Cr\u00e9cy, Poitiers et Azincourt devant la pi\u00e9taille des archers anglais.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les hommes et les femmes qui restaient se mari\u00e8rent \u00e0 l\u2019envi.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"290\" class=\"cit-num\">290<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean de <span class=\"caps\">VENETTE<\/span> (vers 1307-vers 1370),<em> La Peste de 1348, chronique<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La guerre de Cent-Ans (1337-1453) marque le Moyen \u00c2ge, mais d\u2019autres \u00e9preuves s\u2019y ajoutent. Grand chroniqueur fran\u00e7ais du <span class=\"caps\">XIV<\/span>e\u00a0si\u00e8cle et sup\u00e9rieur de l\u2019ordre du Carmel \u00e0 Paris, l\u2019auteur t\u00e9moin de la peste d\u00e9crit les aspects de la maladie dont on ignore les causes \u2013 on incrimine les juifs, les sorci\u00e8res, les chats noirs\u2026 D\u2019o\u00f9 des massacres en s\u00e9rie. Quant aux rem\u00e8des, ils font plus de mal que de bien en affaiblissant les corps (saign\u00e9es, laxatifs). Mais l\u2019\u00e9pid\u00e9mie, devenue pand\u00e9mie, se termine en quelques mois.<\/p>\n<p>La vie reprend ses droits, avec une vigueur nouvelle. Avant la peste, le cur\u00e9 de Givry (en Bourgogne) c\u00e9l\u00e9brait une quinzaine de mariages par an. En 1349, il en b\u00e9nit 86, alors que la peste a tu\u00e9 la moiti\u00e9 de ses ouailles.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On vit des p\u00e8res tuer leurs enfants, des enfants tuer leur p\u00e8re\u00a0; on vit des malheureux d\u00e9tacher les corps suspendus aux gibets, pour se procurer une ex\u00e9crable nourriture. Des hameaux disparurent jusqu\u2019au dernier homme.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"291\" class=\"cit-num\">291<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Chronique du temps. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s la peste de 1348, voici la famine de 1349. Le peuple, d\u00e9j\u00e0 appauvri, meurt litt\u00e9ralement de faim sous le r\u00e8gne de Philippe <span class=\"caps\">VI<\/span> de Valois (dit le Catholique). Les \u00e9glises s\u2019ornent de danses macabres. La Mort symbolique (squelette arm\u00e9 d\u2019une faux) entra\u00eene tous les hommes, riches ou pauvres, jeunes ou vieux, innocents ou coupables. Au total, la guerre de Cent Ans fera beaucoup moins de victimes que ces deux ann\u00e9es terribles\u00a0! Peste noire et famine ont vid\u00e9 le Tr\u00e9sor public. Les imp\u00f4ts ne rentrent plus\u00a0: situation financi\u00e8re si grave que le roi doit abaisser la teneur en m\u00e9tal pr\u00e9cieux des monnaies qu\u2019il fait frapper\u00a0: recours au faux-monnayage \u00e0 grande \u00e9chelle, comme sous Philippe le Bel.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0P\u00e8re, gardez-vous \u00e0 droite, p\u00e8re, gardez-vous \u00e0 gauche.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"296\" class=\"cit-num\">296<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">PHILIPPE<\/span> <span class=\"caps\">II<\/span> de Bourgogne, dit le Hardi (1342-1404), \u00e0 Jean\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> le Bon, bataille de Poitiers, 19\u00a0septembre 1356. <em>Histoire de France<\/em> (1868), Victor Duruy<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le dernier fils du roi, \u00e0 14\u00a0ans, tente de d\u00e9tourner les coups pour sauver son p\u00e8re. Le jeune prince ne r\u00e9gnera pas, mais recevra pour son courage la Bourgogne en apanage\u2026 et le surnom de Philippe le Hardi.<\/p>\n<p>Jean le Bon (ou le Brave) aligne 15\u00a0000 hommes. Face \u00e0 lui, 7\u00a0000 Anglais et \u00e0 leur t\u00eate, le Prince Noir \u2013 prince de Galles, redoutable chef de guerre. Les archers anglais, bien plac\u00e9s, criblent de fl\u00e8ches par le c\u00f4t\u00e9 nos chevaliers fran\u00e7ais qui ne sont arm\u00e9s et prot\u00e9g\u00e9s que de face. La d\u00e9faite de Cr\u00e9cy, dix ans plus t\u00f4t, n\u2019a pas servi de le\u00e7on, et les Anglais renouvellent leur tactique gagnante, archers anglais contre chevaliers fran\u00e7ais.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0D\u00e8s le temps o\u00f9 notre fils sera venu \u00e0 la couronne de France, les deux couronnes de France et d\u2019Angleterre demeurent \u00e0 toujours ensemble et r\u00e9unies sur la m\u00eame personne [\u2026] qui sera roi et seigneur souverain de l\u2019un et de l\u2019autre royaume\u00a0; mais gardant toutes les lois de chacun, et ne soumettant en aucune mani\u00e8re un des royaumes \u00e0 l\u2019autre, ni aux lois, droits, coutumes et usages de l\u2019autre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"328\" class=\"cit-num\">328<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Trait\u00e9 de Troyes entre la France et l\u2019Angleterre, 21\u00a0mai 1420. <em>Histoire des Ducs de Bourgogne, de la Maison Valois 1364-1477<\/em> (1837), M. de Barante<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Philippe le Bon, duc de Bourgogne (successeur de Jean sans Peur) et Isabeau de Bavi\u00e8re, reine de France, ont fait signer cet ahurissant trait\u00e9 au pauvre roi fou, Charles\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span>. Et les \u00c9tats vont ratifier. Le fils en question est Henri\u00a0V roi d\u2019Angleterre et non pas le dauphin Charles, qualifi\u00e9 par ses propres parents de \u00ab\u00a0soi-disant dauphin\u00a0\u00bb. Henri\u00a0V de Lancastre consent \u00e0 laisser la couronne de France \u00e0 Charles <span class=\"caps\">VI<\/span>, mais en attendant de lui succ\u00e9der, il a \u00ab\u00a0la facult\u00e9 et exercice de gouverner et ordonner la chose publique\u00a0\u00bb. En fait, ce trait\u00e9 livre la France aux Anglais. Henri\u00a0V d\u2019Angleterre conforte encore son h\u00e9ritage le 2 juin, en \u00e9pousant la fille de Charles\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span>, Catherine de France. Unions funestes pour notre pays.<\/p>\n<p>La reine Isabeau de Bavi\u00e8re incarne \u00ab\u00a0la mauvaise m\u00e8re\u00a0\u00bb dans l\u2019Histoire, m\u00eame si les historiens l\u2019ont quelque peu r\u00e9habilit\u00e9e\u00a0: elle est en ballottage avec Marie de M\u00e9dicis (seconde \u00e9pouse d\u2019Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> et m\u00e8re de Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span>). Anecdotiquement (ou pas\u00a0?), outre ses 11 enfants l\u00e9gitimes, on lui attribue aussi Jeanne d\u2019Arc, cette berg\u00e8re \u00e9tant selon certains une princesse de sang royal \u2013 ce qui expliquerait son incroyable aventure, le fait qu\u2019elle soit sit\u00f4t excellente cavali\u00e8re et puisse approcher sans nul obstacle le dauphin.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je vous dis, de la part de Messire, que vous \u00eates vrai h\u00e9ritier de France et fils du roi.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"338\" class=\"cit-num\">338<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">JEANNE<\/span> d\u2019<span class=\"caps\">ARC<\/span> (1412-1431), 8\u00a0mars 1429. <em>Jeanne d\u2019Arc<\/em> (1870), Fr\u00e9d\u00e9ric Lock<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les derniers mots qu\u2019elle prononce lors de l\u2019entretien avec le dauphin et dont elle fera \u00e9tat \u00e0 son confesseur. Jeanne lui a rendu doublement confiance\u00a0: il est bien le roi l\u00e9gitime de France et le fils \u00e9galement l\u00e9gitime de son p\u00e8re, lui qu\u2019on traite toujours de b\u00e2tard. La filiation est capitale, dans une monarchie h\u00e9r\u00e9ditaire (et non plus s\u00e9lective).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Par ma foi, beau-fr\u00e8re et beau-cousin, je vous dois aimer par-dessus tous mes autres princes de ce royaume, et ma belle cousine, votre femme\u00a0; car si vous et elle ne fussiez, je fusse demeur\u00e9 toujours au danger de mes adversaires, et n\u2019ai trouv\u00e9 meilleur ami que vous.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"354\" class=\"cit-num\">354<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles d\u2019<span class=\"caps\">ORL\u00c9ANS<\/span> (1391-1465), au duc Philippe de Bourgogne, 1440. <em>Chroniques<\/em> (posthume, 1826), Enguerrand de Monstrelet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le prince po\u00e8te (fr\u00e8re de Charles\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span>) lui doit d\u2019\u00eatre libre, apr\u00e8s vingt-cinq ans de captivit\u00e9 en Angleterre\u00a0! Son \u00ab\u00a0beau-fr\u00e8re et beau-cousin\u00a0\u00bb, Philippe\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> de Bourgogne, dit Philippe le Bon, sera bient\u00f4t le prince le plus puissant de toute la chr\u00e9tient\u00e9, \u00e0 la t\u00eate de \u00ab\u00a0l\u2019\u00c9tat bourguignon\u00a0\u00bb qui regroupe beaucoup d\u2019autres terres.<\/p>\n<p>Charles peut enfin payer sa ran\u00e7on de 220\u00a0000 \u00e9cus \u2013 en partie gr\u00e2ce \u00e0 la dot de sa troisi\u00e8me femme. Veuf deux fois, il \u00e9pouse \u00e0 46\u00a0ans la ni\u00e8ce du duc de Bourgogne, Marie de Cl\u00e8ves, 14\u00a0ans, qui lui donnera trois enfants. Une belle histoire de famille\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce Dauphin en son Dauphin\u00e9, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 le roi Louis.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"362\" class=\"cit-num\">362<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">CHAMPION<\/span> (1880-1942),<em> Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span><\/em> (1927)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>N\u00e9 \u00e0 Bourges en 1423, \u00ab\u00a0petite fleur malingre au jardin de France\u00a0\u00bb, le futur Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span>, pendant dix ans, administre soigneusement le Dauphin\u00e9\u00a0: il y fait son apprentissage de roi, r\u00e9v\u00e9lant d\u00e9j\u00e0 toutes les qualit\u00e9s de l\u2019un des plus grands souverains de notre histoire. Mais quel fils p\u00e9nible pour son p\u00e8re Charles <span class=\"caps\">VII<\/span> qui a d\u00e9j\u00e0 eu beaucoup de probl\u00e8mes avec sa mauvaise m\u00e8re, Isabeau de Bavi\u00e8re\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il a re\u00e7u chez lui un renard qui mangera ses poules.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"363\" class=\"cit-num\">363<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CHARLES<\/span> <span class=\"caps\">VII<\/span> (1403-1461), apprenant que son fils s\u2019est r\u00e9fugi\u00e9 chez le duc de Bourgogne, fin\u00a0ao\u00fbt\u00a01456<em>. Histoire de France<\/em> (1833-1841), tome V (1841), Jules Michelet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le roi conna\u00eet bien la perfidie de son fils\u2026 et le fils de Philippe, Charles le T\u00e9m\u00e9raire, l\u2019apprendra bient\u00f4t \u00e0 ses d\u00e9pens. Signalons que les fils comploteurs sont tr\u00e8s rares, ce mauvais r\u00f4le \u00e9tant surtout tenu par les fr\u00e8res de roi.<\/p>\n<p>Philippe\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> le Bon, duc de Bourgogne, s\u2019est r\u00e9concili\u00e9 avec Charles\u00a0<span class=\"caps\">VII<\/span> en signant la paix d\u2019Arras (1435). Ma\u00eetre de la Bourgogne, la Franche-Comt\u00e9, la Flandre, l\u2019Artois et les provinces belges, ce grand f\u00e9odal est le plus puissant souverain d\u2019Europe. Il est trop heureux d\u2019accueillir somptueusement chez lui, \u00e0 Louvain, puis \u00e0 Bruxelles, le futur roi de France venu conspirer contre son p\u00e8re, et lui fait une pension annuelle de 36\u00a0000\u00a0livres.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Monseigneur mon cousin, soyez le tr\u00e8s bien venu. Il n\u2019est homme au monde que j\u2019eusse d\u00e9sir\u00e9 voir autant que vous. Et lou\u00e9 soit Dieu de ce que nous sommes ici assembl\u00e9s \u00e0 cette bonne intention.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"380\" class=\"cit-num\">380<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XI<\/span> (1423-1483), \u00e0 \u00c9douard\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> d\u2019Angleterre, Picquigny, 29\u00a0ao\u00fbt 1475. <em>M\u00e9moires<\/em> (1524), Philippe de Commynes<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Mon cousin\u00a0\u00bb \u2013 parent\u00e9 m\u00e9taphorique entre souverains, m\u00eame si les mariages royaux sont souvent endogamiques, voire consanguins. Affaires d\u2019h\u00e9ritage, de diplomatie, voire de g\u00e9opolitique (avant la lettre).<\/p>\n<p>Louis <span class=\"caps\">XI<\/span> parle en roi d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 faire la paix avec l\u2019ennemi de cent ans\u00a0! Mais les rapports franco-anglais restent tendus, malgr\u00e9 la fin des hostilit\u00e9s. Les populations c\u00f4ti\u00e8res sont sans cesse sur le qui-vive, les corsaires des deux pays se rendant coup pour coup. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span> a soutenu Henri\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span> de Lancastre contre \u00c9douard\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> dans la guerre des Deux-Roses et il veut refaire le coup d\u2019\u00c9douard\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> qui d\u00e9clencha la guerre de Cent Ans en revendiquant la couronne de France\u00a0!<\/p>\n<p>L\u2019Anglais d\u00e9barque \u00e0 Calais (seule ville rest\u00e9e anglaise) le 6\u00a0juillet 1475, mais son entreprise tourne court, faute d\u2019alli\u00e9s sur le continent\u00a0: Charles le T\u00e9m\u00e9raire (son beau-fr\u00e8re) a d\u2019autres soucis, face \u00e0 tous ses voisins coalis\u00e9s contre ses ambitions territoriales. La tr\u00eave entre Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span> et \u00c9douard\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> est enfin sign\u00e9e \u00e0 Picquigny (d\u00e9partement actuel de la Somme). La France ach\u00e8te \u00e0 prix d\u2019or le retrait anglais. C\u2019est le dernier acte officiel de la guerre de Cent Ans \u2013 le trait\u00e9 de paix ne sera jamais sign\u00e9.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-2-72.jpg\" style=\"vertical-align: middle;margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">Renaissance et guerres de Religion (1483-1589).<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est la moins folle femme du monde, car de sage il n\u2019y en a gu\u00e8re.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"413\" class=\"cit-num\">413<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XI<\/span> (1423-1483). <em>Les Arts somptuaires\u00a0: histoire du costume et de l\u2019ameublement<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1858), Charles Louandre<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Tel fut le jugement du roi mourant \u2013 et misogyne \u2013 sur sa fille a\u00een\u00e9e Anne, 22\u00a0ans, \u00e0 qui il laisse la tutelle du royaume, le 30\u00a0ao\u00fbt 1483. Charles\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span>, fils de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span>, est tout juste majeur avec ses 13\u00a0ans et sans grande personnalit\u00e9 (il sera surnomm\u00e9 l\u2019Affable).<\/p>\n<p>Le jugement est s\u00e9v\u00e8re et le choix est bon. Anne de France, dame de Beaujeu \u2013 femme de Pierre de Bourbon, sire de Beaujeu, confident de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span> \u2013 va en fait gouverner la France (avec son \u00e9poux) jusqu\u2019en 1492 et m\u00e9riter son surnom de Madame la Grande\u00a0: intelligence et force de caract\u00e8re lui permettent de continuer l\u2019\u0153uvre paternelle et d\u2019affermir le royaume en ces temps difficiles, ainsi r\u00e9sum\u00e9s par Michelet\u00a0: \u00ab\u00a0Telle \u00e9tait cette France\u00a0: jouir ou tuer.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si nous voulons avoir continuellement aupr\u00e8s de nous notre tr\u00e8s ch\u00e8re et tr\u00e8s aim\u00e9e s\u0153ur la dame de Beaujeu et si nous prenons toute enti\u00e8re confiance en elle, personne ne s\u2019en doit merveiller [\u00e9tonner], vu que plus proche ne nous pourrait \u00eatre par lignage ni plus fid\u00e8le par amiti\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"418\" class=\"cit-num\">418<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CHARLES<\/span> <span class=\"caps\">VIII<\/span> l\u2019Affable (1470-1498), Lettre \u00e0 Louis d\u2019Orl\u00e9ans, 30\u00a0janvier 1485. <em>Essai sur le gouvernement de la Dame de Beaujeu\u00a0: 1483-1491<\/em> (1970), Paul P\u00e9licier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette r\u00e9ponse \u00e0 son cousin lui est sans nul doute dict\u00e9e par Anne et Pierre de Beaujeu. Louis d\u2019Orl\u00e9ans prend alors la t\u00eate d\u2019une r\u00e9volte des nobles contre la r\u00e9gente. La Guerre folle commence, elle va durer trois ans.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne pensais pas qu\u2019elle f\u00fbt si laide\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"421\" class=\"cit-num\">421<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> d\u2019<span class=\"caps\">ORL\u00c9ANS<\/span> (1462-1515). <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cri du c\u0153ur \u00e0 la vue de sa femme entrant dans son cachot\u00a0: c\u2019est Jeanne de France, fille de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span> que ce dernier l\u2019a contraint d\u2019\u00e9pouser (en 1476, elle avait 12\u00a0ans, il en avait 14). Elle est difforme, apparemment d\u00e9bile, sans doute st\u00e9rile. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span> pensait ainsi \u00e9teindre la branche d\u2019Orl\u00e9ans, toujours mena\u00e7ante pour les Valois. Cela fait partie des nombreux \u00ab\u00a0mariages forc\u00e9s\u00a0\u00bb de l\u2019histoire. Ils font rarement le bonheur des \u00e9poux.<\/p>\n<p>Ce 28\u00a0juin 1491, Louis d\u2019Orl\u00e9ans est depuis trois ans prisonnier du roi Charles\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span> (et des Beaujeu). Devenu roi \u00e0 la mort de Charles (1498), il \u00e9pousera sa veuve (Anne de Bretagne) apr\u00e8s avoir r\u00e9pudi\u00e9 Jeanne de France \u2013 elle se retire \u00e0 Bourges pour fonder l\u2019ordre de l\u2019Annonciade.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux supplient tr\u00e8s humblement le roi que [\u2026] il lui pl\u00fbt d\u2019accorder le mariage de sa fille avec Monseigneur d\u2019Angoul\u00eame, Monsieur Fran\u00e7ois [\u2026] qui est tout Fran\u00e7ois.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"431\" class=\"cit-num\">431<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux de Tours, 14\u00a0mai 1506. <em>Histoire g\u00e9n\u00e9rale de la Champagne et de la Brie<\/em> (1897), Maurice Poinsignon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les \u00c9tats contestent avec raison le mariage projet\u00e9 entre Claude de France (fille de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XII<\/span> et d\u2019Anne de Bretagne) et le petit-fils de Maximilien d\u2019Autriche (futur Charles Quint). C\u2019est le r\u00e9sultat du trait\u00e9 de Blois (1504), en \u00e9change de quoi Maximilien s\u2019allie avec Louis\u00a0<span class=\"caps\">XII<\/span> pour servir ses ambitions italiennes (sur le Milanais). C\u2019est aussi la cons\u00e9quence de la haine opposant deux femmes\u00a0: la reine Anne n\u2019a nulle envie de donner sa fille et sa Bretagne \u00e0 Fran\u00e7ois (futur Fran\u00e7ois\u00a0Ier), fils de son ennemie personnelle Louise de Savoie.<\/p>\n<p>La France risque gros avec ces querelles de famille et cette conception patrimoniale \u2013 encore tr\u00e8s f\u00e9odale \u2013 du royaume.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le roi, notre souverain seigneur justement baptis\u00e9 \u00ab\u00a0le P\u00e8re du peuple\u00a0\u00bb [\u2026] donne satisfaction \u00e0 votre requ\u00eate, il veut que le mariage se fasse de Madame Claude, sa fille, et de Monseigneur de Valois [d\u2019Angoul\u00eame].\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"432\" class=\"cit-num\">432<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cardinal d\u2019<span class=\"caps\">AMBOISE<\/span> (1460-1510), \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux, 16\u00a0mai 1506. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Paternit\u00e9 m\u00e9taphorique et n\u00e9anmoins capitale que nous retrouverons tout au long de l\u2019Histoire, y compris sous la R\u00e9volution\u00a0! Premier ministre de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XII<\/span>, honn\u00eate administrateur et sage conseiller qui fit beaucoup pour la popularit\u00e9 du roi, le cardinal prend la parole en son nom. Claude de France n\u2019\u00e9pousera pas le futur Charles Quint \u2013 ce qui aurait chang\u00e9 la suite de l\u2019histoire de France. Et le mariage de Fran\u00e7ois (h\u00e9ritier du tr\u00f4ne tant que Louis\u00a0<span class=\"caps\">XII<\/span> est sans fils) avec Claude de France assurera le maintien de la Bretagne dans la suzerainet\u00e9 fran\u00e7aise. C\u2019est dire l\u2019importance de cette union\u00a0!<\/p>\n<p>Pour l\u2019heure, on n\u2019en est qu\u2019aux fian\u00e7ailles \u2013 ratifi\u00e9es par les \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux \u2013 des deux cousins, un gar\u00e7on de 12\u00a0ans avec une petite fille de 7\u00a0ans\u2026 Et Louis\u00a0<span class=\"caps\">XII<\/span> l\u2019emporte sur sa femme Anne de Bretagne, lui qui veut \u00ab\u00a0n\u2019allier ses souris qu\u2019aux rats de son grenier\u00a0\u00bb. Aimable m\u00e9taphore animale pour illustrer ces histoires de famille dont d\u00e9pend toujours le destin de la France.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce gros gar\u00e7on g\u00e2tera tout.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"435\" class=\"cit-num\">435<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XII<\/span> (1462-1515). <em>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XII<\/span> et Fran\u00e7ois\u00a0Ier ou M\u00e9moires pour servir \u00e0 une nouvelle histoire de leur r\u00e8gne<\/em> (1825), Pierre Louis R\u0153derer<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ainsi parle-il de son cousin et successeur, le futur Fran\u00e7ois\u00a0Ier \u00e0 qui il a fianc\u00e9 sa fille Claude. Notons que m\u00eame les bons rois avaient une f\u00e2cheuse tendance \u00e0 d\u00e9nigrer leur successeur \u2013 ainsi Louis <span class=\"caps\">XI<\/span> le misogyne contestant l\u2019\u00e9vidente \u00ab\u00a0sagesse\u00a0\u00bb de sa fille Anne. Ici, l\u2019exub\u00e9rante et folle jeunesse du \u00ab\u00a0gros gar\u00e7on\u00a0\u00bb doit effrayer le \u00ab\u00a0P\u00e8re du peuple\u00a0\u00bb. La mort de la reine Anne (9\u00a0janvier 1514) va permettre la c\u00e9l\u00e9bration de ce mariage qui la contrariait si fort.<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XII<\/span> \u00e0 peine veuf \u00e9pousera la tr\u00e8s jeune Marie d\u2019Angleterre, s\u0153ur d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span>. Il ne profitera pas longtemps des charmes de cette troisi\u00e8me femme\u00a0: il meurt le 1er\u00a0janvier 1515. Le \u00ab\u00a0gros gar\u00e7on\u00a0\u00bb va sit\u00f4t se r\u00e9v\u00e9ler le tr\u00e8s talentueux \u00ab\u00a0Roi chevalier\u00a0\u00bb \u2013 mais \u00e9tonnamment attach\u00e9 \u00e0 sa m\u00e8re. Encore une histoire de famille remarqu\u00e9e par les historiens.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Et vous promets, Madame, que si bien accompagn\u00e9s et si galants qu\u2019ils soient, deux cents hommes d\u2019armes que nous \u00e9tions en d\u00e9f\u00eemes bien quatre mille Suisses et les repouss\u00e2mes rudement, si gentils galants qu\u2019ils soient, leur faisant jeter leurs piques et crier France.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"439\" class=\"cit-num\">439<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">FRAN\u00c7OIS<\/span>\u00a0Ier (1494-1547), Lettre \u00e0 sa m\u00e8re Louise de Savoie, au soir du 13\u00a0septembre 1515. <em>Fin de la vieille France\u00a0: Fran\u00e7ois Ier, portraits et r\u00e9cits du seizi\u00e8me si\u00e8cle<\/em> (1885), C. Coignet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Son \u00ab\u00a0C\u00e9sar triomphant\u00a0\u00bb lui conte par le menu la premi\u00e8re partie de la bataille de Marignan. Les Suisses sont les alli\u00e9s du duc de Milan\u00a0: redoutables combattants, ils barrent l\u2019acc\u00e8s de l\u2019Italie en tenant les divers cols. Ces milices paysannes sont redout\u00e9es pour leurs charges en masses compactes, au son lugubre des trompes de berger. \u00c0 Marignan, dans l\u2019apr\u00e8s-midi, ils ont dispers\u00e9 la cavalerie et vont s\u2019emparer de l\u2019artillerie fran\u00e7aise quand Fran\u00e7ois\u00a0Ier, courageux et bien conseill\u00e9, prend le risque de charger. Le combat dure jusqu\u2019au soir, l\u2019\u00e9puisement est tel que les combattants qui ne sont pas morts tombent litt\u00e9ralement de sommeil sur place.<\/p>\n<p>Le lendemain, appel\u00e9s en urgence, les alli\u00e9s v\u00e9nitiens prennent les Suisses \u00e0 revers, les obligeant \u00e0 fuir pour se r\u00e9fugier \u00e0 Milan. Victoire totale, mais combat le plus meurtrier depuis l\u2019Antiquit\u00e9\u00a0: cette \u00ab\u00a0bataille de g\u00e9ants\u00a0\u00bb, selon t\u00e9moins et chroniqueurs, est un carnage (selon les crit\u00e8res de l\u2019\u00e9poque)\u00a0: 14\u00a0000 Suisses tu\u00e9s, 2\u00a0500 Fran\u00e7ais et V\u00e9nitiens.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Et tout bien d\u00e9battu, depuis deux mille ans, n\u2019a point \u00e9t\u00e9 vue une si fi\u00e8re ni si cruelle bataille [\u2026] Au demeurant, Madame, faites bien remercier Dieu par tout le royaume de la victoire qu\u2019il lui a plu nous donner.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"441\" class=\"cit-num\">441<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">FRAN\u00c7OIS<\/span>\u00a0Ier (1494-1547), Lettre \u00e0 sa m\u00e8re Louise de Savoie, au soir du 14\u00a0septembre 1515.<em> M\u00e9moires contenant le discours de plusieurs choses advenues au royaume de France depuis l\u2019an 1513 jusques au tresspas du Roy Fran\u00e7ois I<\/em> (1827), Martin Du Bellay (sieur de Langey), Ren\u00e9 Du Bellay (baron de La Lande)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Infatigable \u00e9pistolier, le \u00ab\u00a0C\u00e9sar triomphant\u00a0\u00bb rend compte \u00e0 sa m\u00e8re, par ailleurs r\u00e9gente quand il \u00ab\u00a0s\u2019en va-t-en guerre\u00a0\u00bb. Femme de caract\u00e8re, belle, intelligente, mais avide et intrigante, elle exer\u00e7a sur son royal et ador\u00e9 fils une influence politique souvent heureuse, parfois d\u00e9testable. Au lendemain de cette victoire fran\u00e7aise, le trait\u00e9 de Fribourg, dit \u00ab\u00a0de la Paix perp\u00e9tuelle\u00a0\u00bb (29\u00a0novembre\u00a01516), est impos\u00e9 aux cantons suisses de la Conf\u00e9d\u00e9ration helv\u00e9tique. Et les Suisses vont devenir les plus s\u00fbrs mercenaires du royaume, restant au service des rois de France jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9volution.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tout est perdu, fors l\u2019honneur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"453\" class=\"cit-num\">453<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">FRAN\u00c7OIS<\/span>\u00a0Ier\u00a0(1494-1547), Lettre \u00e0 Louise de Savoie apr\u00e8s la bataille de Pavie, 25\u00a0f\u00e9vrier 1525. <em>Histoire de Fran\u00e7ois\u00a0Ier et de la Renaissance<\/em> (1878), Eug\u00e8ne de la Gournerie<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019histoire a retenu cette citation \u00ab\u00a0incontournable\u00a0\u00bb. L\u2019id\u00e9e est juste, la forme exacte \u00e9tant\u00a0: \u00ab\u00a0Madame, pour vous avertir comment se porte le ressort de mon infortune, de toutes choses ne m\u2019est demeur\u00e9 que l\u2019honneur et la vie qui est sauve.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Apr\u00e8s chaque grande bataille, le roi \u00e9crit \u00e0 sa m\u00e8re, pr\u00e9sentement r\u00e9gente et toujours fi\u00e8re de son \u00ab\u00a0C\u00e9sar triomphant\u00a0\u00bb. Cette fois, c\u2019est une d\u00e9faite et m\u00eame le pire d\u00e9sastre militaire du r\u00e8gne. Le roi, assi\u00e9geur devenu assi\u00e9g\u00e9, donc pi\u00e9g\u00e9, est pass\u00e9 \u00e0 l\u2019assaut, courageux, mais brouillon et contre l\u2019avis des v\u00e9t\u00e9rans qui l\u2019entouraient. Pi\u00e8tre strat\u00e8ge, il a plac\u00e9 son artillerie, l\u2019une des meilleures d\u2019Europe, derri\u00e8re sa cavalerie, lui \u00f4tant toute efficacit\u00e9.<\/p>\n<p>Vaincu et prisonnier de Charles Quint, pour se lib\u00e9rer, il renonce \u2013 sur le papier \u2013 \u00e0 toute pr\u00e9tention sur l\u2019Italie, la Flandre et l\u2019Artois\u00a0; il s\u2019engage aussi \u00e0 c\u00e9der la Bourgogne \u00e0 Charles Quint et \u00e0 \u00e9pouser sa s\u0153ur, \u00c9l\u00e9onore de Habsbourg (sa femme Claude \u00e9tant morte en 1524). Enfin, il laisse en otage ses deux fils, Fran\u00e7ois et Henri (futur Henri\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>), le 17\u00a0avril 1526. Les fils de roi devaient parfois tenir ce r\u00f4le ingrat.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je lis les histoires de ce royaume, et j\u2019y trouve que de tous les temps, les putains ont dirig\u00e9 les affaires des rois\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"479\" class=\"cit-num\">479<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CATHERINE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">M\u00c9DICIS<\/span> (1519-1589) \u00e0 Diane de Poitiers. <em>Le Royaume de Catherine de M\u00e9dicis<\/em> (1922), Lucien Romier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fille de Laurent\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> de M\u00e9dicis, elle \u00e9pousa le futur Henri\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> en 1533 et faillit \u00eatre r\u00e9pudi\u00e9e pour cause de st\u00e9rilit\u00e9 pendant onze ans, avant de lui donner 10 enfants. La succession semblait bien assur\u00e9e. Mais depuis 1538 et durant les douze ann\u00e9es de r\u00e8gne d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, la reine est \u00e9clips\u00e9e par Diane de Poitiers. Ainsi les ma\u00eetresses ou favorites royales s\u2019imposaient-elles \u00e0 la cour, plus ou moins bien accept\u00e9es par les reines. Cette histoire de famille sort pourtant du lot\u00a0!<\/p>\n<p>\u00c2g\u00e9e de 48\u00a0ans en 1547 et de vingt ans l\u2019a\u00een\u00e9e du roi, Diane fit son \u00e9ducation \u00e0 la cour, quand l\u2019enfant de 11\u00a0ans rentra, apr\u00e8s quatre ann\u00e9es pass\u00e9es comme otage en Espagne (\u00e0 la place de son p\u00e8re Fran\u00e7ois Ier vaincu \u00e0 Pavie). Influente et intrigante, elle reste sa favorite jusqu\u2019\u00e0 la fin, mais certains historiens doutent de la nature exacte de leur liaison.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mais comme un Roi chr\u00e9tien est doux et d\u00e9bonnaire,<br>Et comme son enfant duquel il a souci,<br>Vrai p\u00e8re, aime son peuple et sa Noblesse aussi.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"489\" class=\"cit-num\">489<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre de <span class=\"caps\">RONSARD<\/span> (1524-1585), <em>Exhortation au camp du roi Henri\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> pour bien combattre le jour de la bataille<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ronsard est (depuis octobre\u00a01558) aum\u00f4nier ordinaire et conseiller du roi dont il est ami d\u2019enfance. Prince des po\u00e8tes, devenu po\u00e8te des princes, il sera richement pensionn\u00e9 pour fournir la cour en po\u00e9sies de circonstances \u2013 ce qui nuit quelque peu \u00e0 son g\u00e9nie po\u00e9tique. Notons la m\u00e9taphore symbolique et r\u00e9currente qui fait du roi le p\u00e8re du peuple.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019\u00e9tait fils de bonne m\u00e8re qui n\u2019en voul\u00fbt go\u00fbter.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"493\" class=\"cit-num\">493<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Blaise de <span class=\"caps\">MONLUC<\/span> (1502-1577), <em>Commentaires<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Soldat \u00e0 16\u00a0ans sous les ordres du chevalier Bayard, servant sous quatre rois successifs avec sa fi\u00e8re devise <em>\u00ab\u00a0Deo duce, ferro comite\u00a0\u00bb<\/em> (\u00ab\u00a0Dieu pour chef, le fer pour compagnon\u00a0\u00bb), fait mar\u00e9chal de France \u00e0 72\u00a0ans, couvert de gloire et de blessures, Monluc reste fid\u00e8le \u00e0 la religion catholique et s\u2019indigne en 1559 de voir les seigneurs de France embrasser le calvinisme. Ainsi Louis\u00a0Ier, prince de Cond\u00e9 (futur chef du parti protestant contre les Guise) et trois neveux du conn\u00e9table de Montmorency, le plus c\u00e9l\u00e8bre \u00e9tant l\u2019amiral Gaspard de Coligny (premi\u00e8re victime de la Saint-Barth\u00e9lemy).<\/p>\n<p>Pour Monluc, militaire gascon pur et dur, tout protestant est un rebelle, un ennemi du roi\u00a0: c\u2019est pour cette trahison et non par fanatisme religieux qu\u2019il participera \u00e0 la r\u00e9pression, durant les guerres de Religion. Il s\u2019en justifie dans ses <em>Commentaires<\/em>, \u00ab\u00a0bible du soldat\u00a0\u00bb selon Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>, document clair et pr\u00e9cis sur l\u2019histoire politique et militaire du <span class=\"caps\">XVI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Fille pire que sa m\u00e8re, qui avait g\u00e2t\u00e9 son mari et infest\u00e9 toute la maison de Vend\u00f4me.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"494\" class=\"cit-num\">494<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">PAUL<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span> (1476-1559), peu avant sa mort. <em>Antoine de Bourbon et Jeanne d\u2019Albret<\/em> (1882), baron Alphonse de Ruble<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le pape parle de Jeanne d\u2019Albret, fille de Marguerite de Navarre \u2013\u00a0s\u0153ur de Fran\u00e7ois\u00a0Ier qui prot\u00e9gea les artistes, les humanistes et les protestants. La nouvelle reine de Navarre entra\u00eene son \u00e9poux, le tr\u00e8s ind\u00e9cis Antoine de Bourbon (duc de Vend\u00f4me) et son royaume de Navarre \u00e0 suivre Calvin le protestant. Elle professe publiquement la nouvelle religion en 1560 et l\u2019impose en 1567. Dans un couple royal, la femme est parfois la plus forte\u2026 Entre-temps, Antoine de Bourbon, nomm\u00e9 lieutenant g\u00e9n\u00e9ral du royaume, se retrouve combattant avec les Guise, \u00e0 la t\u00eate des arm\u00e9es catholiques.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dieu qui avait frapp\u00e9 le p\u00e8re \u00e0 l\u2019\u0153il a frapp\u00e9 le fils \u00e0 l\u2019oreille.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"496\" class=\"cit-num\">496<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">CALVIN<\/span> (1509-1564). <em>Charles\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span><\/em> (1986), Emmanuel Bourassin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le \u00ab\u00a0pape de Gen\u00e8ve\u00a0\u00bb, chef religieux des r\u00e9form\u00e9s (protestants) de France, ne peut que se r\u00e9jouir de cette mal\u00e9diction divine de p\u00e8re en fils, faisant ainsi l\u2019oraison fun\u00e8bre de Fran\u00e7ois\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, mort \u00e0 16\u00a0ans d\u2019une infection \u00e0 l\u2019oreille, le 5\u00a0d\u00e9cembre 1560 \u2013 un an et demi apr\u00e8s Henri\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, mort d\u2019un \u0153il crev\u00e9 dans un tournoi.<\/p>\n<p>Charles\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span> lui succ\u00e8de \u00e0 10\u00a0ans et sa m\u00e8re Catherine de M\u00e9dicis se retrouve r\u00e9gente. Protestants et catholiques semblent d\u2019accord pour regretter que le pouvoir politique \u00e9chappe aux hommes\u00a0: \u00ab\u00a0Ceux-l\u00e0 ont sagement pourvu \u00e0 leur \u00c9tat qui ont ordonn\u00e9 que les femmes ne vinssent jamais \u00e0 r\u00e9gner\u00a0\u00bb selon Th\u00e9odore de B\u00e8ze, le grand th\u00e9oricien protestant rappelant la loi salique pr\u00e9valant en France. Pour Fournier, pr\u00e9dicateur catholique de Saint-S\u00e9verin\u00a0: \u00ab\u00a0Ce n\u2019est pas l\u2019\u00e9tat d\u2019une femme de conf\u00e9rer les \u00e9v\u00each\u00e9s et les b\u00e9n\u00e9fices. La m\u00e8re de J\u00e9sus-Christ se voulut-elle m\u00ealer de l\u2019\u00e9lection de saint Mathias\u00a0?\u00a0\u00bb (\u00e9lu pour \u00eatre le douzi\u00e8me ap\u00f4tre, \u00e0 la place de Judas). La religion est aussi misogyne que la loi salique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dieu m\u2019a laiss\u00e9e avec trois enfants petits et un royaume tout divis\u00e9, n\u2019y ayant aucun \u00e0 qui je puisse enti\u00e8rement me fier.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"499\" class=\"cit-num\">499<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CATHERINE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">M\u00c9DICIS<\/span> (1519-1589), Lettre \u00e0 sa fille \u00c9lisabeth, janvier\u00a01561.<em> Le Si\u00e8cle de la Renaissance<\/em> (1909), Louis Batiffol<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>(\u00c9lisabeth de France est reine d\u2019Espagne par son mariage avec Philippe\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> qui l\u2019a fait venir en sa cour, la destinant d\u2019abord \u00e0 son fils Don Carlos. C\u2019est tout le drame de l\u2019op\u00e9ra <em>Don Carlo<\/em>, de Verdi).<\/p>\n<p>Catherine de M\u00e9dicis est notre premi\u00e8re grande femme d\u2019\u00c9tat. Apr\u00e8s trente ann\u00e9es d\u2019effacement comme femme d\u2019Henri <span class=\"caps\">II<\/span> et quelques mois de ce qu\u2019on appellerait aujourd\u2019hui une grave d\u00e9pression, la \u00ab\u00a0veuve noire\u00a0\u00bb n\u2019a plus qu\u2019une ambition\u00a0: assurer le r\u00e8gne de ses fils dont la sant\u00e9, min\u00e9e par la tuberculose, justifiera de sombres pr\u00e9dictions.<\/p>\n<p>Elle va man\u0153uvrer entre les partis, intriguer avec les intrigants contre d\u2019autres intrigants avec une habilet\u00e9 florentine\u00a0et selon la devise de Louis <span class=\"caps\">XI<\/span>\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Divide ut regnes.\u00a0\u00bb<\/em> Elle commence par renvoyer les Guise. Antoine de Navarre (protestant, mais sans vraie conviction) devient lieutenant g\u00e9n\u00e9ral du royaume et catholique opportuniste. Michel de L\u2019Hospital, promu chancelier, sera son principal ministre. La vraie religion de ce grand juriste est la tol\u00e9rance. Mais le fanatisme aura raison de cette sage politique, apr\u00e8s sept longues et terribles ann\u00e9es de guerre civile.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0De l\u00e0 vient le discord sous lequel nous vivons,<br>De l\u00e0 vient que le fils fait la guerre \u00e0 son p\u00e8re,<br>La femme \u00e0 son mari, et le fr\u00e8re \u00e0 son fr\u00e8re.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"503\" class=\"cit-num\">503<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre de <span class=\"caps\">RONSARD<\/span> (1524-1585),<em> Discours des mis\u00e8res de ce temps, Remontrance au peuple de France<\/em> (1562)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Prince des po\u00e8tes, devenu po\u00e8te des princes, il est \u00e0 pr\u00e9sent prot\u00e9g\u00e9 par Michel de L\u2019Hospital. Le massacre de Wassy est l\u2019acte\u00a0I des grandes \u00ab\u00a0mis\u00e8res de ce temps\u00a0\u00bb qui inspirent ses <em>Discours<\/em> au patriotisme \u00e9corch\u00e9 vif et font de ce fervent catholique un auteur engag\u00e9.<\/p>\n<p>Le 1er\u00a0mars 1562, Fran\u00e7ois de Guise et ses gens, revenant de Lorraine, voient des protestants au pr\u00eache dans la ville de Wassy \u2013 pratique interdite par l\u2019\u00e9dit de janvier. Ils foncent dans la foule au son des trompettes. Bilan\u00a0: 74 morts et une centaine de bless\u00e9s. C\u2019est la \u00ab\u00a0premi\u00e8re Saint-Barth\u00e9lemy\u00a0\u00bb et les massacres de huguenots se suivent et se ressemblent dramatiquement \u00e0 Sens et \u00e0 Tours, dans le Maine et l\u2019Anjou. Ainsi commence la premi\u00e8re des huit guerres de Religion \u2013 trente-six ann\u00e9es de guerre civile, presque sans r\u00e9pit, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9dit de Nantes sign\u00e9 par Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> (1598).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je veux de si\u00e8cle en si\u00e8cle au monde publier<br>D\u2019une plume de fer sur un papier d\u2019acier,<br>Que ses propres enfants l\u2019ont prise et d\u00e9v\u00eatue,<br>Et jusques \u00e0 la mort vilainement battue.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"412\" class=\"cit-num\">412<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre de <span class=\"caps\">RONSARD<\/span> (1524-1585), <em>Continuation du discours des mis\u00e8res de ce temps<\/em> (1562)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parent\u00e9 symbolique, m\u00e9taphore d\u2019autant plus puissante en cas de malheur\u00a0! Le po\u00e8te des c\u00e9l\u00e8bres <em>Discours<\/em> se jette dans la m\u00eal\u00e9e pour parler de la France en peine, en proie aux horreurs de la guerre civile qui ne fait pourtant que commencer. Fid\u00e8le \u00e0 la foi catholique, il s\u2019en prend aux protestants tenus pour responsables des troubles.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s le beau <span class=\"caps\">XVI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle de la Renaissance et du r\u00eave italien, la France des guerres de Religion sombre dans le cauchemar de l\u2019anarchie, de la haine et du fanatisme\u00a0: tous les Grands du royaume seront impliqu\u00e9s, beaucoup mourront en combattant ou assassin\u00e9s \u2013 jusqu\u2019au roi Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>, en 1589.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sire, ce n\u2019est pas tout que d\u2019\u00eatre Roi de France,<br>Il faut que la vertu honore votre enfance\u00a0:<br>Un Roi sans la vertu porte le sceptre en vain,<br>Qui ne lui sert sinon d\u2019un fardeau dans la main.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"505\" class=\"cit-num\">505<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre de <span class=\"caps\">RONSARD<\/span> (1524-1585), <em>L\u2019Institution pour l\u2019adolescence du Roi Tr\u00e8s Chr\u00e9tien<\/em> (1562)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le po\u00e8te esquisse un plan d\u2019\u00e9ducation en alexandrins, puis passe \u00e0 l\u2019art de gouverner et aux devoirs d\u2019un roi \u00e0 peine \u00e2g\u00e9 de 12\u00a0ans, dans une France d\u00e9chir\u00e9e par la guerre civile. Il adopte un ton de g\u00e9n\u00e9reuse gravit\u00e9 et de sollicitude inqui\u00e8te, qui tranche sur les vers galants et l\u2019\u00e9picurisme de <em>l\u2019Ode \u00e0 Cassandre<\/em> (\u00ab\u00a0Mignonne, allons voir si la rose\u2026\u00a0\u00bb) ou plus tard des <em>Sonnets pour H\u00e9l\u00e8ne<\/em> (\u00ab\u00a0Quand vous serez bien vieille, le soir \u00e0 la chandelle\u2026\u00a0\u00bb). Charles\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span>, tomb\u00e9 litt\u00e9ralement sous le charme de Ronsard, lui am\u00e9nagera un appartement \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de son palais. <br>D\u2019autres grands noms des lettres seront pr\u00e9pos\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9ducation des princes ou dauphins et prendront cette t\u00e2che fort \u00e0 c\u0153ur, comme Bossuet et F\u00e9nelon au <span class=\"caps\">XVII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si Monsieur le pape fait trop la b\u00eate, je prendrai moi-m\u00eame Margot par la main et la m\u00e8nerai \u00e9pouser en plein pr\u00eache\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"519\" class=\"cit-num\">519<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CHARLES<\/span> <span class=\"caps\">IX<\/span> (1550-1574), 1er\u00a0ao\u00fbt 1572. Cit\u00e9 par Voltaire (<em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>) et au\u00a0si\u00e8cle suivant par Alexandre Dumas (<em>La Reine Margot<\/em>), entre autres sources<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le roi s\u2019impatiente, le pape tardant \u00e0 donner sa dispense pour le mariage de sa s\u0153ur avec Henri de Navarre, protestant. Il esp\u00e8re, comme son conseiller Coligny, que cette union sera gage de r\u00e9conciliation apr\u00e8s la paix de Saint-Germain qui mit fin \u00e0 la troisi\u00e8me guerre de Religion. Mais ce mariage forc\u00e9 va tourner \u00e0 la trag\u00e9die historique.<\/p>\n<p>La tr\u00e8s belle et raffin\u00e9e Marguerite de France (ou de Valois), 19\u00a0ans, est \u00e9prise du tr\u00e8s ambitieux Henri, duc de Guise dit le Balafr\u00e9, chef de file des catholiques et partisan de la guerre \u00e0 outrance contre les protestants. La voil\u00e0 donc forc\u00e9e, et d\u2019abord par sa m\u00e8re Catherine de M\u00e9dicis, d\u2019\u00e9pouser ce souverain d\u2019un petit royaume, homme rustique et jovial, sentant le gousset (ail) et d\u2019allure peu royale. Le mariage sera annul\u00e9 en 1599\u00a0: pour d\u00e9faut de consentement de la mari\u00e9e et consanguinit\u00e9 (entre cousins). Ce mariage maudit va surtout d\u00e9clencher la quatri\u00e8me guerre de Religion, avec le massacre de la Saint-Barth\u00e9lemy d\u2019illustre m\u00e9moire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La fortune, qui ne laisse jamais une f\u00e9licit\u00e9 enti\u00e8re aux humains, changea bient\u00f4t cet heureux \u00e9tat de triomphe et de noces en un tout contraire, par cette blessure de l\u2019Amiral, qui offensa tellement tous ceux de la religion que cela les mit comme en un d\u00e9sespoir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"521\" class=\"cit-num\">521<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARGUERITE<\/span> de <span class=\"caps\">VALOIS<\/span> (1553-1615), <em>M\u00e9moires<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Son mariage devait sceller la r\u00e9conciliation entre catholiques et protestants. Mais les chefs catholiques ne peuvent admettre qu\u2019un protestant entre dans la famille royale. Et l\u2019amiral de Coligny, artisan de ce mariage, est le premier vis\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon Dieu, ma s\u0153ur n\u2019y allez pas\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"522\" class=\"cit-num\">522<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Claude de <span class=\"caps\">FRANCE<\/span> (1547-1575) \u00e0 sa s\u0153ur Marguerite, 23\u00a0ao\u00fbt 1572. <em>M\u00e9moires<\/em>, Marguerite de Valois<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La mari\u00e9e s\u2019appr\u00eate \u00e0 aller rejoindre au lit son mari Henri de Navarre. Mais sa \u00ab\u00a0s\u0153ur de Lorraine\u00a0\u00bb (mari\u00e9e au duc de Lorraine) craint pour sa vie, sachant le sinistre projet, le massacre pr\u00e9vu pour cette nuit. Dans la nuit du 23 au 24\u00a0ao\u00fbt, le tocsin de Saint-Germain-l\u2019Auxerrois appelle les milices bourgeoises et ameute la populace parisienne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En France, il ne peut exister deux rois. Mon fr\u00e8re, il est n\u00e9cessaire que vous quittiez mon royaume pour chercher une autre couronne\u00a0; quant \u00e0 moi, j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 l\u2019\u00e2ge de me gouverner.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"537\" class=\"cit-num\">537<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CHARLES<\/span> <span class=\"caps\">IX<\/span> (1550-1574), \u00e0 son fr\u00e8re Henri duc d\u2019Anjou. <em>Catherine de M\u00e9dicis pr\u00e9sente \u00e0 Charles <span class=\"caps\">IX<\/span> son royaume<\/em> (1937), Pierre Champion<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Querelle de jalousie entre fr\u00e8res, somme toute banale, mais au sommet de l\u2019\u00c9tat, tout prend une dimension historique. Le roi de France n\u2019aime gu\u00e8re ce fr\u00e8re, brillant \u00e0 la guerre et fils pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 de leur m\u00e8re. La monarchie \u00e9tant devenue \u00e9lective en Pologne, Catherine de M\u00e9dicis a intrigu\u00e9 pour lui faire avoir cette couronne en mai\u00a01573. Le futur Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> pr\u00e9f\u00e9rerait rester en France et gouverner de loin sa Pologne, mais Charles\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span> semble trop heureux de cette raison pour le voir partir.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Charles\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span>, pr\u00e8s de sa fin, restant longtemps sans sonner mot, dit en se tournant, comme s\u2019il se f\u00fbt r\u00e9veill\u00e9\u00a0:<br>\u2014 Appelez-moi mon fr\u00e8re\u00a0!<br>La reine m\u00e8re envoie chercher le duc d\u2019Alen\u00e7on.<br>\u2014 Non, madame, je veux le roi de Navarre\u00a0; c\u2019est celui-l\u00e0 qui est mon fr\u00e8re.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"538\" class=\"cit-num\">538<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CHARLES<\/span> <span class=\"caps\">IX<\/span>\u00a0(1550-1574), sur son lit de mort au ch\u00e2teau de Vincennes, le 30\u00a0mai\u00a01574. Mot de la fin. <em>Histoire de France au seizi\u00e8me si\u00e8cle, La Ligue et Henri <span class=\"caps\">IV<\/span><\/em> (1856), Jules Michelet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Charles\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span> pr\u00e9f\u00e8re son beau-fr\u00e8re Henri de Navarre \u2013 le mari qu\u2019il a voulu pour sa s\u0153ur la reine Margot \u2013 \u00e0 son fr\u00e8re de sang, le duc d\u2019Alen\u00e7on, quatri\u00e8me fils de Catherine de M\u00e9dicis, atteint du m\u00eame mal (tuberculose fr\u00e9quente en cas de mariages royaux consanguins) qui emporte le jeune roi, deux ans apr\u00e8s la Saint-Barth\u00e9lemy.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je veux peindre la France une m\u00e8re afflig\u00e9e,<br>Qui est, entre ses bras, de deux enfants charg\u00e9e.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"545\" class=\"cit-num\">545<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Agrippa d\u2019<span class=\"caps\">AUBIGN\u00c9<\/span> (1552-1630), <em>Les Tragiques<\/em> (1616)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans l\u2019autre camp (protestant), il fait \u00e9cho aux <em>Discours<\/em> de Ronsard, usant de la m\u00eame m\u00e9taphore patriotique de la France, m\u00e8re d\u00e9chir\u00e9e entre ses deux enfants de religion oppos\u00e9e. T\u00e9moin \u00e0 huit\u00a0ans des horreurs de la guerre civile qui commence \u00e0 d\u00e9chirer le pays et jurant \u00e0 son p\u00e8re calviniste de venger les pendus d\u2019Amboise en 1560, il mourra \u00e0 78\u00a0ans, sous le r\u00e8gne de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span>.\u00a0 Combattant aussi farouche l\u2019\u00e9p\u00e9e ou la plume \u00e0 la main, il entreprend cette \u00e9pop\u00e9e de la foi en 1577 \u2013 long po\u00e8me de sept livres, publi\u00e9 en 1616, quand le fond et la forme en appara\u00eetront totalement anachroniques. Cri de haine contre les catholiques, hymne \u00e0 la gloire des protestants, chant d\u2019amour \u00e0 la France incarn\u00e9e en femme.<\/p>\n<p>Cette ann\u00e9e 1577, la France vit sa sixi\u00e8me guerre de Religion. Parti catholique et parti protestant se sont \u00e9galement renforc\u00e9s, structur\u00e9s, au point que nul ne peut vraiment l\u2019emporter. La paix de Bergerac ne sera que provisoire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y a bien de la besogne\u00a0\/ \u00c0 regarder ce petit roi<br>Car il a mis en d\u00e9sarroi\u00a0\/ Toutes les filles de sa femme<br>Mais on sait que la bonne dame\u00a0\/ S\u2019en venge bien de son c\u00f4t\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"547\" class=\"cit-num\">547<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Chanson populaire sur Henri de Navarre et la reine Margot<\/em> (1579). <em>M\u00e9moires relatifs \u00e0 l\u2019histoire de France, Journal de Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span><\/em> (posthume), Pierre de l\u2019Estoile<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s sept ans de mariage, tout ne va pas pour le mieux dans le couple. Le futur Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> reste aussi c\u00e9l\u00e8bre par sa galanterie que Margot par sa nymphomanie et sa s\u00e9duction. \u00ab\u00a0S\u2019il y eut jamais une au monde parfaite en beaut\u00e9, c\u2019est la reine de Navarre. Toutes celles qui sont, qui seront et jamais ont \u00e9t\u00e9, pr\u00e8s de la sienne sont laides et ne sont point beaut\u00e9s.\u00a0\u00bb L\u2019abb\u00e9 et seigneur de Brant\u00f4me, devenu m\u00e9morialiste, lui rend ainsi hommage.<\/p>\n<p>Histoire de famille compliqu\u00e9e\u00a0! La belle a \u00e9t\u00e9 chass\u00e9e de la cour de France par son fr\u00e8re Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> \u2013 accus\u00e9e d\u2019intrigue avec leur fr\u00e8re Fran\u00e7ois, le tr\u00e8s ambitieux duc d\u2019Anjou (ex-duc d\u2019Alen\u00e7on), alli\u00e9 contre la couronne \u00e0 son mari Henri de Navarre, dans la cinqui\u00e8me guerre de Religion. Marguerite de France, reine de Navarre, tient d\u00e9sormais cour brillante \u00e0 N\u00e9rac. La septi\u00e8me guerre de Religion (1579-1580), men\u00e9e par Henri de Navarre et le mar\u00e9chal de Biron, sera dite \u00ab\u00a0guerre des amoureux\u00a0\u00bb, par allusion \u00e0 la frivolit\u00e9 qui r\u00e8gne en cette cour\u00a0! Le trait\u00e9 de N\u00e9rac, sign\u00e9 le 28\u00a0f\u00e9vrier 1579 par Catherine de M\u00e9dicis au nom du roi, mais non respect\u00e9 par les protestants, relance la (huiti\u00e8me) guerre en 1584.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous pouvez penser comme je suis malheureuse de tant vivre et de voir tout mourir devant moi, encore que je sache bien qu\u2019il faut se conformer \u00e0 la volont\u00e9 de Dieu.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"552\" class=\"cit-num\">552<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CATHERINE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">M\u00c9DICIS<\/span> (1519-1589), Lettre \u00e0 Belli\u00e8vre, 10\u00a0juin\u00a01584. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>M\u00e8re de dix enfants, elle n\u2019en finit plus de porter leur deuil. Fran\u00e7ois d\u2019Anjou (ex-duc Alen\u00e7on) meurt le 10\u00a0juin 1584, \u00e2g\u00e9 de 30\u00a0ans. \u00c9ternel frustr\u00e9 de la famille, ambitieux et rebelle, tr\u00e8s impopulaire, il a complot\u00e9 \u00e0 la t\u00eate du parti des Malcontents et ce n\u2019est pas une grande perte pour le roi.<\/p>\n<p>Mais Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> n\u2019a pas fait d\u2019enfant \u00e0 sa femme pourtant bien-aim\u00e9e \u2013 malgr\u00e9 des rumeurs d\u2019homosexualit\u00e9. \u00c0 sa mort, la couronne de France doit revenir \u00e0 Henri de Navarre, chef du parti protestant. Nostradamus l\u2019avait pr\u00e9dit\u00a0: \u00ab\u00a0Il aura tout l\u2019h\u00e9ritage.\u00a0\u00bb La perspective qui se pr\u00e9cise d\u2019un Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> protestant promu roi de France affole les Fran\u00e7ais catholiques et insupporte aux Guise. La Sainte Ligue en sommeil se r\u00e9veille. La huiti\u00e8me (et derni\u00e8re) guerre de Religion sera particuli\u00e8rement longue et cruelle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est bien taill\u00e9 mon fils\u00a0; maintenant il faut recoudre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"567\" class=\"cit-num\">567<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CATHERINE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">M\u00c9DICIS<\/span> (1519-1589) \u00e0 Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>, ch\u00e2teau de Blois, 23\u00a0d\u00e9cembre 1588. <em>Dictionnaire des citations fran\u00e7aises et \u00e9trang\u00e8res<\/em> (1982), Robert Carlier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le roi courut annoncer \u00e0 sa m\u00e8re l\u2019assassinat de son pire ennemi, le duc de Guise. Cette fa\u00e7on d\u2019\u00e9liminer ceux qui font obstacle au pouvoir de ses fils est bien dans ses m\u0153urs florentines \u2013 et dans celles de l\u2019\u00e9poque. Mais \u00e0 70\u00a0ans et \u00e0 quelques jours de sa mort (5\u00a0janvier 1589), la reine m\u00e8re se fait-elle beaucoup d\u2019illusions sur l\u2019avenir de son dernier fils\u00a0?<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-2-72.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">Naissance de la monarchise absolue (1589-1643)<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je me passerais mieux de dix ma\u00eetresses comme vous, que d\u2019un serviteur comme lui.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"647\" class=\"cit-num\">647<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span> (1553-1610), \u00e0 Gabrielle d\u2019Estr\u00e9es, 1599. <em>Dictionnaire historique, critique et bibliographique<\/em> (1822), Louis Ma\u00efeul Chaudon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sa belle ma\u00eetresse vient de se plaindre de Sully qu\u2019elle appelle un \u00ab\u00a0valet\u00a0\u00bb. Maximilien de B\u00e9thune, baron de Rosny, duc de Sully (et bient\u00f4t premier au Conseil et pair de France), un de ses plus vieux compagnons de route, est d\u00e9j\u00e0 grand voyer de France (contr\u00f4lant toutes les voies de communication), superintendant des Fortifications et B\u00e2timents, grand ma\u00eetre de l\u2019artillerie, charg\u00e9 de l\u2019agriculture, surintendant des Finances. Il s\u2019acquitte de ses t\u00e2ches avec autant de loyaut\u00e9 que d\u2019efficacit\u00e9\u2026 Mais Gabrielle d\u2019Estr\u00e9es est la plus aim\u00e9e des femmes pr\u00e9sentes. Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> projetait m\u00eame, apr\u00e8s annulation en cour de Rome de son mariage avec Marguerite de Valois, de l\u2019\u00e9pouser.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0H\u00e2tez-vous de me faire ce fils, de sorte que je puisse vous faire une fille.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"651\" class=\"cit-num\">651<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span>\u00a0(1553-1610), Lettre \u00e0 Henriette d\u2019Entragues, marquise de Verneuil, 1601. <em>Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span><\/em> (1933), Georges Slocombe<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 la mort brutale de Gabrielle d\u2019Estr\u00e9es (1599), il se dit inconsolable\u00a0: \u00ab\u00a0La racine de mon c\u0153ur est morte et ne rejettera [repoussera] plus.\u00a0\u00bb Trois mois apr\u00e8s, il tombe fou de la nouvelle favorite et lui \u00e9crit une promesse de mariage fort bien libell\u00e9e, car il va se s\u00e9parer de Margot, toujours sans enfant.<\/p>\n<p>Ce que roi veut\u2026 Henriette accouche de ce fils et deux ans apr\u00e8s, d\u2019une fille. Entre-temps, et pour raison d\u2019\u00c9tat, le roi a \u00e9pous\u00e9 Marie de M\u00e9dicis, fille du grand-duc de Toscane, Fran\u00e7ois de M\u00e9dicis \u2013 grande famille patricienne de Florence et banquier de l\u2019Europe depuis le <em>Quattrocento<\/em>. (Renaissance italienne au <span class=\"caps\">XV<\/span>e\u00a0si\u00e8cle, ann\u00e9es 1400 ou <em>millequattrocento<\/em>.)<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne trouve ni agr\u00e9able compagnie, ni r\u00e9jouissance, ni satisfaction chez ma femme [\u2026] faisant une mine si froide et si d\u00e9daigneuse lorsqu\u2019arrivant du dehors, je viens pour la baiser, caresser et rire avec elle, que je suis contraint de d\u00e9pit de la quitter l\u00e0 et de m\u2019en aller chercher quelque r\u00e9cr\u00e9ation ailleurs.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"653\" class=\"cit-num\">653<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span> (1553-1610), Lettre \u00e0 Sully. <em>Lettres intimes de Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span><\/em> (1876), Louis Dussieux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Marie de M\u00e9dicis n\u2019a certes pas le temp\u00e9rament de la reine Margot, sa premi\u00e8re femme\u00a0! Ce mariage florentin fut un sacrifice \u00e0 la raison d\u2019\u00c9tat \u2013 les rois ne se mariaient pas par amour, pour cela, ils avaient les ma\u00eetresses. La belle-famille est tr\u00e8s riche et tr\u00e8s catholique\u00a0: deux raisons qui auraient d\u00fb faire de ce mariage une bonne affaire pour le roi de France. Il n\u2019en est rien.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 la vie priv\u00e9e du roi, elle justifie sa r\u00e9putation de Vert Galant. La prog\u00e9niture d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> est \u00e0 l\u2019image de sa vigueur amoureuse, exceptionnelle, et il l\u00e9gitime souvent ses enfants n\u00e9s hors mariage \u2013 c\u2019est le premier roi de France qui ose cela\u00a0! Quant au nombre de favorites, sur un temps de vie et de r\u00e8gne plus court, il bat largement nos deux autres grands amoureux, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> et Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>. On avance le nombre de 73.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Monsieur l\u2019Ambassadeur, avez-vous des enfants\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"658\" class=\"cit-num\">658<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span> (1553-1610). <em>Dictionnaire encyclop\u00e9dique d\u2019anecdotes modernes, anciennes, fran\u00e7aises et \u00e9trang\u00e8res<\/em> (1872), Victor Fournel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le dialogue est banal, c\u2019est l\u2019image qui frappe, souvent reproduite dans les livres d\u2019histoire et qui perp\u00e9tue dans la m\u00e9moire des \u00e9coliers le personnage du bon roi, p\u00e8re de famille\u00a0: l\u2019ambassadeur d\u2019Espagne ouvre une porte et tombe sur Sa Majest\u00e9, marchant \u00e0 quatre pattes, portant son fils (le Dauphin) sur son dos. \u00ab\u00a0Monsieur l\u2019Ambassadeur, avez-vous des enfants\u00a0? \u2014\u00a0Oui, Sire. \u2014\u00a0En ce cas, je peux achever le tour de la chambre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le non-formalisme de la cour est typique de ce r\u00e8gne. On imagine mal Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> dans cette situation, non plus que Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> ou Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>\u00a0! La pr\u00e9sence des enfants \u00e0 la cour est tout aussi remarquable. D\u2019habitude, on les cache, ou on les d\u00e9guise en petits adultes. Outre ses nombreux b\u00e2tards, Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> eut six enfants en dix ans de mariage avec Marie de M\u00e9dicis\u00a0: le Dauphin, futur Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span>, trois filles qui \u00e9pouseront chacune un roi, un petit Nicolas de France mort \u00e0 4\u00a0ans, et Gaston d\u2019Orl\u00e9ans, le fr\u00e8re redoutablement comploteur du futur roi.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous ne traiteriez pas ainsi vos b\u00e2tards\u00a0!<br>\u2014 Mes b\u00e2tards peuvent \u00eatre \u00e0 tout moment corrig\u00e9s par le Dauphin, s\u2019ils sont m\u00e9chants, mais qui corrigera le Dauphin si je ne le fais moi-m\u00eame\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"656\" class=\"cit-num\">656<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span> (1553-1610), r\u00e9pondant \u00e0 Marie <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">M\u00c9DICIS<\/span> (1575-1642). <em>Les Rois qui ont fait la France, Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span><\/em> (1981), Georges Bordonove<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sc\u00e8nes de m\u00e9nage fr\u00e9quentes entre les deux \u00e9poux, les murs du palais (des Tuileries) en r\u00e9sonnent. Marie est jalouse des ma\u00eetresses du roi, fort g\u00e9n\u00e9reux et galant avec toutes ces dames, alors qu\u2019il a peu d\u2019\u00e9gard pour la reine.<\/p>\n<p>Elle lui reproche ici de frapper avec sa canne le petit Dauphin (futur Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span>). Le bon roi n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 jouer les p\u00e8res Fouettard, \u00ab\u00a0sachant bien qu\u2019il n\u2019y a rien au monde qui lui fasse plus de profit\u00a0; car \u00e9tant de son \u00e2ge, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 fort fouett\u00e9\u00a0\u00bb. Selon Jean H\u00e9roard, m\u00e9decin du roi, le Dauphin est un enfant gai, \u00e0 l\u2019esprit vif, sachant prendre parti avec courage et d\u2019une grande pi\u00e9t\u00e9. Mais il remarque sa timidit\u00e9 devant les filles, ce qui n\u2019est certes pas un h\u00e9ritage paternel.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Priez Dieu, Madame, que je vive longtemps, car mon fils vous maltraitera quand je n\u2019y serai plus.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"657\" class=\"cit-num\">657<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span> (1553-1610), \u00e0 Marie de M\u00e9dicis. <em>Les Rois qui ont fait la France, Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span><\/em> (1981), Georges Bordonove<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sait-il que sa femme n\u2019est pas \u00e9trang\u00e8re \u00e0 certains complots tram\u00e9s autour de lui\u00a0? Cette phrase est en tout cas pr\u00e9monitoire des relations entre la m\u00e8re et le fils\u00a0: une v\u00e9ritable guerre, au terme de laquelle Marie de M\u00e9dicis perdra son pouvoir, ses amis, sa libert\u00e9, pour finir en exil.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je voudrais n\u2019\u00eatre point roi et que mon fr\u00e8re le f\u00fbt plut\u00f4t\u00a0: car j\u2019ai peur qu\u2019on me tue, comme on a fait du roi mon p\u00e8re.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"663\" class=\"cit-num\">663<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIII<\/span> (1601-1643), le soir du 14\u00a0mai 1610.<em> Journal pour le r\u00e8gne de Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> et le d\u00e9but du r\u00e8gne de Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span><\/em> (posthume, 1960), Pierre de L\u2019Estoile<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019enfant qui n\u2019a pas 9\u00a0ans restera traumatis\u00e9 \u00e0 jamais par ce drame \u2013 sa m\u00e8re est vraisemblablement compromise dans le dernier attentat qui co\u00fbte la vie \u00e0 son p\u00e8re.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Votre Majest\u00e9 m\u2019excusera. Les rois ne meurent point en France.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"664\" class=\"cit-num\">664<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Nicolas Brulart de <span class=\"caps\">SILLERY<\/span> (1544-1624), 14\u00a0mai 1610. <em>Le Mercure fran\u00e7ais<\/em> (1611), Jean Richier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ainsi parle le chancelier devant le petit Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span>, cependant que la reine Marie de M\u00e9dicis se lamente bien fort sur le corps du roi ramen\u00e9 au Louvre et que les conseillers la prient instamment d\u2019agir \u00ab\u00a0en homme et en roi\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>En juriste, Sillery rappelle un tr\u00e8s ancien pr\u00e9cepte de la monarchie fran\u00e7aise\u00a0: \u00ab\u00a0Le Roi de France ne meurt jamais\u00a0\u00bb, de sorte que le tr\u00f4ne ne soit jamais vacant, d\u2019o\u00f9 l\u2019expression\u00a0: \u00ab\u00a0Le Roi est mort. Vive le roi\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En 1619, on avait \u00e0 grand bruit imprim\u00e9 dans Le Mercure, pour la joie de la France, que le roi commen\u00e7ait enfin \u00e0 faire l\u2019amour \u00e0 la reine.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"676\" class=\"cit-num\">676<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de France au dix-septi\u00e8me si\u00e8cle, Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> et Richelieu<\/em> (1857)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La grande Histoire est faite aussi de ces petites histoires et le peuple se passionne pour les secrets d\u2019alc\u00f4ves royales dont d\u00e9pend d\u2019ailleurs l\u2019avenir du pays. Anne d\u2019Autriche \u00ab\u00a0\u00e9tait arriv\u00e9e \u00e0 13\u00a0ans. Et, pendant trois ans, son mari avait oubli\u00e9 qu\u2019elle exist\u00e2t.\u00a0\u00bb Il faudra encore vingt ans pour que naisse un enfant de cette union.<\/p>\n<p>Le roi ne n\u00e9gligeait pas sa femme pour s\u2019occuper de ses ma\u00eetresses, \u00e9tant par nature, en cela comme en presque tout, bien diff\u00e9rent de son p\u00e8re (Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>) et de son fils (Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>)\u00a0! Son homosexualit\u00e9 n\u2019est pas certaine, non plus que son impuissance, mais il pr\u00e9f\u00e8re le commerce de ses favoris \u00e0 celui des femmes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon Dieu, que vous \u00eates grandi\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"678\" class=\"cit-num\">678<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARIE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">M\u00c9DICIS<\/span> (1575-1642), \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span>, rappel\u00e9e d\u2019exil, 5\u00a0septembre 1619. <em>L\u2019Ancienne France\u00a0: Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> et Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span><\/em> (1886), Paul Lacroix (dit S\u00e9bastien Jacob)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Terme provisoire \u00e0 la premi\u00e8re \u00ab\u00a0guerre de la m\u00e8re et du fils\u00a0\u00bb\u00a0: la reine m\u00e8re reconna\u00eet d\u2019une certaine mani\u00e8re que le roi est bien Roi. Dans la nuit du 21 au 22\u00a0f\u00e9vrier 1619, elle s\u2019est \u00e9chapp\u00e9e de sa prison au ch\u00e2teau de Blois d\u2019une mani\u00e8re rocambolesque, pour prendre la t\u00eate d\u2019un soul\u00e8vement contre son fils\u00a0! Le trait\u00e9 d\u2019Angoul\u00eame n\u00e9goci\u00e9 par Richelieu apaise le conflit. Quelques mois plus tard, la m\u00e8re repartira en guerre contre le fils, en ralliant les Grands du royaume\u2026<\/p>\n<p>Le roi n\u2019aime pas sa m\u00e8re et il a quelques raisons, mais il est assez intelligent pour comprendre que, tenue de force \u00e9loign\u00e9e de la cour, elle ne cessera de comploter contre lui. Cette r\u00e9conciliation et quelques autres sont n\u00e9goci\u00e9es par le tr\u00e8s habile Richelieu qui se rapproche ainsi du pouvoir.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 Dieu ne plaise que l\u2019adult\u00e8re entre jamais en ma maison\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"680\" class=\"cit-num\">680<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIII<\/span> (1601-1643), alors qu\u2019on lui montre une jeune femme fort belle. <em>La Revue de Paris<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">XVII<\/span> (1910), Marc Le Goupils<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 ce roi dont le mariage est un \u00e9chec conjugal, \u00e0 cet homme tr\u00e8s pieux, sans doute peu port\u00e9 sur les plaisirs de l\u2019amour et plus enclin \u00e0 s\u2019entourer d\u2019hommes, on ne pr\u00eate qu\u2019un seul amour v\u00e9ritable\u00a0: Louise de La Fayette, aussi belle que spirituelle, fille d\u2019honneur de sa femme Anne d\u2019Autriche. On ne sort pas du \u00ab\u00a0cercle de famille\u00a0\u00bb. Le cardinal de Richelieu, qui a provoqu\u00e9 sa rencontre avec le roi en 1635, esp\u00e8re son aide pour influencer Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span>. Mais Louise refuse de m\u00ealer la politique \u00e0 l\u2019amour\u2026 et le cardinal la force \u00e0 entrer au couvent de la Visitation, en 1637.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ne craignez rien. Je serai votre second contre tout le monde, sans en excepter mon fr\u00e8re. Mon honneur y est engag\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"708\" class=\"cit-num\">708<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIII<\/span>\u00a0(1601-1643), \u00e0 Richelieu. <em>Histoire de la vie de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> roi de France et de Navarre<\/em> (1768), Richard de Bury<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Gaston d\u2019Orl\u00e9ans (Monsieur, fr\u00e8re du roi), pr\u00e9sent dans tous les complots du r\u00e8gne, a fait irruption dans l\u2019h\u00f4tel du cardinal, rue Saint-Honor\u00e9, et l\u2019a violemment menac\u00e9. Il doit quitter le royaume le 30\u00a0janvier 1631. \u00ab\u00a0Le mal que l\u2019on vous fera, je le regarderai comme fait \u00e0 moi-m\u00eame et je saurai vous venger\u00a0\u00bb, promet le roi \u00e0 son principal ministre d\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous avons un Dauphin, \/ Le bonheur de la France,<br>Rions, buvons sans fin \/ \u00c0 l\u2019heureuse naissance.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"725\" class=\"cit-num\">725<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Saint-Amant (1594-1661), <em>La Naissance de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span><\/em> (1638), chanson. <em>Des chansons populaires chez les anciens et chez les Fran\u00e7ais<\/em> (1867), Charles Nisard<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La naissance d\u2019un enfant royal est toujours une occasion de f\u00eates pour le peuple. Quand c\u2019est un fils, attendu depuis plus de vingt ans, l\u2019\u00e9v\u00e9nement est salu\u00e9 par une explosion de joie, ce 5\u00a0septembre 1638\u00a0: \u00ab\u00a0Ce n\u2019\u00e9tait rien que jeux, feux et lanternes\u00a0\/ On couchait dans les tavernes [\u2026] On fit un si grand feu\u00a0\/ Qu\u2019on eut en grande peine\u00a0\/ \u00c0 sauver la Samaritaine\u00a0\/ Et d\u2019emp\u00eacher de br\u00fbler la Seine.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Et toujours chantant, le peuple pr\u00e9dit\u00a0: \u00ab\u00a0Lorsque ce Dieu-Donn\u00e9\u00a0\/ Aura pris sa croissance\u00a0\/ Il sera couronn\u00e9\u00a0\/ Le plus grand roi de France.\u00a0\/ L\u2019Espagne, l\u2019empereur et l\u2019Italie,\u00a0\/ Le Croate et le roi d\u2019Hongrie\u00a0\/ En mourront de peur et d\u2019envie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ici rien pour la nature. Dieudonn\u00e9 est le fils de la raison d\u2019\u00c9tat.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"726\" class=\"cit-num\">726<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de France<\/em>, tome <span class=\"caps\">XIV<\/span> (1877)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019historien remet l\u2019\u00e9v\u00e9nement en perspective. La tr\u00e8s longue st\u00e9rilit\u00e9 du mariage de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> et d\u2019Anne d\u2019Autriche faisait craindre pour la succession, dans la monarchie h\u00e9r\u00e9ditaire. \u00ab\u00a0L\u2019enfant apparut au moment o\u00f9 la m\u00e8re se croyait perdue si elle n\u2019\u00e9tait enceinte. Il vint expr\u00e8s pour la sauver.\u00a0\u00bb Le roi \u00e9tant peu empress\u00e9 aupr\u00e8s de la reine, les bonnes \u00e2mes murmurent les noms d\u2019amants suppos\u00e9s (comme le comte de la Rivi\u00e8re). Un doute planera toujours sur la filiation entre Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> le Juste et ce petit Dieudonn\u00e9 qui deviendra Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> le Grand.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Comment vous appelez-vous \u00e0 pr\u00e9sent\u00a0?<br>\u2014 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, mon papa.<br>\u2014 Pas encore, mon fils, pas encore, mais ce sera peut-\u00eatre pour bient\u00f4t.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"739\" class=\"cit-num\">739<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIII<\/span> (1601-1643), au futur roi qui n\u2019a pas 5\u00a0ans, 21\u00a0avril 1643. <em>Archives curieuses de l\u2019histoire de France, depuis Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span> jusqu\u2019\u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span><\/em> (1837), F\u00e9lix Danjou<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 peine \u00e2g\u00e9 de 40\u00a0ans, le roi n\u2019a plus que deux mois \u00e0 vivre (tuberculose et maladie de Crohn). Mais sa pi\u00e9t\u00e9 lui enl\u00e8ve toute crainte. Fait assez rare dans l\u2019histoire, son fils, l\u2019heure et le jour venus (en 1715), fera preuve du m\u00eame courage.<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Famille, je vous hais\u00a0\u00bb ou je vous aime&#8230; Pour le meilleur et plus souvent le pire, les histoires de famille (entre p\u00e8res et m\u00e8res, enfants et fratrie) sont fatalement historiques dans une France sous r\u00e9gime monarchique ou imp\u00e9rial, jusque dans les ann\u00e9es 1870.Les mariages soumis \u00e0 la raison d\u2019\u00c9tat font rarement le bonheur et l\u2019enjeu 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