{"id":9761,"date":"2023-10-02T00:00:00","date_gmt":"2023-10-01T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/portrait-de-denis-diderot-en-citations\/"},"modified":"2026-06-16T09:31:05","modified_gmt":"2026-06-16T07:31:05","slug":"portrait-de-denis-diderot-en-citations","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/portrait-de-denis-diderot-en-citations\/","title":{"rendered":"Portrait de Denis Diderot en citations"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>Diderot doit ses deux surnoms \u2013 le \u00ab\u00a0Pantophile\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Fr\u00e8re Tonpla\u00a0\u00bb \u2013 \u00e0 Voltaire. Bien trouv\u00e9 pour cet amoureux de la vie sous toutes ses formes, faisant profession de philosopher en cultivant les paradoxes \u00e0 l\u2019inverse de la logique ch\u00e8re \u00e0 Platon (d\u2019o\u00f9 l\u2019ironie du verlan)\u00a0!<\/p>\n<p>Voici un personnage aussi attachant qu\u2019original\u00a0: infatigable travailleur \u00e9chappant \u00e0 toute d\u00e9finition et ne cessant\u00a0 de changer au fil d\u2019une vie bien remplie, plut\u00f4t r\u00e9ussie et globalement heureuse, en ce si\u00e8cle des Lumi\u00e8res o\u00f9 le bonheur s\u2019affiche et l\u2019optimisme fait loi. Rousseau qui fait exception \u00e0 la r\u00e8gle se f\u00e2chera d\u2019ailleurs avec l\u2019ami Diderot.<\/p>\n<p>Penseur pragmatique, il se distingue des philosophes th\u00e9oriques, \u00e0 commencer par Montesquieu et son<em> Esprit des lois<\/em>. Loin de chercher un syst\u00e8me coh\u00e9rent comme le Contrat social de Rousseau, Diderot se pla\u00eet \u00e0 rassembler les id\u00e9es pour mieux les opposer et \u00ab\u00a0diderote\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019infini.<br>Ce parti pris se retrouve dans la forme dialogu\u00e9e de ses fictions (romans, contes, th\u00e9\u00e2tre) o\u00f9 aucun personnage n\u2019est le porte-parole de l\u2019auteur, cependant que des versions successives peuvent se contredire. Mais l\u2019essentiel de son \u0153uvre est ailleurs.<\/p>\n<p>Son nom reste attach\u00e9 \u00e0<em> l\u2019Encyclop\u00e9die<\/em>. Promoteur et principal r\u00e9dacteur de ce ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e9ditorial, Diderot invite ses confr\u00e8res \u00e0 s\u2019exprimer, signant lui-m\u00eame plus de 3 000 articles o\u00f9 il peut prendre parti jusqu\u2019au militantisme \u2013 contre Dieu et la religion, pour la libert\u00e9 sous toutes ses formes. Sa modernit\u00e9 va de pair avec son go\u00fbt pour les id\u00e9es neuves, sa curiosit\u00e9 pour les sciences, la hardiesse de sa pens\u00e9e \u2013 d\u2019o\u00f9 quelques d\u00e9boires avec les autorit\u00e9s. Il incarne en cela l\u2019\u00e9crivain-philosophe.<\/p>\n<p>Il reste \u00e9galement connu pour ses <em>Salons<\/em> artistiques au ton tr\u00e8s personnel, laissant alors libre cours \u00e0 son g\u00e9nie d\u2019expression et sa sensibilit\u00e9. Quant \u00e0 son abondante <em>Correspondance<\/em>, elle refl\u00e8te ses go\u00fbts (y compris en mati\u00e8re de femme) et ses engagements.<\/p>\n<p>Pris entre les \u00ab\u00a0lumi\u00e8res de la raison\u00a0\u00bb du <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e et les \u00ab\u00a0transports de la sensibilit\u00e9\u00a0\u00bb du romantisme \u00e0 venir, Diderot place la dignit\u00e9 de l\u2019homme dans la qu\u00eate plut\u00f4t que la d\u00e9couverte de la v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>Multiple dans ses formes d\u2019expression, tout en paradoxes, digressions, mises en abyme, impossible \u00e0 r\u00e9sumer comme Montesquieu ou Rousseau ni \u00e0 cerner comme Voltaire, l\u2019essentiel de sa mission l\u2019apparente quand m\u00eame \u00e0 tous les philosophes des Lumi\u00e8res\u00a0: former des citoyens \u00e9clair\u00e9s.<\/p>\n<p>1. Autoportrait de Diderot, la complexit\u00e9 fait homme. <br>2. Chronique personnelle r\u00e9sum\u00e9e en quelques faits et quelques noms marquants. <br>3. Principal contributeur \u00e0<em> l\u2019Encyclop\u00e9die<\/em> (1751-1772), \u0153uvre majeure qui fait sa c\u00e9l\u00e9brit\u00e9.<br>4. Critique d\u2019art et initiateur inspir\u00e9 des Salons (r\u00e9dig\u00e9s entre 1759 et 1781).<br>5. Auteur de th\u00e9\u00e2tre, romans, contes et autres dialogues \u00e0 la pens\u00e9e litt\u00e9ralement insaisissable.<br>6. Ath\u00e9e militant entre autres engagements politiques exemplaires du philosophe. <br>7. Jugements divers sur \u00ab\u00a0Fr\u00e8re Tonpla\u00a0\u00bb dit aussi \u00ab\u00a0le Pantophile\u00a0\u00bb cher \u00e0 Voltaire.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto; margin-right: auto;\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-4-61.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<h4>1. Autoportrait de Diderot, la complexit\u00e9 fait homme.<\/h4>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Sa complexit\u00e9 assum\u00e9e<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dire que l\u2019homme est un compos\u00e9 de force et de faiblesse, de lumi\u00e8re et d\u2019aveuglement, de petitesse et de grandeur, ce n\u2019est pas lui faire son proc\u00e8s, c\u2019est le d\u00e9finir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1053\" class=\"cit-num\">1053<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), <em>Addition aux pens\u00e9es philosophiques<\/em> (1762)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c2g\u00e9 de 57\u00a0ans, il fait ici son autoportrait. Sensible \u00e0 l\u2019exc\u00e8s, extr\u00eame en tout, dans ses sentiments comme dans ses jugements, sensuel, extraverti, com\u00e9dien et penseur, jouant du paradoxe, p\u00e9chant par exc\u00e8s de mots et d\u00e9faut de rigueur.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019enrage d\u2019\u00eatre emp\u00eatr\u00e9 d\u2019une diable de philosophie que mon esprit ne peut s\u2019emp\u00eacher d\u2019approuver, ni mon c\u0153ur de d\u00e9mentir.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), <em>Correspondance<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il sera toute sa vie tiraill\u00e9 entre les lumi\u00e8res de la raison et les transports de la passion, \u00e0 l\u2019image du tournant du si\u00e8cle, entre Lumi\u00e8res et romantisme. Mais Diderot en souffre moins que Rousseau et surtout moins qu\u2019il ne le dit, car la contradiction est le moteur de sa pens\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Notre v\u00e9ritable sentiment n\u2019est pas celui dans lequel nous n\u2019avons jamais vacill\u00e9, mais celui auquel nous sommes le plus habituellement revenus.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), <em>Entretien entre D\u2019Alembert et Diderot<\/em>, 1769<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il pr\u00e9tend quand m\u00eame \u00e0 une certaine logique dans ses <em>Entretiens\u00a0avec d\u2019Alembert<\/em>, philosophe et math\u00e9maticien qu\u2019il appelle pour co-diriger la grande entreprise de <em>l\u2019Encyclop\u00e9die.<\/em><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous sommes l\u2019univers entier. Vrai ou faux, j\u2019aime ce syst\u00e8me qui m\u2019identifie avec tout ce qui m\u2019est cher.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1054\" class=\"cit-num\">1054<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), Lettres, \u00e0 Falconet. <em>M\u00e9moires, correspondance et ouvrages in\u00e9dits de Diderot<\/em> (1831)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Curiosit\u00e9 universelle, culture \u00ab\u00a0encyclop\u00e9dique\u00a0\u00bb, auteur d\u2019une \u0153uvre aussi foisonnante, amoureux de la nature et adorant la soci\u00e9t\u00e9, il est aussi \u00e0 l\u2019aise avec les petites gens (n\u00e9 de modeste bourgeoisie, d\u00e9but de vie boh\u00e8me, mari\u00e9 \u00e0 une ling\u00e8re) qu\u2019avec les intellectuels des salons et les Grands. En cela, Diderot est bien l\u2019homme de son\u00a0si\u00e8cle. Il l\u2019est aussi par son don de bonheur.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Sa relation au bonheur<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019y a qu\u2019un devoir, c\u2019est d\u2019\u00eatre heureux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), <em>Essai sur la vie de S\u00e9n\u00e8que le philosophe, sur ses \u00e9crits et sur les r\u00e8gnes de Claude et de N\u00e9ron<\/em> (1778)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il va r\u00e9p\u00e9ter cette id\u00e9e force comme une \u00e9vidence\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Ma pente naturelle, invincible, inali\u00e9nable, est d\u2019\u00eatre heureux.\u00a0\u00bb Montesquieu l\u2019a dit avant lui, Voltaire le confirmera toute sa vie \u2013 seul Rousseau fera exception \u00e0 cette r\u00e8gle philosophique des Lumi\u00e8res.<\/p>\n<p>Mais le bonheur de Diderot n\u2019a rien d\u2019\u00e9go\u00efste\u00a0et rel\u00e8ve d\u2019une forme de morale. Trois citations en t\u00e9moignent.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le chemin du bonheur est le chemin m\u00eame de la vertu.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784). <em>Introduction aux grands principes ou R\u00e9ception d\u2019un philosophe<\/em>, 1763<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Se jeter dans les extr\u00eames, voil\u00e0 la r\u00e8gle du po\u00e8te. Garder en tout un juste milieu, voil\u00e0 le bonheur.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), Salon de 1767<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019homme le plus heureux est celui qui fait le bonheur d\u2019un plus grand nombre d\u2019autres.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), <em>Dictionnaire des hommes<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette intime conviction t\u00e9moigne d\u2019une sociabilit\u00e9 qui caract\u00e9rise le si\u00e8cle des caf\u00e9s et des salons, mais aussi de la \u00ab\u00a0th\u00e9\u00e2tromanie\u00a0\u00bb qui ne concerne pas que la \u00ab\u00a0bonne soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb parisienne. Chez Diderot, elle donne un sens \u00e0 ses \u0153uvres majeures, \u00e0 commencer par<em> l\u2019Encyclop\u00e9die<\/em> qui a pour mission de r\u00e9pandre le savoir, avec la certitude qu\u2019un lecteur \u00e9clair\u00e9 sera plus heureux. Cette mission de \u00ab\u00a0vulgarisation\u00a0\u00bb des connaissances au meilleur sens du terme vaut \u00e9galement pour ses <em>Salons<\/em>, dans le domaine artistique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un plaisir qui n\u2019est que pour moi me touche faiblement et dure peu. C\u2019est pour moi et pour mes amis que je lis, que je r\u00e9fl\u00e9chis, que j\u2019\u00e9cris, que je m\u00e9dite, que j\u2019entends, que je regarde, que je sens.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784),<em> Salon de 1767<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il d\u00e9taille cette \u00e9vidence\u00a0et ce go\u00fbt du partage\u00a0: \u00ab\u00a0Dans leur absence, ma d\u00e9votion rapporte tout \u00e0 eux. Je songe sans cesse \u00e0 leur bonheur. Une belle ligne me frappe-t-elle\u00a0; ils la sauront. Ai-je rencontr\u00e9 un beau trait, je me promets de leur en faire part. Ai-je sous les yeux quelque spectacle enchanteur, sans m\u2019en apercevoir je m\u00e9dite le r\u00e9cit pour eux. Je leur ai consacr\u00e9 l\u2019usage de tous mes sens et de toutes mes facult\u00e9s\u00a0; et c\u2019est peut-\u00eatre la raison pour laquelle tout s\u2019exag\u00e8re, tout s\u2019enrichit un peu dans mon imagination et dans mon discours. Ils m\u2019en font quelquefois un reproche\u00a0; les ingrats\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y a autant de mani\u00e8res d\u2019\u00eatre heureux qu\u2019il y a d\u2019individus.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), <em>Observations sur l\u2019instruction de <span class=\"caps\">S.M.I.<\/span><\/em> (Catherine <span class=\"caps\">II<\/span>) aux d\u00e9put\u00e9s pour la confection des lois (1774)<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Toute l\u2019\u00e9conomie de la soci\u00e9t\u00e9 humaine est appuy\u00e9e sur ce principe g\u00e9n\u00e9ral et simple\u00a0: je veux \u00eatre heureux\u00a0; je vis avec des hommes qui comme moi veulent \u00eatre heureux \u00e9galement chacun de leur c\u00f4t\u00e9. Cherchons le moyen de procurer notre bonheur en procurant le leur, ou du moins sans jamais y nuire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), <em>Encyclop\u00e9die<\/em>, Article \u00ab\u00a0Soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb, 1751<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Que les peuples seront heureux quand les rois seront philosophes, ou quand les philosophes seront rois\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1058\" class=\"cit-num\">1058<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), <em>Encyclop\u00e9die<\/em>, article \u00ab\u00a0Philosophe\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Diderot cite ici l\u2019empereur Antonin. Affichant son humanisme, il cite aussi (en latin)\u00a0: \u00ab\u00a0Je suis homme, et rien d\u2019humain ne me para\u00eet \u00e9tranger.\u00a0\u00bb Sa morale n\u2019est plus individuelle, mais sociale\u00a0: c\u2019est la seule qui importe, qui contribue au bonheur de l\u2019esp\u00e8ce, de \u00ab\u00a0la grande famille humaine\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Un travailleur acharn\u00e9<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Plut\u00f4t s\u2019user que se rouiller.\u00a0\u00bb\u00a0<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), sa devise, <em>Essai sur la vie de S\u00e9n\u00e8que le philosophe, sur ses \u00e9crits et sur les r\u00e8gnes de Claude et de N\u00e9ron<\/em> (1778)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Hyperactif et inventif, il a travaill\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la limite de ses forces, toujours pr\u00eat \u00e0 rendre service, \u00e0 r\u00e9diger des \u00ab\u00a0contributions\u00a0\u00bb non sign\u00e9es, y compris des sermons pour un ami abb\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque de sa tonsure, et \u00e0 se battre pour les gens qu\u2019il aime ou les causes qu\u2019il d\u00e9fend, auteur tout terrain \u2013 philosophie, th\u00e9\u00e2tre, roman, conte, essai, traduction, correspondance, critique litt\u00e9raire et critique d\u2019art (les fameux <em>Salons<\/em>). Correcteur et lecteur infatigable,<em> l\u2019Encyclop\u00e9die<\/em> l\u2019occupe presque \u00e0 plein temps durant plus de vingt ans. Il a r\u00e9dig\u00e9 personnellement plus de 3 000 articles \u2013 soit une moyenne de quatre par jour\u00a0! Il s\u2019occupe aussi de la collecte et la r\u00e9alisation des planches qui illustrent cette \u0153uvre monumentale.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le travail, entre autres avantages, a celui de raccourcir les journ\u00e9es et d\u2019\u00e9tendre la vie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), <em>Essai sur la vie de S\u00e9n\u00e8que le philosophe, sur ses \u00e9crits et sur les r\u00e8gnes de Claude et de N\u00e9ron<\/em> (1778)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Curiosit\u00e9 universelle, culture \u00ab\u00a0encyclop\u00e9dique\u00a0\u00bb, travailleur infatigable, auteur d\u2019une \u0153uvre aussi foisonnante que d\u00e9sordonn\u00e9e, amoureux de la nature et adorant la soci\u00e9t\u00e9, il est aussi \u00e0 l\u2019aise avec les petites gens (n\u00e9 de modeste bourgeoisie, d\u00e9but de vie boh\u00e8me, mari\u00e9 \u00e0 une ling\u00e8re) qu\u2019avec les intellectuels des salons et les Grands. En cela, Diderot est bien l\u2019homme de son\u00a0si\u00e8cle. Il mourra \u00e0 70 ans, apr\u00e8s une vie plut\u00f4t heureuse et passionn\u00e9e, mais quand m\u00eame \u00e9puisante.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ne f\u00eet-on que des \u00e9pingles, il faut \u00eatre enthousiaste de son m\u00e9tier pour y exceller.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), <em>Observations sur la sculpture et sur Bouchardon<\/em> (1763)<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On doit exiger de moi que je cherche la v\u00e9rit\u00e9, mais non que je la trouve.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), <em>Pens\u00e9es philosophiques<\/em> (1746), sa premi\u00e8re \u0153uvre personnelle publi\u00e9e<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce qui caract\u00e9rise le philosophe et le distingue du vulgaire, c\u2019est qu\u2019il n\u2019admet rien sans preuve, qu\u2019il n\u2019acquiesce point \u00e0 des notions trompeuses et qu\u2019il pose exactement les limites du certain, du probable et du douteux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784). Lettre \u00e0 Sophie Volland, 26 septembre 1762<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Regard sur ses portraits\u00a0: comment il se voit en peinture.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019homme est le terme unique d\u2019o\u00f9 il faut partir et auquel il faut tout ramener.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), <em>Encyclop\u00e9die<\/em>, Article \u00ab\u00a0Encyclop\u00e9die\u00a0\u00bb, 1751<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce pourrait \u00eatre la d\u00e9finition-m\u00eame de l\u2019humanisme.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je n\u2019ai jamais \u00e9t\u00e9 bien fait que par un pauvre diable appel\u00e9 Garand, qui m\u2019attrapa, comme il arrive \u00e0 un sot qui dit un bon mot. Celui qui voit mon portrait par Garand, me voit.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), Salon de 1767<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est tout le contraire d\u2019une \u0153uvre sign\u00e9e \u00c9tienne Maurice Falconet\u00a0: \u00ab\u00a0Je dirais seulement de ce mauvais buste, qu\u2019on y voyait les traces d\u2019une peine d\u2019\u00e2me secr\u00e8te dont j\u2019\u00e9tais d\u00e9vor\u00e9 quand l\u2019artiste le fit.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Moi, j\u2019aime Michel, mais j\u2019aime encore mieux la v\u00e9rit\u00e9. Assez ressemblant\u00a0; tr\u00e8s vivant\u00a0; c\u2019est sa douceur, avec sa vivacit\u00e9\u00a0; mais trop jeune, t\u00eate trop petite, joli comme une femme, lorgnant, souriant, mignard, faisant le petit bec, la bouche en c\u0153ur\u00a0; et puis un luxe de v\u00eatement \u00e0 ruiner le pauvre litt\u00e9rateur, si le receveur de la capitation vient l\u2019imposer sur sa robe de chambre. L\u2019\u00e9critoire, les livres, les accessoires aussi bien qu\u2019il est possible\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), Salon de 1767, \u00e0 propos de son portait par Louis Michel van Loo<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est aujourd\u2019hui le tableau le plus c\u00e9l\u00e8bre de Diderot. Sa femme appr\u00e9cie moins\u00a0: \u00ab\u00a0Mme Diderot pr\u00e9tend qu\u2019on m\u2019a donn\u00e9 l\u2019air d\u2019une vieille coquette qui fait le petit bec et a encore des pr\u00e9tentions. Il y a bien quelque chose de vrai dans cette critique. Quoi qu\u2019il en soit, c\u2019est une marque d\u2019amiti\u00e9 de la part d\u2019un excellent homme, qui doit m\u2019\u00eatre et me sera toujours pr\u00e9cieuse.\u00a0\u00bb Lettre \u00e0 Sophie Volland, 11 octobre 1767.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Ses intimes convictions qui seront aussi des id\u00e9es fixes.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0H\u00e2tons-nous de rendre la philosophie populaire. Si nous voulons que les philosophes marchent en avant, approchons le peuple du point o\u00f9 en sont les philosophes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1066\" class=\"cit-num\">1066<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), <em>Pens\u00e9es sur l\u2019interpr\u00e9tation de la nature<\/em> (1753)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Diderot qui initie un vaste public (sinon d\u00e9j\u00e0 le grand public) aux choses de l\u2019art par ses brillants comptes rendus (Salons) est avant tout le ma\u00eetre d\u2019\u0153uvre infatigable de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>. Il signe plus de 3 000 articles sur les sujets les plus divers\u00a0: philosophie et litt\u00e9rature, morale et religion, politique et \u00e9conomie, arts appliqu\u00e9s. Le plus grand agitateur d\u2019id\u00e9es du <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e si\u00e8cle aura une influence consid\u00e9rable sur ses contemporains, sur le <span class=\"caps\">XIX<\/span>e et jusqu\u2019\u00e0 nos jours.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le premier pas vers la philosophie, c\u2019est l\u2019incr\u00e9dulit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784).<em> Les \u0152uvres romanesques de Diderot<\/em> (nouvelle \u00e9dition en 1964)<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous avons trois moyens principaux\u00a0: l\u2019observation de la nature, la r\u00e9flexion et l\u2019exp\u00e9rience. L\u2019observation recueille les faits\u00a0; la r\u00e9flexion les combine\u00a0; l\u2019exp\u00e9rience v\u00e9rifie le r\u00e9sultat de la combinaison.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), <em>Pens\u00e9es sur l\u2019interpr\u00e9tation de la nature,<\/em> 1754<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce qu\u2019on n\u2019a jamais mis en question n\u2019a point \u00e9t\u00e9 prouv\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), <em>Pens\u00e9es philosophiques<\/em> (1746)<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est certain qu\u2019il y a des circonstances o\u00f9 l\u2019on est forc\u00e9 de suppl\u00e9er \u00e0 l\u2019ongle du lion, qui nous manque, par la queue du renard.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), <em>Principes de politique des souverains<\/em> (1774)<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y a des hommes dont il est glorieux d\u2019\u00eatre ha\u00ef.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), <em>Essai sur la vie de S\u00e9n\u00e8que le philosophe, sur ses \u00e9crits et sur les r\u00e8gnes de Claude et de N\u00e9ron<\/em> (1778)<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les po\u00e8tes, proph\u00e8tes et presbytes sont sujets \u00e0 voir les mouches comme des \u00e9l\u00e9phants\u00a0; les philosophes myopes \u00e0 r\u00e9duire les \u00e9l\u00e9phants \u00e0 des mouches. La po\u00e9sie et la philosophie sont les deux bouts de la lunette.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), Salon de 1767\u00a0\u00bb \u00c0 propos d\u2019un tableau d\u2019Hubert Robert, \u00ab\u00a0Ruines et Paysages\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La nature n\u2019a fait ni serviteurs ni ma\u00eetres. Je ne veux ni donner, ni recevoir de lois.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784). <em>Les Eleuth\u00e9romanes<\/em> (1772)<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il ne faut de la morale et de la vertu qu\u2019\u00e0 ceux qui ob\u00e9issent.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), <em>Principes de politique des souverains<\/em> (1774)<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La vraie gloire ne consiste ni \u00e0 mourir, ni \u00e0 vivre, mais \u00e0 bien faire l\u2019un et l\u2019autre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), <em>Essai sur la vie de S\u00e9n\u00e8que le philosophe, sur ses \u00e9crits et sur les r\u00e8gnes de Claude et de N\u00e9ron<\/em> (1778)<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand on ne veut pas \u00eatre faible, il faut souvent \u00eatre ingrat.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), <em>Principes de politique des souverains<\/em> (1774)<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Celui qui a besoin d\u2019un protocole n\u2019ira jamais loin\u00a0; les g\u00e9nies lisent peu, pratiquent beaucoup et se font d\u2019eux-m\u00eames.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), <em>Le Neveu de Rameau<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il ne suffit pas de faire le bien, il faut encore le bien faire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), <em>Les maximes, r\u00e9flexions et pens\u00e9es<\/em> (1784)<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand on est indiff\u00e9rent \u00e0 tout, on n\u2019est rien, ou l\u2019on est une pierre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784),<em> Les maximes, r\u00e9flexions et pens\u00e9es<\/em> (1784)<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019amour \u00f4te l\u2019esprit \u00e0 ceux qui en ont, et en donne \u00e0 ceux qui n\u2019en ont pas.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784). <em>Paradoxe sur le com\u00e9dien<\/em> (1770)<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les erreurs passent, il n\u2019y a que le vrai qui reste.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), <em>Pages contre un tyran<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0M\u00e9fiez-vous de celui qui veut mettre de l\u2019ordre. Ordonner, c\u2019est toujours se rendre le ma\u00eetre des autres en les g\u00eanant.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Denis <span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), <em>Suppl\u00e9ment au Voyage de Bougainville<\/em> (1772)<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mille hommes qui ne craignent pas pour leur vie, sont plus redoutables que dix mille qui craignent pour leur fortune.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), <em>Essai sur la vie de S\u00e9n\u00e8que le philosophe, sur ses \u00e9crits et sur les r\u00e8gnes de Claude et de N\u00e9ron<\/em> (1778)<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous savons ha\u00efr, mais nous ne savons pas aimer.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784). Lettre \u00e0 Sophie Volland<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est bien rare que le c\u0153ur mente\u00a0; mais on n\u2019aime pas \u00e0 l\u2019\u00e9couter.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784). Lettres \u00e0 Sophie Volland<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Rien ne captive plus fortement que l\u2019exemple de la vertu, pas m\u00eame l\u2019exemple du vice.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), <em>Discours sur la po\u00e9sie dramatique<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019ignorance et l\u2019incuriosit\u00e9 sont deux oreillers fort doux, mais pour les trouver tels, il faut avoir la t\u00eate aussi bien faite que Montaigne.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), <em>Pens\u00e9es philosophiques<\/em> (1746)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce qui n\u2019est naturellement pas son cas\u2026 mais il s\u2019accommode quand m\u00eame de sa propre philosophie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019il est doux d\u2019avoir bien v\u00e9cu, lorsqu\u2019on est sur le point de mourir\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784),<em> Discours sur la po\u00e9sie dramatique<\/em><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto; margin-right: auto;\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-4-61.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Paradoxes embarrassants (ou pas)<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce qu\u2019un paradoxe, sinon une v\u00e9rit\u00e9 oppos\u00e9e aux pr\u00e9jug\u00e9s du vulgaire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), <em>Pens\u00e9es philosophiques<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Et d\u2019ajouter\u00a0: \u00ab\u00a0Ce qui est aujourd\u2019hui un paradoxe pour nous sera pour la post\u00e9rit\u00e9 une v\u00e9rit\u00e9 d\u00e9montr\u00e9e.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La langue du c\u0153ur est mille fois plus vari\u00e9e que celle de l\u2019esprit, et il est impossible de donner les r\u00e8gles de sa dialectique.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), Lettre \u00e0 Sophie Volland<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Nous verrons que l\u2019amour de sa vie enrichira naturellement sa philosophie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019indiff\u00e9rence fait des sages et l\u2019insensibilit\u00e9 fait des monstres.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784),<em> L\u2019Encyclop\u00e9die<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je crois que nous avons plus d\u2019id\u00e9es que de mots\u00a0; combien de choses senties qui ne sont pas nomm\u00e9es\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), <em>Pens\u00e9es philosophiques<\/em> (1746)<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je voudrais \u00eatre mort\u00a0: c\u2019est un souhait fr\u00e9quent qui prouve, du moins quelques fois, qu\u2019il y a des choses plus pr\u00e9cieuses que la vie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), Souvent cite, jamais sourc\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Post mortem.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est le sort de presque tous les hommes de g\u00e9nie\u00a0; ils ne sont pas \u00e0 port\u00e9e de leur si\u00e8cle\u00a0; ils \u00e9crivent pour la g\u00e9n\u00e9ration suivante.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784). <em>Lettre sur le commerce de la librairie<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Et qu\u2019importe quel nom on imprimera \u00e0 la t\u00eate de ton livre ou l\u2019on gravera sur ta tombe\u00a0? Est-ce que tu liras ton \u00e9pitaphe\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784).<em> R\u00e9futation suivie de l\u2019ouvrage d\u2019Helv\u00e9tius<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Malheur \u00e0 celui dont on parlera trop\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), <em>Principes de politique des souverains<\/em> (1774)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Se sentant m\u00e9connu de son vivant, compar\u00e9 \u00e0 Montesquieu, Voltaire et Rousseau, il souhaitait pourtant la reconnaissance \u2013 elle viendra plus tard.<\/p>\n<h4>2. Chronique personnelle r\u00e9sum\u00e9e en quelques faits et quelques noms marquants.<\/h4>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>L\u2019\u00e9preuve de la prison en 1749<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est tr\u00e8s important de ne pas prendre de la cigu\u00eb pour du persil, mais nullement de croire ou de ne pas croire en Dieu.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1055\" class=\"cit-num\">1055<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), <em>La Lettre sur les aveugles \u00e0 l\u2019usage de ceux qui voient<\/em> (1749)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>N\u00e9 \u00e0 Langres (Haute-Marne) dans la petite bourgeoisie provinciale, avec un fr\u00e8re pr\u00eatre et une s\u0153ur religieuse, le petit Denis est destin\u00e9 apr\u00e8s ses \u00e9tudes de th\u00e9ologie \u00e0 prendre la succession de son oncle chanoine et re\u00e7oit la tonsure. D\u00e9j\u00e0 \u00e9pris de libert\u00e9, sa vraie religion, il fuit le coll\u00e8ge de j\u00e9suites o\u00f9 son p\u00e8re l\u2019a \u00ab\u00a0enferm\u00e9\u00a0\u00bb, monte \u00e0 Paris, vit de \u00ab\u00a0petits boulots\u00a0\u00bb, \u00e9pouse en secret une jeune ling\u00e8re, Antoinette Champion de trois ans sa cadette. Il s\u2019entend mal avec elle, lui fera quatre enfants, seule Ang\u00e9lique survivra. Admirative de son p\u00e8re, mais tr\u00e8s pieuse et soucieuse des int\u00e9r\u00eats financiers de son mari, elle finira par nuire \u00e0 la diffusion de son \u0153uvre.<\/p>\n<p>Diderot m\u00e8ne une vie de boh\u00e8me litt\u00e9raire\u00a0: surdou\u00e9, avide de nouveaut\u00e9s, il suit les cours des professeurs c\u00e9l\u00e8bres, lit beaucoup, d\u2019Hom\u00e8re \u00e0 Voltaire, appr\u00e9cie la litt\u00e9rature clandestine en copies manuscrites (Meslier, Boulainvilliers,). Il fr\u00e9quente les th\u00e9\u00e2tres et s\u2019\u00e9panouit dans les hauts lieux de la nouvelle intelligentsia, les caf\u00e9s Procope et la R\u00e9gence. Il rencontre les personnalit\u00e9s en devenir\u00a0: d\u2019Alembert, Condillac, La Mettrie.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9l\u00e8ve des j\u00e9suites a \u00ab\u00a0mal\u00a0tourn\u00e9\u00a0\u00bb, du d\u00e9isme au scepticisme, de l\u2019ath\u00e9isme au mat\u00e9rialisme. Sa <em>Lettre sur les aveugles<\/em> ach\u00e8ve de convaincre la censure que l\u2019auteur est un individu dangereux. L\u2019\u0153uvre est condamn\u00e9e, Diderot arr\u00eat\u00e9 chez lui, rue de l\u2019Estrapade (entre la Sorbonne et le Val de Gr\u00e2ce) et emmen\u00e9 au donjon de Vincennes o\u00f9 il sera incarc\u00e9r\u00e9 trois mois (du 24 juillet au 3 novembre 1749). Sa p\u00e9nible d\u00e9tention le traumatise infiniment plus que les deux s\u00e9jours de Voltaire \u00e0 la Bastille (sous la R\u00e9gence) et l\u2019incite \u00e0 plus de prudence dans ses publications. Certains de ses textes seront m\u00eame posthumes. Mais en m\u00eame temps, il garde le go\u00fbt de la provocation\u00a0et va encourager son plus proche ami, Rousseau\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous connaissant, vous prendrez bien le parti original.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784) \u00e0 son ami Rousseau, venu le visiter \u00e0 Vincennes. France-Inter, Sur les routes de la musique, ao\u00fbt 2022<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Par un chaud apr\u00e8s-midi d\u2019octobre 1749, Jean-Jacques, boh\u00e8me de 38 ans, marche de Paris vers Vincennes pour visiter son ami Diderot emprisonn\u00e9 au Ch\u00e2teau. Il a emport\u00e9<em> Le Mercure de France<\/em>. Il parcourt le journal en marchant et tombe sur le sujet d\u2019un concours de morale lanc\u00e9 par l\u2019Acad\u00e9mie de Dijon. Le progr\u00e8s des sciences et des arts a-t\u2019il contribu\u00e9 \u00e0 corrompre ou \u00e0 \u00e9purer les m\u0153urs\u00a0?<\/p>\n<p>Effet de la chaleur ou la fatigue\u00a0? Sa m\u00e9ditation aboutit \u00e0 la fameuse illumination\u00a0: \u00ab\u00a0Tout \u00e0 coup, je me sens l\u2019esprit \u00e9bloui de mille lumi\u00e8res. Une violente palpitation m\u2019oppresse. Ne pouvant plus respirer, je me laisse tomber sous un des arbres de l\u2019avenue et j\u2019y passe une demi-heure dans une telle agitation qu\u2019en me relevant, j\u2019aper\u00e7u tout le devant de ma veste mouill\u00e9e, de mes larmes, sans avoir senti que j\u2019en r\u00e9pandais.\u00a0\u00bb Lettre \u00e0 Malesherbes.<\/p>\n<p>Diderot le voit arriver \u00e0 Vincennes dans un tel \u00e9tat\u2026 qu\u2019il l\u2019encourage \u00e0 concourir. Prendre \u00ab\u00a0le parti original\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 le progr\u00e8s triomphe, c\u2019est penser le contraire, que le progr\u00e8s est la source principale du malheur de nombre d\u2019hommes. Diderot qui l\u2019a pouss\u00e9 \u00e0 \u00e9crire l\u2019a vraisemblablement aid\u00e9 \u00e0 \u00e9crire son<em> Discours sur les sciences et les arts<\/em> \u2013 prim\u00e9 en 1750, objet d\u2019une pol\u00e9mique profitable au futur auteur du <em>Contrat social.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Son amour-passion pour Sophie Volland \u00e0 partir de 1755<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Jamais passion ne fut plus justifi\u00e9e par la raison que la mienne. N\u2019est-il pas vrai, ma Sophie, que vous \u00eates bien aimable\u00a0? Regardez au-dedans de vous-m\u00eame. Voyez-vous bien, voyez combien vous \u00eates digne d\u2019\u00eatre aim\u00e9e, et connaissez combien je vous aime.\u00a0\u00bb<span id=\".\" class=\"cit-num\">.<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), Lettre \u00e0 Sophie Volland, Paris, 23 juillet 1759<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il la rencontre vraisemblablement par l\u2019interm\u00e9diaire de son ami Rousseau, au printemps 1755. Elle a 39 ans, lui 42. Elle s\u2019appelle Louise-Henriette, mais aussi admiratif qu\u2019amoureux, il voit vite ses dons et la baptise pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9 Sophie \u2013 \u00ab\u00a0sagesse\u00a0\u00bb en grec. Elle sera l\u2019amie, l\u2019amante, la confidente, la correspondante privil\u00e9gi\u00e9e du philosophe, et une fa\u00e7on de mieux conna\u00eetre ce personnage complexe et contradictoire, avec son \u0153uvre prolifique et prot\u00e9iforme.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce qui caract\u00e9rise le philosophe et le distingue du vulgaire, c\u2019est qu\u2019il n\u2019admet rien sans preuve, qu\u2019il n\u2019acquiesce point \u00e0 des notions trompeuses et qu\u2019il pose exactement les limites du certain, du probable et du douteux. Cet ouvrage produira s\u00fbrement avec le temps une r\u00e9volution dans les esprits, et j\u2019esp\u00e8re que les tyrans, les oppresseurs, les fanatiques et les intol\u00e9rants n\u2019y gagneront pas. Nous aurons servi l\u2019humanit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), Lettre \u00e0 Sophie Volland, 26 septembre 1762<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ainsi lui parle-t-il de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>, le grand \u0153uvre de sa vie qui le mobilise au-del\u00e0 du raisonnable, tout comme sa folle passion pour Sophie la sage. Ses deux amours se compl\u00e8tent, se comparent et se font concurrence le plus naturellement du monde. Diderot est en cela le plus heureux des hommes \u2013 et le plus romantique au si\u00e8cle de la raison. Il n\u2019est qu\u2019\u00e0 lire ses lettres\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On serre toujours contre son sein celui qu\u2019on aime et l\u2019art d\u2019\u00e9crire n\u2019est que l\u2019art d\u2019allonger ses bras.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), Lettre \u00e0 Sophie Volland<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La langue du c\u0153ur est mille fois plus vari\u00e9e que celle de l\u2019esprit, et il est impossible de donner les r\u00e8gles de sa dialectique.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), Lettre \u00e0 Sophie Volland<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Et encore\u00a0: \u00ab\u00a0Partout o\u00f9 il n\u2019y aura rien, lisez que je vous aime.\u00a0\u00bb Lettre du 10 juillet 1759.<\/p>\n<p>Il lui \u00e9crira 553 lettres, consid\u00e9r\u00e9es comme une partie importante de son \u0153uvre, toutes num\u00e9rot\u00e9es pour v\u00e9rifier qu\u2019elles ont bien \u00e9t\u00e9 re\u00e7ues. Il n\u2019en reste que 187 et aucune lettre de Sophie ne fut retrouv\u00e9e, m\u00eame si elle reste connue comme \u00ab\u00a0\u00e9pistoli\u00e8re\u00a0\u00bb. Et tr\u00e8s peu de d\u00e9tails sur sa petite personne de constitution fragile, \u00e0 la \u00ab\u00a0menotte s\u00e8che\u00a0\u00bb et portant des lunettes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Que je vive obscur, ignor\u00e9, oubli\u00e9, proche de celle que j\u2019aime, jamais je ne lui causerai la moindre peine, et pr\u00e8s d\u2019elle le chagrin n\u2019osera pas approcher de moi.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), Lettres \u00e0 Sophie Volland\u201e 21 juillet 1765<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il ne cessera de lui \u00e9crire et de l\u2019admirer. Il ne lui survivra que cinq mois. Ang\u00e9lique, la fille du philosophe, \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0Quelque temps avant sa mort, il perdit Mlle Volland, objet de sa tendresse depuis vingt ans. Il lui donna des larmes, mais il se consola par la certitude de ne pas lui survivre longtemps.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Paradoxalement, la plupart de ses autres propos sur les femmes sont critiques, ironiques, voire misogynes en un si\u00e8cle qui ne l\u2019\u00e9tait pas. Exemple\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019ennemi le plus dangereux d\u2019un souverain, c\u2019est sa femme, si elle sait faire autre chose que des enfants.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Sa rupture avec l\u2019ami Rousseau<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019homme de bien est dans la soci\u00e9t\u00e9, et il n\u2019y a que le m\u00e9chant qui soit seul.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), <em>Le Fils naturel<\/em> (1757)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Diderot et Rousseau se rencontrent fin 1742. Ils deviendront les \u00ab\u00a0meilleurs ennemis\u00a0\u00bb du monde, avec la rupture d\u00e9finitive en 1770. On a beaucoup \u00e9crit sur ce couple paradoxal. Tout les unit au d\u00e9part\u00a0: m\u00eame \u00e2ge, m\u00eame condition sociale modeste, m\u00eames difficult\u00e9s pour gagner sa vie et faire carri\u00e8re en philosophie. Quant \u00e0 leur diff\u00e9rence de caract\u00e8re\u2026 elle les rapproche d\u2019abord\u00a0: ils se compl\u00e8tent. Rousseau introverti et timide, mal \u00e0 l\u2019aise en soci\u00e9t\u00e9\u2026 alors que Diderot donne l\u2019impression de \u00ab\u00a0vivre en dehors de lui-m\u00eame\u00a0\u00bb et tout entier dans l\u2019\u00e9change.<\/p>\n<p>Le malentendu se fait jour\u00a0: Rousseau n\u2019a pas les m\u00eames attentes \u00e0 l\u2019\u00e9gard de son ami que Diderot qui s\u2019int\u00e8gre ais\u00e9ment au groupe des philosophes qui veulent changer le monde. Il a l\u2019esprit collectif et le prouve avec <em>l\u2019Encyclop\u00e9die<\/em>, invitant ses confr\u00e8res \u00e0 s\u2019exprimer au fil des milliers d\u2019articles, quand Rousseau sent qu\u2019il a une \u0153uvre \u00e0 \u00e9crire, que sa vie m\u00eame est une \u0153uvre. Il ne peut m\u00eame pas comprendre ce projet d\u2019un ouvrage collectif.<\/p>\n<p>Les \u00e9gos grandissent \u00e0 mesure que les deux hommes font carri\u00e8re et imposent leur nom, leurs id\u00e9es. Une r\u00e9plique du <em>Fils naturel<\/em> est prise comme une attaque personnelle\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019homme de bien est dans la soci\u00e9t\u00e9, et il n\u2019y a que le m\u00e9chant qui soit seul.\u00a0\u00bb C\u2019est faux et la r\u00e9conciliation aura lieu. Mais pour peu de temps.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut, mon cher Diderot, que je vous \u00e9crive encore une fois en ma vie. Vous ne m\u2019en avez que trop dispens\u00e9\u00a0; mais le plus grand crime de cet homme que vous noircissez d\u2019une si \u00e9trange mani\u00e8re est de ne pouvoir se d\u00e9tacher de vous.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Jacques <span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span> (1712-1778), Lettre \u00e0 Diderot, 2 mars 1758<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est sa derni\u00e8re lettre \u00e0 l\u2019ami, elle restera sans r\u00e9ponse. Il souffrira infiniment plus que l\u2019autre de cette rupture dont il est malgr\u00e9 tout responsable. Diderot est entour\u00e9 d\u2019amis, il admet fort bien qu\u2019on ne pense pas comme lui.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019avais un Aristarque s\u00e9v\u00e8re et judicieux, je ne l\u2019ai plus, je n\u2019en veux plus\u00a0; mais je le regretterai sans cesse, et il manque bien plus encore \u00e0 mon c\u0153ur qu\u2019\u00e0 mes \u00e9crits\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Jacques <span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span> (1712-1778), <em>Lettre sur les spectacles<\/em> (1758)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Claire allusion \u00e0 son ami, son fr\u00e8re, son Aristarque (\u00ab\u00a0censeur, critique s\u00e9v\u00e8re mais \u00e9quitable\u00a0\u00bb). La plaie est ouverte, le mal est fait. Plus g\u00e9n\u00e9ralement, cette fameuse <em>Lettre<\/em> s\u2019en prend au th\u00e9\u00e2tre, alors que le si\u00e8cle des Lumi\u00e8res se compla\u00eet dans une authentique th\u00e9\u00e2tromanie. Mais selon Rousseau, les com\u00e9diens en repr\u00e9sentation incitent plus aux mensonges qu\u2019\u00e0 la vertu, cependant que l\u2019immoralit\u00e9 du th\u00e9\u00e2tre est d\u00e9montr\u00e9e\u00a0: le vertueux Alceste (double de Rousseau) tourn\u00e9 en ridicule par Moli\u00e8re, Racine et Corneille repr\u00e9sentant \u00e0 plaisir passion et folie, tandis que Voltaire et Cr\u00e9billon mettent en sc\u00e8ne des criminels qu\u2019on n\u2019arr\u00eate pas.<\/p>\n<p>Rousseau ne cessera d\u2019\u00eatre \u00e9corch\u00e9 vif par les prises de position de Diderot et son confr\u00e8re en <em>Encyclop\u00e9die<\/em>, d\u2019Alembert. Les ex-amis ne correspondent plus et ne se parlent plus, mais continuent de s\u2019opposer par \u0153uvres interpos\u00e9es. Reste la derni\u00e8re allusion de Diderot, transparente aux yeux des contemporains et des historiens.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Demandez \u00e0 un amant tromp\u00e9 la raison de son opini\u00e2tre attachement pour une infid\u00e8le, et vous apprendrez le motif de l\u2019opini\u00e2tre attachement d\u2019un homme de lettres pour un homme de lettres d\u2019un talent distingu\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), <em>Essai sur la vie de S\u00e9n\u00e8que le philosophe, sur ses \u00e9crits et sur les r\u00e8gnes de Claude et de N\u00e9ron<\/em> (1778)<\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00a0<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Relations avec Catherine <span class=\"caps\">II<\/span>\u00a0: Correspondance, achat de sa biblioth\u00e8que, voyage en Russie<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Depuis que Voltaire est mort, il me semble qu\u2019il n\u2019y a plus d\u2019honneur attach\u00e9 \u00e0 la belle humeur\u00a0; c\u2019\u00e9tait lui qui \u00e9tait la divinit\u00e9 et la gaiet\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CATHERINE<\/span> <span class=\"caps\">II<\/span> de Russie (1729-1796), Lettre \u00e0 Grimm, 21 juin 1778<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Catherine s\u2019\u00e9tait sinc\u00e8rement passionn\u00e9e pour l\u2019\u0153uvre de Voltaire, au risque d\u2019encourir les foudres de son \u00e9poux Pierre <span class=\"caps\">III<\/span> de Russie. Elle r\u00e9ussit \u00e0 faire d\u00e9tr\u00f4ner l\u2019empereur de 34 ans qui s\u2019est fait d\u00e9tester apr\u00e8s six mois de r\u00e8gne \u2013 jet\u00e9 en prison et sans doute \u00e9trangl\u00e9. Devenue imp\u00e9ratrice, elle est surnomm\u00e9e Catherine la Grande pour ses qualit\u00e9s souveraines. \u00ab\u00a0L\u2019ignorance du peuple nous garantit de sa soumission\u00a0\u00bb\u00a0: c\u2019est assur\u00e9ment parler en despote. Mais comme ses contemporains les rois Fr\u00e9d\u00e9ric <span class=\"caps\">II<\/span> de Prusse, Gustave\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> de Su\u00e8de et Maximilien\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> de Bavi\u00e8re, ils font partie de ces \u00ab\u00a0despotes \u00e9clair\u00e9s\u00a0\u00bb en raison de leur fr\u00e9quentation assidue des philosophes dit \u00ab\u00a0des Lumi\u00e8res.<\/p>\n<p>Voltaire d\u00e9fendit l\u2019action de Catherine <span class=\"caps\">II<\/span> avec une ouverture d\u2019esprit faisant d\u00e9faut \u00e0 Louis <span class=\"caps\">XV<\/span>. Dans sa correspondance, il la surnommait famili\u00e8rement \u00ab\u00a0Ma Catau\u00a0\u00bb \u2013 ce diminutif de Catherine est aussi une variante de \u00ab\u00a0catin\u00a0\u00bb\u2026 et ce n\u2019est pas un hasard. L\u2019Imp\u00e9ratrice aux 21 favoris (en 35 ans de r\u00e8gne) \u00e9tait connue pour collectionner les amants pas toujours heureux. Prudent, le \u00ab\u00a0voyageur de l\u2019Europe\u00a0\u00bb ne se risquera pas en Russie. Mais il lui reste Diderot. Ils correspondent assidument et depuis longtemps.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019un peuple est heureux, lorsqu\u2019il n\u2019y a rien de fait chez lui\u00a0! Les mauvaises et surtout les vieilles institutions sont un obstacle presque invincible aux bonnes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1065\" class=\"cit-num\">1065<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), <em>Entretiens avec Catherine <span class=\"caps\">II<\/span><\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est d\u00e9j\u00e0 en germe la philosophie de la table rase. Il est vrai qu\u2019en France, la lourdeur des institutions et l\u2019enracinement des privil\u00e8ges sont tels que toutes les r\u00e9formes entreprises durant le si\u00e8cle se heurtent \u00e0 des murs et qu\u2019une r\u00e9volution devient in\u00e9vitable.<\/p>\n<p>Diderot semble \u00eatre un partisan du despotisme \u00e9clair\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019une monarchie o\u00f9 les \u00e9lites intellectuelles contribuent \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat. Il pense en avoir trouv\u00e9 le mod\u00e8le avec Catherine <span class=\"caps\">II<\/span> de Russie. Mais il n\u2019en \u00e9crit pas moins le fond de sa pens\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un despote, f\u00fbt-il le meilleur des hommes, en gouvernant selon son bon plaisir commet un forfait. C\u2019est un bon p\u00e2tre qui r\u00e9duit ses sujets \u00e0 la condition des animaux.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1062\" class=\"cit-num\">1062<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), <em>Entretiens avec Catherine\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span><\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0Tout gouvernement arbitraire est mauvais\u00a0; je n\u2019en excepte pas le gouvernement arbitraire d\u2019un ma\u00eetre bon, ferme, juste et \u00e9clair\u00e9.\u00a0\u00bb Il se pla\u00eet aussi \u00e0 certaines confidences\u00a0: \u00ab\u00a0Il n\u2019y a qu\u2019une seule vertu, la justice\u00a0; un seul devoir, de se rendre heureux\u00a0; un seul corollaire, m\u00e9priser quelquefois la vie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Allez toujours, entre hommes on peut tout dire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CATHERINE<\/span> <span class=\"caps\">II<\/span> de Russie (1729-1796), Lettre \u00e0 son ami Diderot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En 1765, Diderot s\u2019appr\u00eatait \u00e0 faire ce que tout bibliophile redoute\u00a0: vendre sa biblioth\u00e8que pour se sortir d\u2019une mauvaise passe financi\u00e8re. L\u2019imp\u00e9ratrice apprenant la nouvelle lui fit une proposition g\u00e9n\u00e9reuse\u00a0: elle ach\u00e8terait ses livres, mais lui en laisserait la jouissance jusqu\u2019\u00e0 sa mort. Elle lui offrirait m\u00eame une allocation annuelle pour \u00eatre le biblioth\u00e9caire de ses propres ouvrages et lui permettre de doter sa fille Ang\u00e9lique\u00a0!<\/p>\n<p>Une telle offre ne va pas sans contrepartie. En \u00e9change de ses largesses, Diderot finira par honorer son invitation \u00e0 Saint-P\u00e9tersbourg, lui qui d\u00e9teste les voyages et commence \u00e0 souffrir des atteintes de l\u2019\u00e2ge\u00a0! Elle l\u2019invite aussi pour venir publier en Russie<em> l\u2019Encyclop\u00e9die<\/em> interdite \u00e0 Paris. Impossible de refuser\u00a0!<\/p>\n<p>Il restera cinq mois d\u2019hiver (octobre 1773-mars 1774). Chaque jour, entre 15 et 17 heures, l\u2019imp\u00e9ratrice et le philosophe discutent de politique, de droit, de soci\u00e9t\u00e9 et de litt\u00e9rature.<\/p>\n<p>Mais il ne put la convaincre d\u2019abolir l\u2019esclavage, ce crime contre nature, elle se lan\u00e7a m\u00eame dans une politique expansionniste jusqu\u2019\u00e0 \u00e9tendre le servage en Ukraine pour mieux asseoir son pouvoir. Quant \u00e0 d\u00e9placer sa capitale de Saint P\u00e9tersbourg \u00e0 Moscou au pr\u00e9texte que plus au sud, il y faisait moins froid\u2026 \u00ab\u00a0entre hommes on peut tout dire\u00a0\u00bb, mais c\u2019est quand m\u00eame la souveraine qui l\u2019emporte sur le philosophe.<\/p>\n<p>Paradoxe sign\u00e9 Diderot\u00a0: \u00e9perdu de reconnaissance envers Catherine <span class=\"caps\">II<\/span>, courtisan de la tsarine, il entonne les louanges de la \u00ab\u00a0S\u00e9miramis du Nord\u00a0\u00bb, lui trouvant tour \u00e0 tour \u00ab\u00a0l\u2019\u00e2me de C\u00e9sar [\u2026] l\u2019\u00e2me de Brutus [\u2026] avec toutes les s\u00e9ductions de Cl\u00e9op\u00e2tre\u00a0\u00bb. Diderot se voyait d\u00e9j\u00e0 bouleversant tout dans l\u2019empire russe. La m\u00eame illusion aveugla un temps Voltaire, face au roi de Prusse Fr\u00e9d\u00e9ric <span class=\"caps\">II<\/span>.<\/p>\n<h4>3. Principal contributeur \u00e0 l\u2019Encyclop\u00e9die (1751-1772), l\u2019\u0153uvre majeure qui fait sa c\u00e9l\u00e9brit\u00e9.<\/h4>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><em>L\u2019Encyclop\u00e9die<\/em> ou <em>Dictionnaire raisonn\u00e9 des sciences, des arts et des m\u00e9tiers<\/em><\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Depuis l\u2019\u00c9vangile jusqu\u2019au <em>Contrat social,<\/em> ce sont les livres qui ont fait les r\u00e9volutions.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1000\" class=\"cit-num\">1000<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Vicomte Louis de <span class=\"caps\">BONALD<\/span> (1754-1840), <em>M\u00e9langes litt\u00e9raires, politiques et philosophiques<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Penseur et politicien contre-r\u00e9volutionnaire, autrement dit ultrar\u00e9actionnaire, il incarne la pens\u00e9e traditionaliste et conservatrice fran\u00e7aise. Royaliste et th\u00e9ocrate, nostalgique de l\u2019Ancien R\u00e9gime, adversaire des Lumi\u00e8res, de la modernit\u00e9 et des orientations lib\u00e9rales, il d\u00e9fendra toujours une soci\u00e9t\u00e9 traditionnelle.<\/p>\n<p>Rappelons que les philosophes des Lumi\u00e8res ne sont pas r\u00e9volutionnaires, mais leur pens\u00e9e le devint, diffus\u00e9e par leurs \u0153uvres. En sch\u00e9matisant\u00a0: \u00e0 Voltaire le temps de la pr\u00e9-R\u00e9volution\u00a0; Montesquieu triomphe sous la Constituante o\u00f9 Diderot aussi a son heure\u00a0; puis L\u00e9gislative et Convention s\u2019inscrivent sous le signe de Rousseau qui inspire jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9lan des discours jacobins. Et parmi tous leurs \u00e9crits,<em> l\u2019Encyclop\u00e9die<\/em> (ouvrage collectif) a une place et un r\u00f4le tr\u00e8s particuliers.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0<em>L\u2019Encyclop\u00e9die<\/em> fut bien plus qu\u2019un livre. Ce fut une faction. \u00c0 travers les pers\u00e9cutions, elle alla grossissant. L\u2019Europe enti\u00e8re s\u2019y mit. Belle conspiration g\u00e9n\u00e9rale qui devint celle de tout le monde. Troie enti\u00e8re s\u2019embarqua elle-m\u00eame dans le cheval de Troie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1132\" class=\"cit-num\">1132<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de France au dix-huiti\u00e8me si\u00e8cle, Louis <span class=\"caps\">XV<\/span><\/em> (1866)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019affaire de<em> l\u2019Encyclop\u00e9die<\/em> commence\u00a0: le scepticisme de l\u2019article \u00ab\u00a0Certitude\u00a0\u00bb alerte les j\u00e9suites et les jans\u00e9nistes se mettent pour une fois dans leur camp.<br>7\u00a0f\u00e9vrier 1752, un arr\u00eat du Conseil d\u2019\u00c9tat interdit la vente et la d\u00e9tention des deux premiers tomes\u00a0: l\u2019Encyclop\u00e9die est accus\u00e9e \u00ab\u00a0d\u2019\u00e9lever les fondements de l\u2019irr\u00e9ligion et de l\u2019incr\u00e9dulit\u00e9 [\u2026] d\u2019ins\u00e9rer plusieurs maximes tendant \u00e0 d\u00e9truire l\u2019autorit\u00e9 royale, \u00e0 \u00e9tablir l\u2019esprit d\u2019ind\u00e9pendance et de r\u00e9volte\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La favorite royale Mme\u00a0de Pompadour, par haine des j\u00e9suites, s\u2019oppose \u00e0 la pers\u00e9cution des Encyclop\u00e9distes et Malesherbes, directeur de la librairie (charg\u00e9 de surveiller la publication des livres et donc responsable de la censure) est partisan d\u2019une politique lib\u00e9rale. En mai\u00a01752, le gouvernement prie Diderot et d\u2019Alembert de se remettre \u00e0 l\u2019ouvrage\u2026 Mais la cabale continuera.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019homme est le terme unique d\u2019o\u00f9 il faut partir et auquel il faut tout ramener.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), <em>Encyclop\u00e9die<\/em>, Article \u00ab\u00a0Encyclop\u00e9die\u00a0\u00bb, 1751<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette d\u00e9claration de foi philosophique pourrait \u00eatre la d\u00e9finition-m\u00eame de l\u2019humanisme.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le but d\u2019une encyclop\u00e9die est de rassembler les connaissances \u00e9parses sur la surface de la terre\u00a0; d\u2019en exposer le syst\u00e8me g\u00e9n\u00e9ral aux hommes avec qui nous vivons, et de les transmettre aux hommes qui viendront apr\u00e8s nous\u00a0; afin que les travaux des si\u00e8cles pass\u00e9s n\u2019aient pas \u00e9t\u00e9 des travaux inutiles pour les si\u00e8cles qui succ\u00e8deront\u00a0; que nos neveux, devenant plus instruits, deviennent en m\u00eame temps plus vertueux et plus heureux, et que nous ne mourions pas sans avoir bien m\u00e9rit\u00e9 du genre humain.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"30\" class=\"cit-num\">30<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), <em>Encyclop\u00e9die<\/em>, Article \u00ab\u00a0Encyclop\u00e9die\u00a0\u00bb, 1751<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Avec l\u2019entreprise encyclop\u00e9dique, Diderot esp\u00e8re qu\u2019il aura \u00ab\u00a0au moins servi l\u2019humanit\u00e9\u00a0\u00bb. Dans une lettre \u00e0 Sophie Volland dat\u00e9e du 26 septembre 1762, il peut d\u00e9j\u00e0 \u00e9crire\u00a0: \u00ab\u00a0Cet ouvrage produira s\u00fbrement avec le temps une r\u00e9volution dans les esprits, et j\u2019esp\u00e8re que les tyrans, les oppresseurs, les fanatiques et les intol\u00e9rants n\u2019y gagneront pas. Nous aurons servi l\u2019humanit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Investie sur tous les fronts pour les libert\u00e9s et contre l\u2019intol\u00e9rance, l\u2019Encyclop\u00e9die, diffus\u00e9e \u00e0 vingt-cinq mille exemplaires avant 1789, aura \u00e9t\u00e9 le plus puissant v\u00e9hicule de la propagande philosophique.<\/p>\n<p>Diderot le philosophe s\u2019est adjoint le concours d\u2019un scientifique r\u00e9put\u00e9, Jean Le Rond d\u2019Alembert, math\u00e9maticien et physicien, \u00e9galement philosophe et ami de Voltaire. Quelque deux cents contributeurs participeront \u00e0 l\u2019entreprise, sans oublier les pr\u00e9cieuses illustrations.<\/p>\n<p>En plus du Prospectus et de la supervision g\u00e9n\u00e9rale des articles, Diderot a personnellement r\u00e9dig\u00e9 plus de 3 000 articles, dont anatomie, art, autorit\u00e9 politique, beau, capuchon, christianisme, citoyen, encyclop\u00e9die, \u00e9clectisme, m\u00e9lancolie, philosophie\u2026 \u00c0 travers l\u2019Encyclop\u00e9die, il condamne l\u2019absolutisme, la monarchie de droit divin, d\u00e9nonce les privil\u00e8ges, les atteintes \u00e0 la libert\u00e9 du travail et la guerre. La nature et la force de son engagement personnel et \u00e9vident, \u00e0 la simple lecture des quelques citations suivantes, extraites de deux articles essentiels \u00e9crits d\u00e8s 1751\u00a0: Autorit\u00e9 politique et Paix.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>\u00ab\u00a0Autorit\u00e9 politique\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Aucun homme n\u2019a re\u00e7u de la nature le droit de commander aux autres. La libert\u00e9 est un pr\u00e9sent du ciel, et chaque individu de la m\u00eame esp\u00e8ce a le droit d\u2019en jouir aussit\u00f4t qu\u2019il jouit de la raison.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1059\" class=\"cit-num\">1059<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), <em>Encyclop\u00e9die<\/em>, article \u00ab\u00a0Autorit\u00e9 politique\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il r\u00e9dige le plus hardi des articles en mati\u00e8re politique\u00a0: c\u2019est la condamnation de l\u2019absolutisme qui s\u2019inspire de Locke et rejoint le Rousseau du<em> Contrat social.<\/em> Selon Diderot, la seule autorit\u00e9 \u00e9tablie par la nature est la puissance paternelle, limit\u00e9e dans le temps. Toute autre autorit\u00e9 ne peut avoir que deux sources\u00a0: \u00ab\u00a0la force et la violence de celui qui s\u2019en est empar\u00e9, ou le consentement de ceux qui s\u2019y sont soumis par un contrat\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La puissance qui s\u2019acquiert par la violence n\u2019est qu\u2019une usurpation et ne dure qu\u2019autant que la force de celui qui commande l\u2019emporte sur celle de ceux qui ob\u00e9issent\u00a0; en sorte que si ces derniers deviennent \u00e0 leur tour les plus forts [\u2026] la m\u00eame loi qui a fait l\u2019autorit\u00e9 la d\u00e9fait alors\u00a0: c\u2019est la loi du plus fort.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1060\" class=\"cit-num\">1060<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), <em>Encyclop\u00e9die<\/em>, article \u00ab\u00a0Autorit\u00e9 politique\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans ce cas, ceux qui secouent le joug ont raison\u00a0: c\u2019est la justification de l\u2019insurrection sous un roi absolu. Montesquieu (quasiment aveugle et incapable d\u2019\u00e9crire \u00e0 la fin de sa vie) inspire la plupart des vues politiques de<em> l\u2019Encyclop\u00e9die<\/em> qui condamne le despotisme, r\u00e9serve la r\u00e9publique aux petits \u00c9tats, loue la monarchie anglaise.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le prince tient de ses sujets m\u00eames l\u2019autorit\u00e9 qu\u2019il a sur eux\u00a0; et cette autorit\u00e9 est born\u00e9e par les lois de la nature et de l\u2019\u00c9tat.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1061\" class=\"cit-num\">1061<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), <em>Encyclop\u00e9die<\/em>, article \u00ab\u00a0Autorit\u00e9 politique\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est la n\u00e9gation formelle de la monarchie de droit divin, fondement de l\u2019Ancien R\u00e9gime. \u00ab\u00a0Le prince ne peut donc pas disposer de son pouvoir et de ses sujets sans le consentement de la nation et ind\u00e9pendamment du choix marqu\u00e9 dans le contrat de soumission.\u00a0\u00bb Dans l\u2019article \u00ab\u00a0Pouvoir\u00a0\u00bb, il reprendra la m\u00eame id\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Le consentement des hommes r\u00e9unis en soci\u00e9t\u00e9 est le fondement du pouvoir.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le consentement des hommes r\u00e9unis en soci\u00e9t\u00e9 est le fondement du pouvoir. Celui qui ne s\u2019est \u00e9tabli que par la force ne peut subsister que par la force\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), <em>Encyclop\u00e9die<\/em>,\u00a0Article \u00ab\u00a0Autorit\u00e9 politique\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Aucun homme n\u2019a re\u00e7u de la nature le droit de commander aux autres. La libert\u00e9 est un pr\u00e9sent du ciel, et chaque individu de la m\u00eame esp\u00e8ce a le droit d\u2019en jouir aussit\u00f4t qu\u2019il jouit de la raison.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784). Article \u00ab\u00a0Autorit\u00e9 politique\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>\u00ab\u00a0Paix\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La guerre est un fruit de la d\u00e9pravation des hommes\u00a0; c\u2019est une maladie convulsive et violente du corps politique.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1063\" class=\"cit-num\">1063<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), <em>Encyclop\u00e9die<\/em>, article \u00ab\u00a0Paix\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces mots ne peuvent que nous toucher, avec la guerre en Ukraine de retour en Europe depuis 2022.<\/p>\n<p>Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, si\u00e8cle de paix ou presque, mais n\u00e9 du si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> o\u00f9 l\u2019id\u00e9al de grandeur fut indissociable d\u2019une politique guerri\u00e8re et qui laisse la France \u00e9puis\u00e9e de guerres.<\/p>\n<p>Diderot dresse un r\u00e9quisitoire enflamm\u00e9 contre ce fl\u00e9au\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019histoire ne nous fournit que des exemples de paix viol\u00e9es, de guerres injustes et cruelles, de champs d\u00e9vast\u00e9s, de villes r\u00e9duites en cendres. L\u2019\u00e9puisement seul semble forcer les princes \u00e0 la paix\u00a0; ils s\u2019aper\u00e7oivent toujours trop tard que le sang du citoyen s\u2019est m\u00eal\u00e9 \u00e0 celui de l\u2019ennemi\u00a0; ce carnage inutile n\u2019a servi qu\u2019\u00e0 cimenter l\u2019\u00e9difice chim\u00e9rique de la gloire du conqu\u00e9rant et de ses guerriers turbulents\u00a0; le bonheur de ses peuples est la premi\u00e8re victime qui est immol\u00e9e \u00e0 son caprice ou aux vues int\u00e9ress\u00e9es de ses courtisans.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si la raison gouvernait les hommes, si elle avait sur les chefs des nations l\u2019empire qui lui est d\u00fb, on ne les verrait point se livrer inconsid\u00e9r\u00e9ment aux fureurs de la guerre. Ils ne marqueraient point cet acharnement qui caract\u00e9rise les b\u00eates f\u00e9roces.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784). <em>Encyclop\u00e9die<\/em>, Article \u00ab\u00a0Paix\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019\u00e9puisement seul semble forcer les princes \u00e0 la paix\u00a0; ils s\u2019aper\u00e7oivent toujours trop tard que le sang du citoyen s\u2019est m\u00eal\u00e9 \u00e0 celui de l\u2019ennemi.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), <em>Encyclop\u00e9die<\/em>, Article \u00ab\u00a0Paix\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019histoire ne nous fournit que des exemples de paix viol\u00e9es, de guerres injustes et cruelles, de champs d\u00e9vast\u00e9s, de villes r\u00e9duites en cendres.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), <em>Encyclop\u00e9die<\/em>, Article \u00ab\u00a0Paix\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00a0<\/p>\n<h4>4. Critique d\u2019art, initiateur inspir\u00e9 des Salons (r\u00e9dig\u00e9s entre 1759 et 1781).<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La sotte occupation que celle de nous emp\u00eacher sans cesse de prendre du plaisir, ou de nous faire rougir de celui que nous avons pris\u2026 celle du critique.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), <em>Pens\u00e9es d\u00e9tach\u00e9es sur la peinture, la sculpture et la po\u00e9sie<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Diderot n\u2019a sans doute pas invent\u00e9 la critique d\u2019art comme on a pu le dire, mais il a r\u00e9volutionn\u00e9 le genre avec bonheur \u2013 le sien et celui de ses lecteurs. Ma\u00eetre d\u2019\u0153uvre infatigable de<em> l\u2019Encyclop\u00e9die<\/em>, le philosophe initie en m\u00eame temps un vaste public (sinon d\u00e9j\u00e0 le grand public) aux choses de l\u2019art.<\/p>\n<p>Ses <em>Salons<\/em> sont les comptes rendus des Expositions organis\u00e9es tous les deux ans par l\u2019Acad\u00e9mie royale de peinture et de sculpture dans le Salon Carr\u00e9 du Louvre entre 1759 et 1781. Ils ont \u00e9t\u00e9 command\u00e9s \u00e0 Diderot et diffus\u00e9s par Fr\u00e9d\u00e9ric Melchior Grimm dans son journal, la <em>Correspondance litt\u00e9raire.<\/em><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En v\u00e9rit\u00e9\u0301, les critiques sont de sottes gens\u00a0! Pardon\u00a0! monsieur Vien, pardon\u00a0! Vous avez fait dix tableaux charmants\u00a0; tous m\u00e9ritent les plus grands \u00e9loges par leur pr\u00e9cieux dessin et le style d\u00e9licat dans lequel vous les avez trait\u00e9s. Que ne suis-je possesseur du plus faible de tous\u00a0! Je le regarderais souvent, et il serait couvert d\u2019or lorsque vous ne seriez plus.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), Salon de 1763<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il \u00e9crit ces mots, s\u00e9duit par<em> La Marchande \u00e0 la toilette<\/em>. Joseph-Marie Vien, artiste quasi quinquag\u00e9naire qui peinait \u00e0 s\u2019imposer est sit\u00f4t lanc\u00e9 comme \u00ab\u00a0le restaurateur de l\u2019\u00e9cole fran\u00e7aise\u00a0\u00bb tentant d\u2019allier l\u2019imitation de la nature et des maitres anciens. La Du Barry remplace tous ses Fragonard par des \u0153uvres du nouveau peintre \u00e0 la mode \u2013 l\u2019histoire ne dit pas si la jeune favorite de Louis <span class=\"caps\">XV<\/span> regretta ce choix\u2026 les cotes des deux peintres ne peuvent se comparer, pas plus que leur talent. Mais Vien va se distinguer comme enseignant. Par son talent p\u00e9dagogique, il fit \u00e9voluer la peinture fran\u00e7aise de l\u2019\u00e9poque rococo vers le n\u00e9o-classicisme. Et c\u2019est le seul artiste peintre qui aura droit au Panth\u00e9on \u2013 par d\u00e9cision de Napol\u00e9on rendant indirectement hommage au plus g\u00e9nial de ses \u00e9l\u00e8ves, David.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand on \u00e9crit, faut-il tout \u00e9crire\u00a0? Quand on peint, faut-il tout peindre\u00a0? De gr\u00e2ce, laissez quelque chose \u00e0 suppl\u00e9er par mon imagination\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), Salon de 1763, \u00e0 propos de La Bergerie de Boucher<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette fois, il s\u2019attaque au ma\u00eetre du \u00ab\u00a0style rocaille\u00a0\u00bb, Fran\u00e7ois Boucher, peintre le plus c\u00e9l\u00e8bre de son \u00e9poque. \u00ab\u00a0Quel abus du talent\u00a0! combien de temps de perdu\u00a0! Avec la moiti\u00e9 moins de frais, on e\u00fbt obtenu la moiti\u00e9 plus d\u2019effet. Entre tant de d\u00e9tails, tous \u00e9galement soign\u00e9s, l\u2019\u0153il ne sait o\u00f9 s\u2019arr\u00eater\u00a0; point d\u2019air, point de repos.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On s\u2019arr\u00eate devant un Chardin, comme d\u2019instinct, comme un voyageur fatigu\u00e9 de sa route va s\u2019asseoir, sans presque s\u2019en apercevoir, dans l\u2019endroit qui lui offre un si\u00e8ge de verdure, du silence, des eaux, de l\u2019ombre et du frais.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), Salon de 1767. \u00c0 propos de Ruines et Paysages\u00a0\u00bb de Chardin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Hommage rendu \u00e0 l\u2019un des plus grands peintres acad\u00e9miques de son \u00e9poque, reconnu pour ses natures mortes, ses peintures de genre et ses pastels. Diderot s\u2019extasiait d\u00e9j\u00e0 au Salon de 1763 sur Le Bocal d\u2019olives, assurant qu\u2019\u203ail fallait commencer par le copier pour apprendre le m\u00e9tier de peintre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sachez qu\u2019une all\u00e9gorie commune quoique neuve, est mauvaise, et qu\u2019une all\u00e9gorie sublime, n\u2019est bonne qu\u2019une fois. C\u2019est un bon mot us\u00e9, d\u00e8s qu\u2019il est redit.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), Salon de 1767, \u00e0 propos du tableau de Lagren\u00e9e,<em> Le Clerg\u00e9 ou la Religion qui converse avec la V\u00e9rit\u00e9<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette incidente rappelle le <em>Paradoxe sur le Com\u00e9dien<\/em> et l\u2019art de converser dans un salon\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Elle est belle, tr\u00e8s belle de visage et de toute sa personne, belles formes, belle peau, belles mains, de la jeunesse, de la fraicheur, de la noblesse\u00a0; je ne sais pour moi ce qu\u2019il fallait au fils de Jacob. Je n\u2019en aurais pas demand\u00e9 davantage, et je me suis quelquefois content\u00e9 de moins. Il est vrai que je n\u2019ai pas l\u2019honneur d\u2019\u00eatre fils de patriarche.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), Salon de 1767 \u00e0 propos d\u2019un tableau de Lagren\u00e9e Le Chaste Joseph<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Digression personnelle d\u2019autant plus amusante qu\u2019elle s\u2019adresse au peintre d\u2019histoire \u00e0 la carri\u00e8re aussi officielle que ses tableaux\u2026 d\u2019ailleurs tr\u00e8s appr\u00e9ci\u00e9s de Diderot, le plus \u00e9clectique des amateurs \u00e9clair\u00e9s.<\/p>\n<h4>5 Auteur de th\u00e9\u00e2tre, romans, contes et autres dialogues \u00e0 la pens\u00e9e litt\u00e9ralement insaisissable.<\/h4>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><em>Les Bijoux indiscrets<\/em> (1748)<\/strong><\/p>\n<p>Premier roman de Diderot et roman libertin, publi\u00e9 anonymement. \u00c9dition clandestine, \u00e9galement anonyme, le libraire Laurent Durand assurant la publication.<br>Cette all\u00e9gorie d\u00e9peint Louis <span class=\"caps\">XV<\/span> le Bien Aim\u00e9 (tr\u00e8s amateur de femmes) sous les traits du sultan Mangogul du Congo. Il re\u00e7oit de Cucufa (un g\u00e9nie) l\u2019anneau magique ayant le pouvoir de faire parler les vulves (\u00ab\u00a0bijoux\u00a0\u00bb) des femmes. <\/p>\n<p>Mangogul essaie trente fois la bague cens\u00e9e d\u00e9voiler les secrets intimes des femmes de son royaume, en profitant g\u00e9n\u00e9ralement de leur sommeil. Il commente les r\u00e9sultats avec sa favorite, Mirzoza, toujours inqui\u00e8te d\u2019\u00eatre la prochaine victime. Toutes les femmes de la cour y passent, chacune avec son caract\u00e8re (la prude, la coquette, la joueuse, la manipulatrice\u2026), son origine sociale (de la haute noblesse \u00e0 la petite bourgeoise) et nationale (l\u2019Anglaise, la Fran\u00e7aise, l\u2019Italienne, la Turque). Les m\u0153urs de la cour \u00e9tant vues \u00e0 partir du d\u00e9sir f\u00e9minin, le roman d\u00e9crit une soci\u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9e o\u00f9 l\u2019on multiplie les partenaires sexuels, les apparences trompeuses, alors que la vraie tendresse est rare.<\/p>\n<p>Les d\u00e9bats d\u2019id\u00e9es au sein de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise de l\u2019\u00e9poque ont incidemment leur place\u00a0: \u00e9loge de Voltaire, histoire des math\u00e9matiques, sort des jans\u00e9nistes, etc.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On n\u2019est point toujours une b\u00eate pour l\u2019avoir \u00e9t\u00e9 quelquefois.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un homme de c\u0153ur ne doit point entrer chez la plupart des grands, ou doit laisser ses sentiments \u00e0 la porte.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quoi de plus commun de se croire deux nez au visage, et de se moquer de celui qui se croit deux trous au cul.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019est pas n\u00e9cessaire d\u2019entendre une langue pour la traduire, puisque l\u2019on ne traduit que pour des gens qui ne l\u2019entendent point.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les favorites du r\u00e8gne ant\u00e9rieur ne sont jamais les favorites du r\u00e8gne qui suit.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"citation-small\">\u00a0<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><em>Le Fils naturel<\/em> (1757)<\/strong><\/p>\n<p>Drame en 5 actes, inspir\u00e9e du<em> V\u00e9ritable Ami<\/em> de Goldoni. Aujourd\u2019hui injouable, cette pi\u00e8ce est dans l\u2019air du temps et selon certains, r\u00e9volutionne le genre. Rappelons aussi <em>La M\u00e8re coupable<\/em> de Beaumarchais.<\/p>\n<p>L\u2019argument est simple\u00a0: Dorval renonce \u00e0 son amour pour Rosalie, fianc\u00e9e \u00e0 son ami Clairville. Mais Dorval, enfant naturel, est le fr\u00e8re de Rosalie.<\/p>\n<p>La pi\u00e8ce illustre les th\u00e9ories dramatiques de Diderot, expos\u00e9es dans ses <em>Entretiens sur le Fils naturel<\/em>. Le drame qui plonge dans le path\u00e9tique quotidien met en valeur tous les bons sentiments. Mais le dramaturge veut remplacer la peinture classique des \u00ab\u00a0caract\u00e8res\u00a0\u00bb par celle des conditions sociales et des relations familiales. Pour faire plus vrai, le dialogue est remplac\u00e9 par langage du corps et la pantomime, quand le \u00ab\u00a0moi\u00a0\u00bb ne peut plus s\u2019exprimer que par des mots inarticul\u00e9s. Diderot organise ses sc\u00e8nes en autant de \u00ab\u00a0tableaux r\u00e9els\u00a0\u00bb jusqu\u2019au happy-end final, Dorval ayant \u00e0 la fois retrouv\u00e9 sa s\u0153ur et son p\u00e8re qui conclut\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Puisse le ciel, qui be\u0301nit les enfants par les pe\u0300res, et les pe\u0300res par les enfants, vous en accorder qui vous ressemblent, et qui vous rendent la tendresse que vous avez pour moi\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em><strong>Le Neveu de Rameau <\/strong><\/em><strong>(1761-1772)<\/strong><\/p>\n<p>Dialogue philosophique entre Moi (le narrateur et l\u2019intervenant) et Lui (Jean-Fran\u00e7ois Rameau, neveu du c\u00e9l\u00e8bre compositeur Jean-Philippe Rameau). Ce neveu est un artiste original en tout, excentrique et extravagant, amoral et cynique, provocateur plein de contradictions, m\u00e9lange de hauteur et de bassesse, de bon sens et de d\u00e9raison, avec une vision mat\u00e9rialiste, h\u00e9doniste et cynique de la vie. Il incarne l\u2019Ath\u00e9e dans un monde sans Dieu.<\/p>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, c\u2019est Diderot qui se parle \u00e0 lui-m\u00eame, la r\u00e9flexion philosophique se heurtant \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 quotidienne. La morale est en jeu. O\u00f9 est le bien, o\u00f9 est le mal,\u00a0 que peut l\u2019\u00e9ducation, quelle place pour l\u2019homme de g\u00e9nie dans la musique et la soci\u00e9t\u00e9\u00a0?\u2026 Des digressions r\u00e9alistes interrompent le d\u00e9bat philosophique, avec allusion \u00e0 des \u00e9v\u00e9nements et des personnages r\u00e9els.<\/p>\n<p>Il faut resituer l\u2019\u0153uvre qui r\u00e9pond \u00e0 une cabale anti philosophique visant particuli\u00e8rement Diderot en tant que promoteur de<em> l\u2019Encyclop\u00e9die<\/em>, mais aussi tous les philosophes des Lumi\u00e8res qui participent \u00e0 cette entreprise. Pour ne pas r\u00e9pondre directement et s\u2019engager dans une aventure politique risqu\u00e9e, l\u2019auteur se lance dans cette aventure entre 1761 et 1772, texte sans cesse remani\u00e9, publi\u00e9 au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle et jou\u00e9 (rarement) au th\u00e9\u00e2tre, quand un grand com\u00e9dien rel\u00e8ve ce d\u00e9fi \u2013 ainsi Pierre Fresnay \u00e0 la Michodi\u00e8re en 1963.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mes id\u00e9es, ce sont mes catins.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019avons-nous fait\u00a0? Ce que vous, moi et tous les autres font\u00a0: du bien, du mal et rien.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tous les gueux se r\u00e9concilient \u00e0 la gamelle.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si tout ici-bas \u00e9tait excellent, il n\u2019y aurait rien d\u2019excellent.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il vaut mieux \u00e9crire de grandes choses que d\u2019en ex\u00e9cuter de petites.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On avale \u00e0 pleine gorg\u00e9e le mensonge qui nous flatte, et l\u2019on boit goutte \u00e0 goutte une v\u00e9rit\u00e9 qui nous est am\u00e8re.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La voix de la conscience et de l\u2019honneur est bien faible quand les boyaux crient.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019argent des sots est le patrimoine des gens d\u2019esprit.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On est d\u00e9dommag\u00e9 de la perte de son innocence par celle de ses pr\u00e9jug\u00e9s.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Personne n\u2019a autant d\u2019humeur, pas m\u00eame une jolie femme qui se l\u00e8ve avec un bouton sur le nez, qu\u2019un auteur menac\u00e9 de survivre \u00e0 sa r\u00e9putation.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si l\u2019on peut \u00eatre homme d\u2019esprit et grand joueur d\u2019\u00e9checs, on peut \u00eatre aussi un grand joueur d\u2019\u00e9checs et un sot.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quoi qu\u2019on fasse, on ne peut se d\u00e9shonorer quand on est riche.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Imaginez l\u2019univers sage et philosophe\u00a0; convenez qu\u2019il serait diablement triste\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je vois une infinit\u00e9 d\u2019honn\u00eates gens qui ne sont pas heureux; et une infinit\u00e9 de gens qui sont heureux sans \u00eatre honn\u00eates.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019y a point de meilleur r\u00f4le aupr\u00e8s des grands que celui de fou. Longtemps il y a eu le fou du roi en titre; en aucun il n\u2019y a eu en titre le sage du roi.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On crache sur un petit filou, mais on ne peut refuser une sorte de consid\u00e9ration \u00e0 un grand criminel: son courage vous \u00e9tonne, son atrocit\u00e9 vous fait fr\u00e9mir.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si le petit sauvage \u00e9tait abandonn\u00e9 \u00e0 lui-m\u00eame, il tordrait le cou \u00e0 son p\u00e8re et coucherait avec sa m\u00e8re.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019homme comme l\u2019enfant, aime mieux s\u2019amuser que s\u2019instruire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><em>Le R\u00eave de D\u2019Alembert<\/em> (1769)<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est un ensemble de trois dialogues philosophiques r\u00e9dig\u00e9s en 1769. Ils paraissent dans la <em>Correspondance litt\u00e9raire<\/em> en 1782 (mais ne seront publi\u00e9s qu\u2019en 1830). Ils circulent dans les cercles philosophiques \u00e9chappant ainsi \u00e0 la censure. Mais Julie de Lespinasse et d\u2019Alembert refusent d\u2019\u00eatre associ\u00e9s \u00e0 ces entretiens. Diderot r\u00e9digera donc une version destin\u00e9e \u00e0 son amie Catherine de Russie, en changeant le nom des personnages.<\/p>\n<p>1. Le premier dialogue met en pr\u00e9sence <span class=\"caps\">D\u2019A<\/span>lembert et Diderot qui d\u00e9veloppe ses th\u00e9ories mat\u00e9rialistes sur la vie et la nature. La mati\u00e8re n\u2019est pas fig\u00e9e, elle \u00e9volue, chaque esp\u00e8ce se transformant pour donner naissance \u00e0 une nouvelle.<\/p>\n<p>2. Le R\u00eave de <span class=\"caps\">D\u2019A<\/span>lembert met en sc\u00e8ne le docteur Bordeu et Julie de Lespinasse discutant sur les notions de r\u00e9alit\u00e9, d\u2019illusion, de mythe et de r\u00eave. <span class=\"caps\">D\u2019A<\/span>lembert n\u2019appara\u00eet que dans les derni\u00e8res pages, pour insinuer que les abstractions existent au-del\u00e0 de l\u2019opposition entre le mat\u00e9rialisme et le r\u00eave.<\/p>\n<p>3. La Suite de l\u2019entretien entre <span class=\"caps\">D\u2019A<\/span>lembert et Diderot se place sur le terrain moral. Diderot expose la valeur du m\u00e9tissage, en botanique et dans le r\u00e8gne animal, sans aucune restriction, y compris l\u2019homosexualit\u00e9. Finalement, tout serait possible.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tout ce qui est ne peut \u00eatre ni contre nature ni hors de nature\u00a0; je n\u2019en excepte pas m\u00eame la chastet\u00e9 et la continence volontaires qui seraient les premiers crimes contre nature, si l\u2019on pouvait p\u00e9cher contre nature.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ne convenez-vous pas que tout tient en nature et qu\u2019il est impossible qu\u2019il y ait un vide dans la cha\u00eene\u00a0? Que voulez-vous donc dire avec vos individus\u00a0? Il n\u2019y en a point, non, il n\u2019y en a point\u2026 Il n\u2019y a qu\u2019un seul grand individu, c\u2019est le tout.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qui sait si ce bip\u00e8de d\u00e9form\u00e9 [\u2026] qu\u2019on appelle encore dans le voisinage du p\u00f4le un homme, et qui ne tarderait pas \u00e0 perdre ce nom en se d\u00e9formant un peu davantage, n\u2019est pas l\u2019image d\u2019une esp\u00e8ce qui passe\u00a0? Qui sait s\u2019il n\u2019en est pas ainsi de toutes les esp\u00e8ces d\u2019animaux\u00a0? Qui sait si tout ne tend pas \u00e0 se r\u00e9duire \u00e0 un grand s\u00e9diment inerte et immobile\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019homme n\u2019est peut-\u00eatre que le monstre de la femme, ou la femme le monstre de l\u2019homme.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les avantages du mensonge sont d\u2019un moment, et ceux de la v\u00e9rit\u00e9 sont \u00e9ternels\u00a0; mais les suites f\u00e2cheuses de la v\u00e9rit\u00e9, quand elle en a, passent vite, et celles du mensonge ne finissent qu\u2019avec lui.\u00a0\u00bb <\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><em>Paradoxe sur le com\u00e9dien<\/em> (1769 \u00e0 1777)<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est d\u2019abord un essai sur le jeu de l\u2019acteur en forme de monologue, tir\u00e9 d\u2019un compte rendu critique en 1769 et transform\u00e9 en dialogue entre un Premier et un Second interlocuteur, diffus\u00e9 dans la <em>Correspondance litt\u00e9raire<\/em> et publi\u00e9 \u00e0 titre posthume en 1830. Le c\u00e9l\u00e8bre Constantin Stanislavski (acteur, metteur en sc\u00e8ne et professeur d\u2019art dramatique) y verra un document th\u00e9orique majeur.<\/p>\n<p>La th\u00e8se de Diderot est un paradoxe\u00a0: le meilleur acteur n\u2019est pas le plus sensible, celui qui met le plus de lui-m\u00eame dans ce qu\u2019il joue avec passion, mais l\u2019acteur de sang froid (de \u00ab\u00a0sens froid\u00a0\u00bb \u00e9crit-on alors), gardant la t\u00eate froide et toute sa raison. Il ne cherche pas \u00e0 s\u2019identifier au personnage, il l\u2019\u00e9tudie, il l\u2019imagine, il forge un \u00ab\u00a0mod\u00e8le id\u00e9al\u00a0\u00bb. Apr\u00e8s, il n\u2019aura plus qu\u2019\u00e0 copier ce mod\u00e8le qu\u2019il perfectionne \u00e0 chaque repr\u00e9sentation, alors que l\u2019acteur jouant de sa sensibilit\u00e9 donnera tout \u00e0 la premi\u00e8re, se lassant par la suite.<\/p>\n<p>Diderot oppose ainsi deux espaces de repr\u00e9sentation\u00a0: le Salon o\u00f9 l\u2019on cause, chacun mettant en valeur sa sensibilit\u00e9 sans jamais se r\u00e9p\u00e9ter, et la Sc\u00e8ne o\u00f9 la m\u00eame histoire peut \u00eatre r\u00e9p\u00e9t\u00e9e ind\u00e9finiment et de mieux en mieux. Mais cette forme de th\u00e9\u00e2tre passe de mode et il faudrait alors jouer naturellement sur sc\u00e8ne comme dans un salon\u00a0! C\u2019est ce que Diderot tente de mettre en \u0153uvre dans <em>Le Fils naturel<\/em> et de th\u00e9oriser dans les <em>Entretiens<\/em> publi\u00e9s avec le texte de la pi\u00e8ce. On se perd dans ce nouveau Paradoxe\u2026. Et Diderot coupe court, nous laissant \u00e0 nos interrogations.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est l\u2019extr\u00eame sensibilit\u00e9 qui fait les m\u00e9diocres acteurs\u00a0; c\u2019est la sensibilit\u00e9 m\u00e9diocre qui fait la multitude des mauvais acteurs\u00a0; et c\u2019est le manque absolu de sensibilit\u00e9 qui pr\u00e9pare les acteurs sublimes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La larme qui s\u2019\u00e9chappe de l\u2019homme vraiment homme nous touche plus que tous les pleurs d\u2019une femme.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><em>Jacques le fataliste et son ma\u00eetre<\/em> (1765 \u00e0 1784)<\/strong><\/p>\n<p>Ce \u00ab\u00a0nouveau roman\u00a0\u00bb complexe et d\u00e9concertant par son m\u00e9lange des genres, ses digressions et une parent\u00e9 avec le c\u00e9l\u00e8bre <em>Don Quichotte<\/em> de Cervant\u00e8s reste l\u2019\u0153uvre de fiction la plus connue, la plus comment\u00e9e et la plus souvent adapt\u00e9e de Diderot. Les premi\u00e8res phrases donnent le ton\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Comment s\u2019\u00e9taient-ils rencontr\u00e9s\u00a0? Par hasard, comme tout le monde. Comment s\u2019appelaient-ils\u00a0? Que vous importe\u00a0? D\u2019o\u00f9 venaient-ils\u00a0? Du lieu le plus prochain. O\u00f9 allaient-ils\u00a0? Est-ce que l\u2019on sait o\u00f9 l\u2019on va\u00a0? Que disaient-ils\u00a0? Le ma\u00eetre ne disait rien\u00a0; et Jacques disait que son capitaine disait que tout ce qui nous arrive de bien et de mal ici-bas \u00e9tait \u00e9crit l\u00e0-haut.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784)<em>, Jacques le Fataliste,<\/em> incipit<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Non roman qui se moque des poncifs du genre, dialogue philosophique et voyage pr\u00e9texte au r\u00e9cit des amours de Jacques, personnage plus complexe que le simple valet de com\u00e9die\u00a0: \u00ab\u00a0une esp\u00e8ce de philosophe\u00a0\u00bb bavard et quelques peu fataliste qui conte ses aventures amoureuses, interrompu par son ma\u00eetre, par des interventions ou incidents ext\u00e9rieurs, par des \u00ab\u00a0histoires\u00a0\u00bb autonomes venant se substituer au r\u00e9cit initial, et m\u00eame des discussions entre le narrateur et le lecteur.<\/p>\n<p>Le th\u00e8me du voyage est le but affich\u00e9\u00a0: Jacques et son ma\u00eetre voyagent pour \u00ab\u00a0affaires\u00a0\u00bb. Mais les amours de Jacques prennent une place centrale, le Ma\u00eetre priant continuellement Jacques de lui narrer ses aventures galantes. Jacques va alors raconter son \u00e9ducation sexuelle, mais il bouleverse la chronologie et donne beaucoup d\u2019importance \u00e0 sa premi\u00e8re exp\u00e9rience sexuelle qu\u2019\u00e0 son enfance. Les amours de Jacques s\u2019ach\u00e8vent diff\u00e9remment selon les trois versions de la fin, cependant que des r\u00e9cits se greffent\u2026<\/p>\n<p>Pour Diderot, tout est pr\u00e9texte \u00e0 placer ses th\u00e8ses sur le relativisme moral, la critique de l\u2019\u00c9glise, le mat\u00e9rialisme, la sexualit\u00e9\u2026 Mais le \u00ab\u00a0fatalisme\u00a0\u00bb de Jacques n\u2019est pas du tout celui de Diderot. Une action peut modifier la fin qui nous attend. Le \u00ab\u00a0d\u00e9terminisme\u00a0\u00bb est un terme encore inconnu, sinon Diderot aurait pu en user\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On ne sait de quoi se r\u00e9jouir, ni de quoi s\u2019affliger dans la vie. Le bien am\u00e8ne le mal, le mal am\u00e8ne le bien.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tout ce qui nous arrive de bien et de mal ici-bas est \u00e9crit l\u00e0-haut.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sais-tu qui sont les mauvais p\u00e8res? Ce sont ceux qui ont oubli\u00e9 les fautes de leur jeunesse.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si vous me savez peu de gr\u00e9 de ce que je vous dis, sachez-m\u2019en beaucoup de ce que je ne vous dis pas.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un historien qui suppose \u00e0 ses personnages des discours qu\u2019ils n\u2019ont pas tenus, peut aussi leur supposer des actions qu\u2019ils n\u2019ont pas faites.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Est-ce qu\u2019on est ma\u00eetre de devenir ou de ne pas devenir amoureux\u00a0? Et quand on l\u2019est, est-on ma\u00eetre d\u2019agir comme si on ne l\u2019\u00e9tait pas\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un fou (\u2026) c\u2019est un homme dangereux\u00a0; et par cons\u00e9quent un homme heureux est sage.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si l\u2019on ne dit presque rien dans ce monde qui soit entendu comme on le dit, il y a bien pis, c\u2019est qu\u2019on n\u2019y fait presque rien qui soit jug\u00e9 comme on l\u2019a fait.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est qu\u2019il n\u2019y a du danger que pour ceux qui parlent, et je me tais.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous \u00eates quelquefois si profond et si sublime, que je ne vous entends pas.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019y a que les femmes qui sachent aimer\u00a0; les hommes n\u2019y entendent rien\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On passe les trois quarts de sa vie \u00e0 vouloir, sans faire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les hommes faibles sont les chiens des hommes fermes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On ne peut s\u2019int\u00e9resser qu\u2019\u00e0 ce qu\u2019on croit vrai.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous croyons conduire le destin, mais c\u2019est toujours lui qui nous m\u00e8ne.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On ne fait jamais tant d\u2019enfants que dans les temps de mis\u00e8re.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y a longtemps que le r\u00f4le de sage est dangereux parmi les fous.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tous les jours on couche avec des femmes qu\u2019on n\u2019aime pas, et l\u2019on ne couche pas avec des femmes qu\u2019on aime.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><em>Suppl\u00e9ment au Voyage de Bougainville<\/em> (1772)<\/strong><\/p>\n<p>Sous-titr\u00e9 <em>Dialogue entre A et B sur l\u2019inconv\u00e9nient d\u2019attacher des id\u00e9es morales \u00e0 certaines actions physiques qui n\u2019en comportent pas<\/em>, c\u2019est un conte philosophique \u00e9crit en mai 1772 et publi\u00e9 \u00e0 titre posthume en 1796. Il fait suite au <em>Voyage autour du monde de Louis-Antoine de Bougainville<\/em>, publi\u00e9 en 1771.<\/p>\n<p>A et B, discutent du Voyage de Bougainville. Un pr\u00e9tendu <em>Suppl\u00e9ment<\/em> remet en question certaines \u00e9vidences \u00e9nonc\u00e9es par Bougainville, premier Fran\u00e7ais ayant fait le tour du monde.<\/p>\n<p>La forme pr\u00e9sente toutes les caract\u00e9ristiques du style de Diderot et du dialogue philosophique du si\u00e8cle\u00a0: dialogue entre deux anonymes (A et B)\u00a0; structure complexe (r\u00e9cits ench\u00e2ss\u00e9s)\u00a0; suite ou compl\u00e9ment imaginaire \u00e0 un texte r\u00e9el\u00a0; mise en abyme.<\/p>\n<p>Le fond part de l\u2019\u00e9vocation d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 tahitienne utopique, incarn\u00e9e par Orou, beau Tahitien de 35 ans, pour interroger les principes r\u00e9gissant l\u2019organisation de la soci\u00e9t\u00e9\u00a0: le droit naturel, les lois, Dieu, la morale, la n\u00e9cessit\u00e9. Pour Diderot, la loi naturelle est la seule loi indiscutable. Il remet en cause les autres lois fondamentales, en parall\u00e8le avec ce qui se passe dans la nature.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0M\u00e9fiez-vous de celui qui veut mettre de l\u2019ordre. Ordonner, c\u2019est toujours se rendre le ma\u00eetre des autres en les g\u00eanant.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous parlerons contre les lois insens\u00e9es jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019on les r\u00e9forme et en attendant, nous nous y soumettrons aveugl\u00e9ment.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Orou\u00a0: La vie sauvage est si simple, et nos soci\u00e9t\u00e9s sont des machines si compliqu\u00e9es\u00a0! L\u2019Ota\u00eftien touche \u00e0 l\u2019origine du monde et l\u2019Europ\u00e9en touche \u00e0 sa vieillesse. L\u2019intervalle qui le s\u00e9pare de nous est plus grand que la distance de l\u2019enfant qui na\u00eet \u00e0 l\u2019homme d\u00e9cr\u00e9pit. Il n\u2019entend rien \u00e0 nos usages, \u00e0 nos lois, ou il n\u2019y voit que des entraves d\u00e9guis\u00e9es sous cent formes diverses, entraves qui ne peuvent qu\u2019exciter l\u2019indignation et le m\u00e9pris d\u2019un \u00eatre en qui le sentiment de la libert\u00e9 est le plus profond des sentiments.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Orou\u00a0: Dis-moi si, dans quelque contr\u00e9e que ce soit, il y a un p\u00e8re qui, sans la honte qui le retient, n\u2019aim\u00e2t mieux perdre son enfant, un mari qui n\u2019aim\u00e2t mieux perdre sa femme, que sa fortune et l\u2019aisance de toute sa vie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0A. Et la jalousie\u00a0?<br>B. Passion d\u2019un animal indigent et avare qui craint de manquer; sentiment injuste de l\u2019homme; cons\u00e9quence de nos fausses m\u0153urs, et d\u2019un droit de propri\u00e9t\u00e9 \u00e9tendu sur un objet sentant, pensant, voulant et libre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><em>La Religieuse<\/em> (1780)<\/strong><\/p>\n<p>Diderot s\u2019est inspir\u00e9 de faits r\u00e9els particuli\u00e8rement choquants \u00e0 ses yeux d\u2019ath\u00e9e, pour faire revenir \u00e0 Paris un ami, le marquis de Croismare, en imaginant les lettres d\u2019une religieuse sollicitant l\u2019aide du marquis pour s\u2019extraire du clo\u00eetre o\u00f9 elle est retenue malgr\u00e9 elle. Le roman est finalement consid\u00e9r\u00e9 comme \u00ab\u00a0l\u2019aboutissement romanesque d\u2019une mystification dont l\u2019intrigue a \u00e9t\u00e9 post\u00e9rieurement incorpor\u00e9e au r\u00e9cit sous forme de pr\u00e9face-annexe.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>R\u00e9sumons l\u2019histoire. Ses parents ont forc\u00e9 Suzanne Simonin \u00e0 entrer en religion \u2013 au pr\u00e9texte que ses deux s\u0153urs seront ainsi mieux dot\u00e9es, mais surtout pour \u00e9loigner une fille ill\u00e9gitime et permettre \u00e0 sa m\u00e8re d\u2019expier une faute de jeunesse.<\/p>\n<p>Suzanne, bien que croyante, se r\u00e9volte contre la vie conventuelle dans l\u2019abbaye royale des Clarisses de Longchamp. Apr\u00e8s la mort de la m\u00e8re sup\u00e9rieure, une mystique qui s\u2019\u00e9tait prise d\u2019amiti\u00e9 pour elle, Suzanne veut rompre ses v\u0153ux et intente un proc\u00e8s \u00e0 la communaut\u00e9. La nouvelle sup\u00e9rieure lui fait alors subir un harc\u00e8lement moral et physique, avant de l\u2019enfermer comme poss\u00e9d\u00e9e. Suzanne perd son proc\u00e8s, mais l\u2019avocat qui l\u2019a prise en piti\u00e9 obtient son transfert dans un autre couvent appartenant \u00e0 la communaut\u00e9 de Sainte-Eutrope.<\/p>\n<p>Suzanne, toujours croyante, pardonne \u00e0 ses bourreaux, mais sa nouvelle sup\u00e9rieure entreprend de la s\u00e9duire\u00a0par tous les moyens\u00a0! Repouss\u00e9e, consciente de sa perversit\u00e9, elle se livre aux lac\u00e9rations et au je\u00fbne avant de sombrer totalement dans la folie et de mourir\u2026 Incapable de supporter plus longtemps le calvaire du clo\u00eetre, Suzanne r\u00e9ussit \u00e0 s\u2019enfuir. L\u2019infortun\u00e9e jeune fille vit dans la clandestinit\u00e9, attendant l\u2019aide du marquis de Croismare tout en craignant d\u2019\u00eatre reprise.<\/p>\n<p>Diderot qui ach\u00e8ve son roman en 1780 le fait diffuser en feuilleton dans la<em> Correspondance litt\u00e9raire, philosophique et critique<\/em>. Il sera \u00e9dit\u00e9 \u00e0 titre posthume en 1796.<\/p>\n<p>Cette \u0153uvre violemment anticl\u00e9ricale d\u00e9nonce le monde clos des couvents qui entra\u00eene la d\u00e9gradation de la nature humaine. Oisivet\u00e9, inutilit\u00e9 sociale, promiscuit\u00e9 plongent peu \u00e0 peu les recluses dans les r\u00eaveries morbides ou mystiques, dans la folie et parfois au suicide. A contrario, c\u2019est une ode \u00e0 la libert\u00e9 de choisir son destin.<\/p>\n<p><em>La Religieuse<\/em> revivra deux fois au cin\u00e9ma. La version sign\u00e9e Jacques Rivette aura les honneurs de la censure et finira par sortir en 1967, b\u00e9n\u00e9ficiant d\u2019une aura scandaleuse. Une seconde version en 2013 ne rencontrera pas le m\u00eame succ\u00e8s critique et public.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je puis tout pardonner aux hommes, except\u00e9 l\u2019injustice, l\u2019ingratitude et l\u2019inhumanit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La bonne religieuse est celle qui apporte dans le clo\u00eetre quelque grande faute \u00e0 expier.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le m\u00eame mal vient, ou de Dieu qui nous \u00e9prouve, ou du diable qui nous tente.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019acharnement \u00e0 tourmenter et \u00e0 perdre se lasse dans le monde\u00a0; il ne se lasse point dans les clo\u00eetres.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut peut-\u00eatre plus de force d\u2019\u00e2me encore pour r\u00e9sister \u00e0 la solitude qu\u2019\u00e0 la mis\u00e8re; la mis\u00e8re avilit, la retraite d\u00e9prave.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0<em>\u00a0Requiescat in pace.<\/em> Il faut entendre la langue des couvents pour conna\u00eetre l\u2019esp\u00e8ce de menace contenue dans ces derniers mots.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00a0<\/p>\n<h4>6. Ath\u00e9e militant entre autres engagements politiques exemplaires du philosophe.<\/h4>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Un ath\u00e9isme plus visc\u00e9ral que philosophique<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Jamais aucune religion ne fut aussi f\u00e9conde en crimes que le christianisme\u00a0; depuis le meurtre d\u2019Abel jusqu\u2019au supplice de Calas, pas une ligne de son histoire qui ne soit ensanglant\u00e9e.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), Salon de 1763<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le philosophe est engag\u00e9 au point qu\u2019il m\u00eale ses convictions politiques \u00e0 ses propos artistiques\u00a0! Allusion faite ici \u00e0 l\u2019Affaire Calas pour laquelle Voltaire s\u2019est \u00e9galement battu comme l\u2019un de nos premiers \u00ab\u00a0intellectuels engag\u00e9s\u00a0\u00bb, faisant appel \u00e0 ses amis influents, dont le ministre Choiseul et le duc de Richelieu, afin d\u2019obtenir la r\u00e9vision du proc\u00e8s Calas, n\u00e9gociant protestant, victime d\u2019une des plus graves erreurs judiciaires du si\u00e8cle. Au terme de trois ans de lutte, c\u2019est une victoire personnelle du philosophe et le triomphe de la justice sur des institutions judiciaires souvent incomp\u00e9tentes, et d\u2019autant plus partiales que l\u2019accus\u00e9 n\u2019\u00e9tait pas de religion catholique\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si la raison est un don du Ciel et que l\u2019on puisse en dire autant de la foi, le Ciel nous a fait deux pr\u00e9sents incompatibles et contradictoires.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1056\" class=\"cit-num\">1056<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), <em>Addition aux pens\u00e9es philosophiques<\/em> (1762)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u00e8s 1746, il milite dans les <em>Pens\u00e9es philosophiques<\/em> pour la religion naturelle et contre le christianisme. Il est plus violent dans<em> l\u2019Addition.<\/em> Son mat\u00e9rialisme nie \u00ab\u00a0qu\u2019une intelligence supr\u00eame ait fait, ordonn\u00e9, dispos\u00e9 tout \u00e0 quelque bien g\u00e9n\u00e9ral ou particulier\u00a0\u00bb, puisque tout s\u2019explique aussi bien m\u00e9caniquement. Autre argument de Diderot\u00a0: \u00ab\u00a0La pens\u00e9e qu\u2019il n\u2019y a point de Dieu n\u2019a jamais effray\u00e9 personne\u00a0\u00bb \u2013 mais elle contrarie fort Voltaire, fervent d\u00e9iste.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le fanatisme est une peste qui reproduit de temps en temps des germes capables d\u2019infester la terre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1057\" class=\"cit-num\">1057<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), <em>Encyclop\u00e9die<\/em>, article \u00ab\u00a0Christianisme\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><em>L\u2019Encyclop\u00e9die<\/em> est aussi hardie sur le plan religieux que prudente en politique, sauf quand Diderot prend la plume\u00a0! Fr\u00e8re de Voltaire par la pens\u00e9e, il \u00e9crit dans l\u2019article Intol\u00e9rance\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019intol\u00e9rant est un m\u00e9chant homme, un mauvais chr\u00e9tien, un sujet dangereux, un mauvais politique et un mauvais citoyen.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cette religion \u00e9tant, \u00e0 mon sens, la plus absurde et la plus atroce dans ses dogmes; la plus inintelligible, la plus m\u00e9taphysique, la plus entortill\u00e9e et par cons\u00e9quent la plus sujette \u00e0 divisions, sectes, schismes, h\u00e9r\u00e9sies; la plus funeste \u00e0 la tranquillit\u00e9 publique, la plus dangereuse pour les souverains par son ordre hi\u00e9rarchique, ses pers\u00e9cutions et sa discipline; la plus plate, la plus maussade, la plus gothique et la plus triste dans ces c\u00e9r\u00e9monies; la plus pu\u00e9rile et la plus insociable dans sa morale consid\u00e9r\u00e9e, non dans ce qui lui est commun avec la morale universelle, mais dans ce qui lui est propre et ce qui la constitue morale \u00e9vang\u00e9lique, apostolique et chr\u00e9tienne; la plus intol\u00e9rante de toutes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), \u00ab\u00a0Lettre \u00e0 Viallet\u00a0\u00bb (juillet 1766), dans <em>Correspondance In\u00e9dite<\/em> (posthume, 1931)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est dans sa <em>Correspondance<\/em> (en partie in\u00e9dite de son vivant) qu\u2019il se l\u00e2che avec le plus de violence. Qui peut alors lui donner des le\u00e7ons en mati\u00e8re d\u2019engagement\u00a0!? Qui peut se dire plus ath\u00e9e que Diderot\u00a0!? Et d\u2019autres sources, d\u2019autres citations viennent appuyer cette conviction.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Lorsque le pr\u00eatre favorise une innovation, elle est mauvaise\u00a0: lorsqu\u2019il s\u2019y oppose, elle est bonne.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), <em>Principes de politique des souverains<\/em> (1774)<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On demandait un jour \u00e0 quelqu\u2019un s\u2019il y avait de vrais ath\u00e9es. Croyez-vous r\u00e9pondit-il qu\u2019il y ait de vrais chr\u00e9tiens\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784). <em>Pens\u00e9es philosophiques<\/em> (1746)<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019id\u00e9e qu\u2019il n\u2019y a pas de Dieu ne fait trembler personne; on tremble plut\u00f4t qu\u2019il y en ait un.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784). <em>Addition aux pens\u00e9es philosophiques<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Et de conclure\u00a0: \u00ab\u00a0Dieu\u00a0: un p\u00e8re comme celui-l\u00e0, il vaut mieux ne pas en avoir.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quel est donc ce Dieu\u00a0? Un Dieu plein de bont\u00e9\u2026 Un Dieu plein de bont\u00e9 trouverait-il du plaisir \u00e0 se baigner dans les larmes\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784),<em> Pens\u00e9es philosophiques<\/em> (1746)<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Parce qu\u2019un homme a tort de ne pas croire en Dieu, avons-nous raison de l\u2019injurier\u00a0? On n\u2019a recours aux invectives que quand on manque de preuves.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784).<em> Pens\u00e9es philosophiques<\/em> (1746)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Autres engagements sans \u00e9quivoque<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une guerre interminable, c\u2019est celle du peuple qui veut \u00eatre libre, et du roi qui veut commander.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1064\" class=\"cit-num\">1064<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784),<em> Principes de politique des souverains<\/em> (1774)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Vue proph\u00e9tique. Tous les philosophes du si\u00e8cle ont d\u2019ailleurs annonc\u00e9 la R\u00e9volution, sans la vouloir et sans le savoir.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un \u00c9tat chancelle quand on en m\u00e9nage les m\u00e9contents. Il touche \u00e0 sa ruine quand on les \u00e9l\u00e8ve aux premi\u00e8res dignit\u00e9s.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"956\" class=\"cit-num\">956<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), <em>Principes de politique des souverains<\/em> (1774)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Paradoxe majeur de ce si\u00e8cle de tous les paradoxes\u00a0: les privil\u00e9gi\u00e9s luttent contre le r\u00e9gime, s\u2019opposant \u00e0 toute r\u00e9forme, et c\u2019est sur eux que le pouvoir s\u2019appuie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je vois tant d\u2019illustres fain\u00e9ants se d\u00e9shonorer sur les lauriers de leurs anc\u00eatres, que je fais un peu plus de cas du bourgeois ou du roturier ignor\u00e9 qui ne se gonfle point du m\u00e9rite d\u2019autrui.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"963\" class=\"cit-num\">963<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), <em>Pages contre un tyran<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La bourgeoisie du temps est r\u00e9put\u00e9e laborieuse, \u00e9conome et s\u00e9v\u00e8re autant que la noblesse est gaspilleuse, jouisseuse et corrompue. Cette nouvelle classe qui s\u2019enrichit se montre aussi avide de confort mat\u00e9riel que de \u00ab\u00a0Lumi\u00e8res\u00a0\u00bb philosophiques. C\u2019est une nouvelle client\u00e8le pour les artistes et les artisans, un nouveau public pour les th\u00e9\u00e2tres et les concerts. Diderot la donne en exemple, Chardin la peint, Marivaux la met en sc\u00e8ne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si un Ta\u00eftien [Tahitien] d\u00e9barquait un jour sur vos c\u00f4tes et s\u2019il gravait sur une de vos pierres ou sur l\u2019\u00e9corce d\u2019un de vos arbres\u00a0: ce pays appartient aux habitants de Ta\u00efti [Tahiti], qu\u2019en penserais-tu\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"973\" class=\"cit-num\">973<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784). <em>Encyclop\u00e6dia Universalis<\/em>, article \u00ab\u00a0Denis Diderot\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Certains philosophes, comme Diderot, vont plus loin dans l\u2019anticolonialisme que Turgot et mettent en cause le principe m\u00eame de la colonisation, en particulier le droit de l\u2019occupant. D\u2019autres, tel l\u2019abb\u00e9 Raynal, affichent carr\u00e9ment leur anticolonialisme, ou tel Montesquieu, r\u00e9agissent contre le principe m\u00eame de l\u2019esclavage.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut lui [le peuple] permettre la satire et la plainte\u00a0: la haine renferm\u00e9e est plus dangereuse que la haine ouverte.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), <em>Principes de politique des souverains<\/em> (1774)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Avec la masse des pamphlets et libelles pol\u00e9miques et parfois orduriers dont l\u2019\u00e9poque se fit l\u2019\u00e9cho, on a pu parler de ces \u00ab\u00a0basses Lumi\u00e8res\u00a0\u00bb qui sapent les bases du r\u00e9gime presque aussi s\u00fbrement que les grandes Lumi\u00e8res.<\/p>\n<h4>7. Jugements divers sur \u00ab\u00a0Fr\u00e8re Tonpla\u00a0\u00bb dit aussi \u00ab\u00a0le Pantophile\u00a0\u00bb cher \u00e0 Voltaire.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sans avoir jamais vu M. Diderot [\u2026] j\u2019ai toujours respect\u00e9 ses profondes connaissances.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), dans une lettre \u00e0 Palissot du 4 juin 1760<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ils ont \u00e9chang\u00e9 des lettres, Voltaire collabore \u00e0<em> l\u2019Encyclop\u00e9die<\/em> de Diderot pour quelques articles et l\u2019a peut-\u00eatre rencontr\u00e9 lors de son dernier s\u00e9jour \u00e0 Paris, l\u2019ann\u00e9e de sa mort. Mais Diderot ne partage pas la vie mondaine du \u00ab\u00a0roi Voltaire\u00a0\u00bb dont la post\u00e9rit\u00e9 sera sans commune mesure avec la sienne. La reconnaissance tant esp\u00e9r\u00e9e viendra plus tard.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vivez longtemps, monsieur, et puissiez-vous porter des coups mortels au monstre dont je n\u2019ai mordu que les oreilles. Si jamais vous retournez en Russie, daignez donc passer par mon tombeau.\u00a0\u00bb<span id=\",\" class=\"cit-num\">,<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), dans une lettre \u00e0 Diderot du 14 ao\u00fbt 1776<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Et d\u2019ajouter\u00a0cette triste \u00e9vidence\u00a0: \u00ab\u00a0Ce qu\u2019il y a d\u2019affreux, c\u2019est que les philosophes ne sont point unis, et que les pers\u00e9cuteurs le seront toujours.\u00a0\u00bb Mais si diff\u00e9rents qu\u2019ils soient, Voltaire et Diderot sont rest\u00e9s amis.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pour que la R\u00e9volution soit, il ne suffit pas que Montesquieu la pr\u00e9sente, que Diderot la pr\u00eache, que Beaumarchais l\u2019annonce, que Condorcet la calcule, qu\u2019Arouet la pr\u00e9pare, que Rousseau la pr\u00e9m\u00e9dite\u00a0; il faut que Danton l\u2019ose.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1289\" class=\"cit-num\">1289<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Les Mis\u00e9rables<\/em> (1862)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Distribution des r\u00f4les classique o\u00f9 chaque philosophe a sa place. Il est vrai que \u00ab\u00a0Fr\u00e8re Tonpla\u00a0\u00bb appelait de ses v\u0153ux un changement de r\u00e9gime complet. Il a quand m\u00eame inspir\u00e9 le plus grand r\u00e9volutionnaire, Danton.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si de Rousseau vint Robespierre, \u00ab\u00a0de Diderot jaillit Danton\u00a0\u00bb.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1300\" class=\"cit-num\">1300<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de France au dix-huiti\u00e8me si\u00e8cle, Louis <span class=\"caps\">XV<\/span><\/em>, citant Auguste <span class=\"caps\">COMTE<\/span> (1798-1857)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il montre l\u2019influence des philosophes du si\u00e8cle des Lumi\u00e8res sur les r\u00e9volutionnaires. Elle est \u00e9vidente, mais chacun a le sien. La richesse, la diversit\u00e9, la complexit\u00e9 de Diderot, homme de tous les paradoxes, devaient naturellement plaire \u00e0 Danton \u2013 et repousser l\u2019intransigeant Robespierre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La plus haute efficacit\u00e9 de l\u2019esprit est d\u2019\u00e9veiller l\u2019esprit.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1067\" class=\"cit-num\">1067<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">GOETHE<\/span> (1749-1832) rendant hommage \u00e0 Diderot. <em>Litt\u00e9rature du <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle<\/em> (nombreuses \u00e9ditions \u00e0 partir des ann\u00e9es 1950), Lagarde et Michard<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce mot du plus grand \u00e9crivain allemand sur le philosophe fran\u00e7ais s\u2019applique surtout \u00e0 \u00ab\u00a0son\u00a0\u00bb <em>Encyclop\u00e9die<\/em>. Simple entreprise de librairie \u00e0 l\u2019origine, voulant exploiter la vogue croissante des sciences et pr\u00e9senter au public un r\u00e9pertoire du savoir humain, elle devient l\u2019effort gigantesque de toute une \u00ab\u00a0arm\u00e9e\u00a0\u00bb. Le Prospectus l\u2019annonce comme \u00ab\u00a0un tableau g\u00e9n\u00e9ral des efforts de l\u2019esprit humain dans tous les genres et dans tous les si\u00e8cles\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019\u0153uvre d\u00e9veloppe dans le public le go\u00fbt de la recherche scientifique et l\u2019esprit de libre examen sur des \u00ab\u00a0points chauds\u00a0\u00bb aussi sensibles que la religion, la morale et la politique.<em> L\u2019Encyclop\u00e9die<\/em> annonce le mouvement d\u2019opinion qui aboutira aux \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux de 1789, mais la R\u00e9volution transforme bient\u00f4t le cosmopolitisme en nationalisme conqu\u00e9rant, le pacifisme en militarisme, la tol\u00e9rance en fanatisme, la libert\u00e9 en Terreur. Le destin des id\u00e9es, leur chemin dans l\u2019histoire \u00e9chappent toujours \u00e0 leurs auteurs.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Diderot fut cet homme, moule vaste et bouillonnant o\u00f9 tout se fond, o\u00f9 tout se broie, o\u00f9 tout fermente\u00a0; capacit\u00e9 la plus encyclop\u00e9dique qui f\u00fbt alors, mais capacit\u00e9 active, d\u00e9vorante \u00e0 la fois et vivifiante, animant, embrasant tout ce qui y tombe et le renvoyant au dehors dans des torrents de flamme et aussi de fum\u00e9e.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">SAINTE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">BEUVE<\/span> (1804-1869), <em>Les Lumi\u00e8res et les salons, anthologie posthume<\/em> (1992)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le plus grand critique de son temps est celui qui comprend le mieux la complexit\u00e9 de Diderot et son originalit\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Entre Voltaire, Buffon, Rousseau et d\u2019Holbach, entre les chimistes et les beaux esprits, entre les g\u00e9om\u00e8tres, les m\u00e9caniciens et les litt\u00e9rateurs, entre ces derniers et les artistes, sculpteurs ou peintres, entre les d\u00e9fenseurs du go\u00fbt ancien et les novateurs comme Sedaine, Diderot fut un lien.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">SAINTE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">BEUVE<\/span> (1804-1869), <em>Les Lumi\u00e8res et les salons, anthologie posthume<\/em> (1992)<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Diderot est un homme consolant \u00e0 voir et \u00e0 consid\u00e9rer. Il est le premier grand \u00e9crivain en date qui appartienne d\u00e9cid\u00e9ment \u00e0 la moderne soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique. Il nous montre le chemin et l\u2019exemple\u00a0: \u00eatre ou n\u2019\u00eatre pas des acad\u00e9mies, mais \u00e9crire pour le public, s\u2019adresser \u00e0 tous, improviser, se h\u00e2ter sans cesse, aller au r\u00e9el, au fait, m\u00eame quand on a le culte de la r\u00eaverie\u00a0; donner, donner, donner encore, sauf \u00e0 ne recueillir jamais\u00a0; plut\u00f4t s\u2019user que se rouiller, c\u2019est sa devise. Voil\u00e0 ce qu\u2019il a fait jusqu\u2019\u00e0 la fin, avec \u00e9nergie, avec d\u00e9vouement, avec un sentiment parfois douloureux de cette d\u00e9perdition continuelle.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">SAINTE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">BEUVE<\/span> (1804-1869), <em>Les Lumi\u00e8res et les salons, anthologie posthume<\/em> (1992)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tomes_portraits-10.jpg\" width=\"780\" height=\"344\"><\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Retrouvez tous les personnages dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<p>Les personnages marquent leur \u00e9poque et bien au-del\u00e0\u00a0: ils sont les auteurs et acteurs de l\u2019Histoire, avant que les historiens ne commentent et r\u00e9\u00e9crivent le r\u00e9cit national.<br>Quant aux citations, leur int\u00e9r\u00eat n\u2019est plus \u00e0 prouver\u00a0: en quelques mots bien choisis, sourc\u00e9s et contextualis\u00e9s, le pass\u00e9 reprend vie et fait sens.<br>Plus ou moins connus, voire c\u00e9l\u00e8bres et toujours \u00e0 red\u00e9couvrir, voici 200 noms avec plus d\u2019un quart de femmes et un invit\u00e9 surprise, le peuple anonyme (chansons, slogans\u2026)<\/p>\n<p>Aiglon l\u2019- Anne d\u2019Autriche \u2013 Anne de Bretagne \u2013 Anne de France \u2013 Aragon \u2013 Aron \u2013 Aubign\u00e9 d\u2019- Auclert Hubertine \u2013 Auriol \u2013 Badinter \u2013 Baker Jos\u00e9phine \u2013 Barre \u2013 Beaumarchais \u2013 Beauvoir Simone de \u2013 Bellay du \u2013 B\u00e9ranger \u2013 Bernhardt Sarah \u2013 Berry duchesse de \u2013 Bismarck \u2013 Blanc (Louis) \u2013 Blanche de Castille \u2013 Blanqui \u2013 Blum \u2013 Bonaparte Pauline \u2013 Bossuet \u2013 Boulanger g\u00e9n\u00e9ral \u2013 Brasillach \u2013 Briand \u2013 Bugeaud \u2013 Callas Maria \u2013 Cambac\u00e9r\u00e8s \u2013 Camus \u2013 Catherine de M\u00e9dicis \u2013 C\u00e9sar \u2013 Chaban-Delmas \u2013 Chamfort \u2013 Chanel Coco \u2013 Charlemagne \u2013 Charles <span class=\"caps\">IX<\/span> \u2013 Charles X \u2013 Chateaubriand \u2013 Ch\u00e2telet \u00c9milie du \u2013 Chirac \u2013 Claudel \u2013 Claudel Camille \u2013 Clemenceau \u2013 Clotilde \u2013 Clovis \u2013 Colbert \u2013 Colette (Mme) \u2013 Condorcet \u2013 Corday Charlotte \u2013 Cresson \u00c9dith \u2013 Curie Marie et Pierre \u2013 Danton \u2013 Debr\u00e9 \u2013 Deffand Mme du \u2013 Descartes \u2013 Deschanel \u2013 Desmoulins \u2013 Diderot \u2013 Dreyfus \u2013 Du Guesclin \u2013 Dubois abb\u00e9 \u2013 Dumont (Ren\u00e9) \u2013 Eug\u00e9nie de Montijo \u2013 Fabius \u2013 Ferry \u2013 Flaubert \u2013 Foch \u2013 Fouch\u00e9 \u2013 Fouquet \u2013 Fouquier-Tinville \u2013 France (Anatole) \u2013 Fran\u00e7ois Ier \u2013 Gambetta \u2013 Gaulle de \u2013 Gaulle Yvonne de \u2013 Giroud Fran\u00e7oise \u2013 Giscard d\u2019Estaing \u2013 Gouges Olympe de \u2013 Gr\u00e9goire abb\u00e9 \u2013 Gr\u00e9vy \u2013 Guillotin \u2013 Guizot \u2013 Guy Alice \u2013 Halimi Gis\u00e8le \u2013 Henri <span class=\"caps\">III<\/span> \u2013 Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> \u2013 Henriette d\u2019Angleterre \u2013 Hugo \u2013 Isabeau de Bavi\u00e8re \u2013 Jaur\u00e8s \u2013 Jeanne d\u2019Arc \u2013 Joffre \u2013 Jos\u00e9phine de Beauharnais \u2013 L\u2019Hospital de \u2013 La Bruy\u00e8re \u2013 La Fayette \u2013 Lamartine \u2013 Louis <span class=\"caps\">IX<\/span> \u2013 Louis <span class=\"caps\">XI<\/span> \u2013 Louis <span class=\"caps\">XII<\/span> \u2013 Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span> \u2013 Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> \u2013 Louis <span class=\"caps\">XV<\/span> \u2013 Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span> \u2013 Louis <span class=\"caps\">XVII<\/span> (Dauphin) \u2013 Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> \u2013 Louis-Philippe \u2013 Louise de Savoie \u2013 Lyautey \u2013 Mac-Mahon \u2013 Macron \u2013 Madame M\u00e8re \u2013 Madame Royale \u2013\u00a0 Mademoiselle la Grande \u2013 Maintenon Mme de \u2013 Malraux \u2013 Marat \u2013 Marchais \u2013 Marguerite de Navarre \u2013 Marguerite de Valois \u2013 Marie de M\u00e9dicis \u2013 Marie Leczinska \u2013 Marie Stuart \u2013 Marie-Antoinette \u2013\u00a0 Marie-Louise \u2013 Marvingt Marie \u2013 Marx \u2013 Mauriac \u2013 Mauroy \u2013 Maurras \u2013 Mazarin \u2013 Michel Louise \u2013 Michelet \u2013 Mirabeau \u2013 Mitterrand \u2013 Moli\u00e8re \u2013 Monnet \u2013 Montaigne \u2013 Montespan marquise de \u2013 Montesquieu \u2013 Montherlant \u2013 Moulin \u2013 Napol\u00e9on \u2013 Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span> \u2013 Palatine La (princesse) \u2013 Pascal \u2013 P\u00e9guy \u2013 P\u00e9tain \u2013 peuple (le) \u2013 Philippe Auguste \u2013 Philippe d\u2019Orl\u00e9ans (le R\u00e9gent) \u2013 Philippe le Bel \u2013 Picasso \u2013 Pinay \u2013 Pisan Christine de \u2013 Poincar\u00e9 \u2013 Poitiers Diane de \u2013 Pompadour marquise de \u2013 Pompidou \u2013 Proudhon \u2013 Rabelais \u2013 R\u00e9camier Juliette \u2013 Richelieu \u2013 Rivarol \u2013 Robespierre \u2013 Rocard \u2013 Rochefort \u2013 Roland Mme \u2013 Ronsard \u2013 Rousseau \u2013 Saint-Exup\u00e9ry \u2013 Saint-Just \u2013 Saint-Simon comte de \u2013\u00a0 Saint-Simon duc de \u2013 Sand George \u2013 Sarkozy \u2013 Sartre \u2013 Schoelcher \u2013 Schuman\u00a0\u2013 S\u00e9vign\u00e9 marquise de \u2013 Siey\u00e8s abb\u00e9 \u2013 Sorel Agn\u00e8s \u2013 Sta\u00ebl Mme de \u2013 Sully \u2013 Talleyrand \u2013 Tallien \u2013 Tallien Mme \u2013 Thiers \u2013 Thorez \u2013 Tocqueville \u2013 Turgot \u2013 Val\u00e9ry \u2013 Veil Simone \u2013 Vercing\u00e9torix \u2013 Vergniaud \u2013 Villepin \u2013 Voltaire \u2013 Weill Simone \u2013 Weiss Louise \u2013 Zola<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 Diderot doit ses deux surnoms &#8211; le \u00ab\u00a0Pantophile\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Fr\u00e8re Tonpla\u00a0\u00bb &#8211; \u00e0 Voltaire. Bien trouv\u00e9 pour cet amoureux de la vie sous toutes ses formes, faisant profession de philosopher en cultivant les paradoxes \u00e0 l\u2019inverse de la logique ch\u00e8re \u00e0 Platon (d\u2019o\u00f9 l\u2019ironie du verlan)\u00a0!Voici un personnage aussi attachant qu\u2019original\u00a0: infatigable travailleur \u00e9chappant [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":11409,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":278,"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-9761","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-portraits-en-citations-des-personnages-de-lhistoire"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9761","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9761"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9761\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":16252,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9761\/revisions\/16252"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media\/11409"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9761"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9761"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9761"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}