{"id":9820,"date":"2023-12-11T00:00:00","date_gmt":"2023-12-10T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/les-nobel-francais-de-lhistoire-de-1935-a-1952\/"},"modified":"2025-08-12T08:42:59","modified_gmt":"2025-08-12T06:42:59","slug":"les-nobel-francais-de-lhistoire-de-1935-a-1952","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/les-nobel-francais-de-lhistoire-de-1935-a-1952\/","title":{"rendered":"Les Nobel fran\u00e7ais de l\u2019Histoire (de 1935 \u00e0 1952)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>Depuis 1901, six domaines sont r\u00e9compens\u00e9s\u00a0: Prix Nobel de la paix (10 laur\u00e9ats fran\u00e7ais), de litt\u00e9rature (15), de physique (17), de chimie (10), de physiologie ou m\u00e9decine (13), d\u2019\u00e9conomie (4). Au total 69 laur\u00e9at(e)s.<br>Les femmes sont tr\u00e8s sous-repr\u00e9sent\u00e9es, mais bien pr\u00e9sentes dans la famille Curie qui bat tous les records, au fil d\u2019une saga passionnante (voir nos \u00e9ditos\u00a0: Femmes, Panth\u00e9on).<\/p>\n<p>Dans cette s\u00e9lection de 30 noms, <em>L\u2019Histoire en citations<\/em> appara\u00eet en bonne place avec Romain Rolland, Anatole France, Aristide Briand, Roger Martin du Gard, Andr\u00e9 Gide, Fran\u00e7ois Mauriac, Albert Camus, cit\u00e9s pour leur r\u00f4le politique plus que litt\u00e9raire.<\/p>\n<p>Trois cas particuliers\u00a0: Jean-Paul Sartre refuse le prix, la <span class=\"caps\">CEE<\/span> le re\u00e7oit en des circonstances chaotiques, <span class=\"caps\">MSF<\/span> (M\u00e9decins sans fronti\u00e8res) est associ\u00e9 au nom de son co-fondateur, Bernard Kouchner.<\/p>\n<p>Sont exclus de cet \u00e9dito des laur\u00e9ats peu connus et peu m\u00e9diatiques, avec une majorit\u00e9 de scientifiques dont les travaux restent difficilement accessibles au public. <\/p>\n<p>Derni\u00e8re cat\u00e9gorie qui nous tient \u00e0 c\u0153ur, les \u00ab\u00a0Nobel de l\u2019Histoire en citations\u00a0\u00bb. <br>Voici 10 grands noms, absents de la liste officielle, mais candidats l\u00e9gitimes au Nobel de la paix\u00a0: \u00ab\u00a0hors-jeu\u00a0\u00bb mort avant 1901 et mondialement connu, le scientifique Louis Pasteur, l\u2019incontournable g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle (pr\u00e9sent en 1963 sur la liste des 80 candidats en\u2026 Litt\u00e9rature\u00a0!) et un \u00ab\u00a0outsider\u00a0\u00bb de renomm\u00e9e internationale, l\u2019Abb\u00e9 Pierre, h\u00e9ros de film en 1989 et 2023. <br>Restent sept autres noms connus \u00e0 divers titres\u00a0: \u00c9mile Zola, Jean Jaur\u00e8s, Charles P\u00e9guy, Andr\u00e9 Malraux, Paul Val\u00e9ry, Pierre Mend\u00e8s France, Jos\u00e9phine Baker.<\/p>\n<p>\u00c0 vous de juger s\u2019ils m\u00e9ritaient de figurer sur la liste des Nobel\u2026 et de sugg\u00e9rer d\u2019autres noms.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-8-122.jpg\" width=\"165\" height=\"220\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">11. Fr\u00e9d\u00e9ric Joliot-Curie (1935)<\/h4>\n<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/frederic_joliot-curie_citations.jpg\" width=\"471\" height=\"519\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<p>En 1935, Fr\u00e9d\u00e9ric Joliot-Curie et sa femme obtiennent le prix Nobel de chimie \u00ab\u00a0en reconnaissance de leur synth\u00e8se de nouveaux \u00e9l\u00e9ments radioactifs\u00a0\u00bb. La grande famille scientifique est de retour\u2026 et s\u2019engage en politique. Sujet doublement explosif et cas de conscience dramatique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis communiste parce que cela me dispense de r\u00e9fl\u00e9chir.\u00a0\u00bb<span id=\"2643\" class=\"cit-num\">2643<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fr\u00e9d\u00e9ric <span class=\"caps\">JOLIOT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">CURIE<\/span> (1900-1958). <em>La Politique en citations\u00a0: de Babylone \u00e0 Michel Serres<\/em> (2006), Sylv\u00e8re Christophe<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Position radicale \u2013 et radicalement diff\u00e9rente d\u2019Anatole France et Romain Rolland, Nobels de litt\u00e9rature. Ce grand scientifique, membre actif du Parti communiste \u00e0 partir de 1942, fait partie des intellectuels du milieu du <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle au carrefour entre recherche pure, applications sociales et combat politique.<\/p>\n<p>Pour diverses raisons, c\u2019est l\u2019\u00e2ge d\u2019or du communisme en France, avec les cas de conscience que cela entra\u00eene \u2013 voir Gide et Sartre. Rappelons aussi ces deux adages\u00a0: \u00ab\u00a0Celui qui n\u2019est pas communiste \u00e0 vingt ans n\u2019a pas de c\u0153ur\u00a0; celui qui l\u2019est encore \u00e0 quarante ans n\u2019a pas de t\u00eate.\u00a0\u00bb Et mieux ou pire encore\u00a0: \u00ab\u00a0Un communiste, c\u2019est quelqu\u2019un qui a lu Marx, et un anti-communiste, c\u2019est quelqu\u2019un qui l\u2019a compris.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019inconditionnalit\u00e9 de Joliot-Curie peut s\u2019expliquer simplement. Il veut consacrer tout son temps de \u00ab\u00a0cerveau humain disponible\u00a0\u00bb \u00e0 ses recherches et aux postes importants qu\u2019il occupera \u2013 professeur au Coll\u00e8ge de France, directeur de l\u2019Institut du radium, membre de l\u2019Acad\u00e9mie des sciences, directeur g\u00e9n\u00e9ral du <span class=\"caps\">CNRS<\/span>, premier Haut-Commissaire du <span class=\"caps\">CEA<\/span> (Commissariat \u00e0 l\u2019\u00c9nergie atomique). Mais certains \u00e9l\u00e9ments de sa biographie laissent penser qu\u2019une telle attitude n\u2019allait pas sans probl\u00e8me de conscience.\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce fut certainement une grande satisfaction pour notre regrett\u00e9e Ma\u00eetre Marie Curie d\u2019avoir vu ainsi se prolonger cette liste des radio\u00e9l\u00e9ments qu\u2019elle avait eu, en compagnie de Pierre Curie, la gloire d\u2019inaugurer.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Fr\u00e9d\u00e9ric <span class=\"caps\">JOLIOT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">CURIE<\/span> (1900-1958), Conf\u00e9rence Nobel (1935)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il a pris ce nouveau patronyme sur le conseil de Paul Langevin, \u00e9minent scientifique proche des deux couples, Pierre et Marie Curie, puis leur gendre Fr\u00e9d\u00e9ric Joliot \u00e9pousant leur fille Ir\u00e8ne Curie\u00a0: leurs travaux portent aussi sur la radioactivit\u00e9 et le nom de Curie est une r\u00e9f\u00e9rence inestimable dans le domaine scientifique.<\/p>\n<p>Dans son discours, il rend un hommage \u00e9mu \u00e0 Marie Curie, morte de leuc\u00e9mie suite \u00e0 ses exp\u00e9riences sur la radioactivit\u00e9 naturelle. En janvier 1934, elle eut le temps d\u2019assister \u00e0 la d\u00e9couverte de la radioactivit\u00e9 artificielle par sa fille et son gendre. Ils disposaient de sources importantes de corps radioactifs comme le polonium, issu du radium D, soigneusement conserv\u00e9es \u00e0 l\u2019Institut du Radium par Marie Curie.<\/p>\n<p>Le nouveau couple a finalement d\u00e9montr\u00e9 la possibilit\u00e9 de rendre radioactif un \u00e9l\u00e9ment qui ne l\u2019est pas ou de transformer un \u00e9l\u00e9ment stable en un \u00e9l\u00e9ment radioactif. L\u2019homme est capable de ma\u00eetriser ce ph\u00e9nom\u00e8ne extraordinaire ouvrant la voie \u00e0 une nouvelle \u00e8re scientifique et technique. <br>Le Nobel les r\u00e9compense aussit\u00f4t \u2013 le marathon scientifique se transformant en sprint, vu l\u2019enjeu vital et mondial pour la paix \u2013 et la guerre qui s\u2019annonce.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si, tourn\u00e9s vers le pass\u00e9, nous jetons un regard sur les progr\u00e8s accomplis par la science \u00e0 une allure toujours croissante, nous sommes en droit de penser que les chercheurs construisant ou brisant les \u00e9l\u00e9ments \u00e0 volont\u00e9 sauront r\u00e9aliser des transmutations \u00e0 caract\u00e8re explosif, v\u00e9ritables r\u00e9actions chimiques \u00e0 cha\u00eenes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Fr\u00e9d\u00e9ric <span class=\"caps\">JOLIOT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">CURIE<\/span> (1900-1958), Conf\u00e9rence Nobel (1935)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9voquant les nouveaux \u00ab\u00a0neutrons\u00a0\u00bb, il se fait litt\u00e9ralement proph\u00e9tique en recevant le prix, un an apr\u00e8s cette d\u00e9couverte fondamentale qui aboutira \u00e0 la \u00ab\u00a0bombe atomique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Mais le climat de l\u2019entre-deux guerres est en lui-m\u00eame explosif, les chercheurs se pr\u00e9cipitent pour d\u00e9poser brevet sur brevet. L\u2019Allemagne fasciste a une longueur d\u2019avance, les \u00c9tats-Unis, plus puissants, sont les mieux \u00ab\u00a0arm\u00e9s\u00a0\u00bb pour \u00e9viter le pire, de grands scientifiques passant dans leur camp par peur du fascisme mena\u00e7ant.<\/p>\n<p>La Seconde Guerre mondiale commence mal, en 1939. Apr\u00e8s la \u00ab\u00a0dr\u00f4le de guerre\u00a0\u00bb, la France subit l\u2019Occupation allemande. Fr\u00e9d\u00e9ric Joliot-Curie s\u2019engage dans la R\u00e9sistance, comme nombre de camarades communistes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous autres, savants fran\u00e7ais, passionn\u00e9ment attach\u00e9s \u00e0 notre pays, devons avoir le courage moral de tirer la le\u00e7on de notre d\u00e9faite.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Fr\u00e9d\u00e9ric <span class=\"caps\">JOLIOT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">CURIE<\/span> (1900-1958), 15 f\u00e9vrier 1941, interview au journal collaborationniste<em> Les Nouveaux Temps<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>R\u00e9sistant, mais communiste et mal vu par les \u00c9tats-Unis qui ont l\u2019argent, le pouvoir, les mat\u00e9riaux n\u00e9cessaires \u00e0 leur projet nucl\u00e9aire et les plus grands savants, \u00e0 commencer par Oppenheimer (bient\u00f4t baptis\u00e9 \u00ab\u00a0le p\u00e8re de la bombe atomique\u00a0\u00bb) et Einstein, apatride devenu \u00ab\u00a0helv\u00e9tico-am\u00e9ricain\u00a0\u00bb en 1940, fervent pacifiste et pourtant associ\u00e9 \u00e0 la conception de la bombe nucl\u00e9aire pendant la Seconde Guerre mondiale.<\/p>\n<p>Joliot-Curie est seul en France, sans ses collaborateurs, Hans von Halban et Lew Kowarski r\u00e9fugi\u00e9s en Angleterre, sans argent, alors qu\u2019il lui faudrait des tonnes de mat\u00e9riaux pour continuer ses exp\u00e9riences\u00a0! Il doit attendre la fin de la guerre. Et la victoire a un go\u00fbt amer, apr\u00e8s l\u2019explosion de la bombe atomique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il fut tr\u00e8s d\u00e9prim\u00e9 par la nouvelle et avait l\u2019impression d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 pris au pi\u00e8ge, et d\u2019\u00eatre en partie responsable \u00e0 cause de ses travaux d\u2019avant-guerre. Pour lui, l\u2019utilisation de l\u2019\u00e9nergie nucl\u00e9aire ne pouvait se justifier que pour le bienfait de l\u2019humanit\u00e9.\u00a0\u00bb<span id=\"8\" class=\"cit-num\">8<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Michel <span class=\"caps\">PINAULT<\/span> (n\u00e9 en 1951) citant Victor Henri, \u00e9l\u00e8ve de Joliot-Curie apprenant le bombardement sur Hiroshima. <em>Association Fran\u00e7aise pour l\u2019Information Scientifique<\/em>, Fr\u00e9d\u00e9ric Joliot-Curie et l\u2019arme atomique, publi\u00e9 en ligne le 10 juillet 2004<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pendant l\u2019\u00e9t\u00e9 1945 et pour la premi\u00e8re fois depuis l\u2019\u00e9t\u00e9 1939, les Joliot se reposaient en Bretagne, quand ils apprirent la nouvelle. Rappelons les faits. Le Japon, \u00e9cras\u00e9 par les bombardements (dits) conventionnels, r\u00e9siste encore, trois mois apr\u00e8s la capitulation allemande. La caste militaire refuse une telle issue et l\u2019amiral Onishi, initiateur des \u00ab\u00a0kamikazes\u00a0\u00bb, envisage froidement la mort de 20\u00a0millions de Japonais\u2026 Harry Truman, pr\u00e9sident des \u00c9tats-Unis, d\u00e9cide le 6\u00a0ao\u00fbt 1945 de lancer la premi\u00e8re bombe atomique. Hiroshima\u00a0: pr\u00e8s de 100\u00a0000 morts des suites de l\u2019explosion. Le 9\u00a0ao\u00fbt, \u00e0 Nagasaki, deuxi\u00e8me bombe atomique. Hiro-Hito l\u2019empereur impose alors au pays sa volont\u00e9\u00a0: le Japon capitule.<\/p>\n<p>Il faut rappeler que sans ce recours \u00e0 l\u2019arme atomique, les plans les plus optimistes pr\u00e9voyaient un d\u00e9barquement qui aurait co\u00fbt\u00e9 dix-huit mois de pr\u00e9paration et un\u00a0million de morts. La coop\u00e9ration des savants am\u00e9ricains, anglais, canadiens, fran\u00e7ais, italiens et danois, permit \u00e9galement de devancer les \u00ab\u00a0ing\u00e9nieurs\u00a0\u00bb allemands, pr\u00e8s de trouver l\u2019arme absolue. L\u2019issue de la guerre et la face du monde en auraient \u00e9t\u00e9 chang\u00e9es.<\/p>\n<p>Dans <em>L\u2019Humanit\u00e9<\/em> du 10 ao\u00fbt, Joliot d\u00e9clara\u00a0: \u00ab\u00a0Personnellement, je suis convaincu qu\u2019en d\u00e9pit des sentiments provoqu\u00e9s par l\u2019application \u00e0 des fins destructrices de l\u2019\u00e9nergie atomique, celle-ci rendra aux hommes, dans la paix, des services inestimables\u00a0\u00bb. Pourtant, la nouvelle l\u2019atteint brutalement.<\/p>\n<p>Et une autre guerre commence dont on n\u2019imagine pas aujourd\u2019hui la violence, entre les deux blocs, Ouest et Est, plus pr\u00e9cis\u00e9ment les deux grandes puissances, <span class=\"caps\">USA<\/span> et <span class=\"caps\">URSS<\/span>. C\u2019est la guerre froide\u00a0de 1947 \u00e0 1991\u00a0! \u00ab\u00a0Dans une d\u00e9mocratie, tous les communistes sont des espions et des tra\u00eetres en puissance.\u00a0\u00bb Si les Am\u00e9ricains le disent et l\u2019\u00e9crivent sans nuance, la situation des communistes n\u2019est pas plus simple en France.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous ne nous r\u00e9unissons pas ici pour demander, mais pour imposer la paix aux partisans de la guerre.\u00a0Si demain on nous demande de faire du travail de guerre, de faire la bombe atomique, nous r\u00e9pondrons\u00a0: non\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Fr\u00e9d\u00e9ric <span class=\"caps\">JOLIOT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">CURIE<\/span> (1900-1958) \u00e0 l\u2019ouverture du Congr\u00e8s des Partisans de la Paix \u00e0 Paris, 20 au 23 avril 1949<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il s\u2019impose d\u00e9sormais en pacifiste absolu. Il persiste et signe \u2013 pas question de juger s\u2019il a tort ou raison, compte tenu du contexte litt\u00e9ralement explosif. Mais sa position extr\u00eame va entraver sa carri\u00e8re scientifique, cependant que toutes les grandes puissances\u00a0\u00e0 venir voudront t\u00f4t ou tard avoir la bombe atomique.<\/p>\n<p>Dans les coulisses de l\u2019Histoire, les scientifiques perdront contre les politiques qui ont un argument imparable, en parlant de l\u2019\u00e9lite dipl\u00f4m\u00e9e des Mines ou de Polytechnique\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Quand ils en sortent, il savent tout, mais ils ne savent que \u00e7a.\u00a0\u00bb (mot attribu\u00e9 au mar\u00e9chal P\u00e9tain)<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les savants communistes et progressistes ne donneront pas une miette de leur savoir pour la bombe atomique.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Fr\u00e9d\u00e9ric <span class=\"caps\">JOLIOT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">CURIE<\/span> (1900-1958) au cours d\u2019un meeting d\u2019avril 1950, <em>Les dossiers du Canard,<\/em> La force de frappe tranquille, 1984<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans cette nouvelle guerre froide, la France veut sa bombe et les Fran\u00e7ais aussi (sondage de 1946). Mais Joliot-Curie persiste\u2026 et signe plus que jamais toutes les p\u00e9titions, manifeste \u00e0 toutes les occasions qui lui sont donn\u00e9es, vu son nom m\u00e9diatique et son aura scientifique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le peuple fran\u00e7ais ne veut pas faire et ne fera jamais la guerre \u00e0 l\u2019Union sovi\u00e9tique [\u2026] Les savants progressistes et communistes ne donneront pas une miette de leur savoir [dans ce but].\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Fr\u00e9d\u00e9ric <span class=\"caps\">JOLIOT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">CURIE<\/span> (1900-1958), Un mois plus tard, au cours d\u2019un grand meeting du parti communiste, mai 1950<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En mars 1950, \u00e0 Stockholm, le savant fran\u00e7ais fut le premier \u00e0 signer \u00ab\u00a0l\u2019appel de Stockholm\u00a0\u00bb pour l\u2019interdiction des armes nucl\u00e9aires. Sign\u00e9 par des millions de personnes dans le monde, ce texte devient le cheval de bataille des communistes fran\u00e7ais faisant campagne contre la bombe et multipliant les gr\u00e8ves, les sabotages, les d\u00e9clarations\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si le gouvernement ne me sacque pas apr\u00e8s \u00e7a, je ne sais pas ce qu\u2019il leur faut\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Fr\u00e9d\u00e9ric <span class=\"caps\">JOLIOT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">CURIE<\/span> (1900-1958), <em>Les Barons de l\u2019atome<\/em>, Peter Pringle, James Spigelman (1982)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Lucide malgr\u00e9 tout et bien trop intelligent pour ne pas savoir qu\u2019il va perdre ce combat \u00ab\u00a0pour l\u2019honneur\u00a0\u00bb\u2026<\/p>\n<p>En 1945, il avait fond\u00e9 le <span class=\"caps\">CEA<\/span> (Commissariat \u00e0 l\u2019\u00e9nergie atomique), nomm\u00e9 haut-commissaire par le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle. Bien d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 r\u00e9ussir en d\u00e9pit des obstacles, il fouillait les poubelles des surplus de guerre am\u00e9ricains en Europe. Ses collaborateurs toujours motiv\u00e9s parvenaient \u00e0 lui fournir du mat\u00e9riel radio, s\u2019appropriant aussi des machines-outils trouv\u00e9es dans la zone d\u2019occupation fran\u00e7aise en Allemagne.<\/p>\n<p>Mais Joliot-Curie perd son poste strat\u00e9gique en 1950\u00a0: r\u00e9voqu\u00e9 sans explication par Georges Bidault, le pr\u00e9sident du Conseil c\u00e9dant aux pressions des d\u00e9put\u00e9s de droite et du centre qui le somment de d\u00e9barrasser le pays de son plus c\u00e9l\u00e8bre homme de science.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Jamais je ne me suis senti aussi libre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Fr\u00e9d\u00e9ric <span class=\"caps\">JOLIOT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">CURIE<\/span> (1900-1958), <em>Le Monde<\/em>, 23 juillet 1956<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En juillet 1956, le <span class=\"caps\">XIV<\/span>e congr\u00e8s du <span class=\"caps\">PC<\/span> au Havre a \u00e9lu le savant au Comit\u00e9 central du parti. Selon certaines sources proches et bien inform\u00e9es, mais discr\u00e8tes vu le sujet, il ne s\u2019est pas senti si \u00ab\u00a0libre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Un autre intellectuel engag\u00e9 inconditionnellement \u00e0 gauche a dit son mal \u00eatre \u00e0 ce sujet\u00a0: \u00ab\u00a0Cette prison des mots, il faudra que j\u2019en sorte\u00a0!\u00a0\u00bb Mais ce n\u2019\u00e9tait qu\u2019un po\u00e8te, Louis Aragon. Il aurait pu avoir un Nobel de Litt\u00e9rature, mais la concurrence (internationale) \u00e9tait rude.<\/p>\n<p>Joliot-Curie meurt peu apr\u00e8s, d\u2019une maladie du foie imput\u00e9e \u00e0 une surexposition aux radiations \u2013 comme la leuc\u00e9mie de sa femme, morte deux ans avant.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En hommage au grand savant dont chaque homme doit garder en m\u00e9moire les avertissements solennels sur le p\u00e9ril atomique.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Le Mouvement de la paix fran\u00e7ais<\/em> (1959), l\u00e9gende sous le portrait de Joliot-Curie<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette organisation pacifiste fran\u00e7aise en relation avec l\u2019<span class=\"caps\">ONU<\/span> lui rend hommage en \u00e9ditant une carte postale avec son portrait dessin\u00e9 par Picasso, accompagn\u00e9 de ce texte. Fr\u00e9d\u00e9ric Joliot-Curie est mort le 14 ao\u00fbt 1958, \u00e0 58 ans. C\u2019est l\u2019ann\u00e9e o\u00f9 de Gaulle revient triomphalement au pouvoir.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 la vive opposition de ses fid\u00e8les, le g\u00e9n\u00e9ral lui fait des fun\u00e9railles nationales. Dans la mort, la gloire de Joliot transcende les querelles politiques. Et deux ans apr\u00e8s\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Hourra pour la France\u00a0! Depuis ce matin, elle est plus forte et plus fi\u00e8re.\u00a0\u00bb<span id=\"2991\" class=\"cit-num\">2991<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), T\u00e9l\u00e9gramme, 13\u00a0f\u00e9vrier 1960. <em>De Gaulle\u00a0: le souverain, 1959-1970<\/em> (1986), Jean Lacouture<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Premi\u00e8re explosion de la bombe\u00a0A fran\u00e7aise \u00e0 Reggane (Sahara). C\u2019est une \u00e9tape dans la politique d\u2019ind\u00e9pendance militaire du g\u00e9n\u00e9ral qui se refuse \u00e0 la \u00ab\u00a0docilit\u00e9 atlantique\u00a0\u00bb et veut doter le pays des \u00ab\u00a0moyens modernes de la dissuasion\u00a0\u00bb. La France entre ainsi dans le club encore tr\u00e8s ferm\u00e9 des puissances atomiques. Elle refusera de signer le trait\u00e9 de Moscou du 3\u00a0ao\u00fbt 1963, sur la non-prolif\u00e9ration nucl\u00e9aire. Le 28\u00a0ao\u00fbt 1968, c\u2019est l\u2019explosion de la premi\u00e8re bombe H dans le Pacifique. Peut-on, doit-on parler d\u2019une d\u00e9faite de Fr\u00e9d\u00e9ric Joliot-Curie et de son pacifisme absolu\u00a0?<\/p>\n<p>Le cas de sa femme et co-\u00e9quipi\u00e8re est diff\u00e9rent. Son combat politique tout aussi tenace porte sur un sujet malgr\u00e9 tout plus consensuel (ou moins clivant que la bombe) quoiqu\u2019on en dise\u00a0: la cause des femmes.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">12. Ir\u00e8ne Joliot-Curie (1935)<\/h4>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/irene_joliot-curie_citations.jpg\" width=\"280\" height=\"359\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<p>Prix Nobel de chimie en 1935, pour la d\u00e9couverte de la radioactivit\u00e9 artificielle avec Fr\u00e9d\u00e9ric Joliot-Curie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y avait des questions sur lesquelles ma m\u00e8re avait des opinions d\u2019une intransigeance absolue. Par exemple, elle estimait que les femmes devaient avoir les m\u00eames droits, et d\u2019ailleurs les m\u00eames devoirs que les hommes\u2026 Je subissais fortement l\u2019influence de ma m\u00e8re.\u00a0\u00bb<span id=\"2\" class=\"cit-num\">2<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Ir\u00e8ne <span class=\"caps\">JOLIOT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">CURIE<\/span> (1897-1956), \u00ab\u00a0Marie Curie, ma m\u00e8re\u00a0\u00bb, article publi\u00e9 en d\u00e9cembre 1954, command\u00e9 par la\u00a0 revue <em>Europe<\/em> \u00e0 l\u2019occasion des 20 ans de la mort de Marie Curie<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La derni\u00e8re remarque en forme d\u2019aveu est \u00e9vidente, vu la proximit\u00e9 des deux femmes et la forte personnalit\u00e9 de Marie qui ne pouvait qu\u2019impressionner sa fille.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une femme de science doit renoncer aux obligations mondaines\u2026 Les obligations familiales, elle peut les accepter \u00e0 condition d\u2019en assumer la charge en surcro\u00eet. C\u2019est alors tr\u00e8s lourd mais ce n\u2019est pas impossible \u00e0 concilier (\u2026) Pour ma part, je consid\u00e8re la science comme l\u2019int\u00e9r\u00eat primordial de ma vie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Ir\u00e8ne <span class=\"caps\">JOLIOT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">CURIE<\/span> (1897-1956), <em>Le Quotidien<\/em>, 31 mars 1925, article de Denise Moran, Archives Curie<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Elle s\u2019exprime apr\u00e8s sa soutenance de th\u00e8se. \u00c0 27 ans, elle a d\u00e9j\u00e0 ses deux enfants\u00a0: H\u00e9l\u00e8ne n\u00e9e en 1927, future physicienne qui \u00ab\u00a0parlait de particules \u00e0 six ans\u00a0\u00bb, et Pierre n\u00e9 en 1932, biologiste, chercheur <span class=\"caps\">CNRS<\/span> \u00e0 l\u2019Institut de biologie physico-chimique (<span class=\"caps\">IBPC<\/span>).<\/p>\n<p>Le couple assumera leur \u00e9ducation avec une alternance parentale rare \u00e0 l\u2019\u00e9poque, Ir\u00e8ne \u00e9tant parfois plus occup\u00e9e (et fatigu\u00e9e) que Fr\u00e9d\u00e9ric.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pour que la femme conqui\u00e8re l\u2019\u00e9galit\u00e9 avec les hommes, il est n\u00e9cessaire, indispensable qu\u2019elle ait le droit de participer \u00e0 la vie politique du pays. Le droit de vote des femmes, c\u2019est une question de principe et les questions de principe ont une tr\u00e8s grande importance.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Ir\u00e8ne <span class=\"caps\">JOLIOT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">CURIE<\/span> (1897-1956) en 1925, article d\u2019<em>Heures Claires<\/em> en mai 1954, interview \u00e0 l\u2019occasion du 10e anniversaire de l\u2019acquisition du droit de vote par les femmes<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Class\u00e9e \u00ab\u00a0femme politique fran\u00e7aise\u00a0\u00bb, elle se revendique \u00e0 la fois \u00ab\u00a0suffragiste\u00a0\u00bb et f\u00e9ministe. Le terme souvent\u00a0 p\u00e9joratif ou \u00ab\u00a0folklorique\u00a0\u00bb de suffragette est r\u00e9serv\u00e9 aux Anglaises de la <em>Women\u2019s Social and Political Union<\/em> (<span class=\"caps\">WSPU<\/span>), pionni\u00e8res dans ce combat en 1903. On comptait quand m\u00eame 350 000 suffragettes fran\u00e7aises en 1927, menant des actions parfois spectaculaires pour la bonne cause \u2013 leur droit de vote.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si, aujourd\u2019hui, la distinction flatteuse qu\u2019il plut \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie des Sciences [de Stockholm] de m\u2019accorder, a mis mon nom, le nom d\u2019une femme, un peu plus en lumi\u00e8re qu\u2019\u00e0 d\u2019autres jours, je sens le devoir d\u2019affirmer certaines id\u00e9es que je crois utiles \u00e0 toutes les femmes fran\u00e7aises.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Ir\u00e8ne <span class=\"caps\">JOLIOT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">CURIE<\/span> (1897-1956), 1935. <em>Le Journal de la Femme<\/em>, 23 novembre 1935, article de George Sinclair intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Pour les femmes\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Suite au prix Nobel, sa notori\u00e9t\u00e9 nouvelle, sa filiation prestigieuse, son accomplissement personnel de femme, m\u00e8re, enseignante et chercheuse, suscitent un regain d\u2019int\u00e9r\u00eat pour la place des femmes dans la soci\u00e9t\u00e9. En digne fille de sa m\u00e8re Marie Curie, Ir\u00e8ne va s\u2019attacher\u00a0 \u00e0 d\u00e9montrer que la science n\u2019a pas de sexe.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Parmi les conqu\u00eates du f\u00e9minisme, il n\u2019en est pas de plus importante que le droit pour la femme d\u2019obtenir les emplois pour lesquels elle est qualifi\u00e9e par ses connaissances et ses aptitudes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Ir\u00e8ne <span class=\"caps\">JOLIOT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">CURIE<\/span> (1897-1956), \u00ab\u00a0Sur le travail des femmes\u00a0\u00bb,<em> France Vivante<\/em>, 1935<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les droits \u00e9conomiques priment alors sur les droits politiques \u2013 rappelons que la France subit avec retard la grande crise de 1929. En fait, les deux types de droits sont \u00e9galement essentiels \u2013 mais parfois dissoci\u00e9s. De nos jours, l\u2019\u00e9galit\u00e9 \u00e9conomique n\u2019est\u00a0 pas encore acquise.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne me suis jamais enferm\u00e9e dans les travaux scientifiques sans conserver le souci et la curiosit\u00e9 de la vie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Ir\u00e8ne <span class=\"caps\">JOLIOT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">CURIE<\/span> (1897-1956), \u00e0 Marie-Jeanne Viel pour l\u2019hebdomadaire <em>Le Journal de la femme<\/em>. juin 1936<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Elle vient d\u2019entrer dans le minist\u00e8re Blum du Front national, naturellement en vedette (mais ce r\u00f4le lui d\u00e9pla\u00eet). \u00c9ternel dilemme pour la femme plus que le mari, m\u00eame si les habitudes changent lentement et s\u00fbrement \u2013 alors qu\u2019un droit fait loi, sit\u00f4t que vot\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pierre et Marie Curie d\u2019une part, Ir\u00e8ne et Fr\u00e9d\u00e9ric Joliot-Curie d\u2019autre part, viennent nous donner un symbole frappant, une d\u00e9monstration d\u00e9cisive de cette f\u00e9condit\u00e9 de la collaboration des deux sexes dans le domaine scientifique que nous pouvons consid\u00e9rer comme \u00e9tant un des plus \u00e9lev\u00e9s.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">LANGEVIN<\/span> ( 1872-1946), d\u00eener du Cercle de l\u2019Union interalli\u00e9e en l\u2019honneur du couple nob\u00e9lis\u00e9, 1936<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce choix du double patronyme, qui va \u00e0 l\u2019encontre des habitudes de l\u2019\u00e9poque, entend signifier une relation \u00e9galitaire et couronne davantage le couple de savants que chacun des deux. Le prestige du nom de Curie satisfait un besoin de reconnaissance chez Fr\u00e9d\u00e9ric Joliot\u00a0; mais l\u2019association des deux noms ne traduit pas moins l\u2019aspiration d\u2019Ir\u00e8ne \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9. \u00ab\u00a0Joliot-Curie\u00a0\u00bb, pour la vie courante, consacre donc \u00e0 la fois la r\u00e9f\u00e9rence scientifique et la r\u00e9f\u00e9rence f\u00e9ministe \u00e9galitaire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pour faire avancer la cause des femmes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Ir\u00e8ne <span class=\"caps\">JOLIOT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">CURIE<\/span> (1897-1956), Mai 1936, devenue ministre sous le Front populaire (plus exactement sous-secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat \u00e0 la recherche scientifique dans le gouvernement)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Elle ne semble pas l\u2019avoir vraiment d\u00e9sir\u00e9, mais elle accepte le poste comme \u00ab\u00a0un sacrifice pour la cause f\u00e9ministe en France\u00a0\u00bb. Elle ne restera que trois mois, c\u2019\u00e9tait semble-t-il d\u00e9cid\u00e9 au d\u00e9part et pour diverses raisons, personnelles et politiques \u2013 ajoutons que son ministre de tutelle Jean Zay (panth\u00e9onis\u00e9 \u00e0 justes titres au pluriel) lui interdit quand m\u00eame de prendre la parole \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Trois hirondelles ne font pas un printemps\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">WEISS<\/span> (1893-1983), Des manifestations f\u00e9ministes aux premi\u00e8res femmes sous-secr\u00e9taires d\u2019\u00c9tat (1932-1936), Site du S\u00e9nat<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Louise Weiss qui a toujours son franc-parler peut envier l\u2019hirondelle la plus c\u00e9l\u00e8bre du trio\u2026 Elle reste n\u00e9anmoins une f\u00e9ministe engag\u00e9e sous tous les fronts et une europ\u00e9enne infatigable.<\/p>\n<p>Mais pour certaines militantes, l\u2019arriv\u00e9e de ces trois ministres est un leurre qui ne va pas changer la situation politique des femmes. Elles accusent m\u00eame L\u00e9on Blum de vouloir endormir le combat f\u00e9ministe\u2026 Le seul combat politique qui vaille, c\u2019est le droit de vote.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ceux qui ont cette peur maladive du communisme sont les m\u00eames que vous trouverez toujours essayant d\u2019\u00e9touffer les id\u00e9es nouvelles\u00a0: vous trouverez parmi eux les ennemis d\u2019une coop\u00e9ration internationale sinc\u00e8re, aussi bien que les ennemis des v\u00e9ritables d\u00e9mocraties, les ennemis du f\u00e9minisme et les ennemis de la paix.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Ir\u00e8ne <span class=\"caps\">JOLIOT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">CURIE<\/span> (1897-1956), cit\u00e9e par Michel Pinaut, <em>Fr\u00e9d\u00e9ric Joliot-Curie<\/em> (2000)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Entr\u00e9e de plain-pied dans \u00ab\u00a0la guerre froide\u00a0\u00bb qui commence en 1947 et dont elle ne verra pas la fin, elle est influenc\u00e9e par l\u2019adh\u00e9sion inconditionnelle de son mari \u00e0 la cause\u00a0: \u00ab\u00a0Je suis communiste parce que cela me dispense de r\u00e9fl\u00e9chir.\u00a0\u00bb Cette lutte id\u00e9ologique entre progr\u00e8s et r\u00e9action, cette radicalisation concerna nombre d\u2019intellectuels et scientifiques engag\u00e9s\u00a0: elle est n\u00e9e des d\u00e9sillusions d\u2019apr\u00e8s-guerre.<\/p>\n<p>Le f\u00e9minisme d\u2019Ir\u00e8ne Joliot-Curie devient l\u2019expression de son engagement citoyen, celui d\u2019une scientifique p\u00e9trie de valeurs r\u00e9publicaines qui id\u00e9alise ce qu\u2019elle croit comprendre de l\u2019<span class=\"caps\">URSS<\/span>\u2026 ou ce qu\u2019on lui en a donn\u00e9 \u00e0 voir.<\/p>\n<p>\u00c0 la diff\u00e9rence de sa m\u00e8re qui s\u2019est tenue \u00e0 l\u2019\u00e9cart de l\u2019ar\u00e8ne politique, elle appartient \u00e0 cette g\u00e9n\u00e9ration m\u00eal\u00e9e \u00e0 la crise, \u00e0 la politique et \u00e0 la guerre, confront\u00e9e \u00e0 la d\u00e9fense de la d\u00e9mocratie et \u00e0 l\u2019esp\u00e9rance du communisme. Tout en se diff\u00e9renciant de son mari, plus nuanc\u00e9e dans l\u2019action comme dans la r\u00e9flexion, elle a toujours poursuivi l\u2019objectif politique\u00a0: faire avancer la cause des femmes.<\/p>\n<p>On pourra discuter \u00e0 l\u2019infini et l\u2019on ne s\u2019en est pas priv\u00e9\u00a0: droits \u00e9conomiques (travail) ou droits politiques (vote). Mais Ir\u00e8ne Joliot-Curie reste avant tout comme une grande scientifique. De 1946 \u00e0 1956, professeur titulaire de la chaire de physique g\u00e9n\u00e9rale et radioactivit\u00e9 de la Facult\u00e9 des sciences de Paris, directrice du laboratoire Curie, commissaire \u00e0 l\u2019\u00e9nergie atomique jusqu\u2019en 1951. Le 17 mars 1956, elle meurt des suites d\u2019une leuc\u00e9mie, comme sa m\u00e8re. Quatre jours apr\u00e8s, elle aura droit \u00e0 des fun\u00e9railles nationales \u2013 comme son mari, deux ans plus tard. La similitude de leur destin combattant est frappante, fr\u00e8re et s\u0153ur jusque dans leur ressemblance photographique.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">13. Roger Martin du Gard (1937)<\/h4>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/roger_martin_du_gard_citations.jpg\" width=\"280\" height=\"323\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<p>Prix Nobel de Litt\u00e9rature \u00ab\u00a0pour le pouvoir artistique et la v\u00e9rit\u00e9 avec laquelle il a d\u00e9crit les conflits humains et certains des aspects fondamentaux de la vie contemporaine dans son roman<em> Les Thibault<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand la v\u00e9rit\u00e9 est libre et l\u2019erreur aussi, ce n\u2019est pas l\u2019erreur qui triomphe.\u00a0\u00bb<span id=\"3\" class=\"cit-num\">3<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Roger <span class=\"caps\">MARTIN<\/span> du <span class=\"caps\">GARD<\/span> (1881-1958),<em> Jean Barois<\/em> (1913)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sur le fond, l\u2019action est situ\u00e9e historiquement\u00a0: on voit les rebondissements de l\u2019Affaire Dreyfus, parfaitement document\u00e9e, clairement expos\u00e9e. Avec des mots en situation\u00a0que tous les grands dreyfusards auraient pu dire, \u00e0 commencer par Zola\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019intelligence doit vivifier l\u2019action\u00a0; sans elle, l\u2019action est vaine. Mais sans l\u2019action, comme l\u2019intelligence est st\u00e9rile\u00a0!\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0L\u2019existence toute enti\u00e8re est un combat\u00a0; la vie, c\u2019est de la victoire qui dure.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><em>Jean Barois<\/em> a passionn\u00e9 des g\u00e9n\u00e9rations de lecteurs\u00a0: le jeune \u00e9crivain aborde frontalement les probl\u00e8mes g\u00e9n\u00e9raux concernant la libre pens\u00e9e, l\u2019avenir de la science, la V\u00e9rit\u00e9 et la justice.<\/p>\n<p>Ses personnages illustrent quelques-unes des positions vitales entre lesquelles il faut choisir. Mais ce sont des personnages de chair et de sang. Il peint aussi le vieillissement tragique de l\u2019homme, dans son corps, son c\u0153ur et son intelligence, l\u2019angoisse devant la maladie et la mort.<\/p>\n<p>Mais d\u2019un point de vue purement litt\u00e9raire, l\u2019auteur invente le d\u00e9coupage cin\u00e9matographique \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 le cin\u00e9ma en est \u00e0 ses balbutiements. On voit m\u00eame en lui un \u00e9crivain d\u2019avant-garde qui annoncerait le Nouveau roman \u2013 Claude Simon sera prix Nobel en son temps (1985).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce qui me s\u00e9duisit tout de suite dans Jean Barois, ce fut la forme, si neuve et si imit\u00e9e depuis, la s\u00e9cheresse de ce d\u00e9coupage de film\u2026 Puis je fus conquis plus profond\u00e9ment par l\u2019ouvrage, ce panorama de l\u2019intelligence fran\u00e7aise.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">MORAND<\/span> (1888-1976), cit\u00e9 dans les r\u00e9\u00e9ditions de <em>Jean Barois<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Albert Camus va lire et approuver pour d\u2019autres raisons\u00a0qui lui sont personnelles\u00a0: \u00ab\u00a0Dans Jean Barois, les individus sont intacts et la douleur de l\u2019histoire toute fra\u00eeche.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la publication d\u2019un roman et d\u2019une nouvelle \u00e0 compte d\u2019auteur, Roger Martin du Gard attire l\u2019attention du milieu litt\u00e9raire en proposant au comit\u00e9 de lecture de Gaston Gallimard ce \u00ab\u00a0roman dialogu\u00e9\u00a0\u00bb.\u00a0 Il lui vaut l\u2019amiti\u00e9 complice d\u2019Andr\u00e9 Gide, v\u00e9ritablement importantes et enrichissantes dans sa carri\u00e8re.<\/p>\n<p>Puis c\u2019est la guerre et le d\u00e9part sur divers fronts. D\u00e9mobilis\u00e9, il \u00e9tablit le plan de son \u0153uvre ma\u00eetresse, <em>Les Thibault<\/em> L\u2019Histoire s\u2019invite \u00e0 nouveau dans l\u2019\u0153uvre de Martin du Gard.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vois-tu, je pense \u00e0 ceci que nous sommes deux fr\u00e8res. \u00c7a n\u2019a l\u2019air de rien, et pourtant c\u2019est une chose toute nouvelle pour moi, et tr\u00e8s grave. Fr\u00e8res\u00a0! Non seulement le m\u00eame sang, mais les m\u00eames racines depuis le commencement des \u00e2ges, exactement le m\u00eame jet de s\u00e8ve, le m\u00eame \u00e9lan\u00a0! Nous ne sommes pas seulement deux individus, Antoine et Jacques\u00a0: nous sommes deux Thibault, nous sommes les Thibault. (\u2026) C\u2019est en nous que l\u2019arbre Thibault doit s\u2019\u00e9panouir\u00a0: l\u2019\u00e9panouissement d\u2019une lign\u00e9e\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Roger <span class=\"caps\">MARTIN<\/span> du <span class=\"caps\">GARD<\/span> (1881-1958), <em>Les Thibaud<\/em>, Le Cahier gris (1922)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est \u00e0 partir de ces deux personnages que se battit la fresque magistrale, initialement intitul\u00e9e <em>Deux fr\u00e8res.<\/em><\/p>\n<p>Le cycle se compose de huit volumes, huit romans o\u00f9 les personnages se retrouvent et se perdent\u00a0:\u00a0 Le Cahier gris (1922), Le P\u00e9nitencier (1922), La Belle Saison (1923), La Consultation (1928), La Sorellina (1928), La Mort du P\u00e8re (1929), <span class=\"caps\">L\u2019\u00c9<\/span>t\u00e9 1914 (1936), \u00c9pilogue (1940).<\/p>\n<p>Pour cette histoire d\u2019une famille, v\u00e9ritable panorama de la vie fran\u00e7aise, l\u2019auteur re\u00e7oit le Prix Nobel en 1937 et le Grand Prix litt\u00e9raire de la Ville de Paris, avant m\u00eame que la fin soit \u00e9dit\u00e9e\u00a0au d\u00e9but de la Seconde Guerre mondiale.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On ne peut pas demander au capitalisme de se d\u00e9truire lui-m\u00eame en sapant ses propres assises\u00a0! Quand il se trouve par trop accul\u00e9 aux d\u00e9sordres qu\u2019il a cr\u00e9\u00e9s, il emprunte aux id\u00e9es socialistes quelques r\u00e9formes devenues indispensables.\u00a0\u00bb<span id=\"2551\" class=\"cit-num\">2551<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Roger <span class=\"caps\">MARTIN<\/span> du <span class=\"caps\">GARD<\/span> (1881-1958),<em> Les Thibault<\/em>, La Sorellina (1928)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La s\u00e9rie des Thibault est aussi un grand document sociologique, histoire minutieuse de la crise politique et sociale de la France avant la guerre de 1914-1918.<\/p>\n<p>L\u2019analyse de l\u2019auteur est parfaitement confirm\u00e9e par les faits. \u00c0 la question sociale, probl\u00e8me majeur de la R\u00e9publique \u00e0 cette \u00e9poque, quelles sont les r\u00e9ponses apport\u00e9es\u00a0? Faute d\u2019un programme social digne de ce nom, quelques lois\u00a0: uniformisation de la journ\u00e9e de travail, 11\u00a0heures, puis 10\u00a0heures dans un d\u00e9lai de quatre ans (loi Millerand du 30\u00a0mars 1900)\u00a0; pr\u00e9paration du Code du travail (1902)\u00a0; hygi\u00e8ne dans les ateliers (11\u00a0juillet 1903)\u00a0; repos hebdomadaire (3\u00a0juillet 1906)\u00a0; retraites ouvri\u00e8res et paysannes, \u00e0 60\u00a0ans (9\u00a0avril 1910).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le courage, le vrai, \u00e7a n\u2019est pas d\u2019attendre avec calme l\u2019\u00e9v\u00e9nement\u00a0; c\u2019est de courir au-devant, pour le conna\u00eetre le plus t\u00f4t possible, et l\u2019accepter.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Roger <span class=\"caps\">MARTIN<\/span> du <span class=\"caps\">GARD<\/span> (1881-1958), <em>Les Thibault<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Comment donner une id\u00e9e de cette saga historique\u00a0? Le plus simple est de choisir quelques citations qui donnent le ton, forme et fond, et parlent pour l\u2019auteur\u00a0t\u00e9moin de son temps\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La vie serait impossible si l\u2019on se souvenait, le tout est de choisir ce qu\u2019on doit oublier.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Le difficile n\u2019est pas d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 quelqu\u2019un, c\u2019est de le rester.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Tous les gestes engagent\u00a0; surtout les gestes g\u00e9n\u00e9reux.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0J\u2019ai horreur du dimanche\u00a0: tous ces gens qui encombrent les rues, sous pr\u00e9texte de se reposer.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Dans chaque Fran\u00e7ais, il y a un sceptique qui ne dort jamais que d\u2019un demi-\u0153il.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Dans chaque existence humaine, il vient un jour, une heure, un bref instant o\u00f9 Dieu, tout \u00e0 coup, daigne appara\u00eetre dans toute son \u00e9vidence et nous tend brusquement la main.\u00a0\u00bb <br>\u00ab\u00a0Les \u00ab\u00a0comment\u00a0\u00bb m\u2019int\u00e9ressent assez pour que je renonce sans regret \u00e0 la vaine recherche des \u00ab\u00a0pourquoi\u00a0\u00bb.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Il n\u2019y a pas d\u2019ordre v\u00e9ritable sans la justice.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Si l\u2019on ne fait pas le bien par go\u00fbt naturel, que ce soit par d\u00e9sespoir\u00a0; ou du moins pour ne pas faire le mal.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0La vie, on sait bien ce que c\u2019est\u00a0: un amalgame saugrenu de moments merveilleux et d\u2019emmerdements.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les soussign\u00e9s [\u2026] somment les pouvoirs publics, au nom de la D\u00e9claration des droits de l\u2019homme et du citoyen, de condamner sans \u00e9quivoque l\u2019usage de la torture qui d\u00e9shonore la cause qu\u2019elle pr\u00e9tend servir.\u00a0\u00bb<span id=\"2917\" class=\"cit-num\">2917<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Protestation solennelle adress\u00e9e au pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, avril\u00a01958. Sign\u00e9e Roger Martin du Gard (1881-1958), Andr\u00e9 Malraux (1901-1976), Fran\u00e7ois Mauriac (1885-1970), Jean-Paul Sartre (1905-1980), parue dans la presse et appelant les Fran\u00e7ais \u00e0 se joindre \u00e0 eux.<em> Les Porteurs de valise\u00a0: la r\u00e9sistance fran\u00e7aise \u00e0 la guerre d\u2019Alg\u00e9rie<\/em> (1979), Herv\u00e9 Hamon, Patrick Rotman<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un des derniers actes politiques de Roger Martin du Gard. L\u2019ann\u00e9e m\u00eame de sa mort, il tient \u00e0 cosigner cette p\u00e9tition contre la torture dans la guerre d\u2019Alg\u00e9rie qui ne dit pas encore son nom. L\u2019occasion est donn\u00e9e par le livre d\u2019Henri Alleg, <em>La Question<\/em>, r\u00e9cit d\u2019un tortur\u00e9, saisi par la police le 25\u00a0mars. Tous les intellectuels engag\u00e9s s\u2019expriment sur cet insupportable et insoluble probl\u00e8me.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">14. Andr\u00e9 Gide (1947)<\/h4>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/andre_gide_citations.jpg\" width=\"500\" height=\"426\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le prix Nobel de litt\u00e9rature a \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9 \u00e0 M. Andr\u00e9 Gide pour l\u2019importance et la valeur artistique d\u2019une \u0153uvre dans laquelle il a expos\u00e9 les probl\u00e8mes de la vie humaine avec un intr\u00e9pide amour de la v\u00e9rit\u00e9 et une grande p\u00e9n\u00e9tration psychologique.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Familles je vous hais\u00a0! Foyers clos, portes referm\u00e9es, possessions jalouses du bonheur.\u00a0\u00bb<span id=\"4\" class=\"cit-num\">4<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9\u00a0<span class=\"caps\">GIDE<\/span>\u00a0(1869-1951),<em> Les Nourritures terrestres<\/em> (1897)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette \u0153uvre de jeunesse est (d\u00e9j\u00e0) un hymne panth\u00e9iste m\u00ealant son amour de la vie et le rejet de son \u00e9ducation puritaine. Il m\u00eale tous les genres\u00a0: notes de voyages, fragments de journal intime, rondes et ballades, dictionnaire po\u00e9tique, dialogues de th\u00e9\u00e2tre. Tout est bon \u00e0 l\u2019auteur pour dire l\u2019ardeur avec laquelle il veut exister par tous les moyens. Il rend hommage \u00e0 la Cr\u00e9ation toute enti\u00e8re et pr\u00f4ne une vie nomade, sans attaches. Son style est \u00e0 l\u2019image de ses aspirations\u00a0: libre, sauvage, po\u00e9tique.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Rien n\u2019est plus dangereux pour toi que ta famille, que ta chambre, que ton pass\u00e9.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Que l\u2019importance soit dans ton regard, non dans la chose regard\u00e9e\u00a0!\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Que ta vision soit \u00e0 chaque instant nouvelle. Le sage est celui qui s\u2019\u00e9tonne de tout.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Ce que j\u2019ai connu de plus beau sur la terre, Ah\u00a0! Nathana\u00ebl\u00a0! C\u2019est ma faim. Elle a toujours \u00e9t\u00e9 fid\u00e8le \u00e0 tout ce qui toujours l\u2019attendait. Est-ce de vin que se grise le rossignol\u00a0? L\u2019aigle de lait\u00a0? ou non point de geni\u00e8vre les grives\u00a0? L\u2019aigle se grise de son vol. Le rossignol s\u2019enivre des nuits d\u2019\u00e9t\u00e9. La plaine tremble de chaleur. Nathana\u00ebl, que toute \u00e9motion sache te devenir une ivresse. Si ce que tu manges ne te grise pas, c\u2019est que tu n\u2019avais pas assez faim.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Ne crois pas que ta v\u00e9rit\u00e9 puisse \u00eatre trouv\u00e9e par quelque autre.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Mon bonheur est d\u2019augmenter celui des autres. J\u2019ai besoin du bonheur de tous pour \u00eatre heureux.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Ne souhaite pas trouver Dieu ailleurs que partout.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Nathana\u00ebl, je t\u2019enseignerai la ferveur\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Nathana\u00ebl est un personnage fictif au pr\u00e9nom biblique, en lien avec une des influences des <em>Nourritures<\/em>. M\u00e9nalque, l\u2019autre personnage, est un sage dangereux, \u00e0 la fois initiateur et tentateur qui n\u2019appara\u00eet jamais directement. Jusqu\u2019\u00e0 la conclusion lyrique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nathana\u00ebl, \u00e0 pr\u00e9sent jette mon livre\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9\u00a0<span class=\"caps\">GIDE<\/span>\u00a0(1869-1951), <em>Les Nourritures terrestres<\/em>, Hymne final (1897)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0\u2026 \u00c9mancipe-t\u2019en. Quitte-moi. Quitte-moi\u00a0; maintenant tu m\u2019importunes\u00a0; tu me retiens\u00a0; l\u2019amour que je me suis surfait pour toi m\u2019occupe trop. Je suis las de feindre d\u2019\u00e9duquer quelqu\u2019un d\u2019autre. Quand ai-je dit que je te voulais pareil \u00e0 moi\u00a0? \u2014 C\u2019est parce que tu diff\u00e8res de moi que je t\u2019aime\u00a0; je n\u2019aime en toi que ce qui diff\u00e8re de moi. \u00c9duquer\u00a0! \u2014 Qui donc \u00e9duquerais-je, que moi-m\u00eame\u00a0? Nathana\u00ebl, te le dirai-je\u00a0? je me suis interminablement \u00e9duqu\u00e9. Je continue. Je ne m\u2019estime jamais que dans ce que je pourrais faire. Nathana\u00ebl, jette mon livre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pour ma part, mon choix est fait, j\u2019ai opt\u00e9 pour l\u2019ath\u00e9isme social.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9\u00a0<span class=\"caps\">GIDE<\/span>\u00a0(1869-1951),<em> Les Caves du Vatican<\/em> (1914), \u00e9pigraphe<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Gide a choisi comme profession de foi une citation de Georges Palante, philosophe et sociologue fran\u00e7ais,\u00a0 nietzsch\u00e9en et libertaire.<\/p>\n<p>Dans ce roman burlesque publi\u00e9 \u00e0 la veille de la guerre, Gide expose sa fameuse th\u00e9orie de l\u2019acte gratuit.<\/p>\n<p>L\u2019intrigue plus que bizarre tourne autour de la lib\u00e9ration du pape, soi-disant s\u00e9questr\u00e9 dans les caves du Vatican. Son h\u00e9ros Lafcadio, en soif d\u2019aventure, va commettre un \u00ab\u00a0crime sans motif\u00a0\u00bb\u00a0: il pousse du train Am\u00e9d\u00e9e Fleurissoire venu \u00e0 Rome pour lib\u00e9rer le pape. Nulle raison \u00e0 ce geste assassin. C\u2019est l\u2019absence de causalit\u00e9 qui est la cause m\u00eame du crime\u00a0: \u00ab\u00a0Rien ne se passe jamais tout \u00e0 fait comme on aurait cru\u2026 C\u2019est l\u00e0 ce qui me porte \u00e0 agir\u2026\u00a0Je me sentais d\u2019\u00e9treinte assez large pour embrasser l\u2019enti\u00e8re humanit\u00e9\u00a0; ou l\u2019\u00e9trangler peut-\u00eatre\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Restent nombre de pens\u00e9es valant pr\u00e9ceptes\u00a0et de r\u00e9flexions originales.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La connaissance ne fortifie jamais que les forts.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9\u00a0<span class=\"caps\">GIDE<\/span>\u00a0(1869-1951), <em>Les Caves du Vatican<\/em> (1914)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La qu\u00eate du moi est sans fin chez l\u2019auteur inspir\u00e9 qui ma\u00eetrise son art et fascine son public tout en jouant des mots \u00e0 profusion et on osant (presque) tout dire.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ce n\u2019est pas tant des \u00e9v\u00e9nements que j\u2019ai curiosit\u00e9, que de moi-m\u00eame. Tel se croit capable de tout, qui, devant que d\u2019agir, recule\u2026 Qu\u2019il y a loin, entre l\u2019imagination et le fait\u00a0! \u2026 Et pas plus le droit de reprendre son coup qu\u2019aux \u00e9checs. Bah\u00a0! qui pr\u00e9voirait tous les risques, le jeu perdrait tout int\u00e9r\u00eat\u00a0!\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Voici ma th\u00e8se\u00a0: Savez-vous ce qu\u2019il faut pour faire de l\u2019honn\u00eate homme un gredin\u00a0? Il suffit d\u2019un d\u00e9paysement, d\u2019un oubli\u00a0! Oui, Monsieur, un trou dans la m\u00e9moire, et la sinc\u00e9rit\u00e9 se fait jour\u00a0!\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Parfois, au sein m\u00eame de l\u2019abjection, tout \u00e0 coup, se d\u00e9couvrent d\u2019\u00e9tranges d\u00e9licatesses sentimentales, comme cro\u00eet une fleur azur\u00e9e au milieu d\u2019un tas de fumier.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Ma conversion ne regarde personne. C\u2019est affaire entre Dieu et moi.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Que tout ce qui peut \u00eatre soit\u00a0!\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Tant de gens qui \u00e9crivent et si peu de gens qui lisent\u00a0! C\u2019est un fait\u00a0: on lit de moins en moins\u2026 si j\u2019en juge par moi, comme disait l\u2019autre. \u00c7a finira par une catastrophe\u00a0; quelque belle catastrophe, tout impr\u00e9gn\u00e9e d\u2019horreur\u00a0! on foutra l\u2019imprim\u00e9 par-dessus bord\u00a0; et ce sera miracle si le meilleur ne rejoint pas au fond le pire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est bon de suivre sa pente, pourvu que ce soit en montant.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9\u00a0<span class=\"caps\">GIDE<\/span>\u00a0(1869-1951), <em>Les Faux Monnayeurs<\/em> (1925)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce roman d\u2019apprentissage d\u00e9nonce les apparences mensong\u00e8res. Au centre du r\u00e9cit, trois personnages\u00a0: Bernard et Olivier, deux amis lyc\u00e9ens et l\u2019oncle d\u2019Olivier, \u00c9douard, \u00e9crivain d\u00e9sireux de cr\u00e9er un roman unique et innovant \u2013 le r\u00eave de tout auteur\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il songe \u00e0 sa nouvelle r\u00e8gle de vie, dont il a trouv\u00e9 depuis peu la formule\u00a0: Si tu ne fais pas cela, qui le fera\u00a0? Si tu ne le fais pas aussit\u00f4t, quand sera-ce\u00a0?\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Plut\u00f4t que de r\u00e9p\u00e9ter sans cesse \u00e0 l\u2019enfant que le feu br\u00fble, consentons \u00e0 le laisser un peu se br\u00fbler\u00a0: l\u2019exp\u00e9rience instruit plus s\u00fbrement que le conseil.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Les bourgeois honn\u00eates ne comprennent pas qu\u2019on puisse \u00eatre honn\u00eate autrement qu\u2019eux.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Les bons travailleurs ont toujours le sentiment qu\u2019ils pourraient travailler davantage.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Si on pouvait recouvrer l\u2019intransigeance de la jeunesse, ce dont on s\u2019indignerait le plus c\u2019est de ce qu\u2019on est devenu.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si le grain de bl\u00e9 qui est tomb\u00e9 en terre ne meurt, il reste seul\u00a0; mais, s\u2019il meurt, il porte beaucoup de fruit. Celui qui aime sa vie la perdra, et celui qui hait sa vie dans ce monde la conservera pour la vie \u00e9ternelle.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9\u00a0<span class=\"caps\">GIDE<\/span>\u00a0(1869-1951), <em>Si le grain ne meurt<\/em> (1926 et 1936)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le titre fait allusion aux versets de l\u2019\u00c9vangile selon Jean. Et la \u00ab\u00a0morale de l\u2019histoire\u00a0\u00bb pourrait \u00eatre\u00a0: \u00ab\u00a0Toute chose appartient \u00e0 qui sait en jouir.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Premier r\u00e9cit autobiographique de Gide, depuis sa premi\u00e8re enfance \u00e0 Paris jusqu\u2019\u00e0 ses fian\u00e7ailles avec sa cousine Madeleine en 1895, le texte fait l\u2019objet de publications partielles hors commerce au d\u00e9but des ann\u00e9es 1920.<\/p>\n<p>En premi\u00e8re partie, il raconte ses souvenirs\u00a0: ses pr\u00e9cepteurs, sa fr\u00e9quentation \u00e9pisodique de l\u2019\u00c9cole alsacienne, sa famille, son amiti\u00e9 avec Pierre Lou\u00ffs (po\u00e8te symboliste et parnassien), sa v\u00e9n\u00e9ration soudaine pour sa cousine, ses premi\u00e8res tentatives d\u2019\u00e9criture\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019aime les compliments, mais ceux des maladroits m\u2019exasp\u00e8rent.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>En seconde partie, il retrace sa d\u00e9couverte du d\u00e9sir et de sa p\u00e9d\u00e9rastie lors d\u2019un voyage en Alg\u00e9rie avec un jeune gar\u00e7on, Ali\u00a0: \u00ab\u00a0Il est bien des choses qui ne paraissent impossibles que tant qu\u2019on ne les a pas tent\u00e9es.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Gide fera le r\u00e9cit de l\u2019\u00e9chec total de sa vie conjugale avec Madeleine dans un autre r\u00e9cit autobiographique, \u00e9crit en 1938 peu apr\u00e8s la mort de sa femme, publi\u00e9 en 1951 et intitul\u00e9\u00a0: <em>Et nunc manet in te.<\/em><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est bien plus difficile qu\u2019on ne croit de ne pas croire \u00e0 Dieu.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">GIDE<\/span> (1869-1951), <em>Les Nouvelles nourritures<\/em> (1935)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un r\u00e9cit en continuit\u00e9 et en rupture avec Les Nourritures terrestres. L\u2019\u00e9criture navigue toujours entre fiction romanesque, po\u00e9sie vagabonde et chronique, avec une dimension nouvelle d\u2019ordre moral. L\u2019auteur montre qu\u2019il a suffisamment m\u00fbri et assimil\u00e9 pour conseiller le lecteur. Au lieu d\u2019exhortations au voyage et au plaisir, il donne des conseils r\u00e9fl\u00e9chis. Ponctu\u00e9 d\u2019aphorismes, le r\u00e9cit devient d\u00e9nonciateur des asc\u00e8tes port\u00e9s sur la p\u00e9nitence, bien loin du go\u00fbt de Gide pour les \u00c9vangiles.<\/p>\n<p>Moins v\u00e9h\u00e9mente et sauvage dans le ton, la volont\u00e9 de libert\u00e9 est toujours pr\u00e9sente et en qu\u00eate du meilleur chemin pour \u00e9prouver la vie\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La peur du ridicule obtient de nous les pires l\u00e2chet\u00e9s.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Tout ce que tu ne sais pas donner te poss\u00e8de.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Ce n\u2019est pas seulement le monde qu\u2019il s\u2019agit de changer\u00a0; mais l\u2019homme.\u00a0\u00bb<br>Le fameux proverbe qui conclut le livre met en garde les lecteurs\u00a0: \u00ab\u00a0Ne sacrifiez pas aux idoles.\u00a0\u00bb Il rappelle la maxime des premi\u00e8res <em>Nourritures\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0Nathana\u00ebl, \u00e0 pr\u00e9sent, jette mon livre\u00a0\u00bb. La pens\u00e9e de l\u2019auteur a clairement \u00e9volu\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Catholicisme ou communisme exige, ou du moins pr\u00e9conise, une soumission de l\u2019esprit [\u2026] Le monde ne sera sauv\u00e9, s\u2019il peut l\u2019\u00eatre, que par des insoumis.\u00a0\u00bb<span id=\"2835\" class=\"cit-num\">2835<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">GIDE<\/span> (1869-1951), <em>Journal<\/em>, 24\u00a0f\u00e9vrier 1946 (publi\u00e9 en 1950)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les honneurs pleuvent sur le Gide d\u2019apr\u00e8s-guerre, prix Nobel de litt\u00e9rature en 1947 pour son \u00ab\u00a0intr\u00e9pide amour de la v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb \u2013 et la formule est juste\u00a0! Il a rompu avec le communisme en 1937 et v\u00e9cu la Seconde Guerre comme une apocalypse. Il ne songe plus qu\u2019\u00e0 sauver la culture de toute menace de totalitarisme et contrairement \u00e0 Sartre, il ne croit pas que la litt\u00e9rature doive \u00eatre politiquement engag\u00e9e.<\/p>\n<p>Son <em>Journal<\/em> en forme d\u2019anthologie de 1889 \u00e0 1949 sera publi\u00e9 \u00e0 la veille de sa mort. Des citations \u00e0 profusion, des paradoxes brillants\u00a0et une philosophie de la vie parfois d\u00e9sabus\u00e9e, mais l\u2019essentiel de son \u0153uvre avait d\u00e9j\u00e0 vocation et valeur de \u00ab\u00a0Journal\u00a0\u00bb, avec ou sans complaisance, talent toujours et parfois g\u00e9nie\u00a0: <br>\u00ab\u00a0Un bon ma\u00eetre a ce souci constant\u00a0: enseigner \u00e0 se passer de lui.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Il faut de l\u2019esprit pour bien parler, de l\u2019intelligence suffit pour bien \u00e9couter.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Une chose ne vaut que par l\u2019importance qu\u2019on lui donne.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Se passer de Dieu\u2026 n\u2019y parvient pas qui veut.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Conqu\u00e9rir sa joie vaut mieux que de s\u2019abandonner \u00e0 sa tristesse.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Il faut d\u00e9j\u00e0 passablement d\u2019intelligence pour souffrir de n\u2019en avoir pas davantage.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Les adolescences trop chastes font les vieillesses dissolues.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Le nombre de choses qu\u2019il n\u2019y a pas lieu de dire augmente chaque jour.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Assur\u00e9ment les sentiments aussi vieillissent\u00a0; il est des modes jusque dans la fa\u00e7on de souffrir ou d\u2019aimer.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0La personnalit\u00e9 ne s\u2019affirme jamais plus qu\u2019en se renon\u00e7ant.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Dieu, le d\u00e9potoir de tous les concepts mal d\u00e9finis.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Il est certaine fa\u00e7on d\u2019adorer Dieu qui me fait l\u2019effet d\u2019un blasph\u00e8me. Il est certaine fa\u00e7on de nier Dieu qui rejoint l\u2019adoration.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Le catholicisme est inadmissible. Le protestantisme est intol\u00e9rable. Et je me sens profond\u00e9ment chr\u00e9tien.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tout est bien.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">GIDE<\/span> (1869-1951), son mot de la fin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Repris officiellement en titre par Roger St\u00e9phane pour sa chronique \u00e9dit\u00e9e en 1989\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Tout est bien\u00a0\u00bb. On peut commenter \u00e0 l\u2019infini.<\/p>\n<p>Reste un faux en \u00e9criture <em>post mortem<\/em>, l\u2019un des plus savoureux du microcosme litt\u00e9raire\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Enfer n\u2019existe pas. Stop. Donne-toi du bon temps. Stop. Pr\u00e9viens Claudel.\u00a0\u00bb<span id=\"7\" class=\"cit-num\">7<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9\u00a0<span class=\"caps\">GIDE<\/span>\u00a0(1869-1951), t\u00e9l\u00e9gramme re\u00e7u par Roger Nimier qui l\u2019envoie \u00e0 Fran\u00e7ois Mauriac apr\u00e8s la mort de son \u00ab\u00a0auteur\u00a0\u00bb.\u00a0 <em>Dieu est humour<\/em>, tome 2 (2011) Bernard Peyrous, Marie-Ange Pompignoli<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Rappelons que Gide et Mauriac v\u00e9curent douloureusement le conflit entre la morale religieuse et leur penchant homosexuel (plus cach\u00e9, c\u00f4t\u00e9 Mauriac toujours inquiet de son propre salut). Quant \u00e0 Claudel, lui aussi chr\u00e9tien et tortur\u00e9 de nature (mais g\u00e9nial), c\u2019est un autre Cas (majuscule).<\/p>\n<p>En fait, ce t\u00e9l\u00e9gramme mis en vente \u00e0 l\u2019h\u00f4tel Drouot et qui fit beaucoup parler\u2026 est un canular d\u00fb \u00e0 Roger Nimier ou \u00e0 Anne-Marie Cazalis (journaliste et po\u00e8te, vedette des nuits parisiennes \u00e0 Saint-Germain-des-Pr\u00e9s).<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">15. Albert Schweitzer (1952)<\/h4>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/albert_schweitzer_citations.jpg\" width=\"400\" height=\"593\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<p>Prix Nobel de la Paix pour la cr\u00e9ation de l\u2019h\u00f4pital de Lambar\u00e9n\u00e9 au Gabon.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En 1896, aux vacances de la Pentec\u00f4te, par un rayonnant matin d\u2019\u00e9t\u00e9, je m\u2019\u00e9veillai \u00e0 Gunsbach, et l\u2019id\u00e9e me saisit soudain que je ne devais pas accepter mon bonheur comme une chose toute naturelle et qu\u2019il me fallait donner quelque chose en \u00e9change.\u00a0\u00bb<span id=\"15\" class=\"cit-num\">15<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Albert <span class=\"caps\">SCHWEITZER<\/span> (1875-1965), <em>Ma vie et ma pens\u00e9e<\/em> (1960)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette \u00ab\u00a0\u00e9piphanie\u00a0\u00bb quasi mystique a frapp\u00e9 ses biographes. Se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 la vie de J\u00e9sus (au c\u0153ur de ses \u00e9tudes th\u00e9ologiques), le jeune pasteur conclut qu\u2019il a le droit de vivre pour la science jusqu\u2019\u00e0 sa trenti\u00e8me ann\u00e9e, avant de se consacrer \u00e0 un \u00ab\u00a0service purement humain\u00a0\u00bb. Il sera tout simplement \u00ab\u00a0un homme au service d\u2019autres hommes\u00a0\u00bb, infatigablement dans l\u2019action jusqu\u2019\u00e0 90 ans\u00a0! Au final, la vie de ce personnage exceptionnel est un v\u00e9ritable roman.<\/p>\n<p>Elle commence par une intimit\u00e9 artistique et spirituelle avec le musicien ador\u00e9 des musiciens, Jean-S\u00e9bastien Bach.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La richesse de son langage ne consiste pas dans l\u2019abondance de th\u00e8mes diff\u00e9rents, mais dans les diff\u00e9rentes inflexions que prend le m\u00eame th\u00e8me suivant les occasions. Sans cette vari\u00e9t\u00e9 de nuances, on pourrait reprocher \u00e0 son langage une certaine monotonie. C\u2019est en effet la monotonie du langage des grands penseurs qui, pour rendre la m\u00eame id\u00e9e, ne trouvent toujours qu\u2019une expression unique, parce qu\u2019elle est la seule vraie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Albert <span class=\"caps\">SCHWEITZER<\/span> (1875-1965), <em><span class=\"caps\">J. S.<\/span> Bach Le Musicien-Po\u00e8te<\/em> (1905)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>(Madame Colette \u00e0 la vocation musicale av\u00e9r\u00e9e d\u00e9finissait Bach comme\u00a0: \u00ab\u00a0l\u2019admirable machine \u00e0 coudre\u00a0\u00bb)<\/p>\n<p>Musicien allemand (comme Schweitzer n\u00e9 en Alsace-Lorraine apr\u00e8s la guerre de 1870), inspir\u00e9 par une profonde foi chr\u00e9tienne, compositeur de plus d\u2019un millier d\u2019\u0153uvres, admir\u00e9 de ses contemporains, oubli\u00e9 apr\u00e8s sa mort en 1750, Bach fut red\u00e9couvert au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle. Il fait l\u2019objet d\u2019un culte de la part des musiciens et musicologues \u2013 \u00e0 commencer par Albert Schweitzer.<\/p>\n<p>La musique fut sa premi\u00e8re passion et \u00e0 neuf ans, il ma\u00eetrise parfaitement le jeu des claviers et des p\u00e9dales de l\u2019orgue, lors des offices religieux. Cette vocation sera bient\u00f4t contrari\u00e9e par ses autres activit\u00e9s, mais il s\u2019affichera comme concertiste r\u00e9put\u00e9 de 1892 \u00e0 1955\u00a0: pr\u00e8s de 500 r\u00e9citals dans 11 pays. Il consid\u00e9rait ce don musical comme \u00ab\u00a0une grande chance\u00a0\u00bb qui lui permit de financer \u00e0 plusieurs reprises son h\u00f4pital de Lambar\u00e9n\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quelquefois l\u2019universalit\u00e9 de mon esprit me fait peur [\u2026] Je le porte comme un poids, mais ensuite je suis fier d\u2019\u00eatre plus universel que les autres et je me sens capable de rester \u00e0 la hauteur pour tout.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Albert <span class=\"caps\">SCHWEITZER<\/span> (1875-1965), lettre de 1906 adress\u00e9e \u00e0 sa future femme H\u00e9l\u00e8ne, <em>Correspondance entre Albert Schweitzer et H\u00e9l\u00e8ne Bresslau<\/em>, 3 volumes (publication posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>H\u00e9l\u00e8ne Schweitzer-Bresslau (1879-1957), \u00e9ducatrice et infirmi\u00e8re allemande (puis fran\u00e7aise apr\u00e8s la Premi\u00e8re Guerre mondiale) \u00e9pousa Albert Schweitzer en 1912 et partagea son engagement humanitaire en Afrique. Elle fut toujours sa confidente et son soutien \u2013 ils sont tous deux enterr\u00e9s \u00e0 Lambar\u00e9n\u00e9, ville du Gabon devenue mondialement c\u00e9l\u00e8bre pour son h\u00f4pital.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Chaque matin, en descendant \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, je me rends compte que je jouis d\u2019un inestimable privil\u00e8ge en pouvant faire du bien \u00e0 mon prochain et conserver des vies humaines.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Albert <span class=\"caps\">SCHWEITZER<\/span> (1875-1965),<em> A l\u2019or\u00e9e de la for\u00eat vierge<\/em> (1923)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Lambar\u00e9n\u00e9 est surtout connue pour l\u2019h\u00f4pital Albert-Schweitzer, cr\u00e9\u00e9 en 1913 par le docteur qui y passera l\u2019essentiel de son temps, ne retournant en Europe que pour assurer ses concerts d\u2019organiste et assumer son \u00ab\u00a0devoir m\u00e9diatique\u00a0\u00bb avec ses conf\u00e9rences, surtout apr\u00e8s le Prix Nobel de la paix en 1952.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Que chacun s\u2019efforce dans le milieu o\u00f9 il se trouve de t\u00e9moigner \u00e0 d\u2019autres une v\u00e9ritable humanit\u00e9. C\u2019est de cela que d\u00e9pend l\u2019avenir du monde.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Albert <span class=\"caps\">SCHWEITZER<\/span> (1875-1965), <em>\u00c0 l\u2019or\u00e9e de la for\u00eat vierge<\/em> (1923)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est son premier r\u00e9cit en forme de journal o\u00f9 il s\u2019exprime avec autant de foi que de passion\u00a0: \u00ab\u00a0Puissions-nous \u00eatre bient\u00f4t plusieurs m\u00e9decins envoy\u00e9s aux quatre coins de l\u2019horizon par la confr\u00e9rie de ceux que la douleur a marqu\u00e9s de son sceau.\u00a0\u00bb Ce v\u0153u pr\u00e9monitoire accompagne la fondation, en 1913, du \u00ab\u00a0village-h\u00f4pital\u00a0\u00bb de Lambar\u00e9n\u00e9 sur les bords du fleuve Ogoou\u00e9 au Gabon.<\/p>\n<p>Pionnier de la m\u00e9decine humanitaire et des <span class=\"caps\">ONG<\/span> (Organisations non gouvernementales) au secours des pays en d\u00e9tresse, ce r\u00e9cit demeure un classique de l\u2019aventure humaine qui fit r\u00eaver des g\u00e9n\u00e9rations enti\u00e8res d\u2019\u00e9coliers en France et dans le monde.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 du contexte politique et culturel dans lequel est n\u00e9e l\u2019\u0153uvre d\u2019Albert Schweitzer, l\u2019extraordinaire force d\u2019\u00e2me de ce jeune pasteur ayant abandonn\u00e9 une brillante carri\u00e8re de th\u00e9ologien et de musicien pour aller soulager la souffrance humaine loin de son Alsace natale force notre admiration. L\u2019\u00e9l\u00e9vation spirituelle de sa pens\u00e9e, son inflexible volont\u00e9 et sa philosophie centr\u00e9e sur la n\u00e9cessit\u00e9 de l\u2019engagement \u00e9thique font de son t\u00e9moignage un message toujours d\u2019actualit\u00e9 \u2013 d\u2019autant plus qu\u2019aujourd\u2019hui, nous savons\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La mis\u00e8re physique est partout immense en Afrique. Avons-nous le droit de fermer les yeux devant elle et de l\u2019ignorer, parce que les journaux d\u2019Europe n\u2019en parlent pas\u00a0? Nous sommes des privil\u00e9gi\u00e9s. Quand, chez nous, quelqu\u2019un tombe malade, on appelle imm\u00e9diatement le m\u00e9decin. Est-il n\u00e9cessaire d\u2019op\u00e9rer\u00a0? Les portes d\u2019une clinique s\u2019ouvrent aussit\u00f4t. Mais que l\u2019on se repr\u00e9sente ces millions d\u2019\u00eatres humains qui souffrent l\u00e0-bas, sans espoir de secours. Chaque jour, des milliers et des milliers de pauvres cr\u00e9atures sont livr\u00e9es \u00e0 d\u2019intol\u00e9rables souffrances dont l\u2019art m\u00e9dical pourrait les affranchir.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Albert <span class=\"caps\">SCHWEITZER<\/span> (1875-1965),<em> \u00c0 l\u2019or\u00e9e de la for\u00eat vierge<\/em> (1923)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le couple Schweitzer fut amicalement accueilli par les missionnaires. Le tam-tam annon\u00e7a l\u2019arriv\u00e9e du m\u00e9decin et, malgr\u00e9 le d\u00e9lai de trois semaines demand\u00e9 aux indig\u00e8nes pour laisser le temps au \u00ab\u00a0grand docteur\u00a0\u00bb de s\u2019installer, le succ\u00e8s fut si rapide que Schweitzer dut utiliser sa maison comme pharmacie et installer la salle d\u2019op\u00e9ration dans un vieux poulailler.<\/p>\n<p>Le docteur Schweitzer et sa femme infirmi\u00e8re trouv\u00e8rent un pr\u00e9cieux auxiliaire en Joseph, un Africain ancien cuisinier de l\u2019explorateur Savorgnan de Brazza. Il servait aussi de traducteur pour les diff\u00e9rents idiomes parl\u00e9s dans la r\u00e9gion. Son langage de cuisinier donnait de surprenants r\u00e9sultats tel le c\u00e9l\u00e8bre\u00a0: \u00ab\u00a0Elle a mal dans le gigot droit\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Pouss\u00e9 par l\u2019urgence, Schweitzer fut \u00e0 la fois m\u00e9decin et b\u00e2tisseur, puis directeur, patron, chef du nouvel h\u00f4pital.<\/p>\n<p>Dans ce m\u00eame \u00e9tat d\u2019improvisation forc\u00e9e et avec les \u00ab\u00a0moyens du bord\u00a0\u00bb na\u00eet la formule originale du \u00ab\u00a0village-h\u00f4pital\u00a0\u00bb qui fera la renomm\u00e9e de son fondateur.<\/p>\n<p>Trop \u00e0 l\u2019\u00e9troit, Schweitzer d\u00e9cide en 1925 de le d\u00e9placer \u00e0 trois kilom\u00e8tres en amont. Au bord du fleuve, le site est plus accessible. L\u2019h\u00f4pital se d\u00e9veloppe. Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1950, il compte 45 b\u00e2timents. Trois m\u00e9decins, huit infirmi\u00e8res europ\u00e9ennes et dix infirmiers locaux y travaillent. C\u2019est la grande \u00e9poque. Celle de l\u2019essor de la l\u00e9gende.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le plus grand homme du monde.\u00a0\u00bb <br><em>\u00ab\u00a0The greatest man in the world.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p class=\"auteur\">Magazine <em>Life<\/em>, titre \u00e0 la une rendant hommage au Docteur Schweitzer, 6 octobre 1947<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il a d\u00e9clin\u00e9 plusieurs invitations, avant de se rendre pour la premi\u00e8re et la derni\u00e8re fois aux \u00c9tats-Unis. Le 8 juillet 1949\u00a0; il prononce deux conf\u00e9rences sur Goethe (l\u2019une en fran\u00e7ais, l\u2019autre en allemand) \u00e0 Aspen (Colorado). Le 11 juillet, on le retrouve \u00e0 la une du magazine <em>Time<\/em>.<\/p>\n<p>Les ann\u00e9es d\u2019apr\u00e8s-guerre sont celles de la cons\u00e9cration avec le prix Nobel de la paix en 1952. La dotation li\u00e9e au prix lui permet d\u2019achever (en 1955) la construction du \u00ab\u00a0village de lumi\u00e8re\u00a0\u00bb, destin\u00e9 aux l\u00e9preux. Tr\u00e8s occup\u00e9 sur place, Schweitzer met deux ans pour venir chercher son prix et user de cette tribune m\u00e9diatique. C\u2019est peu dire s\u2019il a pes\u00e9 ses mots\u2026 Ce beau discours \u00ab\u00a0g\u00e9n\u00e9raliste\u00a0\u00bb qui remonte aux origines du Nobel est d\u2019une port\u00e9e tr\u00e8s actuelle et d\u2019une confondante clart\u00e9. Chaque phrase a valeur de citation.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pour sujet de la conf\u00e9rence que l\u2019attribution du prix Nobel de la Paix m\u2019impose comme un honneur redoutable, j\u2019ai choisi le probl\u00e8me de la paix, tel qu\u2019il se pose aujourd\u2019hui. Je crois agir ainsi dans l\u2019intention du fondateur de ce prix, qui s\u2019\u00e9tait pr\u00e9occup\u00e9 de ce probl\u00e8me, tel qu\u2019il se posait \u00e0 son \u00e9poque, et qui attendait de sa fondation qu\u2019elle entretienne la r\u00e9flexion et la recherche sur les possibilit\u00e9s de servir la cause de la paix.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Albert <span class=\"caps\">SCHWEITZER<\/span> (1875-1965), Conf\u00e9rence Nobel \u00e0 Oslo, l4 novembre 1954<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Osons faire face \u00e0 la situation. L\u2019homme est devenu un surhomme. Il est un surhomme parce qu\u2019il ne dispose pas seulement des forces physiques inn\u00e9es, mais parce qu\u2019il commande, gr\u00e2ce aux conqu\u00eates de la science et de la technique, aux forces latentes dans la nature et qu\u2019il peut les mettre \u00e0 son service. Pour tuer \u00e0 distance, l\u2019homme r\u00e9duit \u00e0 lui-m\u00eame ne disposait que de sa force physique, gr\u00e2ce \u00e0 laquelle il tendait l\u2019arc\u00a0; il la faisait agir sur la fl\u00e8che par la brusque d\u00e9tente de l\u2019arc. Le surhomme en est arriv\u00e9 \u00e0 utiliser, gr\u00e2ce \u00e0 un engin invent\u00e9 \u00e0 cet effet, l\u2019\u00e9nergie d\u00e9gag\u00e9e par la d\u00e9flagration d\u2019un m\u00e9lange d\u00e9termin\u00e9 de produits chimiques. Ceci lui permet d\u2019employer un projectile beaucoup plus efficace et de l\u2019envoyer \u00e0 une distance beaucoup plus grande.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Les horreurs de la Premi\u00e8re Guerre mondiale, puis de la Seconde, ont nourri la r\u00e9flexion d\u2019Albert Schweitzer (n\u00e9 Allemand) et sa correspondance avec ses amis Albert Einstein et Robert Oppenheimer refl\u00e9tait son inqui\u00e9tude croissante devant la mont\u00e9e du p\u00e9ril nucl\u00e9aire, mais il pr\u00e9f\u00e9rait se tenir \u00e0 l\u2019\u00e9cart des d\u00e9bats et s\u2019en tenir \u00e0 ses devoirs de m\u00e9decin. L\u2019attribution du Nobel de la Paix lui impose cette nouvelle attitude militante.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le surhomme souffre d\u2019une imperfection funeste de son esprit. Il ne s\u2019est pas \u00e9lev\u00e9 au niveau de la raison surhumaine qui devrait correspondre \u00e0 la possession d\u2019une force surhumaine. Il en aurait besoin pour mettre en \u0153uvre cette \u00e9norme puissance uniquement \u00e0 des fins raisonnables et utiles, et non destructrices et meurtri\u00e8res. Pour cette raison, les conqu\u00eates de la science et de la technique devinrent funestes plut\u00f4t que profitables pour lui.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Albert <span class=\"caps\">SCHWEITZER<\/span> (1875-1965), Conf\u00e9rence Nobel \u00e0 Oslo, l4 novembre 1954<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0A cet \u00e9gard ne faut-il pas consid\u00e9rer comme un fait significatif que la premi\u00e8re grande d\u00e9couverte, celle d\u2019utiliser la force r\u00e9sultant de la d\u00e9flagration de la poudre, s\u2019est d\u2019abord offerte uniquement comme un moyen de tuer \u00e0 distance\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Nous devenions inhumains \u00e0 mesure que nous devenions des surhommes. Nous avons tol\u00e9r\u00e9 qu\u2019au cours des guerres les hommes aient \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s en masses \u2013 environ vingt millions dans la seconde guerre mondiale \u2013 que des villes enti\u00e8res avec leurs habitants aient \u00e9t\u00e9 r\u00e9duites \u00e0 n\u00e9ant par la bombe atomique, que des hommes aient \u00e9t\u00e9 transform\u00e9s en torches vivantes par les bombes incendiaires. Nous prenions connaissance de ces faits par la radio ou par les journaux, et nous les jugions selon qu\u2019ils signifiaient un succ\u00e8s pour le groupe de peuples auquel nous appartenions, ou pour nos adversaires. Quand nous nous avou\u00e2mes que ces faits \u00e9taient les r\u00e9sultats d\u2019une action inhumaine, cet aveu s\u2019accompagnait de la r\u00e9flexion que le fait de guerre nous condamnait \u00e0 les accepter. En nous r\u00e9signant sans r\u00e9sistance \u00e0 notre sort, nous nous rendons coupables d\u2019inhumanit\u00e9.<\/p>\n<p>Ce qui importe, c\u2019est reconna\u00eetre, tous ensemble, que nous sommes coupables d\u2019inhumanit\u00e9. L\u2019horreur de cette exp\u00e9rience doit nous arracher \u00e0 notre torpeur, pour que nous tendions nos volont\u00e9s et nos espoirs vers l\u2019av\u00e8nement d\u2019une \u00e8re dans laquelle la guerre ne sera plus.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Certains militants pacifistes sont d\u00e9\u00e7us \u2013 que pouvait-il dire de plus\u00a0? Les \u00c9tats-Unis et la France (de Gaulle) qui optent pour la bombe prendront ses distances \u2013 devait-il dire moins\u00a0?\u00a0 Mais l\u2019enthousiasme populaire est consid\u00e9rable. Un journal norv\u00e9gien recommande \u00e0 ceux qui voudraient serrer la main du laur\u00e9at de donner plut\u00f4t une couronne pour l\u2019h\u00f4pital de Lambar\u00e9n\u00e9\u00a0: message bien re\u00e7u. Pas par tout le monde. Citons une exception, parmi les intellectuels fran\u00e7ais toujours prompts \u00e0 la critique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est le plus grand filou qui soit. Il a b\u00e2ti Lambar\u00e9n\u00e9 gr\u00e2ce au pognon de la m\u00e8re \u00c9l\u00e9onor Roosevelt. Il lui a fait le coup du saint ermite qui joue de l\u2019orgue sous les palmiers.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Paul <span class=\"caps\">SARTRE<\/span> (1905-1980). Cit\u00e9 par Jean Cau,<em> Croquis de m\u00e9moire<\/em> (1985)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1950 il dresse le portrait au vitriol du \u00ab\u00a0bon docteur\u00a0\u00bb\u2026 qui est d\u2019ailleurs son cousin\u00a0\u2013 la m\u00e8re de Sartre est n\u00e9e Schweitzer. Et \u00ab\u00a0l\u2019oncle Albert\u00a0\u00bb promenait le nourrisson Jean-Paul dans sa voiture au Bois de Boulogne.<\/p>\n<p>Albert Schweitzer n\u2019\u00e9tait pas un saint ni m\u00eame un proph\u00e8te. Il a eu ses d\u00e9tracteurs \u2013 avant et apr\u00e8s son Nobel. Il aurait pu faire plus ou mieux ou autrement, il en a eu lui-m\u00eame conscience, mais il a fait, il a agi et pay\u00e9 de sa personne, financ\u00e9 son action par les concerts et les conf\u00e9rences qu\u2019il donnait r\u00e9guli\u00e8rement en Europe et sauv\u00e9 des millions de vie. Il fut l\u2019ami de Romain Rolland, Albert Einstein, Robert Oppenheimer, Th\u00e9odore Monod, l\u2019Abb\u00e9 Pierre, Gilbert Cesbron \u2013 <em>\u00ab\u00a0Il est minuit, docteur Schweitzer\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Certains commentaires ne d\u00e9shonorent que leur auteur, si grand intellectuel et ma\u00eetre \u00e0 penser que soit Jean-Paul Sartre, c\u00e9l\u00e8bre aussi pour son refus du prix Nobel.<\/p>\n<p>Reste que le mythe (excessif\u00a0?) du bon docteur Schweitzer a engendr\u00e9 un contre mythe dont il faut parler.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La m\u00e9moire du colonialisme est encore vive en Occident\u00a0: c\u2019est l\u2019image d\u2019un certain Schweitzer distribuant des m\u00e9dicaments aux gens d\u00e9pourvus de soins m\u00e9dicaux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jonathan <span class=\"caps\">SADOWSKI<\/span>, \u00ab\u00a0The Long Shadow of Colonialism\u00a0: Why We Study Medicine in Africa\u00a0\u00bb (2010)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Historien contemporain de la m\u00e9decine, il s\u2019interroge sur l\u2019identification de la m\u00e9moire de Schweitzer avec celle du colonialisme et la rel\u00e9gation de son travail m\u00e9dical \u00e0 une simple distribution des pilules, sans r\u00e9el exercice de la profession m\u00e9dicale. En vertu de quoi le docteur Schweitzer demeure un sujet de controverse opposant l\u2019id\u00e9al du bon chr\u00e9tien occidental et l\u2019id\u00e9e du m\u00e9chant colonialiste par\u00e9 du manteau de philanthrope.<\/p>\n<p>De fait, son action fut controvers\u00e9e. Il \u00e9tait r\u00e9ellement m\u00e9decin, ayant tous les dipl\u00f4mes et la pratique \u2013 r\u00e9alit\u00e9 indiscutable. Mais il refusa de moderniser son village-h\u00f4pital o\u00f9 les malades am\u00e8nent leur famille quand ils viennent se faire soigner. Ses adversaires lui reprochent cette vision traditionnelle et pass\u00e9iste de l\u2019Africain. Ses partisans r\u00e9torquent qu\u2019en maintenant un lieu semblable aux villages de la brousse, il permet \u00e0 des gens qui ne supporteraient pas l\u2019univers propre \u00e0 l\u2019h\u00f4pital d\u2019\u00eatre quand m\u00eame pris en charge et soign\u00e9s.<\/p>\n<p>Avec l\u2019ind\u00e9pendance et les promesses de d\u00e9veloppement, les Africains peuvent vouloir des h\u00f4pitaux modernes et par comparaison, ils pourront juger \u00ab\u00a0primitifs\u00a0\u00bb, comme \u00e9tant un reliquat du colonialisme, les installations et le mode de fonctionnement de l\u2019H\u00f4pital Schweitzer. Mais\u2026 l\u2019esprit du temps change vite. Certaines illusions se trouvant dissip\u00e9es, l\u2019extension d\u2019une certaine modernisation, sur le mod\u00e8le occidental, est mise en cause et l\u2019on reconna\u00eet mieux l\u2019originalit\u00e9 \u00ab\u00a0africaine\u00a0\u00bb de l\u2019\u0153uvre de Schweitzer \u00e0 Lambar\u00e9n\u00e9, son adaptation \u00e0 la situation, aux besoins et aux coutumes de ce pays, \u00ab\u00a0entre eaux et for\u00eat vierge\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>On l\u2019a aussi accus\u00e9 d\u2019autoritarisme, de paternalisme et de colonialisme, voire de brutalit\u00e9, on a critiqu\u00e9 la mani\u00e8re dont il avait con\u00e7u et dirig\u00e9 son h\u00f4pital. Il ignorait ces critiques, soutenu par une \u00e9quipe soignante comp\u00e9tente et d\u00e9vou\u00e9e. Quant aux malades de Lambar\u00e9n\u00e9, ils appr\u00e9cient l\u2019humanit\u00e9 de ce \u00ab\u00a0Blanc bizarre\u00a0\u00bb qui met en pratique le mot d\u2019ordre\u00a0: \u00ab\u00a0Vous serez tous fr\u00e8res\u2026\u00a0\u00bb Et reste avec eux jusqu\u2019\u00e0 sa mort, choisissant d\u2019\u00eatre (modestement) enterr\u00e9 \u00e0 Lambar\u00e9n\u00e9, au c\u00f4t\u00e9 de sa femme H\u00e9l\u00e8ne.<\/p>\n<p>Le nouvel h\u00f4pital, inaugur\u00e9 en 1981, bien plus \u00e9tendu qu\u2019\u00e0 l\u2019origine et r\u00e9pondant aux normes, int\u00e8gre des d\u00e9partements de m\u00e9decine interne, chirurgie, p\u00e9diatrie, une maternit\u00e9, une clinique dentaire et une unit\u00e9 de recherche m\u00e9dicale sur la malaria. Autrement dit, l\u2019h\u00f4pital vit toujours et c\u2019est la plus belle reconnaissance post mortem du Docteur Schweitzer.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Lorsqu\u2019on me demande si je suis pessimiste ou optimiste, je r\u00e9ponds qu\u2019en moi la connaissance est pessimiste, mais le vouloir et l\u2019espoir sont optimistes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Albert <span class=\"caps\">SCHWEITZER<\/span> (1875-1965), <em>Ma vie et ma pens\u00e9e<\/em> (1960)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il livre \u00e0 ses lecteurs une autobiographie et un \u00ab\u00a0testament spirituel\u00a0\u00bb, au soir de sa vie. Il \u00e9voque son enfance, les ann\u00e9es o\u00f9 il \u00e9tait \u00e9tudiant et pasteur \u00e0 Strasbourg, son travail de musicien et le philosophe qu\u2019il restera, avec une attention extr\u00eame \u00e0 ce qui reste malgr\u00e9 tout essentiel dans la vie\u00a0: \u00ab\u00a0Occup\u00e9s par leur d\u00e9sir d\u2019atteindre la lune, les hommes ont \u00e9chou\u00e9 \u00e0 voir les fleurs qui s\u2019\u00e9panouissent \u00e0 leurs pieds.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il fonde son \u00e9thique sur le respect de la vie. Il plaide pour une religion mystique, d\u00e9barrass\u00e9e de sp\u00e9culations dogmatiques. Il d\u00e9plore le manque de spiritualit\u00e9 du monde moderne qui se d\u00e9grade et devient inhumain. Il appelle au respect de la vie, traduction en langage moderne de ce qui se trouve au c\u0153ur du message de J\u00e9sus.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis Allemand, je n\u2019ai jamais cess\u00e9 de l\u2019\u00eatre par mon identit\u00e9 la plus profonde et ma fa\u00e7on d\u2019\u00eatre au monde. Toutefois, j\u2019aime la France, j\u2019ai pour elle le respect que lui doit tout homme \u00e9pris de progr\u00e8s et de paix\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Albert <span class=\"caps\">SCHWEITZER<\/span> (1875-1965), interview de Claude Bourdet, <em>France-Observateur<\/em>, 16 mars 1961<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ses origines alsaciennes le placent d\u2019embl\u00e9e \u00e0 la crois\u00e9e de deux cultures dont il se r\u00e9clame. Il est conscient de ce \u00ab\u00a0beau privil\u00e8ge\u00a0\u00bb et de cet \u00ab\u00a0h\u00e9ritage fatal\u00a0\u00bb \u2013 qui lui vaut d\u2019\u00eatre prisonnier au Gabon, colonie fran\u00e7aise lors de la Premi\u00e8re Guerre mondiale. Ruin\u00e9 en 1918, tr\u00e8s malade et pr\u00e8s de devoir renoncer \u00e0 son r\u00eave africain, il repartira en 1924.<\/p>\n<p>Guid\u00e9 par une vision universaliste des cultures, il choisit finalement de n\u2019en renier aucune\u00a0: double loyaut\u00e9 qui ne fut pas toujours comprise. La plupart de ses ouvrages ayant \u00e9t\u00e9 \u00e9crits en allemand et traduits tardivement, c\u2019est au d\u00e9but des ann\u00e9es 1950 que \u00ab\u00a0la France d\u00e9couvre qu\u2019il est citoyen fran\u00e7ais\u00a0\u00bb. Mais il est plus que tout citoyen du monde.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis vie qui veut vivre, entour\u00e9 de vie qui veut vivre. Chaque jour et \u00e0 chaque heure cette conviction m\u2019accompagne. Le bien, c\u2019est de maintenir et de favoriser la vie\u00a0; le mal, c\u2019est de d\u00e9truire la vie et de l\u2019entraver.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Albert <span class=\"caps\">SCHWEITZER<\/span> (1875-1965), <em>La Civilisation et l\u2019\u00e9thique<\/em>, (posthume, 1976)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pr\u00e9curseur de l\u2019\u00e9cologie (voire de l\u2019antisp\u00e9cisme), penseur visionnaire salu\u00e9 par son ami Th\u00e9odore Monod, respectueux de toutes les vies, accueillant les chats dans son h\u00f4pital de Lambar\u00e9n\u00e9, h\u00e9sitant \u00e0 tuer les moustiques et s\u2019enchantant du spectacle de la nature sous toutes ses formes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Celui qui, devant un tableau repr\u00e9sentant un paysage de bruy\u00e8re, n\u2019entend pas la vague musique du bourdonnement des abeilles, ne sait pas voir\u00a0; de m\u00eame que celui pour lequel la musique n\u2019\u00e9voque aucune vision, ne sait pas entendre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Albert <span class=\"caps\">SCHWEITZER<\/span> (1875-1965), <em>Respect et responsabilit\u00e9 pour la vie<\/em> (recueil de textes, posthume, 2019)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il fut le premier \u00e0 utiliser la formule du \u00ab\u00a0respect de la vie\u00a0\u00bb pour fonder une \u00e9thique qu\u2019il voulait \u00e9l\u00e9mentaire et universelle\u00a0: \u00ab\u00a0Le respect de notre propre vie et de celle des autres sont deux choses absolument ins\u00e9parables, telle est la prise de conscience qui devrait s\u2019imposer de fa\u00e7on claire et imm\u00e9diate \u00e0 chacun d\u2019entre nous.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Th\u00e9odore Monod pr\u00e9sentait son ami Schweitzer, \u00ab\u00a0tour \u00e0 tour musicien, th\u00e9ologien, penseur et m\u00e9decin\u2026 l\u2019un de ces hommes qui aujourd\u2019hui emp\u00eachent quand m\u00eame de d\u00e9sesp\u00e9rer tout \u00e0 fait de l\u2019humanit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le bonheur est la seule chose qui se double si on le partage.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Albert <span class=\"caps\">SCHWEITZER<\/span> (1875-1965), <em>Respect et responsabilit\u00e9 pour la vie<\/em> (recueil de textes, posthume, 2019)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette phrase toute simple pourrait \u00eatre la cl\u00e9 du bonheur.<\/p>\n<p>Pour finir, voici un floril\u00e8ge de citations \u00e0 m\u00e9diter ou \u00e0 partager\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il y a deux moyens d\u2019oublier les tracas de la vie\u00a0: la musique et les chats.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0L\u2019enfant qui sait se pencher sur l\u2019animal souffrant saura un jour tendre la main \u00e0 son fr\u00e8re.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0L\u2019id\u00e9al est pour nous ce qu\u2019est une \u00e9toile pour le marin. Il ne peut \u00eatre atteint, mais il demeure un guide.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0La trag\u00e9die de la vie est ce qui meurt \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un homme pendant qu\u2019il vit.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0L\u2019humanit\u00e9 consiste dans le fait qu\u2019aucun homme n\u2019est sacrifi\u00e9 \u00e0 un objectif.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0La v\u00e9rit\u00e9 n\u2019a pas d\u2019heure, elle est de tous les temps, pr\u00e9cis\u00e9ment lorsqu\u2019elle nous para\u00eet inopportune.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Les gouvernements s\u2019entendent lorsque les peuples les obligent \u00e0 s\u2019entendre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 Depuis 1901, six domaines sont r\u00e9compens\u00e9s&nbsp;: Prix Nobel de la paix (10 laur\u00e9ats fran\u00e7ais), de litt\u00e9rature (15), de physique (17), de chimie (10), de physiologie ou m\u00e9decine (13), d&#8217;\u00e9conomie (4). Au total 69 laur\u00e9at(e)s.Les femmes sont tr\u00e8s sous-repr\u00e9sent\u00e9es, mais bien pr\u00e9sentes dans la famille Curie qui bat tous les records, au fil d\u2019une saga [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":32,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-9820","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-edito-de-la-semaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9820","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9820"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9820\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12588,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9820\/revisions\/12588"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9820"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9820"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9820"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}