{"id":9739,"date":"2026-01-12T01:00:00","date_gmt":"2026-01-12T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/portrait-de-victor-hugo-en-citations\/"},"modified":"2026-01-12T07:40:35","modified_gmt":"2026-01-12T06:40:35","slug":"portrait-de-victor-hugo-en-citations","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/portrait-de-victor-hugo-en-citations\/","title":{"rendered":"Portrait de Victor Hugo en citations"},"content":{"rendered":"\t\t<div data-elementor-type=\"wp-post\" data-elementor-id=\"9739\" class=\"elementor elementor-9739\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-7387e33b e-flex e-con-boxed e-con e-parent\" data-id=\"7387e33b\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-1d11c0c elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"1d11c0c\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"field-item even\"><p>\u00a0<\/p><p>Auteur passionn\u00e9 d\u2019histoire dans tous ses romans et son th\u00e9\u00e2tre, c\u2019est aussi le grand acteur et t\u00e9moin de son temps \u2013 sur le podium de<em> l\u2019Histoire en citations<\/em> avec Napol\u00e9on et de Gaulle.<\/p><p>Incarnation du si\u00e8cle romantique et politiquement engag\u00e9, il voue un culte \u00e0 l\u2019Empereur et contribue \u00e0 sa l\u00e9gende. C\u00e9l\u00e8bre \u00e0 30 ans, acad\u00e9micien \u00e0 39, \u00e9lu d\u00e9put\u00e9 monarchiste puis r\u00e9publicain, orateur s\u2019imposant \u00e0 la tribune, il devient l\u2019opposant num\u00e9ro un au futur Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span> \u00ab\u00a0le Petit\u00a0\u00bb. <br>Exil\u00e9 sous le Second Empire, de retour au premier jour de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, Hugo jouit d\u2019une popularit\u00e9 sans \u00e9gale, habitant l\u2019avenue rebaptis\u00e9e \u00e0 son nom et sit\u00f4t mort (\u00e0 83 ans) port\u00e9 en triomphe au Panth\u00e9on, mais \u00ab\u00a0dans le corbillard des pauvres\u00a0\u00bb selon ses derni\u00e8res volont\u00e9s.<\/p><p>Sa vie priv\u00e9e est un roman\u00a0riche de paradoxes\u00a0: pater familias grand bourgeois, soucieux des convenances et jaloux de son autorit\u00e9, il affiche sa liaison de cinquante ans avec Juliette Drouet. Il perd ses quatre enfants (dont L\u00e9opoldine noy\u00e9e et Ad\u00e8le H. devenue folle), mais cultive avec bonheur \u00ab\u00a0l\u2019Art d\u2019\u00eatre grand-p\u00e8re\u00a0\u00bb. Force de la nature dou\u00e9 d\u2019une prodigieuse puissance de travail (Hernani, drame en 5 actes et en vers \u00e9crit en 27 jours) et d\u2019une perp\u00e9tuelle facult\u00e9 d\u2019indignation, il jouit jusqu\u2019\u00e0 la fin d\u2019un app\u00e9tit sexuel hors norme, comparable \u00e0 Picasso.<\/p><p>\u00ab\u00a0Quel est selon vous le plus grand po\u00e8te fran\u00e7ais\u00a0?\u00a0\u00bb La r\u00e9ponse d\u2019Andr\u00e9 Gide d\u00e9passe le cercle des po\u00e8tes\u00a0: \u00ab\u00a0Hugo, h\u00e9las\u00a0!\u00a0\u00bb Il reste l\u2019auteur fran\u00e7ais le plus populaire devant Jules Verne, Zola et Pagnol. Servi par son g\u00e9nie du Verbe, c\u2019est surtout son action politique qu\u2019il nous faut rappeler.<\/p><p><img decoding=\"async\" style=\"float: left; margin: 10px; border: 1px solid black;\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-7-47.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p><h4>1. \u00ab\u00a0Ego Hugo\u00a0\u00bb\u00a0: devise d\u2019un g\u00e9nie polymorphe et s\u00fbr de soi.<\/h4><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je veux \u00eatre Chateaubriand ou rien\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), Journal intime et Lettre de 1821<\/p><\/blockquote><p>Dans l\u2019un des carnets o\u00f9 il consignait d\u00e9j\u00e0 ses activit\u00e9s et ses pens\u00e9es, le jeune Victor Hugo nota en date du 10 juillet 1816\u00a0: \u00ab\u00a0Je veux \u00eatre Chateaubriand ou rien\u00a0\u00bb. Il a 14 ans. Fid\u00e8le \u00e0 cette d\u00e9claration, il d\u00e9passera le ma\u00eetre du romantisme fran\u00e7ais. Mais il lui ressemble par son engagement politique le plus souvent dans l\u2019opposition.<\/p><p>Autre souhait apparemment plus modeste\u00a0: \u00ab\u00a0\u00eatre pour le moins Lamartine.\u00a0\u00bb Ce po\u00e8te au lyrisme pass\u00e9 de mode fut un mod\u00e8le du romantisme. Plus impr\u00e9vu\u00a0: son engagement politique dans l\u2019opposition \u00e0 Louis-Philippe et son heure de gloire\u00a0au d\u00e9but de la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique. Chef du gouvernement provisoire, affrontant la foule en armes, il lance avec un lyrisme hugolien\u00a0: \u00ab\u00a0Le drapeau rouge que vous nous rapportez n\u2019a jamais fait que le tour du Champ de Mars, tra\u00een\u00e9 dans le sang du peuple en 91 et 93, et le drapeau tricolore a fait le tour du monde avec le nom, la gloire et la libert\u00e9 de la patrie\u00a0!\u00a0\u00bb Notons que Lamartine et Hugo furent deux v\u00e9ritable amis de quarante ans, chose rare dans les milieux politiques et artistiques.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il vient une certaine heure dans la vie o\u00f9, l\u2019horizon s\u2019agrandissant sans cesse, un homme se sent trop petit pour continuer de parler en son nom. Il cr\u00e9e alors, po\u00e8te, philosophe ou penseur, une figure dans laquelle il se personnifie et s\u2019incarne. C\u2019est encore l\u2019homme, mais ce n\u2019est plus le moi.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), Lettre \u00e9voquant <em>Les Voix Int\u00e9rieures<\/em> (1837)<\/p><\/blockquote><p>Homme d\u2019action, Hugo est aussi philosophe de l\u2019Histoire et de lui-m\u00eame. L\u2019introspection est \u00e9vidente dans sa po\u00e9sie, elle se fera bouleversante \u00e0 l\u2019heure des drames personnels, la mort de sa fille pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e L\u00e9opoldine \u00e0 19 ans et la folie d\u2019Ad\u00e8le lui faisant fr\u00f4ler des abimes dont il saura s\u2019\u00e9loigner \u00e0 force de travail, par le retour \u00e0 l\u2019action et la cr\u00e9ation.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je veux les peuples grands. Je veux les hommes libres.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), testament intellectuel, d\u00e9dicace sur la plaque armori\u00e9e de sa maison natale \u00e0 Besan\u00e7on<\/p><\/blockquote><p>Alexandrin hugolien dans le fond et la forme\u00a0! Toute sa vie rel\u00e8ve de cette utopie, entre quelques autres \u00e9galement sinc\u00e8res chez cet homme habit\u00e9 par la foi \u2013 anticl\u00e9rical entretenant avec Dieu et l\u2019au-del\u00e0 un lien passionnel et complexe.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0<span class=\"caps\">HUGO<\/span> (Victor). A eu bien tort, vraiment, de s\u2019occuper de Politique\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Gustave <span class=\"caps\">FLAUBERT<\/span> (1821-1880), <em>Le Dictionnaire des id\u00e9es re\u00e7ues<\/em> (posthume, 1913)<\/p><\/blockquote><p>Ce petit livre est une collection d\u2019aphorismes et autres lieux communs propres \u00e0 son \u00e9poque que l\u2019auteur m\u00e9prise pour sa sottise, d\u2019o\u00f9 ce b\u00eatisier chic et choc, \u00e9crit entre 1850 et 1880, inachev\u00e9.<\/p><p>Impossible de ne pas citer en prime le mot du roi Louis-Philippe sous la Monarchie de Juillet, s\u00e9rieusement irrit\u00e9 par son principal opposant Lamartine (confr\u00e8re politique d\u2019Hugo)\u00a0: \u00ab\u00a0Ne me parlez pas des po\u00e8tes qui parlent de politique\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Victor Hugo \u00e9tait un fou qui se croyait Victor Hugo.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">COCTEAU<\/span> (1889-1963), Coll\u00e8ge Victor Hugo<\/p><\/blockquote><p>On reconna\u00eet le style du po\u00e8te aux antipodes de son illustre confr\u00e8re. Un si\u00e8cle les s\u00e9pare, mais surtout leur style. Rappelons le dandysme de Cocteau, homosexuel d\u00e9clar\u00e9, touche \u00e0 tout (\u00e9galement g\u00e9nial), jamais engag\u00e9 politiquement ni artistiquement. Mais la folie de se prendre pour soi n\u2019est pas si \u00e9trange ni \u00e9trang\u00e8re au \u00ab\u00a0cas Cocteau\u00a0\u00bb et au jeu de miroir qu\u2019il pratiqua toute sa vie\u2026 un jeu passionn\u00e9 malgr\u00e9 tout aux antipodes de l\u2019engagement.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019art, c\u2019est le reflet que renvoie l\u2019\u00e2me humaine \u00e9blouie de la splendeur du beau.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"99\" class=\"cit-num\">99<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span>, Oc\u00e9an prose<\/p><\/blockquote><p>L\u2019\u0153uvre hugolienne, essentiellement romanesque et th\u00e9\u00e2trale, s\u2019\u00e9tend \u00e0 bien d\u2019autres domaines\u00a0: \u00e9crits et discours politiques, r\u00e9cits de voyages, recueils de notes et de m\u00e9moires, commentaires litt\u00e9raires, correspondance abondante, pr\u00e8s de quatre mille dessins \u00e0 l\u2019encre originaux, inspir\u00e9s \u00e0 la limite du fantastique, d\u00e9cors int\u00e9rieurs et meubles (con\u00e7us durant son long exil et pour divers lieux entre Jersey et Guernesey), photographie, cet art nouveau qui fascine ses contemporains et qu\u2019il pratique avec son fils Charles \u00e0 Guernesey, face \u00e0 la mer. Un si\u00e8cle plus tard, il se serait lanc\u00e9 dans l\u2019audiovisuel, le num\u00e9rique, le m\u00e9tavers\u2026 et toutes les folles r\u00e9volutions technologiques \u00e0 venir.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Hugo, H\u00e9las\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">GIDE<\/span> (1869-1951), titre d\u2019un recueil de textes \u00e9dit\u00e9 en 2002<\/p><\/blockquote><p>Cette formule lapidaire et ambigu\u00eb a fait le tour des lettres fran\u00e7aises, recevant l\u2019aval des plus grands et s\u2019imposant bient\u00f4t comme <span class=\"caps\">LA<\/span> r\u00e9ponse \u00e0 la question\u00a0: \u00ab\u00a0Quel est selon vous le plus grand po\u00e8te fran\u00e7ais\u00a0?\u00a0\u00bb Par deux fois, dans les ann\u00e9es trente puis tout \u00e0 la fin de sa vie, Gide jugea n\u00e9cessaire de revenir sur son \u00e9nigmatique d\u00e9claration en des textes rest\u00e9s inachev\u00e9s et in\u00e9dits, t\u00e9moignant d\u2019un embarras honn\u00eate et irr\u00e9ductible\u2026 Hugo restant cette figure paternelle, tyrannique, caricaturale, mais ind\u00e9tr\u00f4nable d\u2019un Panth\u00e9on litt\u00e9raire qu\u2019il convient d\u2019\u00e9branler quelque peu. D\u2019autres s\u2019en sont charg\u00e9s de son vivant.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Hugo a du grossier et du na\u00eff (je l\u2019ai dit souvent, et je le redis ici d\u2019apr\u00e8s une personne qui le conna\u00eet encore mieux que moi). Juliette [Drouet] vieillie le garde par ses flatteries basses auxquelles il est pris. L\u2019acteur Fr\u00e9d\u00e9rick [Lema\u00eetre] l\u2019avait dit d\u00e8s le premier jour\u00a0: Elle le prendra en lui disant\u00a0: Tu es grand\u00a0! Et elle le gardera en lui disant\u00a0: Tu es beau\u00a0\u00a0! Il y va chaque jour parce qu\u2019il a besoin de s\u2019entendre dire\u00a0: Tu rayonnes, et elle le lui dit. Elle le lui \u00e9crit jusque dans ses comptes de cuisine qu\u2019elle lui soumet (car avec cela il est ladre)\u2026\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">SAINTE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">BEUVE<\/span> (1804-1869), <em>Mes Poisons, Cahiers intimes<\/em> (posthumes, 1926)<\/p><\/blockquote><p>Le plus fameux critique litt\u00e9raire du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle n\u2019a pas vol\u00e9 ses surnoms de Sainte-Bave, Sainte-B\u00e9vue, serpent \u00e0 sonnettes. On pourrait dire aussi langue de vip\u00e8re\u00a0! Il s\u2019est souvent tromp\u00e9, mais il a surtout tromp\u00e9 l\u2019amiti\u00e9 qui le liait \u00e0 Hugo\u2026 en le trompant avec sa femme Ad\u00e8le (n\u00e9e Foucher).<\/p><p>Hugo fut jaloux et le bannit de son cercle \u2013 c\u2019\u00e9tait dans son caract\u00e8re d\u2019homme possessif et de grand bourgeois. Il fut quand m\u00eame beau joueur, le recevant \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise\u2026<\/p><p>Hugo le critiqua finalement avec un certain humour distanci\u00e9\u00a0dans ses carnets (dat\u00e9 ici de 1876)\u00a0: \u00ab\u00a0Sainte-Beuve n\u2019\u00e9tait pas po\u00e8te et n\u2019a jamais pu me le pardonner.\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 mesure que j\u2019avan\u00e7ais en \u00e2ge, mon \u00ab\u00a0hugol\u00e2trie\u00a0\u00bb grandissait, et chaque nouvelle \u0153uvre du po\u00e8te, attendue avec impatience, \u00e9tait d\u00e9vor\u00e9e d\u00e8s son apparition. Si j\u2019entendais autour de moi grincer d\u2019irritantes critiques, je me r\u00e9confortais en causant avec Berlioz, qui voulait bien m\u2019honorer de son amiti\u00e9 et dont l\u2019admiration pour Hugo \u00e9galait la mienne.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Camille <span class=\"caps\">SAINT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">SA\u00cbNS<\/span> (1835-1921), <em>Regards sur mes contemporains<\/em> (posthume, 1990)<\/p><\/blockquote><p>Pianiste, organiste et compositeur de l\u2019\u00e9poque romantique, il reste surtout pour sa fantaisie instrumentale, <em>le Carnaval des animaux<\/em> et l\u2019un de ses douze op\u00e9ras,<em> Samson et Dalila<\/em> (1877). Il fut aussi le premier compositeur connu pour une musique de film (muet). Admirateur d\u2019Hugo po\u00e8te, il \u00e9crivit plusieurs musiques sur ses vers et finit par lui ressembler l\u2019\u00e2ge venu, avec sa barbe blanche \u2013 certes tr\u00e8s Troisi\u00e8me R\u00e9publique.<\/p><p>Quant \u00e0 Berlioz, chef d\u2019orchestre admir\u00e9, compositeur romantique passionnant et controvers\u00e9 (surtout dans ses \u0153uvres sc\u00e9niques), son \u00ab\u00a0hugol\u00e2trie\u00a0\u00bb est d\u2019autant plus remarquable qu\u2019il sut ne pas ha\u00efr un confr\u00e8re artistique \u00e0 la r\u00e9ussite insolente.<\/p><p>Le culte autour du personnage d\u2019Hugo d\u00e9buta en 1830 avec \u00ab\u00a0la bataille d\u2019Hernani\u00a0\u00bb et l\u2019arm\u00e9e des fameux Gilets rouges venue d\u00e9fendre ce nouveau th\u00e9\u00e2tre litt\u00e9ralement r\u00e9volutionnaire pour l\u2019\u00e9poque. Le nombre des admirateurs ne cessa de grandir\u00a0: pour l\u2019homme et pour l\u2019\u0153uvre, indissolublement li\u00e9s comme en t\u00e9moigne cet auto portrait proph\u00e9tique et digne d\u2019Ego Hugo\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019ensemble de mon \u0153uvre fera un jour un tout indivisible [\u2026] Un livre multiple r\u00e9sumant un si\u00e8cle, voil\u00e0 ce que je laisserai derri\u00e8re moi.\u00a0\u00bb Lettre de 1859 \u00e0 l\u2019\u00e9diteur Jules Hetzel.<\/p><p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" title=\"citations victor hugo\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/victor_hugo_jeune_citations.jpg\" alt=\"citations victor hugo\" width=\"500\" height=\"637\"><\/p><h4>2. Le meilleur conteur de l\u2019Histoire en citations\u00a0: la R\u00e9volution prend vie et \u00e2me en quelques mots.<\/h4><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pour que la R\u00e9volution soit, il ne suffit pas que Montesquieu la pr\u00e9sente, que Diderot la pr\u00eache, que Beaumarchais l\u2019annonce, que Condorcet la calcule, qu\u2019Arouet la pr\u00e9pare, que Rousseau la pr\u00e9m\u00e9dite\u00a0; il faut que Danton l\u2019ose.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1289\" class=\"cit-num\">1289<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Les Mis\u00e9rables<\/em> (1862)<\/p><\/blockquote><p>Danton, un nom parmi d\u2019autres r\u00e9volutionnaires c\u00e9l\u00e8bres. Plus qu\u2019aucune autre p\u00e9riode de notre histoire, la R\u00e9volution cr\u00e9e ses propres h\u00e9ros. Aussi vrai que \u00ab\u00a0les hommes ne manquent pas\u00a0: les r\u00e9volutions en d\u00e9couvrent toujours.\u00a0\u00bb (Michel Debr\u00e9, <em>Ces princes qui nous gouvernent<\/em>).<\/p><p>Vue par Hugo, notamment dans son roman <em>Quatre-vingt-treize<\/em>, la R\u00e9volution devient une \u00e9pop\u00e9e plus grande que nature avec des h\u00e9ros qui fascinent et\/ou r\u00e9vulsent.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Danton fut l\u2019action dont Mirabeau avait \u00e9t\u00e9 la parole.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1295\" class=\"cit-num\">1295<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Quatre-vingt-treize<\/em> (1874)<\/p><\/blockquote><p>Juste partage du travail\u00a0! On appelait Danton \u00ab\u00a0le Mirabeau de la populace\u00a0\u00bb. Comme Mirabeau, c\u2019est une \u00ab\u00a0gueule\u00a0\u00bb, un personnage th\u00e9\u00e2tral. Mais contrairement \u00e0 Mirabeau, \u00ab\u00a0Danton, comme Robespierre et Marat, est une cr\u00e9ation de la R\u00e9volution. Il jaillit de l\u2019immense \u00e9v\u00e9nement sans aucun pr\u00e9avis.\u00a0\u00bb (Mona Ozouf).<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les si\u00e8cles finissent par avoir une poche de fiel. Cette poche cr\u00e8ve. C\u2019est Marat.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1301\" class=\"cit-num\">1301<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Quatre-vingt-treize<\/em> (1874)<\/p><\/blockquote><p>Dans la galerie de portraits r\u00e9volutionnaires, Marat est le m\u00e9chant. Pas un ami de son vivant. Pas un historien pour en faire un h\u00e9ros. Pas un th\u00e9oricien pour se dire \u00ab\u00a0maratiste\u00a0\u00bb, comme on peut \u00eatre dantoniste ou robespierriste. Marat fut pourtant l\u2019\u00ab\u00a0Ami du peuple\u00a0\u00bb (titre de son journal), jouissant d\u2019une incroyable popularit\u00e9 aupr\u00e8s des sans-culottes.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le correcteur d\u2019\u00e9preuves de la R\u00e9volution, c\u2019est Robespierre. Il revoyait tout, il rectifiait tout.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1307\" class=\"cit-num\">1307<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Quatre-vingt-treize<\/em> (1874)<\/p><\/blockquote><p>Tout le contraire du g\u00e9nie de l\u2019improvisation des Mirabeau et Danton. C\u2019est un infatigable th\u00e9oricien, comme son ami Saint-Just. Mais de la th\u00e9orie \u00e0 la (grande) Terreur, il n\u2019y aura que quelques ann\u00e9es. En attendant, que d\u2019actions, d\u2019\u00e9lans et de retournements v\u00e9ritablement th\u00e9\u00e2traux, avec des r\u00e9pliques d\u2019anthologie\u00a0!<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u2018Allez dire \u00e0 votre ma\u00eetre\u2026\u2019 Votre ma\u00eetre\u00a0! c\u00a0\u2018est le roi de France devenu \u00e9tranger. C\u2019est toute une fronti\u00e8re trac\u00e9e entre le tr\u00f4ne et le peuple. C\u2019est la r\u00e9volution qui laisse \u00e9chapper son cri. Personne ne l\u2019eut os\u00e9 avant Mirabeau. Il n\u2019appartient qu\u2019aux grands hommes de prononcer les mots d\u00e9cisifs des grandes \u00e9poques.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1321\" class=\"cit-num\">1321<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Litt\u00e9rature et philosophie m\u00eal\u00e9es<\/em> (1834)<\/p><\/blockquote><p>Auteur dramatique c\u00e9l\u00e8bre depuis la \u00ab\u00a0bataille d\u2019Hernani\u00a0\u00bb en 1830, Hugo a le sens du mot et ne peut que saluer l\u2019auteur de cette r\u00e9plique\u00a0: \u00ab\u00a0Allez dire \u00e0 votre ma\u00eetre\u2026\u00a0\u00bb La post\u00e9rit\u00e9 l\u2019a rendue immortelle. L\u2019iconographie de l\u2019\u00e9poque (gravures et tableaux contemporains) t\u00e9moigne de la port\u00e9e symbolique de cette sc\u00e8ne \u2013\u00a0ce qu\u2019on appellerait aujourd\u2019hui son \u00ab\u00a0impact m\u00e9diatique\u00a0\u00bb.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En temps de r\u00e9volution, prenez garde \u00e0 la premi\u00e8re t\u00eate qui tombe. Elle met le peuple en app\u00e9tit.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1332\" class=\"cit-num\">1332<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Le Dernier Jour d\u2019un condamn\u00e9<\/em> (1829)<\/p><\/blockquote><p><em>Le Dernier Jour d\u2019un condamn\u00e9<\/em> est un roman \u00e0 th\u00e8se au m\u00eame titre que <em>Claude Gueux<\/em> (1834) , plaidoyers politiques pour l\u2019abolition de la peine de mort, l\u2019une des grandes causes humanitaires qui mobiliseront Hugo jusqu\u2019\u00e0 la fin.<\/p><p>Bilan du 14\u00a0juillet 1789\u00a0: une centaine de morts et un peu plus de bless\u00e9s, essentiellement chez les assaillants (au nombre de 800 \u00e0 3\u00a0000, selon les sources). Mais Hugo a raison\u00a0: le peuple est parti dans une escalade de la violence et les meneurs parlent toujours plus fort que les mod\u00e9rateurs.<\/p><p>Son illustre a\u00een\u00e9 qu\u2019il prit pour mod\u00e8le, Chateaubriand, 21\u00a0ans, r\u00e9form\u00e9 de l\u2019arm\u00e9e, h\u00e9sitant sur sa vocation, s\u2019est essay\u00e9 \u00e0 la vie politique au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 1789, en participant aux \u00c9tats de Bretagne (assembl\u00e9e provinciale). Il eut ensuite le \u00ab\u00a0privil\u00e8ge\u00a0\u00bb d\u2019\u00eatre pr\u00e9sent \u00e0 Paris le 14 juillet, tr\u00e8s choqu\u00e9 par cette violence \u00ab\u00a0cannibale\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0La R\u00e9volution m\u2019aurait entra\u00een\u00e9, si elle n\u2019e\u00fbt d\u00e9but\u00e9 par des crimes\u00a0: je vis la premi\u00e8re t\u00eate port\u00e9e au bout d\u2019une pique et je reculai.\u00a0\u00bb <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume). Repr\u00e9sentatif de sa classe, il \u00e9crit aussi\u00a0: \u00ab\u00a0Jamais le meurtre ne sera \u00e0 mes yeux un objet d\u2019admiration et un argument de libert\u00e9\u00a0; je ne connais rien de plus servile, de plus m\u00e9prisable, de plus l\u00e2che, de plus born\u00e9 qu\u2019un terroriste.\u00a0\u00bb Hugo devait penser de m\u00eame, sachant distinguer le peuple de la \u00ab\u00a0populace\u00a0\u00bb.<\/p><p>Mais la t\u00eate \u00ab\u00a0au bout d\u2019une pique\u00a0\u00bb est un classique de l\u2019horreur r\u00e9volutionnaire. La \u00ab\u00a0premi\u00e8re t\u00eate\u00a0\u00bb peut \u00eatre celle du gouverneur de la Bastille, de Launay, massacr\u00e9 par le peuple le 14\u00a0juillet, lors de la prise du fort.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La R\u00e9volution leur criait\u00a0: \u00ab\u00a0Volontaires,<br>Mourez pour d\u00e9livrer tous les peuples vos fr\u00e8res\u00a0!\u00a0\u00bb<br>Contents, ils disaient oui.<br>\u00ab\u00a0Allez, mes vieux soldats, mes g\u00e9n\u00e9raux imberbes\u00a0!\u00a0\u00bb<br>Et l\u2019on voyait marcher ces va-nu-pieds superbes<br>Sur le monde \u00e9bloui.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1452\" class=\"cit-num\">1452<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885),<em> Les Ch\u00e2timents<\/em> (1853)<\/p><\/blockquote><p>Le po\u00e8te est en exil politique sous le Second Empire quand il \u00e9crit ces vers. Il oppose l\u2019arm\u00e9e nationale et sa gloire immortelle \u00e0 l\u2019arm\u00e9e de m\u00e9tier r\u00e9duite \u00e0 de basses besognes politiques, notamment lors du coup d\u2019\u00c9tat du 2\u00a0d\u00e9cembre 1851, foment\u00e9 par Louis-Napol\u00e9on Bonaparte pour rester au pouvoir et acc\u00e9der l\u2019ann\u00e9e suivante au si\u00e8ge imp\u00e9rial.<\/p><p>L\u2019historien Michelet, plus pr\u00e9cis, n\u2019est pas moins lyrique dans son <em>Histoire de la R\u00e9volution\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0Six cent mille volontaires inscrits veulent marcher \u00e0 la fronti\u00e8re [\u2026] Ils restent tous marqu\u00e9s d\u2019un signe qui les met \u00e0 part dans l\u2019histoire\u00a0; ce signe, cette formule, ce mot n\u2019est autre que leur simple nom\u00a0: Volontaires de 92.\u00a0\u00bb Mal \u00e9quip\u00e9s, pas form\u00e9s, ces jeunes viennent de toute la France pour r\u00e9pondre aux appels passionn\u00e9s de la R\u00e9publique. 400\u00a0000 pour l\u2019\u00e9t\u00e9 et l\u2019automne 1792, 300\u00a0000 de plus en f\u00e9vrier\u00a01793. Mais le volontariat ne sera pas \u00e9ternellement suffisant et il faudra bien \u00e9quiper ces \u00ab\u00a0va-nu-pieds superbes\u00a0\u00bb.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00d4 soldats de l\u2019an deux\u00a0! \u00f4 guerres\u00a0! \u00e9pop\u00e9es\u00a0!<br>Contre les rois tirant ensemble leurs \u00e9p\u00e9es [\u2026]<br>Contre toute l\u2019Europe avec ses capitaines,<br>Avec ses fantassins couvrant au loin les plaines,<br>Avec ses cavaliers,<br>Tout enti\u00e8re debout comme une hydre vivante,<br>Ils chantaient, ils allaient, l\u2019\u00e2me sans \u00e9pouvante<br>Et les pieds sans souliers\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1591\" class=\"cit-num\">1591<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Les Ch\u00e2timents<\/em> (1853)<\/p><\/blockquote><p>Le po\u00e8te a raison\u00a0: de l\u2019an <span class=\"caps\">II<\/span> (1793-1794) date la r\u00e9putation des Fran\u00e7ais comme redoutables soldats. L\u2019arm\u00e9e nationale fait face victorieusement \u00e0 la premi\u00e8re coalition qui r\u00e9unit Angleterre, Russie, Sardaigne, Espagne, royaume des Deux-Siciles et qui sera bient\u00f4t disloqu\u00e9e par les trait\u00e9s de Paris, B\u00e2le, La\u00a0Haye en 1795.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pays, Patrie, ces deux mots r\u00e9sument toute la guerre de Vend\u00e9e, querelle de l\u2019id\u00e9e locale contre l\u2019id\u00e9e universelle, paysans contre patriotes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1489\" class=\"cit-num\">1489<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Quatre-vingt-treize<\/em> (1874)<\/p><\/blockquote><p>Dernier grand roman historique de l\u2019auteur, situ\u00e9 en 1793, ann\u00e9e charni\u00e8re et riche en \u00e9v\u00e9nements. Il met en sc\u00e8ne trois personnages\u00a0: un pr\u00eatre r\u00e9volutionnaire, un aristocrate royaliste et vend\u00e9en, et son petit-neveu ralli\u00e9 \u00e0 la R\u00e9volution. Ce choc des extr\u00eames rappelle la Commune (1871) et ses drames v\u00e9cus par Hugo. Les guerres civiles se suivent et se ressemblent tragiquement.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La R\u00e9volution fran\u00e7aise est le plus puissant pas du genre humain depuis l\u2019av\u00e8nement du Christ.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1631\" class=\"cit-num\">1631<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Les Mis\u00e9rables<\/em> (1862)<\/p><\/blockquote><p>Conscience politique de son\u00a0si\u00e8cle, homme de c\u0153ur et sensibilit\u00e9 de gauche, il aime d\u2019autant plus la R\u00e9volution (et l\u2019Empire) qu\u2019il est d\u00e9\u00e7u par les princes qui gouvernent au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e au si\u00e8cle et par les r\u00e9volutions qui l\u2019agitent et avortent pour la plupart en Europe.<\/p><p><img decoding=\"async\" title=\"victor hugo portrait en citations\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/victor_hugo_portrait_en_citations.jpg\" alt=\"victor hugo portrait en citations\" width=\"500\" height=\"564\"><\/p><h4>3. Ses passions de jeunesse\u00a0: culte napol\u00e9onien et th\u00e9\u00e2tre romantique, de la bataille d\u2019Hernani \u00e0 la chute des Burgraves.<\/h4><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce si\u00e8cle avait deux ans. Rome rempla\u00e7ait Sparte.<br>D\u00e9j\u00e0 Napol\u00e9on per\u00e7ait sous Bonaparte,<br>Et du Premier Consul d\u00e9j\u00e0 par maint endroit<br>Le front de l\u2019empereur brisait le masque \u00e9troit.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1728\" class=\"cit-num\">1728<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Les Feuilles d\u2019automne<\/em> (1831)<\/p><\/blockquote><p>1802. C\u2019est aussi l\u2019ann\u00e9e de naissance du po\u00e8te qui domine le si\u00e8cle. Il vit d\u00e9j\u00e0 dans le culte imp\u00e9rial. Son p\u00e8re est g\u00e9n\u00e9ral et comte d\u2019Empire. Son fr\u00e8re a\u00een\u00e9, Abel Hugo, fera une petite carri\u00e8re d\u2019\u00e9crivain et de critique litt\u00e9raire.\u00a0 On lui doit une <em>Histoire de l\u2019empereur Napol\u00e9on<\/em> (1834) \u2013 assur\u00e9ment le grand homme de la famille.<\/p><p>Chantre majeur de la l\u00e9gende napol\u00e9onienne, Hugo jouera \u00e0 ce titre \u2013 et \u00e0 bien d\u2019autres \u2013 un vrai r\u00f4le politique dans notre histoire de France.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Derri\u00e8re un mamelon, la garde \u00e9tait mass\u00e9e.<br>La garde, espoir supr\u00eame, et supr\u00eame pens\u00e9e [\u2026]<br>Tranquille, souriant \u00e0 la mitraille anglaise,<br>La garde imp\u00e9riale entra dans la fournaise.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1943\" class=\"cit-num\">1943<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885),<em> Les Ch\u00e2timents, L\u2019Expiation<\/em> (1853)<\/p><\/blockquote><p>Napol\u00e9on engage contre l\u2019anglais Wellington la Vieille Garde (l\u2019\u00e9lite, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la Jeune et de la Moyenne Garde). \u00c0 la t\u00eate de l\u2019infanterie alli\u00e9e, Wellington r\u00e9siste \u00e0 la cavalerie du g\u00e9n\u00e9ral Kellermann (fils du h\u00e9ros de Valmy), tandis que le mar\u00e9chal Ney cause de grosses pertes \u00e0 l\u2019ennemi.<\/p><p>La Garde d\u00e9cim\u00e9e recule en ordre. Elle attend les secours de Grouchy, mais Grouchy ne peut emp\u00eacher la jonction des arm\u00e9es alli\u00e9es. Et c\u2019est Bl\u00fccher qui arrive (feld-mar\u00e9chal autrichien, \u00e2g\u00e9 de 72\u00a0ans, surnomm\u00e9 <em>Vorw\u00e4rts<\/em>, \u00ab\u00a0En avant\u00a0\u00bb). L\u2019arm\u00e9e napol\u00e9onienne se d\u00e9bande pour la premi\u00e8re fois. Seule la partie de la garde command\u00e9e par Cambronne tient encore les lignes.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un g\u00e9n\u00e9ral anglais leur cria\u00a0: Braves Fran\u00e7ais, rendez-vous\u00a0! Cambronne r\u00e9pondit\u00a0: Merde\u00a0! [\u2026] Foudroyer d\u2019un tel mot le tonnerre qui vous tue, c\u2019est vaincre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1944\" class=\"cit-num\">1944<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885),<em> Les Mis\u00e9rables<\/em> (1862)<\/p><\/blockquote><p>Le \u00ab\u00a0mot de Cambronne\u00a0\u00bb est pass\u00e9 \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9\u00a0: anecdote rapport\u00e9e par Hugo dans son roman, Sacha Guitry lui d\u00e9dia une aimable com\u00e9die en un acte et en vers, titr\u00e9e<em> Le Mot de Cambronne<\/em> (1937)<\/p><p>On ne pr\u00eate qu\u2019aux riches\u00a0: Pierre Jacques \u00c9tienne, vicomte de Cambronne, fit un beau parcours militaire. Engag\u00e9 parmi les volontaires de 1792, il participe aux campagnes de la R\u00e9volution et de l\u2019Empire. Nomm\u00e9 major g\u00e9n\u00e9ral de la garde imp\u00e9riale, il suit Napol\u00e9on \u00e0 l\u2019\u00eele d\u2019Elbe, revient avec lui en 1815, est fait comte et pair de France sous les Cent-Jours et s\u2019illustre \u00e0 Waterloo, dans ce \u00ab\u00a0dernier carr\u00e9\u00a0\u00bb de la Vieille Garde qui va r\u00e9sister jusqu\u2019au bout. Conclusion hugolienne\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019homme qui a gagn\u00e9 la bataille de Waterloo, c\u2019est Cambronne.\u00a0\u00bb Roman ou r\u00e9cit national, ici les deux se confondent.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Waterloo\u00a0! Waterloo\u00a0! Waterloo\u00a0! Morne plaine\u00a0!<br>Comme une onde qui bout dans une urne trop pleine,<br>Dans ton cirque de bois, de coteaux, de vallons,<br>La p\u00e2le mort m\u00ealait les sombres bataillons.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1947\" class=\"cit-num\">1947<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885),<em> Les Ch\u00e2timents, L\u2019Expiation<\/em> (1853)<\/p><\/blockquote><p>Napol\u00e9on est finalement contraint d\u2019ordonner la retraite\u00a0: perte de 45\u00a0000 hommes (dont 30\u00a0000 Fran\u00e7ais). C\u2019est une boucherie. Mais Waterloo est sans doute la bataille la plus comment\u00e9e au monde, entre mythe, l\u00e9gende et r\u00e9alit\u00e9.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Waterloo n\u2019est point une bataille\u00a0: c\u2019est le changement de front de l\u2019univers.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1949\" class=\"cit-num\">1949<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Les Mis\u00e9rables<\/em> (1862)<\/p><\/blockquote><p>Dans ce roman en dix volumes, Hugo brosse une vaste fresque historique, sociale, humaine et Waterloo demeure \u00e0 jamais l\u2019un des moments cl\u00e9s de l\u2019histoire de la France.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019Angleterre prit l\u2019aigle et l\u2019Autriche l\u2019aiglon.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1961\" class=\"cit-num\">1961<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885),<em> Les Chants du cr\u00e9puscule<\/em> (1835)<\/p><\/blockquote><p>Les destins tragiques inspirent les po\u00e8tes et entre tous, les grands romantiques du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle.<\/p><p>Edmond Rostand, consid\u00e9r\u00e9 comme le dernier de nos auteurs romantiques, est un peu le second p\u00e8re de l\u2019Aiglon et fit beaucoup pour sa gloire, dans la pi\u00e8ce qui porte son nom. Le r\u00f4le-titre est cr\u00e9\u00e9 en travesti par la star de la sc\u00e8ne, Sarah Bernhardt (1900). \u00c0 plus de 50\u00a0ans, elle triomphe en incarnant ce jeune prince mort \u00e0 21\u00a0ans de la tuberculose, ce mal du si\u00e8cle.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tous deux sont morts. Seigneur, votre droite est terrible.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2079\" class=\"cit-num\">2079<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Po\u00e8me d\u2019ao\u00fbt\u00a01832<\/em> (Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, <em>Les Chants du cr\u00e9puscule<\/em>)<\/p><\/blockquote><p>Rappelons que le p\u00e8re de l\u2019Aiglon, Napol\u00e9on, est mort \u00e0 51\u00a0ans le 5\u00a0mai 1821, apr\u00e8s cinq ans de captivit\u00e9 \u00e0 Sainte-H\u00e9l\u00e8ne. La l\u00e9gende napol\u00e9onienne doit beaucoup au g\u00e9nie d\u2019Hugo et \u00e0 la comparaison in\u00e9vitable avec le prochain ma\u00eetre de la France, Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span> le Petit. Il sera \u00e0 l\u2019origine du plus glorieux exil politique, pour lors inimaginable\u00a0: Hugo pr\u00e8s de vingt ans hors de France. En attendant, que d\u2019\u00e9v\u00e9nements politiques et artistiques\u2026<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a025 f\u00e9vrier 1830\u00a0! Cette date reste \u00e9crite dans le fond de notre pass\u00e9 en caract\u00e8res flamboyants\u00a0; la date de la premi\u00e8re \u2039repr\u00e9sentation d\u203a\u00ab\u00a0Hernani\u00a0\u00bb\u00a0! Cette soir\u00e9e d\u00e9cida de notre vie\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Th\u00e9ophile <span class=\"caps\">GAUTIER<\/span> (1871-1872), <em>Histoire du romantisme<\/em> (1874)<\/p><\/blockquote><p>Partisan actif des jeunes Romantiques, Th\u00e9ophile Gautier \u00ab\u00a0l\u2019homme au gilet rouge\u00a0\u00bb se jeta dans la bataille d\u2019Hernani tout feu tout flamme. Il la raconte dans un ouvrage publi\u00e9 bien apr\u00e8s sa mort et consacr\u00e9 \u00e0 son ami Victor Hugo\u00a0: \u00ab\u00a0On casse les vers et on les jette par la fen\u00eatre\u00a0\u00bb, texte posthume publi\u00e9 en 1902.<\/p><p>\u00ab\u00a0L\u2019orchestre et le balcon \u00e9taient pav\u00e9s de cr\u00e2nes acad\u00e9miques et classiques. Une rumeur d\u2019orage grondait sourdement dans la salle\u00a0; il \u00e9tait temps que la toile se lev\u00e2t\u00a0; on en serait peut-\u00eatre venu aux mains avant la pi\u00e8ce, tant l\u2019animosit\u00e9 \u00e9tait grande de part et d\u2019autre\u2026\u00a0\u00bb Renouvelant la lutte des anciens contre les modernes, les enjeux sont aussi bien politiques qu\u2019artistiques et d\u00e9fraient la chronique, comme deux si\u00e8cles avant la Querelle du Cid.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dans l\u2019arm\u00e9e romantique comme dans l\u2019arm\u00e9e d\u2019Italie tout le monde \u00e9tait jeune. Les soldats pour la plupart n\u2019avaient pas atteint leur majorit\u00e9, et le plus vieux de la bande \u00e9tait le g\u00e9n\u00e9ral en chef, \u00e2g\u00e9 de vingt-huit ans. C\u2019\u00e9tait l\u2019\u00e2ge de Bonaparte et de Victor Hugo \u00e0 cette date.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Th\u00e9ophile <span class=\"caps\">GAUTIER<\/span> (1871-1872), <em>Histoire du romantisme<\/em> (1874)<\/p><\/blockquote><p>On imagine mal aujourd\u2019hui l\u2019importance de certaines cr\u00e9ations th\u00e9\u00e2trales, comparables de nos jours \u00e0 un match de football au plus haut niveau. Mais les r\u00e9p\u00e9titions \u00e0 la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise furent d\u00e9j\u00e0 un long combat.<\/p><p>Mlle Mars, \u00e9toile de la troupe, joue Do\u00f1a Sol, cette femme pour laquelle trois hommes se battent\u00a0: Don Ruy Gomez da Siva, son vieil oncle sexag\u00e9naire\u00a0; le roi d\u2019Espagne Don Carlos, bient\u00f4t Empereur du Saint Empire romain-germanique sous le nom de Charles Quint\u00a0; Hernani son jeune amant de 20 ans, noble banni pour motif politique, rebelle et maudit, incarnation du h\u00e9ros romantique. Mlle Mars aime et joue les classiques, elle d\u00e9sire en m\u00eame temps aider ce jeune et talentueux auteur, mais elle bute sur certains passages, craignant surtout le ridicule en sc\u00e8ne. Un exemple entre les 240 vers de son r\u00f4le, comment dire \u00e0 Hernani\u00a0cet alexandrin p\u00e9rilleux\u00a0: \u00ab\u00a0Vous \u00eates mon li \u2013 on superbe et g\u00e9n\u00e9reux.\u00a0\u00bb Hugo devra d\u00e9ployer des tr\u00e9sors de persuasion d\u00e9taill\u00e9s avec humour par Th\u00e9ophile Gautier\u2026<\/p><p>\u00c0 la reprise d\u2019Hernani, 22 janvier 1838, il \u00e9crit un article dans <em>La Presse\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0Jamais \u0153uvre dramatique n\u2019a soulev\u00e9 une plus vive rumeur\u00a0; jamais on n\u2019a fait autant de bruit autour d\u2019une pi\u00e8ce\u2026 Chaque vers \u00e9tait pris et repris d\u2019assaut. Un soir, les romantiques perdaient une tirade\u00a0; le lendemain, ils la regagnaient, et les classiques, battus, se portaient sur un autre point avec une formidable artillerie de sifflets, appeaux \u00e0 prendre les cailles, clefs for\u00e9es, et le combat recommen\u00e7ait de plus belle.\u00a0\u00bb Les romantiques ont finalement gagn\u00e9. Si leur post\u00e9rit\u00e9 th\u00e9\u00e2trale l\u2019emporte, leur r\u00e8gne th\u00e9\u00e2tral sera court\u00a0: treize ans.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La trilogie des Burgraves\u00a0? De l\u2019ennui tripl\u00e9\u00a0! Figures de bois\u2026 Lugubre jeu de marionnettes\u2026 Passion \u00e0 froid.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Heinrich <span class=\"caps\">HEINE<\/span> (1797-1856), <em>Lut\u00e8ce. Lettres sur la vie politique, artistique et sociale de la France<\/em> (publication posthume, 2008)<\/p><\/blockquote><p>Les Burgraves sont des seigneurs du Rhin. Job, sage centenaire, est entour\u00e9 par ses fils, petit-fils et arri\u00e8re-petit-fils tyranniques et sans scrupules. Mais le pass\u00e9 de l\u2019anc\u00eatre n\u2019est pas sans taches et des personnages pr\u00e9sum\u00e9s morts depuis longtemps vont surgir dans le burg m\u00e9di\u00e9val pour le tourmenter. Une myst\u00e9rieuse vieille femme quelque peu sorci\u00e8re, Guanhumara, ourdit dans l\u2019ombre des complots et semble vouloir se venger d\u2019injures pass\u00e9es. L\u2019arriv\u00e9e d\u2019un \u00e9trange vieillard bouleverse tout\u00a0: l\u2019empereur Fr\u00e9d\u00e9ric Barberousse (1122-1190) revient pour tenter de r\u00e9tablir l\u2019ordre dans le Saint Empire germanique, bien mal en point apr\u00e8s sa mort annonc\u00e9e. D\u2019\u00e9tranges liens semblent l\u2019unir au vieux Job\u2026<\/p><p>Heinrich Heine, po\u00e8te juif allemand adopt\u00e9 par Paris et journaliste \u00e0 ses heures, est s\u00e9v\u00e8re contre ce sombre m\u00e9lodrame \u00e9vocateur de son pays. Le critique Maurice Levaillant, po\u00e8te et critique sp\u00e9cialiste de Chateaubriand et des auteurs romantiques du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e, qualifie la cr\u00e9ation du 7 mars 1843 de \u00ab\u00a0Waterloo du drame romantique.\u00a0\u00bb<\/p><p>Un \u00e9tonnant retour en gr\u00e2ce de la critique rappellera les 33 repr\u00e9sentations de la pi\u00e8ce l\u2019ann\u00e9e de la cr\u00e9ation \u00e0 la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise \u2013 chiffre honorable, mais sans commune mesure avec les autres titres d\u2019Hugo. La pi\u00e8ce sera reprise par le m\u00eame th\u00e9\u00e2tre subventionn\u00e9 en 1902 pour le centenaire de l\u2019auteur et Antoine Vitez, en 1977, remontera les Burgraves en banlieue parisienne. Sa carri\u00e8re s\u2019arr\u00eate l\u00e0. Sa longueur, le nombre de personnages, des monologues tr\u00e8s nombreux et interminables ne facilitent pas la mise en sc\u00e8ne ni l\u2019adh\u00e9sion du public. Rien \u00e0 voir avec les autres drames d\u2019Hugo, <em>Hernani<\/em> (1830), <em>Marion de Lorme<\/em> (1831), <em>Le Roi s\u2019amuse<\/em> (1832),<em> Lucr\u00e8ce Borgia<\/em> et <em>Marie Tudor<\/em> (1833),\u00a0<em>Angelo<\/em>, <em>tyran de Padoue<\/em> (1835),<em> Ruy Blas<\/em> (1838), le plus c\u00e9l\u00e8bre. Certains drames seront repris et adapt\u00e9s pour la sc\u00e8ne lyrique, \u00e0 commencer par <em>Rigoletto<\/em> (le bouffon du Roi s\u2019amuse).<\/p><p>Apr\u00e8s les <em>Burgraves<\/em>, Hugo renonce \u00e0 la sc\u00e8ne th\u00e9\u00e2trale et va se lancer dans l\u2019ar\u00e8ne politique \u2013 il \u00e9crira plus tard son <em>Th\u00e9\u00e2tre en libert\u00e9<\/em> (pas fait pour \u00eatre jou\u00e9, mais quand m\u00eame cr\u00e9\u00e9 dans les ann\u00e9es 1960) et <em>Torquemada<\/em> (cr\u00e9ation posthume).<\/p><p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" title=\"victor hugo citations histoire\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/victor_hugo_citations_histoire.jpg\" alt=\"victor hugo citations histoire\" width=\"500\" height=\"547\"><\/p><h4>4. L\u2019engagement politique\u00a0: du pouvoir monarchiste \u00e0 l\u2019opposition r\u00e9publicaine, avec quelques principes intangibles.<\/h4><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a01817 est l\u2019ann\u00e9e que Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>, avec un certain aplomb royal qui ne manquait pas de fiert\u00e9, qualifiait de vingt-deuxi\u00e8me de son r\u00e8gne.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1966\" class=\"cit-num\">1966<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Les Mis\u00e9rables<\/em> (1862)<\/p><\/blockquote><p>(Pour les amateurs de calcul, rappelons que 1817 moins 22 \u00e9gale 1795, date de la mort (officielle) de Louis <span class=\"caps\">XVII<\/span> le dauphin, ann\u00e9e o\u00f9 le comte de Provence en exil fut proclam\u00e9 Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>. Bref, le compte est bon.)<\/p><p>La pr\u00e9face r\u00e9sume clairement les intentions politiques, soci\u00e9tales et humanistes de l\u2019auteur\u00a0: \u00ab\u00a0Tant que les trois probl\u00e8mes du si\u00e8cle, la d\u00e9gradation de l\u2019homme par le prol\u00e9tariat, la d\u00e9ch\u00e9ance de la femme par la faim, l\u2019atrophie de l\u2019enfant par la nuit, ne seront pas r\u00e9solus\u00a0; en d\u2019autres termes, et \u00e0 un point de vue plus \u00e9tendu encore, tant qu\u2019il y aura sur la terre ignorance et mis\u00e8re, des livres de la nature de celui-ci pourront ne pas \u00eatre inutiles\u00a0\u00bb.<\/p><p>L\u2019action se situe dans le premier tiers du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle. Cette fresque \u00e9pique et romanesque en cinq parties d\u00e9crit la vie de pauvres gens dans Paris et la France provinciale, s\u2019attachant au destin de Jean Valjean, bagnard \u00e9vad\u00e9, croisant une s\u00e9rie de personnages, Javert, Fantine, Cosette, Marius, Gavroche, les Th\u00e9nardier\u2026 D\u2019innombrables adaptations suivirent, une cinquantaine de films, des pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre, des feuilletons t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s, des dessins anim\u00e9s, une com\u00e9die musicale, un ballet, un son et lumi\u00e8re, deux mangas\u2026<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les r\u00e9volutions sont de magnifiques improvisatrices. Un peu \u00e9chevel\u00e9es quelquefois.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2024\" class=\"cit-num\">2024<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Choses vues<\/em>, 1830 (posthume)<\/p><\/blockquote><p>Avec lui, tous les jeunes romantiques (sauf Th\u00e9ophile Gautier partisan de \u00ab\u00a0l\u2019art pour l\u2019art\u00a0\u00bb) se retrouvent dans l\u2019opposition. Hugo a 28\u00a0ans. C\u2019est l\u2019un des plus ardents. Et c\u2019est le d\u00e9but d\u2019une belle et longue vie politique, men\u00e9e parall\u00e8lement \u00e0 sa carri\u00e8re litt\u00e9raire et souvent dans l\u2019opposition. On peut le comparer \u00e0 Chateaubriand, son mod\u00e8le proclam\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Je veux \u00eatre Chateaubriand ou rien\u00a0\u00bb.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La derni\u00e8re raison des rois, le boulet. La derni\u00e8re raison des peuples, le pav\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2028\" class=\"cit-num\">2028<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Litt\u00e9rature et philosophie m\u00eal\u00e9es<\/em> (1834)<\/p><\/blockquote><p>L\u2019histoire de France est ponctu\u00e9e de \u00ab\u00a0journ\u00e9es des Barricades\u00a0\u00bb \u2013 murailles vite improvis\u00e9es, faites de pav\u00e9s, de galets, de poutres, construites par le peuple pour barrer la route aux troupes organis\u00e9es, charg\u00e9es du maintien de l\u2019ordre. La premi\u00e8re Journ\u00e9e remonte \u00e0 la Sainte Ligue (catholique), qui tenait Paris en 1588. En 1649, c\u2019est la Fronde, o\u00f9 l\u2019on a beaucoup jou\u00e9 avec les pav\u00e9s.<\/p><p>La R\u00e9volution de 1830 d\u00e9pave les rues de Paris, durant ses Trois Glorieuses (journ\u00e9es). Apr\u00e8s l\u2019insurrection r\u00e9publicaine de 1832, les pav\u00e9s reprennent du service avec la R\u00e9volution de 1848. Vient ensuite la Commune de Paris en 1871, la plus sanglante guerre des pav\u00e9s \u2013 Hugo sera encore t\u00e9moin. Au <span class=\"caps\">XX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle, Paris vivra deux s\u00e9ries de journ\u00e9es o\u00f9 les rues se h\u00e9rissent \u00e0 nouveau de barricades et de pav\u00e9s qui font \u00e9galement projectiles\u00a0: Lib\u00e9ration en 1940 et mai 1968. Entre les deux, la \u00ab\u00a0semaine des Barricades\u00a0\u00bb en janvier\u00a01960, \u00e0 Alger. Le pav\u00e9 servira de moins en moins, les rues de Paris et de toutes les grandes villes \u00e9tant recouvertes de macadam.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On a voulu, \u00e0 tort, faire de la bourgeoisie une classe. La bourgeoisie est tout simplement la portion content\u00e9e du peuple. Le bourgeois, c\u2019est l\u2019homme qui a maintenant le temps de s\u2019asseoir. Une chaise n\u2019est pas une caste.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2052\" class=\"cit-num\">2052<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885),<em> Les Mis\u00e9rables<\/em> (1862)<\/p><\/blockquote><p>D\u2019abord r\u00e9serv\u00e9 face \u00e0 Louis-Philippe, Hugo est conquis par sa belle-fille, la jeune duchesse d\u2019Orl\u00e9ans. Mais la mort accidentelle de son mari, prince h\u00e9ritier, ruine ses r\u00eaves de futur ministre. Nomm\u00e9 pair de France en 1845, il se bat contre la peine de mort, l\u2019injustice sociale. Son parcours politique d\u2019homme de gauche et de c\u0153ur ne fait que commencer.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Louis-Philippe \u00e9tait un homme rare [\u2026] tr\u00e8s premier prince du sang tant qu\u2019il n\u2019avait \u00e9t\u00e9 qu\u2019altesse s\u00e9r\u00e9nissime, mais franc bourgeois le jour o\u00f9 il fut majest\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2055\" class=\"cit-num\">2055<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Les Mis\u00e9rables<\/em> (1862)<\/p><\/blockquote><p>Roi-citoyen amen\u00e9 au pouvoir par une r\u00e9volution, roi des barricades \u00e0 la t\u00eate d\u2019une monarchie bourgeoise qualifi\u00e9e de \u00ab\u00a0meilleure des r\u00e9publiques\u00a0\u00bb par certains, Louis-Philippe r\u00e9unit quelques-unes des ambigu\u00eft\u00e9s dont vivra et mourra ce r\u00e9gime.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sa grande faute, la voici\u00a0: il a \u00e9t\u00e9 modeste au nom de la France.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2056\" class=\"cit-num\">2056<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Les Mis\u00e9rables<\/em> (1862)<\/p><\/blockquote><p>D\u2019ordinaire plus s\u00e9v\u00e8re pour les princes qui gouvernent la France, Hugo ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0Louis-Philippe sera class\u00e9 parmi les hommes \u00e9minents de son\u00a0si\u00e8cle, et serait rang\u00e9 parmi les gouvernements les plus illustres de l\u2019histoire, s\u2019il e\u00fbt aim\u00e9 la gloire et s\u2019il e\u00fbt eu le sentiment de ce qui est grand au m\u00eame degr\u00e9 que ce qui est utile.\u00a0\u00bb Certes\u00a0!<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Fichtre\u00a0! fit Gavroche. Voil\u00e0 qu\u2019on me tue mes morts.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2076\" class=\"cit-num\">2076<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885),<em> Les Mis\u00e9rables<\/em> (1862)<\/p><\/blockquote><p>Mot du populaire gamin de Paris, ainsi mis en situation\u00a0: \u00ab\u00a0Au moment o\u00f9 Gavroche d\u00e9barrassait de ses cartouches un sergent gisant pr\u00e8s d\u2019une borne, une balle frappa le cadavre.\u00a0\u00bb<\/p><p>Hugo immortalise dans ce roman la premi\u00e8re grande insurrection r\u00e9publicaine sous la Monarchie de Juillet, les 5 et 6\u00a0juin 1832. Une manifestation aux fun\u00e9railles du g\u00e9n\u00e9ral Lamarque (d\u00e9put\u00e9 de l\u2019opposition) se termine en \u00e9meute quand la garde nationale massacre les insurg\u00e9s, retranch\u00e9s rue du Clo\u00eetre-Saint-Merri\u00a0: barricades et pav\u00e9s font \u00e0 nouveau l\u2019histoire et la une des journaux de l\u2019\u00e9poque, m\u00e9dia le plus populaire \u00e0 l\u2019\u00e9poque.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Gr\u00e2ce encore une fois\u00a0! Gr\u00e2ce au nom de la tombe,<br>Gr\u00e2ce au nom du berceau.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2099\" class=\"cit-num\">2099<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), \u00ab\u00a0Au roi Louis-Philippe, apr\u00e8s l\u2019arr\u00eat de mort prononc\u00e9 le 12\u00a0juillet 1839.\u00a0\u00bb <em>Les Rayons et les ombres<\/em> (1840), Victor Hugo<\/p><\/blockquote><p>Hugo sera l\u2019un des plus fervents adversaires de la peine de mort, quelles que soient les circonstances. Le 12\u00a0mai, un coup d\u2019\u00c9tat est organis\u00e9 (d\u2019ailleurs fort mal) par la soci\u00e9t\u00e9 secr\u00e8te des Saisons. Son but\u00a0: faire tomber la Monarchie de Juillet pour instaurer une r\u00e9publique sociale. L\u2019id\u00e9ologie n\u00e9ojacobine renvoie \u00e0 Robespierre, Buonarroti et Babeuf, extr\u00eame gauche de la R\u00e9volution.<\/p><p>Barb\u00e8s, Blanqui et Bernard sont les trois meneurs. Entra\u00eenant des centaines de partisans, ils partent \u00e0 l\u2019assaut de la pr\u00e9fecture de police et de l\u2019H\u00f4tel de Ville. La garde nationale et l\u2019arm\u00e9e \u00e9crasent l\u2019insurrection, le 13\u00a0mai\u00a0: plus de 100 morts, dont 28 militaires, autant de bless\u00e9s (dont Barb\u00e8s). La plupart des conjur\u00e9s sont arr\u00eat\u00e9s, Blanqui est en fuite. Au terme du proc\u00e8s, Barb\u00e8s est condamn\u00e9 \u00e0 mort le 12\u00a0juillet. Hugo intervient le jour m\u00eame et Paris manifeste le lendemain en sa faveur.<\/p><p>Le 14\u00a0juillet, la peine est commu\u00e9e en travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 ces interventions et \u00e0 un heureux \u00e9v\u00e9nement\u00a0: la duchesse d\u2019Orl\u00e9ans, femme du fils a\u00een\u00e9 et tr\u00e8s aim\u00e9 du roi, vient de lui donner un petit-fils. Le choc de cette insurrection met fin \u00e0 une crise minist\u00e9rielle, mais l\u2019effet de peur ne durera que quelques mois. L\u2019opposition au r\u00e9gime va s\u2019aggraver sous ce roi bourgeois et trop \u00e2g\u00e9 pour comprendre le peuple et la situation.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Louis-Philippe tend la main droite et montre le poing gauche.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2129\" class=\"cit-num\">2129<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Choses vues<\/em>, 1847-1848 (posthume)<\/p><\/blockquote><p>Le roi comprend enfin la gravit\u00e9 de la situation, le 23\u00a0f\u00e9vrier\u00a01848. Le matin, c\u2019est l\u2019assaut d\u2019une barricade, rue Quincampoix\u00a0: 16 soldats tu\u00e9s. Le sang vers\u00e9 l\u2019atterre, autant que l\u2019effraie la garde nationale, sympathisant avec les \u00e9meutiers. Louis-Philippe renvoie Guizot, appelle Mol\u00e9 au gouvernement. Paris illumine, la rue semble se calmer. Le roi se rassure\u00a0: \u00ab\u00a0Les Parisiens ne font jamais de r\u00e9volution en hiver.\u00a0\u00bb Mais les r\u00e9publicains ne veulent pas laisser passer cette occasion.<\/p><p>Malgr\u00e9 la pluie glac\u00e9e, le soir, un groupe de manifestants va huer Guizot sous ses fen\u00eatres, boulevard des Capucines, devant le minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res. La troupe se croit menac\u00e9e, un coup de feu part, les forces de l\u2019ordre ripostent\u00a0: la fusillade des Capucines laisse plus de 50 cadavres sur le pav\u00e9, promen\u00e9s en charrette dans la nuit, \u00e0 la lueur des torches, sur fond de tocsin.<\/p><p>Le roi se r\u00e9signe \u00e0 appeler l\u2019homme de la derni\u00e8re chance \u00e0 la t\u00eate du gouvernement, Thiers qu\u2019il n\u2019aime gu\u00e8re, \u00ab\u00a0Mirabeau-mouche\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0singe \u00e0 portefeuilles\u00a0\u00bb. C\u2019est la main droite tendue. Mais dans le m\u00eame temps, le roi met le mar\u00e9chal Bugeaud \u00e0 la t\u00eate de l\u2019arm\u00e9e\u00a0: le pacificateur de l\u2019Alg\u00e9rie va pacifier Paris, pense-t-il. C\u2019est le poing gauche.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Partout on travaille activement aux barricades d\u00e9j\u00e0 formidables. C\u2019est plus qu\u2019une \u00e9meute, cette fois, c\u2019est une insurrection.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2131\" class=\"cit-num\">2131<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Choses vues<\/em>, 24\u00a0f\u00e9vrier 1848 (posthume)<\/p><\/blockquote><p>Lamartine, Dumas, Flaubert, Baudelaire, George Sand et beaucoup d\u2019autres \u00e9crivains sont t\u00e9moins, parfois acteurs et enthousiastes. Hugo vit et vibre \u00e0 ces nouvelles journ\u00e9es des Barricades, toujours aux premi\u00e8res loges \u2013 apr\u00e8s les Trois Glorieuses de 1830 et l\u2019insurrection r\u00e9publicaine de 1832, c\u00e9l\u00e9br\u00e9e dans<em> les Mis\u00e9rables<\/em>. Il note encore, en date du 24\u00a0: \u00ab\u00a0Je fais une reconnaissance autour de la place Royale. Partout l\u2019agitation, l\u2019anxi\u00e9t\u00e9, une attente fi\u00e9vreuse.\u00a0\u00bb<\/p><p>Thiers a un plan, celui-l\u00e0 m\u00eame qu\u2019il appliquera contre les communards en 1871\u00a0: \u00e9vacuer Paris, puis l\u2019encercler, le reconqu\u00e9rir comme une place forte ennemie avec une troupe de m\u00e9tier. Il dispose de 60\u00a0000 hommes pour \u00e9craser la r\u00e9volution. Cela ferait des milliers de morts\u2026 Le roi ne peut s\u2019y r\u00e9soudre. Il faut une d\u00e9cision, l\u2019\u00e9meute gronde autour du palais des Tuileries.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La populace ne peut faire que des \u00e9meutes. Pour faire une r\u00e9volution, il faut le peuple.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2133\" class=\"cit-num\">2133<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Tas de pierres<\/em> (posthume)<\/p><\/blockquote><p>Grand t\u00e9moin des \u00e9v\u00e9nements, il observe le corps social malade\u00a0: \u00ab\u00a0Je continue de t\u00e2ter le pouls \u00e0 la situation.\u00a0\u00bb Et il oppose, comme il aime faire dans ses \u0153uvres de fiction, le bien et le mal, le peuple glorieux et la populace m\u00e9prisable.<\/p><p>Les \u00e9meutiers ont envahi la Chambre et nomment un gouvernement provisoire. La R\u00e9publique est proclam\u00e9e. Les fils cadets de Louis-Philippe pouvaient encore sauver la dynastie \u2013 ils se soumettront. Le dernier roi de France vient donc d\u2019abdiquer. Il part pour l\u2019exil en Angleterre o\u00f9 il mourra deux ans plus tard. Un r\u00e8gne de dix-huit ans s\u2019ach\u00e8ve, celui d\u2019un roi bourgeois dans une France bourgeoise, \u00ab\u00a0Roi des barricades\u00a0\u00bb entre deux r\u00e9volutions, l\u2019une de trois jours qui l\u2019a fait roi-citoyen d\u2019une monarchie constitutionnelle, et l\u2019autre beaucoup plus chaotique et sanglante, pour accoucher d\u2019une r\u00e9publique qui aboutira au Second Empire de Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>. La France aura vraiment test\u00e9 tous les r\u00e9gimes, d\u00e9clin\u00e9s en diff\u00e9rentes versions.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le vrai socialisme, ce n\u2019est pas le d\u00e9pouillement d\u2019une classe par l\u2019autre, c\u2019est-\u00e0-dire le haillon pour tous, c\u2019est l\u2019accroissement, au profit de tous, de la richesse publique [\u2026] Quant au communisme, je n\u2019ai jamais eu pour id\u00e9al un damier. Je veux l\u2019infinie vari\u00e9t\u00e9 humaine.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2138\" class=\"cit-num\">2138<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Avant l\u2019exil<\/em> (discours 1841-1851)<\/p><\/blockquote><p>C\u2019est l\u2019un des plus brillants d\u00e9put\u00e9s de cette br\u00e8ve R\u00e9publique. Celui qui se veut l\u2019\u00ab\u00a0\u00e9cho sonore\u00a0\u00bb de son\u00a0si\u00e8cle aura \u00e9t\u00e9 successivement lib\u00e9ral sous la Restauration, r\u00e9serv\u00e9 puis favorable \u00e0 Louis-Philippe sous la Monarchie de Juillet, hostile \u00e0 l\u2019\u00e9meute pendant la R\u00e9volution de 1848, puis partisan du prince Louis-Napol\u00e9on, avant d\u2019en devenir le plus talentueux opposant quand il voit poindre le dictateur. Mais Hugo demeure toujours fid\u00e8le \u00e0 un id\u00e9al humanitaire, g\u00e9n\u00e9reux, se battant contre la mis\u00e8re du peuple, l\u2019injustice sociale, la peine de mort, les restrictions \u00e0 la libert\u00e9 de la presse, avec une constance et un courage qui le forceront bient\u00f4t \u00e0 l\u2019exil.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les quatre mois qui suivirent f\u00e9vrier furent un moment \u00e9trange et terrible. La France stup\u00e9faite, d\u00e9concert\u00e9e, en apparence joyeuse et terrifi\u00e9e en secret, [\u2026] en \u00e9tait \u00e0 ne pas distinguer le faux du vrai, le bien du mal, le juste de l\u2019injuste, le sexe du sexe, le jour de la nuit, entre cette femme qui s\u2019appelait Lamartine et cet homme qui s\u2019appelait George Sand.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2154\" class=\"cit-num\">2154<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Choses vues<\/em> (posthume). <em>L\u2019\u00c9crivain engag\u00e9 et ses ambivalences\u00a0: de Chateaubriand \u00e0 Malraux<\/em> (2003), Herbert R. Lottman<\/p><\/blockquote><p>Le grand t\u00e9moin \u00e0 la barre de l\u2019histoire de son temps note toutes ses impressions dans son Journal. Son \u0153uvre est une mine de citations et les plus belles appartiennent aux grandes \u00e9poques de trouble qui d\u00e9chir\u00e8rent la France. En prime, l\u2019humour est pr\u00e9sent et l\u2019antith\u00e8se hugolienne fort juste. Son ami Lamartine va jouer un r\u00f4le sans doute trop grand pour lui et qu\u2019il aurait pu assumer, si, si et si\u2026 On ne refait pas l\u2019Histoire.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un jour viendra o\u00f9 l\u2019on verra ces deux groupes immenses, les \u00c9tats-Unis d\u2019Am\u00e9rique, les \u00c9tats-Unis d\u2019Europe, plac\u00e9s en face l\u2019un de l\u2019autre, se tendant la main par-dessus les mers, \u00e9changeant leurs produits, leur commerce, leur industrie, leurs arts, leurs g\u00e9nies, d\u00e9frichant le globe, colonisant les d\u00e9serts, am\u00e9liorant la cr\u00e9ation sous le regard du Cr\u00e9ateur, et combinant ensemble, pour en tirer le bien-\u00eatre de tous, ces deux forces infinies, la fraternit\u00e9 des hommes et la puissance de Dieu\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"101\" class=\"cit-num\">101<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), Discours d\u2019ouverture du Congr\u00e8s de la paix, Paris, 21 ao\u00fbt 1849)<\/p><\/blockquote><p>Baptis\u00e9 le grand-p\u00e8re de l\u2019Europe, c\u2019est assur\u00e9ment l\u2019une de ses grandes id\u00e9es pr\u00e9monitoires, le premier \u00e0 parler sous la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique des \u00ab\u00a0\u00c9tats-Unis d\u2019Europe\u00a0\u00bb devant d\u00e9boucher sur une nouvelle Europe irrigu\u00e9e par la v\u00e9rit\u00e9 et la justice, en m\u00eame temps que la fraternit\u00e9 sociale permettrait d\u2019atteindre les deux autres objectifs de libert\u00e9 et d\u2019\u00e9galit\u00e9.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Haine vigoureuse de l\u2019anarchie, tendre et profond amour du peuple.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2178\" class=\"cit-num\">2178<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), devise de <em>L\u2019\u00c9v\u00e9nement<\/em>, juillet\u00a01848-septembre\u00a01851<\/p><\/blockquote><p>La formule est emprunt\u00e9e \u00e0 l\u2019un de ses discours \u00e9lectoraux de mai\u00a01848. Le po\u00e8te qui a renonc\u00e9 au th\u00e9\u00e2tre entre sur la sc\u00e8ne politique. \u00c9lu par la bourgeoisie le 4\u00a0juin, favorable \u00e0 la fermeture des Ateliers nationaux (totalement inutiles) et partisan r\u00e9solu de la r\u00e9pression des journ\u00e9es insurrectionnelles, Hugo demeure pourtant lib\u00e9ral. Tout en refusant le socialisme, il va s\u2019opposer au gouvernement Cavaignac qui, avec le parti de l\u2019Ordre, menace la libert\u00e9 de la presse et multiplie les mesures r\u00e9pressives.<\/p><p>Dans son journal, cr\u00e9\u00e9 avec l\u2019aide de son ami \u00c9mile de Girardin, grand patron de presse, il \u00e9crit la plupart des articles, m\u00eame s\u2019il ne signe pas. Il a deux buts pr\u00e9cis et corollaires\u00a0: promouvoir sa propre candidature \u00e0 la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique et d\u00e9fendre le suffrage universel pour cette \u00e9lection \u00e0 venir. Au passage, il attaque le g\u00e9n\u00e9ral candidat et tr\u00e8s populaire\u00a0: \u00ab\u00a0M.\u00a0Cavaignac n\u2019a encore remport\u00e9 de victoires que contre les talents et les libert\u00e9s. De pareils Austerlitz sont toujours des Waterloo\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p>D\u00e8s le mois d\u2019octobre, influenc\u00e9 par Girardin, Hugo renonce \u00e0 se pr\u00e9senter, mettant <em>L\u2019\u00c9v\u00e9nement<\/em> au service du prince Louis-Napol\u00e9on qui appara\u00eet la solution au drame du pays, affirmant\u00a0: \u00ab\u00a0Toute ma vie sera consacr\u00e9e \u00e0 l\u2019affermissement de la R\u00e9publique.\u00a0\u00bb Discours du 21\u00a0septembre 1848. Le futur Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> fait un pas dans l\u2019histoire\u00a0: r\u00e9\u00e9lu en septembre dans cinq d\u00e9partements, il choisit l\u2019Yonne, d\u00e9cide de se pr\u00e9senter \u00e0 la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique et entre en campagne pour le scrutin pr\u00e9sidentiel, fix\u00e9 aux 10 et 11\u00a0d\u00e9cembre. Hugo va comprendre qu\u2019il s\u2019est tromp\u00e9 sur le personnage et son revirement sera lourd de cons\u00e9quences.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tout ce que vous \u00f4tez au droit de suffrage, vous le rendez au droit \u00e0 l\u2019insurrection.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2204\" class=\"cit-num\">2204<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), Discours sur le suffrage universel, Assembl\u00e9e l\u00e9gislative, 20\u00a0mai 1850. <em>Actes et Paroles. Avant l\u2019exil<\/em> (1875)<\/p><\/blockquote><p>Le plus c\u00e9l\u00e8bre des d\u00e9put\u00e9s s\u2019insurge contre une r\u00e9vision de la loi qui amputerait le suffrage universel en r\u00e9duisant le corps \u00e9lectoral de 30\u00a0%. Pour voter, il faudrait payer la taxe personnelle depuis trois ans au lieu de six mois dans la commune ce qui \u00e9limine la main-d\u2019\u0153uvre tr\u00e8s mobile des ouvriers journaliers, soit 3\u00a0millions d\u2019\u00e9lecteurs \u00e9cart\u00e9s des urnes. Et cela parce que des \u00e9lections partielles (mars\u00a01850) ont \u00e9t\u00e9 trop favorables aux d\u00e9mocrates, ces \u00ab\u00a0rouges\u00a0\u00bb qui font si peur\u00a0!<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est parce que je veux la souverainet\u00e9 nationale dans toute sa v\u00e9rit\u00e9 que je veux la presse dans toute sa libert\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2206\" class=\"cit-num\">2206<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), Assembl\u00e9e l\u00e9gislative, 9\u00a0juillet 1850. <em>Les M\u00e9dias<\/em> (2004), Francis Balle<\/p><\/blockquote><p>Le d\u00e9fenseur des libert\u00e9s s\u2019oppose ici \u00e0 la loi sur la presse qui va r\u00e9tablir le timbre et le cautionnement, le 16\u00a0juillet. Le prince qui gouverne chaque jour un peu plus la France d\u00e9pla\u00eet chaque jour davantage \u00e0 Hugo.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Situation grave pour le cabinet.<br>Que faire\u00a0? Comment sortir de l\u00e0\u00a0?<br>Le bon sens r\u00e9pond\u00a0: par la porte.<br>Le gouvernement dit\u00a0: par une loi.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2207\" class=\"cit-num\">2207<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Avant l\u2019exil<\/em> (discours 1841-1851)<\/p><\/blockquote><p>\u00c0 propos de la loi sur la presse vot\u00e9e le 16\u00a0juillet 1850. Cela pourrait s\u2019appliquer aux autres lois r\u00e9actionnaires qu\u2019il fustige et qui passent, mais qui vont r\u00e9veiller en lui l\u2019homme de gauche et en faire un d\u00e9put\u00e9 d\u2019opposition.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019an pass\u00e9, ils adoraient le sabre. Les voil\u00e0 maintenant qui adorent le gourdin.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2209\" class=\"cit-num\">2209<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), mots pr\u00e9monitoires, dat\u00e9s de novembre\u00a01849.<em> Actes et Paroles. Avant l\u2019exil<\/em> (1875)<\/p><\/blockquote><p>Hugo constate les progr\u00e8s de l\u2019autorit\u00e9 et l\u2019irr\u00e9sistible ascension du prince Louis-Napol\u00e9on. Le premier Bonaparte a eu sa campagne d\u2019Italie, le second s\u2019offre une campagne de France. La \u00ab\u00a0folie imp\u00e9riale\u00a0\u00bb se pr\u00e9cise, tant redout\u00e9e par l\u2019\u00e9pouse de\u00a0Thiers (vrai r\u00e9publicain).<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce gouvernement, je le caract\u00e9rise d\u2019un mot\u00a0: la police partout, la justice nulle part.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2211\" class=\"cit-num\">2211<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), Assembl\u00e9e l\u00e9gislative, avril\u00a01851. <em>L\u2019\u00c9volution de la pens\u00e9e politique et sociale de Victor Hugo<\/em> (1973), Michel Granet<\/p><\/blockquote><p>Le parti de l\u2019Ordre est devenu impopulaire par ses lois trop r\u00e9actionnaires\u00a0; les monarchistes sont divis\u00e9s sur le nom d\u2019un candidat, apr\u00e8s la mort de Louis-Philippe (26\u00a0ao\u00fbt 1850). Louis-Napol\u00e9on Bonaparte se pose en homme providentiel et sait se rallier un nombre grandissant de partisans.<\/p><p>Hugo est d\u00e9sormais son principal opposant. Le lib\u00e9ral en lui est r\u00e9volt\u00e9\u00a0: le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique manipule l\u2019opinion et exploite \u00e0 son profit la peur \u2013 peur de la r\u00e9volution, peur d\u2019un vaste complot d\u00e9mocratique, peur de l\u2019incertitude n\u00e9e de la Constitution qui emp\u00eache sa r\u00e9\u00e9lection en 1852. Des troubles dans le pays affolent le bourgeois.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La R\u00e9volution et la R\u00e9publique sont indivisibles. L\u2019une est la m\u00e8re, l\u2019autre est la fille. L\u2019une est le mouvement humain qui se manifeste, l\u2019autre est le mouvement humain qui se fixe. La R\u00e9publique, c\u2019est la R\u00e9volution fond\u00e9e [\u2026] On ne s\u00e9pare pas l\u2019aube du soleil.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2214\" class=\"cit-num\">2214<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), Assembl\u00e9e l\u00e9gislative, Discours du 17\u00a0juillet 1851. <em>Actes et Paroles. Avant l\u2019exil<\/em> (1875)<\/p><\/blockquote><p>Discours violent et c\u00e9l\u00e8bre, prononc\u00e9 devant une assembl\u00e9e houleuse. Hugo est contre la r\u00e9vision de la Constitution qui est d\u00e9battue. Le 19\u00a0juillet, elle ne r\u00e9unit que 446 voix contre 270. Il fallait la majorit\u00e9 des trois quarts (543 voix). L\u2019article\u00a045 interdisant la r\u00e9\u00e9ligibilit\u00e9 est donc maintenu. Les d\u00e9put\u00e9s n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 dupes, la man\u0153uvre a \u00e9chou\u00e9.<\/p><p>Louis-Napol\u00e9on Bonaparte n\u2019a plus le choix. Il pr\u00e9pare son coup d\u2019\u00c9tat avec soin, avec ses hommes bien plac\u00e9s dans l\u2019arm\u00e9e, la police. Il pr\u00e9pare aussi l\u2019opinion, entretient plus que jamais la peur, d\u00e9nonce l\u2019imminence du complot\u00a0: <em>Le Spectre rouge<\/em> de 1852, brochure sign\u00e9e Romieu, en dit assez par son titre.<\/p><p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" title=\"victor hugo napol\u00e9on iii citations\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/victor_hugo_napoleon_iii_citations.jpg\" alt=\"victor hugo napol\u00e9on iii citations\" width=\"500\" height=\"607\"><\/p><h4>5. Un si long exil\u00a0d\u2019opposant absolu au Second Empire\u00a0: pr\u00e8s de vingt ans d\u2019hyperactivit\u00e9 politique et litt\u00e9raire.<\/h4><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Et s\u2019il n\u2019en reste qu\u2019un, je serai celui-l\u00e0\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2234\" class=\"cit-num\">2234<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Les Ch\u00e2timents<\/em> (1853)<\/p><\/blockquote><p>Le prestigieux proscrit t\u00e9moignera de son opposition irr\u00e9ductible \u00e0 l\u2019empereur, personnage \u00e0 pr\u00e9sent ha\u00ef de lui. Le po\u00e8te qui se veut \u00ab\u00a0\u00e9cho sonore\u00a0\u00bb et conscience de son\u00a0si\u00e8cle refusera de rentrer en France apr\u00e8s le d\u00e9cret d\u2019amnistie. \u00c0 la date o\u00f9 son \u0153uvre est diffus\u00e9e sous le manteau, l\u2019opposition r\u00e9publicaine est r\u00e9duite \u00e0 n\u00e9ant\u00a0: chefs en prison ou en exil, journaux censur\u00e9s.<\/p><p>Ces mots auront d\u2019autant plus de port\u00e9e, Hugo devenant le chef spirituel des r\u00e9publicains refusant le dictateur\u00a0: \u00ab\u00a0Si l\u2019on n\u2019est plus que mille, eh\u00a0! bien, j\u2019en suis\u00a0! Si m\u00eame\u00a0\/ Ils ne sont plus que cent, je brave encore Sylla\u00a0;\u00a0\/ S\u2019il en demeure dix, je serai le dixi\u00e8me\u00a0;\u00a0\/ Et s\u2019il n\u2019en reste qu\u2019un, je serai celui-l\u00e0\u00a0!\u00a0\u00bb On ne saurait mieux dire son opposition absolue.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019importe ce qui m\u2019arrive\u00a0? J\u2019ai \u00e9t\u00e9 exil\u00e9 de France pour avoir combattu le guet-apens de d\u00e9cembre [\u2026] Je suis exil\u00e9 de Belgique pour avoir fait <em>Napol\u00e9on le Petit.<\/em> Eh bien\u00a0! je suis banni deux fois, voil\u00e0 tout. Monsieur Bonaparte m\u2019a traqu\u00e9 \u00e0 Paris, il me traque \u00e0 Bruxelles\u00a0; le crime se d\u00e9fend, c\u2019est tout simple.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2221\" class=\"cit-num\">2221<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Pendant l\u2019exil<\/em> (\u00e9crits et discours de 1852-1870)<\/p><\/blockquote><p>Hugo s\u2019\u00e9tait physiquement oppos\u00e9 au coup d\u2019\u00c9tat du 2 d\u00e9cembre (anniversaire d\u2019Austerlitz, victoire ch\u00e8re au c\u0153ur du futur empereur). Il a fui le 11\u00a0d\u00e9cembre 1851, pour \u00e9viter d\u2019\u00eatre arr\u00eat\u00e9. L\u2019exil commence. Il va durer pr\u00e8s de vingt ans, avant le retour au lendemain de l\u2019abdication de Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span>, dans la France en pleine guerre avec la Prusse, \u00e0 la veille de la d\u00e9faite et de la Commune.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Louis Bonaparte [\u2026] ne connaissait qu\u2019une chose, son but [\u2026] Toute sa politique \u00e9tait l\u00e0. \u00c9craser les r\u00e9publicains, d\u00e9daigner les royalistes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2222\" class=\"cit-num\">2222<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Histoire d\u2019un crime<\/em> (1877)<\/p><\/blockquote><p>Ainsi r\u00e9sume-t-il la politique du nouvel homme fort, entre le coup d\u2019\u00c9tat du 2\u00a0d\u00e9cembre 1851 et le r\u00e9tablissement de l\u2019Empire \u00e0 son profit, en novembre\u00a01852.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Louis Bonaparte est un homme de moyenne taille, froid, p\u00e2le, lent, qui a l\u2019air de n\u2019\u00eatre pas tout \u00e0 fait r\u00e9veill\u00e9 [\u2026] Les chefs de la droite disaient volontiers de Louis Bonaparte\u00a0: C\u2019est un idiot. Ils se trompaient. C\u2019est un livre o\u00f9 il y a des pages arrach\u00e9es. \u00c0 tout moment quelque chose manque. Louis Bonaparte a une id\u00e9e fixe, mais une id\u00e9e fixe n\u2019est pas l\u2019idiotisme.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2245\" class=\"cit-num\">2245<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885),<em> Napol\u00e9on le Petit<\/em> (1852)<\/p><\/blockquote><p>Un pamphlet n\u2019est jamais impartial et Hugo en veut d\u2019autant plus au personnage qu\u2019il l\u2019a d\u2019abord soutenu, dans sa course au pouvoir. Mais ces lignes ne sont pas plus s\u00e9v\u00e8res que le jugement de nombreux t\u00e9moins \u00e9clair\u00e9s. M\u00eame constat chez les historiens\u00a0: Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span>, \u00e0 l\u2019image du Second Empire, est mal aim\u00e9, hormis quelques exceptions et de r\u00e9centes r\u00e9habilitations.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qui arracherait une plume \u00e0 son aigle risquerait d\u2019avoir dans la main une plume d\u2019oie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2248\" class=\"cit-num\">2248<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885),<em> Histoire d\u2019un crime<\/em> (1877)<\/p><\/blockquote><p>Le \u00ab\u00a0crime\u00a0\u00bb de l\u2019histoire, c\u2019est le coup d\u2019\u00c9tat du 2\u00a0d\u00e9cembre 1851 auquel Hugo tenta en vain de s\u2019opposer par la force des pav\u00e9s, avant de s\u2019en remettre \u00e0 la force des mots. On sait que le ridicule blesse, s\u2019il ne tue pas \u00e0 tout coup.<\/p><p>M\u00eame si le coup d\u2019\u00c9tat r\u00e9ussi donne une soudaine assurance au personnage, Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span> souffrira toujours de la comparaison avec Napol\u00e9on Ier. \u00ab\u00a0L\u2019histoire est une galerie de tableaux o\u00f9 il y a peu d\u2019originaux et beaucoup de copies.\u00a0\u00bb Ce jugement de Tocqueville, d\u2019ailleurs ant\u00e9rieur au Second Empire, s\u2019applique particuli\u00e8rement bien \u00e0 Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span>. (Il prit le num\u00e9ro trois, le roi de Rome ayant re\u00e7u officiellement le nom de Napol\u00e9on <span class=\"caps\">II<\/span>).<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0M.\u00a0Louis Bonaparte a r\u00e9ussi. Il a pour lui d\u00e9sormais l\u2019argent, l\u2019agio, la banque, la bourse, le comptoir, le coffre-fort, et tous ces hommes qui passent si facilement d\u2019un bord \u00e0 l\u2019autre quand il n\u2019y a \u00e0 enjamber que de la honte.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2253\" class=\"cit-num\">2253<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Napol\u00e9on le Petit<\/em> (1852)<\/p><\/blockquote><p>Les ralliements sont nombreux, mais ni plus ni moins choquants que tous les pr\u00e9c\u00e9dents, dans cette France qui ne cesse de changer de r\u00e9gime depuis le d\u00e9but du si\u00e8cle.<\/p><p>Hugo fut ulc\u00e9r\u00e9 par le coup d\u2019\u00c9tat du 2\u00a0d\u00e9cembre 1851, combattu sans succ\u00e8s comme d\u00e9put\u00e9 \u00e0 la Chambre et comme manifestant appelant le peuple aux barricades\u00a0; ulc\u00e9r\u00e9 aussi par l\u2019irr\u00e9sistible ascension au pouvoir imp\u00e9rial qui a suivi, en 1852. Et d\u2019accuser Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> dans son pamphlet\u00a0: \u00ab\u00a0Il a fait de M.\u00a0Changarnier une dupe, de M.\u00a0Thiers une bouch\u00e9e, de M.\u00a0de Montalembert un complice, du pouvoir une caverne, du budget sa m\u00e9tairie.\u00a0\u00bb Le plus grand auteur fran\u00e7ais de son temps, le plus populaire aussi, va rester dix-neuf ans en exil \u2013 jusqu\u2019\u00e0 la chute du r\u00e9gime et de \u00ab\u00a0Napol\u00e9on le Petit\u00a0\u00bb.<\/p><p>Le \u00ab\u00a0h\u00e9ros Crapulinsky\u00a0\u00bb est aussi tourn\u00e9 en d\u00e9rision par Karl Marx, dans<em> Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte<\/em>\u00a0: les plaies d\u2019argent et la vie scandaleuse du personnage sont sans doute exag\u00e9r\u00e9es. Quant \u00e0 l\u2019analyse des deux prises de pouvoir bonapartistes, elle est par d\u00e9finition marxiste, aux antipodes du socialisme selon Hugo.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019histoire a pour \u00e9gout des temps comme les n\u00f4tres.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2257\" class=\"cit-num\">2257<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885),<em> Les Ch\u00e2timents<\/em> (1853)<\/p><\/blockquote><p>Paroles d\u2019exil. Il faut \u00eatre hors de France pour avoir cette libert\u00e9 d\u2019expression. Il faut \u00eatre Hugo pour avoir ces mots\u00a0! Le prestigieux proscrit de Jersey, bient\u00f4t de Guernesey, se veut plus que jamais l\u2019\u00ab\u00a0\u00e9cho sonore\u00a0\u00bb et la conscience de son si\u00e8cle et refusera de rentrer apr\u00e8s le d\u00e9cret d\u2019amnistie.<\/p><p>Son \u0153uvre est diffus\u00e9e sous le manteau et l\u2019opposition r\u00e9publicaine r\u00e9duite \u00e0 n\u00e9ant\u00a0: chefs en prison ou en exil, journaux censur\u00e9s. Ces mots ont d\u2019autant plus de port\u00e9e, Hugo devenant le chef spirituel des r\u00e9publicains et stigmatisant le dictateur, se posant en ultime r\u00e9sistant\u00a0: \u00ab\u00a0Et s\u2019il n\u2019en reste qu\u2019un, je serai celui-l\u00e0\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p>Apr\u00e8s le pamphlet politique contre \u00ab\u00a0Napol\u00e9on le Petit\u00a0\u00bb, <em>Les Ch\u00e2timents<\/em> sont une \u0153uvre po\u00e9tique ambitieuse. Suite au crime du 2\u00a0d\u00e9cembre et \u00e0 la r\u00e9pression, Dieu inflige le ch\u00e2timent et l\u2019expiation. Le Po\u00e8te, seul face \u00e0 l\u2019oc\u00e9an, parlant au nom du Peuple, est le messager qui annonce l\u2019espoir avec la venue de temps meilleurs.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand la libert\u00e9 rentrera en France, je rentrerai.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2277\" class=\"cit-num\">2277<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), D\u00e9claration, Hauteville-House, Guernesey, 18\u00a0ao\u00fbt 1859.<em> Actes et Paroles. Pendant l\u2019exil<\/em> (1875)<\/p><\/blockquote><p>Exil\u00e9 au lendemain du coup d\u2019\u00c9tat du 2\u00a0d\u00e9cembre 1851 apr\u00e8s avoir tent\u00e9 de soulever le peuple de Paris, plus opposant et r\u00e9publicain que jamais, Hugo refuse de profiter du d\u00e9cret d\u2019amnistie g\u00e9n\u00e9rale pour les condamn\u00e9s politiques, au terme d\u2019une forte et br\u00e8ve d\u00e9claration\u00a0: \u00ab\u00a0Personne n\u2019obtiendra de moi que, en ce qui me concerne, j\u2019accorde un moment d\u2019attention \u00e0 la chose appel\u00e9e amnistie. Dans la situation o\u00f9 est la France, protestation absolue, inflexible, \u00e9ternelle, voil\u00e0 pour moi le devoir. Fid\u00e8le \u00e0 l\u2019engagement que j\u2019ai pris vis-\u00e0-vis de ma conscience, je partagerai jusqu\u2019au bout l\u2019exil de la libert\u00e9.\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0Et s\u2019il n\u2019en reste qu\u2019un\u2026\u00a0\u00bb Il sera donc celui-l\u00e0. C\u2019est le d\u00e9but de l\u2019exil volontaire dont il saura magnifiquement tirer parti, travaillant \u00e0 son \u0153uvre et \u00e0 sa l\u00e9gende.<\/p><p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" title=\"victor hugo en citations\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/victor_hugo_en_citations.jpg\" alt=\"victor hugo en citations\" width=\"500\" height=\"658\"><\/p><h4>6. Ic\u00f4ne de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, statufi\u00e9 de son vivant, panth\u00e9onis\u00e9 au lendemain de sa mort.<\/h4><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Citoyens, j\u2019avais dit\u00a0: le jour o\u00f9 la R\u00e9publique rentrera, je rentrerai. Me voici\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2335\" class=\"cit-num\">2335<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), de retour \u00e0 Paris, gare du Nord, 5\u00a0septembre 1870. <em>Actes et Paroles. Depuis l\u2019exil<\/em> (1876)<\/p><\/blockquote><p>Apr\u00e8s dix-neuf ans d\u2019exil, il rentre sit\u00f4t proclam\u00e9e la R\u00e9publique. Il a pris le train de nuit de Bruxelles, pour passer inaper\u00e7u. Peine perdue. La foule l\u2019attend. La renomm\u00e9e du po\u00e8te proscrit a encore grandi. Il doit parler.<\/p><p>C\u2019est un orateur n\u00e9 pour le peuple, la tribune, les temps h\u00e9ro\u00efques, la r\u00e9sistance\u00a0: \u00ab\u00a0Les paroles me manquent pour dire \u00e0 quel point m\u2019\u00e9meut l\u2019inexprimable accueil que me fait le g\u00e9n\u00e9reux peuple de Paris. [\u2026] Deux grandes choses m\u2019appellent. La premi\u00e8re, la r\u00e9publique. La seconde, le danger. Je viens ici faire mon devoir. Quel est mon devoir\u00a0? C\u2019est le v\u00f4tre, c\u2019est celui de tous. D\u00e9fendre Paris, garder Paris. Sauver Paris\u2026<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une guerre entre Europ\u00e9ens est une guerre civile.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2323\" class=\"cit-num\">2323<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Carnets, albums et journaux<\/em><\/p><\/blockquote><p>D\u00e8s son retour, il demande aux Allemands de faire la paix. La Troisi\u00e8me R\u00e9publique, n\u00e9e en 1870 sous le signe de la guerre et de la d\u00e9faite, marqu\u00e9e par l\u2019\u00e9preuve de la Premi\u00e8re Guerre mondiale de 1914-1918, s\u2019\u00e9croulera dans le nouveau d\u00e9sastre de 1940. \u00ab\u00a0L\u2019histoire, comme une idiote, m\u00e9caniquement se r\u00e9p\u00e8te\u00a0\u00bb, \u00e9crira Paul Morand (<em>Ferm\u00e9 la nuit<\/em>).<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sauver Paris, c\u2019est plus que sauver la France, c\u2019est sauver le monde.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2325\" class=\"cit-num\">2325<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Pendant l\u2019exil<\/em> (\u00e9crits et discours de 1852-1870)<\/p><\/blockquote><p>Le plus \u00e9loquent, le plus passionn\u00e9 des grands auteurs et acteurs t\u00e9moins de leur temps a \u00e9crit ces mots quand l\u2019Empire le tenait en exil. De retour \u00e0 Paris d\u00e8s que la R\u00e9publique est proclam\u00e9e, patriote et r\u00e9volutionnaire, il parlera, agira, souffrira, \u00e9crira <em>L\u2019Ann\u00e9e terrible<\/em> (publi\u00e9e en 1872).<\/p><p>Paris joue \u00e0 nouveau le premier r\u00f4le dans cette page d\u2019histoire de France, au risque de se perdre\u00a0: refus de capituler devant l\u2019ennemi, jusqu\u2019au-boutisme r\u00e9volutionnaire qui le coupe du reste de la France et le d\u00e9chire <em>intra-muros<\/em>, martyre de cit\u00e9 deux fois assi\u00e9g\u00e9e, deux fois bombard\u00e9e, par les Prussiens d\u2019abord, les Versaillais ensuite.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Paris va terrifier le monde. On va voir comment Paris sait mourir.\u00a0Le Panth\u00e9on se demande comment il fera pour recevoir sous sa vo\u00fbte tout ce peuple qui va avoir droit \u00e0 son d\u00f4me.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2336\" class=\"cit-num\">2336<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), le 5\u00a0septembre\u00a01870. <em>Actes et Paroles. Depuis l\u2019exil<\/em> (1876)<\/p><\/blockquote><p>Entre la gare du Nord et son domicile, la foule qui se presse l\u2019oblige \u00e0 prononcer quatre discours. Auteur immens\u00e9ment populaire, c\u2019est aussi la conscience et la grande voix de la France. Il aura naturellement droit au Panth\u00e9on, apr\u00e8s des obs\u00e8ques nationales. C\u2019est m\u00eame en son honneur que l\u2019\u00e9glise Sainte-Genevi\u00e8ve, au c\u0153ur du 5e arrondissement, retrouvera\u00a0 en 1885 cette vocation et cette inscription\u00a0: \u00ab\u00a0Aux grands hommes, la patrie reconnaissante.\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il me convient d\u2019\u00eatre avec les peuples qui meurent, je vous plains d\u2019\u00eatre avec les rois qui tuent.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2339\" class=\"cit-num\">2339<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), 9\u00a0septembre 1870. <em>Actes et Paroles. Depuis l\u2019exil<\/em> (1876)<\/p><\/blockquote><p>Il en appelle aux Allemands pour que cesse cette \u00ab\u00a0guerre civile\u00a0\u00bb entre peuples d\u2019Europe. Mais la guerre continue, l\u2019ennemi approche, Paris est saisi d\u2019une fi\u00e8vre patriotique. Chaque quartier a son club o\u00f9 l\u2019on parle d\u2019abondance et dans chaque arrondissement se cr\u00e9ent des comit\u00e9s de vigilance, sous l\u2019impulsion des militants de la premi\u00e8re Internationale, rejoints par des radicaux et des Jacobins. Le mot de \u00ab\u00a0Commune\u00a0\u00bb est acclam\u00e9, l\u2019id\u00e9e est lanc\u00e9e d\u00e8s septembre.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les Prussiens sont huit cent mille, vous \u00eates quarante\u00a0millions d\u2019hommes. Dressez-vous et soufflez sur eux\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2340\" class=\"cit-num\">2340<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), 14\u00a0septembre 1870. <em>Actes et Paroles. Depuis l\u2019exil<\/em> (1876)<\/p><\/blockquote><p>Il encourage toujours la France \u00e0 la r\u00e9sistance\u00a0: \u00ab\u00a0Lille, Nantes, Tours, Bourges, Orl\u00e9ans, Dijon, Toulouse, Bayonne, ceignez vos reins. En marche\u00a0! Lyon, prends ton fusil\u2026\u00a0\u00bb<\/p><p>Le gouvernement a d\u00e9cid\u00e9 de rester dans la capitale \u2013 pour l\u2019honneur, et parce que la province n\u2019est pas tr\u00e8s favorable \u00e0 tous ces r\u00e9volutionnaires parisiens qui recommencent \u00e0 (se) manifester. Paris poss\u00e8de d\u2019\u00e9normes r\u00e9serves de nourriture (30\u00a0000 b\u0153ufs, 180\u00a0000 moutons) une v\u00e9ritable artillerie (700 pi\u00e8ces) et m\u00eame une marine de guerre, \u00ab\u00a0beaucoup d\u2019hommes, mais peu de soldats\u00a0\u00bb, aux dires de Trochu, gouverneur militaire. De quoi tenir un si\u00e8ge.<\/p><p>Les Prussiens assi\u00e8gent Paris (et Versailles) \u00e0 partir du 19\u00a0septembre 1870\u00a0: deux arm\u00e9es de 180\u00a0000 hommes. Les \u00ab\u00a0300\u00a0000 fusils\u00a0\u00bb fran\u00e7ais ne se pressent pas aux \u00ab\u00a0fortifs\u00a0\u00bb, les soldats de la garde nationale pr\u00e9f\u00e8rent aller boire leur solde et jouer au bouchon. \u00c0 la premi\u00e8re attaque allemande, la d\u00e9bandade est imm\u00e9diate\u00a0: v\u00e9ritable sauve-qui-peut. Les onze du gouvernement de la D\u00e9fense nationale sont d\u00e9j\u00e0 d\u00e9pass\u00e9s par les \u00e9v\u00e9nements.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous mangeons du cheval, du rat, de l\u2019ours, de l\u2019\u00e2ne.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2347\" class=\"cit-num\">2347<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>L\u2019Ann\u00e9e terrible<\/em> (Lettre \u00e0 une femme, janvier\u00a01871)<\/p><\/blockquote><p>Hugo reste volontairement enferm\u00e9 dans Paris bombard\u00e9 pendant un mois (10\u00a0000 projectiles et 60 morts ou bless\u00e9s chaque jour) et assi\u00e9g\u00e9 pendant cinq mois (au total). Il souffre des souffrances de la ville en cet hiver 1871 \u2013 o\u00f9 la consommation d\u2019absinthe est multipli\u00e9e par cinq\u00a0! Il fait don de ses droits d\u2019auteur sur <em>Les Ch\u00e2timents<\/em> pour la fabrication de deux canons (le Victor Hugo, le Ch\u00e2timent) et pour le secours aux victimes de guerre.<\/p><p>Jules Ferry, charg\u00e9 du ravitaillement de la population (et du maintien de l\u2019ordre), est surnomm\u00e9 Ferry la Famine. Et Trochu promu gouverneur de la capitale est compl\u00e8tement discr\u00e9dit\u00e9.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Trochu\u00a0: participe pass\u00e9 du verbe trop choir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2349\" class=\"cit-num\">2349<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885). <em>L\u2019Ann\u00e9e terrible<\/em> (2009), Pierre Milza<\/p><\/blockquote><p>Hugo ne va pas rater le mot ni l\u2019homme, quand le g\u00e9n\u00e9ral Trochu d\u00e9missionne apr\u00e8s une r\u00e9sistance bien passive. Le gouverneur de Paris disposait de forces suffisantes pour r\u00e9sister, mais plus que la peur des Prussiens, il a la hantise des \u00e9meutes populaires \u2013 comme nombre de bourgeois et de paysans de l\u2019\u00e9poque. Les cris de \u00ab\u00a0Vive la Commune\u00a0\u00bb pouss\u00e9s \u00e0 chaque \u00e9meute terrorisent Trochu, ce conservateur timor\u00e9 qui se d\u00e9finit comme \u00ab\u00a0Breton, catholique et soldat\u00a0\u00bb.<\/p><p>Le 20\u00a0janvier, les Parisiens, affam\u00e9s, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s, ont tent\u00e9 une \u00ab\u00a0sortie torrentielle\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019Ouest, ils sont arr\u00eat\u00e9s \u00e0 Buzenval. L\u2019op\u00e9ration s\u2019ach\u00e8ve par une piteuse retraite et 4\u00a0000 morts. Trochu se refuse \u00e0 de nouveaux combats qui \u00ab\u00a0ne seraient qu\u2019une suite de tueries sans but.\u00a0\u00bb Il d\u00e9missionne de son poste de gouverneur militaire de Paris en faveur du g\u00e9n\u00e9ral Vinoy, le 22\u00a0janvier 1871 \u2013 nouveau jour d\u2019\u00e9meute, 50 morts \u2013 avant de renoncer aussi \u00e0 la pr\u00e9sidence du gouvernement de la D\u00e9fense nationale.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Plus de fronti\u00e8res\u00a0! Le Rhin \u00e0 tous\u00a0! Soyons la m\u00eame R\u00e9publique, soyons les \u00c9tats-Unis d\u2019Europe, soyons la f\u00e9d\u00e9ration continentale, soyons la libert\u00e9 europ\u00e9enne, soyons la paix universelle\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), Discours \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale, 1er mars 1871<\/p><\/blockquote><p>La cr\u00e9ation des \u00c9tats-Unis d\u2019Europe est, pour Hugo, une v\u00e9ritable n\u00e9cessit\u00e9. Il le rappelle chaque fois que l\u2019occasion lui en est donn\u00e9e, lors de voyages, en r\u00e9ponse \u00e0 des courriers, en r\u00e9action \u00e0 des \u00e9v\u00e9nements politiques.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019Assembl\u00e9e refuse la parole \u00e0 M.\u00a0Victor Hugo, parce qu\u2019il ne parle pas fran\u00e7ais\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2357\" class=\"cit-num\">2357<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Vicomte de <span class=\"caps\">LORGERIL<\/span> (1811-1888), Assembl\u00e9e nationale, Bordeaux, 8\u00a0mars 1871.<em> Actes et Paroles. Depuis l\u2019exil<\/em> (1876)<\/p><\/blockquote><p>Ce d\u00e9put\u00e9 monarchiste, po\u00e8te \u00e0 ses heures, coupe la parole \u00e0 l\u2019\u00e9lu de Paris. Hugo le r\u00e9publicain est d\u00e9j\u00e0 mont\u00e9 \u00e0 la tribune pour condamner la paix inf\u00e2me le 1er\u00a0mars, pour d\u00e9plorer que Paris soit d\u00e9capitalis\u00e9e au profit de Bordeaux, le 6.<\/p><p>En cette s\u00e9ance houleuse du 8, il se fait insulter pour avoir d\u00e9fendu l\u2019Italien Garibaldi, \u00e9lu d\u00e9put\u00e9 d\u2019Alger\u00a0: il conteste l\u2019invalidation de ce vieux r\u00e9volutionnaire italien \u00ab\u00a0venu mettre son \u00e9p\u00e9e au service de la France\u00a0\u00bb dans la guerre contre les Prussiens. Hugo va d\u00e9missionner et regagner Paris (pour enterrer son fils Charles, mort d\u2019apoplexie). La haine est terrible entre l\u2019Assembl\u00e9e monarchiste, pacifiste, et Paris o\u00f9 les forces r\u00e9volutionnaires, remobilis\u00e9es, refusent de reconna\u00eetre le pouvoir de cette \u00ab\u00a0assembl\u00e9e de ruraux\u00a0\u00bb d\u00e9faitistes.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 mort, Victor Hugo\u00a0! \u00c0 la potence\u00a0! \u00c0 la lanterne le brigand\u00a0!\u2026 \u00c0 Cayenne\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Cit\u00e9 par Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885). <em>Actes et paroles<\/em>, vol. 4 (1885)<\/p><\/blockquote><p>Pour ses articles publi\u00e9s durant la Semaine sanglante, il voit sa maison \u00e0 Bruxelles lapid\u00e9e, \u00e9tant personnellement menac\u00e9 de mort ou du bagne (\u00e0 Cayenne). Tous ces cris sont pouss\u00e9s dans la nuit, sans que la police intervienne. Hugo s\u2019est r\u00e9fugi\u00e9 avec sa famille en Belgique, au mois de mars 1871.Mais le gouvernement belge, hostile aux communards de Paris \u00e0 qui le po\u00e8te offrait l\u2019asile de sa demeure, prit un arr\u00eat\u00e9 enjoignant \u00ab\u00a0au sieur Hugo, homme de lettres, \u00e2g\u00e9 de soixante-neuf ans, de quitter imm\u00e9diatement le royaume, avec d\u00e9fense d\u2019y entrer \u00e0 l\u2019avenir\u00a0\u00bb.<\/p><p>C\u2019est poser le probl\u00e8me de l\u2019engagement des intellectuels, question bient\u00f4t au centre de la vie politique. D\u00e8s son retour en France, Hugo se battra pour l\u2019amnistie des communards et pour arracher \u00e0 la mort ou \u00e0 la d\u00e9portation des gens tels que le journaliste Rochefort et Louise Michel, la Vierge rouge. Il lutte aussi en po\u00e8te, en proph\u00e8te qui en appelle \u00e0 la fraternit\u00e9.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00d4 juges, vous jugez les crimes de l\u2019aurore.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Le proc\u00e8s \u00e0 la r\u00e9volution, L\u2019Ann\u00e9e terrible<\/em>, 1872<\/p><\/blockquote><p>Fin d\u2019un po\u00e8me all\u00e9gorique commen\u00e7ant par ces mots\u00a0: \u00ab\u00a0Lorsque vous traduisez, juges, \u00e0 votre barre, \/ La R\u00e9volution, qui fut dure et barbare\u2026\u00a0\u00bb C\u2019est l\u2019ann\u00e9e 1871, celle de la Commune qui fut v\u00e9ritablement barbare, mais elle annonce aussi une nouvelle aurore, un monde meilleur. Cette r\u00e9volution manqu\u00e9e, aussi pleine de menaces que de promesses, a questionn\u00e9 les intellectuels, les philosophes, les penseurs de tous bords. Rappelons les mots de Jaur\u00e8s\u00a0qui aurait \u00e9t\u00e9 communard malgr\u00e9 son pacifisme\u00a0: \u00ab\u00a0[La Commune] fut dans son essence, elle fut dans son fond la premi\u00e8re grande bataille rang\u00e9e du Travail contre le Capital. Et c\u2019est m\u00eame parce qu\u2019elle fut cela avant tout [\u2026] qu\u2019elle fut vaincue et que, vaincue, elle fut \u00e9gorg\u00e9e.\u00a0\u00bb Citons aussi Marx qui lui rend hommage en militant r\u00e9volutionnaire, m\u00eame si le th\u00e9oricien socialiste \u00e9mit de nombreuses r\u00e9serves\u00a0: \u00ab\u00a0Le Paris ouvrier, avec sa Commune, sera c\u00e9l\u00e9br\u00e9 \u00e0 jamais comme le glorieux fourrier d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 nouvelle. Ses martyrs seront enclos dans le grand c\u0153ur de la classe ouvri\u00e8re.\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le cadavre est \u00e0 terre, mais l\u2019id\u00e9e est debout.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885),<em> Actes et paroles<\/em> volume 4, <em>La Voix de Guernesey Hauteville-House<\/em>, novembre 1867<\/p><\/blockquote><p>\u00c9tonnant destin de cette image qui a naturellement vocation de citation. La force des id\u00e9es est l\u2019une des le\u00e7ons de l\u2019Histoire et la Commune en est l\u2019illustration, malgr\u00e9 la confusion des courants qui l\u2019animent. Cette citation tr\u00e8s hugolienne dans la forme (un alexandrin) et le fond (une antith\u00e8se) na\u00eet sous la plume du grand exil\u00e9, mais \u00e0 la fin du Second Empire, en 1867.<\/p><p>Elle va logiquement devenir la devise des \u00ab\u00a0Amies et Amis de la Commune de Paris 1871\u00a0\u00bb, la plus ancienne organisation du mouvement ouvrier fran\u00e7ais encore en activit\u00e9, cr\u00e9\u00e9e en 1882 par les communards de retour d\u2019exil. Cette r\u00e9cup\u00e9ration pour la bonne cause aurait sans doute combl\u00e9 le grand homme.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La gentilhommerie du pair de France [Hugo] subsistait sous le poil broussailleux du radical-socialisant.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2446\" class=\"cit-num\">2446<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Maurice <span class=\"caps\">BARR\u00c8S<\/span> (1862-1923), <em>Mes cahiers, 1896-1898<\/em> (1929)<\/p><\/blockquote><p>Hugo, nomm\u00e9 pair de France en 1845, est \u00e9lu s\u00e9nateur \u00e0 presque 74\u00a0ans, le 30\u00a0janvier 1876. Idole de la gauche r\u00e9publicaine, il se bat toujours pour l\u2019amnistie des communards. Il faut attendre 1880 pour que la France pardonne avec la loi d\u2019amnistie. La Commune, comm\u00e9mor\u00e9e devant le \u00ab\u00a0mur des F\u00e9d\u00e9r\u00e9s\u00a0\u00bb au cimeti\u00e8re du P\u00e8re-Lachaise, fera ensuite partie d\u2019un culte national de la gauche et des anarchistes.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ne nous lassons pas, nous les philosophes, de d\u00e9clarer au monde la paix.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2410\" class=\"cit-num\">2410<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), Discours du 25\u00a0mars 1877, <em>Depuis l\u2019exil<\/em> (1876-1885, posthume)<\/p><\/blockquote><p>La grande voix se taira en 1885 et d\u2019autres voix s\u2019\u00e9l\u00e8veront pour parler de \u00ab\u00a0la Revanche reine de France\u00a0\u00bb. Cependant que dans le monde o\u00f9 les philosophes n\u2019ont jamais le pouvoir, une nouvelle guerre se pr\u00e9pare.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je voudrais signer ma vie par un grand acte, et mourir. Ainsi, la fondation des \u00c9tats-Unis d\u2019Europe.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), Note de 1876-1878<\/p><\/blockquote><p>Rappel de cette id\u00e9e fixe et pr\u00e9monitoire, d\u00e9j\u00e0 formul\u00e9e au d\u00e9but de la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique. Ce qui pouvait sembler une utopie parmi d\u2019autres a finalement pris forme en 2009. L\u2019Union europ\u00e9enne (<span class=\"caps\">UE<\/span>), entit\u00e9 politico-\u00e9conomique, regroupe plus de 450 millions d\u2019habitants dans 27 \u00c9tats qui d\u00e9l\u00e8guent ou transmettent par trait\u00e9 l\u2019exercice de certaines comp\u00e9tences \u00e0 des organes communautaires.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cette Afrique farouche n\u2019a que deux aspects\u00a0: peupl\u00e9e, c\u2019est la barbarie\u00a0; d\u00e9serte, c\u2019est la sauvagerie\u00a0; mais elle ne se d\u00e9robe plus\u00a0; les lieux r\u00e9put\u00e9s inhabitables sont des climats possibles\u00a0; on trouve partout des fleuves navigables\u00a0; des for\u00eats se dressent, de vastes branchages encombrent \u00e7\u00e0 et l\u00e0 l\u2019horizon\u00a0; quelle sera l\u2019attitude de la civilisation devant cette faune et cette flore inconnues\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), 18 mai 1879, Discours sur l\u2019Afrique,<em> Actes et paroles<\/em>, <span class=\"caps\">IV<\/span>, 1879<\/p><\/blockquote><p>Invit\u00e9 \u00e0 un banquet comm\u00e9moratif de l\u2019abolition de l\u2019esclavage, son lyrisme se d\u00e9ploie dans un universalisme mystique et toutes ces formules valent citations. L\u2019anachronisme du propos para\u00eet aujourd\u2019hui \u00e9vident, mais le pr\u00e9sident Sarkozy, dans son discours de Dakar (2007) \u00e9crit par sa \u00ab\u00a0plume\u00a0\u00bb Henri Guaino, a repris cette th\u00e9matique.<\/p><p>\u00ab\u00a0<span class=\"caps\">L\u2019A<\/span>sie a son histoire, l\u2019Am\u00e9rique a son histoire, l\u2019Australie elle-m\u00eame a son histoire\u00a0; l\u2019Afrique n\u2019a pas d\u2019histoire\u00a0; une sorte de l\u00e9gende vaste et obscure l\u2019enveloppe. [\u2026] D\u00e9j\u00e0 les deux peuples colonisateurs, qui sont deux grands peuples libres, la France et l\u2019Angleterre, ont saisi l\u2019Afrique\u00a0; la France la tient par l\u2019ouest et par le nord\u00a0; l\u2019Angleterre la tient par l\u2019est et par le midi. [\u2026] Au dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle, le blanc a fait du noir un homme\u00a0; au vingti\u00e8me si\u00e8cle, l\u2019Europe fera de l\u2019Afrique un monde. [\u2026] Allez, Peuples\u00a0! emparez-vous de cette terre. Prenez-la. \u00c0 qui\u00a0? \u00e0 personne. Prenez cette terre \u00e0 Dieu. Dieu donne la terre aux hommes. Dieu offre l\u2019Afrique \u00e0 l\u2019Europe. [\u2026] Prenez-la, non pour le canon, mais pour la charrue\u00a0; non pour le sabre, mais pour le commerce\u00a0; non pour la bataille, mais pour l\u2019industrie\u00a0; non pour la conqu\u00eate mais pour la fraternit\u00e9. [\u2026] (<em>applaudissements prolong\u00e9s<\/em>) Versez votre trop-plein dans cette Afrique, et du m\u00eame coup r\u00e9solvez vos questions sociales, changez vos prol\u00e9taires en propri\u00e9taires. Allez, faites\u00a0! faites des routes, faites des ports, faites des villes\u00a0; croissez, cultivez, colonisez, multipliez\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 monsieur Victor Hugo, En son avenue, \u00e0 Paris.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Courrier libell\u00e9 \u00e0 cette adresse, \u00e0 partir de 1881<\/p><\/blockquote><p>Quatre ans avant sa mort, le jour de son anniversaire, 600 000 parisiens d\u00e9filent sous ses fen\u00eatres dans le <span class=\"caps\">XVI<\/span>e arrondissement de Paris, avenue d\u2019Eylau, rebaptis\u00e9e ce jour-l\u00e0 avenue Victor Hugo. Debout, ses petits-enfants \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, il regarde la foule respectueuse lui rendre ce formidable hommage. On imagine le bonheur, la fiert\u00e9 d\u2019Ego Hugo.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Oui, cette belle \u0153uvre tend \u00e0 ce que j\u2019ai toujours aim\u00e9, appel\u00e9\u00a0: la paix. Entre l\u2019Am\u00e9rique et la France \u2013 la France qui est l\u2019Europe \u2013 ce gage de paix permanent. Il \u00e9tait bon que cela f\u00fbt fait.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), 29 novembre 1884<\/p><\/blockquote><p>L\u2019octog\u00e9naire visite l\u2019atelier du sculpteur Bartholdi qui vient d\u2019achever la statue de la Libert\u00e9 \u00e9clairant le monde, cadeau de la France aux \u00c9tats-Unis. Le po\u00e8te prononce alors ces paroles qui font \u00e9cho \u00e0 son souhait des \u00c9tats-Unis d\u2019Europe.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est ici le combat du jour et de la nuit.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), mot de la fin, 22 mai 1885, parismuseescollections.paris.fr<\/p><\/blockquote><p>Citation connue, tr\u00e8s hugolienne dans la forme (alexandrin) et le fond (opposition de contrastes), murmur\u00e9e avant son dernier souffle, non sourc\u00e9e, mais inscrite sur la porcelaine d\u2019une assiette vendue par les Mus\u00e9es de Paris \u00e0 la m\u00e9moire du po\u00e8te. Il dit encore\u00a0: \u00ab\u00a0Je vois la lumi\u00e8re noire\u00a0\u00bb. Et il ferma les yeux\u2026 Cela rappelle la fin de Goethe, plus grand po\u00e8te allemand et tout aussi romantique\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Mehr Licht\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em> \u00ab\u00a0Plus de lumi\u00e8re\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je donne cinquante mille francs aux pauvres. Je d\u00e9sire \u00eatre port\u00e9 au cimeti\u00e8re dans leur corbillard. Je refuse l\u2019oraison de toutes les \u00e9glises\u00a0; je demande une pri\u00e8re \u00e0 toutes les \u00e2mes. Je crois en Dieu.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), derni\u00e8re lettre en forme de testament.<em> Actes et Paroles, Depuis l\u2019exil<\/em>. 1885<\/p><\/blockquote><p>22 mai. L\u2019annonce de la mort du po\u00e8te donne aussit\u00f4t lieu \u00e0 des manifestations de deuil populaire\u00a0: \u00ab\u00a0Des ouvriers se d\u00e9couvrirent respectueusement, des vieillards se mirent \u00e0 pleurer silencieusement, des grandes dames coudoyant des femmes du peuple s\u2019unirent \u00e0 elles dans un m\u00eame sentiment de d\u00e9sespoir.\u00a0\u00bb On voit appara\u00eetre aux fen\u00eatres des drapeaux tricolores portant un ruban de cr\u00eape. 23 mai, les journaux parisiens paraissent avec un cadre noir en premi\u00e8re page.<\/p><p>24 mai 1885, la Chambre des D\u00e9put\u00e9s vote l\u2019organisation de fun\u00e9railles nationales\u00a0: 415 voix sur 418. L\u2019inhumation au Panth\u00e9on que le Second Empire a rendu au culte fait pol\u00e9mique. Le gouvernement se rallie \u00e0 cette proposition par un d\u00e9cret publi\u00e9 dans le Journal officiel du 27 mai. Suite \u00e0 ce d\u00e9cret, le Panth\u00e9on sera d\u00e9finitivement d\u00e9sacralis\u00e9.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">Aux grands hommes, la Patrie reconnaissante.<span id=\"2480\" class=\"cit-num\">2480<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Inscription au fronton du Panth\u00e9on<\/p><\/blockquote><p>Le gouvernement organise de grandes fun\u00e9railles nationales qui permettent de r\u00e9affirmer l\u2019unit\u00e9 de la nation, Hugo \u00e9tant c\u00e9l\u00e9br\u00e9 comme un symbole de la R\u00e9publique. Son cercueil est expos\u00e9 une nuit sous l\u2019Arc de triomphe de l\u2019\u00c9toile, voil\u00e9 de noir. Le lendemain 1er juin 1885, dix jours apr\u00e8s sa mort, la c\u00e9r\u00e9monie d\u00e9bute \u00e0 10 h 30, avec le tir de 21 salves de canon depuis l\u2019h\u00f4tel des Invalides. 19 orateurs prononcent des discours. La procession descend l\u2019avenue des Champs-\u00c9lys\u00e9es, passe place de la Concorde, emprunte les boulevards Saint-Germain et Saint-Michel,\u00a0 pour rejoindre la rue Soufflot qui m\u00e8ne au Panth\u00e9on.<\/p><p>Toute la France est pr\u00e9sente (d\u00e9l\u00e9gations officielles et peuple venu lui rendre un dernier hommage). Selon les sources, on estime la foule de 1 \u00e0 3 millions de personnes (entre le cort\u00e8ge proprement dit et la foule mass\u00e9e le long du parcours).<\/p><p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" title=\"victor hugo grand pere\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/victor_hugo_grand_pere.jpg\" alt=\"victor hugo grand pere\" width=\"500\" height=\"461\"><\/p><h4>7. Vie priv\u00e9e de l\u2019homme public\u00a0: p\u00e8re endeuill\u00e9, grand-p\u00e8re combl\u00e9, homme sexuellement insatiable.<\/h4><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dieu m\u2019\u00f4te la famille\u00a0\u00bb<span id=\",\" class=\"cit-num\">,<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Le Deuil<\/em>, po\u00e8me. <em>L\u2019Ann\u00e9e terrible<\/em> (1873)<\/p><\/blockquote><p>\u00ab\u00a0Hier j\u2019\u00e9tais proscrit. Vingt ans, des mers captif,<br>J\u2019errai, l\u2019\u00e2me meurtrie\u00a0; \/ Le sort nous frappe, et seul il conna\u00eet le motif.<br>Dieu m\u2019\u00f4ta la patrie.<br>Aujourd\u2019hui je n\u2019ai plus de tout ce que j\u2019avais \/ Qu\u2019un fils et qu\u2019une fille\u00a0;<br>Me voil\u00e0 presque seul dans cette ombre o\u00f9 je vais\u00a0;<br>Dieu m\u2019\u00f4te la famille.\u00a0\u00bb<\/p><p>Il a perdu L\u00e9opoldine sa fille pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e, morte noy\u00e9e \u00e0 19 ans (4 septembre 1843). C\u2019est le drame de sa vie, il fr\u00f4lera la folie. Charles son premier fils meurt \u00e0 44 ans d\u2019une embolie (<span class=\"caps\">AVC<\/span>), une semaine avant la Commune (13 mars 1871). Son second fils Fran\u00e7ois-Victor, mourra de la tuberculose \u00e0 45 ans en 1873. Ad\u00e8le H., sa fille folle, \u00ab\u00a0plus morte que les morts\u00a0\u00bb est intern\u00e9e. Il est veuf d\u2019Ad\u00e8le son \u00e9pouse, morte en 1868. La fid\u00e8le Juliette Drouet vivant dor\u00e9navant sous son toit mourra deux ans avant lui, le 11 mai 1883.<\/p><p>Il lui reste ses deux petits-enfants (n\u00e9s de son fils Charles), Georges et Jeanne, pour les couvrir de tendres alexandrins et cultiver \u00ab\u00a0l\u2019art d\u2019\u00eatre grand-p\u00e8re\u00a0\u00bb en 27 po\u00e8mes, autant de courtes histoires. Citons en deux, pour le plaisir.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Jeanne \u00e9tait au pain sec dans le cabinet noir,<br>Pour un crime quelconque, et, manquant au devoir,<br>J\u2019allai voir la proscrite en pleine forfaiture,<br>Et lui glissai dans l\u2019ombre un pot de confiture (\u2026)\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), \u00ab\u00a0Jeanne \u00e9tait au pain sec\u00a0\u00bb, po\u00e8me, <em>L\u2019Art d\u2019\u00eatre grand-p\u00e8re<\/em> (1877)<\/p><\/blockquote><p>La fin de l\u2019histoire est charmante. Le vieil homme est grond\u00e9 pour avoir enfreint la discipline familiale\u00a0:<\/p><p>\u00ab\u00a0\u2014 L\u2019ordre est troubl\u00e9 par vous; le pouvoir se d\u00e9tend\u00a0; \/ Plus de r\u00e8gle. L\u2019enfant n\u2019a plus rien qui l\u2019arr\u00eate.<br>Vous d\u00e9molissez tout. Et j\u2019ai baiss\u00e9 la t\u00eate, \/ Et j\u2019ai dit: \u2014 Je n\u2019ai rien \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 cela,<br>J\u2019ai tort. Oui, c\u2019est avec ces indulgences-l\u00e0 \/ Qu\u2019on a toujours conduit les peuples \u00e0 leur perte.<br>Qu\u2019on me mette au pain sec. \u2014Vous le m\u00e9ritez, certes, <br>On vous y mettra. Jeanne alors, dans son coin noir, \/ M\u2019a dit tout bas, levant ses yeux si beaux \u00e0 voir,<br>Pleins de l\u2019autorit\u00e9 des douces cr\u00e9atures: \/ \u2014 Eh bien moi, je t\u2019irai porter des confitures.\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0(\u2026) J\u2019ai devant les c\u00e9sars, les princes, les g\u00e9ants<br>De la force debout sur l\u2019amas des n\u00e9ants,<br>Devant tous ceux que l\u2019homme adore, ex\u00e8cre, encense,<br>Devant les Jupiters de la toute-puissance,<br>\u00c9t\u00e9 quarante ans fier, indompt\u00e9, triomphant\u00a0;<br>Et me voil\u00e0 vaincu par un petit enfant.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), \u00ab\u00a0Victor, sed victus\u00a0\u00bb, po\u00e8me,<em> L\u2019Art d\u2019\u00eatre grand-p\u00e8re<\/em> (1877)<\/p><\/blockquote><p>Notons le jeu de mots avec le pr\u00e9nom d\u2019Hugo et le <em>Vae Victis<\/em> (Malheur aux vaincus) des Romains. Reste la conclusion du recueil, infiniment simple et touchante \u00e0 la fois\u00a0: \u00ab\u00a0Je prendrai par la main les deux petits enfants \/ Je n\u2019ai point d\u2019autre affaire ici-bas que d\u2019aimer.\u00a0\u00bb<\/p><p>Victor Hugo, \u00ab\u00a0un bonhomme simplement exquis\u00a0\u00bb selon son ami Flaubert, a vieilli. Sa voix a faibli, sa vue baisse, l\u2019audition aussi. Il reste malicieux, cela aga\u00e7ait Sainte-Beuve en son temps, notant que le po\u00e8te \u00e9tait \u00ab\u00a0gai, presque trop gai.\u00a0\u00bb Pourtant il s\u2019ennuie, il pense \u00e0 Guernesey, \u00e0 l\u2019immensit\u00e9 de l\u2019oc\u00e9an, et confie \u00e0 Judith Gautier, la fille de son vieil ami Th\u00e9ophile, qu\u2019il songe s\u00e9rieusement \u00e0 retourner y vivre. Mais Paris a d\u2019autres attraits.<\/p><p>On reprend <em>Ruy Blas<\/em> et Sarah Bernhardt rejoue la Reine en 1879. C\u2019est peut \u00eatre l\u2019un \u00ab\u00a0de ses derniers incendies\u00a0\u00bb pour reprendre une formule de Pablo Picasso. Ce d\u00e9tail de l\u2019histoire fait toujours d\u00e9bat. Hugo consigne ses innombrables conqu\u00eates sur un carnet cod\u00e9, il note les performances. Il note tout, pour l\u2019Histoire.<\/p><p>Reste la face plus sombre de l\u2019homme, le sexe qui l\u2019emporte sur l\u2019esprit et devient obsession quasi baudelairienne.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0O nuit, toi qui lascive et monstrueuse attises <br>Les soifs, les app\u00e9tits, les sombres convoitises <br>La volupt\u00e9, le mal, les noirs regards impurs <br>La louve au fond des bois, la fille au coin des murs\u00a0!\u00a0\u00bb\u00ab\u00a0O nuit, toi qui lascive et monstrueuse attises <br>Les soifs, les app\u00e9tits, les sombres convoitises <br>La volupt\u00e9, le mal, les noirs regards impurs <br>La louve au fond des bois, la fille au coin des murs\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), Exposition \u00ab\u00a0\u00c9ros Hugo. Entre pudeur et exc\u00e8s\u00a0\u00bb \u2013 Maison de Victor Hugo. 6, place des Vosges 75005 Paris<\/p><\/blockquote><p>Le commissaire de l\u2019exposition pr\u00e9cise\u00a0: \u00ab\u00a0Cette violence touche \u00e0 la fois aux passions de Victor Hugo qui fut un grand amoureux et \u00e0 sa sexualit\u00e9, qu\u2019on s\u2019est complu \u00e0 pr\u00e9senter comme fr\u00e9n\u00e9tique. Elle touche \u00e0 certaines qualit\u00e9s de son \u0153uvre\u00a0: la puissance, la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, le lyrisme.\u00a0\u00bb Elle a \u00e9volu\u00e9 avec le temps, mais il semble l\u2019avoir surtout subie.\u00a0Ces vers, retrouv\u00e9s au milieu de papiers en vrac non class\u00e9s, en t\u00e9moignent. Et cette phrase en forme d\u2019aveu\u00a0: \u00ab\u00a0Ce qu\u2019on appelle passion, volupt\u00e9, libertinage, d\u00e9bauche, n\u2019est pas autre chose qu\u2019une violence que nous fait la vie.\u00a0\u00bb<\/p><p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tomes_portraits-7.jpg\" width=\"780\" height=\"344\"><\/a><\/p><p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Retrouvez tous les personnages dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<br><br>Les personnages marquent leur \u00e9poque et bien au-del\u00e0\u00a0: ils sont les auteurs et acteurs de l\u2019Histoire, avant que les historiens ne commentent et r\u00e9\u00e9crivent le r\u00e9cit national.<br>Quant aux citations, leur int\u00e9r\u00eat n\u2019est plus \u00e0 prouver\u00a0: en quelques mots bien choisis, sourc\u00e9s et contextualis\u00e9s, le pass\u00e9 reprend vie et fait sens.<br>Plus ou moins connus, voire c\u00e9l\u00e8bres et toujours \u00e0 red\u00e9couvrir, voici 200 noms avec plus d\u2019un quart de femmes et un invit\u00e9 surprise, le peuple anonyme (chansons, slogans\u2026)<\/p><p>Aiglon l\u2019- Anne d\u2019Autriche \u2013 Anne de Bretagne \u2013 Anne de France \u2013 Aragon \u2013 Aron \u2013 Aubign\u00e9 d\u2019- Auclert Hubertine \u2013 Auriol \u2013 Badinter \u2013 Baker Jos\u00e9phine \u2013 Barre \u2013 Beaumarchais \u2013 Beauvoir Simone de \u2013 Bellay du \u2013 B\u00e9ranger \u2013 Bernhardt Sarah \u2013 Berry duchesse de \u2013 Bismarck \u2013 Blanc (Louis) \u2013 Blanche de Castille \u2013 Blanqui \u2013 Blum \u2013 Bonaparte Pauline \u2013 Bossuet \u2013 Boulanger g\u00e9n\u00e9ral \u2013 Brasillach 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\u2013 Gaulle Yvonne de \u2013 Giroud Fran\u00e7oise \u2013 Giscard d\u2019Estaing \u2013 Gouges Olympe de \u2013 Gr\u00e9goire abb\u00e9 \u2013 Gr\u00e9vy \u2013 Guillotin \u2013 Guizot \u2013 Guy Alice \u2013 Halimi Gis\u00e8le \u2013 Henri <span class=\"caps\">III<\/span> \u2013 Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> \u2013 Henriette d\u2019Angleterre \u2013 Hugo \u2013 Isabeau de Bavi\u00e8re \u2013 Jaur\u00e8s \u2013 Jeanne d\u2019Arc \u2013 Joffre \u2013 Jos\u00e9phine de Beauharnais \u2013 L\u2019Hospital de \u2013 La Bruy\u00e8re \u2013 La Fayette \u2013 Lamartine \u2013 Louis <span class=\"caps\">IX<\/span> \u2013 Louis <span class=\"caps\">XI<\/span> \u2013 Louis <span class=\"caps\">XII<\/span> \u2013 Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span> \u2013 Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> \u2013 Louis <span class=\"caps\">XV<\/span> \u2013 Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span> \u2013 Louis <span class=\"caps\">XVII<\/span> (Dauphin) \u2013 Louis <span 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\u2013 Philippe le Bel \u2013 Picasso \u2013 Pinay \u2013 Pisan Christine de \u2013 Poincar\u00e9 \u2013 Poitiers Diane de \u2013 Pompadour marquise de \u2013 Pompidou \u2013 Proudhon \u2013 Rabelais \u2013 R\u00e9camier Juliette \u2013 Richelieu \u2013 Rivarol \u2013 Robespierre \u2013 Rocard \u2013 Rochefort \u2013 Roland Mme \u2013 Ronsard \u2013 Rousseau \u2013 Saint-Exup\u00e9ry \u2013 Saint-Just \u2013 Saint-Simon comte de \u2013\u00a0 Saint-Simon duc de \u2013 Sand George \u2013 Sarkozy \u2013 Sartre \u2013 Schoelcher \u2013 Schuman\u00a0\u2013 S\u00e9vign\u00e9 marquise de \u2013 Siey\u00e8s abb\u00e9 \u2013 Sorel Agn\u00e8s \u2013 Sta\u00ebl Mme de \u2013 Sully \u2013 Talleyrand \u2013 Tallien \u2013 Tallien Mme \u2013 Thiers \u2013 Thorez \u2013 Tocqueville \u2013 Turgot \u2013 Val\u00e9ry \u2013 Veil Simone \u2013 Vercing\u00e9torix \u2013 Vergniaud \u2013 Villepin \u2013 Voltaire \u2013 Weill Simone \u2013 Weiss Louise \u2013 Zola<\/p><\/div><style>\r\n        a .cit-num 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