{"id":9857,"date":"2023-10-30T00:00:00","date_gmt":"2023-10-29T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/qui-a-dit-quoi-de-qui-siecle-des-lumieres\/"},"modified":"2026-03-24T09:05:41","modified_gmt":"2026-03-24T08:05:41","slug":"qui-a-dit-quoi-de-qui-siecle-des-lumieres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/qui-a-dit-quoi-de-qui-siecle-des-lumieres\/","title":{"rendered":"Qui a dit quoi de Qui\u00a0? (Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res)"},"content":{"rendered":"\t\t<div data-elementor-type=\"wp-post\" data-elementor-id=\"9857\" class=\"elementor elementor-9857\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-424abace e-flex e-con-boxed e-con e-parent\" data-id=\"424abace\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-1436cca3 elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"1436cca3\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"field-item even\">\n<p>Un personnage parle d\u2019un autre personnage. <br>Exemple type\u00a0: \u00ab\u00a0Un fou a dit \u00ab\u00a0Moi, la France\u00a0\u00bb et personne n\u2019a ri parce que c\u2019\u00e9tait vrai.\u00a0\u00bb Fran\u00e7ois Mauriac \u00e9voquant de Gaulle en juin 1940.<\/p>\n<p>Le premier \u00ab\u00a0qui\u00a0\u00bb est quelquefois le peuple (acteur anonyme) s\u2019exprimant en chanson, pamphlet, slogan, \u00e9pitaphe. Le second \u00ab\u00a0qui\u00a0\u00bb peut \u00eatre un groupe, une assembl\u00e9e, une arm\u00e9e \u00e0 qui le discours est destin\u00e9.<br>Si les deux \u00ab\u00a0qui\u00a0\u00bb sont identiques, c\u2019est un autoportrait, une profession de foi politique, parfois une devise. <br>Les lettres (Correspondance) et M\u00e9moires (sous diverses formes) sont des sources pr\u00e9cieuses, les \u00ab\u00a0mots de la fin\u00a0\u00bb livrent une ultime v\u00e9rit\u00e9 sur l\u2019auteur. <\/p>\n<p>Dans ce d\u00e9fil\u00e9 de Noms plus ou moins connus ou c\u00e9l\u00e8bres, le ton passe de l\u2019humour \u00e0 la cruaut\u00e9 avec ces citations r\u00e9f\u00e9rentielles ou anecdotiques, mais historiquement toujours significatives.<br>\u00ab\u00a0Qui a dit quoi de Qui\u00a0\u00bb est une version r\u00e9sum\u00e9e en 12 \u00e9ditos de notre <em>Histoire en citations<\/em> \u2013 \u00ab\u00a0quand, comment et pourquoi\u00a0\u00bb donnant l\u2019indispensable contexte.<\/p>\n<p>\u00c7a peut aussi devenir un jeu\u00a0: \u00ab\u00a0Qui a dit quoi de Qui\u00a0\u00bb. \u00c0 vous de voir.<\/p>\n<h3>4. Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res.<\/h3>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-4-67.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">Portrait des philosophes<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cela veut raisonner de tout, et n\u2019a pas mille \u00e9cus de rente.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"997\" class=\"cit-num\">997<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duc de <span class=\"caps\">CASTRIES<\/span> (1727-1801). <em>Le Rouge et le Noir<\/em> (1830), Stendhal<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le duc de Castries, qui est aussi marquis, mar\u00e9chal de France, ministre, gouverneur\u2026 et d\u00e9put\u00e9 \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e des notables (1788), se fera remarquer \u00e0 la veille de la R\u00e9volution par son hostilit\u00e9 \u00e0 toute r\u00e9forme.<\/p>\n<p>Il parle avec d\u00e9dain de Rousseau (le pl\u00e9b\u00e9ien) et de d\u2019Alembert (le b\u00e2tard) \u2013 il aurait pu en dire autant de Diderot (le boh\u00e8me). Chez ces hommes avides de r\u00e9pandre les Lumi\u00e8res dans un public de plus en plus vaste et \u00e9clair\u00e9, la vocation encyclop\u00e9dique va de pair avec une curiosit\u00e9 universelle et une culture tout terrain.\u00a0<\/p>\n<p>Charles-Louis de Secondat, baron de la Br\u00e8de et de Montesquieu, le premier de nos quatre grands philosophes, est le seul \u00e0 pouvoir vivre de ses rentes, ce qui ne l\u2019a pas emp\u00each\u00e9 de bien travailler\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019\u00e9tude a \u00e9t\u00e9 pour moi le souverain rem\u00e8de contre les d\u00e9go\u00fbts, n\u2019ayant jamais eu de chagrin qu\u2019une heure de lecture ne m\u2019ait \u00f4t\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1001\" class=\"cit-num\">1001<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MONTESQUIEU<\/span> (1689-1755), <em>Cahiers<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Montesquieu est un homme heureux \u2013 et relativement simple, compar\u00e9 \u00e0 ses confr\u00e8res.<\/p>\n<p>Paisible magistrat qui \u00e9crit d\u2019abord pour se distraire, il se lib\u00e8re de sa charge parlementaire et sans aucun probl\u00e8me d\u2019argent, peut se consacrer \u00e0 des travaux qui ont le succ\u00e8s et le public esp\u00e9r\u00e9s (<em>Lettres Persanes<\/em> et <em>l\u2019Esprit des lois<\/em>).<\/p>\n<p>Dans ses <em>Cahiers<\/em>, il d\u00e9taille ce portrait de lui-m\u00eame\u00a0: \u00ab\u00a0Je m\u2019\u00e9veille le matin avec une joie secr\u00e8te\u00a0; je vois la lumi\u00e8re avec une esp\u00e8ce de ravissement. Tout le reste du jour je suis content.\u00a0\u00bb Il nous donne d\u2019autres attendus plus politiques et surprenants.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis bon citoyen parce que j\u2019aime le gouvernement o\u00f9 je suis n\u00e9 [\u2026] parce que j\u2019ai toujours \u00e9t\u00e9 content de l\u2019\u00e9tat o\u00f9 je suis [\u2026] mais dans quelque pays que je fusse n\u00e9, je l\u2019aurais \u00e9t\u00e9 tout de m\u00eame.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1002\" class=\"cit-num\">1002<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MONTESQUIEU<\/span> (1689-1755), <em>Cahiers<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Autoportrait de l\u2019homme toujours heureux et sage. Sa philosophie sera \u00e0 l\u2019image du citoyen, toute d\u2019\u00e9quilibre et de raison, en accord avec ce si\u00e8cle o\u00f9 le bonheur est de r\u00e8gle et o\u00f9, seul de la bande des quatre philosophes, Rousseau l\u2019\u00e9corch\u00e9 vif fera exception.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis flexible comme une anguille et vif comme un l\u00e9zard et travaillant toujours comme un \u00e9cureuil.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1014\" class=\"cit-num\">1014<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), Lettre \u00e0 d\u2019Argental, 22\u00a0octobre\u00a01759, <em>Correspondance<\/em> (posthume).<em> Dictionnaire de fran\u00e7ais Littr\u00e9<\/em>, au mot \u00ab\u00a0travaillant\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Autoportrait du sexag\u00e9naire, bien que de sant\u00e9 pr\u00e9caire et sachant se m\u00e9nager en se refusant tout exc\u00e8s. De son adolescence libertine et frondeuse \u00e0 sa \u00ab\u00a0retraite fr\u00e9n\u00e9tique\u00a0\u00bb, le personnage d\u00e9borde d\u2019activit\u00e9s plurielles.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vari\u00e9t\u00e9, c\u2019est ma devise\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Correspondance<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Outre ses activit\u00e9s citoyennes, voyageuses, europ\u00e9ennes, batailleuses, mondaines, courtisanes, agronomiques et \u00e9cologiques, Voltaire a \u00e9crit dans tous les genres, trag\u00e9dies, po\u00e8mes, romans, contes, trait\u00e9s philosophiques, histoire, critiques litt\u00e9raires et dramatiques, pamphlets, sans oublier une Correspondance de quelques 40 000 lettres (il en reste 14 000). Ses \u0153uvres \u00ab\u00a0p\u00e8seraient\u00a0\u00bb 99 tomes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai fait un peu de bien\u00a0; c\u2019est mon meilleur ouvrage.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1022\" class=\"cit-num\">1022<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>\u00c9p\u00eetres<\/em>, \u00c0 Horace<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019\u0153uvre philosophique, il mena une vie \u00ab\u00a0dans le si\u00e8cle\u00a0\u00bb prodigieusement active\u00a0dont il semble \u00ab\u00a0modestement fier\u00a0\u00bb \u00e0 juste titre, ce qui lui valut quelques ennemis et bien des jalousies\u00a0!<\/p>\n<p>Son sens des affaires lui permit de \u00ab\u00a0civiliser\u00a0\u00bb la r\u00e9gion de Ferney. Le sexag\u00e9naire fait ass\u00e9cher les marais, b\u00e2tir des maisons, construire un th\u00e9\u00e2tre et une \u00e9glise, planter des arbres, cr\u00e9er des prairies artificielles, utiliser des semoirs perfectionn\u00e9s, d\u00e9velopper l\u2019\u00e9levage. Il installe une tannerie, une fabrique de bas de soie que Mme\u00a0de Choiseul pr\u00e9sente \u00e0 la cour, et des montres que nos ambassadeurs recommandent \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Il d\u00e9livre le pays de la gabelle et le patriarche de Ferney se retrouve acclam\u00e9 en bienfaiteur\u00a0: \u00ab\u00a0Un repaire de quarante sauvages est devenu une petite ville opulente habit\u00e9e par douze cents personnes utiles\u00a0\u00bb, \u00e9crit-il.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce n\u2019est pas seulement un esprit qu\u2019il a, ce sont tous les esprits ensemble qui reviennent dans son cr\u00e2ne et y tiennent le Sabbat.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1015\" class=\"cit-num\">1015<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pr\u00e9sident de <span class=\"caps\">BROSSES<\/span> (1709-1777), Lettre \u00e0 son cousin Loppin de G\u00e9meaux, 4\u00a0janvier 1759. <em>Le Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res<\/em> (1968), Jean-Marie Goulemot, Michel Launay, Georges Mailhos<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Premier pr\u00e9sident du Parlement de Dijon, ce magistrat ind\u00e9pendant et frondeur, deux fois exil\u00e9 sur ses terres, est dou\u00e9 d\u2019assez d\u2019esprit pour appr\u00e9cier celui de Voltaire\u00a0!<\/p>\n<p>Le roi de Prusse, Fr\u00e9d\u00e9ric <span class=\"caps\">II<\/span>, est lui-m\u00eame un despote assez \u00e9clair\u00e9 pour \u00e9crire cet <em>\u00c9loge de Voltaire<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019on peut dire, s\u2019il m\u2019est permis de m\u2019exprimer ainsi, que M. de Voltaire valait seul toute une Acad\u00e9mie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Son confr\u00e8re et meilleur ennemi Rousseau se situe aux antipodes sur l\u2019\u00e9chiquier philosophique, social et humain.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Jet\u00e9 d\u00e8s mon enfance dans le tourbillon du monde, j\u2019appris de bonne heure par l\u2019exp\u00e9rience que je n\u2019\u00e9tais pas fait pour y vivre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1034\" class=\"cit-num\">1034<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Jacques <span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span> (1712-1778), <em>Les R\u00eaveries d\u2019un promeneur solitaire<\/em> (posthume, 1782)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Voltaire et Diderot furent injustes et m\u00eame cruels envers lui, de m\u00eame qu\u2019Hugo le traitant de \u00ab\u00a0faux misanthrope rococo\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Sinc\u00e8rement \u00e9pris de nature et de solitude, il est inapte \u00e0 la vie sociale, incompris et d\u00e9plorant de si mal communiquer, rebelle \u00e0 toute contrainte, d\u00e9go\u00fbt\u00e9 de ce qui l\u2019entoure et souffrant du contact des hommes jusqu\u2019\u00e0 la folie de la pers\u00e9cution.<\/p>\n<p>Exception \u00e0 la r\u00e8gle dans ce si\u00e8cle \u00e9minemment sociable et volontiers heureux, il conclut dans un dernier paradoxe de ses <em>R\u00eaveries d\u2019un promeneur solitaire<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Me voici donc seul sur la terre, n\u2019ayant plus de fr\u00e8re, de prochain, d\u2019ami, de soci\u00e9t\u00e9 que moi-m\u00eame. Le plus sociable et le plus aimant des humains en a \u00e9t\u00e9 proscrit par un accord unanime.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\"><em>\u00ab\u00a0Vitam impendere vero\u00a0\u00bb<\/em> \u00ab\u00a0Consacrer sa vie \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb<span id=\".\" class=\"cit-num\">.<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span> (1712-1778), devise inscrite au fronton de sa tombe (sculpt\u00e9e par Houdon)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La v\u00e9rit\u00e9 morale est selon lui l\u2019\u00e9l\u00e9ment unificateur de toute r\u00e9alit\u00e9 et la v\u00e9rit\u00e9 rime aussi avec la libert\u00e9 d\u2019\u00eatre soi, aussi proche qu\u2019il se peut de la nature \u2013 ou sa nature\u2026 Rousseau est malgr\u00e9 tout plein de contradictions et de sinc\u00e9rit\u00e9s successives. Diderot lui ressemble en cela et sur d\u2019autres points aussi, mais l\u2019homme appara\u00eet beaucoup plus sympathique et sociable.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dire que l\u2019homme est un compos\u00e9 de force et de faiblesse, de lumi\u00e8re et d\u2019aveuglement, de petitesse et de grandeur, ce n\u2019est pas lui faire son proc\u00e8s, c\u2019est le d\u00e9finir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1053\" class=\"cit-num\">1053<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), <em>Addition aux pens\u00e9es philosophiques<\/em> (1762)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c2g\u00e9 de 57\u00a0ans, il fait ici son autoportrait. Sensible \u00e0 l\u2019exc\u00e8s, extr\u00eame en tout, dans ses sentiments comme dans ses jugements, sensuel, extraverti, com\u00e9dien et penseur, jouant du paradoxe, p\u00e9chant par exc\u00e8s de mots et d\u00e9faut de rigueur\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019enrage d\u2019\u00eatre emp\u00eatr\u00e9 d\u2019une diable de philosophie que mon esprit ne peut s\u2019emp\u00eacher d\u2019approuver, ni mon c\u0153ur de d\u00e9mentir\u00a0\u00bb (<em>Correspondance<\/em>). Et plus que tout, tiraill\u00e9 toute sa vie entre les lumi\u00e8res de la raison et les transports de la passion, \u00e0 l\u2019image du tournant du si\u00e8cle, entre Lumi\u00e8res et romantisme.<\/p>\n<p>Mais Diderot en souffre moins que Rousseau et surtout moins qu\u2019il ne le dit, car la contradiction est le moteur de sa pens\u00e9e. Il pr\u00e9tend quand m\u00eame \u00e0 une certaine logique dans ses <em>Entretiens\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0Notre v\u00e9ritable sentiment n\u2019est pas celui dans lequel nous n\u2019avons jamais vacill\u00e9, mais celui auquel nous sommes le plus habituellement revenus.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous sommes l\u2019univers entier. Vrai ou faux, j\u2019aime ce syst\u00e8me qui m\u2019identifie avec tout ce qui m\u2019est cher.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1054\" class=\"cit-num\">1054<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), Lettres, \u00e0 Falconet.<em> M\u00e9moires, correspondance et ouvrages in\u00e9dits de Diderot<\/em> (1831)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Curiosit\u00e9 universelle, culture \u00ab\u00a0encyclop\u00e9dique\u00a0\u00bb, travailleur infatigable, auteur d\u2019une \u0153uvre aussi foisonnante que d\u00e9sordonn\u00e9e, amoureux de la nature et adorant la soci\u00e9t\u00e9, il est aussi \u00e0 l\u2019aise avec les petites gens (n\u00e9 de modeste bourgeoisie, d\u00e9but de vie boh\u00e8me, mari\u00e9 \u00e0 une ling\u00e8re) qu\u2019avec les intellectuels des salons et les Grands. En cela, Diderot est bien l\u2019homme de son\u00a0si\u00e8cle. Il l\u2019est aussi par son don de bonheur\u00a0: \u00ab\u00a0Il n\u2019y a qu\u2019un devoir, c\u2019est d\u2019\u00eatre heureux [\u2026] ma pente naturelle, invincible, inali\u00e9nable, est d\u2019\u00eatre heureux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Plut\u00f4t s\u2019user que se rouiller\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Denis <span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), sa devise<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Hyperactif et inventif, il a travaill\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la limite de ses forces, toujours pr\u00eat \u00e0 rendre service et \u00e0 se battre pour les gens qu\u2019il aime ou les causes qu\u2019il d\u00e9fend, auteur tout terrain \u2013 philosophie, th\u00e9\u00e2tre, roman, conte, essai, traduction, correspondance, critique litt\u00e9raire et critique d\u2019art (les fameux <em>Salons<\/em>). Correcteur et lecteur infatigable, c\u2019est quand m\u00eame <em>l\u2019Encyclop\u00e9die<\/em> qui l\u2019occupe presque \u00e0 plein temps de 1747 \u00e0 1765. Il a r\u00e9dig\u00e9 personnellement plus de mille articles, s\u2019occupant aussi de la collecte et la r\u00e9alisation des planches qui illustrent cette \u0153uvre monumentale.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-4-67.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">R\u00e9gence et r\u00e8gne de Louis <span class=\"caps\">XV<\/span> (1715-1774)<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il aura tous les talents, except\u00e9 celui d\u2019en faire usage.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1070\" class=\"cit-num\">1070<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Princesse <span class=\"caps\">PALATINE<\/span> (1652-1722), parlant de son fils, le R\u00e9gent, et \u00ab\u00a0citant\u00a0\u00bb avec humour la mauvaise f\u00e9e venue lui jeter un sort, lors de ses couches.<em> Histoire de France<\/em> (1852), Augustin Challamel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Venue de Bavi\u00e8re, elle \u00e9pousa Monsieur, fr\u00e8re du roi. Ils firent trois enfants pour assurer la descendance, et ensuite lit \u00e0 part \u2013 lui n\u2019aimait pas les femmes et elle, devenue ob\u00e8se, parle de sa \u00ab\u00a0taille monstrueuse de grosseur\u00a0\u00bb. La Palatine reste c\u00e9l\u00e8bre pour son franc-parler qui visait m\u00eame sa belle-s\u0153ur, Mme de Maintenon (\u00ab\u00a0l\u2019Ordure du roi, la Vieille touffe, la Ripop\u00e9e, la Vieille conne, la Vieille guenon\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Son amour maternel ne l\u2019aveugle pas sur son fils le R\u00e9gent qu\u2019elle n\u2019\u00e9pargne gu\u00e8re\u00a0: premier prince du sang, elle le gifle devant la cour \u00e0 l\u2019annonce de son mariage avec Mlle\u00a0de Blois, fille l\u00e9gitim\u00e9e de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> et de la Montespan, malgr\u00e9 tout b\u00e2tarde et \u00ab\u00a0qui ressemble \u00e0 un cul comme deux gouttes d\u2019eau\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Elle admire son intelligence, ses succ\u00e8s militaires. Pierre Gaxotte confirme\u00a0: \u00ab\u00a0Il avait re\u00e7u en partage tous les dons de l\u2019intelligence, toutes les curiosit\u00e9s de l\u2019esprit, une bont\u00e9 r\u00e9elle et expansive, une bravoure, une endurance et des talents qui avaient brill\u00e9 \u00e0 la guerre\u00a0\u00bb (<em>Le Si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span><\/em>).<\/p>\n<p>Mais elle d\u00e9plore ses m\u0153urs indignes d\u2019un R\u00e9gent\u00a0: il multiplie les blasph\u00e8mes, les beuveries et les b\u00e2tards, se plaisant en mauvaise compagnie (avec ses \u00ab\u00a0rou\u00e9s\u00a0\u00bb, bons pour le supplice de la roue), soup\u00e7onn\u00e9 d\u2019inceste (avec sa fille), de sorcellerie et d\u2019empoisonnement (sur la personne de ses cousins). Son go\u00fbt de la provocation le pousse \u00e0 afficher ses pires c\u00f4t\u00e9s.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Me voici donc en ce lieu de d\u00e9tresse,<br>Embastill\u00e9, log\u00e9 fort \u00e0 l\u2019\u00e9troit,<br>Ne dormant point, buvant chaud,<br>Mangeant froid.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1071\" class=\"cit-num\">1071<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>La Bastille<\/em> (1717), Po\u00e9sies diverses<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le R\u00e9gent a fait embastiller l\u2019insolent. D\u00e9j\u00e0 exil\u00e9 deux fois en province pour cause d\u2019\u00e9crits satiriques, l\u2019incorrigible frondeur a r\u00e9cidiv\u00e9 avec une \u00e9pigramme \u2013 en latin pour plus de prudence, mais \u00e0 l\u2019\u00e9poque, tout le beau monde parle latin.<\/p>\n<p>Le R\u00e9gent, Dubois (son principal ministre), les princes du sang, les ducs, les b\u00e2tards, le Parlement, chaque faction paie ses libellistes pour tra\u00eener dans la boue la faction adverse. L\u2019impertinence devient un m\u00e9tier et l\u2019esprit de Voltaire, tant\u00f4t courtisan, tant\u00f4t courageux et parfois les deux, excelle dans cette carri\u00e8re.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Monseigneur, je trouverais tr\u00e8s doux que Sa Majest\u00e9 daign\u00e2t se charger de ma nourriture, mais je supplie Votre Altesse de ne plus s\u2019occuper de mon logement.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1072\" class=\"cit-num\">1072<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), au R\u00e9gent qui vient de le lib\u00e9rer, 1718. <em>Voltaire, sa vie et ses \u0153uvres<\/em> (1867), Abb\u00e9 Maynard<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fran\u00e7ois-Marie Arouet, 24\u00a0ans, prend alors le nom de Voltaire. La renomm\u00e9e s\u2019acquiert en un soir au th\u00e9\u00e2tre et il devient c\u00e9l\u00e8bre comme trag\u00e9dien, avec son <em>\u0152dipe<\/em> (aujourd\u2019hui injouable, comme toute son \u0153uvre dramatique). Ce n\u2019est que le d\u00e9but d\u2019une longue vie mouvement\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Et ce prince admirable<br>Passe ses nuits \u00e0 table<br>En se noyant de vin<br>Aupr\u00e8s de sa putain.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1073\" class=\"cit-num\">1073<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pamphlet (anonyme).<em> Chansonnier historique du <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle<\/em> (1879), \u00c9mile Rauni\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019impopularit\u00e9 du R\u00e9gent s\u2019exprime par des vers publi\u00e9s ou chant\u00e9s, rarement sign\u00e9s \u2013 prudence oblige. Aucun des princes qui vont gouverner la France n\u2019\u00e9chappera d\u00e9sormais \u00e0 ce genre d\u2019\u00e9crits. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> le Bien-Aim\u00e9 mourra ha\u00ef du peuple. Et Marie-Antoinette, dauphine adul\u00e9e, devenue reine, sera la cible de pamphlets par milliers.<\/p>\n<p>Comme le dira Eug\u00e8ne Scribe dans son <em>Discours de r\u00e9ception \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise<\/em> (1834)\u00a0: \u00ab\u00a0En France et sous nos rois, la chanson fut longtemps la seule opposition possible\u00a0; on d\u00e9finissait le gouvernement d\u2019alors comme une monarchie absolue temp\u00e9r\u00e9e par des chansons.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le R\u00e9gent a quand m\u00eame bien man\u0153uvr\u00e9 pour avoir le pouvoir\u00a0: il s\u2019est alli\u00e9 avec le Parlement pour annuler aussit\u00f4t le testament de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> et \u00e9carter le duc du Maine. En \u00e9change, le Parlement a r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 le droit de remontrance et il en devient l\u2019otage.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Parbleu\u00a0! voil\u00e0 un foutu royaume bien gouvern\u00e9, par un ivrogne, par une putain, par un fripon, et par un maquereau\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1074\" class=\"cit-num\">1074<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Philippe d\u2019<span class=\"caps\">ORL\u00c9ANS<\/span> (1674-1723) r\u00e9pondant \u00e0 un ministre venu lui demander de signer un d\u00e9cret. <em>L\u2019Amour au temps des libertins<\/em> (2011), Patrick Wald Lasowski<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le R\u00e9gent (l\u2019ivrogne) soupe et boit avec une de ses ma\u00eetresses pr\u00e9f\u00e9r\u00e9es, Mme\u00a0de Parab\u00e8re (la putain), en compagnie de John Law (le fripon), banquier \u00e9cossais qui fait la politique financi\u00e8re de la France, et de l\u2019abb\u00e9 Dubois (le maquereau), v\u00e9nal et libertin, mais sup\u00e9rieurement intelligent, responsable de la politique ext\u00e9rieure sous la R\u00e9gence \u2013 le \u00ab\u00a0maquereau\u00a0\u00bb deviendra bient\u00f4t \u00ab\u00a0rouget\u00a0\u00bb, autrement dit cardinal de mani\u00e8re non orthodoxe\u2026<\/p>\n<p>Il est dans un tel \u00e9tat d\u2019\u00e9bri\u00e9t\u00e9 qu\u2019il ne peut m\u00eame pas signer le d\u00e9cret, il tend la plume \u00e0 ses trois comp\u00e8res, et finalement s\u2019ex\u00e9cute, \u00e9tant malgr\u00e9 tout le R\u00e9gent de ce \u00ab\u00a0foutu royaume\u00a0\u00bb. <em>Que la f\u00eate commence\u00a0!<\/em> (1975)\u00a0: le film de Bertrand Tavernier est une chronique historique cruelle et fid\u00e8le \u00e0 cette \u00e9poque.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tous les vices combattaient en lui \u00e0 qui en demeurerait le ma\u00eetre. Ils y faisaient un bruit et un combat continuels entre eux.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1075\" class=\"cit-num\">1075<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duc de <span class=\"caps\">SAINT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">SIMON<\/span> (1675-1755), \u00e0 propos de l\u2019abb\u00e9 Dubois, <em>M\u00e9moires<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On reconna\u00eet le style incisif du grand m\u00e9morialiste, aussi dur pour le temps de la R\u00e9gence que pour la fin du r\u00e8gne de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>. Mais c\u2019est une loi du genre\u00a0: l\u2019auteur du portrait se d\u00e9voile souvent.<\/p>\n<p>Saint-Simon, pair de France, imbu de son titre et de son sang, incarne cette haute aristocratie d\u00e9sireuse de prendre sa revanche sur le pr\u00e9c\u00e9dent \u00ab\u00a0r\u00e8gne de vile bourgeoisie\u00a0\u00bb et trahit les ranc\u0153urs de cette caste dont les esp\u00e9rances politiques sont vite d\u00e9\u00e7ues par le nouveau pouvoir. Il juge ici un rival plus heureux que lui en politique, l\u2019abb\u00e9 Guillaume Dubois, ancien pr\u00e9cepteur de Philippe d\u2019Orl\u00e9ans\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019avarice, l\u2019ambition, la d\u00e9bauche \u00e9taient ses dieux\u00a0; la perfidie, la flatterie, les servages [mani\u00e8res de valet], ses moyens\u00a0; l\u2019impi\u00e9t\u00e9 parfaite son repos.\u00a0\u00bb Dubois fut certes un intrigant, mais aussi un habile diplomate.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On m\u2019a aim\u00e9 sans me conna\u00eetre, on me hait sans me conna\u00eetre encore\u00a0; j\u2019esp\u00e8re me faire conna\u00eetre et aimer dans peu.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1077\" class=\"cit-num\">1077<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Philippe d\u2019<span class=\"caps\">ORL\u00c9ANS<\/span> (1674-1723), en 1718. <em>Les Rois qui ont fait la France, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> le Bien-Aim\u00e9<\/em> (1982), Georges Bordonove<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9tonnant aveu qui s\u2019apparente \u00e0 un autoportrait et une confession. L\u2019homme conna\u00eet sa r\u00e9putation, toujours ex\u00e9crable pour des raisons priv\u00e9es, mais son impopularit\u00e9 grandit pour des raisons politiques. Les nouvelles alliances d\u00e9concertent l\u2019opinion anti-anglaise, cependant qu\u2019un parti pro-espagnol infiltre toutes les classes.<\/p>\n<p>On ne sait pas assez gr\u00e9 au R\u00e9gent du trait\u00e9 sign\u00e9 avec Georges\u00a0Ier, qui va assurer la paix avec l\u2019Angleterre pendant plus de vingt ans. C\u2019est aussi l\u2019\u0153uvre de l\u2019abb\u00e9 Dubois, son ancien pr\u00e9cepteur, tout aussi intelligent et fin diplomate, mais d\u00e9test\u00e9 et brocard\u00e9 autant que lui.<\/p>\n<p>Pour redorer son blason et am\u00e9liorer sa cote de popularit\u00e9, le R\u00e9gent va tenter un coup financier avec Law, esprit hardi, subtil, brillant et s\u00fbr de lui. Le \u00ab\u00a0Syst\u00e8me\u00a0\u00bb est une bonne id\u00e9e, mais son application se r\u00e9v\u00e8lera catastrophique dans un pays pas encore pr\u00eat \u00e0 ce qui r\u00e9ussit d\u00e9j\u00e0 en Angleterre, premi\u00e8re puissance \u00e9conomique moderne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On se souviendra longtemps qu\u2019il ressemblait \u00e0 l\u2019Amour.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1090\" class=\"cit-num\">1090<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marquis d\u2019<span class=\"caps\">ARGENSON<\/span> (1694-1757), lors du sacre, en la cath\u00e9drale Notre-Dame de Reims, 25\u00a0octobre 1722. <em>Journal et M\u00e9moires du marquis d\u2019Argenson<\/em> (posthume, 1859)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le fils d\u2019Argenson, Ren\u00e9 Louis, t\u00e9moigne dans ses <em>M\u00e9moires<\/em>, d\u00e9j\u00e0 sous le charme du jeune roi comme tous ceux qui l\u2019approchent.<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> restera \u00ab\u00a0le Bien-Aim\u00e9\u00a0\u00bb pour l\u2019histoire \u2013 m\u00eame s\u2019il finit d\u00e9test\u00e9 par son peuple. Les contemporains de son adolescence, unanimes, \u00e9voquent sa s\u00e9duction et sa prestance, la gr\u00e2ce qu\u2019il met \u00e0 danser, monter \u00e0 cheval, passer les troupes en revue.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On se sentait forc\u00e9 de l\u2019aimer dans l\u2019instant.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1118\" class=\"cit-num\">1118<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CASANOVA<\/span> (1725-1798), de passage en France, 1750, <em>Histoire de ma vie<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le Bien-Aim\u00e9 a longtemps m\u00e9rit\u00e9 son surnom. L\u2019aventurier et m\u00e9morialiste italien (d\u2019expression fran\u00e7aise) confirmera cette impression de prestance et de gr\u00e2ce que Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> donne \u00e0 quiconque l\u2019approche\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai vu le roi aller \u00e0 la messe. La t\u00eate de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> \u00e9tait belle \u00e0 ravir et plant\u00e9e sur son cou l\u2019on ne pouvait pas mieux. Jamais peintre tr\u00e8s habile ne put dessiner le coup de t\u00eate de ce monarque lorsqu\u2019il se retournait pour regarder quelqu\u2019un.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous l\u2019avons vu mourir fort \u00e2g\u00e9 et oubli\u00e9 comme il arrive \u00e0 tous ceux qui n\u2019ont eu que de grands \u00e9v\u00e9nements sans avoir fait de grandes choses.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1091\" class=\"cit-num\">1091<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Le Si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span><\/em> (1751)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Voltaire historien \u00e9voque ici le duc de Lauzun, mar\u00e9chal de France, mort en 1723 \u00e0 90\u00a0ans. Courtisan plein d\u2019ambition et d\u00e9pourvu de scrupules, favori de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> qui, lass\u00e9 de ses impertinences, l\u2019a fait embastiller, il finit par \u00e9pouser la Grande Mademoiselle \u00e0 l\u2019immense fortune, passa en Angleterre o\u00f9 il assista \u00e0 la r\u00e9volution de 1688, fut charg\u00e9 de conduire en France la reine et le prince de Galles. Mari\u00e9 en secondes noces \u00e0 la belle-s\u0153ur de Saint-Simon qui dit de lui\u00a0: \u00ab\u00a0On ne r\u00eave pas comme il a v\u00e9cu.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Toujours coucher, toujours grosse, toujours accoucher.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1106\" class=\"cit-num\">1106<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marie <span class=\"caps\">LECZINSKA<\/span> (1703-1768), en 1737. <em>Les Rois qui ont fait la France, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> le Bien-Aim\u00e9<\/em> (1982), Georges Bordonove<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le mot, souvent cit\u00e9, est sans doute apocryphe \u2013 femme tr\u00e8s r\u00e9serv\u00e9e, princesse bien \u00e9duqu\u00e9e, elle n\u2019a pu dire cela. Mais elle a d\u00fb le penser\u00a0! En dix ans de mariage, elle donne dix enfants au roi (dont sept filles). La derni\u00e8re grossesse est difficile, sa sant\u00e9 s\u2019en ressent, elle doit se refuser \u00e0 son \u00e9poux sans lui dire la raison, il s\u2019en offusque et s\u2019\u00e9loigne d\u2019elle.<\/p>\n<p>Elle perd toute s\u00e9duction, se couvre de fichus, ch\u00e2les et mantelets pour lutter contre sa frilosit\u00e9. Elle se console en mangeant, gourmette et gourmande, inventant avec son chef cuisinier les fameuses \u00ab\u00a0bouch\u00e9es \u00e0 la reine\u00a0\u00bb cens\u00e9es ranimer les ardeurs royales \u2013 mais elle n\u2019en profitera pas personnellement. Toujours amoureuse, elle sera malheureuse\u2026 et l\u2019une des reines les plus ouvertement tromp\u00e9es. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> a commenc\u00e9 avec Mme\u00a0de Mailly, favorite discr\u00e8te.<\/p>\n<p>La vie amoureuse de Louis <span class=\"caps\">XV<\/span> fut tr\u00e8s comment\u00e9e par les contemporains et document\u00e9e par les historiens, mais le personnage du roi demeure complexe \u2013 bien plus que ses illustres pr\u00e9d\u00e9cesseurs.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il avait tout ce qu\u2019il fallait pour faire le plus grand roi du monde. Il ne lui aurait fallu que la moiti\u00e9 de la gasconnade d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> et du grand caract\u00e8re de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1112\" class=\"cit-num\">1112<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duc de <span class=\"caps\">CRO\u0178<\/span> (1718-1784),<em> Journal in\u00e9dit\u00a0: M\u00e9moires<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mar\u00e9chal de France et gouverneur de Picardie, tr\u00e8s proche du roi et naturellement courtisan, le duc reconna\u00eet cependant des manques essentiels dans la personnalit\u00e9 de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>. Il manquera surtout au roi un Richelieu, vu ses points communs avec Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span>\u00a0: m\u00eames doutes, scrupules excessifs, volont\u00e9 secr\u00e8te, m\u00e9fiance et timidit\u00e9.<\/p>\n<p>Autre probl\u00e8me sans doute corollaire, il a peu de contacts avec ses ministres et se d\u00e9cide sur dossier, ou sur informations re\u00e7ues par un r\u00e9seau d\u2019espions et de diplomates plus ou moins secrets. Il est aussi sous l\u2019influence de ses ma\u00eetresses qui lui sont indispensables pour ne pas tomber dans une m\u00e9lancolie maladive.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voyant plus juste que les autres, il croyait toujours avoir tort.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1113\" class=\"cit-num\">1113<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duc de <span class=\"caps\">CRO\u0178<\/span> (1718-1784),<em> Journal in\u00e9dit\u00a0: M\u00e9moires<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il \u00e9crit encore \u00e0 propos de Louis <span class=\"caps\">XV<\/span>\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai dit mille fois dans mes <em>M\u00e9moires<\/em>, il ne lui manquait que d\u2019oser d\u00e9cider par lui-m\u00eame et de ne pas, toujours par modestie, tourner \u00e0 l\u2019avis des autres, tandis qu\u2019il voyait mieux qu\u2019eux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le duc de Luynes, autre proche, confirme\u00a0: \u00ab\u00a0On voit quelquefois qu\u2019il a envie de parler, la timidit\u00e9 le retient, et les expressions semblent se refuser.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019entends toujours demander si les chiens et les chevaux sont las et jamais les hommes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1116\" class=\"cit-num\">1116<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LANSMATE<\/span> (<span class=\"caps\">XVIII<\/span>e si\u00e8cle), premier piqueur du roi. <em>M\u00e9moires sur les r\u00e8gnes de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> et Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> et sur la R\u00e9volution<\/em> (1886), comte Jean-Nicolas Dufort de Cheverny, Robert Saint John de Cr\u00e8vec\u0153ur<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 l\u2019occasion d\u2019une chasse qui a \u00e9puis\u00e9 b\u00eates et gens, Lansmate d\u00e9plore l\u2019insolente sant\u00e9 de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>, jointe \u00e0 un certain \u00e9go\u00efsme.<\/p>\n<p>L\u2019enfant ch\u00e9tif et plusieurs fois mourant est devenu un sportif infatigable, grand et bon chasseur par tous les temps. Les voyages, les c\u00e9r\u00e9monies, les amours, la guerre m\u00eame o\u00f9 il se montre fier soldat, rien ne semble le fatiguer. Luynes \u00e9voque \u00ab\u00a0cet extr\u00eame besoin d\u2019exercices violents et de dissipation, et des moments de noire tristesse\u00a0\u00bb. Le roi n\u2019a jamais assez de divertissements et son m\u00e9tier de roi, exerc\u00e9 par intermittence, ne lui suffit pas.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Puisqu\u2019il a repris sa catin, il ne trouvera plus un Pater sur le pav\u00e9 de Paris.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1120\" class=\"cit-num\">1120<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Les poissardes parlant de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>, novembre\u00a01744. <em>Dictionnaire contenant les anecdotes historiques de l\u2019amour, depuis le commencement du monde jusqu\u2019\u00e0 ce jour<\/em> (1811), Mouchet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est le peuple qui s\u2019exprime, par la voix des marchandes de la Halle \u00e0 Paris. Bien-Aim\u00e9, certes, mais d\u00e9j\u00e0 contest\u00e9. Elles ont tant pri\u00e9 pour la gu\u00e9rison du roi malade. Mais il vient de reprendre sa ma\u00eetresse Mme\u00a0de Ch\u00e2teauroux, troisi\u00e8me des s\u0153urs de Nesle, pr\u00e9sent\u00e9es au roi par le duc de Richelieu, petit-neveu du cardinal (embastill\u00e9 \u00e0 15\u00a0ans pour d\u00e9bauche et remari\u00e9 pour la troisi\u00e8me fois \u00e0 84\u00a0ans). La nouvelle fait grand scandale. La cour se tait, mais la rue a toujours son franc-parler.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Puisqu\u2019il en faut une, mieux vaut que ce soit celle-l\u00e0.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1126\" class=\"cit-num\">1126<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marie <span class=\"caps\">LECZINSKA<\/span> (1703-1768), parlant de la Pompadour. <em>Apog\u00e9e et chute de la royaut\u00e9\u00a0: Louis le Bien-Aim\u00e9<\/em> (1973), Pierre Gaxotte<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Toujours \u00e9prise de son mari, mais digne et r\u00e9sign\u00e9e, la reine ne se plaint jamais de ses liaisons et trouve m\u00eame certains avantages \u00e0 la ma\u00eetresse en titre depuis 1745, la marquise de Pompadour\u00a0: cette jeune et jolie femme de 23\u00a0ans la traite avec plus d\u2019\u00e9gards que les pr\u00e9c\u00e9dentes passantes, et durant pr\u00e8s de vingt ans, leurs relations seront cordiales.<\/p>\n<p>La vie de favorite royale, surtout sous le r\u00e8gne de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>, est un m\u00e9tier ingrat malgr\u00e9 les apparences. Il faut \u00eatre perp\u00e9tuellement en repr\u00e9sentation, souriante, s\u00e9duisante, esclave. L\u2019amour avec le roi fait place \u00e0 l\u2019amiti\u00e9 apr\u00e8s 1750, et la marquise lui fournit de tr\u00e8s jeunes personnes, log\u00e9es dans un quartier de Versailles\u00a0: le Parc-aux-Cerfs. On a beaucoup fantasm\u00e9 sur ce lieu de d\u00e9bauche, il s\u2019agit surtout de rumeurs.<\/p>\n<p>L\u2019impopularit\u00e9, la haine de la cour, les cabales incessantes \u00e9puisent la Pompadour. Elle \u00e9crit \u00e0 son fr\u00e8re, en 1750\u00a0: \u00ab\u00a0Except\u00e9 le bonheur d\u2019\u00eatre avec le roi qui assur\u00e9ment me console de tout, le reste n\u2019est qu\u2019un tissu de m\u00e9chancet\u00e9s, de platitudes, enfin de toutes les mis\u00e8res dont les pauvres humains sont capables.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sans esprit, sans caract\u00e8re<br>L\u2019\u00e2me vile et mercenaire,<br>Le propos d\u2019une comm\u00e8re<br>Tout est bas chez la Poisson \u2013 son \u2013 son.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1127\" class=\"cit-num\">1127<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Poissonnade brocardant la marquise de Pompadour. <em>Madame de Pompadour et la cour de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span><\/em> (1867), \u00c9mile Campardon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le propos est injuste\u00a0: le peuple d\u00e9teste cette fille de financier, n\u00e9e Jeanne Antoinette Poisson, femme d\u2019un fermier g\u00e9n\u00e9ral, bourgeoise dans l\u2019\u00e2me et d\u00e9pensi\u00e8re, habitu\u00e9e des salons litt\u00e9raires \u00e0 la mode, influente en politique, distribuant les faveurs, pla\u00e7ant ses amis, le plus souvent de qualit\u00e9 comme de Bernis, Choiseul \u2013 mais Soubise, mar\u00e9chal de France, se r\u00e9v\u00e9lera peu glorieux.<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> lui doit une part de son impopularit\u00e9. Le peuple a lou\u00e9 le roi pour ses premiers exploits extraconjugaux aupr\u00e8s des s\u0153urs Mailly-de-Nesle, il va bient\u00f4t le ha\u00efr, pour sa longue liaison avec la Pompadour.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je vois bien qu\u2019on a press\u00e9 l\u2019orange, il faut penser \u00e0 sauver l\u2019\u00e9corce.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1133\" class=\"cit-num\">1133<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), Lettre \u00e0 Mme\u00a0Denis, 18\u00a0d\u00e9cembre 1752. <em>Correspondance<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Allusion spirituelle au mot du roi Fr\u00e9d\u00e9ric <span class=\"caps\">II<\/span> de Prusse qui le vise personnellement et lui fut rapport\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019aurai besoin de lui encore un an, tout au plus\u00a0; on presse l\u2019orange et on jette l\u2019\u00e9corce\u00a0\u00bb (2\u00a0septembre 1751).<\/p>\n<p>Voltaire, invit\u00e9 fastueusement \u00e0 Berlin alors que la cour de France le boude, sera finalement d\u00e9\u00e7u par le despote \u00e9clair\u00e9 qui fait de lui son otage. Dans ce si\u00e8cle fou de communication, il \u00e9crira quelque 40\u00a0000 lettres adress\u00e9es \u00e0 plus de 700 correspondants, \u00e9chelonn\u00e9es de\u00a01711 \u00e0\u00a01778\u00a0: elles jettent sur l\u2019\u00e9poque une lumi\u00e8re souvent juste, parfois partisane.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y a trois mois, ce n\u2019\u00e9tait qu\u2019un voleur\u00a0; c\u2019est \u00e0 pr\u00e9sent un conqu\u00e9rant.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1136\" class=\"cit-num\">1136<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), Lettre \u00e0 la duchesse de Saxe-Gotha, 14\u00a0janvier 1755, <em>Correspondance<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Et quatre mois apr\u00e8s, Mandrin entrera dans la l\u00e9gende.<\/p>\n<p>Bandit de grand chemin, prenant la t\u00eate de contrebandiers et de faux saulniers (faisant le trafic du sel), il forme une troupe disciplin\u00e9e qui s\u2019attaque aux fermes g\u00e9n\u00e9rales et aux greniers \u00e0 sel avec une incroyable audace. \u00ab\u00a0On pr\u00e9tend que Mandrin est \u00e0 la t\u00eate de 6\u00a0000 hommes d\u00e9termin\u00e9s\u00a0; que les soldats d\u00e9sertent pour se ranger sous ses drapeaux et qu\u2019il se verra bient\u00f4t \u00e0 la t\u00eate d\u2019une grande arm\u00e9e\u00a0\u00bb, \u00e9crit encore Voltaire.<\/p>\n<p>En 1754, il a men\u00e9 six campagnes contre les fermiers g\u00e9n\u00e9raux, collecteurs d\u2019imp\u00f4ts ha\u00efs du peuple, qui pr\u00e9l\u00e8vent des taxes sur les marchandises et en gardent les trois-quarts \u2013 la plus connue est la gabelle, sur le sel, indispensable \u00e0 la conservation des aliments. Il faudra plusieurs d\u00e9tachements d\u2019Argoulets (troupe sp\u00e9ciale) envoy\u00e9s ill\u00e9galement en Savoie (royaume sarde) pour que Mandrin soit pris, sit\u00f4t jug\u00e9, et rou\u00e9 vif, le 26\u00a0mai 1755 \u2013 il meurt \u00e0 30\u00a0ans.<\/p>\n<p><em>La Complainte de Mandrin<\/em> (anonyme) est \u00e9crite la m\u00eame ann\u00e9e pour rendre le bandit sympathique, humain, proche du peuple. \u00ab\u00a0La premi\u00e8re volerie\u00a0\/ Que je fis dans ma vie\u00a0\/ C\u2019est d\u2019avoir goupill\u00e9,\u00a0\/ La bourse d\u2019un\u2026\u00a0\/ Vous m\u2019entendez\u00a0?\u00a0\/ C\u2019est d\u2019avoir goupill\u00e9\u00a0\/ La bourse d\u2019un cur\u00e9\u2026\u00a0\u00bb Un couplet le fait mourir pendu, sur la place du march\u00e9. Petite erreur historique. Mais le personnage demeure l\u00e9gendaire, avec la complicit\u00e9 de chanteurs populaires comme Yves Montand\u00a0: \u00ab\u00a0Compagnons de mis\u00e8re,\u00a0\/ Allez dire \u00e0 ma m\u00e8re,\u00a0\/ Qu\u2019elle ne me reverra plus,\u00a0\/ J\u2019suis un enfant, vous m\u2019entendez\u2026\u00a0\/ Qu\u2019elle ne me reverra plus,\u00a0\/ J\u2019suis un enfant perdu.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai re\u00e7u, Monsieur, votre nouveau livre contre le genre humain [\u2026] On n\u2019a jamais employ\u00e9 tant d\u2019esprit \u00e0 vouloir nous rendre b\u00eates. Il prend envie de marcher \u00e0 quatre pattes, quand on lit votre ouvrage.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1138\" class=\"cit-num\">1138<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), Lettre \u00e0 Jean-Jacques Rousseau, 30\u00a0ao\u00fbt 1755, <em>Correspondance<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce jugement vise le <em>Discours sur l\u2019origine et les fondements de l\u2019in\u00e9galit\u00e9 parmi les hommes<\/em>, point de d\u00e9part de la philosophie politique de Rousseau qui annonce d\u00e9j\u00e0 le<em> Contrat social<\/em>. Il y a incompatibilit\u00e9 d\u2019esprit entre les deux personnages et Rousseau \u00e9crira plus tard \u00e0 son ami M.\u00a0Moulton\u00a0: \u00ab\u00a0Je le ha\u00efrais davantage, si je le m\u00e9prisais moins.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Les deux hommes s\u2019opposent en tout. Rappelons le mot de Goethe\u00a0: \u00ab\u00a0Avec Voltaire, c\u2019est un monde qui finit. Avec Rousseau, c\u2019est un monde qui commence.\u00a0\u00bb La R\u00e9volution va pourtant les r\u00e9unir au Panth\u00e9on.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le monstre est un chien qui aura entendu aboyer quelques chiens [\u2026] et qui aura pris la rage.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1144\" class=\"cit-num\">1144<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), Lettre \u00e0 Mme\u00a0de Lutzelbourg, 20\u00a0janvier 1757, <em>Correspondance<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s Mandrin, voici Damiens, beaucoup moins sympathique \u00e0 notre philosophe\u00a0! Il a servi comme domestique chez plusieurs magistrats du Parlement de Paris, dont certains tr\u00e8s virulents contre le roi. Il se vanta d\u2019ailleurs d\u2019avoir voulu donner une le\u00e7on au roi, pour que d\u00e9sormais il obtemp\u00e9r\u00e2t aux remontrances.<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> voulut d\u2019abord pardonner et le fit savoir\u00a0: \u00ab\u00a0Les sentiments de religion dont nous sommes p\u00e9n\u00e9tr\u00e9s et les mouvements de notre c\u0153ur nous portaient \u00e0 la cl\u00e9mence.\u00a0\u00bb Il tente ensuite de minimiser la publicit\u00e9 faite \u00e0 ce geste \u2013 un acte isol\u00e9, \u00e0 n\u2019en pas douter. Mais chaque conseiller donne un avis diff\u00e9rent. Damiens sera finalement jug\u00e9 pour crime de l\u00e8se-majest\u00e9, devant la grande chambre du Parlement.<\/p>\n<p>Plus fou que r\u00e9gicide, vraisemblablement \u00e9pileptique et simple d\u2019esprit, il est condamn\u00e9 pour \u00ab\u00a0parricide\u00a0\u00bb \u00e0 la s\u00e9rie des supplices jadis inflig\u00e9s \u00e0 Ravaillac. L\u2019ex\u00e9cution se fera devant la foule, en place de Gr\u00e8ve. Toutes les fen\u00eatres sont lou\u00e9es \u00e0 prix d\u2019or et le supplice de cet homme particuli\u00e8rement robuste reste dans l\u2019histoire comme l\u2019un des plus atroces.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je voudrais, et ce sera le dernier et le plus ardent de mes souhaits, je voudrais que le dernier des rois f\u00fbt \u00e9trangl\u00e9 avec les boyaux du dernier pr\u00eatre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1165\" class=\"cit-num\">1165<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">MESLIER<\/span> (1664-1729), <em>Mon testament<\/em> (posthume, 1762)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9tonnant destin de cet homme et de cette \u0153uvre qui doivent beaucoup \u00e0 Voltaire, pourtant si diff\u00e9rent de lui.<\/p>\n<p>Cur\u00e9 dans les Ardennes, il scandalise en prenant \u00e0 son service des bonnes trop jeunes et d\u00e9nonce en chaire les mauvais traitements du seigneur sur les paysans de sa paroisse. L\u2019\u00e9v\u00each\u00e9 semonce le cur\u00e9 comme il se doit. Il se range en apparence, mais \u00e9crit en secret des pages incendiaires, volumineux m\u00e9moire recopi\u00e9 en trois exemplaires et l\u00e9gu\u00e9 \u00e0 ses paroissiens, \u00e0 sa mort (1729).<\/p>\n<p>Des copies circulent sous le manteau, toute l\u2019Europe des Lumi\u00e8res a lu Meslier \u2013 qui a lui-m\u00eame lu et annot\u00e9 la Bible, les auteurs latins et Montaigne, Pascal, F\u00e9nelon, Saint-Simon. Voltaire d\u00e9cide de publier le <em>Testament<\/em>. Mais ce cri de haine contre le roi et la religion est d\u2019une telle violence qu\u2019il r\u00e9\u00e9crit nombre de passages, transformant l\u2019ath\u00e9isme extr\u00eame en d\u00e9isme prudent. Voltaire n\u2019est ni anarchiste ni r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<p>L\u2019histoire de la pens\u00e9e politique fera de Meslier le pr\u00e9curseur des Lumi\u00e8res, mais aussi du socialisme, avant Mably, et du communisme, avant Babeuf.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La marquise n\u2019aura pas beau temps pour son voyage.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1173\" class=\"cit-num\">1173<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XV<\/span> (1710-1774), voyant le cort\u00e8ge fun\u00e8bre de sa favorite quitter Versailles sous la pluie battante, 17\u00a0avril 1764. <em>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span><\/em> (1890), Ars\u00e8ne Houssaye<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mot souvent cit\u00e9, toujours mis en situation, jusque dans les dictionnaires historiques anglo-saxons. Preuve de la notori\u00e9t\u00e9 des deux personnages. Mais l\u2019histoire est injuste envers ce roi, en citant ces mots \u00ab\u00a0\u00e0 charge\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Son valet de chambre, Champlost, \u00e9voque la sc\u00e8ne et t\u00e9moigne d\u2019une peine r\u00e9elle. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> se mit sur le balcon malgr\u00e9 l\u2019orage, nue t\u00eate, pleura et murmura ainsi d\u00e9couvert\u00a0: \u00ab\u00a0Voil\u00e0 les seuls devoirs que j\u2019ai pu lui rendre. Une amie de vingt ans.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mme\u00a0de Pompadour est morte d\u2019\u00e9puisement \u00e0 42\u00a0ans (le 15\u00a0avril). Elle savait qu\u2019elle ne vivrait pas vieille. Cardiaque, d\u2019une maigreur mal dissimul\u00e9e sous la toilette, elle continuait sa vie tr\u00e9pidante. Les courants d\u2019air de Versailles ont aussi leur part dans sa congestion pulmonaire. Derni\u00e8re faveur du roi, il lui a permis de mourir au ch\u00e2teau \u2013 privil\u00e8ge r\u00e9serv\u00e9 aux rois et princes du sang. Sit\u00f4t apr\u00e8s, le cort\u00e8ge devait quitter les lieux.<\/p>\n<p>Selon d\u2019autres t\u00e9moins, le roi fut seulement indiff\u00e9rent et la reine elle-m\u00eame en fut choqu\u00e9e \u2013 elle aimait bien la marquise.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ci-g\u00eet qui fut vingt ans pucelle<br>Sept ans catin et huit ans maquerelle.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1175\" class=\"cit-num\">1175<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9pitaphe satirique de la marquise de Pompadour. <em>Histoire(s) du Paris libertin<\/em> (2003), Marc Lemonier, Alexandre Dupouy<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La mode est aux \u00e9pitaphes satiriques et apr\u00e8s le flot des poissonnades, on ne va pas rater cette ultime occasion de brocarder l\u2019une des favorites les plus d\u00e9test\u00e9es dans l\u2019histoire\u00a0: c\u2019est un m\u00e9chant r\u00e9sum\u00e9 de sa vie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On dit que cet infortun\u00e9 jeune homme est mort avec la fermet\u00e9 de Socrate\u00a0; et Socrate a moins de m\u00e9rite que lui\u00a0: car ce n\u2019est pas un grand effort, \u00e0 soixante et dix ans, de boire tranquillement un gobelet de cigu\u00eb\u00a0; mais mourir dans les supplices horribles, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de vingt et un ans\u2026\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1180\" class=\"cit-num\">1180<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), Lettre \u00e0 M. le Comte d\u2019Argental, 23\u00a0juillet 1766, <em>Correspondance<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Notre philosophe prend cette fois parti pour le chevalier de la Barre\u00a0: accus\u00e9 sans preuve de blasph\u00e8mes, chansons inf\u00e2mes et profanations, et de ne pas s\u2019\u00eatre d\u00e9couvert lors d\u2019une procession de la F\u00eate-Dieu, il fut condamn\u00e9 \u00e0 avoir la langue coup\u00e9e, la t\u00eate tranch\u00e9e, le corps r\u00e9duit en cendres avec un exemplaire du <em>Dictionnaire philosophique<\/em> trouv\u00e9 chez lui, le 1er\u00a0juillet 1766. C\u2019est dire si l\u2019auteur, d\u00e9fenseur des droits de l\u2019homme, se sent doublement concern\u00e9\u00a0! Comme pour Calas, Voltaire va demander la r\u00e9vision du jugement.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Respectons \u00e9ternellement le vice et ne frappons que la vertu.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1182\" class=\"cit-num\">1182<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marquis de <span class=\"caps\">SADE<\/span> (1740-1814) <em>L\u2019Histoire de Juliette<\/em> (1797)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Quelques mots valent portrait de l\u2019homme, sa vie et son \u0153uvre \u00e0 jamais c\u00e9l\u00e8bre.<br>En 1763, deux semaines au donjon de Vincennes pour \u00ab\u00a0d\u00e9bauche outr\u00e9e\u00a0\u00bb n\u2019\u00e9taient qu\u2019un premier avertissement. 1768\u00a0: Sade est emprisonn\u00e9 sept mois, ayant enlev\u00e9 et tortur\u00e9 une passante. Le divin marquis passera au total trente ann\u00e9es de sa vie en prison.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Depuis l\u2019\u00e2ge de quinze ans, ma t\u00eate ne s\u2019est embras\u00e9e qu\u2019\u00e0 l\u2019id\u00e9e de p\u00e9rir victime des passions cruelles du libertinage.\u00a0\u00bb N\u00e9 de haute noblesse proven\u00e7ale, \u00e9l\u00e8ve des j\u00e9suites, tr\u00e8s jeune combattant de la guerre de Sept Ans, mari\u00e9 en 1763, il sera condamn\u00e9 \u00e0 mort en 1772 pour violences sexuelles. Incarc\u00e9r\u00e9 en Savoie, \u00e9vad\u00e9, emprisonn\u00e9 de nouveau \u00e0 Vincennes, puis \u00e0 la Bastille, transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 Charenton quelques jours avant le 14\u00a0juillet 1789, lib\u00e9r\u00e9 le 2\u00a0avril 1790 par le d\u00e9cret sur les lettres de cachet, avant de nouvelles incarc\u00e9rations. Sa famille veille \u00e0 ce qu\u2019il ne sorte plus de l\u2019hospice de Charenton o\u00f9 il meurt en 1814.<\/p>\n<p>Son \u0153uvre, interdite, circule sous le manteau tout au long du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle. Elle est r\u00e9habilit\u00e9e au <span class=\"caps\">XX<\/span>e, avec les honneurs d\u2019une \u00e9dition dans la Pl\u00e9iade. Premier auteur \u00e9rotique de la litt\u00e9rature moderne, il donne au dictionnaire le mot sadisme\u00a0: \u00ab\u00a0perversion sexuelle par laquelle une personne ne peut atteindre l\u2019orgasme qu\u2019en faisant souffrir (physiquement ou moralement) l\u2019objet de ses d\u00e9sirs\u00a0\u00bb (Le Robert).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ami des propos libertins,<br>Buveur fameux, et roi c\u00e9l\u00e8bre<br>Par la chasse et par les catins\u00a0:<br>Voil\u00e0 ton oraison fun\u00e8bre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1195\" class=\"cit-num\">1195<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Chanson \u00e0 la mort de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span><\/em> (1774)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Vie priv\u00e9e de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>, ou principaux \u00e9v\u00e9nements, particularit\u00e9s et anecdotes de son r\u00e8gne (1781), Mouffle d\u2019Angerville.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0On l\u2019enterra promptement et sans la moindre escorte\u00a0; son corps passa vers minuit par le bois de Boulogne pour aller \u00e0 Saint-Denis. \u00c0 son passage, des cris de d\u00e9rision ont \u00e9t\u00e9 entendus\u00a0: on r\u00e9p\u00e9tait \u00ab\u00a0ta\u00efaut\u00a0! ta\u00efaut\u00a0!\u00a0\u00bb comme lorsqu\u2019on voit un cerf et sur le ton ridicule dont il avait coutume de le prononcer\u00a0\u00bb (Lettre de la comtesse de Boufflers).<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-4-67.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">R\u00e8gne de Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span> (1774-1789)<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai besoin d\u2019\u00eatre entour\u00e9 d\u2019honn\u00eates gens qui aient le courage de m\u2019avertir de mon devoir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1197\" class=\"cit-num\">1197<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793).<em> Revue des deux mondes<\/em> (1865)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Tr\u00e8s consciencieux et m\u00eame scrupuleux, mais apathique et d\u2019une grande na\u00efvet\u00e9 politique, le roi ne sait pas toujours s\u2019entourer de bons ministres et quand il aura les hommes capables de faire les indispensables r\u00e9formes, il ne saura pas les soutenir contre l\u2019opinion publique ou les privil\u00e9gi\u00e9s.<\/p>\n<p>Les contemporains comme les historiens vont faire de ce dernier roi de l\u2019Ancien R\u00e9gime un portrait globalement n\u00e9gatif, mais le contexte historique \u00e9tait litt\u00e9ralement impossible.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dans les circonstances o\u00f9 se trouve la monarchie fran\u00e7aise, il faudra au jeune roi de la force et du g\u00e9nie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1198\" class=\"cit-num\">1198<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">FR\u00c9D\u00c9RIC<\/span> <span class=\"caps\">II<\/span> de Prusse (1712-1786). <em>\u0152uvres posthumes de Fr\u00e9d\u00e9ric <span class=\"caps\">II<\/span>, roi de Prusse\u00a0: Correspondance<\/em> (1788), Frederick <span class=\"caps\">II<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La traduction exacte donne une formule un peu plus longue\u00a0: \u00ab\u00a0Pour votre jeune Roi, il est ballott\u00e9 par une mer bien orageuse\u00a0; il lui faut de la force et du g\u00e9nie pour se faire un syst\u00e8me raisonn\u00e9 et pour le soutenir.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Admirateur de Richelieu, de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> et du Grand\u00a0Si\u00e8cle, le despote \u00e9clair\u00e9 par Voltaire et autres philosophes du si\u00e8cle porte ce jugement qui vaut d\u00e9j\u00e0 condamnation de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> apr\u00e8s un an de r\u00e8gne. Ce grand politique qui mena la puissance prussienne \u00e0 son apog\u00e9e (avec tous les exc\u00e8s de l\u2019autoritarisme et du centralisme) pr\u00e9voit la course \u00e0 l\u2019ab\u00eeme de la monarchie fran\u00e7aise.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019aura probablement jamais ni la force ni la volont\u00e9 de r\u00e9gner par lui-m\u00eame.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1199\" class=\"cit-num\">1199<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MERCY<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ARGENTEAU<\/span> (1727-1794). <em>Correspondance secr\u00e8te entre Marie-Th\u00e9r\u00e8se et le comte de Mercy-Argenteau<\/em> (posthume, 1874)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ambassadeur d\u2019Autriche \u00e0 Paris de\u00a01780 \u00e0\u00a01790, il exerce une grande influence sur Marie-Antoinette et sa correspondance avec Marie-Th\u00e9r\u00e8se est un pr\u00e9cieux document sur la France de l\u2019\u00e9poque. Il note l\u2019inqui\u00e9tante suj\u00e9tion du roi vis-\u00e0-vis de sa femme, quelques ann\u00e9es apr\u00e8s leur mariage\u00a0: \u00ab\u00a0Sa complaisance ressemble \u00e0 de la soumission.\u00a0\u00bb Mirabeau tentant de sauver la royaut\u00e9 en juillet\u00a01790 soupirera\u00a0: \u00ab\u00a0Le roi n\u2019a qu\u2019un homme\u00a0: c\u2019est sa femme.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Choiseul se montre plus s\u00e9v\u00e8re, voyant en Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> un \u00ab\u00a0imb\u00e9cile\u00a0\u00bb au sens d\u2019handicap\u00e9 c\u00e9r\u00e9bral\u00a0; selon ses fr\u00e8res et ses cousins, cette imb\u00e9cillit\u00e9 aurait justifi\u00e9 un Conseil de r\u00e9gence (comme jadis pour Charles\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span> le Fou). En fait, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> est surtout un timide maladif, myope de surcro\u00eet au point de ne pas reconna\u00eetre les gens.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tout propos soutenu l\u2019accable, toute r\u00e9flexion le d\u00e9route.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1200\" class=\"cit-num\">1200<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ANTOINETTE<\/span> (1755-1793). <em>L\u2019Autrichienne\u00a0: m\u00e9moires in\u00e9dits de Mlle de Mirecourt sur la reine Marie-Antoinette et les prodromes de la R\u00e9volution<\/em> (1966), Claude \u00c9mile-Laurent.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La reine parle elle aussi du roi comme d\u2019un homme aveugle \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9, toujours incertain, peu aimable et pourtant d\u00e9sireux qu\u2019on l\u2019aim\u00e2t. Il consulte tout le monde, suspecte les avis et ne c\u00e8de qu\u2019\u00e0 la lassitude. Honteux alors de sa faiblesse, il revient en arri\u00e8re, se renfrogne, boude, se d\u00e9robe, vole \u00e0 la chasse ou bien se renferme dans son cabinet.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pour vous faire une id\u00e9e de son caract\u00e8re, imaginez des boules d\u2019ivoire huil\u00e9es que vous vous efforceriez vainement de faire tenir ensemble.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1201\" class=\"cit-num\">1201<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comte de <span class=\"caps\">PROVENCE<\/span> (1755-1824), entretien avec le comte de La Marck. <em>Mirabeau et la cour de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, Revue des deux mondes<\/em>, tome\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span> (1851)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le futur Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> qui a d\u00e9j\u00e0 de l\u2019humour et un bon jugement des \u00eatres qui l\u2019entourent parle de son fr\u00e8re, dans les premiers mois de la p\u00e9riode r\u00e9volutionnaire. Le trop jeune Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> est \u00e0 coup s\u00fbr le roi le moins arm\u00e9 pour affronter la tourmente \u00e0 venir.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Belle, l\u2019\u0153il doit l\u2019admirer,<br>Reine, l\u2019Europe la r\u00e9v\u00e8re,<br>Mais le Fran\u00e7ais doit l\u2019adorer,<br>Elle est sa reine, elle est sa m\u00e8re.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1207\" class=\"cit-num\">1207<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Romance en l\u2019honneur de Marie-Antoinette<\/em>, chanson (1774).<em> Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La jeune et jolie reine jouit d\u2019une immense popularit\u00e9 depuis son arriv\u00e9e en France il y a quatre ans, et Versailles la salue en ce style pr\u00e9cieux. C\u2019est l\u2019\u00e9tat de gr\u00e2ce, comme jamais avant et jamais apr\u00e8s.<\/p>\n<p>Certes, il y a des jalousies et d\u00e9j\u00e0 quelques soup\u00e7ons contre l\u2019 \u00ab\u00a0Autrichienne\u00a0\u00bb \u00e0 la cour. On aura plus tard la preuve qu\u2019elle est manipul\u00e9e par sa famille autrichienne, restant tr\u00e8s attach\u00e9e \u00e0 sa m\u00e8re, Marie-Th\u00e9r\u00e8se imp\u00e9ratrice d\u2019Autriche durant trente ans et forte personnalit\u00e9.<\/p>\n<p>D\u00e9laiss\u00e9e par son royal \u00e9poux, peu soucieuse de l\u2019\u00e9tiquette \u00e0 la cour et moins encore des finances de l\u2019\u00c9tat, d\u00e9pensi\u00e8re et futile, Marie-Antoinette va accumuler les erreurs. \u00ab\u00a0Ma fille court \u00e0 grands pas vers sa ruine\u00a0\u00bb confie sa m\u00e8re \u00e0 l\u2019ambassadeur de France \u00e0 Vienne, en 1775. Pour l\u2019heure et pour trois ans encore, le peuple adore sa reine.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sans moi, il est foutu\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1209\" class=\"cit-num\">1209<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Ren\u00e9-Nicolas de <span class=\"caps\">MAUPEOU<\/span> (1714-1792), apprenant que le roi se s\u00e9pare de lui, 24\u00a0ao\u00fbt 1774. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Courageux auteur du \u00ab\u00a0coup d\u2019\u00c9tat royal\u00a0\u00bb en 1770-1771, mais ministre d\u00e9test\u00e9 qui manque d\u2019\u00eatre jet\u00e9 \u00e0 la Seine en partant, ce \u00ab\u00a0grand coquin\u00a0\u00bb est regrett\u00e9 par Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> qui aurait voulu le garder aupr\u00e8s de lui. Il perd son poste, mais garde le titre de chancelier. Sa disgr\u00e2ce le rend tr\u00e8s amer, non sans raison\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019avais fait gagner au roi un proc\u00e8s qui durait depuis trois si\u00e8cles.\u00a0S\u2019il veut le perdre encore, il est bien le ma\u00eetre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les relations r\u00e9publicaines me charmaient.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1224\" class=\"cit-num\">1224<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">FAYETTE<\/span> (1757-1834), profession de foi adolescente. <em>M\u00e9moires, correspondance et manuscrits du g\u00e9n\u00e9ral Lafayette<\/em> (posthume, 1837)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Issu d\u2019une grande et riche famille dont la noblesse remonte au <span class=\"caps\">XI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle, orphelin \u00e0 13\u00a0ans, il se veut militaire, ambitieux, mais pas courtisan. D\u2019o\u00f9 ce mot amusant et pr\u00e9monitoire, quand il fait expr\u00e8s de d\u00e9plaire, pour quitter une bonne place \u00e0 la cour et s\u2019engager dans l\u2019aventure am\u00e9ricaine, avec les premiers volontaires fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Benjamin Franklin venu en mars\u00a01777 d\u00e9fendre la cause des <em>Insurgents<\/em> dans la guerre d\u2019Ind\u00e9pendance contre l\u2019Angleterre a convaincu\u00a0: la simplicit\u00e9 de mise et le franc-parler de cet ambassadeur septuag\u00e9naire, envoy\u00e9 du Nouveau Monde, contrastent avec les airs de la cour et s\u00e9duisent d\u2019embl\u00e9e les Parisiens. Voltaire et Turgot l\u2019admirent \u00e9galement. Mais le jeune marquis va faire plus\u00a0!<\/p>\n<p>La Fayette, 19\u00a0ans, contre l\u2019avis de sa famille et du roi, s\u2019embarque \u00e0 ses frais sur une fr\u00e9gate et d\u00e9barque en Am\u00e9rique en juin\u00a01777, pour se joindre aux troupes de Virginie. Nomm\u00e9 \u00ab\u00a0major g\u00e9n\u00e9ral\u00a0\u00bb, le jeune marquis paie de sa personne au combat. Plus que jamais charm\u00e9 par les \u00ab\u00a0relations r\u00e9publicaines\u00a0\u00bb, il s\u2019enthousiasme pour l\u2019\u00e9galit\u00e9 des droits, pour le civisme des citoyens, avec l\u2019intuition de vivre un \u00e9v\u00e9nement qui d\u00e9passe les fronti\u00e8res de ce pays.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est au bras de la noblesse de France que la d\u00e9mocratie am\u00e9ricaine a fait son entr\u00e9e dans le monde.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1225\" class=\"cit-num\">1225<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">CLAUDEL<\/span> (1868-1955), ambassadeur de France aux \u00c9tats-Unis, prenant la parole devant la soci\u00e9t\u00e9 des Cincinnati. <em>La France et l\u2019ind\u00e9pendance am\u00e9ricaine<\/em> (1975), duc de Castries<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Claudel n\u2019est pas seulement po\u00e8te et l\u2019un des grands dramaturges fran\u00e7ais du <span class=\"caps\">XX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle. Il aura \u00e9t\u00e9 diplomate pendant plus de quarante ans, consul, ambassadeur, ministre pl\u00e9nipotentiaire, en poste partout dans le monde y compris \u00e0 Washington.<\/p>\n<p>La Fayette, de retour en France en 1779, triomphalement accueilli, soutient Benjamin Franklin et pousse le gouvernement \u00e0 s\u2019engager ouvertement dans la guerre d\u2019Ind\u00e9pendance. Devan\u00e7ant un premier corps exp\u00e9ditionnaire de 6\u00a0000 hommes, il repart et se distingue \u00e0 nouveau en Virginie contre les Anglais. 3\u00a0000 Fran\u00e7ais trouvent la mort dans ce combat d\u2019outre-Atlantique qui s\u2019ach\u00e8vera par la d\u00e9faite anglaise, en 1783. Le fougueux marquis gagne son titre de \u00ab\u00a0H\u00e9ros des deux mondes\u00a0\u00bb. C\u2019est la plus brillante p\u00e9riode de sa longue vie.<\/p>\n<p>Les \u00c9tats-Unis se rappelleront cette dette historique, s\u2019engageant en avril\u00a01917 dans la guerre mondiale au cri de\u00a0: \u00ab\u00a0La France est la fronti\u00e8re de la libert\u00e9.\u00a0\u00bb Le jour anniversaire de l\u2019Ind\u00e9pendance, 4\u00a0juillet 1917, sur la tombe parisienne du marquis, la r\u00e9f\u00e9rence est encore plus pr\u00e9cise\u00a0: \u00ab\u00a0La Fayette, nous voici\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019aurai bient\u00f4t vingt-huit ans. C\u2019est un \u00e2ge o\u00f9 avec de l\u2019\u00e9mulation et quelques connaissances, on peut n\u2019\u00eatre pas tout \u00e0 fait inutile\u00a0; mais c\u2019est aussi celui o\u00f9 l\u2019on n\u2019a plus de temps \u00e0 perdre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1226\" class=\"cit-num\">1226<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791), Lettre \u00e0 M. le Mar\u00e9chal, duc de Noailles, 17\u00a0octobre 1777. <em>\u0152uvres de Mirabeau<\/em>, volume <span class=\"caps\">IV<\/span> (posthume, 1834)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Lettre \u00e9crite du donjon de Vincennes o\u00f9 Mirabeau va rester trois ans.<\/p>\n<p>Son p\u00e8re n\u2019aime pas ce fils mauvais sujet et fort laid. Il l\u2019a contraint \u00e0 entrer dans l\u2019arm\u00e9e \u00e0 18\u00a0ans et obtenu des lettres de cachet pour le faire mettre en prison \u00e0 plusieurs reprises. Intelligent, passionn\u00e9, acquis aux id\u00e9es des philosophes et partisan d\u2019une monarchie constitutionnelle, Mirabeau piaffe d\u2019impatience, se faisant fort de vivre de sa plume qu\u2019il monnaie en multipliant les pamphlets et libelles contre l\u2019absolutisme royal, les privil\u00e8ges et les abus. Son ordre, la noblesse, le rejette et c\u2019est le tiers \u00e9tat d\u2019Aix qui l\u2019\u00e9lira d\u00e9put\u00e9 aux \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux. Mirabeau sera la premi\u00e8re grande voix r\u00e9volutionnaire\u00a0contre le roi\u00a0: \u00ab\u00a0\ufffd\u00a0Allez dire \u00e0 votre ma\u00eetre que nous sommes ici par la volont\u00e9 du peuple et qu\u2019on ne nous en arrachera que par la puissance des ba\u00efonnettes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je meurs en adorant Dieu, en aimant mes amis, en ne ha\u00efssant pas mes ennemis, en d\u00e9testant la superstition.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1229\" class=\"cit-num\">1229<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), profession de foi manuscrite, 18\u00a0f\u00e9vrier 1778. \u00ab\u00a0Mot de la fin\u00a0\u00bb \u00e9crit.<em> Choix de testaments anciens et modernes<\/em> (1829), Gabriel Peignot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Derniers mots \u00e9crits de sa plume et pour la tol\u00e9rance, le grand combat de sa vie. Il meurt le 30\u00a0mai. Ses cendres seront transf\u00e9r\u00e9es au Panth\u00e9on sous la R\u00e9volution \u2013 seul philosophe \u00e0 avoir cet honneur avec Rousseau, son intime ennemi.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Plus bel esprit que grand g\u00e9nie,<br>Sans loi, sans m\u0153urs et sans vertu,<br>Il est mort comme il a v\u00e9cu,<br>Couvert de gloire et d\u2019infamie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1230\" class=\"cit-num\">1230<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9pigramme, juin\u00a01778, attribu\u00e9e \u00e0 Jean-Jacques <span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span> (1712-1778), \u00e0 la mort de Voltaire. <em>M\u00e9moires sur Voltaire et sur ses ouvrages<\/em> (1826), S\u00e9bastien Longchamp<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Rousseau mourra deux mois apr\u00e8s \u00e0 Ermenonville. Fin d\u2019une longue gu\u00e9rilla philosophico-pol\u00e9mique qui ne fit honneur \u00e0 aucun des deux personnages, si talentueux (ou g\u00e9niaux) fussent-ils.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Parce que vous \u00eates un grand seigneur, vous vous croyez un grand g\u00e9nie\u00a0! Noblesse, fortune, un rang, des places\u00a0; tout cela rend si fier\u00a0! Qu\u2019avez-vous fait pour tant de biens\u00a0! Vous vous \u00eates donn\u00e9 la peine de na\u00eetre, et rien de plus\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"958\" class=\"cit-num\">958<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">BEAUMARCHAIS<\/span> (1732-1799), <em>Le Mariage de Figaro<\/em> (1784)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019apostrophe est extraite du monologue de Figaro, sign\u00e9 Pierre Augustin Caron de Beaumarchais. L\u2019\u0153uvre d\u00e9j\u00e0 r\u00e9volutionnaire avant la R\u00e9volution est censur\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est d\u00e9testable\u00a0! Cela ne sera jamais jou\u00e9\u00a0! Il faudrait d\u00e9truire la Bastille pour que la repr\u00e9sentation de la pi\u00e8ce ne f\u00fbt pas une incons\u00e9quence dangereuse\u00a0\u00bb dit Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span> \u00e0 la lecture du texte.\u00a0<\/p>\n<p>Depuis quatre ans, Paris parle de cette pi\u00e8ce dont l\u2019auteur est d\u00e9j\u00e0 c\u00e9l\u00e8bre pour des raisons pas seulement litt\u00e9raires \u2013 proc\u00e8s gagn\u00e9s, aide \u00e0 l\u2019Am\u00e9rique, vie tumultueuse. Soumise \u00e0 six censeurs, interdite de repr\u00e9sentation \u00e0 Versailles au dernier moment en 1783, puis jou\u00e9e en th\u00e9\u00e2tre priv\u00e9 chez M. de Vaudreuil, le 23\u00a0septembre. Paris se presse pour la premi\u00e8re publique \u00e0 la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise, le 27\u00a0avril 1784. \u00ab\u00a0Il y a quelque chose de plus fou que ma pi\u00e8ce, c\u2019est son succ\u00e8s\u00a0!\u00a0\u00bb Auteur enchant\u00e9 apr\u00e8s le triomphe de la cr\u00e9ation.<\/p>\n<p>Sous-titr\u00e9e <em>La Folle Journ\u00e9e<\/em>, la pi\u00e8ce sera jou\u00e9e plus de cent fois de suite \u2013 un record, \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Mais Beaumarchais en fait trop, se retrouve \u00e0 la prison de Saint-Lazare (mars\u00a01785) et sa popularit\u00e9 ne sera plus jamais ce qu\u2019elle fut au soir du <em>Mariage<\/em> qui prit valeur de symbole.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Corse de caract\u00e8re et de nation, ce jeune homme ira loin, s\u2019il est favoris\u00e9 par les circonstances.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1239\" class=\"cit-num\">1239<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Avis du professeur d\u2019histoire de Napol\u00e9on Bonaparte en 1785.<em> Histoire de la vie politique, militaire et priv\u00e9e de Napol\u00e9on Bonaparte<\/em> (1825), L.-E. Chennechot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019\u00e9l\u00e8ve officier de 16\u00a0ans n\u2019est pourtant class\u00e9 que 42e sur une promotion de 58 et affect\u00e9 comme sous-lieutenant d\u2019artillerie. Il saura tirer parti des circonstances et forcer le destin \u00e0 plusieurs reprises\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Plus sc\u00e9l\u00e9rate qu\u2019Agrippine<br>Dont les crimes sont inou\u00efs,<br>Plus lubrique que Messaline,<br>Plus barbare que M\u00e9dicis.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1242\" class=\"cit-num\">1242<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pamphlet contre la reine. Vers 1785.<em> Dictionnaire critique de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1992), Fran\u00e7ois Furet, Mona Ozouf<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dauphine jadis ador\u00e9e, la reine est devenue terriblement impopulaire en dix ans pour sa l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de m\u0153urs, mais aussi pour ses intrigues et son ascendant sur un roi faible jusqu\u2019\u00e0 la soumission. L\u2019\u00ab\u00a0affaire du Collier de la Reine\u00a0\u00bb va renforcer ce sentiment, m\u00eame si elle n\u2019est pour rien dans cette escroquerie romanc\u00e9e par Dumas en 1849.<\/p>\n<p>La R\u00e9volution h\u00e9ritera de l\u2019\u0153uvre de Voltaire et de Rousseau, mais aussi des \u00ab\u00a0basses Lumi\u00e8res\u00a0\u00bb, masse de libelles et de pamphlets \u00e0 scandale o\u00f9 le mauvais go\u00fbt rivalise avec la violence verbale, inondant le march\u00e9 clandestin du livre et sapant les fondements du r\u00e9gime. Apr\u00e8s le R\u00e9gent, les ma\u00eetresses de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> et le clerg\u00e9, Marie-Antoinette devient la cible privil\u00e9gi\u00e9e\u00a0: quelque 3\u00a0000 pamphlets la visant rel\u00e8vent de l\u2019assassinat politique, selon la plupart des historiens.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faudrait au moins que l\u2019archev\u00eaque de Paris cr\u00fbt en Dieu\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1251\" class=\"cit-num\">1251<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793). <em>Dictionnaire des parlementaires fran\u00e7ais de 1789 \u00e0 1889<\/em> (1889), Adolphe Robert et Gaston Cougny<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Roi tr\u00e8s pieux, il refusa en ces termes \u00e0 Lom\u00e9nie de Brienne, archev\u00eaque de Toulouse, la place que la reine Marie-Antoinette voulait lui faire obtenir \u00e0 Paris.<\/p>\n<p>Le roi n\u2019appr\u00e9cie pas cet homme, ni ses m\u0153urs. Il le refuse aussi comme successeur aux Finances de Calonne dont il a d\u00fb se d\u00e9barrasser en avril\u00a01787, sous la pression de l\u2019Assembl\u00e9e des notables. Il sera ensuite contraint de le prendre\u2026 et va m\u00eame en faire son Premier ministre.<\/p>\n<\/div><style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0Un personnage parle d\u2019un autre personnage. Exemple type\u00a0: \u00ab\u00a0Un fou a dit \u00ab\u00a0Moi, la France\u00a0\u00bb et personne n\u2019a ri parce que c\u2019\u00e9tait vrai.\u00a0\u00bb Fran\u00e7ois Mauriac \u00e9voquant de Gaulle en juin 1940.Le premier \u00ab\u00a0qui\u00a0\u00bb est quelquefois le peuple (acteur anonyme) s\u2019exprimant en chanson, pamphlet, slogan, \u00e9pitaphe. 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