{"id":9817,"date":"2023-12-18T00:00:00","date_gmt":"2023-12-17T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/qui-a-dit-quoi-de-qui-restauration-et-monarchie-de-juillet\/"},"modified":"2025-08-12T08:42:59","modified_gmt":"2025-08-12T06:42:59","slug":"qui-a-dit-quoi-de-qui-restauration-et-monarchie-de-juillet","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/qui-a-dit-quoi-de-qui-restauration-et-monarchie-de-juillet\/","title":{"rendered":"Qui a dit quoi de Qui\u00a0? (Restauration et Monarchie de Juillet)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>Un personnage parle d\u2019un autre personnage. <br>Exemple type\u00a0: \u00ab\u00a0Un fou a dit \u00ab\u00a0Moi, la France\u00a0\u00bb et personne n\u2019a ri parce que c\u2019\u00e9tait vrai.\u00a0\u00bb Fran\u00e7ois Mauriac \u00e9voquant de Gaulle en juin 1940.<\/p>\n<p>Le premier \u00ab\u00a0qui\u00a0\u00bb est quelquefois le peuple (acteur anonyme) s\u2019exprimant en chanson, pamphlet, slogan, \u00e9pitaphe. Le second \u00ab\u00a0qui\u00a0\u00bb peut \u00eatre un groupe, une assembl\u00e9e, une arm\u00e9e \u00e0 qui le discours est destin\u00e9.<br>Si les deux \u00ab\u00a0qui\u00a0\u00bb sont identiques, c\u2019est un autoportrait, une profession de foi politique, parfois une devise. <br>Les lettres (Correspondance) et M\u00e9moires (sous diverses formes) sont des sources pr\u00e9cieuses, les \u00ab\u00a0mots de la fin\u00a0\u00bb livrent une ultime v\u00e9rit\u00e9 sur l\u2019auteur. <\/p>\n<p>Dans ce d\u00e9fil\u00e9 de Noms plus ou moins connus ou c\u00e9l\u00e8bres, le ton passe de l\u2019humour \u00e0 la cruaut\u00e9 avec ces citations r\u00e9f\u00e9rentielles ou anecdotiques, mais historiquement toujours significatives.<br>\u00ab\u00a0Qui a dit quoi de Qui\u00a0\u00bb est une version r\u00e9sum\u00e9e en 12 \u00e9ditos de notre <em>Histoire en citations<\/em> \u2013 \u00ab\u00a0quand, comment et pourquoi\u00a0\u00bb donnant l\u2019indispensable contexte.<\/p>\n<p>\u00c7a peut aussi devenir un jeu\u00a0: \u00ab\u00a0Qui a dit quoi de Qui\u00a0\u00bb. \u00c0 vous de voir.<\/p>\n<h3>7. Restauration et Monarchie de Juillet.<\/h3>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-7-52.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">Restauration (et Cent-Jours) (1814-1830)<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019Ancien R\u00e9gime moins les abus.\u00a0\u00bb<span id=\"1893\" class=\"cit-num\">1893<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span>\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> (1755-1824), formule plusieurs fois \u00e9nonc\u00e9e au temps de son exil. <em>Dictionnaire critique de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1992), Fran\u00e7ois Furet, Mona Ozouf<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u00e9finition de la Restauration selon le roi de retour, autrement dit, son programme politique.<\/p>\n<p>Ce courant d\u2019opinion est repr\u00e9sent\u00e9 par les \u00ab\u00a0constitutionnels\u00a0\u00bb globalement satisfaits de la Charte (constitution) octroy\u00e9e le 4\u00a0juin 1814. Sur l\u2019\u00e9chiquier politique, ces centristes seront pris entre deux extr\u00eames\u00a0: les ultras \u2013\u00a0plus royalistes que le roi\u00a0\u2013 qui veulent le retour \u00e0 l\u2019Ancien R\u00e9gime et les ind\u00e9pendants ou lib\u00e9raux, groupe form\u00e9 de sensibilit\u00e9s diff\u00e9rentes, mais qui rejettent tous le drapeau blanc, la pr\u00e9\u00e9minence du clerg\u00e9 et de la noblesse.<\/p>\n<p>La Restauration se jouera dans ce tripartisme dont h\u00e9riteront tous les r\u00e9gimes politiques de la France jusqu\u2019\u00e0 nos jours. Elle va par ailleurs souffrir de la comparaison avec l\u2019\u00e9pop\u00e9e napol\u00e9onienne qui entre dans la l\u00e9gende.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il monta p\u00e9niblement ce tr\u00f4ne que son pr\u00e9d\u00e9cesseur avait eu l\u2019air d\u2019escalader.\u00a0\u00bb<span id=\"1904\" class=\"cit-num\">1904<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles Fran\u00e7ois Marie, comte de <span class=\"caps\">R\u00c9MUSAT<\/span> (1797-1875).<em> M\u00e9moires de ma vie<\/em>, volume\u00a0I (posthume, 1967), Charles de R\u00e9musat<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Jeune collaborateur au <em>Globe<\/em>, journal d\u2019opposition lib\u00e9rale, le comte de R\u00e9musat est le fils du chambellan de Napol\u00e9on, ralli\u00e9 aux Bourbons \u00e0 la Restauration. Il fait partie d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration qui a vu et v\u00e9cu l\u2019extraordinaire.<\/p>\n<p>Il constate l\u2019\u00e9vidence, en 1814\u00a0: \u00e0 pr\u00e8s de 60\u00a0ans, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> est podagre (goutteux), autrement dit rhumatisant au dernier degr\u00e9. Il est en outre afflig\u00e9 d\u2019un accent d\u00fb non pas \u00e0 une \u00e9migration prolong\u00e9e, mais \u00e0 une phon\u00e9tique demeur\u00e9e tr\u00e8s Ancien R\u00e9gime, qui \u00f4te toute noblesse \u00e0 sa royale affirmation\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est mou\u00e9 qui suis le rou\u00e9.\u00a0\u00bb Les chansonniers ne vont pas rater \u00ab\u00a0le rou\u00e9\u00a0\u00bb. Ce roi sera souvent et m\u00e9chamment brocard\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voulez-vous conna\u00eetre l\u2019histoire<br>D\u2019un gros roi nomm\u00e9 Cotillon\u00a0?<br>Ton ton, ton ton, tontaine, ton ton.<br>Boire, manger, manger et boire,<br>Voil\u00e0 le plaisir de Bourbon<br>Ton ton, tontaine, ton ton.\u00a0\u00bb<span id=\"1905\" class=\"cit-num\">1905<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Voulez-vous conna\u00eetre l\u2019histoire\u00a0?<\/em> (1814), chanson. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Rien moins que 15 couplets pour se moquer du retour du roi et de sa suite. \u00ab\u00a0Il arrive\u00a0: Paris proclame\u00a0\/ Sa bont\u00e9, sa gloire et son nom\u00a0\/ Et le Fran\u00e7ais, le noir dans l\u2019\u00e2me\u00a0\/ A mis du blanc sur son balcon.\u00a0\u00bb Encore n\u2019est-ce que le commencement de la Restauration\u2026 et Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> ne sera pas le plus impopulaire des deux rois\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis comme les femmes pas tr\u00e8s jolies, que l\u2019on s\u2019efforce d\u2019aimer par raison. Apr\u00e8s tout, c\u2019est encore la n\u00e9cessit\u00e9 qui fait les meilleurs mariages.\u00a0\u00bb<span id=\"1906\" class=\"cit-num\">1906<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVIII<\/span> (1755-1824). <em>Le Calendrier de l\u2019histoire<\/em> (1970), Andr\u00e9 Castelot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce roi est trop lucide pour ignorer qu\u2019il n\u2019est pas aim\u00e9. Son fr\u00e8re, le futur Charles X, n\u2019aura pas cette intelligence de la situation.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous vous plaignez d\u2019un roi sans jambes, vous verrez ce que c\u2019est qu\u2019un roi sans t\u00eate.\u00a0\u00bb<span id=\"1908\" class=\"cit-num\">1908<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span>\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> (1755-1824), qui ne conna\u00eet que trop bien son fr\u00e8re, le comte d\u2019Artois.<em> Encyclop\u00e9die des mots historiques, Historama<\/em> (1970)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Rendu quasi infirme par la goutte \u00e0 la fin de sa vie, le roi parle du futur Charles\u00a0X. \u00c0 57\u00a0ans, il a l\u2019allure d\u2019un jeune homme et monte royalement \u00e0 cheval. Malgr\u00e9 cette s\u00e9duction naturelle, il se fera d\u00e9tester.<\/p>\n<p>D\u00e9j\u00e0 impopulaire sous l\u2019Ancien R\u00e9gime, il se faisait remarquer par sa conduite l\u00e9g\u00e8re et ses folles d\u00e9penses, \u00e0 l\u2019image de sa belle-s\u0153ur Marie-Antoinette. De retour en France apr\u00e8s vingt-cinq ans d\u2019exil, il va accumuler les erreurs politiques, sous cette Restauration malgr\u00e9 tout fragile.<\/p>\n<p>Il passe son temps entre la chasse, sa passion, et la religion \u2013 il deviendra d\u00e9vot, faisant le v\u0153u de chastet\u00e9 perp\u00e9tuelle en 1804 \u00e0 la mort d\u2019une de ses ma\u00eetresses, Louise d\u2019Esparb\u00e8s, le grand amour de sa vie.<\/p>\n<p>Feignant de se d\u00e9sint\u00e9resser des affaires du royaume, il est en r\u00e9alit\u00e9 le chef (occulte) du parti royaliste (ultra).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Toujours je l\u2019ai vu chef de parti, jamais l\u2019h\u00e9ritier pr\u00e9somptif du royaume de France.\u00a0\u00bb<span id=\"1909\" class=\"cit-num\">1909<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duc de <span class=\"caps\">RICHELIEU<\/span> (1766-1822).<em> Le Duc de Richelieu<\/em> (1898), Armand-Emmanuel du Plessis Richelieu (duc de)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Arri\u00e8re-petit neveu du c\u00e9l\u00e8bre cardinal, royaliste, \u00e9migr\u00e9 sous la R\u00e9volution, de retour en 1814, le duc est deux fois pr\u00e9sident du Conseil (chef du gouvernement). C\u2019est la seconde fois (1820-1821) qu\u2019il d\u00e9plore l\u2019opposition du comte d\u2019Artois, emp\u00eachant le roi de r\u00e9gner et lui-m\u00eame de gouverner.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Aux \u00e9poques ordinaires, roi convenable\u00a0; \u00e0 une \u00e9poque extraordinaire, homme de perdition.\u00a0\u00bb<span id=\"1910\" class=\"cit-num\">1910<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848), <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Chateaubriand juge Charles X lors de son accession au tr\u00f4ne, \u00e0 la mort de Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>\u00a0: \u00ab\u00a0Incapable de suivre jusqu\u2019au bout une bonne ou une mauvaise r\u00e9solution\u00a0; p\u00e9tri avec les pr\u00e9jug\u00e9s de son si\u00e8cle et de son rang.\u00a0\u00bb Mais \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de cela\u00a0: \u00ab\u00a0doux, quoique sujet \u00e0 la col\u00e8re, bon et tendre avec ses familiers, aimable, l\u00e9ger, sans fiel, ayant tout du chevalier, la d\u00e9votion, la noblesse, l\u2019\u00e9l\u00e9gante courtoisie, mais entrem\u00eal\u00e9 de faiblesse\u2026\u00a0\u00bb Bref, pas n\u00e9 pour \u00eatre roi en 1824. On ne peut s\u2019emp\u00eacher de penser \u00e0 la situation de son fr\u00e8re a\u00een\u00e9, Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span>, acc\u00e9dant au tr\u00f4ne en 1774 et si mal arm\u00e9, si faible, dans une situation pr\u00e9r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<p>D\u00e9\u00e7u par la politique, l\u2019auteur des <em>M\u00e9moires\u00a0<\/em>avouera\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai vu de pr\u00e8s les rois, et mes illusions politiques se sont \u00e9vanouies.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai mes vieilles id\u00e9es, je veux mourir avec elles.\u00a0\u00bb<span id=\"1911\" class=\"cit-num\">1911<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CHARLES<\/span>\u00a0X (1757-1836), sentence souvent r\u00e9p\u00e9t\u00e9e, qui r\u00e9sume le personnage. <em>Charles\u00a0X<\/em> (2001), Andr\u00e9 Castelot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette phrase annonce \u00e0 la fois son r\u00e8gne et sa fin. Mais au d\u00e9but de la Restauration, il n\u2019est encore que Monsieur, comte d\u2019Artois, fr\u00e8re du roi, sit\u00f4t pr\u00e9sent et bient\u00f4t g\u00eanant pour Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>. Il va y avoir pire encore, le retour totalement inattendu de Napol\u00e9on, le plus incroyable come-back de l\u2019Histoire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Fran\u00e7ais\u00a0! [\u2026] j\u2019arrive parmi vous reprendre mes droits qui sont les v\u00f4tres.\u00a0\u00bb<span id=\"1924\" class=\"cit-num\">1924<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), Golfe Juan, Proclamation du 1er\u00a0mars 1815. <em>France militaire\u00a0: histoire des arm\u00e9es fran\u00e7aises de terre et de mer de 1792 \u00e0 1833<\/em> (1838), Abel Hugo<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 peine d\u00e9barqu\u00e9, il parle au peuple et trouve toujours les mots qui font mouche\u00a0: \u00ab\u00a0Dans mon exil, j\u2019ai entendu vos plaintes et vos v\u0153ux\u00a0: vous r\u00e9clamiez ce gouvernement de votre choix qui est seul l\u00e9gitime.\u00a0\u00bb Et encore\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ils n\u2019ont rien oubli\u00e9, ni rien appris.\u00a0\u00bb<span id=\"1926\" class=\"cit-num\">1926<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), Golfe-Juan, Proclamation du 1er\u00a0mars 1815.<em> Histoire parlementaire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise ou Journal des Assembl\u00e9es nationales<\/em> (1834-1838), <span class=\"caps\">P.J.B.<\/span> Buchez, <span class=\"caps\">P.C.<\/span> Roux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Depuis le peu de mois que les Bourbons r\u00e8gnent, ils vous ont convaincu qu\u2019ils n\u2019ont rien oubli\u00e9, ni rien appris.\u00a0\u00bb Napol\u00e9on reprend la formule de Dumouriez parlant des courtisans qui entourent Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>, le mot \u00e9tant \u00e9galement attribu\u00e9 \u00e0 Talleyrand. Quoi qu\u2019il en soit, il r\u00e9sume parfaitement la mentalit\u00e9 des Bourbons et surtout de leurs partisans, les ultras, plus royalistes que le roi qui vont compromettre cette Restauration qu\u2019ils veulent tant servir\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cet homme est revenu de l\u2019\u00eele d\u2019Elbe plus fou qu\u2019il n\u2019\u00e9tait parti. Son affaire est r\u00e9gl\u00e9e, il n\u2019en a pas pour quatre mois.\u00a0\u00bb<span id=\"1931\" class=\"cit-num\">1931<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Joseph <span class=\"caps\">FOUCH\u00c9<\/span> (1759-1820), lucide quant \u00e0 l\u2019avenir, mars\u00a01815. <em>1815<\/em> (1893), Henry Houssaye<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Paroles de celui qui va redevenir ministre de la Police sous les Cent-Jours\u2026 et de nouveau sous la seconde Restauration. Napol\u00e9on conna\u00eet bien les d\u00e9fauts et les qualit\u00e9s de l\u2019homme. Fouch\u00e9 prendra son portefeuille le 21\u00a0mars 1815 en confiant \u00e0 Gaillard (lieutenant g\u00e9n\u00e9ral de police)\u00a0: \u00ab\u00a0Avant trois mois, je serai plus puissant que lui et s\u2019il ne m\u2019a pas fait fusiller, il sera \u00e0 mes genoux [\u2026] Mon premier devoir est de contrarier tous les projets de l\u2019empereur.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Fouch\u00e9 a tort de trahir, mais il a raison de penser ainsi. Talleyrand qui n\u00e9gocie tr\u00e8s habilement pour la France (vaincue) au Congr\u00e8s de Vienne d\u00e9clare 12\u00a0mars 1815\u00a0: \u00ab\u00a0Il faut tuer Buonaparte comme un chien enrag\u00e9.\u00a0\u00bb Le retour de Napol\u00e9on d\u00e9clenche une nouvelle guerre europ\u00e9enne et le second trait\u00e9 de Paris (toujours sign\u00e9 au Congr\u00e8s de Vienne) sera beaucoup moins cl\u00e9ment.<\/p>\n<p>La France n\u2019avait aucune chance de gagner, m\u00eame avec ce fabuleux meneur d\u2019hommes et manieur de foules qui veut encore et toujours forcer le destin. C\u2019est l\u2019aventure de trop, c\u2019est aussi la l\u00e9gende. C\u2019est de toute mani\u00e8re l\u2019Histoire et l\u2019un des \u00e9pisodes les plus \u00e9tonnants.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ram\u00e8nerai l\u2019usurpateur dans une cage de fer.\u00a0\u00bb<span id=\"1933\" class=\"cit-num\">1933<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mar\u00e9chal <span class=\"caps\">NEY<\/span> (1769-1815), au roi Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span>. <em>Vie du mar\u00e9chal Ney<\/em> (1816), Raymond Balthazar Maizeau<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Surnomm\u00e9 le Brave des braves sous l\u2019Empire, Ney a pouss\u00e9 Napol\u00e9on \u00e0 abdiquer il y a moins d\u2019un an et s\u2019est ralli\u00e9 \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> qui le fit pair de France. Le roi le charge \u00e0 pr\u00e9sent d\u2019arr\u00eater \u00ab\u00a0le vol de l\u2019Aigle\u00a0\u00bb. Ney en fait le serment. Mais ce grand mar\u00e9chal d\u2019Empire va c\u00e9der \u00e0 son tour au charisme de l\u2019empereur et se rallier \u00e0 lui avec ses troupes, le 13\u00a0mars. Quant au roi\u2026 il est dans une situation fort embarrassante\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai travaill\u00e9 au bonheur de mon peuple. Pourrais-je, \u00e0 soixante ans, mieux terminer ma carri\u00e8re qu\u2019en mourant pour sa d\u00e9fense\u00a0?\u00a0\u00bb<span id=\"1936\" class=\"cit-num\">1936<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> (1755-1824), \u00e0 la Chambre des d\u00e9put\u00e9s, s\u00e9ance du 16\u00a0mars\u00a01815. <em>Histoire de la Restauration et des causes qui ont amen\u00e9 la chute de la branche a\u00een\u00e9e des Bourbons<\/em> (1843), Jean-Baptiste Honor\u00e9 Raymond Capefigue<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le discours du roi figure dans toutes les histoires de cette p\u00e9riode agit\u00e9e. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> semble pr\u00eat au sacrifice supr\u00eame pour la Charte qui le fait roi de France. Le comte d\u2019Artois soutient sa r\u00e9solution, les deux fr\u00e8res s\u2019embrassent, unis dans l\u2019\u00e9preuve. Le roi fait encore acte de r\u00e9sistance\u00a0: \u00ab\u00a0Quoi qu\u2019il arrive, je ne quitterai pas mon fauteuil. La victime sera plus grande que le bourreau.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La s\u00e9ance s\u2019ach\u00e8ve dans le d\u00e9lire, avec le serment du souverain rhumatisant\u2026 En r\u00e9alit\u00e9 et en coulisses, le \u00ab\u00a0Roi-fauteuil\u00a0\u00bb pr\u00e9pare sa fuite et met en s\u00fbret\u00e9 les joyaux de la Couronne.<\/p>\n<p>Le soir m\u00eame, il apprend la d\u00e9fection du mar\u00e9chal Ney \u2013 pour lui, trahison. Il fait ses malles, mais le secret doit \u00eatre gard\u00e9. Le 19\u00a0mars, un courrier lui annonce que Napol\u00e9on est \u00e0 Auxerre et marche sur Paris. C\u2019est le commencement de la fin de sa (premi\u00e8re) Restauration\u00a0: \u00ab\u00a0Je vois que tout est fini\u2026 Je suis r\u00e9solu \u00e0 partir.\u00a0\u00bb Le soir, il part pour la Belgique. D\u00e9part piteux, pitoyable.<\/p>\n<p>Napol\u00e9on entre \u00e0 Paris, arrive aux Tuileries dans la nuit. Les cris de \u00ab\u00a0Vive l\u2019empereur\u00a0\u00bb se m\u00ealent aux injures contre les Bourbons.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce diable d\u2019homme m\u2019a g\u00e2t\u00e9 la France.\u00a0\u00bb<span id=\"1937\" class=\"cit-num\">1937<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821). <em>Napol\u00e9on<\/em> (1969), Georges Lef\u00e8bvre<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 peine install\u00e9 au ch\u00e2teau des Tuileries le 20\u00a0mars 1815, il enrage contre Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>, car il se trouve litt\u00e9ralement assailli de libelles demandant des garanties constitutionnelles, comme le roi a \u00e9t\u00e9 forc\u00e9 d\u2019en accorder.<\/p>\n<p>Les Cent-Jours de Napol\u00e9on vont se terminer par Waterloo, l\u2019une des batailles les plus comment\u00e9es de l\u2019Histoire, d\u00e9faite de la France face aux Anglais et aux Prussiens.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019avais demand\u00e9 vingt ans\u00a0; la destin\u00e9e ne m\u2019en a donn\u00e9 que treize.\u00a0\u00bb<span id=\"1950\" class=\"cit-num\">1950<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), au lendemain de Waterloo. <em>Correspondance de Napol\u00e9on\u00a0Ier, publi\u00e9e par ordre de l\u2019empereur Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span><\/em> (1858)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Notes sur les \u00ab\u00a0Lettres \u00e9crites de Paris pendant le dernier r\u00e8gne de l\u2019empereur Napol\u00e9on\u00a0\u00bb entre le 8\u00a0avril et le 20\u00a0juillet. La phrase est exacte, mais pas le compte. En 1802, Napol\u00e9on Bonaparte Premier Consul est d\u00e9j\u00e0 ma\u00eetre de la France et de son destin depuis le coup d\u2019\u00c9tat de Brumaire (1799) \u2013 et m\u00eame depuis la campagne d\u2019Italie qui lui apporta la gloire et la popularit\u00e9 en 1797. Les historiens parlent g\u00e9n\u00e9ralement d\u2019une aventure de vingt-deux ans.<\/p>\n<p>Paradoxalement, cet \u00e9pisode des Cent-Jours, catastrophique pour la France, va nourrir le mythe\u00a0: Napol\u00e9on est redevenu un h\u00e9ros, il a forc\u00e9 le destin jusqu\u2019\u00e0 la fin et la l\u00e9gende va suivre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voil\u00e0 une maladresse qui va nous co\u00fbter cher\u00a0! Le malheureux\u00a0! En se laissant prendre, il va nous faire plus de mal qu\u2019il ne nous en a fait le 13\u00a0mars en passant \u00e0 Bonaparte\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"1954\" class=\"cit-num\">1954<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVIII<\/span> (1755-1824), le 7\u00a0juillet\u00a01815. <em>La Restauration et la Monarchie de Juillet<\/em> (1929), Jean Lucas-Dubreton<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le roi est furieux contre le mar\u00e9chal Ney. Il vient d\u2019apprendre son arrestation par les hommes de la police de Fouch\u00e9. Rappelons que Ney est coupable aux yeux du nouveau r\u00e9gime de s\u2019\u00eatre ralli\u00e9 \u00e0 l\u2019empereur, cet \u00ab\u00a0usurpateur\u00a0\u00bb qu\u2019il avait promis de ramener \u00ab\u00a0dans une cage de fer\u00a0\u00bb au d\u00e9but des Cent-Jours.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019esp\u00e8re qu\u2019on le traitera avec bont\u00e9 et douceur, et je vous prie, tr\u00e8s cher papa, d\u2019y contribuer.\u00a0\u00bb<span id=\"1959\" class=\"cit-num\">1959<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">LOUISE<\/span> (1791-1847), Lettre \u00e0 son p\u00e8re l\u2019empereur d\u2019Autriche, 15\u00a0ao\u00fbt 1815. <em>Revue historique<\/em>, 28e ann\u00e9e, volume\u00a0<span class=\"caps\">LXXXII<\/span> (1903)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La femme de l\u2019empereur d\u00e9chu ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est la seule pri\u00e8re que je puisse oser pour lui et la derni\u00e8re fois que je m\u2019int\u00e9resse \u00e0 son sort, car je lui dois de la reconnaissance pour la tranquille indiff\u00e9rence dans laquelle il m\u2019a laiss\u00e9e vivre, au lieu de me rendre malheureuse.\u00a0\u00bb Ce sont vraiment des paroles de fille et d\u2019\u00e9pouse soumises.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je pr\u00e9f\u00e9rerais qu\u2019on \u00e9gorge\u00e2t mon fils ou qu\u2019il f\u00fbt noy\u00e9 dans la Seine plut\u00f4t que de le voir jamais \u00e9lev\u00e9 \u00e0 Vienne comme prince autrichien.\u00a0\u00bb<span id=\"1960\" class=\"cit-num\">1960<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821). <em>Les Errants de la gloire<\/em> (1933), princesse Lucien Murat (comtesse Marie de Rohan-Chabot)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En cette fin d\u2019ann\u00e9e 1815, il ignore encore que l\u2019Aiglon sera pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e9lev\u00e9 \u00e0 Vienne par son grand-p\u00e8re maternel, comme un prince autrichien et sous le nom de duc de Reichstadt \u2013 c\u2019est l\u2019 \u00ab\u00a0assassinat moral\u00a0\u00bb tant redout\u00e9 par le p\u00e8re pour son fils.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019Angleterre prit l\u2019aigle et l\u2019Autriche l\u2019aiglon.\u00a0\u00bb<span id=\"1961\" class=\"cit-num\">1961<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Les Chants du cr\u00e9puscule<\/em> (1835)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les destins tragiques inspirent les po\u00e8tes et entre tous, les grands romantiques du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Edmond Rostand, consid\u00e9r\u00e9 comme le dernier de nos auteurs romantiques, est un peu le second p\u00e8re de l\u2019Aiglon et fit beaucoup pour sa gloire dans la pi\u00e8ce qui porte son nom. Le r\u00f4le-titre est cr\u00e9\u00e9 en travesti par la star de la sc\u00e8ne, Sarah Bernhardt (1900). \u00c0 plus de 50\u00a0ans, elle triomphe en incarnant ce jeune prince mort \u00e0 21\u00a0ans et dans lequel Napol\u00e9on avait fond\u00e9 tant d\u2019espoirs.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand j\u2019\u00e9tais tout-puissant, ils brigu\u00e8rent ma protection et l\u2019honneur de mon alliance, ils l\u00e9ch\u00e8rent la poussi\u00e8re dessous mes pieds\u00a0; maintenant, dans mon vieil \u00e2ge, ils m\u2019oppriment et m\u2019enl\u00e8vent ma femme et mon fils.\u00a0\u00bb<span id=\"1962\" class=\"cit-num\">1962<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821). <em>M\u00e9morial de Sainte-H\u00e9l\u00e8ne<\/em> (1823), Las Cases<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il parle de tous les rois et autres souverains europ\u00e9ens auxquels il fut confront\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il avait le monde sous ses pieds et il n\u2019en a tir\u00e9 qu\u2019une prison pour lui, un exil pour sa famille, la perte de toutes ses conqu\u00eates et d\u2019une portion du vieux sol fran\u00e7ais\u00a0\u00bb \u00e9crira de son c\u00f4t\u00e9 Chateaubriand, dans ses <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe.<\/em><\/p>\n<p>Mais Napol\u00e9on entre vivant dans l\u2019histoire et la l\u00e9gende. Il s\u2019en charge le premier, confiant ses souvenirs et ses pens\u00e9es \u00e0 Emmanuel de Las Cases, auteur du <em>M\u00e9morial<\/em> \u2013 plusieurs fois r\u00e9\u00e9dit\u00e9 vu son succ\u00e8s, chaque \u00e9dition \u00e9tant revue et augment\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cette Chambre, que dans les premiers temps le roi qualifia d\u2019introuvable, se montra folle, exag\u00e9r\u00e9e, ignorante, passionn\u00e9e, r\u00e9actionnaire, domin\u00e9e par des int\u00e9r\u00eats de caste.\u00a0\u00bb<span id=\"1963\" class=\"cit-num\">1963<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comtesse de <span class=\"caps\">BOIGNE<\/span> (1781-1866), <em>M\u00e9moires<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Charlotte Louise Ad\u00e9la\u00efde d\u2019Osmont a v\u00e9cu sous onze r\u00e8gnes et r\u00e9gimes diff\u00e9rents, tenant salon sous la Restauration et la Monarchie de Juillet, \u00e9poques fort bien vues par cette royaliste lib\u00e9rale. Le qualificatif d\u2019 \u00ab\u00a0introuvable\u00a0\u00bb est pass\u00e9 dans l\u2019histoire.<\/p>\n<p>Les \u00e9lections des 14 et 21\u00a0ao\u00fbt 1815 font \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> ce cadeau empoisonn\u00e9 d\u2019une assembl\u00e9e plus royaliste que le roi. Avec 350 d\u00e9put\u00e9s ultras sur 402, cette fameuse Chambre n\u2019est pas si \u00ab\u00a0introuvable\u00a0\u00bb puisqu\u2019elle sera \u00ab\u00a0retrouv\u00e9e\u00a0\u00bb lors de prochaines \u00e9lections. La raison en est simple\u00a0: l\u2019\u00e9troitesse du pays l\u00e9gal par rapport au pays r\u00e9el. Le r\u00e9gime censitaire donne le droit de vote aux hommes de plus de 30\u00a0ans, payant au moins 300\u00a0francs d\u2019imp\u00f4ts directs. Soit 110\u00a0000 \u00e9lecteurs sur 9\u00a0millions d\u2019adultes en 1817, avec 80\u00a0% de propri\u00e9taires fonciers. Pour \u00eatre d\u00e9put\u00e9, il faut avoir au moins 40\u00a0ans et payer 1\u00a0000\u00a0francs d\u2019imp\u00f4ts directs\u00a0: 15\u00a0000 Fran\u00e7ais seulement sont \u00e9ligibles.<\/p>\n<p>Cette Chambre royaliste et ne repr\u00e9sentant que ses int\u00e9r\u00eats s\u2019oppose aux ministres mod\u00e9r\u00e9s, les emp\u00eache de gouverner et provoque la seconde Terreur blanche de notre histoire. La haine des royalistes contre les hommes de la R\u00e9volution et de l\u2019Empire est encore exasp\u00e9r\u00e9e apr\u00e8s les Cent-Jours. \u00ab\u00a0Ils finiraient par m\u2019\u00e9purer moi-m\u00eame\u00a0!\u00a0\u00bb dit Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> avec son humour royal. Mais le tsar de Russie menace de laisser ses troupes d\u2019occupation en France si le roi ne renvoie pas de tels d\u00e9put\u00e9s\u00a0! D\u2019o\u00f9 la dissolution du 5\u00a0septembre 1816.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le Roi, dont la sagesse exquise<br>Sait mettre le temps \u00e0 profit,<br>Passe trois heures \u00e0 l\u2019\u00e9glise,<br>Quatre \u00e0 table et quatorze au lit.<br>Restent pour le soin de l\u2019Empire,<br>Trois autres, mais h\u00e9las,<br>Ce temps peut \u00e0 peine suffire<br>Pour \u00f4ter et mettre ses bas.\u00a0\u00bb<span id=\"1973\" class=\"cit-num\">1973<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Le Roi dont la sagesse exquise<\/em>, chanson. <em>La R\u00e9volution de juillet<\/em> (1972), Jean-Louis Bory<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> est l\u2019un des plus caricatur\u00e9s en chansons et dessins de presse (avec Louis-Philippe dont le physique et l\u2019impopularit\u00e9 feront bient\u00f4t une proie id\u00e9ale.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 les mesures lib\u00e9rales (loi militaire, loi \u00e9lectorale, libert\u00e9 de la presse), malgr\u00e9 une politique \u00e9conomique bien men\u00e9e, le r\u00e9gime a toujours de nombreux opposants \u00e0 gauche comme \u00e0 droite. Et Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>, le roi podagre, est accus\u00e9 de bien des p\u00e9ch\u00e9s\u00a0: paresse, gourmandise et bigoterie. Les chansonniers s\u2019en donnent \u00e0 c\u0153ur joie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai voulu tuer la race\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"1976\" class=\"cit-num\">1976<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis Pierre <span class=\"caps\">LOUVEL<\/span> (1783-1820), apr\u00e8s l\u2019assassinat du duc de Berry, 13\u00a0f\u00e9vrier 1820.<em> Souvenirs in\u00e9dits du petit-fils du duc de Berry<\/em> (1971), Charles Faucigny-Lucinge (prince de)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ouvrier cordonnier, r\u00e9publicain tenant les Bourbons pour responsables de l\u2019invasion de la France et du trait\u00e9 de Paris de 1815 (qui solde les Cent-Jours), il vient de poignarder \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de l\u2019Op\u00e9ra (rue de la Loi, aujourd\u2019hui square Louvois) le duc de Berry, fils du comte d\u2019Artois (futur Charles\u00a0X) et chef des ultras, seul membre de la famille royale pouvant donner un h\u00e9ritier \u00e0 la dynastie. En mourant, le duc r\u00e9v\u00e8le pourtant que sa femme est enceinte \u2013 ce sera \u00ab\u00a0l\u2019enfant du miracle\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La droite se d\u00e9cha\u00eene. On lit dans <em>La Gazette de France<\/em> du lendemain\u00a0: \u00ab\u00a0Monsieur Decazes, c\u2019est vous qui avez tu\u00e9 le duc de Berry. Pleurez des larmes de sang. Obtenez que le Ciel vous pardonne, la patrie ne vous pardonnera pas\u00a0!\u00a0\u00bb Et Chateaubriand rench\u00e9rit contre l\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re Pr\u00e9sident du Conseil des ministres (3 mois et 1 jour).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le pied lui a gliss\u00e9 dans le sang.\u00a0\u00bb<span id=\"1978\" class=\"cit-num\">1978<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848). <em>Causeries du lundi,<\/em> volume\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1858), Charles-Augustin Sainte-Beuve<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sainte-Beuve, s\u2019exprimant \u00e0 la fois en historien et critique litt\u00e9raire, d\u2019ajouter aussit\u00f4t\u00a0: \u00ab\u00a0Cette parole contre un homme aussi mod\u00e9r\u00e9 que M. Decazes a pu para\u00eetre atroce. Sachons pourtant qu\u2019avec les \u00e9crivains, il faut faire toujours la part de la phrase.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Chateaubriand, opposant en disgr\u00e2ce qui se situe (pour l\u2019heure) dans le camp des ultras, persiste et signe\u00a0: \u00ab\u00a0Ceux qui ont assassin\u00e9 Monseigneur le duc de Berry sont ceux qui, depuis quatre ans, \u00e9tablissent dans la monarchie des lois d\u00e9mocratiques, ceux qui ont laiss\u00e9 pr\u00eacher dans les journaux la souverainet\u00e9 du peuple, l\u2019insurrection et le meurtre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Apr\u00e8s sa d\u00e9mission, Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> n\u2019abandonne pas son favori\u00a0: il le fait duc fran\u00e7ais (Decazes \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 duc danois, par son mariage) et le nomme ambassadeur \u00e0 Londres. Louvel sera condamn\u00e9 \u00e0 mort le 6\u00a0juin 1820 et guillotin\u00e9 le lendemain. Cela n\u2019apaise en rien les esprits.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le r\u00e8gne du roi est fini, celui de son successeur commence.\u00a0\u00bb<span id=\"1979\" class=\"cit-num\">1979<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duc de <span class=\"caps\">BROGLIE<\/span> (1785-1870), apr\u00e8s la chute du minist\u00e8re Decazes, fin f\u00e9vrier\u00a01820.<em> Le Comte de Serre\u00a0: la politique mod\u00e9r\u00e9e sous la Restauration<\/em> (1879), Charles de Mazade<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est un constitutionnel mod\u00e9r\u00e9 qui s\u2019exprime. Il a compris que c\u2019en est fini de la p\u00e9riode lib\u00e9rale voulue par Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span>\u00a0: les ultras vont avoir le pouvoir avec \u00e0 leur t\u00eate le futur Charles\u00a0X.<\/p>\n<p>Le duc de Richelieu, rappel\u00e9 \u00e0 la pr\u00e9sidence du Conseil par le roi, prend trois ultras dans son cabinet et tente une r\u00e9action mod\u00e9r\u00e9e face \u00e0 l\u2019opposition lib\u00e9rale\u00a0: suspension des lois de Serre sur la libert\u00e9 de la presse, loi \u00e9lectorale du double vote encore plus \u00e9litiste.<\/p>\n<p>Grand seigneur, honn\u00eate homme, excellent administrateur, Richelieu n\u2019a pas l\u2019art de man\u0153uvrer une assembl\u00e9e et sa politique est vite jug\u00e9e trop mod\u00e9r\u00e9e par les ultras. Vainqueurs aux \u00e9lections de d\u00e9cembre\u00a01820, ils auront d\u00e9finitivement gain de cause quand le comte de Vill\u00e8le va devenir chef du gouvernement, en d\u00e9cembre\u00a01821.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On parlera de sa gloire,<br>Sous le chaume bien longtemps [\u2026]<br>Bien, dit-on, qu\u2019il nous ait nui,<br>Le peuple encore le r\u00e9v\u00e8re, oui, le r\u00e9v\u00e8re,<br>Parlez-nous de lui, Grand-m\u00e8re,<br>Parlez-nous de lui.\u00a0\u00bb<span id=\"1984\" class=\"cit-num\">1984<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">B\u00c9RANGER<\/span> (1780-1857), <em>Les Souvenirs du peuple<\/em> (1828), chanson. <em>L\u2019Empereur<\/em> (1853), Victor Auger<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est l\u2019une des plus belles et simples chansons \u00e0 la gloire Napol\u00e9on, \u00e9crite par ce parolier tr\u00e8s populaire, salu\u00e9 par Chateaubriand comme \u00ab\u00a0l\u2019un des plus grands po\u00e8tes que la France ait jamais produits\u00a0\u00bb. Sainte-Beuve le plus fameux critique litt\u00e9raire du si\u00e8cle, confirme\u00a0: c\u2019est un \u00ab\u00a0po\u00e8te de pure race, magnifique et inesp\u00e9r\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Pierre Jean de B\u00e9ranger contribue \u00e0 nourrir la l\u00e9gende napol\u00e9onienne avec \u00ab\u00a0la chanson lib\u00e9rale et patriotique qui fut et restera sa grande innovation\u00a0\u00bb (Sainte-Beuve). Le souvenir de l\u2019empereur sera bient\u00f4t li\u00e9 \u00e0 l\u2019opposition au roi. La dynastie au pouvoir n\u2019est pas si solide\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le peuple, c\u2019est ma Muse.\u00a0\u00bb<span id=\"1897\" class=\"cit-num\">1897<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">B\u00c9RANGER<\/span> (1780-1857).<em> \u0152uvres compl\u00e8tes de Pierre Jean de B\u00e9ranger<\/em> (1840)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Toujours \u00e0 l\u2019\u00e9coute de \u00ab\u00a0l\u2019instinct du peuple\u00a0\u00bb, l\u2019auteur en fait sa \u00ab\u00a0r\u00e8gle de conduite\u00a0\u00bb et r\u00e9siste aux conseils, aux pressions de tous bords.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la censure si s\u00e9v\u00e8re sous l\u2019Empire, la chanson reprend ses droits et redevient reflet de l\u2019opinion publique. Les satires anticl\u00e9ricales et les pamphlets politiques de B\u00e9ranger vaudront toutefois la prison \u00e0 leur auteur (en 1815, puis en 1828). Il passe m\u00eame pour un grand homme et un martyr\u00a0! Devenu plus prudent, il continuera de manifester indirectement son hostilit\u00e9 au r\u00e9gime, en c\u00e9l\u00e9brant toujours le culte de Napol\u00e9on\u00a0: \u00ab\u00a0Parlez-nous de lui, grand-m\u00e8re\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019appartiens \u00e0 cette g\u00e9n\u00e9ration n\u00e9e avec le\u00a0si\u00e8cle, qui, nourrie de bulletins par l\u2019Empereur, avait toujours devant les yeux une \u00e9p\u00e9e nue et vint la prendre au moment m\u00eame o\u00f9 la France la remettait dans le fourreau des Bourbons.\u00a0\u00bb<span id=\"1895\" class=\"cit-num\">1895<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alfred de <span class=\"caps\">VIGNY<\/span> (1797-1863), <em>Servitude et grandeur militaires<\/em> (1835)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>T\u00e9moignage d\u2019un grand \u00e9crivain de ce temps si riche en talents, bien plus que la R\u00e9volution et l\u2019Empire.<\/p>\n<p>Vigny traduit ici l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit de toute une g\u00e9n\u00e9ration de jeunes romantiques \u00ab\u00a0bien n\u00e9s\u00a0\u00bb. Ils rallieront l\u2019opposition lib\u00e9rale quand la monarchie selon Charles X deviendra plus ultra que royaliste, \u00e0 la fin de la Restauration.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Que voulez-vous\u00a0? Il a conspir\u00e9 contre Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, il a conspir\u00e9 contre moi, il conspirera contre lui-m\u00eame.\u00a0\u00bb<span id=\"1986\" class=\"cit-num\">1986<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span>\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> (1755-1824), parlant de son fr\u00e8re au duc de Richelieu, 12\u00a0d\u00e9cembre\u00a01821.<em> Histoire de la Restauration, 1814-1830<\/em> (1882), Ernest Daudet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019humour royal est une vertu rare et Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> est un exemple \u00e0 citer. Richelieu, chef du gouvernement, est menac\u00e9 par les ultras. Il rappelle au comte d\u2019Artois sa promesse d\u2019aider Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> qui soutient cette politique gouvernementale. Le comte refuse et Richelieu fait part de sa d\u00e9convenue \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> qui lui fait cette r\u00e9plique. Il ne conna\u00eet que trop bien son fr\u00e8re.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai du moins la paix du m\u00e9nage.\u00a0\u00bb<span id=\"1987\" class=\"cit-num\">1987<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVIII<\/span> (1755-1824). <em>Histoire des deux Restaurations jusqu\u2019\u00e0 l\u2019av\u00e8nement de Louis-Philippe<\/em> (1856), Achille de Vaulabelle<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Quand Richelieu d\u00e9missionne, le 13\u00a0d\u00e9cembre 1821. Le roi se veut philosophe. Il est surtout trop souffrant pour se battre encore et toujours. Le comte d\u2019Artois est content de voir partir ce constitutionnel trop mod\u00e9r\u00e9 et laisse son royal fr\u00e8re en paix \u2013 pas pour longtemps. Et d\u2019autres ambitions se dessinent\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il ne se remue pas et cependant, je m\u2019aper\u00e7ois qu\u2019il chemine.\u00a0\u00bb<span id=\"1989\" class=\"cit-num\">1989<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVIII<\/span> (1755-1824). <em>Histoire de Louis-Philippe, roi des Fran\u00e7ais<\/em> (1847), Am\u00e9d\u00e9e Boudin.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il vise le duc d\u2019Orl\u00e9ans, futur Louis-Philippe. Ce mot pr\u00e9monitoire date de 1822.<\/p>\n<p>Opposant mesur\u00e9 \u00e0 la politique des ultras, il soigne sa popularit\u00e9, habite au Palais-Royal, mais affiche un train de vie modeste et bourgeois, met ses fils au lyc\u00e9e Henri-<span class=\"caps\">IV<\/span>. S\u2019il veut avoir un destin national, le fils de Philippe \u00c9galit\u00e9 doit faire oublier le r\u00e9gicide paternel, au proc\u00e8s de Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019opposition \u00e9tait dans son g\u00e9nie naturel aussi bien que dans sa passion du moment.\u00a0\u00bb<span id=\"1994\" class=\"cit-num\">1994<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">GUIZOT<\/span> (1787-1874), <em>M\u00e9moires pour servir \u00e0 l\u2019histoire de mon temps<\/em> (1858-1867)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il parle de Chateaubriand, ambassadeur \u00e0 Londres et \u00e9ph\u00e9m\u00e8re ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res en 1823, renvoy\u00e9 par le roi \u00ab\u00a0comme un laquais\u00a0\u00bb le 6\u00a0juin 1824\u00a0: \u00ab\u00a0Chateaubriand, quoique sans client\u00e8le dans les Chambres, et sans empire comme orateur, n\u2019en devint pas moins tout \u00e0 coup un chef d\u2019opposition brillant et puissant.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019ultraroyaliste va d\u00e9sormais se faire d\u00e9fenseur des id\u00e9es lib\u00e9rales qui ont bien besoin de cette grande voix, parmi d\u2019autres.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le roi est mort, Vive le roi\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"1995\" class=\"cit-num\">1995<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cri de la monarchie qui retentit pour la derni\u00e8re fois en France le 16\u00a0septembre 1824, \u00e0 la mort de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> au ch\u00e2teau des Tuileries. <em>Le Roi est mort, vive le Roi\u00a0!<\/em> (1827), Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de Chateaubriand<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette phrase r\u00e9f\u00e9rentielle depuis le d\u00e9but des Cap\u00e9tiens en 987 signifiait que le roi de France ne meurt jamais et que la royaut\u00e9 est permanente.<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> \u00e9tait le dernier frein \u00e0 la r\u00e9action et le garde-fou aux maladresses de son fr\u00e8re. Devenu Charles\u00a0X, le nouveau roi qui se fait acclamer va aussit\u00f4t ressusciter la pompe royale. Le contexte politique le favorise\u00a0: les \u00e9lections des 25\u00a0f\u00e9vrier et 6\u00a0mars derniers ont ressuscit\u00e9 la Chambre \u00ab\u00a0introuvable\u00a0\u00bb, assembl\u00e9e plus royaliste que le roi et dissoute par Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> en 1815.<\/p>\n<p>Cette Chambre \u00ab\u00a0retrouv\u00e9e\u00a0\u00bb comble les v\u0153ux du successeur\u00a0: la gauche n\u2019a plus que 15 d\u00e9put\u00e9s. Catastrophe pour l\u2019opposition parlementaire et victoire pour les ultras. C\u2019est toujours la cons\u00e9quence de la loi \u00e9lectorale\u00a0: le pays l\u00e9gal ne repr\u00e9sente pas du tout le pays r\u00e9el.<\/p>\n<p>La Restauration mourra de ce d\u00e9calage abyssal et du monarque dont elle h\u00e9rite\u00a0: \u00ab\u00a0Aux \u00e9poques ordinaires, roi convenable\u00a0; \u00e0 une \u00e9poque extraordinaire, homme de perdition\u00a0\u00bb dit Chateaubriand lors de son accession au tr\u00f4ne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019aimerais mieux scier du bois que de r\u00e9gner \u00e0 la fa\u00e7on du roi d\u2019Angleterre.\u00a0\u00bb<span id=\"1996\" class=\"cit-num\">1996<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CHARLES<\/span>\u00a0X (1757-1836). <em>Histoire de la Restauration, 1814-1830<\/em> (1882), Ernest Daudet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est dire sa volont\u00e9 de s\u2019affranchir de la Charte que Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> a certes \u00ab\u00a0octroy\u00e9e\u00a0\u00bb \u00e0 ses sujets, mais qui comporte des garanties contre les abus de l\u2019Ancien R\u00e9gime. L\u2019Angleterre reste le mod\u00e8le de cette monarchie constitutionnelle, ch\u00e8re aux philosophes des Lumi\u00e8res du <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Charles\u00a0X qui ne s\u2019est jamais initi\u00e9 aux id\u00e9es de son temps ne saurait se plier aux r\u00e8gles du gouvernement repr\u00e9sentatif. Cet homme charmant, si jeune d\u2019allure \u00e0 67\u00a0ans et populaire pendant quelques mois, n\u2019a certes pas le temp\u00e9rament d\u2019un monarque absolu et moins encore d\u2019un tyran. Mais il reste un homme de l\u2019Ancien R\u00e9gime, entour\u00e9 de courtisans qui font \u00e9cran entre le roi et son peuple.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous \u00eates un m\u00e9chant, un infid\u00e8le, un tra\u00eetre\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2006\" class=\"cit-num\">2006<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HUSSEIN<\/span> <span class=\"caps\">DEY<\/span> d\u2019Alger (vers 1765-1838), 30\u00a0avril 1827. <em>La Restauration et la Monarchie de Juillet<\/em> (1929), Jean Lucas-Dubreton<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Joignant le geste \u00e0 la parole, le souverain de la r\u00e9gence d\u2019Alger (sous l\u2019empire ottoman) frappe trois fois de son chasse-mouches Pierre Deval, le consul de France dont le gouvernement refuse de payer des fournitures de bl\u00e9s qui datent du Consulat et de l\u2019Empire.<\/p>\n<p>Le Dey refuse de pr\u00e9senter des excuses. Ce qui pourrait n\u2019\u00eatre qu\u2019un fait divers va d\u00e9boucher sur la \u00ab\u00a0premi\u00e8re guerre d\u2019Alg\u00e9rie\u00a0\u00bb. L\u2019incident venant aggraver des relations d\u00e9j\u00e0 tendues avec l\u2019Alg\u00e9rie sert de pr\u00e9texte \u00e0 l\u2019intervention de la France.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est la le\u00e7on d\u2019un p\u00e8re qui laisse toujours percer sa sollicitude \u00e0 travers sa s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 ou pour mieux dire sa pr\u00e9voyance.\u00a0\u00bb<span id=\"2007\" class=\"cit-num\">2007<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Le Moniteur<\/em>, 24\u00a0juin 1827. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est en ces termes que ce journal officiel parle du r\u00e9tablissement de la censure par ordonnance. On ne saurait mieux d\u00e9finir la langue de bois.<\/p>\n<p>Le combat pour la libert\u00e9 d\u2019expression va durer presque un demi-si\u00e8cle, de d\u00e9faites en conqu\u00eates jusqu\u2019\u00e0 la Troisi\u00e8me R\u00e9publique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous \u00e9tiez devenu trop impopulaire\u00a0!<br>\u2014 Monseigneur, Dieu veuille que ce soit moi\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2010\" class=\"cit-num\">2010<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comte de <span class=\"caps\">VILL\u00c8LE<\/span> (1773-1854), au Dauphin, le duc d\u2019Angoul\u00came (1775-1844), 3\u00a0janvier 1828. <em>Histoire de France depuis 1789 jusqu\u2019\u00e0 nos jours<\/em> (1878), Henri Martin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Vill\u00e8le, depuis deux mois, a vainement tent\u00e9 de former un gouvernement qui concilie ses id\u00e9es et les opinions de la nouvelle Chambre. Il d\u00e9missionne donc, devient pair de France et c\u00e8de la place \u00e0 un lib\u00e9ral mod\u00e9r\u00e9, Martignac.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne veux pas monter en charrette comme mon fr\u00e8re\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2012\" class=\"cit-num\">2012<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CHARLES<\/span>\u00a0X (1757-1836), hant\u00e9 par le souvenir de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> guillotin\u00e9 en 1793. <em>La Cour de Charles\u00a0X<\/em> (1892), Imbert de Saint-Amand<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019exemple de son fr\u00e8re a\u00een\u00e9 Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span>, devenu un roi martyr, le confortait dans sa politique ultraroyaliste. N\u2019est-ce pas sa faiblesse et ses concessions qui l\u2019ont perdu\u00a0? Cependant que Charles\u00a0X assimile les Girondins de la R\u00e9volution aux lib\u00e9raux de plus en plus agressifs sous la Restauration. Sa peur devient obsessionnelle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un roi qu\u2019on menace n\u2019a de choix qu\u2019entre le tr\u00f4ne et l\u2019\u00e9chafaud\u00a0!<br>\u2014 Sire, Votre Majest\u00e9 oublie la chaise de poste\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2013\" class=\"cit-num\">2013<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), \u00e0 <span class=\"caps\">CHARLES<\/span>\u00a0X (1757-1836). <em>Souvenirs intimes sur M. de Talleyrand<\/em> (1870), Am\u00e9d\u00e9e Pichot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fa\u00e7on de rassurer le roi avec humour, lui rappelant au passage qu\u2019il fut le premier \u00e9migr\u00e9 c\u00e9l\u00e8bre de la R\u00e9volution, au lendemain de la prise de la Bastille.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Enfin, vous r\u00e9gnez\u00a0! Mon fils vous devra sa couronne.\u00a0\u00bb<span id=\"2021\" class=\"cit-num\">2021<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duchesse de <span class=\"caps\">BERRY<\/span> (1798-1870), \u00e0 Charles X, 26\u00a0juillet\u00a01830. <em>M\u00e9moires de la comtesse de Boigne<\/em> (posthume, 1909)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>M\u00e8re de l\u2019 \u00ab\u00a0enfant du miracle\u00a0\u00bb, fils posthume du duc de Berry assassin\u00e9 en 1820, elle lit dans <em>Le Moniteur<\/em> le texte des quatre ordonnances \u2013 qualifi\u00e9es de \u00ab\u00a0sc\u00e9l\u00e9rates\u00a0\u00bb par l\u2019opposition majoritaire. La duchesse n\u2019est pas bonne proph\u00e9tesse en son pays\u00a0!<\/p>\n<p>Cette bombe ultra va d\u00e9clencher le lendemain la r\u00e9volution des Trois Glorieuses (journ\u00e9es des 27, 28, 29\u00a0juillet) et la fin du r\u00e8gne des Bourbons.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mettez en note que le 29\u00a0juillet 1830, \u00e0 midi cinq minutes, la branche a\u00een\u00e9e des Bourbons a cess\u00e9 de r\u00e9gner sur la France\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2029\" class=\"cit-num\">2029<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838). <em>L\u2019Esprit de M.\u00a0de Talleyrand\u00a0: anecdotes et bons mots<\/em> (1909), Louis Thomas<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9l\u00e9gant r\u00e9sum\u00e9 de l\u2019actualit\u00e9 r\u00e9ellement historique, cette branche a\u00een\u00e9e disparaissant en 1883 avec la mort sans post\u00e9rit\u00e9 du comte de Chambord (duc de Bordeaux), petit-fils de Charles X et fils posthume du duc de Berry, assassin\u00e9 en 1820. <br>Travaillant \u00e0 ses <em>M\u00e9moires<\/em>, Talleyrand entend les troupes de Marmont qui refluent sous ses fen\u00eatres, rue de Rivoli \u2013 le Louvre est pris par les insurg\u00e9s, les soldats se d\u00e9bandent. Le vieux pair de France qui a v\u00e9cu tous les tournants de l\u2019histoire depuis la R\u00e9volution et surv\u00e9cu \u00e0 tant d\u2019\u00e9preuves, s\u2019interrompt et dicte cette note \u00e0 son secr\u00e9taire.<\/p>\n<p>Ce m\u00eame jour, les d\u00e9put\u00e9s font cause commune avec le peuple. C\u2019est la \u00ab\u00a0Troisi\u00e8me Glorieuse\u00a0\u00bb de cette br\u00e8ve R\u00e9volution.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voil\u00e0 ce que nous avons pu faire de plus r\u00e9publicain.\u00a0\u00bb<span id=\"2034\" class=\"cit-num\">2034<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">FAYETTE<\/span> (1757-1834), H\u00f4tel de Ville, 31\u00a0juillet 1830. <em>La Fayette et la r\u00e9volution de 1830\u00a0: histoire des choses et des hommes de Juillet<\/em>, volume\u00a0I (1832), Bernard Alexis Sarrans<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ralli\u00e9 \u00e0 la cause du duc d\u2019Orl\u00e9ans, il lui donne l\u2019accolade et fait de lui le futur roi des Fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>C\u2019est l\u2019ultime come-back m\u00e9diatique du jeune \u00ab\u00a0H\u00e9ros des Deux-Mondes\u00a0\u00bb dans la guerre d\u2019Ind\u00e9pendance des <em>Insurgents<\/em> contre l\u2019Angleterre, d\u00e9j\u00e0 \u00ab\u00a0charm\u00e9 par les relations r\u00e9publicaines, et le bouillant commandant de la Garde nationale pr\u00e9sent \u00e0 la F\u00eate de la F\u00e9d\u00e9ration du 14 juillet 1790, point culminant de la R\u00e9volution.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Puisqu\u2019ils ne veulent pas de moi, qu\u2019ils se d\u00e9brouillent\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2035\" class=\"cit-num\">2035<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duc d\u2019<span class=\"caps\">ANGOUL\u00caME<\/span> (1775-1844), dernier dauphin de l\u2019histoire de France, ch\u00e2teau de Rambouillet, 2\u00a0ao\u00fbt 1830.<em> La Duchesse de Berry (<\/em>1963), Andr\u00e9 Castelot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parole de Louis de France, dernier dauphin qui a compris\u00a0: le peuple ne veut plus de cette royaut\u00e9 d\u2019Ancien R\u00e9gime.<\/p>\n<p>Charles\u00a0X repli\u00e9 \u00e0 Rambouillet vient d\u2019accepter la nomination du duc d\u2019Orl\u00e9ans comme lieutenant g\u00e9n\u00e9ral du royaume et r\u00e9gent. Plus ou moins forc\u00e9, il abdique en faveur de son petit-fils (10\u00a0ans), le duc Henri de Bordeaux. Il signe l\u2019acte et tend la plume \u00e0 son fils a\u00een\u00e9, Louis de France devenu Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIX<\/span> le temps du r\u00e8gne le plus court de l\u2019histoire de France \u2013 quelques secondes d\u2019h\u00e9sitation, car il pourrait tenir pour nulles les d\u00e9cisions de son p\u00e8re et garder la couronne.<\/p>\n<p>Il choisit d\u2019abdiquer \u00e0 son tour en faveur de son neveu le duc de Bordeaux qui devient Henri\u00a0V pour les l\u00e9gitimistes \u2013 et attendra 1871 pour faire valoir ses droits \u00e0 la couronne.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-7-52.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">Monarchie de Juillet (1830-1848)<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0De la r\u00e9publique, il n\u2019a pas la force populaire\u00a0; de l\u2019empire, il n\u2019a pas la gloire militaire\u00a0; des Bourbons, il n\u2019a pas l\u2019appui du principe de la l\u00e9gitimit\u00e9. Le tr\u00f4ne de 1830 est quelque chose d\u2019hybride\u00a0; l\u2019histoire se chargera d\u2019en montrer la faiblesse.\u00a0\u00bb<span id=\"2037\" class=\"cit-num\">2037<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">METTERNICH<\/span> (1773-1859). <em>Histoire des institutions politiques de la France de 1789 \u00e0 nos jours<\/em> (1952), Jean Jacques Chevallier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Diplomate autrichien attentif \u00e0 notre histoire de France depuis la R\u00e9volution qu\u2019il d\u00e9testa et Napol\u00e9on qu\u2019il n\u2019aima gu\u00e8re, cet homme de l\u2019Ancien R\u00e9gime, favorable \u00e0 la Restauration des Bourbons, se m\u00e9fie du nouveau r\u00e9gime et donc du roi Louis-Philippe.<\/p>\n<p>L\u2019histoire confirmera et les historiens affirmeront de m\u00eame\u00a0: \u00ab\u00a0La Monarchie de juillet portait en elle-m\u00eame une grande faiblesse. Elle \u00e9tait n\u00e9e sur les barricades. Elle \u00e9tait sortie d\u2019une \u00e9meute tourn\u00e9e en r\u00e9volution\u00a0\u00bb (Jacques Bainville, <em>Histoire de France<\/em>).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sans jalousie, sans petitesse, sans morgue et sans pr\u00e9jug\u00e9s, il se d\u00e9tache sur le fond terne et obscur des m\u00e9diocrit\u00e9s du temps.\u00a0\u00bb<span id=\"2039\" class=\"cit-num\">2039<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848), <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>T\u00e9moignage d\u2019un incontestable g\u00e9ant des lettres, mais \u00e9ternel d\u00e9\u00e7u de la politique, noble restant attach\u00e9 \u00e0 la cause qu\u2019il sait sans espoir de la monarchie l\u00e9gitimiste, en cette \u00e9poque o\u00f9 la noblesse perd pour la premi\u00e8re fois le pouvoir au profit de la bourgeoisie montante.<\/p>\n<p>Thiers sera le d\u00e9fenseur de cette classe, qu\u2019il soit au gouvernement ou dans l\u2019opposition. Longue vie politique et personnage tr\u00e8s diversement jug\u00e9, \u00e0 suivre jusque sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019importe que ce soit un sabre ou un goupillon, ou un parapluie qui nous gouverne\u00a0! C\u2019est toujours un b\u00e2ton.\u00a0\u00bb<span id=\"2041\" class=\"cit-num\">2041<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Th\u00e9ophile <span class=\"caps\">GAUTIER<\/span> (1811-1872), <em>Mademoiselle de Maupin<\/em> (1835)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est l\u2019exception \u00e0 la r\u00e8gle de l\u2019engagement politique, social et moral des Hugo, Lamartine et George Sand, Michelet et Tocqueville. Contre les \u00ab\u00a0Jeunes-France\u00a0\u00bb romantiques, ce \u00ab\u00a0parfait magicien des lettres fran\u00e7aises\u00a0\u00bb (selon Baudelaire) affirme la doctrine de \u00ab\u00a0l\u2019art pour l\u2019art\u00a0\u00bb dans la pr\u00e9face de <em>Mademoiselle de Maupin<\/em>.<\/p>\n<p>Faut-il parler de slogan, de maxime ou de devise\u00a0? Les (po\u00e8tes) Parnassiens en feront m\u00eame une \u00ab\u00a0\u00e9cole\u00a0\u00bb avec Leconte de Lisle en t\u00eate de fil\u00a0: la perfection formelle prime alors sur le sens au point que leurs \u0153uvres peuvent para\u00eetre \u00e9litistes ou herm\u00e9tiques.<\/p>\n<p>Mais l\u2019attitude de Th\u00e9ophile Gautier est elle-m\u00eame une r\u00e9action \u00e0 la politisation extr\u00eame de la vie artistique \u2013 voir la peinture de Delacroix, la<em> Libert\u00e9 guidant le peuple<\/em> r\u00e9alis\u00e9e en 1830 et inspir\u00e9e de la r\u00e9volution des Trois Glorieuses. \u00ab\u00a0\u00c0 quoi bon la musique\u00a0? \u00e0 quoi bon la peinture\u00a0? Qui aurait la folie de pr\u00e9f\u00e9rer Mozart \u00e0 M. Carrel, et Michel-Ange \u00e0 l\u2019inventeur de la moutarde blanche\u00a0? Il n\u2019y a de vraiment beau que ce qui ne peut servir \u00e0 rien\u00a0; tout ce qui est utile est laid. Je pr\u00e9f\u00e8re \u00e0 certain vase qui me sert un vase chinois, sem\u00e9 de dragons et de mandarins, qui ne me sert pas du tout.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je travaille la nuit, je monte \u00e0 cheval le jour, je joue au billard le soir, je dors le matin. C\u2019est toujours la m\u00eame vie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">George <span class=\"caps\">SAND<\/span> (1804-1876), <em>Correspondance<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Autoportrait plus vrai que nature et cas tr\u00e8s particulier de Sand. Passionn\u00e9e par la politique (vibrante sous la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique), elle ne fut jamais tent\u00e9e de se lancer dans l\u2019ar\u00e8ne comme Hugo et nombre de ses amis ou confr\u00e8res.\u00a0<\/p>\n<p>Surnomm\u00e9e la Bonne Dame de Nohant, elle est tr\u00e8s populaire par ses romans humanitaires et rustiques. Un acharnement critique et sexiste s\u2019est pourtant d\u00e9cha\u00een\u00e9 contre l\u2019auteur\u00a0qui prit un pseudonyme masculin au d\u00e9but de sa carri\u00e8re pour \u00eatre plus libre (d\u2019\u00e9criture et de m\u0153urs)\u00a0: infatigable \u00e0 sa table de travail, c\u2019est la Vache \u00e0 encre (selon Baudelaire), la Terrible Vache \u00e0 \u00e9crire, la Vache laiti\u00e8re au beau style (pour Nietzsche qui ne la supporte pas), Miss Agenda pour sa ponctualit\u00e9 quand il faut remettre sa copie \u00e0 l\u2019\u00e9diteur ou au patron de presse (pour les romans publi\u00e9s d\u2019abord en feuilleton). Elle exasp\u00e9rait Musset son amant de Venise qui ignorait la ponctualit\u00e9 et \u00e9crivait toujours \u00ab\u00a0dans le g\u00e9nie\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Sand qui n\u2019a que du talent aime son travail, elle doit aussi nourrir sa petite famille (deux enfants), parfois ses amants, ses ami(e)s, entretenir sa ch\u00e8re maison de Nohant, un v\u00e9ritable domaine dans le Berry. Son \u00ab\u00a0f\u00e9minisme\u00a0\u00bb (terme qu\u2019elle contesterait) tient d\u2019abord \u00e0 son ind\u00e9pendance \u00e9conomique et sa libert\u00e9 de m\u0153urs affich\u00e9e.\u00a0 Elle prend aussi le temps d\u2019\u00e9crire des lettres (26 volumes au total\u00a0!) comme tous les Noms de l\u2019\u00e9poque, les plus passionn\u00e9ment romantiques \u00e9tant destin\u00e9es \u00e0 son amant terrible, Musset.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019appelle bourgeois quiconque pense bassement.\u00a0\u00bb<span id=\"2053\" class=\"cit-num\">2053<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Gustave <span class=\"caps\">FLAUBERT<\/span> (1821-1880), <em>Correspondance<\/em> (1842)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u00e9finir le bourgeois pour mieux critiquer la bourgeoisie est un exercice tentant pour les \u00e9crivains t\u00e9moins de leur temps.<\/p>\n<p>Cette d\u00e9finition de la nouvelle classe r\u00e9gnante sous la monarchie de ce roi bourgeois est sign\u00e9e d\u2019un fils de grand bourgeois (p\u00e8re m\u00e9decin-chef de l\u2019H\u00f4tel-Dieu de Rouen), passionn\u00e9 de litt\u00e9rature et particuli\u00e8rement inspir\u00e9 par la sottise bourgeoise qui s\u2019affiche, insolente.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sa grande faute, la voici\u00a0: il a \u00e9t\u00e9 modeste au nom de la France.\u00a0\u00bb<span id=\"2056\" class=\"cit-num\">2056<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Les Mis\u00e9rables<\/em> (1862)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Indulgent pour le roi qui trouve gr\u00e2ce aux yeux de ce critique d\u2019ordinaire plus s\u00e9v\u00e8re pour les princes qui gouvernent la France, Hugo ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0Louis-Philippe sera class\u00e9 parmi les hommes \u00e9minents de son\u00a0si\u00e8cle, et serait rang\u00e9 parmi les gouvernements les plus illustres de l\u2019histoire, s\u2019il e\u00fbt aim\u00e9 la gloire et s\u2019il e\u00fbt eu le sentiment de ce qui est grand au m\u00eame degr\u00e9 que ce qui est utile.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sa situation est incomparable, il est du sang des Bourbons et il en est couvert.\u00a0\u00bb<span id=\"2057\" class=\"cit-num\">2057<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mme\u00a0de <span class=\"caps\">R\u00c9MUSAT<\/span> (1780-1821).<em> La Nouvelle Revue des deux mondes<\/em> (1958)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fils de Louis-Philippe Joseph, duc d\u2019Orl\u00e9ans, dit Philippe \u00c9galit\u00e9, d\u00e9put\u00e9 \u00e0 la Convention qui vota la mort du roi son cousin, avant d\u2019\u00eatre arr\u00eat\u00e9 par les Montagnards et guillotin\u00e9 en 1793, Louis-Philippe fut comme son p\u00e8re tr\u00e8s jeune partisan des id\u00e9es r\u00e9volutionnaires\u00a0: membre du club des Jacobins \u00e0 17\u00a0ans, engag\u00e9 dans la garde nationale, soldat des arm\u00e9es de la R\u00e9publique \u00e0 Valmy et Jemmapes. Ha\u00ef par les royalistes apr\u00e8s le vote r\u00e9gicide de son p\u00e8re, proscrit par les r\u00e9volutionnaires, il vit une situation inconfortable en exil, avant de pouvoir se r\u00e9concilier avec Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> et rentrer en France. \u00c0 partir de l\u00e0, il \u00ab\u00a0chemine\u00a0\u00bb lentement et s\u00fbrement vers le tr\u00f4ne convoit\u00e9.<\/p>\n<p>Mais la presse plus ou moins libre, les caricaturistes et les chansonniers plus ou moins politiques n\u2019\u00e9pargnent pas ce nouveau roi.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Gros, gras et b\u00eate,<br>En quatre mots c\u2019est son portrait\u00a0:<br>Toisez-le des pieds \u00e0 la t\u00eate,<br>Aux yeux de tous, il appara\u00eet<br>Gros, gras et b\u00eate.<br>En pelle s\u2019\u00e9largit sa main,<br>En poire s\u2019allonge sa t\u00eate,<br>En tonneau croit son abdomen,<br>Gros, gras et b\u00eate.\u00a0\u00bb<span id=\"2058\" class=\"cit-num\">2058<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Ag\u00e9nor <span class=\"caps\">ALTAROCHE<\/span> (1811-1884), <em>Gros, gras et b\u00eate<\/em>, chanson. <em>Les R\u00e9publicaines\u00a0: chansons populaires des r\u00e9volutions de 1789, 1792 et 1830<\/em> (1848), Pagnerre<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Po\u00e8te et d\u00e9put\u00e9, journaliste engag\u00e9, enthousiaste de cette nouvelle presse r\u00e9publicaine au lendemain de la r\u00e9volution de 1830.<\/p>\n<p>On chansonne vite le roi sexag\u00e9naire dont le physique est d\u00e9j\u00e0 une caricature en soi. La main \u00ab\u00a0en pelle\u00a0\u00bb fait allusion \u00e0 la rapacit\u00e9 du personnage\u00a0: rentr\u00e9 en possession, gr\u00e2ce \u00e0 Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>, de l\u2019immense fortune de la branche d\u2019Orl\u00e9ans, plus riche que les Bourbons, principal b\u00e9n\u00e9ficiaire de la loi sur le milliard des \u00e9migr\u00e9s (1825), il g\u00e8re son patrimoine en bon p\u00e8re de nombreuse famille \u2013 huit enfants pour qui il qu\u00e9mandera encore des dotations.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Faites-nous de bonne politique, et je vous ferai de bonnes finances.\u00a0\u00bb<span id=\"2064\" class=\"cit-num\">2064<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Baron <span class=\"caps\">LOUIS<\/span> (1755-1837), \u00e0 Guizot, au cours d\u2019un Conseil des ministres. <em>M\u00e9moires pour servir \u00e0 l\u2019histoire de mon temps<\/em> (1858-1867), Fran\u00e7ois Guizot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u00e9j\u00e0 conseiller au Parlement de Paris sous l\u2019Ancien R\u00e9gime, administrateur du Tr\u00e9sor public sous l\u2019Empire, ministre des Finances sous la Restauration qui lui doit son redressement financier, le baron Louis retrouve \u00e0 75\u00a0ans le m\u00eame poste sous la Monarchie de Juillet. Talleyrand l\u2019a introduit en politique et il agit en vrai serviteur de l\u2019\u00c9tat, homme honn\u00eate et financier g\u00e9nial.<\/p>\n<p>Hors la R\u00e9volution (o\u00f9 il s\u2019est exil\u00e9), tous les r\u00e9gimes ont reconnu et utilis\u00e9 sa valeur. Son id\u00e9e-force est simple\u00a0: le cr\u00e9dit est le bon moyen de boucler le budget de l\u2019\u00c9tat, \u00e0 condition qu\u2019il repose sur la confiance en la parole de l\u2019\u00c9tat. Gr\u00e2ce \u00e0 quoi le baron Louis redresse les finances publiques et r\u00e9forme le minist\u00e8re. Il place en t\u00eate de la Banque de France le banquier Jacques Laffitte, autre honn\u00eate homme soucieux de \u00ab\u00a0bonne politique\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0bonnes finances\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous cherchons \u00e0 nous tenir dans un juste milieu \u00e9galement \u00e9loign\u00e9 des exc\u00e8s du pouvoir populaire et des abus du pouvoir royal.\u00a0\u00bb<span id=\"2065\" class=\"cit-num\">2065<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span>\u2013<span class=\"caps\">PHILIPPE<\/span> (1773-1850), Discours du tr\u00f4ne, 31 janvier\u00a01831. <em>Le Moniteur officiel,<\/em> 31\u00a0janvier 1831<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le \u00ab\u00a0Roi des barricades\u00a0\u00bb se d\u00e9finit politiquement dans cette id\u00e9e du \u00ab\u00a0juste milieu\u00a0\u00bb. Il doit gouverner au plus pr\u00e8s et le r\u00e9gime (lib\u00e9ral) reste fragile jusqu\u2019en 1835\u00a0: menac\u00e9 sur sa gauche par les r\u00e9publicains frustr\u00e9s de leur r\u00e9publique apr\u00e8s une r\u00e9volution pour rien et sur sa droite par les l\u00e9gitimistes, frapp\u00e9s de stupeur devant la chute si rapide de la branche Bourbon et l\u2019escamotage du pouvoir par la branche Orl\u00e9ans. Dans ces conditions, le juste milieu s\u2019impose. Il deviendra le Tiers Parti.<\/p>\n<p>Ce discours ou du moins cette phrase devient c\u00e9l\u00e8bre, cit\u00e9e en fran\u00e7ais dans nombre d\u2019histoires et de dictionnaires.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait vraiment bien la peine de nous faire tuer.\u00a0\u00bb<span id=\"2061\" class=\"cit-num\">2061<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Honor\u00e9 <span class=\"caps\">DAUMIER<\/span> (1808-1879), lithographie publi\u00e9e dans<em> La Caricature<\/em> (1835)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce peintre de grand talent a surtout le g\u00e9nie de la caricature qui popularise la presse.<\/p>\n<p>Au centre du dessin, trois morts sortent d\u2019une tombe pour dire ces mots. \u00c0 droite, une croix porte l\u2019inscription \u00ab\u00a0Morts pour la libert\u00e9\u00a0\u00bb. \u00c0 gauche, une colonne affiche la date des \u00ab\u00a027-28-29\u00a0juillet 1830\u00a0\u00bb (\u00e9voquant le G\u00e9nie de la Bastille, monument d\u00e9di\u00e9 aux victimes de cette r\u00e9volution). Au lointain, on devine une charge furieuse contre des manifestants.<\/p>\n<p>La R\u00e9volution de 1830 sera pourtant l\u2019une des guerres civiles les plus br\u00e8ves et les moins sanglantes\u00a0: 1\u00a0800 morts chez les insurg\u00e9s, environ 200 dans la troupe. Mais la r\u00e9publique a bel et bien \u00e9t\u00e9 escamot\u00e9e sous le nez des r\u00e9publicains, les cocus de l\u2019histoire qui se rappellent la le\u00e7on et ne rateront pas leur prochaine r\u00e9volution, en 1848.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Profession\u00a0?<br>\u2014 \u00c9meutier\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2073\" class=\"cit-num\">2073<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">CONSID\u00c9RANT<\/span> (1808-1893), 4\u00a0janvier 1832. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>R\u00e9ponse aux policiers qui l\u2019ont arr\u00eat\u00e9 au milieu d\u2019extr\u00e9mistes tentant de mettre le feu aux tours de Notre-Dame. \u00c9meutier, certes, mais aussi polytechnicien et adepte de Charles Fourier (socialiste utopique, militant et visionnaire avec <em>Le Phalanst\u00e8re<\/em> et <em>Le Nouveau monde industriel et soci\u00e9taire<\/em>), il deviendra \u00e9conomiste et th\u00e9oricien du socialisme, puis d\u00e9put\u00e9 en 1848, avant d\u2019\u00eatre exil\u00e9 \u00e0 la R\u00e9union et d\u2019y cr\u00e9er une colonie agricole socialiste.<\/p>\n<p>1832 est l\u2019ann\u00e9e de tous les dangers pour le pouvoir\u00a0: conspirations et insurrections mont\u00e9es d\u2019un c\u00f4t\u00e9 par les royalistes l\u00e9gitimistes qui d\u00e9fendent la duchesse de Berry et les droits au tr\u00f4ne d\u2019Henri\u00a0V, de l\u2019autre par les r\u00e9volutionnaires les plus ardents auxquels sont m\u00eal\u00e9s des bonapartistes.<\/p>\n<p>Le rench\u00e9rissement du bl\u00e9 et donc du pain, le ch\u00f4mage et la baisse des salaires, enfin l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de chol\u00e9ra dans les quartiers les plus pauvres de Paris, rendent la situation sociale explosive dans la capitale.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ils ont voulu voir de plus pr\u00e8s la mis\u00e8re du peuple.\u00a0\u00bb<span id=\"2074\" class=\"cit-num\">2074<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Journaux d\u2019opposition, d\u00e9but avril\u00a01832. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette presse virulente vise le duc d\u2019Orl\u00e9ans, fils a\u00een\u00e9 de Louis-Philippevet Casimir P\u00e9rier, pr\u00e9sident du Conseil, allant visiter dans les h\u00f4pitaux les victimes du chol\u00e9ra aux premiers jours d\u2019avril\u00a01832. Les quartiers populaires, surpeupl\u00e9s, sont les plus touch\u00e9s.<\/p>\n<p>Cette in\u00e9galit\u00e9 devant la mort accro\u00eet encore le malaise social. L\u2019opposition accuse m\u00eame le gouvernement d\u2019\u00eatre responsable du chol\u00e9ra qui, pr\u00e9tend-on, \u00e9pargne les riches et les bourgeois.<\/p>\n<p>Et Casimir P\u00e9rier meurt le 16\u00a0mai, un parmi les quelque 20\u00a0000 victimes de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie \u00e0 Paris.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Madame [\u2026] votre fils est mon roi\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2075\" class=\"cit-num\">2075<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848), \u00e0 la duchesse de Berry (m\u00e8re d\u2019Henri V).<em> M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume), Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de Chateaubriand<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La duchesse a d\u00e9barqu\u00e9 secr\u00e8tement en France le 30\u00a0avril 1832. Pour Chateaubriand, le roi des Fran\u00e7ais n\u2019est qu\u2019un usurpateur. L\u2019auteur sera poursuivi en cour d\u2019assises pour son <em>M\u00e9moire sur la captivit\u00e9 de la duchesse de Berry<\/em>, et acquitt\u00e9 en 1833.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 la duchesse, elle tente en vain de soulever la Provence, puis la Vend\u00e9e. Arr\u00eat\u00e9e le 6\u00a0novembre \u00e0 Nantes, intern\u00e9e au fort de Blaye sous la surveillance du futur mar\u00e9chal Bugeaud, elle accouche en prison d\u2019une fille, fruit d\u2019un mariage secret\u00a0: scandale\u00a0! La branche l\u00e9gitimiste en est discr\u00e9dit\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ma tombe et mon berceau seront bien rapproch\u00e9s l\u2019un de l\u2019autre\u00a0! Ma naissance et ma mort, voil\u00e0 donc toute mon histoire.\u00a0\u00bb<span id=\"2078\" class=\"cit-num\">2078<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duc de <span class=\"caps\">REICHSTADT<\/span> (1811-1832), mourant \u00e0 21\u00a0ans de tuberculose, 22\u00a0juillet 1832.<em> Les Errants de la gloire<\/em>, princesse Lucien Murat (comtesse Marie de Rohan-Chabot)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019Aiglon (h\u00e9ros de th\u00e9\u00e2tre pour Rostand), fils de l\u2019Aigle (Napol\u00e9on), ex-roi de Rome, promu Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (quelques jours, apr\u00e8s les deux abdications en\u00a01814 et\u00a01815) n\u2019aura pas le destin r\u00eav\u00e9 pour lui par son p\u00e8re, ni m\u00eame aucun r\u00f4le politique. Son grand-p\u00e8re maternel, Fran\u00e7ois\u00a0Ier d\u2019Autriche, y veille, occultant le souvenir de l\u2019empereur et le faisant duc de Reichstadt (petite ville de Boh\u00eame), tout en aimant tendrement l\u2019adolescent fragile.<\/p>\n<p>Louis-Napol\u00e9on Bonaparte se consid\u00e8re d\u00e9sormais comme le chef du parti bonapartiste, en tant que neveu de Napol\u00e9on\u00a0Ier \u2013 m\u00eame si l\u2019infid\u00e9lit\u00e9 notoire de sa m\u00e8re Hortense de Beauharnais, femme de Louis Bonaparte roi de Hollande, poussa son p\u00e8re \u00e0 nier sa paternit\u00e9 et \u00e0 rompre avec Hortense, la tr\u00e8s jolie belle-fille de Napol\u00e9on.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tous deux sont morts. Seigneur, votre droite est terrible.\u00a0\u00bb<span id=\"2079\" class=\"cit-num\">2079<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Po\u00e8me d\u2019ao\u00fbt\u00a01832<\/em> (Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, <em>Les Chants du cr\u00e9puscule<\/em>)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Rappelons que le p\u00e8re de l\u2019Aiglon, Napol\u00e9on, est mort \u00e0 51\u00a0ans, le 5\u00a0mai 1821, apr\u00e8s cinq ans de captivit\u00e9 \u00e0 Sainte-H\u00e9l\u00e8ne. La l\u00e9gende napol\u00e9onienne doit beaucoup au g\u00e9nie d\u2019Hugo et \u00e0 la comparaison in\u00e9vitable avec le prochain ma\u00eetre de la France, Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span> \u00ab\u00a0le Petit\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019est point parvenu, il est arriv\u00e9.\u00a0\u00bb<span id=\"2084\" class=\"cit-num\">2084<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), parlant de Thiers, 1834.<em> Monsieur de Talleyrand<\/em> (1870), Charles-Augustin Sainte-Beuve<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Talleyrand a jou\u00e9 le r\u00f4le de parrain politique aupr\u00e8s de Thiers, personnage ambitieux, arriviste et comparable \u00e0 lui par certains c\u00f4t\u00e9s.<\/p>\n<p>Selon les sources, le mot de \u00ab\u00a0parvenu\u00a0\u00bb (marseillais) fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la fortune de Thiers, \u00e0 sa carri\u00e8re politique rapide, voire \u00e0 sa r\u00e9ception \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise o\u00f9 il est donc \u00ab\u00a0arriv\u00e9\u00a0\u00bb en 1834. \u00c0 ce propos, le jugement d\u2019Hugo sur le style de Thiers est aussi dur pour lui que pour son public\u00a0: \u00ab\u00a0Thiers est un portier \u00e9crivain qui a trouv\u00e9 des portiers lecteurs.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019P\u00e8r\u2019 Lapoir\u2019, ce grand citoyen,<br>Dit qu\u2019il ne veut que notre bien [\u2026]<br>L\u2019P\u00e8r\u2019 Lapoir\u2019 se dit lib\u00e9ral,<br>C\u2019est une farce de carnaval.<br>Ah\u00a0! ah\u00a0! ah\u00a0! oui vraiment<br>L\u2019p\u00e8r\u2019 Lapoir est bon enfant.\u00a0\u00bb<span id=\"2087\" class=\"cit-num\">2087<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Le P\u00e8re Lapoire<\/em>, chanson. <em>Les R\u00e9publicaines\u00a0: chansons populaires des r\u00e9volutions de 1789, 1792 et 1830<\/em> (1848), Pagnerre<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Chansons et caricature de presse harc\u00e8lent toujours le roi Louis-Philippe, l\u2019opposition se traduit par des attentats, les r\u00e9pressions suivent, souvent brutales, d\u2019o\u00f9 l\u2019impopularit\u00e9 croissante du pouvoir.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s le massacre de la rue Transnonain en avril\u00a01834 et l\u2019attentat Fieschi de juillet\u00a01835, il y aura encore l\u2019attentat de Louis Alibaud, r\u00e9publicain qui tire et rate le roi sortant des Tuileries, le 26\u00a0juin 1836 (il sera ex\u00e9cut\u00e9)\u00a0; puis le premier complot de Louis-Napol\u00e9on Bonaparte qui soul\u00e8ve un r\u00e9giment d\u2019artillerie \u00e0 Strasbourg, fin octobre (il sera embarqu\u00e9 outre-Atlantique)\u00a0; enfin le coup de pistolet de Meunier (graci\u00e9 par Louis-Philippe).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Enfin il est mort en homme qui sait vivre.\u00a0\u00bb<span id=\"2096\" class=\"cit-num\">2096<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mot d\u2019une dame de la vieille cour \u00e0 la mort de Talleyrand (17\u00a0mai 1838). <em>Monsieur\u00a0de Talleyrand<\/em> (1870), Charles-Augustin Sainte-Beuve<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Charles Maurice de Talleyrand-P\u00e9rigord mourut \u00e0 84\u00a0ans, en d\u00e9savouant ses irr\u00e9gularit\u00e9s religieuses.<\/p>\n<p>Comme dira de lui le diplomate Jules Cambon mort en 1935 \u00e0 90\u00a0ans et ayant lui aussi travers\u00e9 quelques r\u00e9gimes et nombre de crises dans l\u2019histoire de France\u00a0: \u00ab\u00a0S\u2019il a, au cours de sa vie, souvent chang\u00e9 de parti, il n\u2019a jamais chang\u00e9 d\u2019opinion.\u00a0\u00bb On peut aussi lui reconna\u00eetre une forme de fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 la France et \u00e0 ses int\u00e9r\u00eats tels qu\u2019il les concevait, se trompant en cela moins souvent que la plupart de ses contemporains.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ne me parlez pas des po\u00e8tes qui parlent de politique\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2113\" class=\"cit-num\">2113<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span>\u2013<span class=\"caps\">PHILIPPE<\/span> (1773-1850). <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Directement vis\u00e9, Lamartine\u00a0! Le roi est d\u2019autant plus irrit\u00e9 par son opposition et sa popularit\u00e9 grandissante qu\u2019il semble, avec l\u2019\u00e2ge, prendre go\u00fbt au pouvoir et vouloir non plus seulement r\u00e9gner, mais gouverner.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Enrichissez-vous.\u00a0\u00bb<span id=\"2114\" class=\"cit-num\">2114<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">GUIZOT<\/span> (1787-1874), Chambre des d\u00e9put\u00e9s, 1er\u00a0mars 1843. <em>Histoire parlementaire de France\u00a0: recueil complet des discours prononc\u00e9s dans les Chambres de 1819 \u00e0 1848<\/em> (1864), Fran\u00e7ois Guizot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Rappelons le contexte trop souvent ignor\u00e9. Guizot r\u00e9pond aux attaques de l\u2019opposition\u00a0: \u00ab\u00a0Fondez votre gouvernement, affermissez vos institutions, \u00e9clairez-vous, enrichissez-vous, am\u00e9liorez la condition morale et mat\u00e9rielle de notre France.\u00a0\u00bb Il reprend le mot lors d\u2019un banquet de compagne, la m\u00eame ann\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Enrichissez-vous par le travail, par l\u2019\u00e9pargne et la probit\u00e9, et vous deviendrez \u00e9lecteurs.\u00a0\u00bb (Le droit de vote \u00e9tait conditionn\u00e9 par un seuil d\u2019imposition, le cens.)<\/p>\n<p>Louis-Philippe approuve les id\u00e9es de son ministre\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est ma bouche\u00a0\u00bb dit-il.<\/p>\n<p>Ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res et pratiquement chef du gouvernement, le mot de Guizot est souvent cit\u00e9 pour condamner ses conceptions politiques et r\u00e9sumer l\u2019esprit \u00e9go\u00efstement bourgeois de la Monarchie de Juillet. C\u2019est l\u2019exemple type de d\u00e9sinformation par utilisation d\u2019une citation tronqu\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La sinc\u00e8re amiti\u00e9 qui m\u2019unit \u00e0 la reine de la Grande-Bretagne et la cordiale entente qui existe entre mon gouvernement et le sien me confirment dans cette confiance.\u00a0\u00bb<span id=\"2115\" class=\"cit-num\">2115<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span>\u2013<span class=\"caps\">PHILIPPE<\/span> (1773-1850), Discours du tr\u00f4ne, 27\u00a0d\u00e9cembre 1843. <em>M\u00e9moires pour servir \u00e0 l\u2019histoire de mon temps<\/em> (1858-1867), Fran\u00e7ois Guizot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les mots de \u00ab\u00a0cordiale entente\u00a0\u00bb font leur entr\u00e9e dans l\u2019histoire des relations franco-anglaises. Qui l\u2019eut pens\u00e9 il y a quelques si\u00e8cles avec la fameuse Guerre de Cent Ans, ou m\u00eame quelques d\u00e9cennies\u00a0: de\u00a01688 \u00e0\u00a01815, soit en cent vingt-sept ans, la France soutint contre l\u2019Angleterre sept grandes guerres qui durent en tout soixante ans\u00a0: les historiens parleront de la \u00ab\u00a0seconde guerre de Cent Ans\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Mais le Roi des barricades doit se faire accepter des cours europ\u00e9ennes, l\u2019Angleterre est la grande puissance mondiale du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle et l\u2019alliance avec elle est indispensable, malgr\u00e9 une certaine anglophobie que l\u2019opposition sait parfois exploiter (affaire Pritchard). Talleyrand notre plus grand diplomate a soutenu cette id\u00e9e d\u2019entente cordiale contre Napol\u00e9on, sans \u00eatre entendu. Louis-Philippe l\u2019a approuv\u00e9 et Guizot, d\u00e8s 1841, encouragea cette politique d\u2019entente cordiale qui ne dit pas encore son nom.<\/p>\n<p>2\u00a0septembre 1843, la reine Victoria a visit\u00e9 Paris. Louis-Philippe lui rendra la politesse \u00e0 Londres, en octobre\u00a01844, et replacera la formule\u00a0: \u00ab\u00a0La France ne demande rien \u00e0 l\u2019Angleterre. L\u2019Angleterre ne demande rien \u00e0 la France. Nous ne voulons que l\u2019Entente cordiale.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le roi est arriv\u00e9 \u00e0 cet \u00e2ge o\u00f9 l\u2019on n\u2019accepte plus les observations [\u2026] mais o\u00f9 les forces manquent pour prendre une r\u00e9solution virile.\u00a0\u00bb<span id=\"2123\" class=\"cit-num\">2123<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Prince de <span class=\"caps\">JOINVILLE<\/span> (1818-1900), Lettre au duc d\u2019Aumale, 7\u00a0novembre 1847. <em>Histoire de la Monarchie de Juillet<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">VII<\/span> (1904), Paul Marie Pierre Thureau-Dangin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fran\u00e7ois d\u2019Orl\u00e9ans, prince de Joinville et troisi\u00e8me fils du roi, \u00e9crit \u00e0 son fr\u00e8re Henri d\u2019Orl\u00e9ans, duc d\u2019Aumale et quatri\u00e8me fils. Louis-Philippe a 74\u00a0ans. Il semble ne faire confiance qu\u2019\u00e0 Guizot dont le conservatisme confine \u00e0 l\u2019immobilisme et d\u00e9pla\u00eet m\u00eame aux conservateurs. La fin du r\u00e8gne approche, in\u00e9vitable.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Fils de Saint Louis, montez en fiacre.\u00a0\u00bb<span id=\"2134\" class=\"cit-num\">2134<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mot c\u00e9l\u00e8bre et anonyme. <em>Dictionnaire des citations fran\u00e7aises et \u00e9trang\u00e8res<\/em>, Larousse<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Devant le ch\u00e2teau des Tuileries, le roi s\u2019appr\u00eate \u00e0 monter en voiture. Un homme du peuple lui aurait ouvert la porte et lanc\u00e9 ce mot par d\u00e9rision. Paraphrase du \u00ab\u00a0Fils de Saint Louis, montez au ciel\u00a0\u00bb, derniers mots de l\u2019abb\u00e9 Edgeworth de Firmont, confesseur de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> au roi montant sur l\u2019\u00e9chafaud en 1793.<\/p>\n<p>Autre version (<em>Revue des annales<\/em>)\u00a0: \u00ab\u00a0Fils d\u2019\u00c9galit\u00e9, montez en fiacre\u00a0\u00bb par r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 son p\u00e8re, Louis Philippe d\u2019Orl\u00e9ans qui prit le nom de Philippe \u00c9galit\u00e9 en 1792, devenant d\u00e9put\u00e9 \u00e0 la Convention, votant la mort du roi Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> (son cousin) pour finir lui-m\u00eame guillotin\u00e9 en 1793.<\/p>\n<p>Louis-Philippe ne part que pour l\u2019exil, en Angleterre o\u00f9 il mourra deux ans plus tard. Un r\u00e8gne de dix-huit ans s\u2019ach\u00e8ve, celui d\u2019un roi bourgeois dans une France bourgeoise, \u00ab\u00a0Roi des barricades\u00a0\u00bb entre deux r\u00e9volutions, l\u2019une de trois jours qui l\u2019a fait roi-citoyen d\u2019une monarchie constitutionnelle et l\u2019autre beaucoup plus chaotique et sanglante, pour accoucher d\u2019une r\u00e9publique qui aboutira au Second Empire de Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>. La France aura vraiment test\u00e9 tous les r\u00e9gimes d\u00e9clin\u00e9s en diff\u00e9rentes versions.<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0Un personnage parle d\u2019un autre personnage. Exemple type\u00a0: \u00ab\u00a0Un fou a dit \u00ab\u00a0Moi, la France\u00a0\u00bb et personne n\u2019a ri parce que c\u2019\u00e9tait vrai.\u00a0\u00bb Fran\u00e7ois Mauriac \u00e9voquant de Gaulle en juin 1940.Le premier \u00ab\u00a0qui\u00a0\u00bb est quelquefois le peuple (acteur anonyme) s\u2019exprimant en chanson, pamphlet, slogan, \u00e9pitaphe. Le second \u00ab\u00a0qui\u00a0\u00bb peut \u00eatre un groupe, une assembl\u00e9e, une [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":77,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-9817","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-edito-de-la-semaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9817","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9817"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9817\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12587,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9817\/revisions\/12587"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9817"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9817"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9817"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}