{"id":9853,"date":"2025-12-02T02:00:00","date_gmt":"2025-12-02T01:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/portrait-de-marie-antoinette-en-citations\/"},"modified":"2025-12-04T10:41:08","modified_gmt":"2025-12-04T09:41:08","slug":"portrait-de-marie-antoinette-en-citations","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/portrait-de-marie-antoinette-en-citations\/","title":{"rendered":"Portrait de Marie-Antoinette en citations"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>Derni\u00e8re reine sous l\u2019Ancien R\u00e9gime, c\u2019est la R\u00e9volution qui fera de Marie-Antoinette un personnage historique au destin tragique.<\/p>\n<p>N\u00e9e \u00e0 Vienne, elle \u00e9pouse \u00e0 14 ans le futur Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span> pour raison d\u2019\u00c9tat\u00a0: l\u2019union doit renforcer les liens entre la France et l\u2019Autriche. La charmante dauphine est sit\u00f4t adopt\u00e9e et ador\u00e9e au-del\u00e0 de ses r\u00eaves. La r\u00e9alit\u00e9 sera d\u2019autant plus dure pour cette femme enfant jusqu\u2019alors g\u00e2t\u00e9e par la vie. Sa rivalit\u00e9 avec la du Barry, derni\u00e8re grande favorite de l\u2019Histoire, fera le r\u00e9gal de la cour\u2026 et des historiens.<\/p>\n<p>Devenue reine \u00e0 la mort de Louis <span class=\"caps\">XV<\/span> (1774), ses relations se d\u00e9t\u00e9riorent avec la cour et le peuple. Jeune et l\u00e9g\u00e8re, joueuse et d\u00e9pensi\u00e8re, elle organise de somptueuses f\u00eates au Petit Trianon de Versailles, donnant prise \u00e0 toutes les rumeurs. Injustement accus\u00e9e dans l\u2019Affaire du collier de la reine (1784-1786), elle est la principale victime des \u00ab\u00a0basses Lumi\u00e8res\u00a0\u00bb anonymes, avatar de nos r\u00e9seaux sociaux.\u00a0<\/p>\n<p>Naturellement hostile \u00e0 la R\u00e9volution, Marie-Antoinette exerce une influence plus ou moins forte sur le roi dont elle d\u00e9plore la faiblesse. \u00ab\u00a0<span class=\"caps\">L\u2019A<\/span>utrichienne\u00a0\u00bb d\u00e9sormais ha\u00efe du peuple devient\u00a0 \u00ab\u00a0Madame Veto\u00a0\u00bb (quand la Constitution de 1791 instaure un veto royal).<\/p>\n<p>Elle vit douloureusement les premi\u00e8res grandes journ\u00e9es r\u00e9volutionnaires, tentant l\u2019impossible pour sauver sa famille et la Couronne avec la complicit\u00e9 des \u00e9migr\u00e9s fran\u00e7ais et de son amant, le comte de Fersen. La fuite \u00e0 Varennes sera le dernier acte \u2013 mal jou\u00e9. La prise du Palais des Tuileries (10 ao\u00fbt 1792) marque la fin de la royaut\u00e9.<\/p>\n<p>13 octobre 1793. Reine d\u00e9chue et m\u00e8re calomni\u00e9e, la \u00ab\u00a0Veuve Capet\u00a0\u00bb finit guillotin\u00e9e neuf mois apr\u00e8s Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span>, sur la place de la R\u00e9volution (la Concorde) \u00e0 Paris.<\/p>\n<p>Nombre de biographies retracent ce destin, notamment celle du grand \u00e9crivain autrichien Stefan Zweig publi\u00e9e en 1932 (version fran\u00e7aise en 1933), le premier \u00e0 pouvoir consulter int\u00e9gralement les archives de l\u2019Empire autrichien et la correspondance du comte Axel de Fersen. <br>Au final, voici le portrait d\u2019une jeune femme qu\u2019il ne faut ni encenser, ni condamner, mais comprendre et replacer dans un contexte historique litt\u00e9ralement hors norme.<\/p>\n<p>1. Dauphine ador\u00e9e \u00e0 son arriv\u00e9e en France (1770-1774)<br>2. Reine bient\u00f4t d\u00e9test\u00e9e \u00e0 la fin de l\u2019Ancien r\u00e9gime (1774-1789)<br>3. Femme et m\u00e8re outrag\u00e9e sous la R\u00e9volution (1789-1793)<br>\u00c9pilogue inattendu (sign\u00e9 Napol\u00e9on, 1810)<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto; margin-right: auto;\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-4-66.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<h4>1. Dauphine ador\u00e9e \u00e0 son arriv\u00e9e en France (1770-1774)<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ne parlez point allemand, Monsieur\u00a0; \u00e0 dater de ce jour, je n\u2019entends plus d\u2019autre langue que le fran\u00e7ais.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1186\" class=\"cit-num\">1186<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ANTOINETTE<\/span> d\u2019Autriche (1755-1793), \u00e0 M.\u00a0d\u2019Antigny, chef de la Cit\u00e9 (Strasbourg), 7\u00a0mai 1770.<em> Les Grands Proc\u00e8s de l\u2019histoire<\/em> (1924), Me Henri-Robert<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il lui adressait la bienvenue en allemand. Mais on parle couramment le fran\u00e7ais dans toutes les cours d\u2019Europe. C\u2019est aussi la langue de la diplomatie. \u00c0 14 ans, Marie-Antoinette est pourtant l\u2019une des princesses les moins couramment francophones, vue son \u00e9ducation quelque peu fantaisiste \u00e0 son image.<\/p>\n<p>La jeune \u00ab\u00a0princesse accomplie\u00a0\u00bb est la 15e et avant-derni\u00e8re enfant du couple imp\u00e9rial, Marie-Th\u00e9r\u00e8se d\u2019Autriche et Fran\u00e7ois Ier, \u00e9duqu\u00e9e selon les r\u00e8gles, mais pas toujours soumise \u00e0 ce qui contrarie sa nature \u2013 un trait de caract\u00e8re qui ne se d\u00e9mentira jamais et lui portera souvent pr\u00e9judice.<\/p>\n<p>Elle va \u00e0 la rencontre de son fianc\u00e9 le dauphin Louis (futur Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>) et de toute la cour qui l\u2019attend \u00e0 Compi\u00e8gne. Elle a d\u00e9j\u00e0 d\u00fb, selon l\u2019\u00e9tiquette de la cour, se d\u00e9pouiller de tout ce qui pouvait la rattacher \u00e0 son ancienne patrie, pour s\u2019habiller \u00e0 la mode fran\u00e7aise et commencer sa nouvelle vie.<\/p>\n<p>Le mariage fut n\u00e9goci\u00e9 par le ministre Choiseul (longtemps chef du gouvernement de Louis <span class=\"caps\">XV<\/span>) et la m\u00e8re de la mari\u00e9e, tous deux soucieux de r\u00e9concilier les Bourbons et les Habsbourg. L\u2019alliance autrichienne renforcerait la position de la France en Europe, en cas de guerre avec l\u2019Angleterre ou la Prusse.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La plus sotte et impertinente cr\u00e9ature qui soit imaginable.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"10\" class=\"cit-num\">10<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ANTOINETTE<\/span> (1755-1793) \u00e0 propos de la comtesse du Barry, Lettre \u00e0 sa m\u00e8re, 9 juillet 1770<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 son arriv\u00e9e en France, la dauphine Marie-Antoinette passe beaucoup de temps avec \u00ab\u00a0Mesdames\u00a0\u00bb\u00a0: les trois filles (non mari\u00e9es) de Louis <span class=\"caps\">XV<\/span> communiquent \u00e0 leur ni\u00e8ce par alliance leur animosit\u00e9 envers la seconde grande favorite du roi apr\u00e8s Madame de Pompadour (d\u00e9j\u00e0 discr\u00e9dit\u00e9e comme \u00ab\u00a0maman putain\u00a0\u00bb), morte en 1764. Il a install\u00e9 la jeune femme \u00e0 Versailles en 1768, malgr\u00e9 les manigances du duc de Choiseul, secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat et alli\u00e9 de la pr\u00e9c\u00e9dente ma\u00eetresse. Charmante et cultiv\u00e9e, la nouvelle favorite s\u2019impose \u00e0 la cour jusqu\u2019\u00e0 la mort de Louis <span class=\"caps\">XV<\/span> tr\u00e8s attach\u00e9e \u00e0 sa jeunesse et son heureux caract\u00e8re. Amatrice d\u2019art, elle prot\u00e8ge peintres et artisans et cultive le style n\u00e9o-classique \u00e0 Versailles.<\/p>\n<p>Mais la dauphine Marie-Antoinette n\u2019\u00e9prouve que m\u00e9pris pour cette roturi\u00e8re n\u00e9e Jeanne B\u00e9cu. Elle ne comprend m\u00eame pas que le roi tr\u00e8s chr\u00e9tien affiche ainsi sa ma\u00eetresse, une roturi\u00e8re, une femme de mauvaise vie \u2013 dans son pays, sa m\u00e8re tr\u00e8s pieuse n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 faire fouetter en place publique celles qui font commerce de leurs charmes.<\/p>\n<p>Les filles du roi font tout pour envenimer la relation des deux femmes les plus en vue de la cour. Ces \u00ab\u00a0querelles de dames\u00a0\u00bb irritent Louis <span class=\"caps\">XV<\/span> et inqui\u00e8tent Marie-Th\u00e9r\u00e8se, la m\u00e8re de Marie-Antoinette qui craint pour l\u2019avenir des relations entre l\u2019Autriche et la France. Choiseul se retrouve exil\u00e9 loin de Versailles par lettre de cachet et Marie-Antoinette se braque, mur\u00e9e dans le silence et l\u2019indiff\u00e9rence \u00e0 la du Barry, feignant de ne plus m\u00eame la voir. Toute la cour s\u2019en amuse\u00a0! Le probl\u00e8me, c\u2019est l\u2019\u00e9tiquette qui pr\u00e9vaut \u00e0 Versailles. En public, nul ne peut adresser la parole \u00e0 un interlocuteur de rang sup\u00e9rieur, si ce dernier ne lui parle pas d\u2019abord. La dauphine joue ostensiblement de cette arme et Madame du Barry, tr\u00e8s sinc\u00e8rement affect\u00e9e, s\u2019en plaint \u00e0 Louis <span class=\"caps\">XV<\/span> qui finit par exiger que la dauphine cesse d\u2019humilier sa favorite et lui dise au moins un mot, sous peine d\u2019\u00eatre disgraci\u00e9e\u2026 Marie-Antoinette va enfin c\u00e9der.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> y a bien du monde, aujourd\u2019hui \u00e0 Versailles.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"20\" class=\"cit-num\">20<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ANTOINETTE<\/span> (1755-1793) \u00e0 la comtesse du Barry, s\u00e9ance des v\u0153ux, 1 janvier 1772<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Jamais phase si banale n\u2019aura fait tant de bruit. C\u2019est l\u2019\u00e9pilogue d\u2019une gu\u00e9rilla de cour entre les deux femmes les plus en vue, la Dauphine de France et la favorite en titre.<\/p>\n<p>Faisant le tour des personnes pr\u00e9sentes \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie, Marie-Antoinette s\u2019arr\u00eate devant Madame du Barry et prononce ses neuf mots qui seront vite connus de tout Versailles et de toute l\u2019Europe\u00a0: \u00ab\u00a0Il y a bien du monde, aujourd\u2019hui \u00e0 Versailles\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Madame, vous avez l\u00e0 deux cent mille amoureux.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1192\" class=\"cit-num\">1192<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duc de <span class=\"caps\">BRISSAC<\/span> (1734-1792), gouverneur de Paris, \u00e0 Marie-Antoinette, 8\u00a0juin 1773. <em>M\u00e9moires de Mme\u00a0la comtesse du Barri<\/em> (posthume, 1829), Jeanne B\u00e9cu du Barry<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le vieux courtisan lui montre la foule immense venue l\u2019acclamer pour son entr\u00e9e solennelle \u00e0 Paris \u2013 c\u00e9r\u00e9monie de rigueur tout au long de l\u2019Ancien r\u00e9gime. Le mot rappelle la phrase d\u2019un autre vieux courtisan, Villeroi s\u2019adressant \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>, l\u2019enfant-roi de 10\u00a0ans sous la R\u00e9gence\u00a0: \u00ab\u00a0Sire, tout ce peuple est \u00e0 vous.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La Dauphine de France d\u00e9couvre ainsi le peuple se pressant dans les jardins de Versailles pour l\u2019entrevoir. Fait remarquable, cet exc\u00e8s de popularit\u00e9 a retard\u00e9 de trois ans son entr\u00e9e dans la capitale\u00a0! Elle s\u2019est en effet mari\u00e9e avec le Dauphin le 16\u00a0mai\u00a01770, \u00e0 Versailles.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne puis vous dire, ma ch\u00e8re maman, les transports de joie, d\u2019affection, qu\u2019on nous a t\u00e9moign\u00e9s. Avant de nous retirer, nous avons salu\u00e9 avec la main le peuple, ce qui a fait grand plaisir. Qu\u2019on est heureux dans notre \u00e9tat de gagner l\u2019amiti\u00e9 d\u2019un peuple \u00e0 si bon march\u00e9\u00a0! Il n\u2019y a pourtant rien de si pr\u00e9cieux. Je l\u2019ai senti et je ne l\u2019oublierai jamais.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ANTOINETTE<\/span>\u00a0(1755-1793), Correspondance<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Elle \u00e9crira r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 l\u2019imp\u00e9ratrice Marie-Th\u00e9r\u00e8se d\u2019Autriche surnomm\u00e9e par ses sujets \u00ab\u00a0la Grande\u00a0\u00bb, une forte femme qui aura une grande influence sur sa fille et craindra bient\u00f4t le pire pour elle. De fait, plus dure sera la chute \u2013 on ne peut lire ces mots sans se rappeler la fin de l\u2019histoire, sous la R\u00e9volution. Mais sa \u00ab\u00a0ch\u00e8re maman\u00a0\u00bb mourra bien avant \u00e0 Vienne \u2013 29 novembre 1780.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ici, je ne suis plus la reine, je suis moi.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"50\" class=\"cit-num\">50<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ANTOINETTE<\/span>\u00a0(1755-1793), \u00e0 propos de sa vie dans son domaine de Trianon.<em> La Reine sc\u00e9l\u00e9rate. Marie-Antoinette dans les pamphlets<\/em> (2003), Chantal Thomas<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La jeune princesse joue \u00e0 la berg\u00e8re, \u00e9colo avant l\u2019heure. Elle joue aussi la com\u00e9die, suivant la th\u00e9\u00e2tromanie du si\u00e8cle des Lumi\u00e8res litt\u00e9ralement fou de spectacles. Marie-Antoinette jouera m\u00eame en 1783 le r\u00f4le de la Comtesse dans <em>le Mariage de Figaro<\/em> (pi\u00e8ce de Beaumarchais interdite par la censure) en pr\u00e9sence du comte d\u2019Artois (futur Charles X), son beau-fr\u00e8re reprenant lui-m\u00eame le r\u00f4le de Figaro au ch\u00e2teau de Versailles. Pendant ce temps, elle ne se pr\u00e9pare pas \u00e0 son futur m\u00e9tier de reine \u2013 et moins encore \u00e0 la R\u00e9volution qu\u2019elle ne pouvait pr\u00e9voir.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Mais l\u00e0 o\u00f9 Marie-Antoinette ne veut pas comprendre, il ne sert \u00e0 rien de faire appel \u00e0 sa raison. Que d\u2019histoires parce qu\u2019elle demeure \u00e0 quelques pas de Versailles\u00a0! Mais en r\u00e9alit\u00e9, ces quelques pas l\u2019\u00e9loignent \u00e0 jamais et du peuple et de la cour. Si Marie-Antoinette \u00e9tait rest\u00e9e \u00e0 Versailles, au milieu de la noblesse fran\u00e7aise et des coutumes traditionnelles, elle aurait eu \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, \u00e0 l\u2019heure du danger, les princes, les gentilshommes, l\u2019arm\u00e9e des aristocrates. Si d\u2019autre part, comme son fr\u00e8re Joseph, elle avait essay\u00e9 de se rapprocher du peuple, des centaines de milliers de Parisiens, des millions de Fran\u00e7ais l\u2019eussent ador\u00e9e. Mais Marie-Antoinette, individualiste absolue, ne veut plaire ni aux aristocrates ni au peuple, elle ne pense qu\u2019\u00e0 elle-m\u00eame, et le Trianon, ce caprice parmi ses caprices, la rend aussi impopulaire aupr\u00e8s du tiers \u00e9tat que du clerg\u00e9 et de la noblesse\u00a0; parce qu\u2019elle a voulu \u00eatre trop seule dans son bonheur, elle sera solitaire dans son malheur et devra payer ce jouet frivole de sa couronne et de sa vie.\u00a0\u00bb <em>Marie-Antoinette<\/em> (1933), Stefan Zweig.<\/p>\n<h4>2. Reine bient\u00f4t d\u00e9test\u00e9e \u00e0 la fin de l\u2019Ancien r\u00e9gime (1774-1789)<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon Dieu, guidez-nous, prot\u00e9gez-nous, nous r\u00e9gnons trop jeunes\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1205\" class=\"cit-num\">1205<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793) et\u00a0<span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ANTOINETTE<\/span> (1755-1793), Versailles, 10\u00a0mai 1774. <em>M\u00e9moires sur la vie priv\u00e9e de Marie-Antoinette, reine de France et de Navarre\u00a0; suivis de souvenirs et anecdotes historiques sur les r\u00e8gnes de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> et de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span><\/em> (1823), Jeanne-Louis-Henriette Genet Campan<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> est mort, les courtisans se ruent vers le nouveau couple royal \u2013 la du Barry \u00e9tant sit\u00f4t exil\u00e9e \u00e0 l\u2019abbaye du Pont-aux-Dames (dioc\u00e8se de Meaux).<\/p>\n<p>Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span>, petit-fils du d\u00e9funt roi et \u00e2g\u00e9 de 20\u00a0ans, est effray\u00e9 par le poids des responsabilit\u00e9s plus qu\u2019enivr\u00e9 par son nouveau pouvoir. Marie-Antoinette, d\u2019un an sa cadette, sait bien les insuffisances de son \u00e9poux.<\/p>\n<p>Premier acte politique\u00a0: le roi, non sans regret (d\u00e9j\u00e0\u00a0!), renvoie le triumvirat de combat au gouvernement\u00a0 (Maupeou \u2013 Terray \u2013 d\u2019Aiguillon) qui tentait les indispensables r\u00e9formes, ce qui l\u2019a rendu terriblement impopulaire \u00e0 la fin du r\u00e8gne de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tout propos soutenu l\u2019accable, toute r\u00e9flexion le d\u00e9route.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1200\" class=\"cit-num\">1200<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ANTOINETTE<\/span>\u00a0(1755-1793). <em>L\u2019Autrichienne\u00a0: m\u00e9moires in\u00e9dits de Mlle de Mirecourt sur la reine Marie-Antoinette et les prodromes de la R\u00e9volution<\/em> (1966), Claude \u00c9mile-Laurent<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La reine parle aussi du roi comme d\u2019un homme aveugle \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9, toujours incertain, peu aimable et pourtant d\u00e9sireux qu\u2019on l\u2019aim\u00e2t. Il consulte tout le monde, suspecte les avis et ne c\u00e8de qu\u2019\u00e0 la lassitude. Honteux alors de sa faiblesse, il revient en arri\u00e8re, se renfrogne, boude, se d\u00e9robe, vole \u00e0 la chasse ou bien se renferme dans son cabinet.<\/p>\n<p>Le comte de Provence (futur Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>) ne sera pas plus indulgent pour son fr\u00e8re\u00a0dans les premiers mois de la p\u00e9riode r\u00e9volutionnaire, faisant allusion \u00e0 un jeu \u00e0 la mode\u00a0: \u00ab\u00a0Pour vous faire une id\u00e9e de son caract\u00e8re, imaginez des boules d\u2019ivoire huil\u00e9es que vous vous efforceriez vainement de faire tenir ensemble.\u00a0\u00bb Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> est \u00e0 coup s\u00fbr le roi le moins arm\u00e9 pour affronter la tourmente \u00e0 venir.<\/p>\n<p>Et pourtant\u2026 tout commence bien pour le roi et pour la reine.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Or, \u00e9coutez, petits et grands,<br>L\u2019histoire d\u2019un roi de vingt ans<br>Qui va nous ramener en France<br>Les bonnes m\u0153urs et l\u2019abondance.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1206\" class=\"cit-num\">1206<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles <span class=\"caps\">COLL\u00c9<\/span> (1709-1783), <em>Or, \u00e9coutez, petits et grands<\/em>, chanson (mai\u00a01774). <em>La R\u00e9volution fran\u00e7aise en chansons<\/em>, anthologie, Le Chant du Monde<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le peuple c\u00e9l\u00e8bre la mont\u00e9e sur le tr\u00f4ne de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, surnomm\u00e9 Louis le D\u00e9sir\u00e9. C\u2019est dire les espoirs mis en lui, r\u00e9sum\u00e9s par la chanson patriotique du nouvel auteur dramatique \u00e0 la mode. Censur\u00e9e, mais d\u00e9j\u00e0 jou\u00e9e en priv\u00e9 et tr\u00e8s connue, <em>La Partie de chasse de Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span><\/em> peut enfin \u00eatre donn\u00e9e en public\u00a0: elle c\u00e9l\u00e8bre le roi le plus populaire de l\u2019histoire et Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> souffrait trop de la comparaison. Avec Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, on peut encore r\u00eaver. Comme avec la charmante Marie-Antoinette.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Belle, l\u2019\u0153il doit l\u2019admirer,<br>Reine, l\u2019Europe la r\u00e9v\u00e8re,<br>Mais le Fran\u00e7ais doit l\u2019adorer,<br>Elle est sa reine, elle est sa m\u00e8re.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1207\" class=\"cit-num\">1207<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Romance en l\u2019honneur de Marie-Antoinette<\/em>, chanson (1774). <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La jeune et jolie reine jouit d\u2019une immense popularit\u00e9 depuis son arriv\u00e9e en France il y a quatre ans, et Versailles la salue en ce style pr\u00e9cieux. C\u2019est l\u2019\u00e9tat de gr\u00e2ce, comme jamais avant et jamais apr\u00e8s.<\/p>\n<p>Certes, il y a des jalousies et d\u00e9j\u00e0 quelques soup\u00e7ons contre l\u2019\u00ab\u00a0Autrichienne\u00a0\u00bb \u00e0 la cour. On aura plus tard la preuve qu\u2019elle est manipul\u00e9e par sa famille autrichienne, restant tr\u00e8s attach\u00e9e \u00e0 sa m\u00e8re, Marie-Th\u00e9r\u00e8se dite \u00ab\u00a0la Grande\u00a0\u00bb (comme Catherine de Russie), imp\u00e9ratrice d\u2019Autriche durant trente ans et forte personnalit\u00e9.<\/p>\n<p>D\u00e9laiss\u00e9e par son royal \u00e9poux, peu soucieuse de l\u2019\u00e9tiquette \u00e0 la cour et moins encore des finances de l\u2019\u00c9tat, d\u00e9pensi\u00e8re et futile, Marie-Antoinette va accumuler les erreurs\u00a0: \u00ab\u00a0Ma fille court \u00e0 grands pas vers sa ruine\u00a0\u00bb confie sa m\u00e8re \u00e0 l\u2019ambassadeur de France \u00e0 Vienne, en 1775. Pour l\u2019heure, et pour trois ans encore, le peuple adore sa reine.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis dans le bonheur le plus essentiel pour toute ma vie, il y a d\u00e9j\u00e0 plus de huit jours que mon mariage est consomm\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ANTOINETTE<\/span> (1755-1793) \u00e0 sa m\u00e8re Marie-Th\u00e9r\u00e8se, Correspondance, 30 ao\u00fbt 1777<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sept ans apr\u00e8s, Louis peut enfin honorer sa femme comme il se doit et pr\u00e9parer la descendance\u2026 Sur ce point anatomique, visiblement, quelque chose bloquait, on parlera d\u2019un phimosis (r\u00e9tr\u00e9cissement de l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 du pr\u00e9puce qui emp\u00eache de d\u00e9calotter compl\u00e8tement et facilement le gland et provoque de fortes douleurs lors du passage \u00e0 l\u2019action) l\u2019obligeant \u00e0 freiner ses potentielles ardeurs. Aujourd\u2019hui, on traite facilement ou on op\u00e8re au besoin.<\/p>\n<p>Mais \u00e0 l\u2019\u00e9poque, l\u2019interminable d\u00e9pucelage de Marie-Antoinette fit beaucoup parler \u00e0 Versailles (et au-del\u00e0). Et il restera toujours un doute sur l\u2019identit\u00e9 du p\u00e8re du Dauphin\u2026 En tout cas, elle v\u00e9cut une passion partag\u00e9e avec le comte de Fersen, certes tenue secr\u00e8te. Mais les lettres \u00e9chang\u00e9es ne laissent aucun doute et les cons\u00e9quences politiques seront immenses, sous la R\u00e9volution.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ah\u00a0! c\u2019est une ancienne connaissance.\u00a0\u00bb <span id=\"30\" class=\"cit-num\">30<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ANTOINETTE<\/span> (1755-1793), 25 ao\u00fbt 1778, parlant de Fersen \u00e0 l\u2019ambassadeur de Su\u00e8de \u00e0 Paris. <em>Journal et Correspondance du comte Axel de Fersen<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019ambassadeur, le comte de Creutz, pr\u00e9sente \u00e0 la reine Axel de Fersen, rencontr\u00e9 le 30 janvier 1774 au bal de l\u2019Op\u00e9ra de Paris. Ce sera le grand amour de sa vie.<\/p>\n<p>Il ne la reconna\u00eet pas tout de suite \u2013 c\u2019\u00e9tait un bal masqu\u00e9. Il \u00e9crira dans son journal la fameuse phrase de la reine\u00a0: \u00ab\u00a0Ah\u00a0! c\u2019est une ancienne connaissance. Le reste de la famille ne me dit pas un mot.\u00a0\u00bb En 1779, il int\u00e8gre le cercle intime de la reine qui lui accordera beaucoup d\u2019attentions. Des jalousies en na\u00eetront. Surnomm\u00e9 par la presse \u00ab\u00a0le chevalier servant\u00a0\u00bb de la reine de France son r\u00f4le allait bien au-del\u00e0. Chevalier servant ou Prince charmant\u00a0? Ami ou d\u00e9j\u00e0 Amant\u00a0?<\/p>\n<p>Quoiqu\u2019il en soit, Axel de Fersen rejoint \u00e0 sa demande le corps exp\u00e9ditionnaire fran\u00e7ais de 1780 \u00e0 1783, participant \u00e0 la guerre d\u2019ind\u00e9pendance am\u00e9ricaine. Il semble qu\u2019il ait aussi pratiqu\u00e9 la \u00ab\u00a0guerre en dentelle\u00a0\u00bb. Au retour, il para\u00eet vieilli et cela touche la reine. Gr\u00e2ce \u00e0 son appui, il obtient le commandement d\u2019un r\u00e9giment fran\u00e7ais. Comme son p\u00e8re souhaite qu\u2019il se marie, \u00e0 28 ans, il fait la cour \u00e0 la fille du ministre des Finances, Germaine Necker (future Madame de Sta\u00ebl). Mais il est d\u00e9sormais tr\u00e8s \u00e9pris de Marie-Antoinette \u00e0 qui il rend des visites plus ou moins secr\u00e8tes. Il confie par lettre \u00e0 sa s\u0153ur Sophie\u00a0: \u00ab\u00a0Je ne puis \u00eatre \u00e0 a seule personne \u00e0 qui je voudrais \u00eatre, \u00e0 la seule qui m\u2019aime v\u00e9ritablement, ainsi je ne veux \u00eatre \u00e0 personne.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il s\u2019installe autant qu\u2019il le peut \u00e0 Versailles et m\u00eame au plus pr\u00e8s des appartements de Marie-Antoinette. Il la rejoint aussi au Petit Trianon. Cela fait jaser\u2026 Il devient alors le favori du couple royal. Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span> est un mari pour le moins complaisant. Ins\u00e9parables, Axel et Marie-Antoinette se comprennent. Pour lui, elle incarne la femme parfaite\u00a0: douce et aimante. Sous la R\u00e9volution, cette liaison devenue passion se concr\u00e9tisera de bien d\u2019autres mani\u00e8res.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si j\u2019ai eu anciennement des torts, c\u2019\u00e9tait, enfant, cette l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, mais \u00e0 cette heure ma t\u00eate est bien plus pos\u00e9e.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ANTOINETTE<\/span> (1755-1793) \u00e0 sa m\u00e8re Marie-Th\u00e9r\u00e8se 16 ao\u00fbt 1779. <em>Correspondance<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Elle prend conscience de cette \u00e9vidente l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 d\u2019\u00eatre qui peut \u00eatre charmante aux yeux d\u2019un amant, mais qui est assur\u00e9ment un d\u00e9faut pour une reine dont on attend encore beaucoup. Sa m\u00e8re en \u00e9tait consciente et s\u2019en inqui\u00e9tait toujours. Un an apr\u00e8s, elle perdra cette amie et correspondante pr\u00e9cieuse.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0S\u2019ils n\u2019ont pas de pain, qu\u2019ils mangent de la brioche.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1217\" class=\"cit-num\">1217<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mot attribu\u00e9 \u00e0 tort \u00e0\u00a0<span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ANTOINETTE<\/span> (1755-1793), et incontestablement emprunt\u00e9 \u00e0 Jean-Jacques <span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span> (1712-1778). <em>La Grande Peur de 1789<\/em> (1932), Georges Lefebvre<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le mot se trouve dans les <em>Confessions<\/em> (r\u00e9dig\u00e9es de 1765 \u00e0 1770, \u00e9dition posthume). Sc\u00e8ne plaisante, par son souci du d\u00e9tail autobiographique\u00a0: le narrateur a envie de boire un petit vin blanc d\u2019Artois, mais il n\u2019a jamais pu boire sans manger, il songe \u00e0 un morceau de pain, mais il n\u2019ose pas en demander au ma\u00eetre de maison, ni aller en acheter lui-m\u00eame, cela ne se fait pas, quand on est un Monsieur trop bien habill\u00e9\u2026 \u00ab\u00a0Enfin, je me rappelais le pis-aller d\u2019une grande princesse \u00e0 qui l\u2019on disait que les paysans n\u2019avaient pas de pain et qui r\u00e9pondit\u00a0: \u00ab\u00a0Qu\u2019ils mangent de la brioche\u00a0!\u00a0\u00bb J\u2019achetai de la brioche\u00a0\u00bb (livre\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span> des <em>Confessions<\/em>).<\/p>\n<p>Le mot refl\u00e8te une r\u00e9alit\u00e9 sociologique\u00a0: l\u2019ignorance (ou l\u2019insouciance) des privil\u00e9gi\u00e9s face \u00e0 la mis\u00e8re du peuple. Le temps n\u2019est plus aux famines, mais les disettes sont p\u00e9riodiques en cas de mauvaise r\u00e9colte, surtout aux p\u00e9riodes de soudure. En mai\u00a01775 \u00e0 Paris, la hausse du prix du pain, denr\u00e9e vitale, entra\u00eene une vague d\u2019\u00e9meutes. C\u2019est la \u00ab\u00a0guerre des Farines\u00a0\u00bb, pr\u00e9mices de la R\u00e9volution. C\u2019est aussi une r\u00e9volte contre la lib\u00e9ralisation du commerce des grains par \u00e9dit de Turgot (13\u00a0septembre 1774). La concurrence devait faire baisser les prix, en vertu du \u00ab\u00a0Laissez faire, laissez passer\u00a0\u00bb cher aux physiocrates. C\u2019est compter sans la sp\u00e9culation. D\u2019autres \u00e9dits vont rendre le contr\u00f4leur g\u00e9n\u00e9ral des finances Turgot plus populaire aux pauvres. Mais l\u2019impopularit\u00e9 de la reine aggrave la situation d\u00e9sormais pr\u00e9r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Madame, si c\u2019est possible, c\u2019est fait\u00a0; impossible, cela se fera.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1233\" class=\"cit-num\">1233<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CALONNE<\/span> (1734-1802), ministre des Finances r\u00e9pondant \u00e0 une demande de Marie-Antoinette, 1784.<em> L\u2019Ancien R\u00e9gime et la R\u00e9volution<\/em> (1856), Alexis de Tocqueville<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Nouveau prot\u00e9g\u00e9 de Vergennes (ministre tr\u00e8s comp\u00e9tent aux Affaires \u00e9trang\u00e8res), Calonne reste connu pour son laxisme. Ex-intendant de Flandre et d\u2019Artois, il arrive au gouvernement en novembre\u00a01783\u00a0: intrigant et intelligent, s\u00e9ducteur et cynique, il cherche non pas \u00e0 faire des \u00e9conomies pour diminuer la dette, mais \u00e0 r\u00e9tablir le cr\u00e9dit de l\u2019\u00c9tat en inspirant confiance. On parlerait aujourd\u2019hui d\u2019une politique de relance quasi keyn\u00e9sienne, avec lancement de grands travaux publics. \u00c0 coup d\u2019emprunts et d\u2019exp\u00e9dients divers, il semble r\u00e9ussir\u00a0: on le surnomme l\u2019Enchanteur.<\/p>\n<p>Marie-Antoinette, parlant plus tard de l\u2019\u00e9poque Calonne, dit\u00a0: \u00ab\u00a0Comment aurais-je pu me douter que les finances \u00e9taient en si mauvais \u00e9tat\u00a0? Quand je demandais cinquante mille livres, on m\u2019en apportait cent mille\u00a0!\u00a0\u00bb La reine est quand m\u00eame consciente de certaines r\u00e9alit\u00e9s\u2026 et tout \u00e0 fait innocente dans la nouvelle Affaire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous avons plus grand besoin d\u2019un vaisseau que d\u2019un collier.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1238\" class=\"cit-num\">1238<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ANTOINETTE<\/span>\u00a0(1755-1793), aux joailliers de la couronne, Boehmer et Bassenge<em>. M\u00e9moires sur la vie priv\u00e9e de Marie-Antoinette<\/em> (1823), Madame Campan<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est en ces termes que la reine, quoique toujours coquette et fort d\u00e9pensi\u00e8re, a refus\u00e9 une somptueuse parure de 540 diamants d\u2019une valeur de 1\u00a0600\u00a0000\u00a0livres \u2013 c\u2019est m\u00eame le prix de deux vaisseaux de guerre. \u00c9tonnante r\u00e9action de l\u2019\u00ab\u00a0\u00e9trang\u00e8re\u00a0\u00bb accus\u00e9e de ruiner la France\u00a0! \u00ab\u00a0Ce qui a mis \u00e0 sec les finances de la France, c\u2019est la guerre d\u2019Ind\u00e9pendance am\u00e9ricaine, et pas les chaussures de Marie-Antoinette\u00a0\u00bb \u00e9crit Chantal Thomas, biographe de Marie-Antoinette.<\/p>\n<p>Quoiqu\u2019il en soit, Boehmer a achet\u00e9 le collier, certain qu\u2019elle changera d\u2019avis. Ruin\u00e9, il menace de se pr\u00e9cipiter dans la rivi\u00e8re. Mais elle r\u00e9it\u00e8re son refus\u00a0: \u00ab\u00a0Ne m\u2019en parlez donc jamais. T\u00e2chez de le diviser et de le vendre, et ne vous noyez\u00a0pas\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019intrigante comtesse de La Motte et l\u2019aventurier italien Cagliostro vont alors persuader le cardinal de Rohan de l\u2019acheter, pour s\u2019attirer les faveurs de Marie-Antoinette qui ne peut faire publiquement une telle d\u00e9pense et le remboursera ensuite secr\u00e8tement. Ils se chargent de remettre eux-m\u00eames le bijou \u00e0 la reine. C\u2019est le d\u00e9but d\u2019une escroquerie dont Dumas tirera un roman et qui va devenir, d\u00e8s l\u2019ann\u00e9e suivante, l\u2019historique \u00ab\u00a0affaire du Collier de la reine\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Grande et heureuse affaire\u00a0! Que de fange sur la crosse et sur le sceptre\u00a0! Quel triomphe pour les id\u00e9es de la libert\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1243\" class=\"cit-num\">1243<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Emmanuel Marie <span class=\"caps\">FR\u00c9TEAU<\/span> de <span class=\"caps\">SAINT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">JUST<\/span> (1745-1794), conseiller au Parlement. <em>Les Grands Proc\u00e8s de l\u2019histoire<\/em> (1924), Me Henri-Robert<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mirabeau dira plus tard\u00a0: \u00ab\u00a0Le proc\u00e8s du Collier a \u00e9t\u00e9 le pr\u00e9lude de la R\u00e9volution.\u00a0\u00bb La royaut\u00e9 d\u00e9j\u00e0 malade sort encore affaiblie de cette affaire. Et Marie-Antoinette le paiera cher, lors de son proc\u00e8s.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Plus sc\u00e9l\u00e9rate qu\u2019Agrippine<br>Dont les crimes sont inou\u00efs,<br>Plus lubrique que Messaline,<br>Plus barbare que M\u00e9dicis.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1242\" class=\"cit-num\">1242<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pamphlet contre la reine. Vers 1785. <em>Dictionnaire critique de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1992), Fran\u00e7ois Furet, Mona Ozouf<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dauphine jadis ador\u00e9e, la reine est devenue terriblement impopulaire en dix ans, pour sa l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de m\u0153urs, mais aussi pour ses intrigues et son ascendant sur un roi faible jusqu\u2019\u00e0 la soumission. L\u2019affaire du Collier va renforcer ce sentiment.<\/p>\n<p>La R\u00e9volution h\u00e9ritera certes de l\u2019\u0153uvre de Voltaire et de Rousseau, mais aussi des \u00ab\u00a0basses Lumi\u00e8res\u00a0\u00bb, masse de libelles et de pamphlets \u00e0 scandale o\u00f9 le mauvais go\u00fbt rivalise avec la violence verbale, inondant le march\u00e9 clandestin du livre et sapant les fondements du r\u00e9gime. Apr\u00e8s le R\u00e9gent, les ma\u00eetresses de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> et le clerg\u00e9, Marie-Antoinette devient la cible privil\u00e9gi\u00e9e\u00a0: quelque 3\u00a0000 pamphlets la visant rel\u00e8vent, selon la plupart des historiens, de l\u2019assassinat politique. On en arrivera au mythe de la reine sc\u00e9l\u00e9rate, de l\u2019\u00ab\u00a0architigresse d\u2019Autriche\u00a0\u00bb, cr\u00e9\u00e9 par les courants misogynes et x\u00e9nophobes transformant une jeune princesse en une prostitu\u00e9e, une nymphomane, un monstre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tremblez, tyrans, votre r\u00e8gne va finir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1256\" class=\"cit-num\">1256<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9criteau plac\u00e9 au Th\u00e9\u00e2tre des Italiens, sur la loge de la reine, mai\u00a01788. <em>La Reine Marie-Antoinette<\/em> (1889), Pierre de Nolhac<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le roi essaie de faire passer les \u00e9dits par lit de justice. Les Parlements organisent la r\u00e9sistance, font la gr\u00e8ve de la justice, et demandent la r\u00e9union des \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux. Les remontrances succ\u00e8dent aux remontrances, les \u00e9meutes aux \u00e9meutes. Le roi doit fixer la date de la convocation tant redout\u00e9e\u00a0: au 1er\u00a0mai 1789.<\/p>\n<p>Le 16\u00a0ao\u00fbt 1788, c\u2019est la banqueroute\u00a0: l\u2019\u00c9tat suspend ses paiements. Brienne d\u00e9missionne, Paris illumine et br\u00fble son mannequin.<\/p>\n<h4>3. Femme et m\u00e8re outrag\u00e9e sous la R\u00e9volution (1789-1793)<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Madame, j\u2019avais confi\u00e9 mes enfants \u00e0 l\u2019amiti\u00e9. Je les confie maintenant \u00e0 la vertu.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ANTOINETTE<\/span> (1755-1793) \u00e0 Madame de Tourzel, nouvelle gouvernante des enfants royaux, 26 juillet 1789. <em>M\u00e9moires de Madame la duchesse de Tourzel<\/em> (posthume 2005), pr\u00e9face de Jean Chalon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La R\u00e9volution va naturellement bouleverser le destin de tous les personnages de notre Histoire.<\/p>\n<p>La duchesse de Polignac, gouvernante des enfants du roi et amie intime de la reine, fut contrainte \u00e0 l\u2019exil deux jours apr\u00e8s la prise de la Bastille. Mme de Tourzel prend sa place aupr\u00e8s des enfants royaux, au ch\u00e2teau d\u2019Abondant, pr\u00e8s de Dreux. Le Dauphin la surnomma \u00ab\u00a0Madame S\u00e9v\u00e8re\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>D\u00e9sormais intime de la famille royale, elle sera aux premi\u00e8res loges des \u00e9v\u00e9nements qui devaient changer le cours de l\u2019histoire de France. Mais Marie-Antoinette n\u2019oubliera pas son amie la duchesse de Polignac et lui \u00e9crira\u00a0: \u00ab\u00a0Je vous porte \u00e0 tous malheur et vos peines sont pour et par moi.\u00a0\u00bb 29 d\u00e9cembre 1789. Cette id\u00e9e deviendra une obsession chez la derni\u00e8re reine de France\u00a0: \u00ab\u00a0Je porte malheur \u00e0 tous ceux que j\u2019aime\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La Reine a \u00e9t\u00e9 tromp\u00e9e, elle promet qu\u2019elle ne le sera plus [\u2026] elle promet d\u2019\u00eatre attach\u00e9e au peuple comme J\u00e9sus-Christ \u00e0 son \u00c9glise.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1353\" class=\"cit-num\">1353<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">FAYETTE<\/span> (1757-1834), \u00e0 la foule qui a forc\u00e9 les grilles, envahi le ch\u00e2teau, massacr\u00e9 deux gardes du corps, Versailles, 6\u00a0octobre 1789. <em>Proc\u00e9dure criminelle instruite au Ch\u00e2telet de Paris\u00a0: sur la d\u00e9nonciation des faits arriv\u00e9s \u00e0 Versailles dans la journ\u00e9e du 6\u00a0octobre\u00a01789<\/em> (1790), Assembl\u00e9e nationale constituante<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s la prise de la Bastille du 14 juillet, les nouvelles journ\u00e9es r\u00e9volutionnaires des 5 et 6\u00a0octobre ont pour cause le ch\u00f4mage, la mis\u00e8re, tout ce qui exasp\u00e8re le peuple de Paris. Aux raisons \u00e9conomiques s\u2019ajoute l\u2019attitude de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> qui n\u2019a sanctionn\u00e9 ni l\u2019abolition de la f\u00e9odalit\u00e9, ni la <em>D\u00e9claration des droits<\/em>\u00a0; puis la rumeur de la cocarde tricolore foul\u00e9e aux pieds lors d\u2019un banquet devant la famille royale.<\/p>\n<p>C\u2019en est trop\u00a0: une foule de femmes et de ch\u00f4meurs marche sur Versailles, arm\u00e9e de piques et de fourches. Une d\u00e9l\u00e9gation est re\u00e7ue le soir du 5\u00a0octobre par le roi. Il promet d\u2019assurer le ravitaillement de Paris o\u00f9 le pain demeure le premier besoin alimentaire du peuple. La manifestation, d\u2019abord pacifique, va d\u00e9g\u00e9n\u00e9rer apr\u00e8s une nuit de liesse bien arros\u00e9e, alors que La Fayette, pr\u00e9sent \u00e0 Versailles avec ses gardes nationaux, n\u2019a rien vu venir et dort\u00a0!<\/p>\n<p>Faute d\u2019avoir pu emp\u00eacher l\u2019\u00e9meute, le commandant de la garde nationale va du moins calmer le jeu, apparaissant au balcon avec le roi, la reine (en larmes) et le dauphin dans ses bras\u00a0: signe de r\u00e9conciliation symbolique entre Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> et son peuple. Aur\u00e9ol\u00e9 de son aventure am\u00e9ricaine, La Fayette se r\u00eave le Washington d\u2019une d\u00e9mocratie royale et sauve sans doute la vie \u00e0 la famille du roi, ce matin du 6\u00a0octobre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je sais bien que M. de Lafayette nous prot\u00e8ge, mais qui nous prot\u00e9gera de M. de La Fayette\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ANTOINETTE<\/span> (1755-1793)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mirabeau qui ne l\u2019appr\u00e9cie gu\u00e8re le surnommera \u00ab\u00a0G\u00e9n\u00e9ral Morph\u00e9e\u00a0\u00bb. Mais la fille a\u00een\u00e9e de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> et de Marie-Antoinette, seule survivante des enfants royaux, lib\u00e9r\u00e9e en 1795 \u00e0 17\u00a0ans et surnomm\u00e9e \u00ab\u00a0Madame Royale\u00a0\u00bb,\u00a0 Marie-Th\u00e9r\u00e8se de France, devenue duchesse d\u2019Angoul\u00eame (1778-1851), reconna\u00eetra le r\u00f4le jou\u00e9 par le h\u00e9ros le plus populaire de la R\u00e9volution en ses d\u00e9buts\u00a0: \u00ab\u00a0Si l\u2019on avait fait davantage confiance \u00e0 Monsieur de La Fayette, mes parents seraient encore en vie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le personnage brouillon et bouillonnant a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s discut\u00e9 par les contemporains comme par les historiens. En tout cas, impossible de croire que La Fayette a men\u00e9 double jeu et trahi le roi dans cette histoire\u00a0! La reine finira pourtant par le prendre en haine, apr\u00e8s la malheureuse fuite \u00e0 Varennes en juin\u00a01791.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mes amis, j\u2019irai \u00e0 Paris avec ma femme et mes enfants\u00a0: c\u2019est \u00e0 l\u2019amour de mes bons et fid\u00e8les sujets que je confie ce que j\u2019ai de plus pr\u00e9cieux.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1355\" class=\"cit-num\">1355<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793), au matin du 6\u00a0octobre 1789 \u00e0 Versailles.<em> La R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1965), Fran\u00e7ois Furet, Denis Richet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le roi fut forc\u00e9 de c\u00e9der \u00e0 la foule \u2013\u00a0des milliers de Parisiens et Parisiennes amass\u00e9s dans la cour du ch\u00e2teau de Versailles, criant\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 Paris\u00a0! \u00c0 Paris\u00a0!\u00a0\u00bb Il se rend \u00e0 nouveau populaire, du moins il l\u2019esp\u00e8re, d\u2019autant plus que la foule fraternise avec les gardes. Il va quitter d\u00e9finitivement Versailles avec sa famille, pour regagner le palais des Tuileries, sa r\u00e9sidence parisienne.<\/p>\n<p>L\u2019Assembl\u00e9e se r\u00e9unit \u00e0 11\u00a0heures, sous la pr\u00e9sidence de Mounier, boulevers\u00e9. Sur proposition de Mirabeau et Barnave, elle s\u2019affirme ins\u00e9parable du roi et d\u00e9cide de le suivre \u00e0 Paris. Un immense cort\u00e8ge s\u2019\u00e9branle \u00e0 13\u00a0heures\u00a0: plus de 30\u00a0000 personnes. Des gardes nationaux portant chacun un pain piqu\u00e9 au bout de la ba\u00efonnette, puis les femmes escortant des chariots de bl\u00e9 et des canons, puis les gardes du corps et les gardes suisses d\u00e9sarm\u00e9s, pr\u00e9c\u00e9dant le carrosse de la famille royale escort\u00e9 par La Fayette, suivi de voitures emmenant quelques d\u00e9put\u00e9s, puis la majeure partie des gardes nationaux et le reste des manifestants.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous ne manquerons plus de pain\u00a0! Nous ramenons le boulanger, la boulang\u00e8re et le petit mitron.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1356\" class=\"cit-num\">1356<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cri et chant de victoire des femmes du peuple ramenant le roi, la reine et le dauphin, sur le chemin de Versailles \u00e0 Paris, 6\u00a0octobre 1789. <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1847), Louis Blanc<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9pilogue des deux journ\u00e9es r\u00e9volutionnaires, 5 et 6\u00a0octobre. 6\u00a0000\u00a0\u00e0 7\u00a0000\u00a0femmes venues la veille de Paris crient aujourd\u2019hui victoire\u00a0: le roi a promis le pain aux Parisiens. \u00ab\u00a0P\u00e8re du peuple\u00a0\u00bb, il doit assurer la subsistance et le pain tient une grande part dans le budget des petites gens, d\u2019o\u00f9 l\u2019expression\u00a0: boulanger, boulang\u00e8re, petit mitron.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Tant que les femmes ne s\u2019en m\u00ealent pas, il n\u2019y a pas de v\u00e9ritable r\u00e9volution\u00a0\u00bb, \u00e9crit Choderlos de Laclos en 1783, dans <em>L\u2019\u00c9ducation des femmes.<\/em> Cela dit, la tr\u00e8s symbolique marche des femmes fut encadr\u00e9e au d\u00e9part par des meneurs qui ont particip\u00e9 \u00e0 la prise de la Bastille, trois mois plus t\u00f4t. On a vu des hommes arm\u00e9s de piques et de fourches, certains travestis en femmes, trahis par leur voix.<\/p>\n<p>Le soir, \u00e0 20\u00a0heures, le maire de Paris accueille le carrosse royal sous les vivats et les bravos du peuple. Quand Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> peut enfin s\u2019installer aux Tuileries, il n\u2019imagine pas qu\u2019il est d\u00e9sormais prisonnier du peuple parisien. Mais d\u2019autres sont plus lucides.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne serai jamais la d\u00e9nonciatrice de mes sujets\u00a0: j\u2019ai tout vu, tout su, tout oubli\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1359\" class=\"cit-num\">1359<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ANTOINETTE<\/span> (1755-1793). <em>Les Grands Proc\u00e8s de l\u2019histoire<\/em> (1924), Me Henri-Robert<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Telle est l\u2019attitude, tr\u00e8s digne, de la reine, alors qu\u2019on tente de faire la lumi\u00e8re sur les d\u00e9sordres au cours des deux journ\u00e9es d\u2019octobre 1789. Une proc\u00e9dure est instruite contre les fauteurs de l\u2019insurrection par le Ch\u00e2telet (tribunal de justice servant \u00e9galement de prison). Elle inculpe le duc d\u2019Orl\u00e9ans (cousin du roi, premier prince du sang aux ambitions royales, futur Philippe \u00c9galit\u00e9) et son secr\u00e9taire Choderlos de Laclos (qui a envoy\u00e9 sa ma\u00eetresse dans le cort\u00e8ge des femmes marchant sur Versailles). Les deux hommes s\u2019enfuient \u00e0 Londres et ne reviendront en France que lors de la F\u00e9d\u00e9ration, en juillet\u00a01790. Mirabeau, tr\u00e8s li\u00e9 avec la \u00ab\u00a0faction Orl\u00e9ans\u00a0\u00bb, a certainement jou\u00e9 un r\u00f4le dans ces \u00e9v\u00e9nements.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le roi n\u2019a qu\u2019un homme, c\u2019est sa femme.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1367\" class=\"cit-num\">1367<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791). <em>Marie-Antoinette, Correspondance, 1770-1793<\/em> (2005), \u00c9velyne Lever<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ou encore, selon d\u2019autres sources\u00a0: \u00ab\u00a0Le roi n\u2019a qu\u2019un seul homme, c\u2019est la reine.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>V\u00e9rit\u00e9 connue de tous, \u00e9prouv\u00e9e par Mirabeau devenu le conseiller secret de la couronne\u00a0: il essaie donc de convaincre la reine avant le roi dont la faiblesse, les h\u00e9sitations, les retournements d\u00e9couragent les plus fervents d\u00e9fenseurs.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Madame, la monarchie est sauv\u00e9e.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1368\" class=\"cit-num\">1368<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791), \u00e0 la reine, Ch\u00e2teau de Saint-Cloud, 3\u00a0juillet 1790. <em>M\u00e9moires sur Mirabeau et son \u00e9poque, sa vie litt\u00e9raire et priv\u00e9e, sa conduite politique \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale, et ses relations avec les principaux personnages de son temps<\/em> (posthume, 1824)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Introduit \u00e0 la cour par son ami le prince d\u2019Arenberg, il a enfin r\u00e9ussi \u00e0 persuader Marie-Antoinette par son \u00e9loquence.<\/p>\n<p>Une question se pose, sans r\u00e9ponse des historiens\u00a0: Mirabeau croit-il vraiment que la monarchie peut \u00eatre sauv\u00e9e\u00a0? Cet homme si bien inform\u00e9 de tout s\u2019illusionne-t-il encore sur les chances d\u2019un r\u00e9gime condamn\u00e9, mais qui peut du moins le sauver de ses cr\u00e9anciers\u00a0? Quant \u00e0 Marie-Antoinette, il semble qu\u2019elle ait d\u00e9j\u00e0 compris le sens de l\u2019Histoire qu\u2019elle vit malgr\u00e9 elle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pour nos personnes, le bonheur est fini pour jamais. Je sais que c\u2019est le devoir d\u2019un roi de souffrir pour les autres, mais aussi le remplissons-nous bien. Puissent-ils un jour le reconna\u00eetre\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ANTOINETTE<\/span> (1755-1793), en 1790. <em>Marie-Antoinette<\/em> (1933), biographie de Stefan Zweig<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Rappelons que l\u2019Autrichien Stefan Zweig, surtout connu pour sa biographie de Joseph Fouch\u00e9, est l\u2019un des biographes de la reine les plus attentifs \u00e0 r\u00e9tablir la v\u00e9rit\u00e9 sur ce personnage toujours trop ador\u00e9 ou d\u00e9test\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Dans sa trente-cinqui\u00e8me ann\u00e9e, elle comprend enfin le sens du r\u00f4le exceptionnel que la destin\u00e9e lui a r\u00e9serv\u00e9\u00a0: non pas disputer \u00e0 d\u2019autres jolies femmes, coquettes et d\u2019esprit ordinaire, les triomphes \u00e9ph\u00e9m\u00e8res de la mode, mais faire ses preuves de fa\u00e7on durable, devant le regard inflexible de la post\u00e9rit\u00e9, en tant que reine et fille de Marie-Th\u00e9r\u00e8se. Sa fiert\u00e9, qui jusque-l\u00e0 n\u2019\u00e9tait souvent qu\u2019un mis\u00e9rable et pu\u00e9ril amour-propre de jeune fille g\u00e2t\u00e9e, se transforme absolument en sentiment du devoir, le devoir de se montrer devant le monde digne des temps h\u00e9ro\u00efques qu\u2019elle traverse. Ce ne sont plus des choses personnelles, la puissance ou son bonheur qui la pr\u00e9occupent. Pour nos personnes, le bonheur est fini pour jamais. Je sais que c\u2019est le devoir d\u2019un roi de souffrir pour les autres, mais aussi le remplissons-nous bien. Puissent-ils un jour le reconna\u00eetre\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut p\u00e9rir ou partir.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ANTOINETTE<\/span> (1755-1793), Lettre \u00e0 Mercy-Argenteau, ambassadeur d\u2019Autriche en France, avril 1791, <em>Correspondance<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Florimond-Claude, comte de Mercy-Argenteau, n\u00e9 \u00e0 Li\u00e8ge (principaut\u00e9 de Li\u00e8ge, dans le Saint-Empire) en 1727, fut ambassadeur d\u2019Autriche en France de 1766 \u00e0 1790. Grand admirateur de l\u2019imp\u00e9ratrice Marie-Th\u00e9r\u00e8se d\u2019Autriche, il a n\u00e9goci\u00e9 comme elle le d\u00e9sirait tant le mariage du dauphin Louis avec l\u2019archiduchesse Marie-Antoinette. Il a sans nul doute exerc\u00e9 une grande influence sur la jeune femme, mod\u00e9rant sa fr\u00e9n\u00e9sie de d\u00e9penses et la conseillant sur l\u2019attitude \u00e0 tenir face \u00e0 trop grande faiblesse de Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span>. C\u2019est aussi la m\u00e8re de Marie-Antoinette qui parle par sa bouche, et \u00e0 sa mort en novembre 1780, il ne lui restait plus que Mercy-d\u2019Argenteau comme principal interlocuteur et conseiller.<\/p>\n<p>Mais dix ans apr\u00e8s, le comte de Fersen faisait partie de sa vie, la passion et la confiance entre les deux amants \u00e9tant parfaitement r\u00e9ciproques.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019existe mon bien aim\u00e9 et c\u2019est pour vous adorer (\u2026) Adieu le plus aim\u00e9 des hommes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ANTOINETTE<\/span> (1755-1793) \u00e0 Axel de Fersen le 29 juin 1791, <em>Correspondance<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Adieu ma tendre amie, je vous aime et vous aimerai toute ma vie \u00e0 la folie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"100\" class=\"cit-num\">100<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">AXEL<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">FERSEN<\/span>, \u00e0 Marie-Antoinette le 29 octobre 1791, <em>Correspondance<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En marge de cette intimit\u00e9 passionnelle, de 1789 \u00e0 1793, le comte de Fersen entretient une correspondance diplomatique avec la reine et le roi de France afin de les guider sur ce qui est dit \u00e0 l\u2019\u00e9tranger et sur ce qu\u2019ils devraient faire. Il \u00e9crit les lettres qui devront \u00eatre envoy\u00e9es aux diff\u00e9rentes cours d\u2019Europe comme l\u2019Autriche (pays natal de la reine), l\u2019Espagne, la Su\u00e8de, le Royaume Uni ou la Russie. Les lettres qu\u2019il r\u00e9dige, d\u00e9di\u00e9s principalement \u00e0 la reine, sont relues par les deux monarques.<\/p>\n<p>Mais \u00e0 la mort de son fils a\u00een\u00e9, Louis-Joseph de France le 4 juin 1789 (7 ans et demi), Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span> est d\u00e9vast\u00e9, profond\u00e9ment d\u00e9pressif, vu comme \u00e9tant un l\u00e2che aux yeux des cours d\u2019Europe. Marie-Antoinette, bien que tr\u00e8s affect\u00e9e elle aussi, va prendre les devants et d\u00e9cider \u00e0 sa\u00a0 place, assumant ses responsabilit\u00e9s de reine et les cons\u00e9quences qui les accompagnent. \u00ab\u00a0Il faut p\u00e9rir ou partir.\u00a0\u00bb C\u2019est la fuite \u00e0 Varennes de la famille royale, organis\u00e9e par Fersen selon un plan minutieux\u2026 En sortant de Paris, le roi fait soudain preuve d\u2019autorit\u00e9, interdisant \u00e0 Fersen de les accompagner plus loin dans leur fuite. D\u00e9cision catastrophique, mais Fersen ob\u00e9it en militaire. Il s\u2019en voudra toute sa vie de ne pas avoir d\u00e9sob\u00e9i. Le plan va \u00eatre totalement d\u00e9sorganis\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce sont les femmes qui ont ramen\u00e9 le roi \u00e0 Paris, et ce sont les hommes qui l\u2019ont laiss\u00e9 \u00e9chapper\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1387\" class=\"cit-num\">1387<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cri de protestation des femmes de Paris, 21\u00a0juin 1791. <em>Les 50 mots clefs de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1983), Michel P\u00e9ronnet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Allusion aux journ\u00e9es r\u00e9volutionnaires des 5 et 6\u00a0octobre 1789. Le 21\u00a0juin au matin, on constate la disparition de la famille royale au palais des Tuileries. L\u2019alerte est donn\u00e9e, La Fayette, toujours commandant de la garde nationale, envoie des courriers tous azimuts pour faire arr\u00eater les fuyards. Paris est en \u00e9moi.<\/p>\n<p>Le 20\u00a0juin, \u00e0 minuit, la famille royale a donc fui, avec la complicit\u00e9 du comte su\u00e9dois Axel de Fersen, amant passionn\u00e9 de la reine. Leur but\u00a0: rejoindre \u00e0 Metz la garnison royaliste du marquis de Bouill\u00e9, pour se placer sous sa protection. Mais la berline royale est trop imposante, l\u2019op\u00e9ration d\u00e9sorganis\u00e9e. Le roi, d\u00e9guis\u00e9 en valet, est reconnu le 21 \u00e0 Sainte-M\u00e9nehould (en Champagne) par Jean-Baptiste Drouet, le fils du ma\u00eetre des postes \u2013\u00a0qui pr\u00e9c\u00e8de le roi \u00e0 Varennes, et donne l\u2019alerte. Bayon, aide de camp de La Fayette, arrive \u00e0 Varennes au matin du 22\u00a0juin. La berline royale est reconduite \u00e0 Paris sous escorte, rejointe par trois d\u00e9put\u00e9s\u00a0: P\u00e9tion, Barnave et Latour-Maubourg, envoy\u00e9s par l\u2019Assembl\u00e9e.<\/p>\n<p>Paris crie \u00e0 la trahison. Le plan de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> n\u2019est que trop clair. Il voulait marcher sur Paris avec les troupes royalistes, renverser l\u2019Assembl\u00e9e, mettre fin \u00e0 la R\u00e9volution et restaurer la monarchie absolue. Il faut \u00e9viter l\u2019\u00e9meute, on colle un peu partout des affiches avec ce mot d\u2019ordre\u00a0: \u00ab\u00a0Celui qui applaudira le Roi sera b\u00e2tonn\u00e9, celui qui l\u2019insultera sera pendu.\u00a0\u00bb Toute manifestation est donc interdite, pour ou contre le roi et sa famille, qu\u2019on ram\u00e8ne de Varennes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Maman, est-ce qu\u2019hier n\u2019est pas fini\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1388\" class=\"cit-num\">1388<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Le dauphin <span class=\"caps\">LOUIS<\/span>, futur \u00ab\u00a0<span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVII<\/span>\u00a0\u00bb (1785-1795), \u00e0 Marie-Antoinette, fin juin\u00a01791. <em>Bibliographie moderne ou Galerie historique, civile, militaire, politique, litt\u00e9raire et judiciaire<\/em> (1816), \u00c9tienne Psaume<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un joli mot de l\u2019enfant qui mourra quatre ans plus tard, \u00e0 la prison du Temple \u2013 m\u00eame si la rumeur s\u2019est parfois obstin\u00e9e \u00e0 en faire un survivant, c\u2019est assur\u00e9ment une fausse rumeur comme il y en a tant, dans notre Histoire.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9preuve de la fuite \u00e0 Varennes blanchit (dit-on) les cheveux de la reine\u00a0: de blond cendr\u00e9, ils devinrent \u00ab\u00a0comme ceux d\u2019une vieille femme de soixante-dix ans\u00a0\u00bb.\u00a0<\/p>\n<p>Ce d\u00e9tail \u00e9tonnant rappelle la fin de Damiens. Sur l\u2019\u00e9chafaud dress\u00e9, l\u2019homme condamn\u00e9 pour tentative de r\u00e9gicide sur Louis <span class=\"caps\">XV<\/span> sera \u00ab\u00a0tenaill\u00e9 aux mamelles, bras, cuisses et gras des jambes, sa main droite tenant en icelle le couteau dont il a commis le dit parricide, br\u00fbl\u00e9e au feu de soufre, et sur les endroits o\u00f9 il sera tenaill\u00e9, jet\u00e9 du plomb fondu, de l\u2019huile bouillante, de la poix r\u00e9sine br\u00fblante, de la cire et souffre fondus et ensuite son corps tir\u00e9 et d\u00e9membr\u00e9 \u00e0 quatre chevaux et ses membres et corps consum\u00e9s au feu, r\u00e9duits en cendres et ses cendres jet\u00e9es au vent\u00a0\u00bb. Sentence ex\u00e9cut\u00e9e le jour m\u00eame, 28 mars 1757, par le bourreau Sanson (Charles-Henri, p\u00e8re du futur ex\u00e9cuteur de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>) et rien moins que seize assistants. Le supplice dure plus de deux heures et l\u2019on remarque tout particuli\u00e8rement la r\u00e9sistance des femmes \u00e0 ce spectacle. Damiens est jet\u00e9 mourant sur le b\u00fbcher.<\/p>\n<p>On a dit que les cheveux du supplici\u00e9, de ch\u00e2tain, sont devenus d\u2019un blanc immacul\u00e9, signe d\u2019une terreur extr\u00eame. L\u2019atrocit\u00e9 et la dur\u00e9e du supplice contribueront \u00e0 l\u2019abolition de cet acte barbare, sous la R\u00e9volution\u00a0: la guillotine sera, de fait, un progr\u00e8s, en attendant l\u2019abolition de la peine de mort que certains demandent d\u00e9j\u00e0.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Couple perfide, r\u00e9servez vos larmes<br>Pour arroser le prix de vos forfaits [\u2026]<br>Un peuple libre reconna\u00eet les charmes<br>De n\u2019\u00eatre plus au rang de vos sujets.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1389\" class=\"cit-num\">1389<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Poursuite et retour de la famille ci-devant royale<\/em> (juin\u00a01791), chanson anonyme. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le peuple chante encore, mais il a perdu confiance en Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>. Comme l\u2019\u00e9crit Denis Richet dans le <em>Dictionnaire critique de la R\u00e9volution fran\u00e7aise\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0Un roi avait en fuyant abandonn\u00e9 sa souverainet\u00e9. Un autre roi, le peuple, assistait gravement au spectacle.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>C\u2019est une foule terriblement silencieuse qui accueille le cort\u00e8ge \u00e0 son retour, le 25\u00a0juin. La Constituante a suspendu Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> de ses fonctions, d\u00e8s le 21. Ces cinq jours de vacance du tr\u00f4ne prouvent que la France peut vivre sans roi\u2026 et la R\u00e9publique devient un r\u00e9gime possible. Pour l\u2019historienne Mona Ozouf, le 21\u00a0juin, c\u2019est \u00ab\u00a0la mort de la royaut\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je porte malheur \u00e0 tous ceux que j\u2019aime.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ANTOINETTE<\/span> (1755-1793). Cit\u00e9e par Chantal Thomas (n\u00e9e en 1945), biographe de Marie-Antoinette<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Elle avait une part de responsabilit\u00e9 dans ce projet d\u2019\u00e9vasion voulu par elle, mal pr\u00e9par\u00e9, d\u00e9sorganis\u00e9 au dernier moment par le roi jaloux de l\u2019amant de sa femme.<\/p>\n<p>On a parl\u00e9 d\u2019une mal\u00e9diction li\u00e9e \u00e0 sa personne. Elle est n\u00e9e \u00e0 Vienne le 2 novembre 1755 \u2013 le jour des morts -, tandis que la veille \u00e0 Lisbonne un tremblement de terre historique a fait des milliers de morts. Nombre de ses biographes y verront de mauvais pr\u00e9sages. Et Fersen mourra assassin\u00e9 le 20 juin 1810, anniversaire de la fuite \u00e0 Varennes.<\/p>\n<p>Cette mal\u00e9diction se retrouve chez le personnage tr\u00e8s romantique d\u2019Hernani, cr\u00e9\u00e9 par Hugo le 25 f\u00e9vrier 1830, au c\u0153ur de la plus c\u00e9l\u00e8bre bataille du th\u00e9\u00e2tre fran\u00e7ais\u00a0:\u00a0 \u00ab\u00a0Oh\u00a0! je porte malheur \u00e0 tout ce qui m\u2019entoure\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Toute femme qui se m\u00eale volontairement d\u2019affaires au-dessus de ses connaissances et hors des bornes de son devoir est une intrigante.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ANTOINETTE<\/span> (1755-1793), <em>Correspondance<\/em>, Gallica, <span class=\"caps\">BNF<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Autre constatation, plus \u00e9vidente en ce si\u00e8cle o\u00f9 la place des femmes fut strictement limit\u00e9e aux salons litt\u00e9raires\u2026 et au foyer familial. La R\u00e9volution fut encore plus misogyne \u2013 avant l\u2019Empire qui ne le fut pas moins, sous l\u2019influence de Napol\u00e9on. De l\u00e0 \u00e0 faire de Marie-Antoinette une f\u00e9ministe\u2026 Ce mot est quand m\u00eame cit\u00e9 dans un livre r\u00e9cent,<em> Le F\u00e9minisme fran\u00e7ais<\/em> (2023), Charles Marie Joseph Turgeon.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Depuis longtemps, les factieux ne prennent plus la peine de cacher le projet d\u2019an\u00e9antir la famille royale [\u2026] Si l\u2019on n\u2019arrive pas, il n\u2019y a que la providence qui puisse sauver le roi et sa famille.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1421\" class=\"cit-num\">1421<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ANTOINETTE<\/span>\u00a0(1755-1793), Lettre \u00e0 Fersen, 1er\u00a0ao\u00fbt 1792. <em>Histoire de Marie-Antoinette<\/em> (1892), Maxime de la Rocheterie<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La reine appelle une fois encore au secours le plus fid\u00e8le, le plus s\u00fbr, le plus passionn\u00e9 de ses alli\u00e9s. Axel de Fersen s\u2019est impliqu\u00e9, personnellement et financi\u00e8rement, dans l\u2019\u00e9pisode de la fuite \u00e0 Varennes. Il a \u00e9t\u00e9 boulevers\u00e9 par son \u00e9chec. Depuis, il tente de convaincre toutes les cours europ\u00e9ennes de sauver le couple royal. En vain.<\/p>\n<p>Les deux amants s\u2019\u00e9crivent et s\u2019\u00e9panchent \u00e0 profusion. Ils se sont revus en t\u00eate-\u00e0-t\u00eate le 13\u00a0f\u00e9vrier\u00a01792. Le lendemain, Fersen a vu Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> pour le convaincre de fuir, suivant le plan du roi Gustave\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> de Su\u00e8de, mais l\u2019ind\u00e9cis Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> ne peut s\u2019y r\u00e9soudre. Fersen prend cong\u00e9 pour la derni\u00e8re fois du couple royal. Gustave\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> meurt dans un attentat en mars, ce qui bouleversera Fersen le Su\u00e9dois et le privera de son meilleur soutien.<\/p>\n<p>Le manifeste de Brunswick n\u2019a fait que dramatiser la situation. La reine en est douloureusement consciente. Fait sous la pression des \u00e9migr\u00e9s, et sans doute de Marie-Antoinette, connu \u00e0 Paris le 1er\u00a0ao\u00fbt, \u00ab\u00a0le manifeste du g\u00e9n\u00e9ral prussien Brunswick [\u2026] \u00e9tait, avec ses menaces insolentes de d\u00e9truire Paris, con\u00e7u dans les termes les plus propres \u00e0 blesser la fiert\u00e9 des Fran\u00e7ais\u00a0\u00bb (Jacques Bainville, <em>Histoire de France<\/em>). Que de maladresses av\u00e9r\u00e9es\u00a0! Mais dans le contexte historique, la monarchie \u00e9tait condamn\u00e9e, \u00e0 commencer par la famille royale.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le peuple fran\u00e7ais est invit\u00e9 \u00e0 former une Convention nationale [\u2026] Le chef du pouvoir ex\u00e9cutif est provisoirement suspendu de ses fonctions.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1424\" class=\"cit-num\">1424<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9gislative, 10\u00a0ao\u00fbt 1792. <em>Collection g\u00e9n\u00e9rale des lois\u00a0: d\u00e9crets, arr\u00eat\u00e9s, s\u00e9natus-consultes, avis du Conseil d\u2019\u00c9tat et r\u00e8glements d\u2019administration publi\u00e9s depuis 1789 jusqu\u2019au 1er\u00a0avril 1814<\/em>, Assembl\u00e9e l\u00e9gislative\u00a0: mai-\u00a0septembre\u00a01792, volume\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>, n\u00b0\u00a02 (1818)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces deux mesures sont prises par l\u2019Assembl\u00e9e qui ne fait que se survivre jusqu\u2019\u00e0 la prochaine Convention. Juridiquement, ce n\u2019est qu\u2019une suspension de plus\u00a0; politiquement, la L\u00e9gislative se saborde et le roi est d\u00e9chu.<\/p>\n<p>Le pouvoir est \u00e0 la Commune de Paris, c\u2019est la \u00ab\u00a0Premi\u00e8re Terreur\u00a0\u00bb, elle va durer six semaines\u00a0: un tournant dans la R\u00e9volution, jusque-l\u00e0 mod\u00e9r\u00e9e et lib\u00e9rale. Elle pr\u00e9figure la dictature de la gauche jacobine et montagnarde.<\/p>\n<p>Trois jours apr\u00e8s la journ\u00e9e r\u00e9volutionnaire du 10\u00a0ao\u00fbt,\u00a0la famille royale est transf\u00e9r\u00e9e \u00e0 la prison du Temple\u00a0: le roi d\u00e9chu, son \u00e9pouse Marie-Antoinette, sa s\u0153ur Madame \u00c9lisabeth, son fils le Dauphin et sa fille dite \u00ab\u00a0Madame Royale\u00a0\u00bb (seule survivante \u00e0 la R\u00e9volution).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Madam\u2019 Veto avait promis<br>De faire \u00e9gorger tout Paris.<br>Mais son coup a manqu\u00e9<br>Gr\u00e2ce \u00e0 nos canonniers.<br>Refrain Dansons la carmagnole<br>Vive le son vive le son<br>Dansons la carmagnole<br>Vive le son du canon\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1425\" class=\"cit-num\">1425<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>La Carmagnole<\/em> (fin ao\u00fbt\u00a01792), chanson. <em>Chansons populaires de France<\/em> (1865), Librairie du Petit Journal \u00e9d<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>De parolier inconnu, cette <em>Carmagnole<\/em> est chant\u00e9e sous les fen\u00eatres du Temple o\u00f9 la famille royale est prisonni\u00e8re. Monsieur Veto est aussi violemment apostroph\u00e9 que sa femme. Adopt\u00e9e par tous les patriotes, la <em>Carmagnole<\/em> aura de nombreuses parodies, comme la plupart des chants tr\u00e8s populaires.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous avons fait un beau r\u00eave, voil\u00e0 tout (\u2026) mais je ne pourrais jouir de rien sans mes enfants, et cette id\u00e9e ne me laisse pas m\u00eame de regret.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ANTOINETTE<\/span> (1755-1793), au chevalier de Jarjayes, apr\u00e8s un ni\u00e8me projet d\u2019\u00e9vasion rat\u00e9e en mars 1793<em>. Histoire de Marie-Antoinette<\/em> (1879), Edmond et Jules de Goncourt<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Nous avons fait un beau r\u00eave, voil\u00e0 tout\u00a0; mais nous y avons beaucoup gagn\u00e9, en trouvant encore dans cette occasion une nouvelle preuve de votre entier d\u00e9vouement pour moi. Ma confiance en vous est sans bornes\u00a0; vous trouverez, dans toutes les occasions, en moi du caract\u00e8re et du courage\u00a0; mais l\u2019int\u00e9r\u00eat de mon fils est le seul qui me guide, et quelque bonheur que j\u2019eusse \u00e9prouv\u00e9 \u00e0 \u00eatre hors d\u2019ici, je ne peux pas consentir \u00e0 me s\u00e9parer de lui. Au reste, je reconnais bien votre attachement dans tout ce que vous m\u2019avez dit hier. Comptez que je sens la bont\u00e9 de vos raisons pour mon propre int\u00e9r\u00eat, mais je ne pourrais jouir de rien en laissant mes enfants, et cette id\u00e9e ne me laisse pas m\u00eame de regret.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>C\u2019est vraiment la voix d\u2019une m\u00e8re transfigur\u00e9e par les \u00e9preuves et ne pensant plus qu\u2019\u00e0 sauver ce qui lui reste de famille.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une femme, la honte de l\u2019humanit\u00e9 et de son sexe, la veuve Capet, doit enfin expier ses forfaits sur l\u2019\u00e9chafaud.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1538\" class=\"cit-num\">1538<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Nicolas <span class=\"caps\">BILLAUD<\/span>\u2013<span class=\"caps\">VARENNE<\/span> (1756-1819), Convention, 3\u00a0octobre\u00a01793. <em>L\u2019Agonie de Marie-Antoinette<\/em> (1907), Gustave Gautherot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un parmi d\u2019autres conventionnels \u00e0 r\u00e9clamer la mise en jugement de la \u00ab\u00a0Panth\u00e8re autrichienne\u00a0\u00bb. Marie-Antoinette, en prison depuis pr\u00e8s d\u2019un an, attendait son sort au Temple, avant son transfert \u00e0 la Conciergerie, le 1er\u00a0ao\u00fbt 1793.<\/p>\n<p>Le 3\u00a0octobre, au moment o\u00f9 la Convention vient de d\u00e9cr\u00e9ter que les Girondins seront traduits devant le Tribunal r\u00e9volutionnaire, Billaud-Varenne parle en ces termes\u00a0: \u00ab\u00a0Il reste encore un d\u00e9cret \u00e0 rendre\u00a0: une femme, la honte de l\u2019humanit\u00e9 et de son sexe, la veuve Capet, doit enfin expier ses forfaits sur l\u2019\u00e9chafaud. On publie qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 jug\u00e9e secr\u00e8tement et blanchie par le Tribunal r\u00e9volutionnaire, comme si une femme qui a fait couler le sang de plusieurs milliers de Fran\u00e7ais pouvait \u00eatre absoute par un jury fran\u00e7ais. Je demande que le Tribunal r\u00e9volutionnaire prononce cette semaine sur son sort.\u00a0\u00bb La Convention adopte cette proposition.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ils peuvent \u00eatre mes bourreaux, mais ils ne seront jamais mes juges.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1539\" class=\"cit-num\">1539<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ANTOINETTE<\/span> (1755-1793), apprenant qu\u2019elle va \u00eatre jug\u00e9e par le Tribunal r\u00e9volutionnaire, d\u00e9but octobre\u00a01793. <em>Les Grands Proc\u00e8s de l\u2019histoire<\/em> (1924), Me Henri-Robert<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Elle est \u00e0 pr\u00e9sent sans illusion, prisonni\u00e8re \u00e0 la Conciergerie, dite l\u2019antichambre de la mort.<\/p>\n<p>Deux chefs d\u2019accusation sont retenus contre elle\u00a0: man\u0153uvres en faveur des ennemis ext\u00e9rieurs de la R\u00e9publique et complot pour allumer la guerre civile. Mais le dossier est vide et le tribunal veut respecter au moins les apparences. D\u2019o\u00f9 l\u2019id\u00e9e d\u2019interroger son fils, 8\u00a0ans, pour lui faire reconna\u00eetre des relations incestueuses avec sa m\u00e8re. Pache (maire de Paris), Chaumette (procureur) et H\u00e9bert (substitut de la Commune) s\u2019en chargent.<\/p>\n<p>Le mot de Marie-Antoinette prendra tout son sens, quand elle subira une vraie torture morale, durant les deux jours de son proc\u00e8s public (14 et 15\u00a0octobre).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le peuple a \u00e9t\u00e9 tromp\u00e9\u00a0; il l\u2019a \u00e9t\u00e9 cruellement, mais ce n\u2019est ni par mon mari ni par moi .\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ANTOINETTE<\/span> (1755-1793), lors de son proc\u00e8s, octobre 1793<em>. Histoire de Marie-Antoinette<\/em> (1879), Edmond de Goncourt et Jules de Goncourt<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Herman (pr\u00e9sident du tribunal criminel extraordinaire) et Fouquier-Tinville (le plus c\u00e9l\u00e8bre accusateur public de la R\u00e9volution) accusaient Marie-Antoinette \u00ab\u00a0d\u2019avoir appris \u00e0 Louis Capet cet art de profonde dissimulation avec laquelle il a tromp\u00e9 trop longtemps le bon peuple fran\u00e7ais.\u00a0\u00bb <br>Ils l\u2019accusaient aussi \u00ab\u00a0d\u2019avoir voulu remonter au tr\u00f4ne sur les cadavres des patriotes\u00a0\u00bb. \u00c0 quoi Marie-Antoinette r\u00e9pondait \u00ab\u00a0qu\u2019elle n\u2019avait jamais d\u00e9sir\u00e9 que le bonheur de la France,\u00a0\u00bb ajoutant\u00a0: \u00ab\u00a0Qu\u2019elle soit heureuse\u00a0! mais qu\u2019elle le soit\u00a0! je serai contente.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il fallait pourtant que ce premier interrogatoire apport\u00e2t \u00e0 l\u2019interrogatoire public, \u00e0 l\u2019accusation, \u00e0 la condamnation, un fait, une preuve, ou au moins une parole. Herman et Fouquier vont essayer de rendre cette femme coupable non d\u2019actes, mais d\u2019intentions\u00a0; non de conspiration, mais de regret, mais de sentiment, mais de pens\u00e9e\u00a0; et puisqu\u2019il faut ici l\u2019\u00e9nergie d\u2019une langue plus forte que la n\u00f4tre, disons, avec l\u2019orateur grec, qu\u2019ils tordirent sa conscience pour en tirer des crimes.<\/p>\n<p>Herman et Fouquier demand\u00e8rent \u00e0 cette reine\u00a0: \u00ab\u00a0Pensez-vous que les rois soient n\u00e9cessaires au bonheur du peuple\u00a0?\u00a0\u00bb Mais la Reine r\u00e9pondit \u00ab\u00a0qu\u2019un individu ne peut absolument d\u00e9cider telle chose.\u00a0\u00bb Ils demand\u00e8rent ensuite \u00e0 cette m\u00e8re de roi\u00a0: \u00ab\u00a0Vous regrettez sans doute que votre fils ait perdu un tr\u00f4ne\u00a0?\u00a0\u00bb Mais la Reine r\u00e9pondit \u00ab\u00a0qu\u2019elle ne regrettera rien pour son fils, tant que son pays sera heureux.\u00a0\u00bb Il y a un c\u00f4t\u00e9 Jeanne d\u2019Arc devant ses juges, t\u00eatue et infiniment touchante.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est impossible que les lois r\u00e9volutionnaires soient ex\u00e9cut\u00e9es, si le gouvernement lui-m\u00eame n\u2019est constitu\u00e9 r\u00e9volutionnairement.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1540\" class=\"cit-num\">1540<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">SAINT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">JUST<\/span> (1767-1794), Convention, 10\u00a0octobre 1793. <em>\u0152uvres de Saint-Just, repr\u00e9sentant du peuple \u00e0 la Convention nationale<\/em> (posthume, 1834), Saint-Just<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019ami, le fr\u00e8re en R\u00e9volution de Robespierre fait d\u00e9cr\u00e9ter le m\u00eame jour\u00a0: \u00ab\u00a0Le gouvernement provisoire de la France est r\u00e9volutionnaire jusqu\u2019\u00e0 la paix.\u00a0\u00bb En vertu de quoi la Constitution de 1793 (dite de l\u2019an\u00a0I) est suspendue. La notion de loi a perdu son sens, remplac\u00e9e par la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une violence arbitraire contre les ennemis de la libert\u00e9 et de la nation.<\/p>\n<p>Saint-Just se retrouve au Comit\u00e9 de salut public avec Couthon et Robespierre\u00a0: le \u00ab\u00a0triumvirat\u00a0\u00bb, charg\u00e9 de la politique g\u00e9n\u00e9rale, devient en fait le gouvernement la France. Et le proc\u00e8s de Marie-Antoinette va mobiliser quelques jours les esprits. L\u2019issue fatale ne fait aucun doute, mais un retournement impr\u00e9vu va quand m\u00eame \u00e9tonner, au sens \u00e9tymologique (frapper de la foudre).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Immorale sous tous les rapports et nouvelle Agrippine, elle est si perverse et si famili\u00e8re avec tous les crimes qu\u2019oubliant sa qualit\u00e9 de m\u00e8re, la veuve Capet n\u2019a pas craint de se livrer \u00e0 des ind\u00e9cences dont l\u2019id\u00e9e et le nom seul font fr\u00e9mir d\u2019horreur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1541\" class=\"cit-num\">1541<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">FOUQUIER<\/span>\u2013<span class=\"caps\">TINVILLE<\/span> (1746-1795), Acte d\u2019accusation de Marie-Antoinette, Tribunal r\u00e9volutionnaire, 14\u00a0octobre 1793. <em>Histoire du Tribunal r\u00e9volutionnaire de Paris<\/em> (1862), \u00c9mile Campardon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Marie-Antoinette de Lorraine d\u2019Autriche, \u00e2g\u00e9e de 37\u00a0ans, veuve du roi de France\u00a0\u00bb, ayant ainsi d\u00e9clin\u00e9 son identit\u00e9, a r\u00e9pondu le 12\u00a0octobre \u00e0 un interrogatoire (secret) portant sur des questions politiques et sur le r\u00f4le qu\u2019elle a jou\u00e9 aupr\u00e8s du roi au cours de divers \u00e9v\u00e9nements, avant et apr\u00e8s 1789. Elle nie pratiquement toute responsabilit\u00e9.<\/p>\n<p>Au proc\u00e8s, cette fois devant la foule, elle r\u00e9pond \u00e0 nouveau et sa dignit\u00e9 impressionne. L\u2019\u00e9motion est \u00e0 son comble, quand Fouquier-Tinville aborde ce sujet intime des relations avec son fils. L\u2019accusateur public ne fait d\u2019ailleurs que reprendre les rumeurs qui ont moralement et politiquement assassin\u00e9 la reine en quelque 3\u00a0000 pamphlets \u00e0 la fin de l\u2019Ancien R\u00e9gime. Avec la masse des pamphlets et libelles pol\u00e9miques et parfois orduriers dont l\u2019\u00e9poque se fit l\u2019\u00e9cho, on a pu parler de ces \u00ab\u00a0basses Lumi\u00e8res\u00a0\u00bb qui sapent les bases du r\u00e9gime presque aussi s\u00fbrement que les pens\u00e9es philosophiques.<\/p>\n<p>L\u2019inceste (avec un enfant \u00e2g\u00e9 alors de moins de quatre\u00a0ans) fut l\u2019une des plus monstrueuses.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si je n\u2019ai pas r\u00e9pondu, c\u2019est que la nature se refuse \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 pareille inculpation faite \u00e0 une m\u00e8re\u00a0: j\u2019en appelle \u00e0 toutes celles qui peuvent se trouver ici.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1542\" class=\"cit-num\">1542<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ANTOINETTE<\/span> (1755-1793), r\u00e9plique \u00e0 un jur\u00e9 s\u2019\u00e9tonnant de son silence au sujet de l\u2019accusation d\u2019inceste, Tribunal r\u00e9volutionnaire, 14\u00a0octobre 1793. <em>La Femme fran\u00e7aise dans les temps modernes<\/em> (1883), Clarisse Bader<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La reine d\u00e9chue n\u2019est plus qu\u2019une femme et une m\u00e8re humili\u00e9e \u00e0 qui l\u2019on a enlev\u00e9 son enfant devenu t\u00e9moin \u00e0 charge, \u00e9videmment manipul\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019accus\u00e9e retourne le peuple en sa faveur. Le pr\u00e9sident menace de faire \u00e9vacuer la salle. La suite du proc\u00e8s est un simulacre de justice et l\u2019issue ne fait aucun doute.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je vous embrasse de tout mon c\u0153ur, ainsi que ces pauvres et chers enfants. Mon Dieu\u00a0! qu\u2019il est d\u00e9chirant de les quitter pour toujours. Je suis calme comme on l\u2019est quand la conscience ne reproche rien.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ANTOINETTE<\/span>\u00a0(1755-1793), Derni\u00e8re lettre de la reine \u00e0 Madame \u00c9lisabeth. <em>Histoire de Marie-Antoinette<\/em> (1879), Edmond de Goncourt et Jules de Goncourt<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9lisabeth Philippe Marie H\u00e9l\u00e8ne de France, dite \u00ab\u00a0Madame \u00c9lisabeth\u00a0\u00bb, n\u00e9e le 3 mai 1764 \u00e0 Versailles, est le huiti\u00e8me et dernier enfant du dauphin Louis et de Marie-Jos\u00e8phe de Saxe. S\u0153ur du roi Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span>, elle lui apporta un soutien ind\u00e9fectible durant la R\u00e9volution fran\u00e7aise. Elle mourra guillotin\u00e9e le 10 mai 1794.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019annonce de sa condamnation \u00e0 mort, Marie-Antoinette toujours tr\u00e8s pieuse \u00e9crit encore\u00a0: \u00ab\u00a0Mon Dieu ayez piti\u00e9 de moi\u00a0! Mes yeux n\u2019ont plus de larmes pour pleurer pour vous mes pauvres enfants. Adieu, adieu\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Au pied de la guillotine, ses derni\u00e8res paroles sont pour le bourreau Sanson qu\u2019elle a heurt\u00e9, dans un geste de recul\u00a0: \u00ab\u00a0Excusez-moi, Monsieur, je ne l\u2019ai pas fait expr\u00e8s.\u00a0\u00bb Un mot de la fin sans doute authentique, mais trop anodin pour devenir citation.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La plus grande joie du P\u00e8re Duchesne apr\u00e8s avoir vu de ses propres yeux la t\u00eate du Veto femelle s\u00e9par\u00e9e de son col de grue et sa grande col\u00e8re contre les deux avocats du diable qui ont os\u00e9 plaider la cause de cette guenon.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1543\" class=\"cit-num\">1543<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">H\u00c9BERT<\/span> (1757-1794),<em> Le P\u00e8re Duchesne<\/em>, n\u00b0\u00a0299, titre du journal au lendemain du 16\u00a0octobre\u00a01793.<em> Les Derniers Jours de Marie-Antoinette<\/em> (1933), Frantz Funck-Brentano<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Voici l\u2019oraison fun\u00e8bre consacr\u00e9e par le pamphl\u00e9taire jacobin \u00e0 la reine sacrifi\u00e9e. Le titre est un peu long. La chronique qui suit, ce n\u2019est pas du Bossuet, mais la litt\u00e9rature r\u00e9volutionnaire d\u00e9ploie volontiers cette d\u00e9magogie populaire\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019aurais d\u00e9sir\u00e9, f\u2026! que tous les brigands couronn\u00e9s eussent vu \u00e0 travers la chati\u00e8re l\u2019interrogatoire et le jugement de la tigresse d\u2019Autriche. Quelle le\u00e7on pour eux, f\u2026! Comme ils auraient fr\u00e9mi en contemplant deux ou trois cent mille sans-culottes environnant le Palais et attendant en silence le moment o\u00f9 l\u2019arr\u00eat fatal allait \u00eatre prononc\u00e9\u00a0! Comme ils auraient \u00e9t\u00e9 petits ces pr\u00e9tendus souverains devant la majest\u00e9 du peuple\u00a0! Non, f\u2026! jamais on ne vit un spectacle pareil. Tendres m\u00e8res dont les enfants sont morts pour la R\u00e9publique\u00a0; vous, \u00e9pouses ch\u00e9ries des braves bougres qui combattent en ce moment sur les fronti\u00e8res, vous avez un moment \u00e9touff\u00e9 vos soupirs et suspendu vos larmes, quand vous avez vu para\u00eetre devant ses juges la garce inf\u00e2me qui a caus\u00e9 tous vos chagrins\u00a0; et vous, vieillards, qui avez langui sous le despotisme, vous avez rajeuni de vingt ans en assistant \u00e0 cette terrible sc\u00e8ne\u00a0: \u00ab\u00a0Nous avons assez v\u00e9cu, vous disiez-vous, puisque nous avons vu le dernier jour de nos tyrans.\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb<\/p>\n<h4>\u00c9pilogue inattendu<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je me donne des anc\u00eatres.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1844\" class=\"cit-num\">1844<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), ch\u00e2teau de Compi\u00e8gne, 27\u00a0mars 1810. <em>Metternich<\/em> (1965), Henry Vallotton<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>15 d\u00e9cembre 1809, il a r\u00e9pudi\u00e9 Jos\u00e9phine qui n\u2019a pu lui assurer de post\u00e9rit\u00e9. Il va \u00ab\u00a0\u00e9pouser un ventre\u00a0\u00bb et s\u2019est d\u00e9cid\u00e9 en f\u00e9vrier, dans une h\u00e2te qui a fort embarrass\u00e9 l\u2019ambassadeur d\u2019Autriche \u00e0 Paris\u00a0: m\u00eame pas le temps de pr\u00e9venir l\u2019empereur d\u2019Autriche, avant que Napol\u00e9on annonce sa d\u00e9cision aux Fran\u00e7ais\u00a0! Mais personne ne peut rien refuser \u00e0 Napol\u00e9on, m\u00eame pas sa fille.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ivre d\u2019impatience, ivre de f\u00e9licit\u00e9\u00a0\u00bb, il apprend la valse (viennoise) et attend sa future femme, Marie-Louise\u00a0: archiduchesse d\u2019Autriche, descendante de l\u2019empereur Charles Quint\u2026 et petite-ni\u00e8ce de Marie-Antoinette. Napol\u00e9on, de petite noblesse corse (d\u2019origine g\u00e9noise), \u00e9voque volontiers \u00ab\u00a0mon pauvre oncle Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0ma malheureuse tante Marie-Antoinette\u00a0\u00bb. Cette union flatte son orgueil. Mais il reconna\u00eetra bient\u00f4t l\u2019\u00e9vidence\u00a0: \u00ab\u00a0Mon mariage m\u2019a perdu, l\u2019Autriche \u00e9tait devenue ma famille, j\u2019ai pos\u00e9 le pied sur un ab\u00eeme recouvert de fleurs.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 Derni\u00e8re reine sous l\u2019Ancien R\u00e9gime, c\u2019est la R\u00e9volution qui fera de Marie-Antoinette un personnage historique au destin tragique. N\u00e9e \u00e0 Vienne, elle \u00e9pouse \u00e0 14 ans le futur Louis XVI pour raison d\u2019\u00c9tat\u00a0: l\u2019union doit renforcer les liens entre la France et l\u2019Autriche. 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