{"id":9750,"date":"2025-11-24T01:00:00","date_gmt":"2025-11-24T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/portrait-de-voltaire-en-citations\/"},"modified":"2025-11-24T08:02:45","modified_gmt":"2025-11-24T07:02:45","slug":"portrait-de-voltaire-en-citations","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/portrait-de-voltaire-en-citations\/","title":{"rendered":"Portrait de Voltaire en citations"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>Voltaire incarne le si\u00e8cle des Lumi\u00e8res avec une tr\u00e8s longue vie (83 ans), une \u0153uvre colossale et une hyperactivit\u00e9 tout terrain\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019\u00e9cris pour agir\u00a0!\u00a0\u00bb dit-il.<\/p>\n<p>Intellectuel engag\u00e9, philosophe humaniste, encyclop\u00e9diste par vocation, \u00e9pistolier prolifique et fou de com (\u00b1 40 000 lettres), po\u00e8te mondain, satirique ou \u00e9pique (\u00b1 250 000 vers), pamphl\u00e9taire par nature, dramaturge (c\u00e9l\u00e8bre en son temps pour ses \u00b1 50 trag\u00e9dies), conteur (ind\u00e9modable), journaliste (extra) lucide qui voit venir la R\u00e9volution sans la souhaiter, historien novateur au style personnel (parfois compar\u00e9 \u00e0 Michelet), voyageur forc\u00e9 (en exil) ou en visite et toujours curieux de tout, \u00e0 commencer par la monarchie constitutionnelle en Angleterre\u2026<\/p>\n<p>\u00c9ternel combattant, il d\u00e9fend la libert\u00e9 de conscience, se faisant l\u2019avocat de causes qu\u2019il rend c\u00e9l\u00e8bres\u00a0: Calas, Sirven, le chevalier de La Barre\u2026 Il entretient avec Dieu une relation complexe\u00a0: d\u00e9iste, anticl\u00e9rical, mais pas ath\u00e9e. Sa seule religion est la tol\u00e9rance et en cela, Voltaire salu\u00e9 par la R\u00e9volution nous donne encore des le\u00e7ons.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" style=\"float: left; margin: 10px; border: 1px solid black;\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-4-60.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a>C\u2019est aussi un homme heureux de vivre (reflet de son si\u00e8cle), maniant l\u2019ironie et l\u2019humour avec un art consomm\u00e9, faisant carri\u00e8re en divers domaines et parfait gestionnaire, fier de sa r\u00e9ussite et sa c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 internationale. Il prend le temps d\u2019aimer les femmes, le th\u00e9\u00e2tre, la (bonne) soci\u00e9t\u00e9, les caf\u00e9s \u00e0 la mode (le Procope), les salons, la conversation (f\u00fbt-ce avec un \u00ab\u00a0despote \u00e9clair\u00e9\u00a0\u00bb, Fr\u00e9d\u00e9ric <span class=\"caps\">II<\/span> de Prusse). Devenu l\u2019 \u00ab\u00a0aubergiste de l\u2019Europe\u00a0\u00bb en son domaine de Ferney, irr\u00e9sistiblement plaisant et jouant toujours de ses atouts, il est pour tout cela aim\u00e9\u2026 ou d\u00e9test\u00e9.<\/p>\n<p>Au passif du grand homme\u00a0: ses trag\u00e9dies devenues injouables (c\u2019\u00e9tait le genre noble et il s\u2019obstinait \u00e0 versifier, aveugl\u00e9 par le succ\u00e8s)\u00a0; un opportunisme parfois g\u00eanant avec un d\u00e9sir de plaire \u00e0 la limite du cabotinage\u00a0; l\u2019acharnement contre Rousseau entre autres cibles\u00a0; le m\u00e9pris (ou la peur\u00a0?) du peuple assimil\u00e9 \u00e0 la \u00ab\u00a0populace\u00a0\u00bb\u00a0; un opportunisme de courtisan trop adroit pour \u00eatre tout \u00e0 fait honn\u00eate\u00a0; une forme de racisme et d\u2019antis\u00e9mitisme aujourd\u2019hui choquante.<\/p>\n<p>Premier panth\u00e9onis\u00e9 par la R\u00e9volution avec son meilleur ennemi Rousseau, il a quand m\u00eame bien m\u00e9rit\u00e9 de la Patrie et reste dans notre m\u00e9moire collective, \u00e9tonnamment vivant, pr\u00e9sent, actuel\u00a0!<\/p>\n<p>Faire son portrait en quelques pages et quelques dizaines de citations est un pari \u00e0 la fois impossible et indispensable. Au final, un d\u00e9fi passionnant. \u00c0 vous de juger\u00a0!<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<h4>1. Autoportrait et philosophie de Voltaire\u00a0: plus lucide que complaisant, avec une part de vraie fausse modestie.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis flexible comme une anguille et vif comme un l\u00e9zard et travaillant toujours comme un \u00e9cureuil.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1014\" class=\"cit-num\">1014<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), Lettre \u00e0 d\u2019Argental, 22\u00a0octobre\u00a01759, <em>Correspondance<\/em> (posthume). <em>Dictionnaire de fran\u00e7ais Littr\u00e9<\/em>, au mot \u00ab\u00a0travaillant\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Une de ses quelque 40 000 lettres\u00a0! Autoportrait du sexag\u00e9naire, bien que de sant\u00e9 pr\u00e9caire et sachant se m\u00e9nager, en se refusant tout exc\u00e8s. Pour l\u2019anecdote, il est devenu v\u00e9g\u00e9tarien \u00ab\u00a0par conviction philosophique\u00a0\u00bb, mais c\u2019\u00e9tait aussi une forme de frugalit\u00e9 devenue naturelle. En revanche, ce grand travailleur usait et abusait du caf\u00e9, d\u00e9passant Balzac c\u00e9l\u00e8bre \u00ab\u00a0accro au caf\u00e9\u00a0\u00bb comme au travail, avec ses quelque 50 tasses quotidiennes (et mort d\u2019une maladie cardiaque \u00e0 51 ans). Voltaire sirotait ses 70 tasses quotidiennes, habitu\u00e9 du caf\u00e9 Procope et en bonne compagnie litt\u00e9raire ou f\u00e9minine. C\u2019\u00e9tait plut\u00f4t chez lui un signe de convivialit\u00e9, une mani\u00e8re de communiquer, dirait-on aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>De son adolescence libertine et frondeuse \u00e0 sa \u00ab\u00a0retraite fr\u00e9n\u00e9tique\u00a0\u00bb, le personnage d\u00e9borde d\u2019une activit\u00e9 voyageuse, europ\u00e9enne, batailleuse, mondaine, courtisane, \u00e9pistoli\u00e8re, th\u00e9\u00e2trale, politique, \u00e9conomique, scientifique, sociale, agronomique, encyclop\u00e9dique, et naturellement philosophique. D\u2019o\u00f9 une \u0153uvre pl\u00e9thorique\u00a0: \u00ab\u00a0Moi, j\u2019\u00e9cris pour agir\u00a0\u00bb\u00a0: titre de cette vie de Voltaire (2008)\u00a0sign\u00e9e Max Gallo.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Oh\u00a0! le bon temps que ce si\u00e8cle de fer\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1019\" class=\"cit-num\">1019<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Le Mondain<\/em> (1736). <em>Satires<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Contre F\u00e9nelon et bient\u00f4t Rousseau, en cousin de l\u2019heureux Montesquieu et du fou de vie qu\u2019est Diderot, Voltaire dit son bonheur de vivre \u00e0 son \u00e9poque\u00a0: \u00ab\u00a0Le paradis terrestre est o\u00f9 je suis.\u00a0\u00bb Mais il le dit ici en \u00e9picurien et provocateur, saluant \u00ab\u00a0le superflu, chose tr\u00e8s n\u00e9cessaire [\u2026] tant d\u00e9cri\u00e9 par nos tristes frondeurs\u00a0:\u00a0\/ Ce temps profane est tout fait pour mes m\u0153urs.\u00a0\u00bb Jolie profession de foi. Il en est d\u2019autres plus violentes\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c9crasons l\u2019inf\u00e2me.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1020\" class=\"cit-num\">1020<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778).<em> Dictionnaire de fran\u00e7ais Larousse<\/em>, au mot \u00ab\u00a0inf\u00e2me\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Formule souvent reprise, notamment dans ses lettres \u00e0 son ami d\u2019Alembert et aux autres encyclop\u00e9distes. L\u2019inf\u00e2me, c\u2019est l\u2019intol\u00e9rance (religieuse) sous toutes ses formes, la superstition, le fanatisme, ce contre quoi il se battra toute sa vie. Flaubert \u00e9crira (<em>Correspondance<\/em>)\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019aime le grand Voltaire autant que je d\u00e9teste le grand Rousseau\u2026 Son \u00ab\u00a0\u00c9crasons l\u2019inf\u00e2me\u00a0\u00bb me fait l\u2019effet d\u2019un cri de croisade. Toute son intelligence \u00e9tait une machine de guerre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cultivons notre jardin.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1021\" class=\"cit-num\">1021<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Candide<\/em> (1759)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Conclusion du conte, non sans rapport avec les soucis du jardinier qui vient d\u2019acheter pr\u00e8s de la fronti\u00e8re suisse le ch\u00e2teau de Ferney, refuge en cas de condamnation par la censure, appel\u00e9 \u00e0 devenir un vaste domaine, aussi prosp\u00e8re que bien fr\u00e9quent\u00e9 par la bonne soci\u00e9t\u00e9 europ\u00e9enne.<\/p>\n<p>La formule est surtout symbolique et souvent mal comprise. C\u2019est tout sauf de l\u2019\u00e9go\u00efsme\u00a0: \u00ab\u00a0notre jardin\u00a0\u00bb, c\u2019est le monde. Et si la Providence se d\u00e9sint\u00e9resse des hommes, il leur appartient d\u2019agir et de rendre meilleur leur \u00ab\u00a0jardin\u00a0\u00bb, de faire prosp\u00e9rer leur terre, d\u2019y travailler pour le progr\u00e8s. C\u2019est presque un credo \u00e9cologique, avant la lettre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il vaut mieux hasarder de sauver un coupable que de condamner un innocent.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1023\" class=\"cit-num\">1023<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Zadig ou la destin\u00e9e<\/em> (1747)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Autre conte philosophique inspir\u00e9 d\u2019un conte persan, publi\u00e9 par prudence sous un pseudonyme. La plupart de ses confr\u00e8res ont agi de m\u00eame, notamment le premier philosophe des Lumi\u00e8res, Montesquieu auteur des <em>Lettres persanes<\/em> (le Persan \u00e9tait furieusement \u00e0 la mode, histoire de prendre ses distances avec le pouvoir et les m\u0153urs de la France.<\/p>\n<p>Ainsi parle Zadig, \u00ab\u00a0celui qui dit la v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb, alias Voltaire. Quand la R\u00e9volution va mettre au Panth\u00e9on le grand homme (seul \u00e0 partager cet honneur avec Rousseau), sur son sarcophage qui traverse Paris le 11\u00a0juillet 1791, on lira\u00a0: \u00ab\u00a0Il d\u00e9fendit Calas, Sirven, La Barre, Montbailli.\u00a0\u00bb Plus que le philosophe r\u00e9formateur ou le th\u00e9oricien sp\u00e9culateur, la R\u00e9volution honore l\u2019\u00ab\u00a0homme aux Calas\u00a0\u00bb, l\u2019infatigable combattant pour que justice soit faite.<\/p>\n<p>Dans son <em>Dictionnaire philosophique<\/em> et en divers essais, Voltaire se bat pour une r\u00e9forme de la justice, d\u00e9nonce les juges qui ach\u00e8tent leurs charges et n\u2019offrent pas les garanties d\u2019intelligence, de comp\u00e9tence et d\u2019impartialit\u00e9, se contentant de pr\u00e9somptions et de convictions personnelles. Il r\u00e9clame que tout jugement soit accompagn\u00e9 de motifs et que toute peine soit proportionnelle au d\u00e9lit.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si Dieu n\u2019existait pas, il faudrait l\u2019inventer.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1024\" class=\"cit-num\">1024<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>\u00c9p\u00eetres<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Autre trait de son caract\u00e8re combattant\u00a0! D\u00e9iste fervent, Voltaire s\u2019oppose aux encyclop\u00e9distes ath\u00e9es (Diderot, d\u2019Holbach). Il croit \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9ternel g\u00e9om\u00e8tre\u00a0\u00bb, l\u2019\u00ab\u00a0architecte du monde\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019univers m\u2019embarrasse et je ne puis songer\u00a0\/ Que cette horloge existe et n\u2019ait pas d\u2019horloger.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il trouve par ailleurs une grande utilit\u00e9 \u00e0 Dieu qui fonde la morale\u00a0: \u00ab\u00a0Je veux que mon procureur, mon tailleur, mes valets croient en Dieu\u00a0; et je m\u2019imagine que j\u2019en serai moins vol\u00e9.\u00a0\u00bb Mais Voltaire s\u2019en prend \u00e0 la religion qui cr\u00e9e l\u2019intol\u00e9rance et en France, au catholicisme qui b\u00e9n\u00e9ficie de l\u2019appui du pouvoir civil.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0S\u2019il n\u2019y avait en Angleterre qu\u2019une religion, le despotisme serait \u00e0 craindre\u00a0; s\u2019il y en avait deux, elles se couperaient la gorge\u00a0; mais il y en a trente, et elles vivent en paix et heureuses.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1025\" class=\"cit-num\">1025<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Lettres philosophiques<\/em>, ou <em>Lettres anglaises<\/em> (1734)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019auteur admire le r\u00e9gime anglais qu\u2019il eut tout loisir d\u2019\u00e9tudier, en trois ans d\u2019exil. Il expose les le\u00e7ons que la France peut en tirer en maints domaines (religion, \u00e9conomie, politique).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il en a co\u00fbt\u00e9 sans doute pour \u00e9tablir la libert\u00e9 en Angleterre\u00a0; c\u2019est dans des mers de sang qu\u2019on a noy\u00e9 l\u2019idole du pouvoir despotique\u00a0; mais les Anglais ne croient pas avoir achet\u00e9 trop cher leurs lois.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1026\" class=\"cit-num\">1026<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Lettres philosophiques<\/em>, ou<em> Lettres anglaises<\/em> (1734)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Le fruit des guerres civiles \u00e0 Rome a \u00e9t\u00e9 l\u2019esclavage et celui des troubles d\u2019Angleterre, la libert\u00e9. La nation anglaise est la seule de la Terre qui soit parvenue \u00e0 r\u00e9gler le pouvoir des rois en leur r\u00e9sistant [\u2026] Les guerres civiles de France ont \u00e9t\u00e9 plus longues, plus cruelles, plus f\u00e9condes en crimes que celles d\u2019Angleterre\u00a0; mais de toutes ces guerres civiles, aucune n\u2019a eu une libert\u00e9 sage pour objet.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ces <em>Lettres philosophiques<\/em> de 1734 \u2013\u00a0\u00ab\u00a0premi\u00e8re bombe lanc\u00e9e contre l\u2019Ancien R\u00e9gime\u00a0\u00bb selon l\u2019historien Gustave Lanson\u00a0\u2013 sont publi\u00e9es sans autorisation. L\u2019imprimeur est aussit\u00f4t embastill\u00e9, le livre condamn\u00e9 par le Parlement \u00e0 \u00eatre br\u00fbl\u00e9, comme \u00ab\u00a0propre \u00e0 inspirer le libertinage le plus dangereux pour la religion et la soci\u00e9t\u00e9 civile\u00a0\u00bb. Une lettre de cachet du 3\u00a0mai exile l\u2019auteur en Lorraine \u2013 la province ne sera fran\u00e7aise qu\u2019en 1766. Le ch\u00e2teau de Cirey et Mme\u00a0du Ch\u00e2telet accueillent Voltaire, \u00e0 quelques lieues de la fronti\u00e8re\u00a0: \u00e0 la moindre alerte, le philosophe peut fuir. Il y s\u00e9journe quinze ans, le temps d\u2019une complicit\u00e9 intellectuelle et amoureuse avec la marquise.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les Fran\u00e7ais ne sont pas faits pour la libert\u00e9\u00a0: ils en abuseraient.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1027\" class=\"cit-num\">1027<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Faits singuliers de l\u2019histoire de France<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce n\u2019est pas seulement un trait d\u2019humour. Malgr\u00e9 son amour de l\u2019humanit\u00e9, il se m\u00e9fie de la \u00ab\u00a0populace\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0Il me para\u00eet n\u00e9cessaire qu\u2019il y ait des gueux ignorants [\u2026] Ce n\u2019est pas le man\u0153uvre qu\u2019il faut instruire, c\u2019est le bon bourgeois, c\u2019est l\u2019habitant des villes\u00a0\u00bb (Lettre \u00e0 M.\u00a0Damilaville, 1er\u00a0avril 1766). Et dans son<em> Dictionnaire philosophique portatif, ou la raison par l\u2019alphabet<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Distingue toujours les honn\u00eates gens qui pensent, de la populace qui n\u2019est point faite pour penser.\u00a0\u00bb C\u2019est clairement un rejet du peuple, ce qui lui sera reproch\u00e9\u2026 mais ne l\u2019emp\u00eachera pas d\u2019\u00eatre panth\u00e9onis\u00e9 par la R\u00e9volution, pour d\u2019autres (bonnes) raisons. C\u2019est toute la complexit\u00e9 et la subtilit\u00e9 de Voltaire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le peuple ressemble \u00e0 des b\u0153ufs, \u00e0 qui il faut un aiguillon, un joug, et du foin.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1028\" class=\"cit-num\">1028<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Correspondance<\/em>, 17 avril 1765<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Courtis\u00e9 en tout temps par les d\u00e9magogues, en attendant d\u2019\u00eatre divinis\u00e9 par la R\u00e9volution, le peuple est souvent assimil\u00e9 \u00e0 la populace et ouvertement m\u00e9pris\u00e9 par le mondain Voltaire. De tous les philosophes, il n\u2019est pas le plus aristocratique \u2013 compar\u00e9 \u00e0 Montesquieu, authentique seigneur f\u00e9odal de la Br\u00e8de. Mais c\u2019est assur\u00e9ment le moins \u00ab\u00a0peuple\u00a0\u00bb, s\u2019opposant en cela \u00e0 Rousseau, entre autres raisons\u00a0!<\/p>\n<p>Dans la m\u00eame veine et la m\u00eame source, lettre du 19 mars 1766\u00a0: \u00ab\u00a0Il est \u00e0 propos que le peuple soit guid\u00e9 et non pas instruit\u00a0; il n\u2019est pas digne de l\u2019\u00eatre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les mortels sont \u00e9gaux, ce n\u2019est pas la naissance<br>C\u2019est la seule vertu qui fait la diff\u00e9rence.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1029\" class=\"cit-num\">1029<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Mahomet ou Le Fanatisme<\/em> (1741)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces deux vers seront \u00ab\u00a0la citation reine de la R\u00e9volution\u00a0\u00bb (Mona Ozouf). Pour les r\u00e9volutionnaires, tout n\u2019est pas bon \u00e0 prendre chez ce courtisan port\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00e9donisme et peu enclin \u00e0 la d\u00e9mocratie, \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 sociale, \u00e0 la r\u00e9volution du genre \u00ab\u00a0table rase\u00a0\u00bb. Mais on met volontiers Voltaire en slogans, prenant de-ci de-l\u00e0, dans des trag\u00e9dies aujourd\u2019hui oubli\u00e9es, quelques vers bien frapp\u00e9s, sonores comme des m\u00e9dailles\u00a0: \u00ab\u00a0Je porte dans mon c\u0153ur\u00a0\/ La libert\u00e9 grav\u00e9e et les rois en horreur.\u00a0\u00bb Ou encore\u00a0: \u00ab\u00a0Si l\u2019homme a des tyrans, il doit les d\u00e9tr\u00f4ner.\u00a0\u00bb Ou\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 tous les c\u0153urs bien n\u00e9s, que la patrie est ch\u00e8re.\u00a0\u00bb On ne citerait pas ainsi Montesquieu ni Rousseau, auteurs de syst\u00e8mes plus coh\u00e9rents sur le fond, mais pesants dans leur forme. Le style est un atout de Voltaire. C\u2019est m\u00eame l\u2019un des auteurs les plus tentants \u00e0 citer \u2013 comme Hugo, dans un autre genre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut bien quelquefois se battre contre ses voisins, mais il ne faut pas br\u00fbler ses compatriotes pour des arguments.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1030\" class=\"cit-num\">1030<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), Lettre \u00e0 Gallitzin, 19\u00a0juin 1773<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La grande ennemie de la civilisation est la guerre, \u00ab\u00a0boucherie h\u00e9ro\u00efque\u00a0\u00bb qui d\u00e9truit le vainqueur comme le vaincu. Mais il y a pire encore, l\u2019intol\u00e9rance, la plus terrible erreur politique aux yeux de Voltaire. Sous sa forme religieuse, elle fait encore trop de victimes en France, au si\u00e8cle dit des Lumi\u00e8res.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne suis pas d\u2019accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu\u2019\u00e0 la mort pour que vous ayez le droit de le dire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1031\" class=\"cit-num\">1031<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), citation apocryphe<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019\u0153uvre immense et prot\u00e9iforme de cet auteur philosophe est riche en bons et beaux mots\u00a0! Cette phrase non sourc\u00e9e, sans doute jamais \u00e9crite, peut-\u00eatre dite, refl\u00e8te l\u2019homme, sa pens\u00e9e, sa vie et m\u00eame son style. D\u2019o\u00f9 la fortune historique et somme toute m\u00e9rit\u00e9e de cette citation apocryphe.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai fait un peu de bien\u00a0; c\u2019est mon meilleur ouvrage.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1022\" class=\"cit-num\">1022<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>\u00c9p\u00eetres<\/em>, \u00c0 Horace<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fausse modestie et vrai constat. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019\u0153uvre philosophique, quelle vie prodigieusement active\u00a0! Donnons un dernier exemple, indiscutablement heureux, \u00e0 l\u2019actif du personnage prot\u00e9iforme.<\/p>\n<p>Son sens des affaires lui permit de \u00ab\u00a0civiliser\u00a0\u00bb la r\u00e9gion de Ferney. Le sexag\u00e9naire fait ass\u00e9cher les marais, b\u00e2tir des maisons, construire un th\u00e9\u00e2tre et une \u00e9glise, planter des arbres, cr\u00e9er des prairies artificielles, utiliser des semoirs perfectionn\u00e9s, d\u00e9velopper l\u2019\u00e9levage. Il installe une tannerie, une fabrique de bas de soie que Mme\u00a0de Choiseul (femme du ministre et ami) pr\u00e9sente \u00e0 la cour, et des montres que nos ambassadeurs recommandent \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Il d\u00e9livre le pays de la gabelle (imp\u00f4t indirect sur le sel) et le patriarche de Ferney se retrouve acclam\u00e9 en bienfaiteur\u00a0: \u00ab\u00a0Un repaire de quarante sauvages est devenu une petite ville opulente habit\u00e9e par douze cents personnes utiles\u00a0\u00bb, \u00e9crit Voltaire.<\/p>\n<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" title=\"Voltaire citations\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/voltaire_citations-1.jpg\" alt=\"Voltaire citations\" width=\"404\" height=\"387\"><\/p>\n<h4>2. Personnage clivant, admir\u00e9 ou d\u00e9test\u00e9 par ses contemporains et tr\u00e8s diversement jug\u00e9 par les g\u00e9n\u00e9rations suivantes.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce n\u2019est pas seulement un esprit qu\u2019il a [Voltaire], ce sont tous les esprits ensemble qui reviennent dans son cr\u00e2ne et y tiennent le Sabbat.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1015\" class=\"cit-num\">1015<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pr\u00e9sident de <span class=\"caps\">BROSSES<\/span> (1709-1777), Lettre \u00e0 son cousin Loppin de G\u00e9meaux, 4\u00a0janvier 1759. <em>Le Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res<\/em> (1968), Jean-Marie Goulemot, Michel Launay, Georges Mailhos<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Premier pr\u00e9sident du Parlement de Dijon, ce magistrat ind\u00e9pendant et frondeur, deux fois exil\u00e9 sur ses terres, est dou\u00e9 d\u2019assez d\u2019esprit pour appr\u00e9cier celui de Voltaire. Il n\u2019est naturellement pas le seul\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019on peut dire, s\u2019il m\u2019est permis de m\u2019exprimer ainsi, que M. de Voltaire valait seul toute une Acad\u00e9mie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">FREDERIC<\/span> <span class=\"caps\">II<\/span> roi de Prusse (1712-1786), \u00c9loge de Voltaire, lu \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie des sciences et Belles-Lettres de Berlin en 1778<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Despote \u00e9clair\u00e9, Fr\u00e9d\u00e9ric le Grand entre en correspondance avec le plus illustre de nos philosophes en 1750. Une r\u00e9elle amiti\u00e9 na\u00eet entre eux. Voltaire est re\u00e7u en invit\u00e9 de marque au palais d\u2019\u00e9t\u00e9 de Sanssouci. H\u00e9berg\u00e9 et choy\u00e9 par le souverain prussien, il est charg\u00e9 de revoir ses po\u00e8mes\u2026 Mais son irr\u00e9v\u00e9rence et son esprit frondeur lui font vite oublier l\u2019\u00e9tiquette. Les tensions et les brouilles se multiplient, il quitte la cour en 1753, arr\u00eat\u00e9 \u00e0 Francfort en compagnie de Madame Denis, une de ses tr\u00e8s ch\u00e8res amies venue le rejoindre. Il ne parvient \u00e0 s\u2019\u00e9chapper qu\u2019un mois plus tard. Il continuera pourtant \u00e0 correspondre avec Fr\u00e9d\u00e9ric <span class=\"caps\">II<\/span>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Savez-vous, Monsieur, ce qui fait que je vous trouve un grand philosophe\u00a0? C\u2019est que vous \u00eates devenu riche\u00a0! Tous ceux qui disent qu\u2019on peut \u00eatre heureux et libre dans la pauvret\u00e9 sont des menteurs, des fous et des sots.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Mme\u00a0du <span class=\"caps\">DEFFAND<\/span> (1697-1780), Lettre \u00e0 Voltaire, 28 octobre 1759<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La marquise est l\u2019amie des philosophes et tient salon comme ses cons\u0153urs et parfois rivales, Mme\u00a0de Lambert, Mme\u00a0de Tencin, Mme\u00a0Geoffrin, Mlle\u00a0de Lespinasse. D\u2019abord litt\u00e9raires et mondains, puis philosophiques, ces salons toujours tenus par des femmes sont lieux de rencontre, de conversation et de partage, o\u00f9 les id\u00e9es nouvelles circulent cependant que les r\u00e9putations se font et se d\u00e9font.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je le ha\u00efrais davantage, si je le m\u00e9prisais moins.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Jacques <span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span> (1712-1778), Lettre du 29 janvier 1760 \u00e0 son ami Paul\u00a0Moulton<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Rousseau et Voltaire s\u2019opposent en presque tout \u2013 origine sociale, mode de vie, pens\u00e9e philosophique et caract\u00e8re. Solitaire et asocial, souffrant d\u2019une authentique maladie de la pers\u00e9cution, Jean-Jacques a mal support\u00e9 les attaques de Voltaire, aur\u00e9ol\u00e9 de sa r\u00e9ussite sociale et sa gloire europ\u00e9enne, mais pire encore arm\u00e9 d\u2019un humour sans borne. Rappelons les termes du jugement voltairien visant le <em>Discours sur l\u2019origine et les fondements de l\u2019in\u00e9galit\u00e9 parmi les hommes<\/em>, point de d\u00e9part de la philosophie politique de Rousseau qui annonce d\u00e9j\u00e0 le <em>Contrat social<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai re\u00e7u, Monsieur, votre nouveau livre contre le genre humain\u2026 On n\u2019a jamais employ\u00e9 tant d\u2019esprit \u00e0 vouloir nous rendre b\u00eates. Il prend envie de marcher \u00e0 quatre pattes, quand on lit votre ouvrage.\u00a0\u00bb Lettre \u00e0 Jean-Jacques Rousseau, 30\u00a0ao\u00fbt 1755.<\/p>\n<p>Cinq ans plus tard, Rousseau (n\u00e9 en Suisse) re\u00e7oit une lettre de son ami Paul\u00a0Moulton\u00a0qui a os\u00e9 \u00e9voquer le nom abhorr\u00e9, Voltaire s\u2019\u00e9tant r\u00e9fugi\u00e9 dans ce pays voisin pour fuir la censure. L\u2019\u00e9corch\u00e9 vif lui r\u00e9pond, anim\u00e9 d\u2019une forme de d\u00e9lire\u00a0: \u00ab\u00a0Vous me parlez de ce Voltaire\u00a0? Pourquoi le nom de ce baladin souille-t-il vos lettres\u00a0? Le malheureux a perdu ma patrie\u00a0; je le ha\u00efrais davantage, si je le m\u00e9prisais moins. Je ne vois dans ses grands talents qu\u2019un opprobre de plus, qui le d\u00e9shonore par l\u2019indigne usage qu\u2019il en fait. \u00d4 Genevois\u00a0! il vous paie bien de l\u2019asile que vous lui avez donn\u00e9, il ne savait plus o\u00f9 aller faire du mal, vous serez ses derni\u00e8res victimes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Plus bel esprit que grand g\u00e9nie,<br>Sans loi, sans m\u0153urs et sans vertu,<br>Il est mort comme il a v\u00e9cu,<br>Couvert de gloire et d\u2019infamie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1230\" class=\"cit-num\">1230<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9pigramme, juin\u00a01778, attribu\u00e9e \u00e0 Jean-Jacques <span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span> (1712-1778), \u00e0 la mort de Voltaire.<em> M\u00e9moires sur Voltaire et sur ses ouvrages<\/em> (1826), S\u00e9bastien Longchamp<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Rousseau mourra deux mois apr\u00e8s, \u00e0 Ermenonville. Fin d\u2019une longue gu\u00e9rilla philosophico-pol\u00e9mique, qui ne fit honneur \u00e0 aucun des deux personnages, si talentueux (ou g\u00e9niaux) fussent-ils. Le Panth\u00e9on r\u00e9unira bient\u00f4t les deux fr\u00e8res ennemis, sous la R\u00e9volution reconnaissante \u00e0 ces deux philosophes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Avec Voltaire, c\u2019est un monde qui finit. Avec Rousseau, c\u2019est un monde qui commence.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1032\" class=\"cit-num\">1032<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">GOETHE<\/span> (1749-1832).<em> Encyclop\u00e6dia Universalis<\/em>, article \u00ab\u00a0Voltaire\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le si\u00e8cle de raison va c\u00e9der le pas au si\u00e8cle des passions. Voltaire exprime et r\u00e9sume le <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle avec son ardente humanit\u00e9, sa vocation \u00e0 l\u2019universel, sa sagesse, sa d\u00e9fense des libert\u00e9s, des droits formels. Rousseau annonce le <span class=\"caps\">XIX<\/span>e avec l\u2019\u00e9galit\u00e9, la fraternit\u00e9, la fibre civique, les droits r\u00e9els.<br>Brouill\u00e9s \u00ab\u00a0\u00e0 mort\u00a0\u00bb dans la vie, Voltaire et Rousseau seront r\u00e9concili\u00e9s devant l\u2019\u00e9ternit\u00e9 par la m\u00eame \u00ab\u00a0panth\u00e9onisation\u00a0\u00bb d\u2019une R\u00e9volution qui rend ainsi hommage \u00e0 tout le si\u00e8cle philosophique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voltaire, adroit plagiaire, qui eut l\u2019art d\u2019avoir l\u2019esprit de tous ses devanciers, et qui ne montra d\u2019originalit\u00e9 que dans la finesse de ses flagorneries, \u00e9crivain scandaleux qui pervertit la jeunesse par les le\u00e7ons d\u2019une fausse philosophie, et dont le c\u0153ur fut le tr\u00f4ne de l\u2019envie, de l\u2019avarice, de la malignit\u00e9, de la vengeance, de la perfidie et de toutes les passions qui d\u00e9gradent la nature humaine\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"495\" class=\"cit-num\">495<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Paul <span class=\"caps\">MARAT<\/span> (1743-1793), 6 avril 1791, <em>l\u2019Ami du Peuple. Histoire des causes de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1856), Bernard Adolphe Granier de Cassagnac<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Marat qui incarne authentiquement le Peuple sous la R\u00e9volution ne peut que d\u00e9tester tout ce que repr\u00e9sente Voltaire au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res. Commenter serait superflu\u00a0: \u00ab\u00a0Tout ce qui est excessif est insignifiant\u00a0\u00bb a dit Talleyrand, notre plus grand diplomate fran\u00e7ais n\u00e9 au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0D\u2019autres cyniques \u00e9tonn\u00e8rent la vertu, Voltaire \u00e9tonne le vice [\u2026] Paris le couronna, Sodome l\u2019e\u00fbt banni.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1018\" class=\"cit-num\">1018<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Joseph de <span class=\"caps\">MAISTRE<\/span> (1753-1821), <em>Les Soir\u00e9es de Saint-P\u00e9tersbourg<\/em> (1821)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Philosophe, \u00e9l\u00e8ve des j\u00e9suites, adversaire r\u00e9solu de la R\u00e9volution, aussi fervent monarchiste que catholique, il s\u2019oppose aux \u00ab\u00a0id\u00e9ologues\u00a0\u00bb et au premier d\u2019entre eux, Voltaire\u00a0: \u00ab\u00a0Il se plonge dans la fange, il s\u2019y roule, il s\u2019en abreuve\u00a0; il livre son imagination \u00e0 l\u2019enthousiasme de l\u2019enfer qui lui pr\u00eate toutes ses forces pour le tra\u00eener jusqu\u2019aux limites du mal. Il invente des prodiges, des monstres qui font p\u00e2lir.\u00a0\u00bb C\u2019est peut-\u00eatre un peu excessif, mais\u2026 Voltaire en aurait souri.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voltaire, plein de boursouflure, de clinquant\u00a0; toujours faux, ne connaissant ni les hommes ni les choses, ni la v\u00e9rit\u00e9, ni la grandeur des passions.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), <em>M\u00e9morial de Sainte-H\u00e9l\u00e8ne<\/em> (1824)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><span class=\"caps\">L\u2019E<\/span>mpereur fera fort peu de cas du personnage, de l\u2019homme comme de l\u2019\u0153uvre qui ose tout et ne respecte aucune autorit\u00e9. Mais il n\u2019appr\u00e9cie aucun philosophe des Lumi\u00e8res et surtout pas Rousseau qu\u2019il traitera finalement de fou, en tant que responsable du pire de la R\u00e9volution.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voltaire, quel que soit le nom dont on le nomme<br>C\u2019est un cycle vivant, c\u2019est un\u00a0si\u00e8cle fait homme\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1016\" class=\"cit-num\">1016<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alphonse de <span class=\"caps\">LAMARTINE<\/span> (1790-1869), <em>Premi\u00e8re m\u00e9ditation<\/em> (1820)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Avec des accents hugoliens, le po\u00e8te du si\u00e8cle romantique rend justice \u00e0 l\u2019homme et au philosophe. Le \u00ab\u00a0roi Voltaire\u00a0\u00bb a tout vu, tout v\u00e9cu dans son si\u00e8cle\u00a0: la cour et ses plaisirs, mais aussi ses d\u00e9sillusions, la Bastille et ses cachots, l\u2019exil, les salons et les succ\u00e8s mondains et financiers, l\u2019Europe avec le bonheur en Angleterre, le pi\u00e8ge en Prusse, la vie de ch\u00e2teau \u00e0 Ferney o\u00f9 il joue l\u2019\u00ab\u00a0aubergiste de l\u2019Europe\u00a0\u00bb, la lutte incessante pour ses id\u00e9es (libert\u00e9, justice, tol\u00e9rance) et la d\u00e9fense des victimes de l\u2019arbitraire. Un <span class=\"caps\">CV<\/span> digne de respect\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voltaire alors r\u00e9gnait, ce singe de g\u00e9nie<br>Chez l\u2019homme en mission par le diable envoy\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1017\" class=\"cit-num\">1017<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Les Rayons et les ombres<\/em> (1840)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019hommage nuanc\u00e9 s\u2019explique\u00a0: si diff\u00e9rents que soient les deux personnages, si oppos\u00e9e m\u00eame leur nature, ils furent l\u2019un et l\u2019autre \u00e0 l\u2019image de leur\u00a0temps, entrant vivants dans la l\u00e9gende apr\u00e8s s\u2019\u00eatre jet\u00e9s dans toutes les luttes.<\/p>\n<p>Hugo s\u2019amuse aussi \u00e0 rapprocher Voltaire et Rousseau les confr\u00e8res ennemis, lors d\u2019un fait divers tragique qu\u2019il situe dans sa plus c\u00e9l\u00e8bre fresque historique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis tomb\u00e9 par terre,<br>C\u2019est la faute \u00e0 Voltaire,<br>Le nez dans le ruisseau,<br>C\u2019est la faute \u00e0 Rousseau.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Les Mis\u00e9rables<\/em> (1840)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Derniers mots de Gavroche, le plus populaire des gamins de Paris qui meurt en chantant sur une barricade de la rue de la Chanvrerie le 6 juin 1832 \u2013 premi\u00e8re insurrection r\u00e9publicaine sous la Monarchie de Juillet.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le g\u00e9nie m\u00e9rite qu\u2019on le salue, mais il doit souffrir qu\u2019on le juge.\u00a0Il n\u2019y a d\u2019inviolable au monde que la justice et la v\u00e9rit\u00e9. Non, Voltaire n\u2019aima pas assez le peuple.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">BLANC<\/span> (1811-1882), <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1847)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Journaliste et historien, socialiste et r\u00e9publicain, il repr\u00e9sente cette gauche qui se bat d\u00e9sormais pour le peuple, l\u2019am\u00e9lioration de ses conditions de vie et de travail. Du moins reconna\u00eet-il du g\u00e9nie \u00e0 cet homme assur\u00e9ment de droite, selon les crit\u00e8res politiques\u00a0: \u00ab\u00a0Voltaire n\u2019\u00e9tait pas fait pour chercher dans une r\u00e9volution politique et sociale le salut du peuple. Changer hardiment, profond\u00e9ment, les conditions mat\u00e9rielles de l\u2019\u00c9tat et de la soci\u00e9t\u00e9, il n\u2019y songeait m\u00eame pas.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est impossible que Voltaire contente, et impossible qu\u2019il ne plaise pas.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Joseph <span class=\"caps\">JOUBERT<\/span> (1780-1824), <em>Pens\u00e9es<\/em> (1850)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Moraliste et essayiste li\u00e9 \u00e0 l\u2019encyclop\u00e9diste d\u2019Alembert et \u00e0 Chateaubriand le grand auteur romantique politiquement inclassable et pratiquement toujours dans l\u2019opposition, Joubert n\u2019a rien publi\u00e9 de son vivant, mais son \u0153uvre<em> post mortem<\/em> est importante \u00e0 plus d\u2019un titre et souvent cit\u00e9e. Son jugement sur Voltaire est intelligemment nuanc\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voltaire a introduit et mis \u00e0 la mode un tel luxe, dans les ouvrages de l\u2019esprit, qu\u2019on ne peut plus offrir les mets ordinaires que dans des plats d\u2019or ou d\u2019argent. Tant d\u2019attention \u00e0 plaire \u00e0 son lecteur, annonce plus de vanit\u00e9 que de vertu, plus d\u2019envie de s\u00e9duire que de servir, plus d\u2019ambition que d\u2019autorit\u00e9, plus d\u2019art que de nature, et tous ces agr\u00e9ments exigent plut\u00f4t un grand ma\u00eetre qu\u2019un grand homme.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Joseph <span class=\"caps\">JOUBERT<\/span> (1780-1824), <em>Pens\u00e9es<\/em> (1850)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 lire cette pens\u00e9e, on peut se demander justement ce qu\u2019en aurait pens\u00e9 Voltaire\u00a0! Tout est juste, mais une fois encore nuanc\u00e9. Un autre grand historien de la pens\u00e9e se r\u00e9gale \u00e0 diss\u00e9quer et d\u00e9guster ce mets de choix\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand on ne songe qu\u2019\u00e0 l\u2019id\u00e9al de l\u2019agr\u00e9ment, \u00e0 la fleur de fine raillerie et d\u2019urbanit\u00e9, on se pla\u00eet \u00e0 se figurer Voltaire dans cette demi-retraite, dans ces jouissances de soci\u00e9t\u00e9 qu\u2019il r\u00eava bien souvent, qu\u2019il traversa quelquefois, mais d\u2019o\u00f9 il s\u2019\u00e9chappait toujours.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles-Augustin <span class=\"caps\">SAINTE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">BEUVE<\/span> (1804-1869), <em>Causeries du lundi, Les lumi\u00e8res et les salons<\/em> (1851-1862)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Suit cette tr\u00e8s fine analyse du personnage, conforme \u00e0 sa biographie complexe et mouvement\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Il traversa bien souvent dans sa vie de ces cercles d\u00e9licieux qui se formaient un moment autour de lui, qui se ralliaient \u00e0 son brillant, dont il \u00e9tait le g\u00e9nie familier et l\u2019\u00e2me, et il en sortait bient\u00f4t par quelque accident. L\u2019accident au fond venait de lui\u00a0: il tenait \u00e0 un d\u00e9faut et \u00e0 une qualit\u00e9. Le d\u00e9faut, c\u2019\u00e9tait le besoin d\u2019action \u00e0 tout prix, le besoin de bruit et de renomm\u00e9e qui ne se passait ni des intrigues, ni des man\u00e8ges, et qui jouait avec les moyens scabreux\u00a0: de l\u00e0 toute une suite d\u2019indiscr\u00e9tions, de d\u00e9guisements, de r\u00e9tractations, de d\u00e9saveux, de mensonges, une infinit\u00e9 de mis\u00e8res.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 l\u2019entendre, lui l\u2019homme de la publicit\u00e9 harcelante et qui fatigua la renomm\u00e9e, il ne publiait jamais, presque jamais, ses livres que malgr\u00e9 lui, \u00e0 son corps d\u00e9fendant.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles-Augustin <span class=\"caps\">SAINTE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">BEUVE<\/span> (1804-1869), Causeries du lundi, <em>Les lumi\u00e8res et les salons<\/em> (1851-1862)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Et de pr\u00e9ciser\u00a0: \u00ab\u00a0Il avait un secr\u00e9taire qui le volait, un ami indiscret qui colportait ses manuscrits\u00a0; le libraire pirate s\u2019emparait de son bien en le g\u00e2tant, en le falsifiant, et force lui \u00e9tait alors d\u2019imprimer lui-m\u00eame ses productions et de les livrer au public dans leur sinc\u00e9rit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mais il en va autrement de ses trag\u00e9dies, trop heureux d\u2019\u00eatre jou\u00e9 \u00e0 la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise pour sa plus grande gloire. Il n\u2019\u00e9tait pourtant pas dupe. Assistant au triomphe de sa derni\u00e8re pi\u00e8ce <em>Ir\u00e8ne<\/em>, lui-m\u00eame statufi\u00e9 sur la sc\u00e8ne du th\u00e9\u00e2tre\u00a0: \u00ab\u00a0Quelle foule pour vous acclamer\u00a0! \u2014 H\u00e9las, elle serait aussi nombreuse pour assister \u00e0 mon supplice\u00a0\u00bb dit-il.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voltaire est contre les majorit\u00e9s et les m\u00e9prises\u00a0; en fait de raison, les masses lui paraissent naturellement b\u00eates\u00a0; il ne croit au bon sens que chez un petit nombre et c\u2019est assez pour lui si l\u2019on parvient \u00e0 grossir peu \u00e0 peu le petit troupeau.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles-Augustin <span class=\"caps\">SAINTE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">BEUVE<\/span> (1804-1869), Causeries du lundi, <em>Les lumi\u00e8res et les salons<\/em> (1851-1862)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Derni\u00e8re remarque sur l\u2019\u00e9litisme visc\u00e9ral d\u2019un homme qui a toujours m\u00e9pris\u00e9 ou redout\u00e9 le peuple qualifi\u00e9 par lui de \u00ab\u00a0populace\u00a0\u00bb, terme naturellement p\u00e9joratif, tout en souhaitant intellectuellement et philosophiquement le progr\u00e8s social, la justice et l\u2019\u00e9galit\u00e9 \u2013 sinon la fraternit\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019aime le grand Voltaire autant que je d\u00e9teste le grand Rousseau.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Gustave <span class=\"caps\">FLAUBERT<\/span> (1821-1880), Lettre de 1855 \u00e0 Mme Roger des Genettes, <em>Correspondance<\/em> (diverses \u00e9ditions)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Jugement clair, mais simpliste, m\u00eame si notre plus grand \u00e9crivain r\u00e9aliste du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle reconna\u00eet la valeur des deux confr\u00e8res ennemis. Dans son roman le plus connu, <em>Madame Bovary<\/em>, il fait du pharmacien-apothicaire Mr Homais, notable de province, un ath\u00e9e convaincu, anticl\u00e9rical passionn\u00e9, disciple proclam\u00e9 de Voltaire, malheureusement peu subtil.<\/p>\n<p>Tout le contraire de Flaubert qui pr\u00e9cise le fond de sa pens\u00e9e dans sa <em>Correspondance\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0Inclinons-nous devant toutes ses pages. Cet homme-l\u00e0 me semble ardent, acharn\u00e9, convaincu, superbe. Son \u2018\u00c9crasons l\u2019inf\u00e2me\u2019 me fait l\u2019effet d\u2019un cri de croisade. Toute son intelligence \u00e9tait une machine de guerre. Et ce qui me le fait ch\u00e9rir, c\u2019est le d\u00e9go\u00fbt que m\u2019inspirent les Voltairiens, des gens qui rient sur les grandes choses. Est-ce qu\u2019il riait, lui\u00a0! Il grin\u00e7ait\u00a0!\u00a0\u00bb On ne saurait mieux dire, pour finir.<\/p>\n<h4>3. Mention sp\u00e9ciale au savoureux historien de notre pass\u00e9 (des origines au Si\u00e8cle de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>) et \u00e0 l\u2019historiographe, t\u00e9moin critique de son temps (R\u00e9gence, r\u00e8gnes de Louis <span class=\"caps\">XV<\/span> et Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span>).<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\ufffdLes Francs dont nous descendons.\u00a0\u00bb Eh\u00a0! mon ami, qui vous a dit que vous descendez en droite ligne d\u2019un Franc\u00a0? Hildvic ou Clodvic, que nous nommons Clovis, n\u2019avait probablement pas plus de vingt mille hommes [\u2026] quand il subjugua environ huit ou dix millions de Welches ou Gaulois.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"51\" class=\"cit-num\">51<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Dictionnaire philosophique<\/em> (1764)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Judicieuse remarque du philosophe des Lumi\u00e8res, quand il d\u00e9finit le terme de Francs. Saluons au passage l\u2019esprit de Voltaire historien. Dans un autre genre d\u2019esprit, on a chansonn\u00e9, mais aussi remis en question \u00ab\u00a0nos anc\u00eatres les Gaulois\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nos guerres civiles, sous Charles\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span>, avaient \u00e9t\u00e9 cruelles, celles de la Ligue furent abominables, celle de la Fronde fut ridicule.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"747\" class=\"cit-num\">747<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Lettres philosophiques<\/em> (1734)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les attendus de ce jugement sont tr\u00e8s circonstanci\u00e9s. Ainsi r\u00e9sume-t \u2019il l\u2019essence\u00a0m\u00eame de la Fronde, ces cinq ans de guerre civile qui amen\u00e8rent la France au bord de la r\u00e9volution\u00a0: \u00ab\u00a0Pour la derni\u00e8re guerre de Paris, elle ne m\u00e9rite que des sifflets\u00a0; le cardinal de Retz, avec beaucoup d\u2019esprit et de courage mal employ\u00e9s, rebelle sans aucun sujet, factieux sans dessein, chef de parti sans arm\u00e9e, cabalait pour cabaler et semblait faire la guerre civile pour son plaisir. Le Parlement ne savait ni ce qu\u2019il voulait, ni ce qu\u2019il ne voulait pas\u00a0; il levait des troupes par arr\u00eat, il les cassait\u00a0; il mena\u00e7ait, il demandait pardon\u00a0; il mettait \u00e0 prix la t\u00eate du cardinal Mazarin et ensuite venait le complimenter en c\u00e9r\u00e9monie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Notons au passage le style de l\u2019auteur. Autre historien styliste, Michelet, quand le sujet l\u2019inspire\u00a0: Jeanne d\u2019Arc dont il est amoureux, la R\u00e9volution dont il est fan. Comment ne pas aimer l\u2019Histoire (de France) quand elle nous est bien cont\u00e9e, comment ne pas se plaire \u00e0 multiplier ce genre de citations\u2026 fort bien document\u00e9es, par ailleurs.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le cardinal de Retz se vante d\u2019avoir seul arm\u00e9 tout Paris dans cette journ\u00e9e, qui fut nomm\u00e9e des Barricades et qui \u00e9tait la seconde de cette esp\u00e8ce.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"774\" class=\"cit-num\">774<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Le Si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span><\/em> (1751)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Rappelons que la premi\u00e8re fois (12\u00a0mai 1588), c\u2019\u00e9tait le duc de Guise et la Ligue des ultra-catholiques contre Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>. Et cette \u00ab\u00a0seconde\u00a0\u00bb journ\u00e9e des Barricades sera suivie de bien d\u2019autres, apr\u00e8s le si\u00e8cle de Voltaire et des Lumi\u00e8res. Jusqu\u2019\u00e0 la Lib\u00e9ration de Paris (\u00ab\u00a0Paris qui n\u2019est Paris qu\u2019arrachant ses pav\u00e9s\u00a0\u00bb selon le po\u00e8te Aragon) et Mai 68 (\u00ab\u00a0Sous les pav\u00e9s la plage\u00a0\u00bb, slogan anonyme, bien connu et bienvenu).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> le re\u00e7ut comme un p\u00e8re et le peuple comme un ma\u00eetre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"796\" class=\"cit-num\">796<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778) \u00e9voquant le retour de Mazarin, 3\u00a0f\u00e9vrier 1653. <em>Le Si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span><\/em> (1751), Voltaire<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est la fin de la Fronde. Le roi, majeur depuis deux ans, va laisser le cardinal gouverner la France jusqu\u2019\u00e0 sa mort, en 1661. Il va apprendre son royal m\u00e9tier aupr\u00e8s de son Premier ministre et tuteur. Mais la Fronde lui servira de le\u00e7on et explique en partie le caract\u00e8re absolu de la monarchie \u00e0 venir.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Non seulement il s\u2019est fait de grandes choses sous son r\u00e8gne, mais c\u2019est lui qui les faisait.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"816\" class=\"cit-num\">816<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Le Si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span><\/em> (1751)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pour cette raison, le Grand\u00a0Si\u00e8cle est bien le \u00ab\u00a0si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>\u00a0\u00bb. Voltaire, en historien tr\u00e8s document\u00e9, traite des \u00e9v\u00e9nements militaires et diplomatiques, insiste sur le d\u00e9veloppement du commerce et le rayonnement des arts et des lettres, mettant cependant les affaires religieuses au passif du r\u00e8gne de ce \u00ab\u00a0despote \u00e9clair\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La chute de ce ministre [Fouquet] \u00e0 qui on avait bien moins de reproches \u00e0 faire qu\u2019au cardinal Mazarin, fit voir qu\u2019il n\u2019appartient pas \u00e0 tout le monde de faire les m\u00eames fautes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"859\" class=\"cit-num\">859<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Le Si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span><\/em> (1751)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Richelieu avant Mazarin et Colbert apr\u00e8s Fouquet ont aussi profit\u00e9 de leur place dans l\u2019\u00c9tat pour s\u2019enrichir. Mais Fouquet voulut \u00e9blouir le roi qui voulait seul \u00e9blouir le monde, avec son impudente devise\u00a0figurant dans ses armes, sous un \u00e9cureuil\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Quo non ascendet\u00a0?\u00a0\u00bb<\/em> \u00ab\u00a0Jusqu\u2019o\u00f9 ne montera-t-il pas\u00a0?\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Son arrestation est le premier acte politique du r\u00e8gne\u00a0: Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> prenant ainsi le pouvoir surprend tout son entourage.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Fils de roi\u00a0; p\u00e8re de roi\u00a0; jamais roi\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"864\" class=\"cit-num\">864<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Horoscope de Louis de France. <em>Le Si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span><\/em> (1751), Voltaire<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le Grand Dauphin (Monseigneur) na\u00eet le 1er\u00a0novembre 1661. Fils a\u00een\u00e9 de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, il sera p\u00e8re de Philippe\u00a0V roi d\u2019Espagne, mais meurt de la petite v\u00e9role \u00e0 50\u00a0ans, avant d\u2019avoir pu acc\u00e9der au tr\u00f4ne.<\/p>\n<p>Il n\u2019est pas certain qu\u2019il l\u2019ait ardemment d\u00e9sir\u00e9, vu son caract\u00e8re un peu mou et son \u00e9ducation un peu rude. Il reporta toute la fiert\u00e9 de son sang royal sur son deuxi\u00e8me fils, le duc d\u2019Anjou (les deux autres moururent jeunes), revendiquant l\u2019h\u00e9ritage de la couronne d\u2019Espagne, sur laquelle sa m\u00e8re Marie-Th\u00e9r\u00e8se d\u2019Autriche (infante espagnole) lui a donn\u00e9 des droits.<\/p>\n<p>Les astrologues \u00e9taient r\u00e9guli\u00e8rement consult\u00e9s en ces \u00e9poques o\u00f9 superstition, sorcellerie et magie faisaient partie de la vie quotidienne \u2013 le Grand Si\u00e8cle est en cela plus proche de la Renaissance que des Lumi\u00e8res. Mais de nos jours, la classe politique reste une client\u00e8le fid\u00e8le des devins, encore tr\u00e8s sollicit\u00e9s.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les troupes furent envoy\u00e9es dans toutes les villes o\u00f9 il y avait le plus de protestants\u00a0; et comme les dragons, assez mal disciplin\u00e9s dans ce temps-l\u00e0, furent ceux qui commirent le plus d\u2019exc\u00e8s, on appela cette ex\u00e9cution la \u00ab\u00a0dragonnade\u00a0\u00bb.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"898\" class=\"cit-num\">898<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Le Si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span><\/em> (1751)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces exactions dur\u00e8rent cinq ans. D\u00e8s 1680, l\u2019intendant Marillac mena en Poitou une premi\u00e8re op\u00e9ration rest\u00e9e tristement c\u00e9l\u00e8bre\u00a0: on fit loger des dragons chez les protestants, en leur permettant toutes sortes de s\u00e9vices. Les \u00ab\u00a0missionnaires bott\u00e9s\u00a0\u00bb obtinrent ainsi 30\u00a0000 conversions en quelques mois. Fort de ce bilan, Louvois fit \u00e9tendre la mesure \u00e0 toute la France. On pr\u00e9senta ainsi au roi de longues, d\u2019extraordinaires listes de convertis. Ignorait-il les violences qui se cachaient derri\u00e8re\u00a0? Crut-il alors que la r\u00e9vocation de l\u2019\u00e9dit de Nantes en 1685 ne serait plus qu\u2019une simple formalit\u00e9\u00a0?<\/p>\n<p>L\u2019influence personnelle de Mme\u00a0de Maintenon joue naturellement.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La plaie de la r\u00e9vocation de l\u2019\u00e9dit de Nantes saigne encore en France.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"900\" class=\"cit-num\">900<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), Lettre au comte de Schouvalof, 30\u00a0septembre 1767, <em>Correspondance<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est le grand avocat de la tol\u00e9rance religieuse qui s\u2019exprime, mais aussi l\u2019historien du Si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>. L\u00e0 est le p\u00e9ch\u00e9 capital de ce grand r\u00e8gne, l\u2019impardonnable faute politique et humaine, ce sur quoi la plupart des historiens s\u2019accordent.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9dit de Fontainebleau du 18\u00a0octobre 1685 (enregistr\u00e9 le 22) r\u00e9voque l\u2019\u00e9dit de Nantes (pris par Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> en 1598)\u00a0: pasteurs bannis, \u00e9coles protestantes ferm\u00e9es, temples d\u00e9truits, enfants des \u00ab\u00a0nouveaux convertis\u00a0\u00bb baptis\u00e9s. Et interdiction de quitter la France sous peine de gal\u00e8res.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019y a plus de Pyr\u00e9n\u00e9es.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"924\" class=\"cit-num\">924<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIV<\/span> (1638-1715), quand son petit-fils devient Philippe\u00a0V d\u2019Espagne, en 1700.<em> Le Si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span><\/em> (1751), Voltaire<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Voltaire attribue le mot au roi, mais il a pu \u00eatre \u00e9galement prononc\u00e9 par Castel Rodrigo, ambassadeur espagnol.<\/p>\n<p>Un prince de son sang succ\u00e8de \u00e0 l\u2019ennemi h\u00e9r\u00e9ditaire, dans un pays certes d\u00e9cadent, mais encore immense avec son empire. Depuis cette date, les Bourbons r\u00e8gnent sur l\u2019Espagne, jusqu\u2019au roi actuel Felipe <span class=\"caps\">VI<\/span> (fils de Juan Carlos).<\/p>\n<p>Philippe\u00a0V est royalement accueilli par ses nouveaux sujets. Fier de ce succ\u00e8s (remport\u00e9 sur l\u2019empereur d\u2019Allemagne qui voulait placer son second fils, l\u2019archiduc Charles), Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, trop s\u00fbr de lui, va multiplier les imprudences.<\/p>\n<p>Les droits de Philippe\u00a0V au tr\u00f4ne de France sont maintenus, alors que l\u2019Europe ne peut accepter une telle superpuissance\u00a0! Par ailleurs, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> reconna\u00eet le pr\u00e9tendant Jacques\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> Stuart (fils de Jacques\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> d\u00e9tr\u00f4n\u00e9 par une r\u00e9volution en 1688) au d\u00e9triment de Guillaume\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> d\u2019Angleterre. Enfin, il fait conc\u00e9der par l\u2019Espagne \u00e0 une compagnie fran\u00e7aise le monopole de la traite des Noirs dans le Nouveau Monde, ce qui l\u00e8se les int\u00e9r\u00eats de toutes les puissances maritimes. La Grande Alliance de La\u00a0Haye (septembre\u00a01701) va r\u00e9unir \u00e0 nouveau tous les m\u00e9contents, le roi d\u2019Angleterre en t\u00eate.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sire, je vais combattre les ennemis de Votre Majest\u00e9, et je vous laisse au milieu des miens.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"926\" class=\"cit-num\">926<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mar\u00e9chal de <span class=\"caps\">VILLARS<\/span> (1653-1734) en 1702. <em>Le Si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span><\/em> (1751), Voltaire<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le mar\u00e9chal de France s\u2019adresse au roi et devant toute la cour, prenant cong\u00e9 pour aller commander l\u2019arm\u00e9e. Turenne et Cond\u00e9 sont morts. Le mar\u00e9chal de Luxembourg aussi. Vauban va \u00eatre injustement disgraci\u00e9 (pour son projet fiscal de d\u00eeme royale). Villars est leur \u00e9gal.<\/p>\n<p>R\u00e9cemment anobli, \u00e2g\u00e9 de 50\u00a0ans, il entre dans la carri\u00e8re militaire \u00e0 l\u2019\u00e2ge o\u00f9 d\u2019autres prennent leur retraite\u00a0: il sera le meilleur g\u00e9n\u00e9ral de la guerre de Succession d\u2019Espagne. Premi\u00e8re grande victoire, Friedlingen, en 1702\u00a0: ses soldats l\u2019appellent \u00ab\u00a0Mar\u00e9chal\u00a0\u00bb et le roi confirme le titre, mais lui refusera la fonction tant souhait\u00e9e (et abolie) de conn\u00e9table. D\u00e8s 1703, les Fran\u00e7ais perdent l\u2019avantage dans une guerre o\u00f9 la coalition se renforce contre eux. Et la r\u00e9volte des Camisards va mobiliser Villars sur un autre front.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous l\u2019avons vu mourir fort \u00e2g\u00e9 et oubli\u00e9 comme il arrive \u00e0 tous ceux qui n\u2019ont eu que de grands \u00e9v\u00e9nements sans avoir fait de grandes choses.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1091\" class=\"cit-num\">1091<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Le Si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span><\/em> (1751)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le duc de Lauzun, mar\u00e9chal de France, meurt en 1723, \u00e0 90\u00a0ans. Courtisan plein d\u2019ambition et d\u00e9pourvu de scrupules, favori de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> qui, lass\u00e9 de ses impertinences, l\u2019a fait embastiller, il \u00e9pousa la Grande Mademoiselle \u00e0 l\u2019immense fortune, passa en Angleterre o\u00f9 il assista \u00e0 la r\u00e9volution de 1688, fut charg\u00e9 de conduire en France la reine et le prince de Galles. Mari\u00e9 en secondes noces \u00e0 la belle-s\u0153ur de Saint-Simon qui dit de lui\u00a0: \u00ab\u00a0On ne r\u00eave pas comme il a v\u00e9cu.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> fit plus de bien \u00e0 sa nation que vingt de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs ensemble\u00a0; et il s\u2019en faut beaucoup qu\u2019il f\u00eet ce qu\u2019il aurait pu.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"949\" class=\"cit-num\">949<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Le Si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span><\/em> (1751)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le jugement n\u2019est pas sans nuance. \u00ab\u00a0Il s\u2019est fait de grandes choses sous son r\u00e8gne\u00a0\u00bb qui reste dans l\u2019histoire pour son rayonnement culturel, mais le passif est lourd, avec la r\u00e9vocation de l\u2019\u00e9dit de Nantes et les guerres qui succ\u00e9d\u00e8rent aux guerres, d\u2019abord pour la grandeur du roi et du r\u00e8gne, jusqu\u2019\u00e0 la fin plus tragique\u00a0: \u00ab\u00a0La guerre qui finit par la paix de Ryswick commen\u00e7a la ruine de ce grand commerce que son ministre Colbert avait \u00e9tabli\u00a0; et la guerre de la Succession l\u2019acheva.\u00a0\u00bb C\u2019est effectivement le traumatisme majeur de cette \u00e9poque et tous les pays bellig\u00e9rants en furent marqu\u00e9s.<\/p>\n<p>Laissons le mot de la fin \u00e0 l\u2019historien du r\u00e8gne qui, n\u00e9 en 1694, \u00e9l\u00e8ve des j\u00e9suites au lyc\u00e9e Louis-le-Grand, inqui\u00e9tant d\u00e9j\u00e0 ses ma\u00eetres par un esprit libertin, po\u00e8te mondain et g\u00e9nie pr\u00e9coce, va devenir le philosophe num\u00e9ro un du si\u00e8cle des Lumi\u00e8res\u00a0: malgr\u00e9 toutes les ombres au tableau du si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, Voltaire y voit \u00ab\u00a0le si\u00e8cle le plus \u00e9clair\u00e9 qui fut jamais\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Mais Voltaire est \u00e9galement historien de son temps et t\u00e9moin \u00e0 l\u2019esprit toujours critique. Pour preuve, quelques perles ironiques et quelques v\u00e9rit\u00e9s devenues historiques.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les rois sont avec leurs ministres comme les cocus avec leurs femmes\u00a0: ils ne savent jamais ce qui se passe.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"952\" class=\"cit-num\">952<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Le Sottisier<\/em> (posthume, 1880)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> s\u2019int\u00e9ressa sans doute tardivement \u00e0 son m\u00e9tier de roi \u2013 les historiens sont partag\u00e9s sur ce point. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, tr\u00e8s consciencieux, fut vite d\u00e9pass\u00e9 par la situation et la complexit\u00e9 des probl\u00e8mes. Mais les ministres eux-m\u00eames sont fort peu au courant de l\u2019\u00e9tat du royaume, faute de bonnes enqu\u00eates et statistiques pour \u00e9clairer leur politique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En France est marquis qui veut\u00a0; et quiconque arrive \u00e0 Paris du fond d\u2019une province avec de l\u2019argent \u00e0 d\u00e9penser, et un nom en <em>ac<\/em> ou en <em>ille<\/em>, peut dire\u00a0: \u00ab\u00a0Un homme comme moi, un homme de ma qualit\u00e9\u00a0\u00bb, et m\u00e9priser souverainement un n\u00e9gociant.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"961\" class=\"cit-num\">961<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Lettres philosophiques<\/em>, Sur le commerce (1734)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La noblesse reste ce cercle magique o\u00f9 l\u2019on tente d\u2019acc\u00e9der, et qui fascine encore la bourgeoisie. Voltaire le d\u00e9plore\u00a0: \u00ab\u00a0Le n\u00e9gociant entend lui-m\u00eame parler si souvent avec m\u00e9pris de sa profession, qu\u2019il est assez sot pour en rougir\u00a0\u00bb, alors que ce \u00ab\u00a0tiers \u00e9tat\u00a0\u00bb est bien plus utile \u00e0 l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il a fallu des si\u00e8cles pour rendre justice \u00e0 l\u2019humanit\u00e9, pour sentir qu\u2019il \u00e9tait horrible que le grand nombre sem\u00e2t, et le petit recueill\u00eet.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"964\" class=\"cit-num\">964<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778),<em> Lettres philosophiques<\/em> (1734)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le philosophe parle au nom de la justice sociale pour l\u2019ensemble du peuple qui travaille, et surtout pour les \u00ab\u00a0laboureurs qui exercent la plus noble et la plus m\u00e9pris\u00e9e des professions\u00a0\u00bb. Il donne en exemple l\u2019Angleterre\u00a0: absence de privil\u00e8ges terriens et \u00e9galit\u00e9 devant l\u2019imp\u00f4t. La r\u00e9alit\u00e9 \u00e9conomique est tout autre en France \u2013 d\u2019o\u00f9 la R\u00e9volution \u00e0 venir.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Toutes ces ma\u00eetrises et toutes ces jurandes n\u2019ont \u00e9t\u00e9 invent\u00e9es que pour tirer de l\u2019argent des pauvres ouvriers, pour enrichir les traitants et pour \u00e9craser la nation.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"969\" class=\"cit-num\">969<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778) stigmatisant les corporations en 1776, <em>Correspondance<\/em> (posthume). <em>Encyclop\u00e6dia Universalis<\/em>, article \u00ab\u00a0Corporations\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Turgot, partisan de la libert\u00e9 du travail dans l\u2019industrie aussi bien que dans le commerce et l\u2019agriculture, abolit les corporations, ma\u00eetrises et jurandes en janvier\u00a01776. Elles seront r\u00e9tablies aussit\u00f4t apr\u00e8s son d\u00e9part, en mai\u00a01776. Toute l\u2019\u00e9conomie se trouve ainsi prisonni\u00e8re de r\u00e9glementations jadis utiles et \u00e0 pr\u00e9sent paralysantes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La jurisprudence d\u2019Espagne est pr\u00e9cis\u00e9ment comme celle de France\u00a0: on change de lois en changeant de chevaux de poste, et on perd \u00e0 S\u00e9ville le proc\u00e8s qu\u2019on aurait gagn\u00e9 \u00e0 Saragosse.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"970\" class=\"cit-num\">970<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), Lettre \u00e0 M. Servan, avocat g\u00e9n\u00e9ral de Grenoble, 13\u00a0janvier\u00a01768.<em> Dictionnaire de fran\u00e7ais Littr\u00e9<\/em>, au mot \u00ab\u00a0perdre\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cela traduit la diversit\u00e9 des lois selon les provinces. \u00c0 la fin du r\u00e8gne de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>, les parlementaires ayant \u00e9t\u00e9 exil\u00e9s, le ministre Maupeou projette une vaste r\u00e9forme et un code unique. Mais plus rien ne sera possible, apr\u00e8s le retour des magistrats rappel\u00e9s par Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>. Cette fois encore, la grande r\u00e9forme ne pourra se faire qu\u2019avec la R\u00e9volution.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Messieurs les Anglais, tirez les premiers.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1122\" class=\"cit-num\">1122<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comte d\u2019<span class=\"caps\">ANTERROCHES<\/span> (1710-1785), \u00e0 Lord Charles Hay, Fontenoy, 11\u00a0mai 1745.<em> Pr\u00e9cis du si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span><\/em> (1763), Voltaire<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce mot c\u00e9l\u00e8bre, cit\u00e9 par ailleurs dans une <em>Histoire de l\u2019arm\u00e9e<\/em> d\u2019Adrien Pascal (1847), r\u00e9sume le bref dialogue rapport\u00e9 par Voltaire.<\/p>\n<p>Suite de la guerre de Succession d\u2019Autriche, lors d\u2019un si\u00e8ge men\u00e9 par les Fran\u00e7ais pr\u00e8s de Tournai. Le commandant de la compagnie de t\u00eate des gardes anglaises a lanc\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Messieurs des gardes fran\u00e7aises, tirez.\u00a0\u00bb Le commandant des gardes fran\u00e7aises lui r\u00e9pondit\u00a0: \u00ab\u00a0Messieurs, nous ne tirons jamais les premiers. Tirez vous-m\u00eames.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cette r\u00e9plique, plus tactique qu\u2019il n\u2019y para\u00eet, est moins l\u2019illustration d\u2019une guerre en dentelle que l\u2019expression d\u2019un imp\u00e9ratif militaire\u00a0: quand une arm\u00e9e a tir\u00e9, le temps qu\u2019elle recharge ses armes, l\u2019ennemi peut attaquer avec profit. C\u2019est pourquoi le mar\u00e9chal de Saxe, le plus grand militaire du si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, d\u00e9non\u00e7ait les \u00ab\u00a0abus de tirerie\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ils finiront par perdre l\u2019\u00c9tat. C\u2019est une assembl\u00e9e de r\u00e9publicains\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1134\" class=\"cit-num\">1134<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XV<\/span> (1710-1774), \u00e0 Mme\u00a0de Pompadour et au duc de Gontaut (son fr\u00e8re), janvier\u00a01753. <em>Pr\u00e9cis du si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span><\/em> (1763), Voltaire<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0R\u00e9publicains\u00a0\u00bb, c\u2019est un grand mot, presque un gros mot, en tout cas un mot qui fait peur au roi, sinon \u00e0 Voltaire\u00a0! Il parle ici du Parlement de Paris et de son opposition qui s\u2019exerce \u00e0 toute occasion, avec une violence qui ne cessera de grandir jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9volution.<\/p>\n<p>R\u00e9tablis dans leur pouvoir sous la r\u00e9gence, les Parlements usent et abusent de leur droit de remontrance. Les hauts magistrats, soutenus par le mouvement des philosophes et de <em>l\u2019Encyclop\u00e9die<\/em>, font figure de d\u00e9fenseurs des libert\u00e9s face au despotisme. Ils d\u00e9fendent en fait les privil\u00e8ges contre les r\u00e9formes royales (notamment en mati\u00e8re fiscale).<\/p>\n<p>Le roi, en raison de sa pi\u00e9t\u00e9, a plus d\u2019\u00e9gard pour le clerg\u00e9 qui agit de la m\u00eame mani\u00e8re. Machault d\u2019Arnouville qui succ\u00e8de \u00e0 Orry aux Finances en 1745 ne pourra d\u00e9cid\u00e9ment pas obtenir cet imp\u00f4t dit du vingti\u00e8me et frappant tous les biens, quand l\u2019\u00c9tat a de nouveau tant besoin d\u2019argent.<\/p>\n<h4>4. Voltaire, auteur et acteur super star du si\u00e8cle des Lumi\u00e8res\u00a0: chronique des faits et des id\u00e9es.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voici le temps de l\u2019aimable R\u00e9gence,<br>Temps fortun\u00e9 marqu\u00e9 par la licence.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1069\" class=\"cit-num\">1069<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778),<em> La Pucelle<\/em>, chant\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> (posthume, 1859)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le jeune libertin n\u00e9glige ses \u00e9tudes de droit et se fait une r\u00e9putation de bel esprit dans les salons, au grand dam de son p\u00e8re. Il salue le nouveau r\u00e9gime, en d\u00e9casyllabes all\u00e8gres\u00a0: \u00ab\u00a0Le bon R\u00e9gent, de son Palais-Royal\u00a0\/ Des volupt\u00e9s donne \u00e0 tous le signal\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019arriv\u00e9e de Philippe d\u2019Orl\u00e9ans au pouvoir lib\u00e8re d\u2019un coup les m\u0153urs d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 lasse du rigorisme impos\u00e9 par Mme\u00a0de Maintenon \u00e0 la cour, laquelle donnait le ton au pays.<\/p>\n<p>Cependant, la f\u00eate concerne les classes privil\u00e9gi\u00e9es, plus que le peuple. Et la licence a des limites. Voltaire l\u2019apprendra \u00e0 ses d\u00e9pens, deux ans apr\u00e8s, mis au cachot pour exc\u00e8s d\u2019insolence.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Me voici donc en ce lieu de d\u00e9tresse,<br>Embastill\u00e9, log\u00e9 fort \u00e0 l\u2019\u00e9troit,<br>Ne dormant point, buvant chaud,<br>Mangeant froid.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1071\" class=\"cit-num\">1071<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), La Bastille (1717), <em>Po\u00e9sies diverses<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le R\u00e9gent a donc fait embastiller l\u2019insolent. D\u00e9j\u00e0 exil\u00e9 deux fois en province pour cause d\u2019\u00e9crits satiriques, l\u2019incorrigible frondeur a r\u00e9cidiv\u00e9 avec une \u00e9pigramme, en latin \u2013 pour plus de prudence, mais \u00e0 l\u2019\u00e9poque, tout le beau monde parle latin.<\/p>\n<p>Le R\u00e9gent, Dubois (son principal ministre), les princes du sang, les ducs, les b\u00e2tards, le Parlement, chaque faction paie ses libellistes pour tra\u00eener dans la boue la faction adverse. L\u2019impertinence devient un m\u00e9tier et l\u2019esprit de Voltaire, tant\u00f4t courtisan, tant\u00f4t courageux et parfois les deux, excelle dans cette nouvelle carri\u00e8re \u00e0 la mode.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Monseigneur, je trouverais tr\u00e8s doux que Sa Majest\u00e9 daign\u00e2t se charger de ma nourriture, mais je supplie Votre Altesse de ne plus s\u2019occuper de mon logement.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1072\" class=\"cit-num\">1072<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), au R\u00e9gent qui vient de le lib\u00e9rer, 1718.<em> Voltaire, sa vie et ses \u0153uvres<\/em> (1867), Abb\u00e9 Maynard<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fran\u00e7ois-Marie Arouet, 24\u00a0ans, prend alors le nom de Voltaire (tir\u00e9 d\u2019une anagramme de son patronyme \u00e9crit en latin. Ce pseudonyme est doublement utile. Le jeune et ambitieux libertin prend ses distances avec sa famille tr\u00e8s bourgeoise, \u00e0 commencer par son p\u00e8re notaire. Et il recommence sa vie avec l\u2019optimisme qui le caract\u00e9rise\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai chang\u00e9 mon nom d\u2019Arouet en celui de Voltaire. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 si malheureux par l\u2019autre que je veux voir si celui-ci m\u2019apportera du bonheur.\u00a0\u00bb Bien jou\u00e9\u00a0!<\/p>\n<p>La renomm\u00e9e s\u2019acquiert en un soir au th\u00e9\u00e2tre et il devient c\u00e9l\u00e8bre comme trag\u00e9dien, avec son <em>\u0152dipe<\/em> (aujourd\u2019hui injouable, comme toute son \u0153uvre dramatique). Ce n\u2019est que le d\u00e9but d\u2019une longue vie pleine de \u00ab\u00a0bonheurs\u00a0\u00bb divers, mais mouvement\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon nom, je le commence, et vous finissez le v\u00f4tre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1096\" class=\"cit-num\">1096<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), au chevalier de Rohan-Chabot, janvier\u00a01726. <em>Histoire de la langue et de la litt\u00e9rature fran\u00e7aise, des origines \u00e0 1900<\/em> (1898), Louis Petit de Julleville<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>R\u00e9plique au chevalier affichant son m\u00e9pris pour un bourgeois \u00ab\u00a0qui n\u2019a m\u00eame pas un nom.\u00a0\u00bb La sc\u00e8ne se passe en public, dans la loge d\u2019Adrienne Lecouvreur, \u00e0 la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>Deux jours plus t\u00f4t, \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra, Rohan-Chabot l\u2019a attaqu\u00e9 en se moquant du pseudonyme\u00a0: \u00ab\u00a0Nous de Voltaire, Nous Arouet, comment vous appelez-vous\u00a0? \u2014 Et vous, vous appelez-vous Rohan ou Chabot\u00a0?\u00a0\u00bb C\u2019est trop d\u2019insolence\u2026Quelques jours plus tard, alors qu\u2019il d\u00e9jeune au ch\u00e2teau de Sully, des gaillards viennent donner la bastonnade \u00e0 Voltaire\u00a0!<\/p>\n<p>Ulc\u00e9r\u00e9, l\u2019auteur qui a d\u00e9j\u00e0 trente\u00a0ans pass\u00e9s, une jolie fortune h\u00e9rit\u00e9e et bien plac\u00e9e, une certaine c\u00e9l\u00e9brit\u00e9, la faveur de nobles protecteurs, exige une r\u00e9paration par les armes. Une lettre de cachet renvoie l\u2019impertinent \u00e0 la Bastille, m\u00e9diter sur ce qu\u2019il en co\u00fbte au roturier de r\u00e9pondre \u00e0 un gentilhomme\u00a0!<\/p>\n<p>En mai, autoris\u00e9 \u00e0 s\u2019exiler en Angleterre, Voltaire est re\u00e7u \u00e0 bras ouverts par la bonne soci\u00e9t\u00e9 politique et litt\u00e9raire. Trois ans apr\u00e8s, il en rapporte ses <em>Lettres Anglaises<\/em> (ou <em>Lettres philosophiques<\/em>), source de nouveaux ennuis, mais aussi de reconnaissance dans le milieu philosophique et bien au-del\u00e0.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne sais pourtant lequel est le plus utile \u00e0 un \u00c9tat, ou un seigneur bien poudr\u00e9 qui sait pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 quelle heure le Roi se l\u00e8ve, \u00e0 quelle heure il se couche et qui se donne des airs de grandeur en jouant le r\u00f4le d\u2019esclave dans l\u2019antichambre d\u2019un ministre, ou un n\u00e9gociant qui enrichit son pays, donne de son cabinet des ordres \u00e0 Surate et au\u00a0Caire, et contribue au bonheur du monde.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1105\" class=\"cit-num\">1105<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Lettres philosophiques<\/em>, <em>ou Lettres anglaises<\/em> (1734)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019auteur admire le r\u00e9gime anglais et expose les le\u00e7ons que la France peut en tirer. Il publie sans autorisation cette \u00ab\u00a0premi\u00e8re bombe lanc\u00e9e contre l\u2019Ancien R\u00e9gime\u00a0\u00bb selon Gustave Lanson, historien de la litt\u00e9rature \u00e0 la fin du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle.<\/p>\n<p>L\u2019imprimeur est embastill\u00e9, le livre condamn\u00e9 par le Parlement \u00e0 \u00eatre br\u00fbl\u00e9, une lettre de cachet du 3\u00a0mai exile l\u2019auteur en Lorraine \u2013 la province ne devient fran\u00e7aise qu\u2019en 1766. Le ch\u00e2teau de Cirey et Mme\u00a0du Ch\u00e2telet accueillent Voltaire \u00e0 quelques lieux de la fronti\u00e8re et \u00e0 la moindre alerte, il pourra fuir. Mais l\u2019homme d\u00e9j\u00e0 c\u00e9l\u00e8bre va trouver un autre refuge.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019\u00e9tudie la philosophie de Newton sous les yeux d\u2019\u00c9milie, qui est \u00e0 mon gr\u00e9 encore plus aimable que Newton.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), Lettre \u00e0 Maupertuis, membre de l\u2019Acad\u00e9mie des Sciences, professeur de math\u00e9matiques et ex-amant d\u2019\u00c9milie<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Tout commence en 1735. Voltaire a d\u00fb quitter la capitale au plus vite. Ses <em>Lettres philosophiques<\/em> ont d\u00e9plu au pouvoir et il veut \u00e9viter un nouveau s\u00e9jour \u00e0 la Bastille. \u00c9perdument amoureuse, \u00c9milie lui ouvre les portes de son ch\u00e2teau de Cirey dans le duch\u00e9 de Lorraine. Florent Claude du Ch\u00e2telet, le mari qui lui a fait trois enfants, militaire toujours absent, feint d\u2019ignorer l\u2019adult\u00e8re. Voltaire (41 ans) et Mme du Ch\u00e2telet (29 ans) vont vivre ensemble durant quatorze ans la plus folle et intellectuelle romance des Lumi\u00e8res.<\/p>\n<p>Il la baptise \u00ab\u00a0Madame Pompon\u00a0\u00bb\u00a0: \u00c9milie est coquette, souvent trop maquill\u00e9e, pas sp\u00e9cialement jolie, \u00ab\u00a0grande et s\u00e8che, sans cul, sans hanches, la poitrine \u00e9troite, deux petits t\u00e9tons arrivant de fort loin\u00a0\u00bb dit une rivale. Mais la jeune marquise dont Voltaire s\u2019est \u00e9pris brille de mille autres feux. Assoiff\u00e9e de connaissances, elle plonge jour et nuit dans l\u2019\u00e9tude de la physique et des math\u00e9matiques, au point de devenir une acad\u00e9micienne reconnue. Il la pr\u00e9sente \u00e0 son amie Mme du Deffand, mais en vain. La marquise ne recevra pas Madame Pompon dans son salon.<\/p>\n<p>L\u2019exil\u00e9 transforme le ch\u00e2teau \u00e0 ses frais. Il am\u00e9nage une vaste biblioth\u00e8que, un vrai th\u00e9\u00e2tre \u2013 passion et passe-temps favori du philosophe. Dans une galerie, il fait installer pour la scientifique la plus \u00e9clair\u00e9e du si\u00e8cle un authentique laboratoire, \u00e9quip\u00e9 de microscopes, barom\u00e8tres, t\u00e9lescopes. Elle d\u00e9montre exp\u00e9rimentalement la th\u00e9orie du physicien Leibniz, selon laquelle l\u2019\u00e9nergie cin\u00e9tique (dite \u00ab\u00a0force vive\u00a0\u00bb) est proportionnelle \u00e0 la masse et au carr\u00e9 de la vitesse. Renomm\u00e9e pour sa traduction des <em>Principia Mathematica<\/em> de Newton (qui fait toujours autorit\u00e9), \u00ab\u00a0Pompon Newton\u00a0\u00bb est la plus d\u00e9licieuse des ma\u00eetresses au double sens du terme\u00a0! Leur complicit\u00e9 intellectuelle est intense. La marquise se r\u00e9veille aux aurores, lit \u00e0 Voltaire des textes en anglais ou en latin. La plus brillante \u00e9l\u00e8ve du math\u00e9maticien Maupertuis (lui aussi son amant) initie l\u2019\u00e9crivain aux mati\u00e8res scientifiques. On a pu dire que la marquise du Ch\u00e2telet fut \u00ab\u00a0la lumi\u00e8re\u00a0\u00bb plus que la ma\u00eetresse du philosophe.<\/p>\n<p>La derni\u00e8re ann\u00e9e de sa vie, elle s\u2019\u00e9prendra d\u2019un jeune po\u00e8te et militaire tout en restant l\u2019amie de Voltaire. Elle meurt \u00e0 42 ans d\u2019une fi\u00e8vre puerp\u00e9rale, apr\u00e8s l\u2019accouchement. Voltaire n\u2019oubliera jamais la Divine \u00c9milie. \u00ab\u00a0Elle fut la premi\u00e8re femme scientifique en France\u00a0\u00bb \u00e9crira \u00c9lisabeth Badinter (<em>\u00c9milie, \u00c9milie ou l\u2019ambition f\u00e9minine au <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e si\u00e8cle<\/em>, 1984). Son nom souvent ignor\u00e9 aujourd\u2019hui en fait simplement la \u00ab\u00a0ma\u00eetresse de Voltaire\u00a0\u00bb. Cet essai lui rend justice.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dieu\u00a0? Nous nous saluons, mais nous ne nous parlons pas.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1129\" class=\"cit-num\">1129<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), \u00e0 un ami s\u2019\u00e9tonnant de le voir se d\u00e9couvrir devant le Saint-Sacrement \u00e0 une procession en 1750, <em>Correspondance<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u00e9iste, et non ath\u00e9e, le philosophe trouve la religion bien utile, ne serait-ce que pour donner une morale au peuple.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je vois bien qu\u2019on a press\u00e9 l\u2019orange, il faut penser \u00e0 sauver l\u2019\u00e9corce.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1133\" class=\"cit-num\">1133<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), Lettre \u00e0 Mme\u00a0Denis, 18\u00a0d\u00e9cembre 1752. <em>Correspondance<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Allusion spirituelle au mot du roi Fr\u00e9d\u00e9ric <span class=\"caps\">II<\/span> de Prusse qui lui fut rapport\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019aurai besoin de lui encore un an, tout au plus\u00a0; on presse l\u2019orange et on jette l\u2019\u00e9corce\u00a0\u00bb (2\u00a0septembre 1751).<\/p>\n<p>Voltaire, invit\u00e9 fastueusement \u00e0 Berlin, alors que la cour de France le boude, sera pourtant d\u00e9\u00e7u par le despote \u00e9clair\u00e9 qui fait de lui son otage. Dans ce si\u00e8cle fou de communication, il \u00e9crira quelque 40\u00a0000 lettres adress\u00e9es \u00e0 plus de 700 correspondants, \u00e9chelonn\u00e9es de\u00a01711 \u00e0\u00a01778\u00a0: elles jettent sur l\u2019\u00e9poque une lumi\u00e8re souvent juste, parfois partisane.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y a trois mois, ce n\u2019\u00e9tait qu\u2019un voleur\u00a0; c\u2019est \u00e0 pr\u00e9sent un conqu\u00e9rant.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1136\" class=\"cit-num\">1136<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), Lettre \u00e0 la duchesse de Saxe-Gotha, 14\u00a0janvier 1755, <em>Correspondance<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Et quatre mois apr\u00e8s, Mandrin entrera dans la l\u00e9gende. Bandit de grand chemin, prenant la t\u00eate de contrebandiers et de faux saulniers (faisant le trafic du sel), il forme une troupe disciplin\u00e9e qui s\u2019attaque aux fermes g\u00e9n\u00e9rales et aux greniers \u00e0 sel avec une incroyable audace. \u00ab\u00a0On pr\u00e9tend que Mandrin est \u00e0 la t\u00eate de 6\u00a0000 hommes d\u00e9termin\u00e9s\u00a0; que les soldats d\u00e9sertent pour se ranger sous ses drapeaux et qu\u2019il se verra bient\u00f4t \u00e0 la t\u00eate d\u2019une grande arm\u00e9e\u00a0\u00bb, \u00e9crit encore Voltaire.<\/p>\n<p>En 1754, il a men\u00e9 six campagnes contre les fermiers g\u00e9n\u00e9raux, collecteurs d\u2019imp\u00f4ts ha\u00efs du peuple, qui pr\u00e9l\u00e8vent des taxes sur les marchandises et en gardent les trois-quarts \u2013 la plus connue est la gabelle, sur le sel, indispensable \u00e0 la conservation des aliments. Il faudra plusieurs d\u00e9tachements d\u2019Argoulets (troupe sp\u00e9ciale) envoy\u00e9s ill\u00e9galement en Savoie (royaume sarde) pour que Mandrin soit pris, sit\u00f4t jug\u00e9 et rou\u00e9 vif, le 26\u00a0mai 1755 \u2013 il meurt \u00e0 30\u00a0ans.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ose presque assurer que l\u2019\u00e9tat de r\u00e9flexion est un \u00e9tat contre nature et que l\u2019homme qui m\u00e9dite est un animal d\u00e9prav\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1036\" class=\"cit-num\">1036<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Jacques <span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span> (1712-1778), <em>Discours sur l\u2019origine et les fondements de l\u2019in\u00e9galit\u00e9 parmi les hommes<\/em> (1755)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette petite phrase va naturellement faire r\u00e9agir Voltaire, fort vivement. C\u2019est une provocation lanc\u00e9e \u00e0 ce si\u00e8cle \u00e9pris de raison et \u00e0 tous ses confr\u00e8res qui font m\u00e9tier de penser \u2013 c\u2019est aussi un br\u00fblot dangereux \u00e0 bien d\u2019autres \u00e9gards pour la soci\u00e9t\u00e9, ce que Voltaire ne peut que d\u00e9sapprouver, n\u2019\u00e9tant absolument pas r\u00e9volutionnaire au sens propre du mot.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai re\u00e7u, Monsieur, votre nouveau livre contre le genre humain [\u2026] On n\u2019a jamais employ\u00e9 tant d\u2019esprit \u00e0 vouloir nous rendre b\u00eates. Il prend envie de marcher \u00e0 quatre pattes, quand on lit votre ouvrage.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1138\" class=\"cit-num\">1138<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), Lettre \u00e0 Jean-Jacques Rousseau, 30\u00a0ao\u00fbt 1755, <em>Correspondance<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce jugement vise bien le<em> Discours sur l\u2019origine et les fondements de l\u2019in\u00e9galit\u00e9 parmi les hommes<\/em>, point de d\u00e9part de la philosophie politique de Rousseau qui annonce d\u00e9j\u00e0 le<em> Contrat social<\/em>. Il y a incompatibilit\u00e9 d\u2019esprit entre les deux personnages et Rousseau \u00e9crira plus trad \u00e0 son ami Paul Moulton\u00a0: \u00ab\u00a0Je le ha\u00efrais davantage, si je le m\u00e9prisais moins.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Les deux hommes s\u2019opposent d\u2019ailleurs en tout. Rappelons le mot de Goethe\u00a0: \u00ab\u00a0Avec Voltaire, c\u2019est un monde qui finit. Avec Rousseau, c\u2019est un monde qui commence.\u00a0\u00bb La R\u00e9volution va pourtant les r\u00e9unir post mortem, au Panth\u00e9on.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le pape est une idole \u00e0 qui on lie les mains et dont on baise les pieds\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1141\" class=\"cit-num\">1141<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Le Sottisier<\/em> (posthume, 1880)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il s\u2019en amuse et se r\u00e9jouit pour une autre raison, dans une lettre \u00e0 son ami d\u2019Alembert (13\u00a0novembre\u00a01756)\u00a0: \u00ab\u00a0Pendant la guerre des Parlements et des \u00e9v\u00eaques, les gens raisonnables ont beau jeu et vous aurez le loisir de farcir <em>l\u2019Encyclop\u00e9die<\/em> de v\u00e9rit\u00e9s qu\u2019on n\u2019e\u00fbt pas os\u00e9 dire, il y a vingt ans.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mais ces querelles franco-fran\u00e7aises, partisanes et mesquines, sont du plus mauvais effet\u00a0: \u00c9glise, Parlement, pouvoir royal se d\u00e9consid\u00e8rent aux yeux de l\u2019opinion. Laquelle a d\u2019autres soucis, avec la guerre dite de Sept Ans (1756-1763), conflit europ\u00e9en majeur qui va bouleverser pour un si\u00e8cle l\u2019\u00e9quilibre des forces au b\u00e9n\u00e9fice de l\u2019Angleterre et de la Prusse, la France perdant son premier empire colonial.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le monstre est un chien qui aura entendu aboyer quelques chiens [\u2026] et qui aura pris la rage.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1144\" class=\"cit-num\">1144<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), Lettre \u00e0 Mme\u00a0de Lutzelbourg, 20\u00a0janvier 1757, <em>Correspondance<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Damiens a servi comme domestique chez plusieurs magistrats du Parlement de Paris, dont certains tr\u00e8s virulents contre le roi. Il se vanta d\u2019ailleurs d\u2019avoir voulu donner une le\u00e7on au roi, pour que d\u00e9sormais il obtemp\u00e9r\u00e2t aux remontrances.<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> voulut d\u2019abord pardonner et le fit savoir\u00a0: \u00ab\u00a0Les sentiments de religion dont nous sommes p\u00e9n\u00e9tr\u00e9s et les mouvements de notre c\u0153ur nous portaient \u00e0 la cl\u00e9mence.\u00a0\u00bb Il tente ensuite de minimiser la publicit\u00e9 faite \u00e0 ce geste \u2013 un acte isol\u00e9, \u00e0 n\u2019en pas douter. Mais chaque conseiller donne un avis diff\u00e9rent, et finalement, Damiens sera jug\u00e9 pour crime de l\u00e8se-majest\u00e9 devant la grande chambre du Parlement.<\/p>\n<p>Plus fou que r\u00e9gicide, vraisemblablement \u00e9pileptique et simple d\u2019esprit, il est condamn\u00e9 pour \u00ab\u00a0parricide\u00a0\u00bb \u00e0 la s\u00e9rie des supplices jadis inflig\u00e9s \u00e0 Ravaillac. L\u2019ex\u00e9cution se fera devant la foule, en place de Gr\u00e8ve. Toutes les fen\u00eatres sont lou\u00e9es \u00e0 prix d\u2019or et le supplice de cet homme particuli\u00e8rement robuste reste dans l\u2019histoire comme l\u2019un des plus atroces. L\u2019on remarque tout particuli\u00e8rement la r\u00e9sistance des femmes \u00e0 ce spectacle qui dure deux heures, Damiens \u00e9tant finalement jet\u00e9 mourant sur le b\u00fbcher. On a dit que les cheveux du supplici\u00e9, de ch\u00e2tain, sont devenus d\u2019un blanc immacul\u00e9, signe d\u2019une terreur extr\u00eame.<\/p>\n<p>L\u2019atrocit\u00e9 et la dur\u00e9e du supplice contribueront \u00e0 l\u2019abolition de cet acte barbare, sous la R\u00e9volution\u00a0: la guillotine sera, de fait, un progr\u00e8s, en attendant l\u2019abolition de la peine de mort que certains demandent d\u00e9j\u00e0. Mais pas Voltaire qui se battra quand m\u00eame pour des supplices injustes, motiv\u00e9s par l\u2019intol\u00e9rance religieuse qui survit au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le manteau de la libert\u00e9 sert \u00e0 couvrir nombre de petites cha\u00eenes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1153\" class=\"cit-num\">1153<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pr\u00e9sident de <span class=\"caps\">BROSSES<\/span> (1709-1777), Lettre \u00e0 Voltaire, septembre\u00a01758. <em>Correspondance in\u00e9dite de Voltaire avec Fr\u00e9d\u00e9ric <span class=\"caps\">II<\/span>, le Pr\u00e9sident de Brosses et autres personnages<\/em> (posthume, 1836)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Du si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, on ne retient que la pens\u00e9e des philosophes qui \u00ab\u00a0\u00e9clairent\u00a0\u00bb leur\u00a0si\u00e8cle de leur grand talent et de leurs id\u00e9es neuves. Mais des voix s\u2019\u00e9l\u00e8vent contre la \u00ab\u00a0secte\u00a0\u00bb philosophique (Fr\u00e9ron, Le Franc de Pompignan). De Brosses, magistrat frondeur, bon observateur de son pays et de quelques autres o\u00f9 il a voyag\u00e9, met en garde Voltaire\u00a0: \u00ab\u00a0Je n\u2019ai pas vu une r\u00e9publique qui f\u00fbt de mon go\u00fbt. On y est d\u00e9sol\u00e9 de piq\u00fbres d\u2019\u00e9pingles\u00a0; au lieu que chez nous, on en est quitte pour un coup d\u2019\u00e9p\u00e9e au travers du corps, et tout est dit.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les ministres passent en revue comme dans une lanterne magique. Par ma foi, notre si\u00e8cle est un pauvre si\u00e8cle, apr\u00e8s le si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1154\" class=\"cit-num\">1154<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), Lettre \u00e0 Mme\u00a0du Deffand, novembre\u00a01758, <em>Correspondance<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Choiseul succ\u00e8de \u00e0 de Bernis pour pr\u00e9parer la revanche contre l\u2019Angleterre, dans la guerre de Sept Ans qui tourne au d\u00e9sastre. Il cumule bient\u00f4t les portefeuilles de la Guerre et de la Marine. \u00c0 l\u2019inverse de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, le roi Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>\u00a0et plus tard Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> auront une f\u00e2cheuse tendance \u00e0 laisser tomber les hommes choisis pour les servir.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous savez que ces deux nations sont en guerre pour quelques arpents de neige vers le Canada, et qu\u2019elles d\u00e9pensent pour cette belle guerre beaucoup plus que tout le Canada ne vaut.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1155\" class=\"cit-num\">1155<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Candide<\/em> (1759)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans ce conte ironique qualifi\u00e9 aussi de roman d\u2019apprentissage et best-seller durable, comme dans sa <em>Correspondance<\/em>, Voltaire traite bien l\u00e9g\u00e8rement le probl\u00e8me du Canada. C\u2019est l\u2019un des enjeux de la rivalit\u00e9 entre les deux puissances coloniales du si\u00e8cle. La nation anglaise qui veut le Canada tout entier, sans les \u00e9tats d\u2019\u00e2me qui agitent la France, aura finalement ces \u00ab\u00a0arpents de neige\u00a0\u00bb et toutes les richesses de la Nouvelle-France, au trait\u00e9 de paix de Paris (1763).<\/p>\n<p>La guerre de Sept Ans sera qualifi\u00e9e par certains historiens (et par Winston Churchill) de premi\u00e8re guerre mondiale de l\u2019histoire\u00a0: l\u2019Europe, avec presque tous les pays bellig\u00e9rants, n\u2019est plus le seul th\u00e9\u00e2tre des op\u00e9rations. Il y a aussi l\u2019Am\u00e9rique du Nord et l\u2019Inde.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pour nous autres Fran\u00e7ais, nous sommes \u00e9cras\u00e9s sur terre, an\u00e9antis sur mer, sans vaisselle, sans esp\u00e9rance\u00a0; mais nous dansons fort joliment.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1157\" class=\"cit-num\">1157<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), Lettre \u00e0 M.\u00a0Bettinelli, 24\u00a0mars 1760, <em>Correspondance<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La guerre ne se joue pas sur le sol de France et ne menace pas tragiquement ses fronti\u00e8res, comme au si\u00e8cle dernier ou au si\u00e8cle suivant. Mais elle co\u00fbte de plus en plus cher au pays et la fiscalit\u00e9 s\u2019alourdit\u00a0: la capitation est augment\u00e9e, on instaure un troisi\u00e8me vingti\u00e8me jusqu\u2019\u00e0 la paix. Le probl\u00e8me n\u2019est pourtant pas que financier. L\u2019arm\u00e9e n\u2019a pas de chefs militaires dignes de ce nom et les hommes de gouvernement se r\u00e9v\u00e8lent incapables de g\u00e9rer la situation.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai appris que nous avons perdu Montr\u00e9al et par cons\u00e9quent tout le Canada. Si vous comptez sur nous pour les fourrures de cet hiver, je vous avertis que c\u2019est en Angleterre qu\u2019il faut vous adresser.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1158\" class=\"cit-num\">1158<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duc de <span class=\"caps\">CHOISEUL<\/span> (1719-1785), Lettre \u00e0 Voltaire du 12\u00a0octobre 1760. <em>Les Origines religieuses du Canada<\/em> (1924), Georges Goyau<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le ministre ironise lui aussi, en disciple et ami des philosophes, mais ce grand diplomate, devenu secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat aux Affaires \u00e9trang\u00e8res en 1758 pour venger la d\u00e9faite de Rossbach, d\u00e9plore assur\u00e9ment la perte des \u00ab\u00a0arpents de neige\u00a0\u00bb du Canada. Qu\u00e9bec a capitul\u00e9 en septembre\u00a01759 et Montr\u00e9al un an apr\u00e8s. \u00c0 l\u2019autre bout du monde, Lally-Tollendal est en train de perdre l\u2019Inde.<\/p>\n<p>Choiseul, qui va avoir de plus en plus de pouvoir (avec l\u2019appui de la Pompadour), tentera de r\u00e9organiser l\u2019arm\u00e9e, d\u00e9consid\u00e9r\u00e9e dans cette d\u00e9sastreuse guerre de Sept Ans.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je vous avoue que je n\u2019aime pas les remontrances dans ce temps-ci, et que je trouve tr\u00e8s impertinent, tr\u00e8s l\u00e2che et tr\u00e8s absurde qu\u2019on veuille emp\u00eacher le gouvernement de se d\u00e9fendre contre les Anglais.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1159\" class=\"cit-num\">1159<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), Lettre \u00e0 Mme\u00a0du Deffand, 6\u00a0ao\u00fbt\u00a01760, <em>Correspondance<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les remontrances du Parlement entravent sans cesse l\u2019\u00e9tablissement et la lev\u00e9e d\u2019imp\u00f4ts, et le pacifiste Voltaire lui-m\u00eame en est indign\u00e9. Les emprunts ne peuvent plus se faire qu\u2019\u00e0 des conditions tr\u00e8s on\u00e9reuses. Quand plus aucun financier ne veut faire l\u2019avance des imp\u00f4ts, pour payer les troupes, le roi doit envoyer faire fondre sa vaisselle d\u2019or et d\u2019argent \u00e0 la Monnaie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je voudrais, et ce sera le dernier et le plus ardent de mes souhaits, je voudrais que le dernier des rois f\u00fbt \u00e9trangl\u00e9 avec les boyaux du dernier pr\u00eatre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1165\" class=\"cit-num\">1165<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">MESLIER<\/span> (1664-1729), <em>Mon testament<\/em> (posthume, 1762)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9tonnant destin de cet homme et de cette \u0153uvre \u2013 qui doit beaucoup \u00e0 Voltaire, bien que tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9e de sa philosophie\u00a0!<\/p>\n<p>Cur\u00e9 dans les Ardennes, Meslier scandalise en prenant \u00e0 son service des bonnes trop jeunes et d\u00e9nonce en chaire les mauvais traitements du seigneur sur les paysans de sa paroisse. L\u2019\u00e9v\u00each\u00e9 semonce le cur\u00e9 comme il se doit. Meslier se range en apparence, mais \u00e9crit en secret des pages incendiaires, volumineux m\u00e9moire recopi\u00e9 en trois exemplaires et l\u00e9gu\u00e9 \u00e0 ses paroissiens apr\u00e8s sa mort (1729). Des copies circulent sous le manteau, toute l\u2019Europe des Lumi\u00e8res a lu Meslier \u2013 qui a lui-m\u00eame lu et annot\u00e9 la Bible, les auteurs latins, et Montaigne, Pascal, F\u00e9nelon, Saint-Simon.<\/p>\n<p>Voltaire d\u00e9cide de publier le <em>Testament<\/em>. Mais ce cri de haine contre le roi et la religion est d\u2019une telle violence qu\u2019il r\u00e9\u00e9crit nombre de passages, transformant l\u2019ath\u00e9isme extr\u00eame en d\u00e9isme prudent. Voltaire n\u2019est ni anarchiste ni r\u00e9volutionnaire. L\u2019histoire de la pens\u00e9e politique fera de Meslier le pr\u00e9curseur des Lumi\u00e8res, mais aussi du socialisme avant Mably et du communisme avant Babeuf.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Innocents de tout ce que les Parlements disent contre eux et coupables de tout ce qu\u2019ils ne disent pas, les condamnent \u00e0 \u00eatre lapid\u00e9s avec les pierres de Port-Royal.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1169\" class=\"cit-num\">1169<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778). <em>La France sous Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span><\/em> (1864), Alphonse Jobez<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9voquant les ruines de l\u2019abbaye jans\u00e9niste de Port-Royal d\u00e9truite en 1711 sur ordre de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, Voltaire fait le proc\u00e8s parodique des j\u00e9suites (en f\u00e9vrier\u00a01763), alors qu\u2019on essaie de liquider leurs biens et de r\u00e9gler le sort des coll\u00e8ges. Le pape Cl\u00e9ment <span class=\"caps\">XIV<\/span> supprimera la Compagnie de J\u00e9sus en 1773. La Nouvelle Compagnie sera r\u00e9tablie par Pie <span class=\"caps\">VII<\/span> en 1814, sous la Restauration.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tout ce que je vois jette les semences d\u2019une r\u00e9volution qui arrivera immanquablement et dont je n\u2019aurai pas le plaisir d\u2019\u00eatre t\u00e9moin. Les Fran\u00e7ais arrivent tard \u00e0 tout, mais enfin, ils arrivent [\u2026] Les jeunes gens sont bienheureux\u00a0; ils verront de belles choses.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1172\" class=\"cit-num\">1172<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), Lettre au marquis de Chauvelin, 2\u00a0avril 1764, <em>Correspondance<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sa pr\u00e9diction rejoint celle de Rousseau dans le <em>Contrat social<\/em> de 1762. \u00c0 part cela, les deux hommes s\u2019opposent plus que jamais.<\/p>\n<p>Sexag\u00e9naire, riche et c\u00e9l\u00e8bre, le patriarche de Ferney re\u00e7oit tout ce que le si\u00e8cle des Lumi\u00e8res compte d\u2019\u00e9crivains, de princes, d\u2019admirateurs. Mais l\u2019\u00ab\u00a0aubergiste de l\u2019Europe\u00a0\u00bb ne se contente pas d\u2019\u00e9crire, de \u00ab\u00a0cultiver son jardin\u00a0\u00bb et d\u2019observer le monde comme il va. Il se bat pour plus de justice, faisant appel \u00e0 ses amis influents, dont le ministre Choiseul et le duc de Richelieu, afin d\u2019obtenir la r\u00e9vision du proc\u00e8s Calas.<\/p>\n<p>La mise en cause des m\u00e9canismes judiciaires, une des plaies de l\u2019Ancien R\u00e9gime, est en soi un acte r\u00e9volutionnaire \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Et l\u2019attitude courageuse de Voltaire fait de lui le premier de nos \u00ab\u00a0intellectuels engag\u00e9s\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je s\u00e8me un grain qui pourra produire un jour une moisson.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1176\" class=\"cit-num\">1176<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Trait\u00e9 sur la tol\u00e9rance<\/em> (1763)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il \u00e9crit ce trait\u00e9 pour Calas, et pour que justice soit rendue. Il ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0Attendons tout du temps, de la bont\u00e9 du roi, de la sagesse de ses ministres, et de l\u2019esprit de raison qui commence \u00e0 r\u00e9pandre partout sa lumi\u00e8re.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Deux ans apr\u00e8s, c\u2019est la r\u00e9habilitation de Calas\u00a0! Les m\u00eames mots se retrouvent alors dans ses <em>Lettres<\/em>, avec cette conclusion\u00a0: \u00ab\u00a0Il y a donc de la justice et de l\u2019humanit\u00e9 chez les hommes.\u00a0\u00bb 9\u00a0mars 1765, le Grand Conseil, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9 des quarante juges, s\u2019est prononc\u00e9 en faveur du n\u00e9gociant protestant, victime d\u2019une des plus graves erreurs judiciaires du si\u00e8cle. Au terme de trois ans de lutte, c\u2019est une victoire personnelle du philosophe et le triomphe de la justice sur des institutions judiciaires souvent incomp\u00e9tentes et d\u2019autant plus partiales que l\u2019accus\u00e9 n\u2019\u00e9tait pas de religion catholique\u00a0!<\/p>\n<p>L\u2019auteur va continuer de s\u2019engager dans les grandes affaires de son temps. \u00c0 60\u00a0ans pass\u00e9s, Voltaire sait abandonner une \u0153uvre en cours, pour sauver un innocent, ou du moins sa m\u00e9moire. Alors que Rousseau, auteur de <em>l\u2019\u00c9mile<\/em>, trait\u00e9 sur l\u2019\u00e9ducation, abandonne \u00e0 l\u2019Assistance publique les cinq enfants qu\u2019il fait \u00e0 une servante illettr\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mais, monsieur de Voltaire, amant d\u00e9clar\u00e9 de la v\u00e9rit\u00e9, dites-moi de bonne foi, l\u2019avez-vous trouv\u00e9e\u00a0? Vous combattez et d\u00e9truisez toutes les erreurs\u00a0; mais que mettez-vous \u00e0 leur place\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Mme\u00a0du <span class=\"caps\">DEFFAND<\/span> (1697-1780). Lettre \u00e0 Voltaire, 28 d\u00e9cembre 1765<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Vaste question sans r\u00e9ponse\u00a0! Voltaire n\u2019est pourtant pas adepte de la \u00ab\u00a0table rase\u00a0\u00bb ni de la R\u00e9volution qu\u2019il pressent et souhaite presque malgr\u00e9 lui, comme une \u00e9vidence dans ce si\u00e8cle \u00e9clair\u00e9, mais incapable de se r\u00e9former.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 tout, notre philosophe continue de se battre pour les principes qui lui tiennent \u00e0 c\u0153ur (et \u00e0 raison), \u00e0 commencer par la tol\u00e9rance en mati\u00e8re de religion, indispensable \u00e0 la libert\u00e9 (de penser) et \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 (des droits).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On dit que cet infortun\u00e9 jeune homme est mort avec la fermet\u00e9 de Socrate\u00a0; et Socrate a moins de m\u00e9rite que lui\u00a0: car ce n\u2019est pas un grand effort, \u00e0 soixante et dix ans, de boire tranquillement un gobelet de cigu\u00eb\u00a0; mais mourir dans les supplices horribles, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de vingt et un ans\u2026\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1180\" class=\"cit-num\">1180<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), Lettre \u00e0 M. le Comte d\u2019Argental, 23\u00a0juillet 1766, <em>Correspondance<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il prend parti pour le chevalier de la Barre\u00a0: accus\u00e9 sans preuve de blasph\u00e8mes, chansons inf\u00e2mes et profanations, et de ne pas s\u2019\u00eatre d\u00e9couvert lors d\u2019une procession de la F\u00eate-Dieu, il fut condamn\u00e9 \u00e0 avoir la langue coup\u00e9e, la t\u00eate tranch\u00e9e, le corps r\u00e9duit en cendres avec un exemplaire du <em>Dictionnaire philosophique<\/em> trouv\u00e9 chez lui, le 1er\u00a0juillet 1766. C\u2019est dire si l\u2019auteur, d\u00e9fenseur des droits de l\u2019homme, se sent doublement concern\u00e9\u00a0! Comme pour Calas, Voltaire va demander la r\u00e9vision du jugement.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tant qu\u2019il y aura des fripons et des imb\u00e9ciles, il y aura des religions. La n\u00f4tre est sans contredit la plus ridicule, la plus absurde, et la plus sanguinaire qui ait jamais infect\u00e9 le monde.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), Lettre \u00e0 Fr\u00e9d\u00e9ric <span class=\"caps\">II<\/span> en 1767, <em>Correspondance<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il \u00e9crit aussi au Marquis d\u2019Argence que le christianisme est \u00ab\u00a0la superstition la plus inf\u00e2me qui ait jamais abruti les hommes et d\u00e9sol\u00e9 la terre.\u00a0\u00bb Dans sa trag\u00e9die <em>Le Fanatisme ou Mahomet le Proph\u00e8te<\/em> (1741), il accusait l\u2019Islam, une fa\u00e7on de d\u00e9noncer toutes les religions monoth\u00e9istes en m\u00eame temps que toute forme d\u2019imp\u00e9rialisme. La pi\u00e8ce fut mal accueillie et surtout mal comprise de son temps. L\u2019auteur vivra une revanche posthume avec ces deux vers devenus selon l\u2019historienne Mona Ozouf la citation reine de la R\u00e9volution\u00a0: \u00ab\u00a0Les mortels sont \u00e9gaux, ce n\u2019est pas la naissance \/ C\u2019est la seule vertu qui fait la diff\u00e9rence.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le fanatisme est une peste qui reproduit de temps en temps des germes capables d\u2019infester la terre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1057\" class=\"cit-num\">1057<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), <em>Encyclop\u00e9die<\/em>, article \u00ab\u00a0Christianisme\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><em>L\u2019Encyclop\u00e9die<\/em> est aussi hardie sur le plan religieux que prudente en politique, sauf quand Diderot prend la plume. Fr\u00e8re de Voltaire par la pens\u00e9e sur ce sujet, il \u00e9crit dans l\u2019article Intol\u00e9rance\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019intol\u00e9rant est un m\u00e9chant homme, un mauvais chr\u00e9tien, un sujet dangereux, un mauvais politique et un mauvais citoyen.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les Parisiens sont aujourd\u2019hui des sybarites, et crient qu\u2019ils sont couch\u00e9s sur des noyaux de p\u00eache, parce que leur lit de roses n\u2019est pas assez bien fait.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1183\" class=\"cit-num\">1183<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), Lettre \u00e0 Mme\u00a0de Florian, 1er\u00a0mars 1769, <em>Correspondance<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019\u00e9picurien libertin qui chantait jadis \u00ab\u00a0le superflu, chose tr\u00e8s n\u00e9cessaire\u00a0\u00bb juge \u00e0 pr\u00e9sent ses contemporains avec la sagesse d\u2019un vieux philosophe. Le Dauphin (futur Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>) exprimera bient\u00f4t la m\u00eame id\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Les Fran\u00e7ais sont inquiets et murmurateurs, les r\u00eanes du gouvernement ne sont jamais conduites \u00e0 leur gr\u00e9\u2026 On dirait que la plainte et le murmure rentrent dans l\u2019essence de leur caract\u00e8re.\u00a0\u00bb L\u2019actualit\u00e9 de certaines citations est souvent \u00e9tonnante.<\/p>\n<p>Le r\u00e8gne de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> fut un temps de longue prosp\u00e9rit\u00e9, aux cons\u00e9quences multiples\u00a0: raffinement des m\u0153urs, luxe de la bonne soci\u00e9t\u00e9 gris\u00e9e par sa propre civilisation, \u00e9clat sans pareil du Paris des salons, des caf\u00e9s, des clubs et des spectacles, rayonnement culturel de la France en Europe. Pour la masse des quelque 20\u00a0millions de paysans, cela s\u2019est traduit par un r\u00e9el mieux-\u00eatre\u00a0: malgr\u00e9 les charges fiscales, le seuil de subsistance est d\u00e9pass\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nos Fran\u00e7ais sont en pleine paix, et nous n\u2019avons pas le sou.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1191\" class=\"cit-num\">1191<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), Lettre \u00e0 Catherine <span class=\"caps\">II<\/span>, 14\u00a0janvier 1772, <em>Correspondance<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La conjoncture \u00e9conomique et agricole des quatre derni\u00e8res ann\u00e9es du r\u00e8gne est difficile \u2013 il y aura m\u00eame des \u00e9meutes de la faim, en 1773. La France se refait une arm\u00e9e, une marine, mais les imp\u00f4ts ne cessent d\u2019augmenter. Les affaires de Voltaire sont cependant prosp\u00e8res, dans la r\u00e9gion de Ferney. Et toute la future petite ville en profite.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le nombre infini de maladies qui nous tue est assez grand\u00a0; et notre vie est assez courte pour qu\u2019on puisse se passer du fl\u00e9au de la guerre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1216\" class=\"cit-num\">1216<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), Lettre \u00e0 Mme\u00a0du Deffand, 27\u00a0f\u00e9vrier 1775, <em>Correspondance<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019octog\u00e9naire \u00e9crit fid\u00e8lement \u00e0 son amie, presque aussi \u00e2g\u00e9e que lui et quasi aveugle, femme de salon qui a re\u00e7u tous les artistes en renom, brillante et s\u00e9duisante \u00e0 l\u2019image de son temps et pratiquant l\u2019art du portrait avec une talentueuse f\u00e9rocit\u00e9.<\/p>\n<p>Voltaire, de sant\u00e9 fragile durant toute sa longue vie, eut la chance de na\u00eetre en un si\u00e8cle de paix relative. Mais les exemples de guerre ne manquent pas en Europe et la France pr\u00e9pare sa revanche contre l\u2019Angleterre, apr\u00e8s la d\u00e9sastreuse guerre de Sept Ans. C\u2019est outre-Atlantique qu\u2019elle va se jouer. Les Fran\u00e7ais vont participer \u00e0 la guerre d\u2019Ind\u00e9pendance des \u00c9tats-Unis d\u2019Am\u00e9rique \u2013 ce ne sont encore que les Treize colonies. Turgot s\u2019y oppose, au motif que la France n\u2019a pas les moyens d\u2019une guerre lointaine et maritime, forc\u00e9ment co\u00fbteuse. Mais Vergennes n\u00e9gocie secr\u00e8tement, Beaumarchais trafique activement, les Insurgents re\u00e7oivent de l\u2019argent et des armes d\u00e8s 1775 et le jeune marquis de La Fayette se lancera bient\u00f4t dans l\u2019aventure, devenant le \u00ab\u00a0H\u00e9ros des deux mondes\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quelle foule pour vous acclamer\u00a0!<br>\u2014 H\u00e9las, elle serait aussi nombreuse pour assister \u00e0 mon supplice.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1228\" class=\"cit-num\">1228<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), 30\u00a0mars\u00a01778. <em>Voltaire<\/em> (1935), Andr\u00e9 Maurois<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le patriarche de Ferney, de retour \u00e0 Paris \u00e0 83\u00a0ans, est re\u00e7u comme un roi, f\u00eat\u00e9 \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie, statufi\u00e9 \u00e0 la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise (avec son buste sur la sc\u00e8ne) et ovationn\u00e9 pour sa derni\u00e8re trag\u00e9die, <em>Ir\u00e8ne<\/em>. Certes sensible \u00e0 cette gloire, il n\u2019est pas tout \u00e0 fait dupe.<\/p>\n<p>Maurois lui a consacr\u00e9 une br\u00e8ve biographie, injustement oubli\u00e9e, d\u2019autant plus qu\u2019il fut le premier \u00e0 le faire et le seul, avec Max Gallo (en 2008). Il dit le paradoxe de cet homme si peu philosophe et\u00a0 devenu le plus illustre de son temps. C\u2019est qu\u2019il incarne id\u00e9alement ce si\u00e8cle bourgeois et gentilhomme, universel et frivole, scientifique et mondain, europ\u00e9en et plus que tout fran\u00e7ais. Le reste du monde appr\u00e9cie sa clart\u00e9, son esprit, sa politesse, son bonheur de vivre malgr\u00e9 tout et jusqu\u2019au bout. Gr\u00e2ce \u00e0 lui, notre langue est celle de l\u2019\u00e9lite pensante, parl\u00e9e dans toutes les cours europ\u00e9ennes, tandis que Voltaire f\u00eat\u00e9 \u00e0 Paris se pla\u00eet plus que tout \u00e0 jouer l\u2019aubergiste de l\u2019Europe en son domaine de Ferney.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je meurs en adorant Dieu, en aimant mes amis, en ne ha\u00efssant pas mes ennemis, en d\u00e9testant la superstition.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1229\" class=\"cit-num\">1229<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), profession de foi manuscrite, 18\u00a0f\u00e9vrier 1778. \u00ab\u00a0Mot de la fin\u00a0\u00bb \u00e9crit. <em>Choix de testaments anciens et modernes<\/em> (1829), Gabriel Peignot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Derniers mots \u00e9crits de sa plume et pour la tol\u00e9rance, le combat de sa vie. Il meurt le 30\u00a0mai. Ses cendres seront transf\u00e9r\u00e9es au Panth\u00e9on sous la R\u00e9volution \u2013 seul philosophe \u00e0 avoir cet honneur avec Rousseau, son intime ennemi. Rappelons l\u2019\u00e9pigramme qui lui est attribu\u00e9e, dat\u00e9e de juin\u00a0: \u00ab\u00a0Plus bel esprit que grand g\u00e9nie, \/ Sans loi, sans m\u0153urs et sans vertu, \/ Il est mort comme il a v\u00e9cu, \/ Couvert de gloire et d\u2019infamie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Rousseau mourra deux mois apr\u00e8s \u00e0 Ermenonville. Fin d\u2019une longue gu\u00e9rilla philosophico-pol\u00e9mique, qui ne fit honneur \u00e0 aucun des deux personnages, si talentueux (ou g\u00e9niaux) fussent-ils.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il combattit les ath\u00e9es et les fanatiques. <br>Il inspira la tol\u00e9rance. Il r\u00e9clama les droits de l\u2019homme contre la servitude de la f\u00e9odalit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9pitaphe entour\u00e9e de deux anges, sur le tombeau en pierre de Voltaire<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est l\u2019occasion de r\u00e9tablir une v\u00e9rit\u00e9 parfois m\u00e9connue. Voltaire \u00e9tait d\u00e9iste fervent\u00a0: \u00ab\u00a0Si Dieu n\u2019existait pas, il faudrait l\u2019inventer\u00a0\u00bb (<em>\u00c9p\u00eetres<\/em>). Mais il s\u2019en prend \u00e0 la religion qui cr\u00e9e l\u2019intol\u00e9rance et en France, au catholicisme qui b\u00e9n\u00e9ficie de l\u2019appui du pouvoir civil.<\/p>\n<p>Derni\u00e8re originalit\u00e9\u00a0: le c\u0153ur de Voltaire (parfaitement authentifi\u00e9) repose \u00e0 la Biblioth\u00e8que nationale, apr\u00e8s un long parcours et un s\u00e9jour dans son ch\u00e2teau de Ferney.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Laissez\u00a0! Il sera bien assez puni d\u2019entendre la messe chaque matin.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span>\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> (1755-1824), cit\u00e9 par Etienne Lor\u00e9dan Larchey,<em> <span class=\"caps\">L\u2019E<\/span>sprit de tout le monde-Riposteurs<\/em> (1893)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Quand la Restauration rendit le Panth\u00e9on au culte (destination premi\u00e8re du monumental \u00e9difice parisien), il fut question d\u2019expulser les restes de Voltaire, incroyant notoire. Le roi\u00a0s\u2019y opposa, avec son humour bien connu.\u00a0C\u2019est ainsi que Voltaire \u00e9chappa au d\u00e9shonneur d\u2019une d\u00e9panth\u00e9onisation\u00a0!<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tomes_portraits-8.jpg\" width=\"780\" height=\"344\"><\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Retrouvez tous les personnages dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<p>Les personnages marquent leur \u00e9poque et bien au-del\u00e0\u00a0: ils sont les auteurs et acteurs de l\u2019Histoire, avant que les historiens ne commentent et r\u00e9\u00e9crivent le r\u00e9cit national.<br>Quant aux citations, leur int\u00e9r\u00eat n\u2019est plus \u00e0 prouver\u00a0: en quelques mots bien choisis, sourc\u00e9s et contextualis\u00e9s, le pass\u00e9 reprend vie et fait sens.<br>Plus ou moins connus, voire c\u00e9l\u00e8bres et toujours \u00e0 red\u00e9couvrir, voici 200 noms avec plus d\u2019un quart de femmes et un invit\u00e9 surprise, le peuple anonyme (chansons, slogans\u2026)<\/p>\n<p>Aiglon l\u2019- Anne d\u2019Autriche \u2013 Anne de Bretagne \u2013 Anne de France \u2013 Aragon \u2013 Aron \u2013 Aubign\u00e9 d\u2019- Auclert Hubertine \u2013 Auriol \u2013 Badinter \u2013 Baker Jos\u00e9phine \u2013 Barre \u2013 Beaumarchais \u2013 Beauvoir Simone de \u2013 Bellay du \u2013 B\u00e9ranger \u2013 Bernhardt Sarah \u2013 Berry duchesse de \u2013 Bismarck \u2013 Blanc (Louis) \u2013 Blanche de Castille \u2013 Blanqui \u2013 Blum \u2013 Bonaparte Pauline \u2013 Bossuet \u2013 Boulanger g\u00e9n\u00e9ral \u2013 Brasillach \u2013 Briand \u2013 Bugeaud \u2013 Callas Maria \u2013 Cambac\u00e9r\u00e8s \u2013 Camus \u2013 Catherine de M\u00e9dicis \u2013 C\u00e9sar \u2013 Chaban-Delmas \u2013 Chamfort \u2013 Chanel Coco \u2013 Charlemagne \u2013 Charles <span class=\"caps\">IX<\/span> \u2013 Charles X \u2013 Chateaubriand \u2013 Ch\u00e2telet \u00c9milie du \u2013 Chirac \u2013 Claudel \u2013 Claudel Camille \u2013 Clemenceau \u2013 Clotilde \u2013 Clovis \u2013 Colbert \u2013 Colette (Mme) \u2013 Condorcet \u2013 Corday Charlotte \u2013 Cresson \u00c9dith \u2013 Curie Marie et Pierre \u2013 Danton \u2013 Debr\u00e9 \u2013 Deffand Mme du \u2013 Descartes \u2013 Deschanel \u2013 Desmoulins \u2013 Diderot \u2013 Dreyfus \u2013 Du Guesclin \u2013 Dubois abb\u00e9 \u2013 Dumont (Ren\u00e9) \u2013 Eug\u00e9nie de Montijo \u2013 Fabius \u2013 Ferry \u2013 Flaubert \u2013 Foch \u2013 Fouch\u00e9 \u2013 Fouquet \u2013 Fouquier-Tinville \u2013 France (Anatole) \u2013 Fran\u00e7ois Ier \u2013 Gambetta \u2013 Gaulle de \u2013 Gaulle Yvonne de \u2013 Giroud Fran\u00e7oise \u2013 Giscard d\u2019Estaing \u2013 Gouges Olympe de \u2013 Gr\u00e9goire abb\u00e9 \u2013 Gr\u00e9vy \u2013 Guillotin \u2013 Guizot \u2013 Guy Alice \u2013 Halimi Gis\u00e8le \u2013 Henri <span class=\"caps\">III<\/span> \u2013 Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> \u2013 Henriette d\u2019Angleterre \u2013 Hugo \u2013 Isabeau de Bavi\u00e8re \u2013 Jaur\u00e8s \u2013 Jeanne d\u2019Arc \u2013 Joffre \u2013 Jos\u00e9phine de Beauharnais \u2013 L\u2019Hospital de \u2013 La Bruy\u00e8re \u2013 La Fayette \u2013 Lamartine \u2013 Louis <span class=\"caps\">IX<\/span> \u2013 Louis <span class=\"caps\">XI<\/span> \u2013 Louis <span class=\"caps\">XII<\/span> \u2013 Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span> \u2013 Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> \u2013 Louis <span class=\"caps\">XV<\/span> \u2013 Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span> \u2013 Louis <span class=\"caps\">XVII<\/span> (Dauphin) \u2013 Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> \u2013 Louis-Philippe \u2013 Louise de Savoie \u2013 Lyautey \u2013 Mac-Mahon \u2013 Macron \u2013 Madame M\u00e8re \u2013 Madame Royale \u2013\u00a0 Mademoiselle la Grande \u2013 Maintenon Mme de \u2013 Malraux \u2013 Marat \u2013 Marchais \u2013 Marguerite de Navarre \u2013 Marguerite de Valois \u2013 Marie de M\u00e9dicis \u2013 Marie Leczinska \u2013 Marie Stuart \u2013 Marie-Antoinette \u2013\u00a0 Marie-Louise \u2013 Marvingt Marie \u2013 Marx \u2013 Mauriac \u2013 Mauroy \u2013 Maurras \u2013 Mazarin \u2013 Michel Louise \u2013 Michelet \u2013 Mirabeau \u2013 Mitterrand \u2013 Moli\u00e8re \u2013 Monnet \u2013 Montaigne \u2013 Montespan marquise de \u2013 Montesquieu \u2013 Montherlant \u2013 Moulin \u2013 Napol\u00e9on \u2013 Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span> \u2013 Palatine La (princesse) \u2013 Pascal \u2013 P\u00e9guy \u2013 P\u00e9tain \u2013 peuple (le) \u2013 Philippe Auguste \u2013 Philippe d\u2019Orl\u00e9ans (le R\u00e9gent) \u2013 Philippe le Bel \u2013 Picasso \u2013 Pinay \u2013 Pisan Christine de \u2013 Poincar\u00e9 \u2013 Poitiers Diane de \u2013 Pompadour marquise de \u2013 Pompidou \u2013 Proudhon \u2013 Rabelais \u2013 R\u00e9camier Juliette \u2013 Richelieu \u2013 Rivarol \u2013 Robespierre \u2013 Rocard \u2013 Rochefort \u2013 Roland Mme \u2013 Ronsard \u2013 Rousseau \u2013 Saint-Exup\u00e9ry \u2013 Saint-Just \u2013 Saint-Simon comte de \u2013\u00a0 Saint-Simon duc de \u2013 Sand George \u2013 Sarkozy \u2013 Sartre \u2013 Schoelcher \u2013 Schuman\u00a0\u2013 S\u00e9vign\u00e9 marquise de \u2013 Siey\u00e8s abb\u00e9 \u2013 Sorel Agn\u00e8s \u2013 Sta\u00ebl Mme de \u2013 Sully \u2013 Talleyrand \u2013 Tallien \u2013 Tallien Mme \u2013 Thiers \u2013 Thorez \u2013 Tocqueville \u2013 Turgot \u2013 Val\u00e9ry \u2013 Veil Simone \u2013 Vercing\u00e9torix \u2013 Vergniaud \u2013 Villepin \u2013 Voltaire \u2013 Weill Simone \u2013 Weiss Louise \u2013 Zola<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: 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