{"id":9838,"date":"2026-02-16T00:10:00","date_gmt":"2026-02-15T23:10:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/portrait-de-louis-xviii-en-citations\/"},"modified":"2026-02-16T08:14:37","modified_gmt":"2026-02-16T07:14:37","slug":"portrait-de-louis-xviii-en-citations","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/portrait-de-louis-xviii-en-citations\/","title":{"rendered":"Portrait de Louis XVIII en citations"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> poss\u00e8de une qualit\u00e9 rare chez nos souverains\u00a0: le sens de l\u2019humour. <br>Mais il souffre d\u2019un handicap majeur, la goutte\u00a0!<br>Podagre et afflig\u00e9 d\u2019un physique ingrat, cible des nouvelles caricatures de presse, il doit succ\u00e9der \u00e0 Napol\u00e9on, grand premier r\u00f4le historique et incroyablement m\u00e9diatique. <br>Il lui faut \u00e9galement se situer en tant que roi par rapport \u00e0 la R\u00e9volution qui a ex\u00e9cut\u00e9 son fr\u00e8re Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span> et instaur\u00e9 la Premi\u00e8re R\u00e9publique en France. Lourde t\u00e2che\u00a0! <\/p>\n<p>Apr\u00e8s un exil de 23 ans et un acharnement hors du commun pour rattraper le fil de l\u2019Histoire sinon le temps perdu, Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> est de retour en France pour la Restauration (1814) avec un sage programme\u00a0: \u00ab\u00a0l\u2019Ancien R\u00e9gime moins les abus\u00a0\u00bb. <br>\u00c9preuve inattendue et m\u00eame unique dans les annales historiques, les Cent-Jours\u00a0: ce come-back de Napol\u00e9on entra\u00eene un second exil, nouvelle source d\u2019humiliation.<br>Autre contretemps d\u2019ailleurs pr\u00e9visible, son fr\u00e8re le futur Charles X va se r\u00e9v\u00e9ler le pire handicap, plus ultra que la cour des ultraroyalistes, \u00e9migr\u00e9s de retour en France et souvent plus royalistes que le roi.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 tous ces handicaps, avec le sens de l\u2019Histoire et la conscience de son destin, Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> fera son m\u00e9tier de roi \u2013 dernier de la liste mort \u00e0 la t\u00e2che. Ses deux successeurs (Charles X et Louis-Philippe) seront chass\u00e9s par une nouvelle r\u00e9volution.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto; margin-right: auto;\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-5-70.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<h3>1. Un exil de 23 ans sous la R\u00e9volution et l\u2019Empire de Napol\u00e9on.<\/h3>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pour vous faire une id\u00e9e de son caract\u00e8re, imaginez des boules d\u2019ivoire huil\u00e9es que vous vous efforceriez vainement de faire tenir ensemble.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1201\" class=\"cit-num\">1201<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comte de <span class=\"caps\">PROVENCE<\/span> (1755-1824), futur <span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVIII<\/span>, entretien avec le comte de La Marck. Mirabeau et la cour de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, <em>Revue des deux mondes<\/em>, tome\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span> (1851)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il parle de son fr\u00e8re a\u00een\u00e9, dans les premiers mois de la R\u00e9volution. C\u2019est bien vu\u00a0! Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> \u00e9tait \u00e0 coup s\u00fbr le roi le moins arm\u00e9 pour affronter la tourmente \u00e0 venir.<\/p>\n<p>Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> aura le m\u00eame humour et la m\u00eame clairvoyance pour juger son cadet, le temps venu. D\u2019ores et d\u00e9j\u00e0, le comte d\u2019Artois s\u2019est fait remarquer comme le premier \u00e9migr\u00e9 fuyant la France apr\u00e8s la prise de la Bastille \u2013 le 16 juillet. Depuis ce temps et toujours en exil, il s\u2019agite beaucoup et parcourt l\u2019Europe des cours, multipliant contacts et complots en 25 ans. Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> sera par nature moins hyperactif, mais finalement plus acharn\u00e9 pour retrouver son droit au tr\u00f4ne qu\u2019il juge absolument l\u00e9gitime.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous pouvons assurer le repos de la France. Je dis nous, parce que j\u2019ai besoin de Bonaparte pour cela et qu\u2019il ne le pourrait sans moi. G\u00e9n\u00e9ral, l\u2019Europe vous observe, la gloire vous attend et je suis impatient de rendre la paix \u00e0 mon peuple.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1698\" class=\"cit-num\">1698<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comte de <span class=\"caps\">PROVENCE<\/span> (1755-1824), futur <span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVIII<\/span>, Lettre au Premier Consul, 20\u00a0f\u00e9vrier 1800.<em> La V\u00e9rit\u00e9 sur les Cent-Jours<\/em> (1835), Lucien Bonaparte<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le futur Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> a quitt\u00e9 la France le m\u00eame jour que son fr\u00e8re Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span> (arr\u00eat\u00e9 \u00e0 Varennes le 21 juin 1791).<\/p>\n<p>De ses lieux d\u2019exil successifs, le proscrit cherche l\u2019appui des puissances europ\u00e9ennes contre Bonaparte (et bient\u00f4t Napol\u00e9on). Il forme un r\u00e9seau d\u2019agents royalistes dans le Midi et en Vend\u00e9e, il va soutenir divers complots. Il tente quand m\u00eame sa chance aupr\u00e8s du nouveau ma\u00eetre de la France. Bonaparte trouva fort belle cette lettre, mais il n\u2019y r\u00e9pondra que six mois plus tard\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous ne devez pas souhaiter votre retour en France. Il vous faudrait marcher sur cent mille cadavres [\u2026] Sacrifiez votre int\u00e9r\u00eat au repos et au bonheur de la France. L\u2019Histoire vous en tiendra compte.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1713\" class=\"cit-num\">1713<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), Lettre au comte de Provence, 7\u00a0septembre 1800. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En r\u00e9ponse \u00e0 la lettre du futur Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span>, en date du 20\u00a0f\u00e9vrier dernier. Pour un homme press\u00e9, il a pris le temps de la r\u00e9flexion\u2026 En r\u00e9alit\u00e9, c\u2019\u00e9tait tout r\u00e9fl\u00e9chi. Ce royaliste ne pensant qu\u2019\u00e0 son tr\u00f4ne ne pouvait en rien lui servir et Fouch\u00e9 le ministre de la Police l\u2019informe des multiplies complots ourdis par les deux fr\u00e8res exil\u00e9s, le plus actif sinon le plus intelligent \u00e9tant le comte d\u2019Artois (futur Charles X).<\/p>\n<p>Surnomm\u00e9 le \u00ab\u00a0roi errant\u00a0\u00bb apr\u00e8s la mort de Louis <span class=\"caps\">XVII<\/span> (le petit Dauphin prisonnier du Temple et \u00e2g\u00e9 de 6 ans), d\u00e9poss\u00e9d\u00e9 de tous ses biens et apanages, condamn\u00e9 \u00e0 mort par contumace en France, le futur Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> fait preuve d\u2019une constance et d\u2019un acharnement remarquable. Il parcourt l\u2019Europe peu \u00e0 peu occup\u00e9e par Napol\u00e9on, pri\u00e9 chaque fois par ses pr\u00e9tendus \u00ab\u00a0alli\u00e9s\u00a0\u00bb de quitter les divers pays sous divers pr\u00e9textes\u00a0: la Belgique, l\u2019Italie, la Prusse, la Su\u00e8de, la Pologne\u2026\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Lorsqu\u2019\u00e0 faire \u00e0 tous la loi,<br>Sans cesse je m\u2019applique,<br>Je puis r\u00e9gner, par ma foi\u00a0!<br>Ayant d\u00e9j\u00e0 l\u2019air d\u2019un roi<br>De pique\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1730\" class=\"cit-num\">1730<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Les M\u00e9rites de Bonaparte<\/em>, chanson.<em> Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les royalistes\u00a0ont cru un temps que Bonaparte les aiderait dans leur entreprise de restauration de la monarchie, mais apr\u00e8s le pl\u00e9biscite et le s\u00e9natus-consulte de 1802, ils d\u00e9chantent \u2013\u00a0comme le comte de Provence, pri\u00e9 poliment de rester hors de France \u2013\u00a0et ils chantent en ironisant sur les \u00ab\u00a0m\u00e9rites de Bonaparte\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Un agent du futur Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> constate\u00a0l\u2019\u00e9vidence\u00a0: \u00ab\u00a0Bonaparte continue \u00e0 r\u00e9gner avec une pl\u00e9nitude de pouvoirs que ne d\u00e9ploy\u00e8rent jamais nos rois.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vive le roi\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1796\" class=\"cit-num\">1796<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CADOUDAL<\/span> (1771-1804), mot de la fin, et dernier cri du premier des condamn\u00e9s \u00e0 \u00eatre guillotin\u00e9 place de Gr\u00e8ve, 25\u00a0juin 1804.<em> Georges Cadoudal et les Chouans<\/em> (1998), Patrick Huchet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Et selon d\u2019autres sources, reprenant la devise des insurg\u00e9s vend\u00e9ens dix ans plus t\u00f4t\u00a0: \u00ab\u00a0Mourons pour notre Dieu et notre Roi.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La chouannerie meurt avec lui. Mais dix ans plus tard, le v\u0153u de Cadoudal sera exauc\u00e9, la Restauration ramenant en France le roi Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Jamais nous ne transigerons sur l\u2019h\u00e9ritage de nos p\u00e8res\u00a0; jamais nous n\u2019abandonnerons nos droits. Fran\u00e7ais\u00a0! Nous prenons \u00e0 t\u00e9moin de ce serment le Dieu de saint Louis, celui qui juge les justices\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVIII<\/span> (1755-1824), Correspondance et \u00e9crits politiques de <span class=\"caps\">S.M.<\/span> Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>, <em>Histoire de l\u2019\u00e9migration pendant la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em>, Ernest Daudet (1907)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette proclamation est volontairement dat\u00e9e du 2 d\u00e9cembre 1804, jour du sacre de Napol\u00e9on, acte symbolique nul et non avenu au regard du futur Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> (et son fr\u00e8re le futur Charles X cosigne).<\/p>\n<p>L\u2019adversit\u00e9 va encore s\u2019acharner dix ans sur sa personne par ailleurs handicap\u00e9e (rendu quasiment infirme par la goutte), mais rien ni personne ne le d\u00e9couragera jamais.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ignore les desseins de Dieu sur ma race et sur moi, mais je connais les obligations qu\u2019il m\u2019a impos\u00e9es par le rang o\u00f9 il lui a plu de me faire na\u00eetre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVIII<\/span> (1755-1824) Correspondance et \u00e9crits politiques de <span class=\"caps\">S.M.<\/span> Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>, <em>Histoire de l\u2019\u00e9migration pendant la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em>, Ernest Daudet (1907)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Durant cet exil de 23 ans, il aura connu toutes les humiliations et les trahisons, \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 plusieurs attentats, souffert v\u00e9ritablement de la mis\u00e8re (quand une pension chichement allou\u00e9e lui \u00e9tait soudain retir\u00e9e). Tout cela pour finir en Angleterre\u00a0: il accepte de d\u00e9barquer comme simple particulier sous le nom de comte de L\u2019Isle-Jourdain (que ses contemporains transformeront en \u00ab\u00a0comte de Lille\u00a0\u00bb), promettant de s\u2019abstenir de toute action politique sur le sol britannique.<\/p>\n<p>Au nom de ses droits l\u00e9gitimes ou par la force des choses, cette longue marche s\u2019ach\u00e8vera par son retour en France et son accession au tr\u00f4ne, \u00e0 58 ans.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> ne perdit jamais la pr\u00e9\u00e9minence de son berceau\u00a0; il \u00e9tait roi partout, comme Dieu est Dieu partout, dans une cr\u00e8che ou dans un temple, sur un autel d\u2019or ou d\u2019argile. Jamais son infortune ne lui arracha la plus petite concession\u00a0; sa hauteur croissait en raison de son abaissement\u00a0; son diad\u00e8me \u00e9tait son nom\u00a0; il avait l\u2019air de dire\u00a0: \u2018 Tuez-moi, vous ne tuerez pas les si\u00e8cles \u00e9crits sur mon front.\u2019 Le banni sans soldats se trouvait au bout de toutes les batailles qu\u2019il n\u2019avait pas livr\u00e9es. Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> \u00e9tait la l\u00e9gitimit\u00e9 incarn\u00e9e\u00a0; elle a cess\u00e9 d\u2019\u00eatre visible quand il a disparu.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848), <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On reconna\u00eet le style de notre premier grand romantique\u00a0! C\u2019est surtout l\u2019hommage d\u2019un royaliste au roi qu\u2019il aura bien connu, jusque dans son second exil \u00e0 venir, durant l\u2019incroyable come-back historique des Cent-Jours de Napol\u00e9on qui imposeront \u00e0 Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> un second exil.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto; margin-right: auto;\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-7-53.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<h3>2. Premi\u00e8re Restauration.<\/h3>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019Ancien R\u00e9gime moins les abus.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1893\" class=\"cit-num\">1893<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span>\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> (1755-1824), formule plusieurs fois \u00e9nonc\u00e9e au temps de son exil. <em>Dictionnaire critique de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1992), Fran\u00e7ois Furet, Mona Ozouf<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au temps de son exil et pensant \u00e0 son retour, il r\u00e9p\u00e9tait cette formule magique\u00a0\u00e0 ses yeux\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019Ancien R\u00e9gime moins les abus\u00a0\u00bb.<em> Dictionnaire critique de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1992), Fran\u00e7ois Furet, Mona Ozouf.<\/p>\n<p>Tel sera son programme de roi restaur\u00e9, avec sa devise au retour d\u2019exil\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Union et oubli.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span>\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> (1755-1824), sa devise \u00e0 son retour en France. <em>L\u2019Oubli dans les temps troubl\u00e9s<\/em> (2010), Jean-Michel Rey<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sous-entendu\u00a0: Union des Fran\u00e7ais, oubli de la R\u00e9volution fran\u00e7aise et de Napol\u00e9on. Le roi nie la th\u00e9orie r\u00e9volutionnaire de la souverainet\u00e9 nationale, voire populaire. Mais la r\u00e9alit\u00e9 de son r\u00e8gne sera plus nuanc\u00e9e.<\/p>\n<p>Plus intelligent que son fr\u00e8re, le futur Charles\u00a0X, il a compris le v\u0153u de la France profonde et pensante. Ce courant d\u2019opinion est repr\u00e9sent\u00e9 par les \u00ab\u00a0constitutionnels\u00a0\u00bb, globalement satisfaits de la Charte (constitution) octroy\u00e9e le 4\u00a0juin 1814. Sur l\u2019\u00e9chiquier politique, ces centristes seront pris entre deux feux, deux extr\u00eames\u00a0: les ultras \u2013\u00a0plus royalistes que le roi\u00a0\u2013 qui veulent le retour \u00e0 l\u2019Ancien R\u00e9gime, et les ind\u00e9pendants ou lib\u00e9raux, groupe form\u00e9 de sensibilit\u00e9s diff\u00e9rentes, mais qui rejettent tous le drapeau blanc, la pr\u00e9\u00e9minence du clerg\u00e9 et de la noblesse.<\/p>\n<p>La Restauration se joue dans ce tripartisme dont h\u00e9riteront tous les r\u00e9gimes politiques de la France, jusqu\u2019\u00e0 nos jours et malgr\u00e9 le gaullisme ou le macronisme. Elle va par ailleurs souffrir de la comparaison avec l\u2019\u00e9pop\u00e9e napol\u00e9onienne qui entrera bient\u00f4t dans la l\u00e9gende<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il monta p\u00e9niblement ce tr\u00f4ne que son pr\u00e9d\u00e9cesseur avait eu l\u2019air d\u2019escalader.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1904\" class=\"cit-num\">1904<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles Fran\u00e7ois Marie, comte de <span class=\"caps\">R\u00c9MUSAT<\/span> (1797-1875). M\u00e9moires de ma vie, volume\u00a0I (posthume, 1967), Charles de R\u00e9musat<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Jeune collaborateur au <em>Globe<\/em>, journal d\u2019opposition lib\u00e9rale, le comte de R\u00e9musat est le fils du chambellan de Napol\u00e9on, ralli\u00e9 aux Bourbons \u00e0 la Restauration.<\/p>\n<p>Il constate l\u2019\u00e9vidence, en 1814\u00a0: \u00e0 pr\u00e8s de 60\u00a0ans, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> est podagre (goutteux), autrement dit rhumatisant au dernier degr\u00e9. Il est en outre afflig\u00e9 d\u2019un accent d\u00fb non pas \u00e0 une \u00e9migration prolong\u00e9e,\u00a0 mais \u00e0 une phon\u00e9tique demeur\u00e9e tr\u00e8s Ancien R\u00e9gime, qui \u00f4te toute noblesse \u00e0 sa royale affirmation\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est mou\u00e9 qui suis le rou\u00e9.\u00a0\u00bb Les chansonniers ne vont pas rater \u00ab\u00a0le rou\u00e9\u00a0\u00bb. Le roi sera souvent et m\u00e9chamment brocard\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voulez-vous conna\u00eetre l\u2019histoire<br>D\u2019un gros roi nomm\u00e9 Cotillon\u00a0?<br>Ton ton, ton ton, tontaine, ton ton.<br>Boire, manger, manger et boire,<br>Voil\u00e0 le plaisir de Bourbon<br>Ton ton, tontaine, ton ton.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1905\" class=\"cit-num\">1905<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Voulez-vous conna\u00eetre l\u2019histoire\u00a0?<\/em> (1814), chanson. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Rien moins que 15 couplets pour se moquer du retour du roi et de sa suite. \u00ab\u00a0Il arrive\u00a0: Paris proclame\u00a0\/ Sa bont\u00e9, sa gloire et son nom\u00a0\/ Et le Fran\u00e7ais, le noir dans l\u2019\u00e2me\u00a0\/ A mis du blanc sur son balcon.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Encore n\u2019est-ce que le commencement de la Restauration et Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> ne sera pas le plus impopulaire des deux rois\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis comme les femmes pas tr\u00e8s jolies, que l\u2019on s\u2019efforce d\u2019aimer par raison. Apr\u00e8s tout, c\u2019est encore la n\u00e9cessit\u00e9 qui fait les meilleurs mariages.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1906\" class=\"cit-num\">1906<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVIII<\/span> (1755-1824). <em>Le Calendrier de l\u2019histoire<\/em> (1970), Andr\u00e9 Castelot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce roi est trop lucide pour ignorer qu\u2019il n\u2019est pas aim\u00e9. Son fr\u00e8re, le futur Charles X, n\u2019aura pas cette intelligence de la situation.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019exactitude est la politesse des rois.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1907\" class=\"cit-num\">1907<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVIII<\/span> (1755-1824). <em>M\u00e9moires de Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span><\/em> (1832), \u00c9tienne L\u00e9on Lamothe-Langon (baron de)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le mot est souvent cit\u00e9. D\u2019apr\u00e8s les souvenirs du banquier Jacques Laffitte, c\u2019\u00e9tait la phrase favorite du roi. Il a lui-m\u00eame attendu plus de vingt ans apr\u00e8s la mort de son royal fr\u00e8re (Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span>), pour r\u00e9gner \u00e0 son tour.<\/p>\n<p>Cas de force majeure, Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> fera encore attendre quelques jours la France, ratant son rendez-vous avec l\u2019Histoire, clou\u00e9 \u00e0 Calais par une crise de goutte le 12\u00a0avril 1814.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Rien n\u2019est chang\u00e9 en France, il n\u2019y a qu\u2019un Fran\u00e7ais de plus\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1912\" class=\"cit-num\">1912<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comte d\u2019<span class=\"caps\">ARTOIS<\/span>, et futur Charles\u00a0X (1757-1836), D\u00e9claration du 12\u00a0avril 1814.<em> M\u00e9moires et Correspondance du Prince de Talleyrand<\/em> (posthume, 1891)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fringant et rayonnant, escort\u00e9 de 600 gardes nationaux, ovationn\u00e9 par les Parisiens, il fait son entr\u00e9e dans Paris et regagne le palais des Tuileries d\u2019o\u00f9 la R\u00e9volution le chassa \u2013 il fut le premier \u00e9migr\u00e9 c\u00e9l\u00e8bre de l\u2019histoire, le 16\u00a0juillet 1789.<\/p>\n<p>Cette phrase est assez floue et minimaliste pour rassurer la France en \u00e9tat de choc. Elle minore l\u2019\u00e9v\u00e9nement, la restauration de la monarchie, \u00e0 moins qu\u2019elle n\u2019occulte \u00e0 la fois la R\u00e9volution et l\u2019Empire.<\/p>\n<p>Talleyrand raconte dans ses <em>M\u00e9moires<\/em> comment le pr\u00e9fet Beugnot et le chancelier Pasquier finirent par accoucher du Mot historique qu\u2019il envoya lui-m\u00eame au <em>Moniteur<\/em> (journal officiel), en annon\u00e7ant la rentr\u00e9e du comte d\u2019Artois. Le mot plut beaucoup \u00e0 Paris, et \u00ab\u00a0\u00e0 force de l\u2019entendre r\u00e9p\u00e9ter et admirer, le comte d\u2019Artois finit par \u00eatre sinc\u00e8rement persuad\u00e9 qu\u2019il l\u2019avait dit.\u00a0\u00bb Cependant que le roi Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> est \u00e0 Calais, condamn\u00e9 par une crise de goutte \u00e0 diff\u00e9rer son d\u00e9barquement du bateau venu d\u2019Angleterre\u00a0!<\/p>\n<p>Ce mot fait aussi \u00e9cho au dicton cruel, \u00e9voquant l\u2019abdication de l\u2019empereur\u00a0: \u00ab\u00a0Bient\u00f4t, il n\u2019y aura en France qu\u2019un Fran\u00e7ais de moins.\u00a0\u00bb Et le soir m\u00eame, 12\u00a0avril, \u00e0 Fontainebleau, Napol\u00e9on tente de se suicider.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> d\u00e9clara que ma brochure lui avait plus profit\u00e9 qu\u2019une arm\u00e9e de cent mille hommes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1915\" class=\"cit-num\">1915<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848), <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans son pamphlet <em>De Buonaparte et des Bourbons<\/em>, publi\u00e9 \u00e0 l\u2019extr\u00eame fin de l\u2019Empire (le 5\u00a0avril\u00a01814), l\u2019auteur explique qu\u2019apr\u00e8s le d\u00e9sastre dont Napol\u00e9on est cause, il n\u2019est point d\u2019autre salut pour la France que la restauration de la monarchie. Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> reconna\u00eetra ce qu\u2019il lui doit, mais n\u2019aimera jamais ce romantique trop plein d\u2019orgueil et d\u2019ambition qui va bient\u00f4t basculer dans l\u2019opposition \u2013 sa vraie nature.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On veut de l\u2019ancien.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1916\" class=\"cit-num\">1916<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comte de <span class=\"caps\">BEUGNOT<\/span> (1761-1835), mai\u00a01814. <em>Histoire de la France contemporaine, 1789-1980<\/em> (1979), Jean-Paul Bertaud, Jean Elleinstein<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est un peu court\u00a0: Jacques Beugnot, apr\u00e8s une longue carri\u00e8re politique (d\u00e9put\u00e9 sous la R\u00e9volution, pr\u00e9fet sous le Consulat et ministre sous l\u2019Empire), s\u2019est ralli\u00e9 aux Bourbons et se retrouve ministre de l\u2019Int\u00e9rieur de Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>. En fait, le comte simplifie la situation. La France ne veut pas le retour \u00e0 l\u2019Ancien R\u00e9gime et n\u2019oublie pas le Code civil, ni certaines libert\u00e9s qu\u2019elle doit \u00e0 la R\u00e9volution.<\/p>\n<p>Plus juste est le t\u00e9moignage de la comtesse de Boigne\u00a0: \u00ab\u00a0Il n\u2019y a jamais eu un moment o\u00f9 le sentiment patriotique e\u00fbt moins de force en France [\u2026] Le pays \u00e9tait si d\u00e9go\u00fbt\u00e9, si fatigu\u00e9, si affam\u00e9 de tranquillit\u00e9, si rassasi\u00e9 de gloire qu\u2019il avait compl\u00e8tement fait scission avec l\u2019empereur et ne demandait que la s\u00e9curit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La Charte, pour la plus grande partie de la nation, avait l\u2019inconv\u00e9nient d\u2019\u00eatre \u00ab\u00a0octroy\u00e9e\u00a0\u00bb\u00a0: c\u2019\u00e9tait remuer, par ce mot tr\u00e8s inutile, la question br\u00fblante de la souverainet\u00e9 royale ou populaire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1919\" class=\"cit-num\">1919<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848), <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La Charte, octroy\u00e9e aux Fran\u00e7ais par Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> et promulgu\u00e9e le 4\u00a0juin\u00a01814, instaure une monarchie constitutionnelle au prix d\u2019un compromis entre l\u2019Ancien R\u00e9gime restaur\u00e9 et les acquis de la R\u00e9volution et de l\u2019Empire. Seuls, les \u00ab\u00a0constitutionnels\u00a0\u00bb au centre de l\u2019\u00e9chiquier politique l\u2019acceptent. En r\u00e9sum\u00e9, c\u2019est drapeau blanc et Code civil.<\/p>\n<p>\u00c0 c\u00f4t\u00e9 du roi, la nation est repr\u00e9sent\u00e9e par la Chambre des pairs (h\u00e9r\u00e9ditaire et compl\u00e9t\u00e9e par le roi \u00e0 son gr\u00e9) et la Chambre des d\u00e9put\u00e9s (\u00e9lue au suffrage censitaire). Les Chambres n\u2019ont que deux fonctions\u00a0: vote de la loi et contr\u00f4le du budget. Le gouvernement n\u2019est pas responsable devant les Chambres. C\u2019est le roi qui tranche en cas de crise entre le Parlement et les ministres. Il choisit les fonctionnaires, dirige les forces militaires et la politique ext\u00e9rieure, et peut faire \u00ab\u00a0des r\u00e8glements et ordonnances n\u00e9cessaires pour l\u2019ex\u00e9cution des lois et la s\u00fbret\u00e9 de l\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb. C\u2019est dire que face \u00e0 la souverainet\u00e9 royale, la souverainet\u00e9 populaire ne p\u00e8se pas lourd.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le matin, royaliste,<br>Je dis\u00a0: \u00ab\u00a0vive Louis\u00a0!\u00a0\u00bb<br>Le soir, bonapartiste,<br>Pour l\u2019Empereur j\u2019\u00e9cris,<br>Suivant la circonstance,<br>Toujours changeant d\u2019avis,<br>Je mets en \u00e9vidence<br>L\u2019aigle ou la fleur de lys.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1894\" class=\"cit-num\">1894<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>La Girouette<\/em> (1814), chanson anonyme. <em>Histoire secr\u00e8te de Paris<\/em> (1980), Georges Bordonove<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sous-titr\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Couplet d\u00e9di\u00e9 \u00e0 M. Benjamin Constant, ci-devant royaliste, puis conseiller d\u2019\u00c9tat de Bonaparte, et en dernier r\u00e9sultat redevenu royaliste.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Benjamin Constant n\u2019est pas le seul \u00e0 faire preuve d\u2019opportunisme en cette \u00e9poque de changements de r\u00e9gime. Mais le personnage particuli\u00e8rement intelligent, irr\u00e9solu, faible jusqu\u2019\u00e0 la l\u00e2chet\u00e9, romancier de sa propre vie, c\u00e9l\u00e8bre, et brillant orateur, est particuli\u00e8rement en vue. Sous la Restauration, il peut \u00eatre rang\u00e9 dans l\u2019opposition de gauche, comme lib\u00e9ral et monarchiste parlementaire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si cela va sans le dire, cela ira encore mieux en le disant.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1921\" class=\"cit-num\">1921<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), au Congr\u00e8s de Vienne, octobre\u00a01814.<em> L\u2019Europe et la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span> (1908), Albert Sorel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cit\u00e9 en fran\u00e7ais, ce mot figure dans beaucoup de dictionnaires \u00e9trangers.<\/p>\n<p>Diplomate repr\u00e9sentant Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> au Congr\u00e8s de Vienne o\u00f9 se d\u00e9cide le sort de la France (vaincue apr\u00e8s l\u2019Empire), Talleyrand demande qu\u2019on ajoute une pr\u00e9cision \u00e0 un texte. On lui dit\u00a0: \u00ab\u00a0Cela va sans le dire.\u00a0\u00bb D\u2019o\u00f9 la riposte.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Maintenant, Sire, la coalition est dissoute, et elle l\u2019est pour toujours [\u2026] la France n\u2019est plus isol\u00e9e en Europe.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1922\" class=\"cit-num\">1922<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), Lettre \u00e0 Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>, 4\u00a0janvier 1815<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Correspondance in\u00e9dite du prince de Talleyrand et du roi Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> pendant le Congr\u00e8s de Vienne, publi\u00e9e sur les manuscrits conserv\u00e9s au D\u00e9p\u00f4t des Affaires \u00c9trang\u00e8res (1881).<\/p>\n<p>Message venu du congr\u00e8s de Vienne, o\u00f9 Talleyrand, intrigant comme il sait l\u2019\u00eatre et souvent pour le bien de la France, a conclu un trait\u00e9 secret avec l\u2019Autriche et l\u2019Angleterre contre la Prusse et la Russie. C\u2019est un exploit diplomatique\u00a0: le repr\u00e9sentant du pays vaincu a r\u00e9ussi \u00e0 diviser les Alli\u00e9s, \u00e0 limiter les exigences de la Prusse et de la Russie. L\u2019\u00e9pisode des Cent-Jours va ruiner tous ses efforts\u2026 et renvoyer le roi en exil.<\/p>\n<h3>3. Les Cent Jours.<\/h3>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les Bourbons ont commenc\u00e9 par se faire m\u00e9priser et finissent par se faire ha\u00efr.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1923\" class=\"cit-num\">1923<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), \u00e0 Pons de l\u2019H\u00e9rault, 6\u00a0f\u00e9vrier 1815. <em>M\u00e9moire de Pons de l\u2019H\u00e9rault aux puissances alli\u00e9es<\/em> (1899), Andr\u00e9 Pons, L\u00e9on-G. P\u00e9lissier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Bien inform\u00e9, il sait l\u2019opposition bonapartiste qui s\u2019organise en France contre un r\u00e9gime fragile, semble-t-il. Il parle \u00e0 un compagnon de route r\u00e9cemment acquis \u00e0 sa cause et sa personne. Le moment est venu pour le \u00ab\u00a0roi de l\u2019\u00eele d\u2019Elbe\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0Les maux de notre pays me d\u00e9chirent l\u2019\u00e2me, j\u2019en ai perdu le repos. Les v\u0153ux de l\u2019arm\u00e9e me rappellent. L\u2019immense majorit\u00e9 de la nation me d\u00e9sire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il s\u2019embarque sur l\u2019<em>Inconstant<\/em> avec 1\u00a0200 hommes (dont 900 grenadiers), le 26\u00a0f\u00e9vrier.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Fran\u00e7ais\u00a0! [\u2026] j\u2019arrive parmi vous reprendre mes droits qui sont les v\u00f4tres.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1924\" class=\"cit-num\">1924<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), Golfe Juan, Proclamation du 1er\u00a0mars 1815. <em>France militaire\u00a0: histoire des arm\u00e9es fran\u00e7aises de terre et de mer de 1792 \u00e0 1833<\/em> (1838), Abel Hugo<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 peine d\u00e9barqu\u00e9, il parle au pays, et il n\u2019a pas besoin qu\u2019on l\u2019aide \u00e0 trouver les mots\u00a0: \u00ab\u00a0Dans mon exil, j\u2019ai entendu vos plaintes et vos v\u0153ux\u00a0: vous r\u00e9clamiez ce gouvernement de votre choix qui est seul l\u00e9gitime.\u00a0\u00bb Et le fr\u00e8re a\u00een\u00e9 de Victor Hugo reprend le r\u00e9cit de la geste napol\u00e9onienne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0D\u2019sus l\u2019tr\u00f4ne Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> plac\u00e9,<br>Notre Emp\u2019reur que rien n\u2019inqui\u00e8te,<br>Lui dit\u00a0: pour un an j\u2019t\u2019ai laiss\u00e9,<br>Ot\u2019-toi d\u2019l\u00e0 que j\u2019m\u2019y mette\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1925\" class=\"cit-num\">1925<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Ot\u2019-toi d\u2019l\u00e0 que j\u2019m\u2019y mette<\/em>, chanson de 1815. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette chanson sera saisie par la police, apr\u00e8s les Cent-Jours. La censure n\u2019est pas si terrible, mais l\u2019humour de Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> a ses limites et l\u2019humiliation sera grande, durant cent jours.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ils n\u2019ont rien oubli\u00e9, ni rien appris.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1926\" class=\"cit-num\">1926<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), Golfe-Juan, Proclamation du 1er\u00a0mars 1815. <em>Histoire parlementaire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise ou Journal des Assembl\u00e9es nationales<\/em> (1834-1838), <span class=\"caps\">P.J.B.<\/span> Buchez, <span class=\"caps\">P.C.<\/span> Roux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Depuis le peu de mois que les Bourbons r\u00e8gnent, ils vous ont convaincu qu\u2019ils n\u2019ont rien oubli\u00e9, ni rien appris.\u00a0\u00bb Napol\u00e9on reprend la formule de Dumouriez parlant des courtisans qui entourent Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>, le mot \u00e9tant \u00e9galement attribu\u00e9 \u00e0 Talleyrand. Quoi qu\u2019il en soit, il r\u00e9sume parfaitement la mentalit\u00e9 des Bourbons et surtout de leurs partisans, les ultras, plus royalistes que le roi.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019aigle, avec les couleurs nationales, volera de clocher en clocher jusqu\u2019aux tours de Notre-Dame.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1927\" class=\"cit-num\">1927<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), Golfe-Juan, Proclamation du 1er\u00a0mars 1815.<em> Recueil de pi\u00e8ces authentiques sur le captif de Sainte-H\u00e9l\u00e8ne, de m\u00e9moires et documents \u00e9crits par l\u2019empereur Napol\u00e9on<\/em> (1821-1822)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019empereur annonce la couleur d\u00e8s le premier jour, se pose devant l\u2019arm\u00e9e en soldat de la R\u00e9volution et honnit le drapeau blanc de la Charte constitutionnelle\u00a0: \u00ab\u00a0Arrachez ces couleurs que la nation a proscrites, et qui pendant vingt-cinq ans servirent de ralliement \u00e0 tous les ennemis de la France\u00a0! Arborez cette cocarde tricolore\u00a0; vous la portiez dans nos grandes journ\u00e9es [\u2026] Reprenez ces aigles que vous aviez \u00e0 Ulm, \u00e0 Austerlitz, \u00e0 I\u00e9na.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il n\u2019en faut pas plus, pas moins non plus, pour que Napol\u00e9on gagne cet incroyable pari\u00a0: rallier les troupes envoy\u00e9es pour l\u2019arr\u00eater, soulever d\u2019enthousiasme les populations et traverser la France en vingt jours, sous les yeux de l\u2019Europe p\u00e9trifi\u00e9e. Ainsi commence le vol de l\u2019Aigle, sur la route Napol\u00e9on.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La grande mesure d\u00e9cr\u00e9t\u00e9e contre Bonaparte fut un ordre de \u00ab\u00a0courir sus\u00a0\u00bb\u00a0: Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span>, sans jambes, \u00ab\u00a0courir sus\u00a0\u00bb le conqu\u00e9rant qui enjambait la terre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1928\" class=\"cit-num\">1928<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848),<em> M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Quand il \u00e9crit ses <em>M\u00e9moires<\/em>, l\u2019auteur qui s\u2019est ralli\u00e9 \u00e0 la Restauration est pass\u00e9 dans l\u2019opposition, ce qui est sa vraie nature. Quant \u00e0 la France, elle est profond\u00e9ment divis\u00e9e, face \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e9nement. Chaque camp a sa chanson.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Enfin, v\u2019la qu\u2019je r\u2019voyons \u00e0 Paris<br>Ce fils de la victoire\u00a0!<br>L\u2019aigle remplace la fleur de lys,<br>C\u2019est c\u2019qui faut pour sa gloire.<br>De l\u2019\u00eele d\u2019Elbe en quittant le pays,<br>Crac\u00a0! Il se met en route.<br>En vingt jours, il arrive \u00e0 Paris.<br>C\u2019t\u2019homm\u2019-l\u00e0 n\u2019a pas la goutte.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1929\" class=\"cit-num\">1929<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Ot\u2019-toi d\u2019l\u00e0 que j\u2019m\u2019y mette<\/em>, chanson de 1815. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Voil\u00e0 l\u2019un des couplets du chant des partisans, de plus en plus nombreux\u00a0: la magie imp\u00e9riale agit encore. Cependant qu\u2019\u00e0 Paris comme \u00e0 Vienne, la r\u00e9action s\u2019organise.<\/p>\n<p>D\u00e8s que la nouvelle touche la capitale, le 5\u00a0mars 1815, le comte d\u2019Artois prend la route de Lyon. Le<em> Journal des D\u00e9bats<\/em> stigmatise le tra\u00eetre, les anciens compagnons de l\u2019empereur s\u2019appr\u00eatent \u00e0 le combattre, avant de se rallier \u00e0 lui, pour la plupart. Les royalistes n\u2019ont plus que leur voix pour chanter (anonymement)\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est donc revenu cheux nous<br>C\u2019t\u2019homme qu\u2019on croyait si tranquille\u00a0?<br>J\u2019aurions ben pari\u00e9 deux sous<br>Qu\u2019i n\u2019resterait pas dans son \u00eele,<br>Car c\u2019n\u2019est pas un fait nouveau<br>Qu\u2019les enrag\u00e9s n\u2019aimions pas l\u2019iau.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1930\" class=\"cit-num\">1930<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Le Retour de Nicolas<\/em>, chanson de 1815. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est l\u2019une des chansons royalistes qui surnomment Napol\u00e9on \u00ab\u00a0Nicolas\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0Nicod\u00e8me\u00a0\u00bb, autrement dit un sot, en langage de l\u2019\u00e9poque. Mais le futur Charles X ne parvient pas \u00e0 rassembler les r\u00e9giments esp\u00e9r\u00e9s. Quant au congr\u00e8s de Vienne, il ne marche plus, il ne danse plus. Et Talleyrand, le repr\u00e9sentant de Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>, enrage.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cet homme est revenu de l\u2019\u00eele d\u2019Elbe plus fou qu\u2019il n\u2019\u00e9tait parti. Son affaire est r\u00e9gl\u00e9e, il n\u2019en a pas pour quatre mois.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1931\" class=\"cit-num\">1931<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Joseph <span class=\"caps\">FOUCH\u00c9<\/span> (1759-1820), lucide quant \u00e0 l\u2019avenir, mars\u00a01815. <em>1815<\/em> (1893), Henry Houssaye<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Paroles de celui qui va redevenir ministre de la Police sous les Cent-Jours et de nouveau sous la seconde Restauration. Napol\u00e9on conna\u00eet bien les d\u00e9fauts et les qualit\u00e9s de l\u2019homme. Fouch\u00e9 prendra son portefeuille le 21\u00a0mars 1815, en confiant \u00e0 Gaillard (lieutenant g\u00e9n\u00e9ral de police)\u00a0: \u00ab\u00a0Avant trois mois, je serai plus puissant que lui et s\u2019il ne m\u2019a pas fait fusiller, il sera \u00e0 mes genoux [\u2026] Mon premier devoir est de contrarier tous les projets de l\u2019empereur.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Fouch\u00e9 a tort de trahir, mais il a raison de penser ainsi. Le retour de Napol\u00e9on d\u00e9clenche une nouvelle guerre europ\u00e9enne et le second trait\u00e9 de Paris (sign\u00e9 au Congr\u00e8s de Vienne) sera beaucoup moins cl\u00e9ment.<\/p>\n<p>La France n\u2019a aucune chance de gagner, m\u00eame avec ce fabuleux meneur d\u2019hommes et manieur de foules qui veut encore et toujours forcer le destin. C\u2019est l\u2019aventure de trop, c\u2019est aussi la l\u00e9gende. C\u2019est de toute mani\u00e8re l\u2019Histoire, et l\u2019un des \u00e9pisodes les plus \u00e9tonnants.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Soldats du 5e, je suis votre empereur. Reconnaissez-moi. S\u2019il est parmi vous un soldat qui veuille tuer son empereur, me voil\u00e0\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1932\" class=\"cit-num\">1932<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821) ouvrant sa redingote grise et montrant sa poitrine nue aux soldats venus l\u2019arr\u00eater, 7\u00a0mars 1815. <em>1815<\/em> (1893), Henry Houssaye<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La sc\u00e8ne se passe \u00e0 Laffrey, pr\u00e8s de Grenoble. L\u2019officier fid\u00e8le au roi a cri\u00e9 \u00ab\u00a0Feu\u00a0!\u00a0\u00bb \u00e0 ses hommes, Napol\u00e9on a eu ce geste, ce mot. Aucun ne tire, le cri de \u00ab\u00a0Vive l\u2019empereur\u00a0!\u00a0\u00bb r\u00e9pond \u00e0 sa voix, tous les soldats jettent les cocardes blanches et remettent les cocardes tricolores remis\u00e9es dans leur sac, il y a un an. Tous se rallient \u00e0 l\u2019empereur, dans la \u00ab\u00a0prairie de la Rencontre\u00a0\u00bb\u00a0: Stendhal raconte la sc\u00e8ne, Steuben (artiste allemand) la peint et l\u2019immortalise.<\/p>\n<p>Le vol de l\u2019Aigle continue, sur la route Napol\u00e9on, qui m\u00e8ne de Golfe-Juan \u00e0 Grenoble (aujourd\u2019hui <span class=\"caps\">RN<\/span> 85).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ram\u00e8nerai l\u2019usurpateur dans une cage de fer.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1933\" class=\"cit-num\">1933<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mar\u00e9chal <span class=\"caps\">NEY<\/span> (1769-1815), au roi Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span>. <em>Vie du mar\u00e9chal Ney<\/em> (1816), Raymond Balthazar Maizeau<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Surnomm\u00e9 le Brave des braves sous l\u2019Empire, Ney a pouss\u00e9 Napol\u00e9on \u00e0 abdiquer il y a moins d\u2019un an et s\u2019est ralli\u00e9 \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> qui le fit pair de France. Le roi le charge \u00e0 pr\u00e9sent d\u2019arr\u00eater le vol de l\u2019Aigle. Ney en fait le serment. Mais il va c\u00e9der \u00e0 son tour au charisme de l\u2019empereur et se rallier \u00e0 lui avec ses troupes, le 13\u00a0mars.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut tuer Buonaparte comme un chien enrag\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1934\" class=\"cit-num\">1934<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), Congr\u00e8s de Vienne, 12\u00a0mars 1815. <em>Le Roi de Rome<\/em> (1932), Octave Aubry<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Napol\u00e9on a boulevers\u00e9 le bon ordre du Congr\u00e8s et mis le ministre fran\u00e7ais dans une situation d\u00e9licate, si habile que soit notre diplomate, \u00e0 60\u00a0ans.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0[Napol\u00e9on d\u00e9clar\u00e9] hors des relations civiles et sociales et livr\u00e9 \u00e0 la vindicte publique comme ennemi et perturbateur du monde.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1935\" class=\"cit-num\">1935<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Les souverains alli\u00e9s, Congr\u00e8s de Vienne, 13\u00a0mars 1815. <em>Le Moniteur universel<\/em> (1815)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les souverains pr\u00e9sents au Congr\u00e8s de Vienne \u2013\u00a0Fran\u00e7ois Ier l\u2019empereur d\u2019Autriche (beau-p\u00e8re de Napol\u00e9on), le tsar Alexandre de Russie, le roi de Prusse Fr\u00e9d\u00e9ric-Guillaume <span class=\"caps\">III<\/span>\u00a0\u2013 sont unanimes \u00e0 mettre Napol\u00e9on hors-la-loi. Cependant que Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> \u00e0 Paris tient encore \u00e0 son tr\u00f4ne et joue son r\u00f4le.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai travaill\u00e9 au bonheur de mon peuple. Pourrais-je, \u00e0 soixante ans, mieux terminer ma carri\u00e8re qu\u2019en mourant pour sa d\u00e9fense\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1936\" class=\"cit-num\">1936<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVIII<\/span> (1755-1824), \u00e0 la Chambre des d\u00e9put\u00e9s, s\u00e9ance du 16\u00a0mars\u00a01815. <em>Histoire de la Restauration et des causes qui ont amen\u00e9 la chute de la branche a\u00een\u00e9e des Bourbons<\/em> (1843), Jean-Baptiste Honor\u00e9 Raymond Capefigue<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le discours du roi figure dans toutes les histoires de cette p\u00e9riode agit\u00e9e. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> semble pr\u00eat au sacrifice supr\u00eame pour la Charte qui le fait roi de France. Le comte d\u2019Artois soutient sa r\u00e9solution, les deux fr\u00e8res s\u2019embrassent, unis dans l\u2019\u00e9preuve. Le roi fait encore acte de r\u00e9sistance\u00a0: \u00ab\u00a0Quoi qu\u2019il arrive, je ne quitterai pas mon fauteuil. La victime sera plus grande que le bourreau.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La s\u00e9ance s\u2019ach\u00e8ve dans le d\u00e9lire, avec le serment du souverain rhumatisant. En r\u00e9alit\u00e9 et en coulisses, le \u00ab\u00a0Roi-fauteuil\u00a0\u00bb pr\u00e9pare sa fuite et met en s\u00fbret\u00e9 les joyaux de la Couronne.<\/p>\n<p>Le soir m\u00eame, il apprend la d\u00e9fection du mar\u00e9chal Ney \u2013 pour lui, trahison. Il fait ses malles, mais le secret doit \u00eatre gard\u00e9. Le 19\u00a0mars, un courrier lui annonce que Napol\u00e9on est \u00e0 Auxerre et marche sur Paris. C\u2019est le commencement de la fin de sa (premi\u00e8re) Restauration\u00a0: \u00ab\u00a0Je vois que tout est fini [\u2026] Je suis r\u00e9solu \u00e0 partir.\u00a0\u00bb Le soir, il part pour la Belgique. D\u00e9part piteux, pitoyable. Cette fois, il perd la face.<\/p>\n<p>Napol\u00e9on entre \u00e0 Paris, arrive aux Tuileries, dans la nuit. Les cris de \u00ab\u00a0Vive l\u2019empereur\u00a0\u00bb se m\u00ealent aux injures contre les Bourbons.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce diable d\u2019homme m\u2019a g\u00e2t\u00e9 la France.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1937\" class=\"cit-num\">1937<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821). <em>Napol\u00e9on<\/em> (1969), Georges Lef\u00e8bvre<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 peine install\u00e9 au ch\u00e2teau des Tuileries, le 20\u00a0mars 1815, il enrage contre Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>, se trouvant assailli de libelles demandant des garanties constitutionnelles, comme le roi fut forc\u00e9 d\u2019en accorder \u2013 un exemple plaisant, le publiciste Genoud insistant pour que sa lettre d\u2019anoblissement mentionne bien une particule devant son nom. R\u00e9ponse de <span class=\"caps\">XVIII<\/span>\u00a0: \u00ab\u00a0Eh bien\u00a0! puisqu\u2019il veut tant une particule, on va lui en mettre une devant, et une derri\u00e8re\u00a0!\u00a0\u00bb et le solliciteur se fit anoblir sous le nom de \u00ab\u00a0Monsieur de Genoude\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La l\u00e9gitimit\u00e9 gisait en d\u00e9p\u00f4t \u00e0 l\u2019h\u00f4tel d\u2019Hane de Steenhuyse comme un vieux fourgon bris\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1938\" class=\"cit-num\">1938<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848), <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019auteur des <em>M\u00e9moires<\/em> est nomm\u00e9 ministre de l\u2019Int\u00e9rieur par Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> r\u00e9fugi\u00e9 \u00e0 Gand \u2013Talleyrand a su l\u2019emp\u00eacher de fuir plus loin. Le roi a constitu\u00e9 un gouvernement en exil. Selon le duc de Castries, Chateaubriand devient vite \u00e0 lui seul tout le gouvernement, mais n\u2019est pas dupe. La situation est assez ridicule, en ce d\u00e9but du mois d\u2019avril\u00a01815.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ces gens-ci recommencent \u00e0 dire des b\u00eatises, en attendant qu\u2019ils puissent en faire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1939\" class=\"cit-num\">1939<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Baron <span class=\"caps\">LOUIS<\/span> (1755-1837), mai\u00a01815. <em>M\u00e9moires du comte Beugnot, ancien ministre, 1783-1815<\/em> (1866), Jacques-Claude Beugnot (comte)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ministre des Finances de Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> en exil, le baron parle des \u00e9migr\u00e9s qui s\u2019agitent en Belgique. L\u2019\u00e9pisode des Cent-Jours montrant un pays si pr\u00eat \u00e0 changer de r\u00e9gime ne leur servira m\u00eame pas de le\u00e7on.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tout le camp sommeille,<br>Le g\u00e9n\u00e9ral veille [\u2026]<br>Son \u0153il embrasse<br>Le vaste espace<br>Et sa main trace<br>L\u2019arr\u00eat du Destin.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1942\" class=\"cit-num\">1942<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Eug\u00e8ne de <span class=\"caps\">PRADEL<\/span> (1784-\u00a01857), <em>La Bataille de Waterloo,<\/em> chanson. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>R\u00e9cit chant\u00e9 de 19 couplets, dat\u00e9 de 1821, sous-titr\u00e9 Souvenirs d\u2019un vieux militaire.<\/p>\n<p>Ce 18\u00a0juin 1815 va inspirer bien des vers, des pages, des pens\u00e9es, rendant \u00e0 jamais c\u00e9l\u00e8bre cette petite commune de Belgique\u00a0: Waterloo. L\u2019arm\u00e9e imp\u00e9riale se d\u00e9bande pour la premi\u00e8re fois. C\u2019est la fin de l\u2019\u00e9pop\u00e9e napol\u00e9onienne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ma vie politique est termin\u00e9e. Je proclame mon fils, sous le nom de Napol\u00e9on <span class=\"caps\">II<\/span>, empereur des Fran\u00e7ais.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1951\" class=\"cit-num\">1951<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), 22\u00a0juin 1815. <em>Dictionnaire des sciences politiques et sociales<\/em> (1855), Auguste Ott<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il abdique une seconde fois, mais cette fois en faveur de son fils. Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> est reconnu empereur le 23\u00a0juin par les Chambres des Cent-Jours. Non sans tumulte\u00a0! Et avec un argument juridique \u00e9tonnant\u00a0: dans le cas contraire, l\u2019abdication serait nulle et Napol\u00e9on pourrait repartir en guerre avec 50\u00a0000 hommes\u2026<\/p>\n<p>Les Alli\u00e9s veulent surtout se d\u00e9barrasser de lui, d\u00e9finitivement. Le vaincu se rend aux Anglais et c\u2019est la d\u00e9portation dans l\u2019\u00eele de Sainte-H\u00e9l\u00e8ne, \u00e0 1\u00a0900\u00a0km en plein oc\u00e9an Atlantique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Rendez-nous notre p\u00e8re de Gand,<br>Rendez-nous notre p\u00e8re\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1952\" class=\"cit-num\">1952<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Notre p\u00e8re de Gand<\/em>, chanson. <em>Chansonnier royal ou passe-temps des bons Fran\u00e7ais<\/em> (1815), Dentu \u00e9d<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette chanson royaliste rappelle de ses v\u0153ux Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>. Chass\u00e9 par le retour de Napol\u00e9on, il a voulu repartir pour l\u2019Angleterre. Fin mars 1815, il fallut l\u2019autorit\u00e9 d\u2019un Talleyrand et du Congr\u00e8s de Vienne pour le convaincre de s\u2019arr\u00eater \u00e0 Gand, en Belgique. \u00ab\u00a0Notre p\u00e8re de Gand\u00a0\u00bb sera souvent surnomm\u00e9 \u00ab\u00a0notre paire de gants\u00a0\u00bb et tourn\u00e9 en d\u00e9rision par les autres partis.<\/p>\n<p>D\u2019autres surnoms l\u2019accableront, le tournant trop facilement en d\u00e9rision. R\u00e9capitulons\u00a0: le Roi fauteuil, Cochon <span class=\"caps\">XVIII<\/span>, le Gros Dado, Louis des hu\u00eetres et Louis dix hu\u00eetres\u00a0pour sa voracit\u00e9 bien connue (<em>Oister Louis<\/em> dans certains textes anglais).<\/p>\n<p>Quoiqu\u2019il en soit, c\u2019est surtout l\u2019humiliation des Cent-Jours qui p\u00e8sera le plus lourd sur ce roi malmen\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tout \u00e0 coup, une porte s\u2019ouvre\u00a0: entre silencieusement le vice appuy\u00e9 sur le bras du crime, Monsieur de Talleyrand soutenu par Monsieur Fouch\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1953\" class=\"cit-num\">1953<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848), <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Arrivant \u00e0 Saint-Denis pour y retrouver Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> rentr\u00e9 en France, il aper\u00e7oit Talleyrand et Fouch\u00e9 venus se rallier au roi. Il d\u00e9crit l\u2019effet que lui causa cette entr\u00e9e des deux hommes allant se pr\u00e9senter, ce 7\u00a0juillet 1815, \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> qui leur rendra leurs portefeuilles \u2013 Affaires \u00e9trang\u00e8res et Police. \u00ab\u00a0La vision infernale passe lentement devant moi, p\u00e9n\u00e8tre dans le cabinet du roi et dispara\u00eet. Fouch\u00e9 venait jurer foi et hommage \u00e0 son seigneur\u00a0; le f\u00e9al r\u00e9gicide, \u00e0 genoux, mit les mains qui firent tomber la t\u00eate de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> entre les mains du fr\u00e8re du roi martyr\u00a0; l\u2019\u00e9v\u00eaque apostat fut caution du serment.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le plus grand auteur de sa g\u00e9n\u00e9ration est lui-m\u00eame ministre sous les Cent-Jours. L\u2019ann\u00e9e suivante, ray\u00e9 de la liste des ministres d\u2019\u00c9tat, il perd sa pension. Parce que, dit-il, \u00ab\u00a0je m\u2019\u00e9levais contre l\u2019\u00e9tablissement d\u2019un ministre de la Police g\u00e9n\u00e9rale dans un pays constitutionnel\u00a0\u00bb. Le poste va rester, mais Fouch\u00e9 le perd en 1816, pour devenir un proscrit, exil\u00e9 en tant que r\u00e9gicide (d\u00e9put\u00e9 de la Convention, il a vot\u00e9 la mort de Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span>). Quant \u00e0 Talleyrand, honni des ultras comme des lib\u00e9raux, il n\u2019aura pratiquement plus aucun r\u00f4le politique sous la seconde Restauration.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sire, cent jours se sont \u00e9coul\u00e9s\u2026\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1955\" class=\"cit-num\">1955<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comte de <span class=\"caps\">CHABROL<\/span> (1773-1843), pr\u00e9fet de la Seine, accueillant Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span>, 8\u00a0juillet 1815.<em> L\u2019\u00c9pop\u00e9e imp\u00e9riale, d\u2019Ajaccio \u00e0 Sainte-H\u00e9l\u00e8ne<\/em> (1865), Jules Maz\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le comte Gilbert-Joseph-Gaspard Chabrol de Volvic attend \u00e0 la barri\u00e8re Saint-Denis le roi qui rentre dans sa \u00ab\u00a0bonne ville de Paris\u00a0\u00bb, et lui fait cette adresse\u00a0: \u00ab\u00a0Sire, cent jours se sont \u00e9coul\u00e9s depuis le moment fatal o\u00f9 Votre Majest\u00e9, forc\u00e9e de s\u2019arracher \u00e0 ses affections les plus ch\u00e8res, quitta sa capitale au milieu des larmes et de la consternation publique\u2026\u00a0\u00bb Etc., etc.<\/p>\n<p>Premier paradoxe\u00a0: l\u2019expression appara\u00eet le jour m\u00eame o\u00f9 s\u2019ach\u00e8ve la p\u00e9riode des Cent-Jours. Elle est toujours utilis\u00e9e, y compris par les historiens. Second paradoxe\u00a0: il y a erreur de calcul. Le roi a fui le 20\u00a0mars, et cent neuf jours se sont donc \u00e9coul\u00e9s depuis le moment fatal o\u00f9\u2026 Les mots d\u2019histoire ne font pas toujours bon m\u00e9nage avec les chiffres. Mais si le mot est bon, qu\u2019importe si le calcul ne l\u2019est pas.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mais au contraire, j\u2019ai plaisir \u00e0 marcher dessus.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1956\" class=\"cit-num\">1956<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVIII<\/span> (1755-1824), aux chambellans qui s\u2019excusent, 8\u00a0juillet 1815. <em>L\u2019Esprit de tout le monde<\/em> (1893), Lor\u00e9dan Larchey<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le roi est revenu si pr\u00e9cipitamment pour cette \u00ab\u00a0seconde entr\u00e9e triomphale\u00a0\u00bb que les chambellans du ch\u00e2teau des Tuileries n\u2019ont pas eu le temps d\u2019enlever les tapis sem\u00e9s d\u2019abeilles et d\u2019aigles, symboles de l\u2019Empire. Ils s\u2019en excusent. Mais ce jour-l\u00e0, tout fait bonheur \u00e0 Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> qui retrouve son humour.<\/p>\n<h3>4. Enfin roi, malgr\u00e9 les handicaps\u2026<\/h3>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous vous plaignez d\u2019un roi sans jambes, vous verrez ce que c\u2019est qu\u2019un roi sans t\u00eate.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1908\" class=\"cit-num\">1908<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span>\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> (1755-1824), qui ne conna\u00eet que trop bien son fr\u00e8re, le comte d\u2019Artois. <em>Encyclop\u00e9die des mots historiques<\/em>, Historama (1970)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019humour royal s\u2019applique ici \u00e0 la fratrie. Rendu quasi infirme par la goutte \u00e0 la fin de sa vie, le roi parle en m\u00eame temps du futur Charles\u00a0X. \u00c0 57\u00a0ans, il garde l\u2019allure d\u2019un jeune homme et monte royalement \u00e0 cheval. Malgr\u00e9 cette s\u00e9duction naturelle, il se fera d\u00e9tester.<\/p>\n<p>D\u00e9j\u00e0 impopulaire sous l\u2019Ancien R\u00e9gime, il se faisait remarquer par sa conduite l\u00e9g\u00e8re et ses folles d\u00e9penses, \u00e0 l\u2019image de sa belle-s\u0153ur Marie-Antoinette. De retour en France apr\u00e8s vingt-cinq ans d\u2019exil, il accumulera les erreurs politiques, sous cette Restauration malgr\u00e9 tout fragile.<\/p>\n<p>Il passe son temps entre la chasse, sa passion, et la religion \u2013 il deviendra d\u00e9vot, faisant le v\u0153u de chastet\u00e9 perp\u00e9tuelle en 1804, \u00e0 la mort d\u2019une ma\u00eetresse, Louise d\u2019Esparb\u00e8s, grand amour de sa vie. Feignant de se d\u00e9sint\u00e9resser des affaires du royaume, il est en r\u00e9alit\u00e9 le chef (occulte) du parti royaliste (ultra).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cette Chambre, que dans les premiers temps le roi qualifia d\u2019introuvable, se montra folle, exag\u00e9r\u00e9e, ignorante, passionn\u00e9e, r\u00e9actionnaire, domin\u00e9e par des int\u00e9r\u00eats de caste.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1963\" class=\"cit-num\">1963<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comtesse de <span class=\"caps\">BOIGNE<\/span> (1781-1866), <em>M\u00e9moires<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Charlotte Louise Ad\u00e9la\u00efde d\u2019Osmont aura v\u00e9cu sous onze r\u00e8gnes et r\u00e9gimes diff\u00e9rents, tenant salon sous la Restauration et la Monarchie de Juillet, \u00e9poques appr\u00e9ci\u00e9es par cette royaliste lib\u00e9rale. Quant au qualificatif d\u2019\u00ab\u00a0introuvable\u00a0\u00bb, il est pass\u00e9 dans l\u2019histoire.<\/p>\n<p>Les \u00e9lections des 14 et 21\u00a0ao\u00fbt 1815 font \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> ce cadeau empoisonn\u00e9 d\u2019une assembl\u00e9e plus royaliste que le roi. Avec 350 d\u00e9put\u00e9s ultras sur 402, cette fameuse Chambre n\u2019est d\u2019ailleurs pas si \u00ab\u00a0introuvable\u00a0\u00bb\u00a0: elle sera \u00ab\u00a0retrouv\u00e9e\u00a0\u00bb lors de prochaines \u00e9lections.<\/p>\n<p>La raison en est simple\u00a0: l\u2019\u00e9troitesse du pays l\u00e9gal par rapport au pays r\u00e9el. Le r\u00e9gime censitaire donne le droit de vote aux hommes de plus de 30\u00a0ans, payant au moins 300\u00a0francs d\u2019imp\u00f4ts directs. Soit 110\u00a0000 \u00e9lecteurs sur 9\u00a0millions d\u2019adultes en 1817, avec 80\u00a0% de propri\u00e9taires fonciers. Pour \u00eatre d\u00e9put\u00e9, il faut avoir au moins 40\u00a0ans et payer 1\u00a0000\u00a0francs d\u2019imp\u00f4ts directs\u00a0: 15\u00a0000 Fran\u00e7ais seulement sont \u00e9ligibles.<\/p>\n<p>Cette Chambre royaliste qui ne repr\u00e9sente que ses int\u00e9r\u00eats s\u2019oppose aux ministres mod\u00e9r\u00e9s, les emp\u00eache de gouverner et provoque la seconde Terreur blanche de notre histoire. La haine des royalistes contre les hommes de la R\u00e9volution et de l\u2019Empire est encore exasp\u00e9r\u00e9e apr\u00e8s les Cent-Jours. \u00ab\u00a0Ils finiraient par m\u2019\u00e9purer moi-m\u00eame\u00a0!\u00a0\u00bb dit Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> avec son humour royal. Mais le tsar de Russie menace de laisser ses troupes d\u2019occupation en France, si le roi ne renvoie pas de tels d\u00e9put\u00e9s\u00a0! D\u2019o\u00f9 la dissolution du 5\u00a0septembre 1816.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 moi, mes ch\u00e2telains,<br>Vassaux, chassez-moi ces vilains\u00a0!<br>C\u2019est moi, dit-il, c\u2019est moi<br>Qui seul ait ramen\u00e9 le Roi\u00a0! [\u2026]<br>Chapeau bas\u00a0!<br>Gloire au marquis de Carabas.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1896\" class=\"cit-num\">1896<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">B\u00c9RANGER<\/span> (1780-1857), <em>Le Marquis de Carabas<\/em>, chanson de 1816.<em> Po\u00e9sies r\u00e9volutionnaires et contre-r\u00e9volutionnaires<\/em> (1821), \u00c0 la Librairie historique, \u00e9d<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>B\u00e9ranger, prompt \u00e0 saisir la rumeur publique comme tout bon chansonnier, d\u00e9nonce la morgue des \u00e9migr\u00e9s de retour (sur l\u2019air du roi Dagobert). Ainsi ce marquis\u00a0: \u00ab\u00a0Son coursier d\u00e9charn\u00e9\u00a0\/ Clopin-clopant l\u2019a ramen\u00e9.\u00a0\u00bb Et s\u2019il m\u00e9prise le peuple, il menace aussi le roi\u00a0: \u00ab\u00a0Mais s\u2019il ne me rend\u00a0\/ Les droits de mon sang\u00a0\/ Avec moi, morbleu\u00a0!\u00a0\/ Il aura beau jeu\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a01817 est l\u2019ann\u00e9e que Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>, avec un certain aplomb royal qui ne manquait pas de fiert\u00e9, qualifiait de vingt-deuxi\u00e8me de son r\u00e8gne.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1966\" class=\"cit-num\">1966<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885),<em> Les Mis\u00e9rables<\/em> (1862)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pour les amateurs de calcul, rappelons que 1817 moins 22 \u00e9gale 1795, date de la mort (officielle) de Louis <span class=\"caps\">XVII<\/span> le dauphin, ann\u00e9e o\u00f9 le comte de Provence en exil fut proclam\u00e9 Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>. Cette fois, le compte est bon.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis du parti que l\u2019on guillotine, et vous \u00eates du parti que l\u2019on pend.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1969\" class=\"cit-num\">1969<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mot d\u2019une grande dame noble et l\u00e9gitimiste \u00e0 Decazes, ministre et conseiller de Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>, janvier\u00a01818. <em>Histoire du gouvernement parlementaire en France<\/em>, 1814-1848, volume\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> (1859), Prosper Duvergier de Hauranne<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les sources \u00e9voquent une \u00ab\u00a0pr\u00e9tendue conversation\u00a0\u00bb, mais cette revendication de l\u2019in\u00e9galit\u00e9 de classes jusque devant la mort refl\u00e8te l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit des ultras qui vivent mal l\u2019exp\u00e9rience lib\u00e9rale voulue par le roi et dont le duc Decazes, royaliste mod\u00e9r\u00e9, est l\u2019instrument.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une opinion ne devient pas criminelle en devenant publique.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1971\" class=\"cit-num\">1971<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comte de <span class=\"caps\">SERRE<\/span> (1776-1824), pr\u00e9ambule des trois lois favorables \u00e0 la libert\u00e9 de la presse, 22\u00a0mars\u00a01819. <em>Guizot pendant la Restauration<\/em> (1923), Charles Hippolyte Pouthas<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les constitutionnels (au centre) sont plus nombreux que les ultraroyalistes. Depuis 1816 et pendant quatre ans, ils ont le pouvoir avec l\u2019agr\u00e9ment du roi. Decazes, ministre de la Police, puis de l\u2019Int\u00e9rieur, dirige en fait le gouvernement avec la confiance de Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> qui l\u2019appelle \u00ab\u00a0mon fils\u00a0\u00bb. Il place ses hommes et le choix est bon, avec le baron Louis aux Finances, le comte de Serre \u00e0 la Justice.<\/p>\n<p>De Serre d\u00e9pose trois lois lib\u00e9rant la presse\u00a0: abolition de la censure et de l\u2019autorisation pr\u00e9alable, r\u00e9duction du nombre des d\u00e9lits, jugements confi\u00e9s \u00e0 un jury populaire (moins s\u00e9v\u00e8re que le juge correctionnel). Il fait partie des constitutionnels dits doctrinaires, redoutant les exc\u00e8s de la d\u00e9mocratie autant que de l\u2019aristocratie, et attach\u00e9s \u00e0 la Charte, rempart \u00e0 la fois contre le peuple et les ultras. La confiance revient, le budget est en \u00e9quilibre. Mais il y a toujours une opposition, ou plut\u00f4t deux\u00a0: \u00e0 gauche et \u00e0 droite. Et les lois de Serre favorisent la presse d\u2019opinion.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La libert\u00e9 de la presse, c\u2019est l\u2019expansion et l\u2019impulsion de la vapeur dans l\u2019ordre intellectuel, force terrible mais vivifiante, qui porte et r\u00e9pand en un clin d\u2019\u0153il les faits et les id\u00e9es sur toute la face de la terre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1972\" class=\"cit-num\">1972<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">GUIZOT<\/span> (1787-1874), <em>M\u00e9moires pour servir \u00e0 l\u2019histoire de mon temps<\/em> (1858-1867)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Guizot entre sur la sc\u00e8ne politique sous la Restauration, tout en faisant \u0153uvre d\u2019historien (de la France et de l\u2019Angleterre). Il a des responsabilit\u00e9s dans le minist\u00e8re Decazes et la m\u00eame \u00e9tiquette de mod\u00e9r\u00e9 que le comte de Serre, tr\u00e8s repr\u00e9sentatif avec son ami Royer-Collard d\u2019une classe de bourgeois instruits et riches, juristes, universitaires, hauts fonctionnaires. Il ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai toujours souhait\u00e9 la presse libre\u00a0; je la crois \u00e0 tout prendre plus utile que nuisible \u00e0 la moralit\u00e9 publique.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mais cette libert\u00e9 d\u2019expression et d\u2019opinion, qui profite surtout \u00e0 leurs adversaires, ulc\u00e8re les ultras de droite qui vont pratiquer la politique du pire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le Roi, dont la sagesse exquise<br>Sait mettre le temps \u00e0 profit,<br>Passe trois heures \u00e0 l\u2019\u00e9glise,<br>Quatre \u00e0 table et quatorze au lit.<br>Restent pour le soin de l\u2019Empire,<br>Trois autres, mais h\u00e9las,<br>Ce temps peut \u00e0 peine suffire<br>Pour \u00f4ter et mettre ses bas.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1973\" class=\"cit-num\">1973<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Le Roi dont la sagesse exquise<\/em>, chanson. <em>La R\u00e9volution de Juillet<\/em> (1972), Jean-Louis Bory<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Malgr\u00e9 les mesures lib\u00e9rales (loi militaire, loi \u00e9lectorale, libert\u00e9 de la presse), malgr\u00e9 une politique \u00e9conomique bien men\u00e9e, le r\u00e9gime a toujours de nombreux opposants, \u00e0 gauche comme \u00e0 droite. Et Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>, le roi podagre, est accus\u00e9 de bien des p\u00e9ch\u00e9s\u00a0: paresse, gourmandise et bigoterie. Les chansonniers s\u2019en donnent \u00e0 c\u0153ur joie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si je ne vous savais pas le plus grand des fous, je vous consid\u00e9rerais comme un sc\u00e9l\u00e9rat\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1977\" class=\"cit-num\">1977<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comte de <span class=\"caps\">VILL\u00c8LE<\/span> (1773-1854), interpellant un d\u00e9put\u00e9 d\u2019extr\u00eame droite qui demande la mise en accusation de Decazes, 14\u00a0f\u00e9vrier 1820. <em>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> et le duc Decazes, 1815-1820<\/em> (1899), Ernest Daudet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Vill\u00e8le, d\u00e9put\u00e9 royaliste, est pourtant le repr\u00e9sentant des ultras. Mais il y a des nuances, m\u00eame dans les extr\u00eames.<\/p>\n<p>Clausel de Coussergues s\u2019est \u00e9lanc\u00e9 \u00e0 la tribune de la Chambre, proposant de porter un acte d\u2019accusation contre Decazes, ministre de l\u2019Int\u00e9rieur, comme complice de l\u2019assassinat du duc de Berry \u2013 h\u00e9ritier de la couronne. Il veut d\u00e9velopper sa proposition. Des protestations couvrent sa voix. Il doit regagner sa place au milieu des hu\u00e9es de ses adversaires et des reproches de ses amis. Vill\u00e8le intervient alors.<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> soutient encore son ministre. Mais sous la pression des ultras et malgr\u00e9 les regrets du roi qui en est litt\u00e9ralement malade, Decazes doit d\u00e9missionner le 20\u00a0f\u00e9vrier.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le pied lui a gliss\u00e9 dans le sang.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1978\" class=\"cit-num\">1978<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848). <em>Causeries du lundi<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1858), Charles-Augustin Sainte-Beuve<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sainte-Beuve, s\u2019exprimant \u00e0 la fois en historien et critique litt\u00e9raire, d\u2019ajouter aussit\u00f4t\u00a0: \u00ab\u00a0Cette parole contre un homme aussi mod\u00e9r\u00e9 que M. Decazes a pu para\u00eetre atroce. Sachons pourtant qu\u2019avec les \u00e9crivains, il faut faire toujours la part de la phrase.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Chateaubriand, opposant en disgr\u00e2ce, se situe (pour l\u2019heure) dans le camp des ultras, persiste et signe\u00a0: \u00ab\u00a0Ceux qui ont assassin\u00e9 Monseigneur le duc de Berry sont ceux qui, depuis quatre ans, \u00e9tablissent dans la monarchie des lois d\u00e9mocratiques [\u2026], ceux qui ont laiss\u00e9 pr\u00eacher dans les journaux la souverainet\u00e9 du peuple, l\u2019insurrection et le meurtre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Apr\u00e8s sa d\u00e9mission, Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> n\u2019abandonne pas son favori\u00a0: il le fait duc fran\u00e7ais (Decazes \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 duc danois, par son mariage) et le nomme ambassadeur \u00e0 Londres. Louvel sera condamn\u00e9 \u00e0 mort le 6\u00a0juin 1820 et guillotin\u00e9 le lendemain. Cela n\u2019apaise en rien les esprits.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le r\u00e8gne du roi est fini, celui de son successeur commence.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1979\" class=\"cit-num\">1979<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duc de <span class=\"caps\">BROGLIE<\/span> (1785-1870), apr\u00e8s la chute du minist\u00e8re Decazes, fin f\u00e9vrier\u00a01820. <em>Le Comte de Serre\u00a0: la politique mod\u00e9r\u00e9e sous la Restauration<\/em> (1879), Charles de Mazade<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est un constitutionnel mod\u00e9r\u00e9 qui s\u2019exprime. Il a compris que c\u2019en est fini de la p\u00e9riode lib\u00e9rale voulue par Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span>\u00a0: les ultras vont avoir le pouvoir, avec \u00e0 leur t\u00eate le futur Charles\u00a0X.<\/p>\n<p>Le duc de Richelieu, rappel\u00e9 \u00e0 la pr\u00e9sidence du Conseil par le roi, prend trois ultras dans son cabinet et tente une r\u00e9action mod\u00e9r\u00e9e face \u00e0 l\u2019opposition lib\u00e9rale\u00a0: suspension des lois de Serre sur la libert\u00e9 de la presse, loi \u00e9lectorale du double vote encore plus \u00e9litiste.<\/p>\n<p>Grand seigneur honn\u00eate, excellent administrateur, Richelieu n\u2019a pas l\u2019art de man\u0153uvrer une assembl\u00e9e et sa politique est bient\u00f4t jug\u00e9e trop mod\u00e9r\u00e9e par les ultras. Vainqueurs aux \u00e9lections de d\u00e9cembre\u00a01820, ils auront d\u00e9finitivement gain de cause, quand le comte de Vill\u00e8le va devenir chef du gouvernement, en d\u00e9cembre\u00a01821.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est n\u00e9, l\u2019enfant du miracle<br>H\u00e9ritier du sang d\u2019un martyr,<br>Il est n\u00e9 d\u2019un tardif oracle,<br>Il est n\u00e9 d\u2019un dernier soupir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1980\" class=\"cit-num\">1980<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alphonse de <span class=\"caps\">LAMARTINE<\/span> (1790-1869), <em>M\u00e9ditations po\u00e9tiques<\/em> (1820)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le po\u00e8te gentilhomme, qui fut un temps dans les gardes du corps de Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> et joue les attach\u00e9s d\u2019ambassade en Italie, salue avec lyrisme la naissance du duc de Bordeaux, le 29\u00a0septembre 1820. Fils posthume du duc de Berry (assassin\u00e9 en f\u00e9vrier) et de la duchesse de Berry Marie-Caroline, il prendra le nom de comte de Chambord et deviendra Henri V pour les royalistes l\u00e9gitimistes. Mais la R\u00e9volution de 1830 va \u00e9liminer la branche des Bourbons au profit des Orl\u00e9ans.<\/p>\n<p>Le peuple, qui se d\u00e9sint\u00e9resse d\u2019une vie politique dont il est exclu au niveau parlementaire, se passionne pour l\u2019\u00e9v\u00e9nement. Les Parisiens vont boire 200\u00a0000 bouteilles de bordeaux en l\u2019honneur de celui qui devrait \u00eatre leur futur roi et ils chantent\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est un gar\u00e7on\u00a0!\u00a0\/ J\u2019ai, dans mon all\u00e9gresse\u00a0\/ Compt\u00e9 deux fois douze coups de canon\u00a0\/ Dans tout Paris on s\u2019agite, on s\u2019empresse\u00a0\/ C\u2019est un gar\u00e7on\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La France reste bien royaliste, m\u00eame si Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>, le \u00ab\u00a0Roi-fauteuil\u00a0\u00bb, n\u2019a jamais r\u00e9ussi \u00e0 devenir \u00ab\u00a0le D\u00e9sir\u00e9\u00a0\u00bb comme il le souhaitait. Feignant de se d\u00e9sint\u00e9resser des affaires du royaume, son fr\u00e8re est en r\u00e9alit\u00e9 le chef (occulte) du parti royaliste (ultra).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Que voulez-vous\u00a0? Il a conspir\u00e9 contre Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, il a conspir\u00e9 contre moi, il conspirera contre lui-m\u00eame.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1986\" class=\"cit-num\">1986<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span>\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> (1755-1824), parlant de son fr\u00e8re au duc de Richelieu, 12\u00a0d\u00e9cembre\u00a01821. <em>Histoire de la Restauration, 1814-1830<\/em> (1882), Ernest Daudet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019humour royal est une vertu rare et Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> est toujours un exemple \u00e0 citer.<\/p>\n<p>Richelieu, chef du gouvernement, est menac\u00e9 par les ultras. Il rappelle au comte d\u2019Artois sa promesse d\u2019aider Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> qui soutient cette politique gouvernementale. D\u2019Artois refuse et Richelieu fait part de sa d\u00e9convenue au roi qui conna\u00eet bien son fr\u00e8re et lui fait cette r\u00e9plique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai du moins la paix du m\u00e9nage.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1987\" class=\"cit-num\">1987<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVIII<\/span> (1755-1824). <em>Histoire des deux Restaurations jusqu\u2019\u00e0 l\u2019av\u00e8nement de Louis-Philippe<\/em> (1856), Achille de Vaulabelle<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Quand Richelieu d\u00e9missionne, le 13\u00a0d\u00e9cembre 1821. Le roi se veut philosophe. Il est surtout trop souffrant pour se battre encore et toujours. Le comte d\u2019Artois est content de voir partir ce constitutionnel trop mod\u00e9r\u00e9 et laisse son royal fr\u00e8re en paix \u2013 pas pour longtemps.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En somme, le roi a voulu voir de son vivant comment cela irait apr\u00e8s sa mort, et il a constitu\u00e9 le premier cabinet de Monsieur\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1988\" class=\"cit-num\">1988<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marquis de <span class=\"caps\">S\u00c9MONVILLE<\/span> (1759-1839). <em>Le Retour \u00e0 la monarchie, 1815-1848<\/em> (1943), Jules Bertaut<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le marquis entra en politique comme jeune r\u00e9volutionnaire, fut diplomate et juriste, et finira en \u00ab\u00a0vieux chat\u00a0\u00bb, aux dires de Talleyrand saluant ainsi sa ruse et son intelligence.<\/p>\n<p>Il prend acte du fait et juge fort bien\u00a0: Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> vient d\u2019accepter le cabinet minist\u00e9riel que lui propose Monsieur, son fr\u00e8re le comte d\u2019Artois. Vill\u00e8le en est le chef et il n\u2019y aura plus que des ultras au pouvoir, du 14\u00a0d\u00e9cembre 1821 jusqu\u2019en janvier\u00a01828.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il ne se remue pas et cependant, je m\u2019aper\u00e7ois qu\u2019il chemine.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1989\" class=\"cit-num\">1989<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVIII<\/span> (1755-1824). <em>Histoire de Louis-Philippe, roi des Fran\u00e7ais<\/em> (1847), Am\u00e9d\u00e9e Boudin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le trait d\u2019humour vise cette fois le duc d\u2019Orl\u00e9ans, futur Louis-Philippe sous la Monarchie de Juillet n\u00e9e en 1830 \u2013 ce mot pr\u00e9monitoire date de 1822. Opposant mesur\u00e9 \u00e0 la politique des ultras, il soigne sa popularit\u00e9, habite au Palais-Royal, mais affiche un train de vie modeste et bourgeois, met ses fils au lyc\u00e9e Henri-<span class=\"caps\">IV<\/span>. S\u2019il veut avoir un destin national, le fils de Philippe \u00c9galit\u00e9 doit faire oublier le r\u00e9gicide paternel, au proc\u00e8s de Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span>. \u00ab\u00a0Sa situation est incomparable, il est du sang des Bourbons et il en est couvert\u00a0\u00bb dira la comtesse de R\u00e9musat, \u00e9pistoli\u00e8re et m\u00e9morialiste contemporaine.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Laissez\u00a0! Il sera bien assez puni d\u2019entendre la messe chaque matin.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"10\" class=\"cit-num\">10<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVIII<\/span> (1755-1824), cit\u00e9 par Etienne Lor\u00e9dan Larchey, <em><span class=\"caps\">L\u2019E<\/span>sprit de tout le monde<\/em> (1893)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Quand la Restauration rendit le Panth\u00e9on au culte, il fut question d\u2019expulser les restes de Voltaire, cet incroyant notoire. Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> s\u2019y opposa, avec son humour bien connu et son bon sens royal. Et le plus grand philosophe\u00a0 des Lumi\u00e8res, \u00e9galement c\u00e9l\u00e8bre pour son humour, \u00e9chappa au d\u00e9shonneur d\u2019une d\u00e9panth\u00e9onisation\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sire, je suis vieux.<br>\u2014 Non, Monsieur de Talleyrand, non, vous n\u2019\u00eates point vieux\u00a0; l\u2019ambition ne vieillit point.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1992\" class=\"cit-num\">1992<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span>\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> (1755-1824), qui r\u00e9plique au \u00ab\u00a0Discours au roi pour l\u2019emp\u00eacher de faire la guerre\u00a0\u00bb. <em>Livret de Paul-Louis, vigneron, pendant un s\u00e9jour \u00e0 Paris en mars\u00a01823<\/em> (1823), Paul-Louis Courier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pamphl\u00e9taire lib\u00e9ral et anticl\u00e9rical, pol\u00e9miste parfois violent, l\u2019auteur se cache sous cette identit\u00e9 de \u00ab\u00a0Paul-Louis, vigneron\u00a0\u00bb et va mourir assassin\u00e9 \u00e0 53\u00a0ans.<\/p>\n<p>Le roi qui ne para\u00eet pas jeune \u2013 toujours malade de la goutte, diab\u00e9tique et de plus en plus infirme \u2013 rassure ainsi M.\u00a0de Talleyrand qui ne l\u2019est plus gu\u00e8re \u2013 afflig\u00e9 d\u2019un pied-bot depuis sa naissance. Il se rassure en m\u00eame temps, car ils sont presque septuag\u00e9naires \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 l\u2019esp\u00e9rance de vie est tr\u00e8s inf\u00e9rieure \u00e0 la n\u00f4tre.<\/p>\n<p>Talleyrand, \u00e9cart\u00e9 du pouvoir et dans le camp de l\u2019opposition lib\u00e9rale, va retrouver une nouvelle raison de vivre avec la R\u00e9volution de Juillet\u00a01830\u00a0: ralli\u00e9 \u00e0 Louis-Philippe, il se retrouvera ambassadeur \u00e0 Londres, refusant le poste de Premier ministre et mourra \u00e0 84\u00a0ans. Un personnage admir\u00e9 et d\u00e9test\u00e9 de son vivant, comme apr\u00e8s sa mort.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le roi est mort, Vive le roi\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1995\" class=\"cit-num\">1995<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cri de la monarchie, qui retentit pour la derni\u00e8re fois en France le 16\u00a0septembre 1824 \u00e0 la mort de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> au ch\u00e2teau des Tuileries.<em> Le Roi est mort, vive le Roi\u00a0!<\/em> (1827), Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de Chateaubriand<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette phrase signifie que le roi de France ne meurt jamais et que la royaut\u00e9 est permanente depuis les Cap\u00e9tiens en 987.<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> \u00e9tait le dernier frein \u00e0 la r\u00e9action et le garde-fou aux maladresses de son fr\u00e8re. Devenu Charles\u00a0X, il se fait acclamer et va aussit\u00f4t ressusciter la pompe royale \u2013 port\u00e9e \u00e0 son comble lors du sacre, longue c\u00e9r\u00e9monie tr\u00e8s symbolique \u00e0 laquelle Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> renon\u00e7a, vu son \u00e9tat de d\u00e9labrement physique.<\/p>\n<p>Le contexte politique favorise\u00a0Charles X\u00a0: les \u00e9lections des 25\u00a0f\u00e9vrier et 6\u00a0mars derniers ont ressuscit\u00e9 la Chambre \u00ab\u00a0introuvable\u00a0\u00bb plus royaliste que le roi et dissoute par Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> en 1815. Cette Chambre \u00ab\u00a0retrouv\u00e9e\u00a0\u00bb comble les v\u0153ux du successeur\u00a0: la gauche n\u2019a plus que 15 d\u00e9put\u00e9s. Catastrophe pour l\u2019opposition parlementaire et victoire pour les ultras. C\u2019est la cons\u00e9quence de la loi \u00e9lectorale\u00a0: le pays l\u00e9gal ne repr\u00e9sente pas du tout le pays r\u00e9el.<\/p>\n<p>La Restauration mourra de ce d\u00e9calage abyssal et du monarque dont elle h\u00e9rite\u00a0: \u00ab\u00a0Aux \u00e9poques ordinaires, roi convenable\u00a0; \u00e0 une \u00e9poque extraordinaire, homme de perdition\u00a0\u00bb, dit Chateaubriand jugeant le fr\u00e8re de Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> lors de son accession au tr\u00f4ne.<\/p>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 Louis XVIII poss\u00e8de une qualit\u00e9 rare chez nos souverains\u00a0: le sens de l\u2019humour. Mais il souffre d\u2019un handicap majeur, la goutte\u00a0!Podagre et afflig\u00e9 d\u2019un physique ingrat, cible des nouvelles caricatures de presse, il doit succ\u00e9der \u00e0 Napol\u00e9on, grand premier r\u00f4le historique et incroyablement m\u00e9diatique. Il lui faut \u00e9galement se situer en tant que roi [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":11413,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":2542,"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-9838","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-portraits-en-citations-des-personnages-de-lhistoire"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9838","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9838"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9838\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":15629,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9838\/revisions\/15629"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media\/11413"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9838"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9838"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9838"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}