{"id":9887,"date":"2024-01-22T00:00:00","date_gmt":"2024-01-21T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/qui-a-dit-quoi-de-qui-troisieme-republique\/"},"modified":"2025-08-12T08:42:59","modified_gmt":"2025-08-12T06:42:59","slug":"qui-a-dit-quoi-de-qui-troisieme-republique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/qui-a-dit-quoi-de-qui-troisieme-republique\/","title":{"rendered":"Qui a dit quoi de Qui\u00a0? (Troisi\u00e8me R\u00e9publique)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>Un personnage parle d\u2019un autre personnage. <br>Exemple type\u00a0: \u00ab\u00a0Un fou a dit \u00ab\u00a0Moi, la France\u00a0\u00bb et personne n\u2019a ri parce que c\u2019\u00e9tait vrai.\u00a0\u00bb Fran\u00e7ois Mauriac \u00e9voquant de Gaulle en juin 1940.<\/p>\n<p>Le premier \u00ab\u00a0qui\u00a0\u00bb est quelquefois le peuple (acteur anonyme) s\u2019exprimant en chanson, pamphlet, slogan, \u00e9pitaphe. Le second \u00ab\u00a0qui\u00a0\u00bb peut \u00eatre un groupe, une assembl\u00e9e, une arm\u00e9e \u00e0 qui le discours est destin\u00e9.<br>Si les deux \u00ab\u00a0qui\u00a0\u00bb sont identiques, c\u2019est un autoportrait, une profession de foi politique, parfois une devise. <br>Les lettres (Correspondance) et M\u00e9moires (sous diverses formes) sont des sources pr\u00e9cieuses, les \u00ab\u00a0mots de la fin\u00a0\u00bb livrent une ultime v\u00e9rit\u00e9 sur l\u2019auteur. <\/p>\n<p>Dans ce d\u00e9fil\u00e9 de Noms plus ou moins connus ou c\u00e9l\u00e8bres, le ton passe de l\u2019humour \u00e0 la cruaut\u00e9 avec ces citations r\u00e9f\u00e9rentielles ou anecdotiques, mais historiquement toujours significatives.<br>\u00ab\u00a0Qui a dit quoi de Qui\u00a0\u00bb est une version r\u00e9sum\u00e9e en 12 \u00e9ditos de notre <em>Histoire en citations<\/em> \u2013 \u00ab\u00a0quand, comment et pourquoi\u00a0\u00bb donnant l\u2019indispensable contexte.<\/p>\n<p>\u00c7a peut aussi devenir un jeu\u00a0: \u00ab\u00a0Qui a dit quoi de Qui\u00a0\u00bb. \u00c0 vous de voir.<\/p>\n<h3>9. Troisi\u00e8me R\u00e9publique (1870-1939).<\/h3>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-8-124.jpg\" width=\"165\" height=\"220\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Citoyens, j\u2019avais dit\u00a0: le jour o\u00f9 la R\u00e9publique rentrera, je rentrerai. Me voici\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2335\" class=\"cit-num\">2335<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), de retour \u00e0 Paris, gare du Nord, 5\u00a0septembre 1870. Actes et Paroles. <em>Depuis l\u2019exil<\/em> (1876).\u00a0<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s dix-neuf ans d\u2019exil, il rentre, sit\u00f4t proclam\u00e9e la R\u00e9publique.<\/p>\n<p>Il a pris le train de nuit de Bruxelles pour passer inaper\u00e7u. Peine perdue. La foule l\u2019attend. La renomm\u00e9e du po\u00e8te proscrit a encore grandi. Il doit parler. C\u2019est un orateur n\u00e9 pour le peuple, la tribune, les temps h\u00e9ro\u00efques, la r\u00e9sistance\u00a0: \u00ab\u00a0Les paroles me manquent pour dire \u00e0 quel point m\u2019\u00e9meut l\u2019inexprimable accueil que me fait le g\u00e9n\u00e9reux peuple de Paris. [\u2026] Deux grandes choses m\u2019appellent. La premi\u00e8re, la r\u00e9publique. La seconde, le danger. Je viens ici faire mon devoir. Quel est mon devoir\u00a0? C\u2019est le v\u00f4tre, c\u2019est celui de tous. D\u00e9fendre Paris, garder Paris. Sauver Paris, c\u2019est plus que sauver la France, c\u2019est sauver le monde. Paris est le centre m\u00eame de l\u2019humanit\u00e9. Qui attaque Paris attaque tout le genre humain.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il me convient d\u2019\u00eatre avec les peuples qui meurent, je vous plains d\u2019\u00eatre avec les rois qui tuent.\u00a0\u00bb<span id=\"2339\" class=\"cit-num\">2339<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), 9\u00a0septembre 1870. <em>Actes et Paroles. Depuis l\u2019exil<\/em> (1876), Victor Hugo<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il en appelle aux Allemands pour que cesse cette \u00ab\u00a0guerre civile\u00a0\u00bb entre peuples d\u2019Europe.<\/p>\n<p>Mais la guerre continue, l\u2019ennemi approche, Paris est saisi d\u2019une fi\u00e8vre patriotique. Chaque quartier a son club o\u00f9 l\u2019on parle d\u2019abondance et dans chaque arrondissement se cr\u00e9ent des comit\u00e9s de vigilance, sous l\u2019impulsion des militants de la premi\u00e8re Internationale, rejoints par des radicaux et des Jacobins. Le mot de \u00ab\u00a0Commune\u00a0\u00bb est acclam\u00e9, l\u2019id\u00e9e est lanc\u00e9e d\u00e8s septembre, dans ce Paris r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La ville de Paris est une personne trop puissante et trop riche pour que sa ran\u00e7on ne soit pas digne d\u2019elle.\u00a0\u00bb<span id=\"2353\" class=\"cit-num\">2353<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Otto von <span class=\"caps\">BISMARCK<\/span> (1815-1898), le chancelier allemand qui fixe donc la \u00ab\u00a0ran\u00e7on\u00a0\u00bb \u00e0 au moins un milliard de francs, le 23 janvier 1871. <em>Bismarck et son temps<\/em> (1905), Paul Matter<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019ironie du vainqueur vise aussi le pays tout entier, la France vaincue qui doit payer.<\/p>\n<p>Jules Favre propose 100\u00a0millions, ses coll\u00e8gues ont fix\u00e9 la limite \u00e0 500, l\u2019indemnit\u00e9 de guerre sera finalement de 200\u00a0millions pour Paris et cinq\u00a0milliards de francs or pour l\u2019ensemble de la France au lieu de six, Thiers ayant n\u00e9goci\u00e9 en bon bourgeois.<\/p>\n<p>Le pays s\u2019acquittera de cette dette consid\u00e9rable d\u00e8s 1873, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019emprunt et \u00e0 l\u2019empressement des souscripteurs, les troupes allemandes \u00e9vacuant alors le territoire. Ce n\u2019est pas la clause la plus humiliante d\u2019un armistice que la capitale va refuser de toutes ses forces bient\u00f4t combattantes et de nouveau r\u00e9volutionnaires, sous la Commune qui se terminera par la Semaine sanglante du 22 au 28\u00a0mai 1871.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Elles ont p\u00e2li, merveilleuses<br>Au grand soleil d\u2019amour charg\u00e9,<br>Sur le bronze des mitrailleuses<br>\u00c0 travers Paris insurg\u00e9.\u00a0\u00bb<span id=\"2329\" class=\"cit-num\">2329<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Arthur <span class=\"caps\">RIMBAUD<\/span> (1854-1891), <em>Les Mains de Jeanne-Marie<\/em> (1871)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Adolescent de 17\u00a0ans, boulevers\u00e9 par la d\u00e9claration de guerre, puis par l\u2019\u00e9chec de la Commune, il fugue deux fois \u00e0 Paris en\u00a01870 et\u00a01871, chante <em>Le Dormeur du val<\/em>, jeune soldat cueilli par la mort, mais aussi les communardes sur les barricades, m\u00ealant po\u00e9sie, r\u00e9volte, soif de r\u00e9volution sociale et morale.<\/p>\n<p>Il comprend tr\u00e8s vite l\u2019impuissance des vers \u00e0 \u00ab\u00a0changer la vie\u00a0\u00bb. A vingt-ans, il cesse d\u2019\u00eatre po\u00e8te pour se lancer dans une vie d\u2019explorateur, journaliste, aventurier, trafiquant d\u2019armes, n\u00e9gociant en caf\u00e9. Parti de Charleville, il part vers l\u2019Abyssinie et passe de l\u2019Aden au Y\u00e9men. Volont\u00e9 de vivre \u00e0 en mourir, toujours plus intens\u00e9ment, d\u2019\u00eatre sans cesse en mouvement dans une qu\u00eate \u00e9perdue vers l\u2019inconnu, l\u2019inexplor\u00e9. Course folle, marche vaine. \u00ab\u00a0L\u2019Homme aux semelles de vent\u00a0\u00bb r\u00eavait de s\u2019enrichir, mais plus encore de d\u00e9couvrir, sans savoir quoi ni comment ni pourquoi. Qu\u00eate \u00e9puisante.<\/p>\n<p>Il en meurt \u00e0 trente-sept ans.<\/p>\n<p>Il laisse une \u0153uvre incomprise de son vivant et qui fascine toujours, comme son histoire d\u2019amour fou avec Verlaine, \u00e9pisode tragique dans deux vies chaotiques de po\u00e8tes inspir\u00e9s.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Elle fut dans son essence, elle fut dans son fond la premi\u00e8re grande bataille rang\u00e9e du Travail contre le Capital. Et c\u2019est m\u00eame parce qu\u2019elle fut cela avant tout [\u2026] qu\u2019elle fut vaincue et que, vaincue, elle fut \u00e9gorg\u00e9e.\u00a0\u00bb<span id=\"2384\" class=\"cit-num\">2384<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), <em>Histoire socialiste, 1789-1900<\/em>, volume <span class=\"caps\">XI<\/span>, <em>La Commune<\/em>, Louis Dubreuilh (1908)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Tous les historiens de gauche se sont passionn\u00e9s pour la Commune. <br>Jaur\u00e8s qui dirige ce travail en 13 volumes juge \u00e0 la fois en historien et en socialiste. Homme politique, il sera toujours du c\u00f4t\u00e9 du Travail et des travailleurs. N\u2019excluant pas le recours \u00e0 la force insurrectionnelle, il aurait \u00e9t\u00e9 Communard, malgr\u00e9 son pacifisme qui sera d\u2019ailleurs la raison de son assassinat.<\/p>\n<p>Karl Marx rend lui aussi hommage \u00e0 la Commune en tant que militant r\u00e9volutionnaire, m\u00eame si le th\u00e9oricien socialiste \u00e9mit de nombreuses r\u00e9serves\u00a0: \u00ab\u00a0Le Paris ouvrier, avec sa Commune, sera c\u00e9l\u00e9br\u00e9 \u00e0 jamais comme le glorieux fourrier d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 nouvelle. Ses martyrs seront enclos dans le grand c\u0153ur de la classe ouvri\u00e8re.\u00a0\u00bb\u00a0 <em>La Guerre civile en France<\/em> (1871).<\/p>\n<p>Le mouvement ouvrier fran\u00e7ais restera marqu\u00e9 par les cons\u00e9quences de la Commune\u00a0: vide dans le rang de ses militants, haine des victimes contre les bourreaux, force du mythe qui s\u2019attache \u00e0 jamais au nom de la Commune.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai re\u00e7u le drapeau blanc comme un d\u00e9p\u00f4t sacr\u00e9, du vieux roi mon a\u00efeul. Il a flott\u00e9 sur mon berceau, je veux qu\u2019il ombrage ma tombe\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2417\" class=\"cit-num\">2417<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comte de <span class=\"caps\">CHAMBORD<\/span> (1820-1883), Manifeste du 5\u00a0juillet 1871, \u00e0 Chambord.<em> La Droite en France, de la premi\u00e8re Restauration \u00e0 la Ve\u00a0R\u00e9publique<\/em> (1963), Ren\u00e9 R\u00e9mond<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Henri de Bourbon, comte de Chambord, se fait appeler Henri\u00a0V et se voit d\u00e9j\u00e0 roi de France, succ\u00e9dant aux derniers Bourbons, Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span>, Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> et Charles X (mais pas Louis-Philippe, roi des Fran\u00e7ais de la maison d\u2019Orl\u00e9ans). On frappe des monnaies \u00e0 son effigie, on construit des carrosses pour son entr\u00e9e \u00e0 Paris\u2026 Les deux partis, l\u00e9gitimistes et bonapartistes, se sont en effet mis d\u2019accord sur son nom et sa plus grande l\u00e9gitimit\u00e9.<\/p>\n<p>Mais dans ce discours, il renie le drapeau tricolore. Scandalis\u00e9s, certains de ses partisans en deviennent r\u00e9publicains\u00a0! L\u2019 \u00ab\u00a0Affaire du drapeau\u00a0\u00bb sert la strat\u00e9gie politicienne du tr\u00e8s r\u00e9publicain Thiers qui pavoise devant tant de maladresse. Il dit m\u00eame que le pr\u00e9tendant m\u00e9rite d\u2019\u00eatre \u00ab\u00a0appel\u00e9 le Washington fran\u00e7ais, car il a fond\u00e9 la r\u00e9publique\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cette attitude s\u2019explique\u00a0: le comte de Chambord a v\u00e9cu quarante ans en exil, dont trente dans un ch\u00e2teau coup\u00e9 du monde, entour\u00e9 d\u2019une petite cour d\u2019\u00e9migr\u00e9s aristocrates, assur\u00e9ment \u00ab\u00a0plus royalistes que le roi\u00a0\u00bb comme tant de courtisans.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Gloire aux pays o\u00f9 l\u2019on parle, honte aux pays o\u00f9 l\u2019on se tait.\u00a0\u00bb<span id=\"2387\" class=\"cit-num\">2387<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges\u00a0<span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span>\u00a0(1841-1929), Chambre des d\u00e9put\u00e9s, 4\u00a0juin 1888. <em>Histoire de France contemporaine depuis la R\u00e9volution jusqu\u2019\u00e0 la paix de 1919\u00a0<\/em>(1920-1922), Ernest Lavisse, Philippe Sagnac<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette citation r\u00e9f\u00e9rentielle a un contexte pr\u00e9cis, mais une port\u00e9e tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9rale. Elle permet aussi de mieux comprendre ce grand personnage politique.<\/p>\n<p>D\u00e9put\u00e9 aux accents hugoliens, il s\u2019oppose au g\u00e9n\u00e9ral Boulanger (qu\u2019il a d\u2019abord soutenu), voyant poindre en lui un nouveau\u00a0Bonaparte accus\u00e9 de \u00ab\u00a0faire dispara\u00eetre la politique de parti et le parlementarisme\u00a0\u00bb. Ce sera une crise, une \u00ab\u00a0affaire\u00a0\u00bb parmi toutes celles qui illustrent le r\u00e9gime parlementaire de la\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>e R\u00e9publique.<\/p>\n<p>Mais Clemenceau le \u00ab\u00a0Tombeur de minist\u00e8res\u00a0\u00bb, le \u00ab\u00a0Tigre\u00a0\u00bb redout\u00e9, d\u00e9voile ici un visage moins connu. Se d\u00e9clarant solidaire de l\u2019histoire du parti r\u00e9publicain et de ses luttes depuis un si\u00e8cle, il proclame son attachement \u00e0 un r\u00e9gime de libre discussion\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019honneur de la R\u00e9publique est dans la libre parole avec ses risques et ses inconv\u00e9nients.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>C\u2019est rendre hommage \u00e0 ce r\u00e9gime si souvent d\u00e9cri\u00e9, y compris par Clemenceau. Vingt ans apr\u00e8s, devenu pr\u00e9sident du Conseil, il se plaindra des d\u00e9bats sans fin \u00e0 la Chambre\u00a0: \u00ab\u00a0On perd trop de temps en de trop longs discours.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ce dilemme est inh\u00e9rent au r\u00e9gime parlementaire\u00a0: comment assurer la libre expression des forces politiques repr\u00e9sent\u00e9es dans les assembl\u00e9es sans paralyser le fonctionnement de l\u2019institution parlementaire\u00a0? Le Parlement, lieu o\u00f9 l\u2019on vote, est aussi et par d\u00e9finition celui o\u00f9 l\u2019on parle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0R\u00e9publicains. \u2013 Les r\u00e9publicains ne sont pas tous des voleurs, mais les voleurs sont tous r\u00e9publicains.\u00a0\u00bb<span id=\"2389\" class=\"cit-num\">2389<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Gustave <span class=\"caps\">FLAUBERT<\/span> (1821-1880), <em>Dictionnaire des id\u00e9es re\u00e7ues<\/em> (posthume, 1913)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est \u00e0 peine une caricature des pr\u00e9jug\u00e9s bourgeois dans les ann\u00e9es 1870, tr\u00e8s proche de la citation originale, sign\u00e9e du marquis de La Rochejaquelein\u00a0: \u00ab\u00a0Certes, je ne pr\u00e9tends pas que tous les r\u00e9publicains sont des voleurs, mais, ce que je garantis, c\u2019est que tous les voleurs sont r\u00e9publicains.\u00a0\u00bb (<em>La Constitution<\/em>, 31 mai 1871). Les r\u00e9publicains passent m\u00eame pour des \u00ab\u00a0buveurs de sang\u00a0\u00bb dans bien des esprits.<\/p>\n<p>Mais au fil des ann\u00e9es, la France devient r\u00e9publicaine et les r\u00e9publicains font de moins en moins peur. Les radicaux, dans l\u2019opposition sous la R\u00e9publique d\u2019abord mod\u00e9r\u00e9e, vont \u00e0 la faveur d\u2019\u00e9lections de plus en plus \u00e0 gauche acc\u00e9der au pouvoir sous la R\u00e9publique radicale \u00e0 partir de 1899\u00a0: leur politique sociale sera alors bien timide et la \u00ab\u00a0R\u00e9publique des d\u00e9put\u00e9s\u00a0\u00bb se heurtera aux socialistes, les nouveaux \u00e9pouvantails pour le bourgeois.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Puisqu\u2019elle gouverne peu, je lui pardonne de gouverner mal.\u00a0\u00bb<span id=\"2390\" class=\"cit-num\">2390<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Anatole <span class=\"caps\">FRANCE<\/span> (1844-1924), <em>Histoire contemporaine<\/em> (publi\u00e9e de\u00a01897 \u00e0\u00a01901)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il parle de la R\u00e9publique\u00a0: la Troisi\u00e8me est enfin install\u00e9e, mod\u00e9r\u00e9e, mais surtout faible. La faute en revient aux hommes qui gouvernent et aux institutions qui ont d\u00e9bouch\u00e9 sur un parlementarisme o\u00f9 les crises se multiplient.<\/p>\n<p>Anatole France pr\u00eate son scepticisme intellectuel et souvent d\u00e9sabus\u00e9 \u00e0 son h\u00e9ros M.\u00a0Bergeret qui prend la d\u00e9fense du r\u00e9gime, faisant un \u00e9loge inattendu des faiblesses de cette R\u00e9publique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019insurg\u00e9, son vrai nom c\u2019est l\u2019homme\u00a0!<br>Qui n\u2019est plus la b\u00eate de somme,<br>Qui n\u2019ob\u00e9it qu\u2019\u00e0 la raison<br>Et qui marche avec confiance<br>Car le soleil de la science<br>Se l\u00e8ve rouge \u00e0 l\u2019horizon.\u00a0\u00bb<span id=\"2407\" class=\"cit-num\">2407<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Eug\u00e8ne <span class=\"caps\">POTTIER<\/span> (1816-1888), paroles, et Pierre <span class=\"caps\">DEGEYTER<\/span> (1848-1932), musique, <em>L\u2019Insurg\u00e9<\/em> (1884), chanson<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Po\u00e8te et r\u00e9volutionnaire, chansonnier socialiste le plus important (et sinc\u00e8re) du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle, Pottier est d\u00e9j\u00e0 l\u2019auteur de <em>l\u2019Internationale.<\/em> Membre de la Commune, r\u00e9fugi\u00e9 aux \u00c9tats-Unis apr\u00e8s la Semaine sanglante de mai 1871, il rentre de son exil apr\u00e8s la loi d\u2019amnistie et d\u00e9die cette chanson \u00ab\u00a0\u00e0 Blanqui et aux Communards\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0Devant toi, mis\u00e8re sauvage,\u00a0\/ Devant toi, pesant esclavage,\u00a0\/ L\u2019insurg\u00e9 se dresse\u00a0\/ Le fusil charg\u00e9.\u00a0\/ On peut le voir en barricades\u00a0\/ Descendr\u2019 avec les camarades,\u00a0\/ Riant, blaguant, risquant sa peau\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Beaucoup de chansons communistes voient le jour dans les ann\u00e9es 1880\u00a0: lutte des classes, guerre sociale contre les patrons, appel \u00e0 la r\u00e9volte arm\u00e9e des ouvriers, mineurs, paysans. L\u2019agitation sociale conna\u00eetra une nouvelle flamb\u00e9e avant la Premi\u00e8re Guerre mondiale. Ni l\u2019\u00c9tat, ni les patrons, ni les syndicats fran\u00e7ais de cette \u00e9poque ne sont aptes \u00e0 r\u00e9soudre les conflits sociaux n\u00e9s du d\u00e9veloppement \u00e9conomique et du capitalisme.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ni Dieu ni ma\u00eetre.\u00a0\u00bb<span id=\"2408\" class=\"cit-num\">2408<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Auguste <span class=\"caps\">BLANQUI<\/span> (1805-1881), titre de son journal cr\u00e9\u00e9 en 1877<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Entr\u00e9 en politique il y a juste un demi-si\u00e8cle (sous la Restauration), arr\u00eat\u00e9 en 1871, condamn\u00e9 \u00e0 mort et amnisti\u00e9, cet infatigable socialiste reprend son activit\u00e9 r\u00e9volutionnaire \u00e0 72\u00a0ans. Son \u00ab\u00a0Ni Dieu ni ma\u00eetre\u00a0\u00bb deviendra la devise des anarchistes qui troubleront la Troisi\u00e8me R\u00e9publique pendant un quart de\u00a0si\u00e8cle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La pr\u00e9sidence est un enfer, je n\u2019y retournerai pas. Et vous-m\u00eame, mon cher Mar\u00e9chal, n\u2019y entrez pas. Aujourd\u2019hui le pouvoir est un gu\u00eapier dans lequel une nature militaire telle que la v\u00f4tre perdrait patience en quarante-huit heures.\u00a0\u00bb<span id=\"2428\" class=\"cit-num\">2428<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Adolphe <span class=\"caps\">THIERS<\/span> (1797-1877), 24\u00a0mai\u00a01873. <em>Cent ans de R\u00e9publique<\/em> (1970), Jacques Chastenet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans la nuit qui suit la d\u00e9mission de Thiers et l\u2019\u00e9lection \u00e0 la pr\u00e9sidence de Mac-Mahon, le \u00ab\u00a0cher Mar\u00e9chal\u00a0\u00bb s\u2019est rendu au domicile de Thiers, au cas o\u00f9 celui-ci regretterait sa lettre de d\u00e9mission. En vieux routier de la politique, Thiers lui tient ce discours, sans r\u00e9sultat. Mac-Mahon reste droit dans ses bottes, investi de sa mission monarchique. Il sera donc pr\u00e9sident de la R\u00e9publique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le roi a \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9, rien ne sera stable en France tant que le sceptre ne retournera pas au sang l\u00e9gitime.\u00a0\u00bb<span id=\"2432\" class=\"cit-num\">2432<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">VEUILLOT<\/span> (1813-1883), <em>L\u2019Univers. La Fi\u00e8vre hexagonale\u00a0: les grandes crises politiques de 1871 \u00e0 1968<\/em> (1987), Michel Winock<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le \u00ab\u00a0roi assassin\u00e9\u00a0\u00bb est Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span> et le \u00ab\u00a0sang l\u00e9gitime\u00a0\u00bb est celui du comte de Chambord, pr\u00e9tendant l\u00e9gitimiste au tr\u00f4ne de France. Veuillot, directeur du journal<em> L\u2019Univers<\/em> de\u00a01848 \u00e0\u00a01874, est le chantre d\u2019un courant de populisme chr\u00e9tien qui r\u00e9gente les esprits d\u2019une bonne partie des 220\u00a0000 religieux et religieuses que compte le clerg\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je croyais avoir affaire \u00e0 un Conn\u00e9table de France, je n\u2019ai trouv\u00e9 qu\u2019un capitaine de gendarmerie.\u00a0\u00bb<span id=\"2438\" class=\"cit-num\">2438<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comte de <span class=\"caps\">CHAMBORD<\/span> (1820-1883), apprenant le refus de Mac-Mahon qui se r\u00e9cuse, le 12\u00a0novembre\u00a01873. <em>L\u2019\u00c9chec de la restauration monarchique en 1873<\/em> (1910), Arthur Loth<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Durant son long exil autrichien, sa cour d\u2019aristocrates habitua le pr\u00e9tendant \u00e0 plus d\u2019\u00e9gards que n\u2019en a le mar\u00e9chal\u00a0! Mac-Mahon devait introduire le monarque \u00e0 la Chambre, appuy\u00e9 \u00e0 son bras, venant se faire acclamer par la majorit\u00e9 monarchiste.<\/p>\n<p>Mais le mar\u00e9chal est choqu\u00e9 par cette affaire de drapeau blanc que le comte entend r\u00e9tablir et certain que l\u2019arm\u00e9e, son arm\u00e9e, n\u2019acceptera jamais. Bref, en son \u00e2me et conscience, il dit non \u00e0 ce \u00ab\u00a0roi\u00a0\u00bb et il garde sa pr\u00e9sidence.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La gentilhommerie du pair de France subsistait sous le poil broussailleux du radical-socialisant.\u00a0\u00bb<span id=\"2446\" class=\"cit-num\">2446<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Maurice <span class=\"caps\">BARR\u00c8S<\/span> (1862-1923), <em>Mes cahiers, 1896-1898<\/em> (1929)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Victor Hugo, nomm\u00e9 pair de France en 1845, est \u00e9lu s\u00e9nateur \u00e0 presque 74\u00a0ans le 30\u00a0janvier 1876. Idole de la gauche r\u00e9publicaine, il se bat pour l\u2019amnistie des communards\u00a0: \u00ab\u00a0\u00d4 juges, vous jugez les crimes de l\u2019aurore.\u00a0\u00bb Il faut attendre 1880 pour que la France pardonne, avec la loi d\u2019amnistie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis, vous le savez, messieurs, profond\u00e9ment r\u00e9publicain et profond\u00e9ment conservateur.\u00a0\u00bb<span id=\"2448\" class=\"cit-num\">2448<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">SIMON<\/span> (1814-1896), pr\u00e9sident du Conseil, Chambre des d\u00e9put\u00e9s, D\u00e9claration minist\u00e9rielle du 14\u00a0d\u00e9cembre 1876. <em>Histoire de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique<\/em>, volume\u00a0I (1973), Jacques Chastenet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans son premier discours, le personnage se montre onctueux et conciliateur. Les pr\u00e9sidents du Conseil des ministres \u2013 fonction qui appara\u00eet dans l\u2019histoire de France \u2013 brilleront souvent par leur insignifiance jusqu\u2019en 1900.\u00a0<\/p>\n<p>Les r\u00e9publicains ayant triomph\u00e9 aux \u00e9lections, la situation devient inconfortable pour Mac-Mahon, pr\u00e9sident de la R\u00e9publique et monarchiste. On parlerait aujourd\u2019hui de \u00ab\u00a0cohabitation\u00a0\u00bb. Il s\u2019en tire en appelant un centriste, Jules Simon, r\u00e9publicain mod\u00e9r\u00e9, pour former le gouvernement.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il sera cardinal avant moi\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2449\" class=\"cit-num\">2449<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Monseigneur <span class=\"caps\">DUPANLOUP<\/span> (1802-1878). <em>Histoire de la France contemporaine, 1871-1900<\/em> (1903), Gabriel Hanotaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9v\u00eaque d\u2019Orl\u00e9ans et d\u00e9put\u00e9, il a ce mot sur Jules Simon\u2026 qui ne restera pas longtemps \u00e0 la t\u00eate du gouvernement.<\/p>\n<p>Professeur de philosophie connu pour s\u2019\u00eatre oppos\u00e9 avec courage \u00e0 Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>, Jules Simon tente une politique de conciliation entre la droite et l\u2019extr\u00eame gauche. C\u2019est mission impossible et la crise explose au bout de quelques mois, le 16\u00a0mai 1877. On parlera (improprement) du \u00ab\u00a0coup d\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb de Mac-Mahon qui le renvoie alors qu\u2019il a l\u2019appui des d\u00e9put\u00e9s. Mais le gouvernement est responsable devant la Chambre et le pr\u00e9sident (parlementarisme dualiste).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous \u00eates le gouvernement des pr\u00eatres et le ministre des cur\u00e9s.\u00a0\u00bb<span id=\"2451\" class=\"cit-num\">2451<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882), au ministre de l\u2019Int\u00e9rieur Fourtou, mi-juin\u00a01877. <em>Discours et plaidoyers politiques de M. Gambetta<\/em> (1884)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Oscar Bardy de Fourtou, adepte de la mani\u00e8re forte, de nouveau en poste \u00e0 l\u2019Int\u00e9rieur, a pour mission d\u2019emp\u00eacher le retour en force des r\u00e9publicains \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e. La coalition monarchiste et conservatrice caresse cette fois encore la France \u00e0 rebrousse-poil.<\/p>\n<p>Le 18\u00a0juin, les 363 d\u00e9put\u00e9s r\u00e9publicains font adopter un ordre du jour \u2013 l\u2019Ordre des 363 \u2013 qui refuse la confiance au cabinet de Broglie. Une semaine plus tard, avec l\u2019accord du S\u00e9nat, Mac-Mahon dissout la Chambre des d\u00e9put\u00e9s le 25\u00a0juin. C\u2019est la crise la plus grave depuis la Commune\u00a0: le sort du r\u00e9gime r\u00e9publicain est en jeu. Tout va d\u00e9pendre des prochaines \u00e9lections, fix\u00e9es au 14\u00a0octobre.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019ordre moral atteint au d\u00e9lire de la stupidit\u00e9\u00a0\u00bb \u00e9crit Flaubert (<em>Correspondance<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>). Dans la campagne \u00e9lectorale qui bat son plein, cet \u00e9t\u00e9 1877, Mac-Mahon prend parti, tel un mar\u00e9chal \u00e0 la t\u00eate de ses troupes et lance dans la bataille les fonctionnaires et le clerg\u00e9. De leur c\u00f4t\u00e9, les r\u00e9publicains font bloc, avec deux t\u00eates d\u2019affiche\u00a0: le toujours jeune Gambetta (40\u00a0ans) et le d\u00e9j\u00e0 vieux Thiers qui, malgr\u00e9 ses 80\u00a0ans, se verrait bien succ\u00e9der \u00e0 son successeur Mac-Mahon. Trop tard\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je n\u2019aimais pas ce roi des prud\u2019hommes. N\u2019importe\u00a0! compar\u00e9 aux autres, c\u2019est un g\u00e9ant.\u00a0\u00bb<span id=\"2456\" class=\"cit-num\">2456<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Gustave <span class=\"caps\">FLAUBERT<\/span> (1821-1880), \u00e0 la mort de Thiers, <em>Correspondance<\/em> (1893)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0\u2026 et puis il avait une vertu rare\u00a0: le patriotisme. Personne n\u2019a r\u00e9sum\u00e9 comme lui la France, de l\u00e0 l\u2019immense effet de sa mort.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Flaubert, un an plus t\u00f4t, s\u2019exclamait pourtant\u00a0: \u00ab\u00a0Rugissons contre M. Thiers\u00a0! Peut-on voir un plus triomphant imb\u00e9cile, un cro\u00fbtard plus abject, un plus \u00e9troniforme bourgeois\u00a0! Non, rien ne peut donner l\u2019id\u00e9e du vomissement que m\u2019inspire ce vieux melon diplomatique, arrondissant sa b\u00eatise sur le fumier de la bourgeoisie\u00a0! Il me semble \u00e9ternel comme la m\u00e9diocrit\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cet hommage posthume et du bout de la plume prendra encore plus de valeur par la suite\u00a0: le personnel politique de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique fut \u2013 sauf exceptions \u2013 d\u2019une grande m\u00e9diocrit\u00e9. Pour l\u2019heure, il reste Gambetta, leader des r\u00e9publicains qui se d\u00e9pense sans compter, dans cette campagne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0N\u00e9ron, Diocl\u00e9tien, Attila, pr\u00e9figurateur de l\u2019ant\u00e9christ\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2466\" class=\"cit-num\">2466<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Les catholiques insultant Jules Ferry.<em> Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Surnomm\u00e9 hier Ferry-la-Famine \u2013 sous la Commune \u2013 et demain Ferry-Tonkin \u2013 pour sa politique coloniale.<\/p>\n<p>Cette fois, il est attaqu\u00e9 en tant que ministre de l\u2019Instruction publique et des Beaux-Arts\u00a0: son projet de r\u00e9forme de l\u2019enseignement public primaire (la\u00efc, gratuit et obligatoire) r\u00e9duit l\u2019importance de l\u2019enseignement priv\u00e9. D\u00e9bats d\u00e9j\u00e0 anim\u00e9s, le 15\u00a0mars 1879. Le 16\u00a0juin, la loi Ferry enflammera la Chambre. Gambetta d\u00e9fend son ami Ferry et tape si fort du poing sur la table qu\u2019il perd son \u0153il de verre. Les d\u00e9put\u00e9s en viennent aux mains. Et volent manchettes et faux cols\u00a0! Il faut encore trois ans avant que passe le train des lois Ferry \u2013 une des r\u00e9ussites incontest\u00e9es de la Troisi\u00e8me.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ah\u00a0! quel malheur d\u2019avoir un gendre [\u2026]<br>Avec lui, j\u2019en ai vu de grises,<br>Fallait qu\u2019j\u2019emploie \u00e0 chaque instant<br>Mon nom, mon cr\u00e9dit, mon argent<br>\u00c0 r\u00e9parer toutes ses sottises.\u00a0\u00bb<span id=\"2487\" class=\"cit-num\">2487<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9mile <span class=\"caps\">CARR\u00c9<\/span> (1829-1892), <em>Ah\u00a0! quel malheur d\u2019avoir un gendre<\/em> (1887), chanson. <em>Jules Gr\u00e9vy, ou la R\u00e9publique debout<\/em> (1991), Pierre Jeambrun<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ainsi fait-on chanter Jules Gr\u00e9vy, le vieux pr\u00e9sident de la R\u00e9publique\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019suis un honn\u00eate p\u00e8re de famille\u00a0\/ Ma seule passion, c\u2019est l\u2019jeu de billard\u00a0\/ Un blond barbu, joli gaillard\u00a0\/ Une fois m\u2019demande la main d\u2019ma fille [\u2026]\u00a0\/ Y sont mari\u00e9s, mais c\u2019que j\u2019m\u2019en repens\u00a0!\u00a0\/ Ah\u00a0! quel malheur d\u2019avoir un gendre\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Alfred Capus, auteur de th\u00e9\u00e2tre et journaliste en vue, commente avec humour\u00a0: \u00ab\u00a0Jadis on \u00e9tait d\u00e9cor\u00e9 et content. Aujourd\u2019hui on n\u2019est d\u00e9cor\u00e9 que comptant\u00a0!\u00a0\u00bb <em>Le Gaulois,<\/em> 7\u00a0octobre 1887. Ce journal d\u00e9nonce comme bien d\u2019autres le scandale de l\u2019\u00c9lys\u00e9e. La corruption, tant reproch\u00e9e aux (r\u00e9publicains) opportunistes qui sont au pouvoir, atteint la famille du pr\u00e9sident Gr\u00e9vy. Son gendre Daniel Wilson est accus\u00e9 d\u2019avoir cr\u00e9\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00c9lys\u00e9e un \u00ab\u00a0minist\u00e8re des Recommandations et D\u00e9marches\u00a0\u00bb. Bien entendu, il fait payer ses services. Ce trafic des d\u00e9corations, d\u00e9couvert en septembre, porte notamment sur la L\u00e9gion d\u2019honneur. Le temps des crises parlementaires va de pair avec celui des sales affaires et le personnel politique est gravement d\u00e9consid\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019en appelle \u00e0 la France\u00a0! Elle dira que, pendant neuf ann\u00e9es, mon gouvernement a assur\u00e9 la paix, l\u2019ordre et la libert\u00e9. Elle dira qu\u2019en retour, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9 du poste o\u00f9 sa confiance m\u2019avait plac\u00e9.\u00a0\u00bb<span id=\"2490\" class=\"cit-num\">2490<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">GR\u00c9VY<\/span> (1807-1891). <em>Gouvernements, minist\u00e8res et constitutions de la France depuis cent ans<\/em> (1893), L\u00e9on Muel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u00e9mission forc\u00e9e, le 2\u00a0d\u00e9cembre 1887. Un autre Jules est candidat \u00e0 la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique, Ferry, mais les radicaux d\u00e9testent ce r\u00e9publicain opportuniste et les r\u00e9publicains opportunistes ont besoin de l\u2019appui des radicaux pour gouverner. Jeu classique des partis et l\u2019on se rabat sur le troisi\u00e8me homme \u2013 un compromis dont Clemenceau se moque plaisamment\u00a0: \u00ab\u00a0Votons pour Carnot, c\u2019est le plus b\u00eate, mais il porte un nom r\u00e9publicain\u00a0!\u00a0\u00bb Sadi Carnot mourra assassin\u00e9 par un anarchiste.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est mort comme il a v\u00e9cu\u00a0: en sous-lieutenant.\u00a0\u00bb<span id=\"2499\" class=\"cit-num\">2499<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929), apprenant le suicide du g\u00e9n\u00e9ral Boulanger sur la tombe de sa ma\u00eetresse \u00e0 Ixelles (Belgique), le 30\u00a0septembre 1891. <em>Histoire de la France<\/em> (1947), Andr\u00e9 Maurois<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019\u00e9pitaphe est cinglante, la fin du \u00ab\u00a0Brave G\u00e9n\u00e9ral\u00a0\u00bb qui fit trembler la R\u00e9publique est un fait divers pitoyable.<\/p>\n<p>Le gouvernement a r\u00e9agi apr\u00e8s ce qui aurait tourn\u00e9 au coup d\u2019\u00c9tat, si Boulanger avait os\u00e9\u00a0marcher sur l\u2019\u00c9lys\u00e9e, port\u00e9 par la foule\u00a0! Accus\u00e9 de complot contre l\u2019\u00c9tat, craignant d\u2019\u00eatre arr\u00eat\u00e9, il s\u2019est enfui le 1er\u00a0avril 1889 \u00e0 Londres, puis \u00e0 Bruxelles, avec sa ma\u00eetresse (de m\u00e8che avec la police). Son prestige s\u2019effondre aussit\u00f4t. Le 14\u00a0ao\u00fbt, le S\u00e9nat r\u00e9uni en Haute Cour de justice le condamne par contumace \u00e0 la d\u00e9portation.<\/p>\n<p>Mme\u00a0de Bonnemains meurt du mal du si\u00e8cle (la phtisie), le 16\u00a0juillet 1891. Sur sa tombe, toujours fou d\u2019amour, le g\u00e9n\u00e9ral Boulanger fait graver ces mots\u00a0: \u00ab\u00a0Marguerite\u2026 \u00e0 bient\u00f4t\u00a0\u00bb. Le 30\u00a0septembre, il revient se tirer une balle dans la t\u00eate, pour \u00eatre enterr\u00e9 dans la m\u00eame tombe o\u00f9 l\u2019on gravera\u00a0ses derniers mots \u00e9crits\u00a0: \u00ab\u00a0Ai-je bien pu vivre deux mois et demi sans toi\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Parlez-nous de lui, grand-m\u00e8re,<br>Grand-m\u00e8re, parlez-nous de lui\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2500\" class=\"cit-num\">2500<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MAC<\/span>\u2013<span class=\"caps\">NAB<\/span> (1856-1889), <em>Les Souvenirs du populo<\/em>, chanson. <em>Chansons du chat noir<\/em> (1890), Camille Baron, Maurice Mac-Nab<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parodie de la c\u00e9l\u00e8bre chanson de B\u00e9ranger \u00e0 la gloire de Napol\u00e9on, comme si Bonaparte et Boulanger \u00e9taient \u00e9galement sensibles au c\u0153ur du peuple\u00a0: \u00ab\u00a0Devant la photographie\u00a0\/ D\u2019un militaire \u00e0 cheval\u00a0\/ En habit de g\u00e9n\u00e9ral\u00a0\/ Songeait une femme attendrie.\u00a0\/ Ses quatre petits-enfants\u00a0\/ Disaient \u00ab\u00a0Quel est donc cet homme\u00a0?\u00a0\u00bb\u00a0\/ \u00ab\u00a0Mes fils, ce fut dans le temps\u00a0\/ Un brave g\u00e9n\u00e9ral comme\u00a0\/ On n\u2019en voit plus aujourd\u2019hui\u00a0\/ Son image m\u2019est bien ch\u00e8re\u00a0!\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb Le ph\u00e9nom\u00e8ne Boulanger aura dur\u00e9 trois ans \u2013 une forme de populisme rassemblant une partie du peuple contre les \u00e9lites dirigeantes. Le nationalisme revanchard va survivre dans les milieux de droite.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ils tomberont de si bas que leur chute m\u00eame ne leur fera pas de mal.\u00a0\u00bb<span id=\"2507\" class=\"cit-num\">2507<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Anatole <span class=\"caps\">FRANCE<\/span> (1844-1924),<em> Les Opinions de M. J\u00e9r\u00f4me Coignard<\/em> (1893)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Voix litt\u00e9raire tr\u00e8s respect\u00e9e, il parle des ministres sur un ton qui rappelle Clemenceau. Le temps des crises s\u2019\u00e9ternise sous cette R\u00e9publique (surtout de\u00a01885 \u00e0\u00a01905) et le r\u00e9gime s\u2019y \u00e9puise lentement mais s\u00fbrement. Le personnel politique est toujours aussi m\u00e9diocre et l\u2019opinion publique se lasse des jeux de ces politiciens professionnels, malheureusement piment\u00e9s de scandales nombreux.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je d\u00e9sire reposer en face de cette ligne bleue des Vosges d\u2019o\u00f9 monte jusqu\u2019\u00e0 mon c\u0153ur fid\u00e8le la plainte des vaincus.\u00a0\u00bb<span id=\"2508\" class=\"cit-num\">2508<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">FERRY<\/span> (1832-1893), Testament<em>. Jules Ferry<\/em> (1903), Alfred Rambaud<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mort le 17\u00a0mars\u00a01893, il reste dans l\u2019histoire pour sa politique scolaire, mais aussi coloniale. Ses derniers mots prouvent qu\u2019il n\u2019oubliait pas l\u2019Alsace et la Lorraine perdues, alors m\u00eame qu\u2019il lan\u00e7ait la France \u00e0 la conqu\u00eate de la Tunisie et du Tonkin (Indochine, nord du Vietnam). Mal compris, Ferry a pu voir relanc\u00e9e \u00e0 la fin de sa vie une nouvelle colonisation prise en main par des politiques, des militaires, des hommes d\u2019affaires\u00a0: Indochine, Madagascar, Afrique noire, Maroc.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vos mains sont couvertes de sang.<br>\u2014 Comme l\u2019est votre robe rouge\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2511\" class=\"cit-num\">2511<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9mile <span class=\"caps\">HENRY<\/span> (1872-1894), r\u00e9pondant au pr\u00e9sident du tribunal, 27\u00a0avril 1894. <em>Historia<\/em> (octobre\u00a01968), \u00ab\u00a0L\u2019\u00c8re anarchiste\u00a0\u00bb, Maurice Duplay<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fils de bourgeois, il \u00e9pouse la cause anarchiste par id\u00e9al r\u00e9volutionnaire et veut frapper partout, parce que la bourgeoisie est partout. Il a 19\u00a0ans quand sa bombe port\u00e9e pour examen au commissariat de police des Bons-Enfants explose\u00a0: 5 morts le 8\u00a0novembre\u00a01892. Nouvelle bombe au caf\u00e9 Terminus de la gare Saint-Lazare\u00a0: un mort, 20 bless\u00e9s le 12\u00a0f\u00e9vrier 1894.<\/p>\n<p>\u00c0 son proc\u00e8s, il proclame que l\u2019anarchie \u00ab\u00a0est n\u00e9e au sein d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 pourrie qui se disloque. Elle est partout, c\u2019est ce qui la rend indomptable, et elle finira par vous vaincre et vous tuer.\u00a0\u00bb \u00c9mile Henry sera guillotin\u00e9 le 21\u00a0mai\u00a01894, criant ses derniers mots\u00a0: \u00ab\u00a0Courage, camarades\u00a0! Vive l\u2019anarchie\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Alors tendant ses longs bras roux<br>Bichonn\u00e9e, ayant fait peau neuve,<br>Elle attend son nouvel \u00e9poux, \/ La Veuve.\u00a0\u00bb<span id=\"2513\" class=\"cit-num\">2513<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">JOUY<\/span> (1855-1887), <em>La Veuve<\/em> (1887) \u2013 nom de la guillotine, en argot, chanson<em>. Les Chansons de l\u2019ann\u00e9e<\/em> (1888), Jules Jouy<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019auteur finira dans un asile en camisole de force, hant\u00e9 par le spectacle (public) des ex\u00e9cutions capitales. Damia cr\u00e9e la chanson (mise en musique par Pierre Larrieu) en 1928\u00a0: \u00ab\u00a0Voici venir son pr\u00e9tendu\u00a0\/ Sous le porche de la Roquette\u00a0\/ Appelant le m\u00e2le attendu\u00a0\/ La Veuve, \u00e0 lui, s\u2019offre coquette.\u00a0\/ Pendant que la foule autour d\u2019eux\u00a0\/ Regarde, frissonnante et p\u00e2le\u00a0\/ Dans un accouplement hideux\u00a0\/ L\u2019homme crache son dernier r\u00e2le.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Un d\u00e9cret de 1871 a supprim\u00e9 les ex\u00e9cuteurs de province. Il ne reste plus qu\u2019un \u00ab\u00a0national\u00a0\u00bb. Apr\u00e8s la dynastie des Sanson (six g\u00e9n\u00e9rations) vint celle des Deibler. Louis Deibler cesse d\u2019exercer \u00e0 79\u00a0ans et meurt en 1904. Il ex\u00e9cuta plus de 1\u00a0000 condamn\u00e9s en une trentaine d\u2019ann\u00e9es. L\u2019ex\u00e9cution cesse d\u2019\u00eatre publique en 1939. La peine de mort sera abolie en 1981. Reste cette all\u00e9gorie fun\u00e8bre\u00a0: la Veuve, appel\u00e9e aussi la Grande veuve ou la Veuve rouge. Les juges et les magistrats parlaient du \u00ab\u00a0bois de justice\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019accuse.\u00a0\u00bb<span id=\"2517\" class=\"cit-num\">2517<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9mile <span class=\"caps\">ZOLA<\/span> (1840-1902), titre de son article en page un de <em>L\u2019Aurore<\/em>, 13\u00a0janvier 1898<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><em>L\u2019Aurore<\/em> est le journal de Clemenceau et le titre est de lui. L\u2019article en forme de lettre ouverte au pr\u00e9sident de la R\u00e9publique F\u00e9lix Faure est l\u2019\u0153uvre de Zola.<\/p>\n<p>Dernier grand romancier populaire apr\u00e8s Balzac et Hugo, Zola accuse deux ministres de la Guerre, les principaux officiers de l\u2019\u00e9tat-major et les experts en \u00e9criture d\u2019avoir \u00ab\u00a0men\u00e9 dans la presse une campagne abominable pour \u00e9garer l\u2019opinion\u00a0\u00bb et le Conseil de guerre qui a condamn\u00e9 Dreyfus d\u2019\u00ab\u00a0avoir viol\u00e9 le droit en condamnant un accus\u00e9 sur une pi\u00e8ce rest\u00e9e secr\u00e8te\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le ministre de la Guerre, g\u00e9n\u00e9ral Billot, intente au c\u00e9l\u00e8bre \u00e9crivain un proc\u00e8s en diffamation. L\u2019Affaire rebondit.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019intervention d\u2019un romancier, m\u00eame fameux, dans une question de justice militaire m\u2019a paru aussi d\u00e9plac\u00e9e que le serait, dans la question des origines du romantisme, l\u2019intervention d\u2019un colonel de gendarmerie.\u00a0\u00bb<span id=\"2519\" class=\"cit-num\">2519<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Ferdinand <span class=\"caps\">BRUNETI\u00c8RE<\/span> (1848-1906), <em>Apr\u00e8s le proc\u00e8<\/em>s (1898)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Intellectuel type, historien de la litt\u00e9rature et critique fran\u00e7ais, professeur \u00e0 l\u2019\u00c9cole normale sup\u00e9rieure et \u00e0 la Sorbonne, directeur de la <em>Revue des Deux Mondes<\/em>, Bruneti\u00e8re est antidreyfusard par respect des institutions, comme il est conservateur en litt\u00e9rature par fid\u00e9lit\u00e9 aux classiques.<\/p>\n<p>Rejetant l\u2019engagement dreyfusard de Zola et refusant lui-m\u00eame de se prononcer sur la culpabilit\u00e9 du capitaine Dreyfus, il d\u00e9clare seulement que \u00ab\u00a0porter atteinte \u00e0 l\u2019arm\u00e9e, c\u2019est fragiliser la d\u00e9mocratie.\u00a0\u00bb Beaucoup d\u2019antidreyfusards vont aller plus loin. \u00ab\u00a0La r\u00e9vision du proc\u00e8s de Dreyfus serait la fin de la France\u00a0\u00bb selon Henri Rochefort, 1er mai 1898. Cit\u00e9 souvent pour son humour cinglant, il s\u2019impose ici en pol\u00e9miste. Son journal <em>l\u2019Intransigeant<\/em> d\u00e9nonce le syndicat des dreyfusards et soutient le camp des antidreyfusards, tr\u00e8s majoritaires, mais plus ou moins militants.<\/p>\n<p>Parmi les intellectuels, Charles Maurras se distingue. La Ligue de la Patrie fran\u00e7aise, plus mod\u00e9r\u00e9e, r\u00e9unit nombre d\u2019\u00e9crivains et acad\u00e9miciens joints \u00e0 des artistes et des mondains\u00a0: Maurice Barr\u00e8s, Fran\u00e7ois Copp\u00e9e, Jules Lema\u00eetre et Paul Bourget, les peintres Degas et Renoir, les dessinateurs Forain et Caran d\u2019Ache, le compositeur Vincent d\u2019Indy. La Ligue des patriotes cr\u00e9\u00e9e par Paul D\u00e9roul\u00e8de en 1882 (pour la revanche, contre l\u2019Allemagne) rassemble la majorit\u00e9 des nationalistes antidreyfusards. D\u00e9roul\u00e8de croit Dreyfus innocent et rejette les slogans antis\u00e9mites, mais l\u2019honneur de la patrie et de l\u2019arm\u00e9e passe avant tout. La justice militaire qui doit faire autorit\u00e9 ne peut donc \u00eatre remise en cause. La Ligue atteindra 300 000 membres, avant de dispara\u00eetre en 1905.<\/p>\n<p>Beaucoup d\u2019officiers sont antidreyfusards par esprit de corps. Trois hommes politiques c\u00e9l\u00e8bres se d\u00e9clarent contre la r\u00e9vision du proc\u00e8s\u00a0: Cavaignac, ministre de la Guerre qui s\u2019opposera \u00e0 la seconde r\u00e9vision r\u00e9clam\u00e9e par Jaur\u00e8s\u00a0; F\u00e9lix Faure, pr\u00e9sident de la R\u00e9publique durant la p\u00e9riode o\u00f9 la r\u00e9vision est refus\u00e9e\u00a0; Jules M\u00e9line, le pr\u00e9sident du Conseil qui s\u2019y oppose \u00e9galement. Mais en juin 1899, la Cour de cassation annulera la condamnation de Dreyfus.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\"><em>\u00ab\u00a0Nulla dies sine linea\u00a0\u00bb<\/em> \u00ab\u00a0Pas de jour sans une seule ligne\u00a0\u00bb<span id=\".\" class=\"cit-num\">.<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9mile <span class=\"caps\">ZOLA<\/span> (1840-1902), sa devise<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La citation est emprunt\u00e9e \u00e0 l\u2019historien latin Pline l\u2019Ancien\u00a0: il pensait au peintre grec Apelle qui ne passait pas une journ\u00e9e sans tracer au moins une ligne. L\u2019artiste Paul Klee en fera sa devise, sorte d\u2019\u00ab\u00a0incitation \u00e0 s\u2019exercer chaque jour au dessin\u00a0\u00bb et ses derni\u00e8res ann\u00e9es seront les plus productives, point commun \u00e0 nombre de peintres. Jean-Paul Sartre citera l\u2019expression dans <em>Les Mots<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019\u00e9cris toujours. Que faire d\u2019autre\u00a0? <em>Nulla dies sine linea.<\/em> C\u2019est mon habitude et puis c\u2019est mon m\u00e9tier.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Zola est connu pour sa force de travail et sa r\u00e9gularit\u00e9, r\u00e9sum\u00e9es par cette devise peinte sur la chemin\u00e9e de son cabinet de travail \u00e0 M\u00e9dan, dans la maison de campagne acquise en 1878 gr\u00e2ce au succ\u00e8s de<em> l\u2019Assommoir<\/em> et qu\u2019il ne cessera d\u2019embellir. Sa vie ob\u00e9it pendant plus de trente ans \u00e0 un strict emploi du temps \u2013 hormis le journalisme qui le d\u00e9tourne de son \u0153uvre et l\u2019Affaire Dreyfus qui l\u2019accapare, le contraint \u00e0 l\u2019exil, mais contribue \u00e0 sa gloire dans le monde. Au total, des millions de lignes et 101 titres de romans, dont quelques \u00ab\u00a0long-sellers\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il voulait \u00eatre C\u00e9sar, il ne fut que Pomp\u00e9e.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929). <em>Censure et caricatures\u00a0: les images interdites et de combat de l\u2019histoire de la presse en France et dans le monde<\/em> (2006), Jean-Michel Renault<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans le genre humour noir, on lui pr\u00eate aussi ce mot plus politique\u00a0: \u00ab\u00a0F\u00e9lix Faure est retourn\u00e9 au n\u00e9ant, il a d\u00fb se sentir chez lui.\u00a0\u00bb Le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, bel homme de 58\u00a0ans, meurt le 16 f\u00e9vrier 1899 en galante compagnie. La rumeur murmure le nom de C\u00e9cile Sorel, actrice c\u00e9l\u00e8bre. En fait, la compagne de ses derniers instants est une demi-mondaine, Marguerite Steinheil, bient\u00f4t surnomm\u00e9e la Pompe fun\u00e8bre. D\u2019o\u00f9 la saillie\u2026<\/p>\n<p>On lui pr\u00eate aussi ce mot plus politique\u00a0: \u00ab\u00a0F\u00e9lix Faure est retourn\u00e9 au n\u00e9ant, il a d\u00fb se sentir chez lui.\u00a0\u00bb Et encore\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cela ne fait pas un homme de moins en France. N\u00e9anmoins, voici une belle place \u00e0 prendre.\u00a0\u00bb<span id=\"2523\" class=\"cit-num\">2523<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929), <em>L\u2019Aurore,<\/em> au lendemain de la mort de F\u00e9lix Faure, fin f\u00e9vrier 1899.<em> Contre la justice<\/em> (1900), Georges Clemenceau<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce mot cruel rappelle certaines sorties de sc\u00e8ne historiques plus ou moins rat\u00e9es, mais il faut dire que le bilan du pr\u00e9sident d\u00e9funt est assez nul\u2026 et qu\u2019il \u00e9tait notoirement antidreyfusard.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s Gr\u00e9vy d\u00e9missionnaire pour cause de scandale, Sadi Carnot assassin\u00e9, Jean Casimir-P\u00e9rier d\u00e9missionnaire au bout de six mois, F\u00e9lix Faure est \u00e0 son tour remplac\u00e9 le 18\u00a0f\u00e9vrier par \u00c9mile Loubet \u2013 qui ira au bout de son septennat. Le 23\u00a0f\u00e9vrier, \u00e0 la fin des obs\u00e8ques du pr\u00e9sident, sa mort fait encore scandale.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Aujourd\u2019hui, la v\u00e9rit\u00e9 ayant vaincu, la justice r\u00e9gnant enfin, je renais, je rentre et reprends ma place sur la terre fran\u00e7aise.\u00a0\u00bb<span id=\"2524\" class=\"cit-num\">2524<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9mile <span class=\"caps\">ZOLA<\/span> (1840-1902), <em>L\u2019Aurore,<\/em> 5\u00a0juin 1899<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il tire la conclusion finalement heureuse de l\u2019Affaire qui a boulevers\u00e9 sa vie d\u2019homme et d\u2019auteur.<\/p>\n<p>Le 3\u00a0juin, la Cour de cassation \u00ab\u00a0toutes Chambres r\u00e9unies\u00a0\u00bb s\u2019est prononc\u00e9e pour \u00ab\u00a0l\u2019annulation du jugement de condamnation rendu le 22\u00a0d\u00e9cembre 1894 contre Alfred Dreyfus\u00a0\u00bb. Dreyfus a \u00e9t\u00e9 sauv\u00e9 par les \u00ab\u00a0dreyfusards\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0r\u00e9visionnistes\u00a0\u00bb\u00a0: graci\u00e9 par le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, il sera r\u00e9int\u00e9gr\u00e9 dans l\u2019arm\u00e9e en 1906. Mais l\u2019Affaire a litt\u00e9ralement d\u00e9chir\u00e9 en deux la France, tous les partis, les milieux, les familles.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Envions-le, sa destin\u00e9e et son c\u0153ur lui firent le sort le plus grand\u00a0: il fut un moment de la conscience humaine.\u00a0\u00bb<span id=\"2536\" class=\"cit-num\">2536<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Anatole <span class=\"caps\">FRANCE<\/span> (1844-1924), \u00c9loge fun\u00e8bre d\u2019\u00c9mile Zola, 5\u00a0octobre 1902.<em> R\u00e9habilitation d\u2019Alfred Dreyfus par la Chambre des d\u00e9put\u00e9s<\/em> [en ligne], Assembl\u00e9e nationale<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Discours prononc\u00e9 au cimeti\u00e8re de Montmartre, lors de l\u2019enterrement de Zola. Anatole France fait naturellement allusion au combat men\u00e9 par son confr\u00e8re pour que la v\u00e9rit\u00e9 \u00e9clate enfin dans l\u2019affaire Dreyfus. Lui-m\u00eame fit partie de ces intellectuels engag\u00e9s dans le camp des \u00ab\u00a0r\u00e9visionnistes\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Mais un doute plane sur la mort de Zola, retrouv\u00e9 mort dans sa chambre, asphyxi\u00e9 \u00e0 l\u2019oxyde de carbone. L\u2019enqu\u00eate conclut \u00e0 un accident d\u00fb \u00e0 une chemin\u00e9e d\u00e9faillante. Un demi-si\u00e8cle plus tard, l\u2019affaire rebondit avec le t\u00e9moignage d\u2019un ramoneur qui assure avoir d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment bouch\u00e9 le conduit\u00a0: cet Henri Buronfosse mort quelques semaines apr\u00e8s d\u2019un crise cardiaque \u00e9tait vraisemblablement militant au sein de la Ligue des patriotes fond\u00e9e par Paul D\u00e9roul\u00e8de et notoirement antidreyfusarde.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pas \u00e7a ou pas vous\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2547\" class=\"cit-num\">2547<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914) \u00e0 Aristide Briand, Chambre des d\u00e9put\u00e9s, 10\u00a0mai 1907.<em> La D\u00e9mocratie et le travail<\/em> (1910), Gabriel Hanotaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Jaur\u00e8s qui apostrophe le ministre s\u2019adresse en fait \u00e0 Clemenceau, chef du gouvernement dont Briand fera partie \u00e0 divers postes minist\u00e9riels, confront\u00e9 \u00e0 une dramatique agitation sociale d\u00e8s 1906\u00a0: mineurs, ouvriers \u00e9lectriciens \u00e0 Paris, dockers \u00e0 Nantes, etc.<\/p>\n<p>Clemenceau doit prendre des mesures \u00e9nergiques pour r\u00e9tablir l\u2019ordre. En avril\u00a01907, le gouvernement d\u00e9cide la r\u00e9vocation de fonctionnaires qui se sont \u00e9lev\u00e9s contre sa politique. La <span class=\"caps\">CGT<\/span> d\u00e9clenche la gr\u00e8ve que Jaur\u00e8s d\u00e9fend en chef de l\u2019opposition socialiste, invectivant Briand devenu ministre, mais ancien propagandiste de la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale. Jaur\u00e8s ajoute que son \u00ab\u00a0jeu de duplicit\u00e9 souille et d\u00e9compose successivement tous les partis\u00a0\u00bb alors que Maurice Barr\u00e8s le qualifiera de \u00ab\u00a0monstre de souplesse\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Jaur\u00e8s prendra souvent \u00e0 partie Clemenceau en personne, personnage bien diff\u00e9rent de Briand\u00a0! \u00c9tant au pouvoir, cet ancien r\u00e9publicain de choc, radical d\u2019extr\u00eame gauche, impitoyable \u00ab\u00a0tombeur de minist\u00e8res\u00a0\u00bb, constate l\u2019\u00e9vidence\u00a0: \u00ab\u00a0Je suis de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la barricade.\u00a0\u00bb Donc, dans la logique de son r\u00f4le qu\u2019il d\u00e9finit lui-m\u00eame\u00a0: premier flic de France.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis le premier des flics.\u00a0\u00bb<span id=\",\" class=\"cit-num\">,<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929), <em>Clemenceau<\/em> (2017), Michel Winock<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pr\u00e9sident du Conseil en m\u00eame temps que ministre de l\u2019Int\u00e9rieur, il se lie d\u2019amiti\u00e9 avec le pr\u00e9fet de police Louis L\u00e9pine et r\u00e9alise d\u2019importantes r\u00e9formes\u00a0: il cr\u00e9e police-secours et la <span class=\"caps\">PJ<\/span> (police judiciaire \u00e0 Paris), il promeut la Police scientifique (avec Alphonse Bertillon, criminologue, promoteur de l\u2019anthropom\u00e9trie et des empreintes digitales) et les brigades r\u00e9gionales mobiles dites \u00ab\u00a0Brigades du Tigre\u00a0\u00bb, immortalis\u00e9es par une s\u00e9rie t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e (36 \u00e9pisodes de 55mn sur Antenne 2, 1974-1983) pour lutter contre les \u00ab\u00a0Apaches\u00a0\u00bb (bandes de voyous \u00e0 la une de la presse sous la Belle-\u00c9poque). De leur c\u00f4t\u00e9, les \u00ab\u00a0nomades\u00a0\u00bb sont fich\u00e9s avec le nouveau service des archives\u00a0: un \u00ab\u00a0carnet anthropom\u00e9trique d\u2019identit\u00e9\u00a0\u00bb s\u2019applique aux Tsiganes, pr\u00e9figurant la carte d\u2019identit\u00e9 nationale.<\/p>\n<p>C\u2019est dire tout ce que l\u2019on doit \u00e0 Clemenceau et son \u00e9quipe de \u00ab\u00a0flics\u00a0\u00bb \u2013 terme d\u2019argot n\u00e9 justement au d\u00e9but du <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle, issu de l\u2019argot allemand <em>Flick<\/em> (gar\u00e7on) ou <em>Fliege<\/em> (mouchard) et d\u00e9signant toujours les policiers.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voil\u00e0 un homme admirable, courageux, qui a toujours eu des couilles au cul\u2026 m\u00eame quand ce n\u2019\u00e9taient pas les siennes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929),<em> <span class=\"caps\">L\u2019\u00c9<\/span>ducation d\u2019un voyou<\/em> (2021), G\u00e9rard Faur\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il parle du Mar\u00e9chal Lyautey, homosexuel trouvant quand m\u00eame gr\u00e2ce \u00e0 ses yeux. R\u00e9sident g\u00e9n\u00e9ral au Maroc, charg\u00e9 de la pacification du pays, il a os\u00e9 dire et pr\u00e9dire au d\u00e9clenchement de la guerre en 1914\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est la plus monumentale \u00e2nerie que le monde ait jamais faite.\u00a0\u00bb Il sera ministre de la Guerre quelques mois, dans le cabinet Briand.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La place n\u2019est pas mauvaise, mais il n\u2019y a pas d\u2019avancement.\u00a0\u00bb<span id=\"2561\" class=\"cit-num\">2561<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Armand <span class=\"caps\">FALLI\u00c8RES<\/span> (1841-1931), \u00e0 Raymond Poincar\u00e9 re\u00e7u \u00e0 l\u2019\u00c9lys\u00e9e, 17\u00a0janvier 1913. <em>Comm\u00e9moration du centenaire de l\u2019\u00e9lection d\u2019Armand Falli\u00e8res \u00e0 la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique<\/em> (2006), Christian Poncelet, pr\u00e9sident du S\u00e9nat<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Falli\u00e8res, huiti\u00e8me pr\u00e9sident de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, fit une carri\u00e8re politique classique\u00a0: maire, d\u00e9put\u00e9, s\u00e9nateur, plusieurs fois ministre, pr\u00e9sident du Conseil. Il a le physique de l\u2019emploi\u00a0: la barbe et la moustache, le ventre, une assurance tranquille. De son septennat, retenons la r\u00e9int\u00e9gration de Dreyfus dans l\u2019arm\u00e9e et la cr\u00e9ation de l\u2019isoloir pour assurer le secret des votes. Il choisit de ne pas se repr\u00e9senter.<\/p>\n<p>Clemenceau, candidat \u00e0 \u00ab\u00a0la place\u00a0\u00bb apr\u00e8s la guerre, ironisait sur le magistrat supr\u00eame qui est surtout l\u00e0 pour inaugurer les chrysanth\u00e8mes\u00a0: \u00ab\u00a0Il y a deux organes inutiles\u00a0: la prostate et le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique.\u00a0\u00bb Il a tent\u00e9 de barrer la route \u00e0 Poincar\u00e9, faisant campagne pour Pams, ministre de l\u2019Agriculture. Mais Poincar\u00e9 est \u00e9lu, avec une carri\u00e8re et un physique comparables \u00e0 Falli\u00e8res. Il devra affronter la plus grande trag\u00e9die du si\u00e8cle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce n\u2019est pas un homme qui triomphe, ce n\u2019est pas un parti. C\u2019est une id\u00e9e nationale.\u00a0\u00bb<span id=\"2562\" class=\"cit-num\">2562<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Le Journal,<\/em> 18\u00a0janvier 1913.<em> La Troisi\u00e8me R\u00e9publique, 1870-1940<\/em> (2000), Paul M. Bouju, Henri Dubois<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au lendemain de l\u2019\u00e9lection de Raymond Poincar\u00e9, nouveau pr\u00e9sident de la R\u00e9publique qui, d\u00e9put\u00e9 ou ministre, s\u2019est toujours tenu prudemment \u00ab\u00a0ailleurs\u00a0\u00bb, hors du Bloc et des radicaux. C\u2019est le r\u00e9sultat d\u2019une nouvelle alliance\u00a0: celle de la droite traditionnelle, des r\u00e9publicains de gouvernement et d\u2019une partie des radicaux touch\u00e9s par le renouveau nationaliste et sensibles aux mots d\u2019ordre d\u2019union, de patrie. Caillaux, plus clairvoyant, proph\u00e9tise\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est la guerre.\u00a0\u00bb Mais qui peut le croire\u00a0?<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-8-124.jpg\" width=\"165\" height=\"220\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">Premi\u00e8re Guerre mondiale (1914-1918)<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce ne sont pas des soldats\u00a0: ce sont des hommes. Ce ne sont pas des aventuriers, des guerriers, faits pour la boucherie humaine [\u2026] Ce sont des laboureurs et des ouvriers qu\u2019on reconna\u00eet dans leurs uniformes. Ce sont des civils d\u00e9racin\u00e9s.\u00a0\u00bb<span id=\"2576\" class=\"cit-num\">2576<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Henri <span class=\"caps\">BARBUSSE<\/span> (1873-1935), <em>Le Feu, journal d\u2019une escouade<\/em> (1916)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Engag\u00e9 volontaire, t\u00e9moignage sur la vie des tranch\u00e9es, prix Goncourt en 1917. Barbusse, id\u00e9aliste exalt\u00e9, militant communiste bient\u00f4t fascin\u00e9 par la r\u00e9volution russe de 1917, se rend plusieurs fois \u00e0 Moscou o\u00f9 il meurt en 1935. Le roman soul\u00e8vera nombre de protestations\u00a0: en plus du document terrible sur le cauchemar monotone de cette guerre, les aspirations pacifistes transparaissent.<\/p>\n<p>La voie est \u00e9troite entre le \u00ab\u00a0bourrage de cr\u00e2nes\u00a0\u00bb et la censure qui \u00ab\u00a0doit supprimer tout ce qui tend \u00e0 surexciter l\u2019opinion ou \u00e0 affaiblir le moral de l\u2019arm\u00e9e ou du public\u00a0\u00bb, deux ph\u00e9nom\u00e8nes propres \u00e0 toute guerre, mais plus accentu\u00e9s dans ce conflit qui va s\u2019\u00e9terniser sur quatre ans. Le journal d\u2019opposition de Clemenceau, <em>L\u2019Homme libre,<\/em> est devenu <em>L\u2019Homme encha\u00een\u00e9<\/em> au d\u00e9but de la guerre\u00a0: fa\u00e7on de d\u00e9noncer la censure d\u2019ailleurs justifi\u00e9e \u2013 en 1870, on a dit que des batailles furent perdues simplement parce que l\u2019ennemi a su lire nos journaux\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La guerre\u00a0! C\u2019est une chose trop grave pour la confier \u00e0 des militaires.\u00a0\u00bb<span id=\"2579\" class=\"cit-num\">2579<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929). <em>Soixante Ann\u00e9es d\u2019histoire fran\u00e7aise\u00a0: Clemenceau<\/em> (1932), Georges Suarez<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 76\u00a0ans, il est appel\u00e9 \u00e0 la t\u00eate du gouvernement et en dernier recours par le pr\u00e9sident Poincar\u00e9 (16\u00a0novembre 1917). Jusque-l\u00e0, le Tigre s\u2019est tenu \u00e0 l\u2019\u00e9cart, accablant de sarcasmes les chefs civils et militaires\u00a0: tr\u00e8s oppos\u00e9 \u00e0 la dictature de fait du mar\u00e9chal Joffre, le grand homme de la France jusqu\u2019en 1916, comme aux ministres de la Guerre qui se succ\u00e8dent \u2013\u00a0Millerand le premier qui couvrait Joffre sans le contr\u00f4ler.<\/p>\n<p>D\u00e9sormais, plus question de laisser carte blanche au g\u00e9n\u00e9ral en chef\u00a0! \u00c0 la t\u00eate d\u2019une France fatigu\u00e9e, divis\u00e9e, \u00e0 bout de nerfs et de guerre, et devenue d\u00e9faitiste par lassitude, il saura imposer son autorit\u00e9 \u00e0 l\u2019arm\u00e9e comme au pays et m\u00e9ritera son nouveau surnom de P\u00e8re la Victoire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je tordrai les Boches avant deux mois.\u00a0\u00bb<span id=\"2586\" class=\"cit-num\">2586<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">G\u00e9n\u00e9ralissime <span class=\"caps\">JOFFRE<\/span> (1852-1931), ao\u00fbt\u00a01914. <em><span class=\"caps\">G.Q.<\/span>G., secteur 1\u00a0: trois ans au Grand quartier g\u00e9n\u00e9ral<\/em> (1920), Jean de Pierrefeu<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>G\u00e9n\u00e9ralissime (chef supr\u00eame des arm\u00e9es en guerre et commandant \u00e0 tous les g\u00e9n\u00e9raux), tel est son titre. La croyance en une guerre courte pr\u00e9vaut en France comme en Allemagne \u2013 qui a d\u00e9clar\u00e9 la guerre le 3\u00a0ao\u00fbt. Et tout commence par une guerre de mouvement.<\/p>\n<p>Ces mots souvent cit\u00e9s font aussi partie de la propagande. Joffre a \u00e9labor\u00e9 le plan fran\u00e7ais (plan <span class=\"caps\">XVII<\/span>)\u00a0: se fiant aux forces morales et aux ba\u00efonnettes, il pr\u00e9voit la d\u00e9fense de l\u2019Est. Mais la bataille des fronti\u00e8res va se d\u00e9rouler selon le plan allemand (plan Schlieffen)\u00a0: gros effectifs et artillerie lourde pour la tactique, et pour la strat\u00e9gie, invasion de la Belgique. Selon le chancelier allemand Bethmann-Hollweg, le trait\u00e9 international garantissant la neutralit\u00e9 de ce pays n\u2019est qu\u2019un \u00ab\u00a0chiffon de papier\u00a0\u00bb. D\u2019o\u00f9 l\u2019attaque de la France par le nord et le contournement des d\u00e9fenses fran\u00e7aises.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La m\u00e9prisable petite arm\u00e9e du g\u00e9n\u00e9ral French.\u00a0\u00bb<span id=\"2587\" class=\"cit-num\">2587<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">GUILLAUME<\/span>\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1859-1941), Ordre du jour \u00e0 Aix-la-Chapelle, 19\u00a0ao\u00fbt 1914. <em>Pages d\u2019histoire, 1914-1918, La Folie allemande<\/em> (1914), Paul Verrier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019empereur d\u2019Allemagne a ni\u00e9 la paternit\u00e9 de ces mots. Mais le <em>Times<\/em> cite la phrase compl\u00e8te (2\u00a0octobre 1914), l\u2019Angleterre \u00e9tant \u00e9galement concern\u00e9e, directement menac\u00e9e et donc oblig\u00e9e d\u2019entrer en guerre avec la France. \u00ab\u00a0C\u2019est mon commandement imp\u00e9rial et royal, que vous concentriez vos \u00e9nergies pour le pr\u00e9sent vers la poursuite d\u2019un but unique, \u00e0 savoir que vous mettiez en \u0153uvre votre habilet\u00e9 et toute la valeur de mes soldats pour exterminer tout d\u2019abord l\u2019Anglais f\u00e9lon et bousculer et annihiler la m\u00e9prisable petite arm\u00e9e du g\u00e9n\u00e9ral French.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 son effort militaire, la France a pu aligner presque autant de divisions que l\u2019Allemagne (plus peupl\u00e9e). Mais nos soldats sont moins entra\u00een\u00e9s, moins disciplin\u00e9s, mal \u00e9quip\u00e9s (uniformes trop voyants, manque d\u2019artillerie lourde). Apr\u00e8s la bataille des Ardennes et de Charleroi \u2013 bataille des fronti\u00e8res perdue \u2013, Joffre renonce au plan\u00a0<span class=\"caps\">XVII<\/span> et \u00e0 l\u2019\u00ab\u00a0offensive \u00e0 tout prix\u00a0\u00bb. Il fait \u00ab\u00a0limoger\u00a0\u00bb plus de cent g\u00e9n\u00e9raux \u2013 nomm\u00e9s \u00e0 des postes dans des villes de l\u2019arri\u00e8re comme Limoges, d\u2019o\u00f9 l\u2019expression. Et il ordonne le repli strat\u00e9gique des troupes au nord de Paris, pour \u00e9viter l\u2019enveloppement.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Heureux ceux qui sont morts dans une juste guerre\u00a0!<br>Heureux les \u00e9pis m\u00fbrs et les bl\u00e9s moissonn\u00e9s\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2588\" class=\"cit-num\">2588<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles <span class=\"caps\">P\u00c9GUY<\/span> (1873-1914), <em>\u00c8ve<\/em> (1914)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Deux derniers alexandrins d\u2019un po\u00e8me qui en compte quelque 8\u00a0000. Rejet\u00e9 de tous les groupes constitu\u00e9s, parce que patriote et dreyfusard, socialiste et chr\u00e9tien, suspect \u00e0 l\u2019\u00c9glise comme au parti socialiste, isol\u00e9 par son intransigeance et ignor\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 sa mort du grand public, c\u2019est l\u2019un des rares intellectuels de l\u2019\u00e9poque \u00e9chappant aux \u00e9tiquettes. De plus en plus isol\u00e9, il t\u00e9moigne \u00e0 la fois contre le mat\u00e9rialisme du monde moderne, la tyrannie des intellectuels de tout parti, les man\u0153uvres des politiques, la morale fig\u00e9e des bien-pensants.<\/p>\n<p>Le po\u00e8te appelle ici de tous ses v\u0153ux et de tous ses vers la \u00ab\u00a0g\u00e9n\u00e9ration de la revanche\u00a0\u00bb apr\u00e8s la guerre perdue de 1870-1871. Lieutenant, il tombe \u00e0 la t\u00eate d\u2019une compagnie d\u2019infanterie, frapp\u00e9 d\u2019une balle au front \u00e0 Villeroy le 5\u00a0septembre, veille de la bataille de la Marne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon centre c\u00e8de, ma droite recule, situation excellente, j\u2019attaque.\u00a0\u00bb<span id=\"2590\" class=\"cit-num\">2590<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">G\u00e9n\u00e9ral <span class=\"caps\">FOCH<\/span> (1851-1929), Message au <span class=\"caps\">GQG<\/span> (Grand Quartier G\u00e9n\u00e9ral), pendant la premi\u00e8re bataille de la Marne, du 6 au 9\u00a0septembre 1914.<em> Le Mar\u00e9chal Foch<\/em> (1918), Contamine de Latour<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pour ce th\u00e9oricien pass\u00e9 par Polytechnique, \u00e9l\u00e8ve et professeur \u00e0 l\u2019\u00c9cole sup\u00e9rieure militaire, une bataille se perd moralement, mais se gagne de m\u00eame\u00a0: \u00ab\u00a0Une bataille gagn\u00e9e, c\u2019est une bataille dans laquelle on ne veut pas s\u2019avouer vaincu.\u00a0\u00bb La d\u00e9faite semblait certaine d\u00e8s les premiers jours. Il la refuse. D\u2019o\u00f9 ce t\u00e9l\u00e9graphe envoy\u00e9 \u00e0 Joffre.<\/p>\n<p>Au moment le plus critique, le g\u00e9n\u00e9ralissime l\u2019a mis \u00e0 la t\u00eate de l\u2019<span class=\"caps\">IX<\/span>e\u00a0arm\u00e9e. Quatre jours de bataille acharn\u00e9e, auxquels participent les fameux taxis de la Marne\u00a0: 1\u00a0100 chauffeurs r\u00e9quisitionn\u00e9s ont conduit sur le front 5\u00a0000 hommes de la 7e\u00a0<span class=\"caps\">DI<\/span> (division d\u2019infanterie). Le Tr\u00e9sor public versera 70\u00a0102\u00a0francs \u00e0 la compagnie des taxis <span class=\"caps\">G7<\/span>, appartenant au comte Andr\u00e9 Walewski (petit-fils de Napol\u00e9on\u00a0Ier). C\u2019est lui qui a qui a eu l\u2019id\u00e9e de cette op\u00e9ration, parfaitement men\u00e9e par Gallieni, gouverneur de Paris.<\/p>\n<p>Cette victoire sauve de justesse la capitale de l\u2019assaut allemand et redonne tout son prestige \u00e0 Joffre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Debout les morts\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2593\" class=\"cit-num\">2593<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Adjudant <span class=\"caps\">P\u00c9RICARD<\/span> (1876-1944) du 95e <span class=\"caps\">RI<\/span> (r\u00e9giment d\u2019infanterie), 8\u00a0avril 1915. Fait rapport\u00e9 par Maurice Barr\u00e8s, <em>L\u2019\u00c9cho de Paris<\/em> du 18\u00a0novembre 1915<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans l\u2019attaque de la Wo\u00ebvre (plaine \u00e0 l\u2019ouest de la Lorraine), les Allemands ont envahi la tranch\u00e9e, les soldats fran\u00e7ais gisent \u00e0 terre. De cet amas de bless\u00e9s et de cadavres, soudain un homme se soul\u00e8ve et crie. \u00c0 cet appel, les bless\u00e9s se redressent et chassent l\u2019envahisseur.<\/p>\n<p>Par cette citation \u00e9pique et mystique, l\u2019adjudant de 36\u00a0ans, engag\u00e9 volontaire, entre dans la l\u00e9gende en h\u00e9ros. Durant l\u2019entre-deux-guerres, devenu p\u00e8re de dix enfants, c\u2019est un \u00ab\u00a0ancien combattant\u00a0\u00bb qui r\u00e9unit 6\u00a0000 t\u00e9moignages de poilus dans un ouvrage collectif\u00a0: <em>Verdun 1914-1918.<\/em><\/p>\n<p>Joffre devait rompre le front pour reprendre la guerre de mouvement en terrain libre et il multiplie les attaques. Bilan des op\u00e9rations\u00a0: 250\u00a0000 morts fran\u00e7ais (autant de bless\u00e9s et de prisonniers), pour des gains de terrain insignifiants\u00a0: \u00ab\u00a0Je les grignote.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ils ne passeront pas.\u00a0\u00bb<span id=\"2596\" class=\"cit-num\">2596<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">D\u00e9fi des Fran\u00e7ais face aux Allemands, \u00e0 Verdun.<em> Verdun 1916<\/em> (2006), Malcolm Brown<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019offensive allemande sur Verdun, men\u00e9e par le Kronprinz Fr\u00e9d\u00e9ric-Guillaume, fils a\u00een\u00e9 du Kaiser Guillaume\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, commence le 21\u00a0f\u00e9vrier 1916. Ses canons et mortiers sont tr\u00e8s sup\u00e9rieurs aux n\u00f4tres, il a l\u2019initiative, le premier choc est terrible \u2013 un d\u00e9luge de feu \u2013 et le fort de Douaumont est pris par surprise. Mais Joffre r\u00e9agit, fait appel \u00e0 P\u00e9tain, la perc\u00e9e allemande \u00e9choue et l\u2019on se retrouve face \u00e0 face, dans une guerre d\u2019usure.<\/p>\n<p>Cette r\u00e9sistance proclam\u00e9e, c\u2019est d\u2019ailleurs la r\u00e9action esp\u00e9r\u00e9e par les Allemands\u00a0: voulant \u00e0 tout prix d\u00e9fendre ce \u00ab\u00a0c\u0153ur de la France\u00a0\u00bb, l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise va \u00e9puiser toutes ses forces et l\u2019Allemagne gagnera.<\/p>\n<p>Elle ne gagnera pas et \u00ab\u00a0ils ne passeront pas\u00a0\u00bb, mais \u00e0 quel prix\u00a0! Verdun symbolise l\u2019horreur de la Grande Guerre, dramatiquement co\u00fbteuse en hommes, ici Fran\u00e7ais contre Allemands. C\u2019est aussi un tournant dans ce premier conflit mondial, avec une industrialisation tr\u00e8s pouss\u00e9e pour une technologie toujours plus meurtri\u00e8re\u00a0: obus et canons, lance-flammes et gaz asphyxiants.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Courage\u00a0! On les aura\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2597\" class=\"cit-num\">2597<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">G\u00e9n\u00e9ral <span class=\"caps\">P\u00c9TAIN<\/span> (1856-1951), derniers mots de l\u2019Ordre du jour r\u00e9dig\u00e9 le 10\u00a0avril 1916<em>. Verdun, 1914-1918<\/em> (1996), Alain Denizot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce n\u2019est pas sans mal et sans morts que P\u00e9tain va d\u00e9fendre Verdun\u00a0contre les Allemands\u00a0!<br>Commandant de la <span class=\"caps\">II<\/span>e\u00a0arm\u00e9e, il prend la direction des op\u00e9rations apr\u00e8s la premi\u00e8re offensive allemande, r\u00e9organise le commandement et le ravitaillement des troupes par la Voie sacr\u00e9e (qui relie Verdun \u00e0 Bar-le-Duc). L\u2019\u00e9quilibre des forces est r\u00e9tabli et la br\u00e8che colmat\u00e9e. Il redonne confiance aux \u00ab\u00a0poilus\u00a0\u00bb et m\u00eame s\u2019il n\u2019obtient pas les renforts demand\u00e9s, il impose que les troupes soient p\u00e9riodiquement remplac\u00e9es \u2013 c\u2019est le syst\u00e8me du \u00ab\u00a0tourniquet\u00a0\u00bb en vertu de quoi 70\u00a0% de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise a \u00ab\u00a0fait\u00a0\u00bb Verdun.<\/p>\n<p>Dix mois de batailles de tranch\u00e9es, chaque jour 500\u00a0000 obus de la Ve\u00a0arm\u00e9e allemande pour \u00ab\u00a0saigner \u00e0 blanc l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise\u00a0\u00bb, 80\u00a0% des pertes venant de l\u2019artillerie. Chaque unit\u00e9 perdra plus de la moiti\u00e9 de ses effectifs \u2013 162\u00a0000 morts et 216\u00a0000 bless\u00e9s, c\u00f4t\u00e9 fran\u00e7ais. La saign\u00e9e est comparable chez l\u2019ennemi.<\/p>\n<p>Dans l\u2019\u00ab\u00a0enfer de Verdun\u00a0\u00bb \u2013 le mot est juste\u00a0-, la r\u00e9sistance fran\u00e7aise devient aux yeux du monde un exemple d\u2019h\u00e9ro\u00efsme et de t\u00e9nacit\u00e9, demeurant une page de l\u2019histoire de France et un symbole pour des g\u00e9n\u00e9rations. Cependant que P\u00e9tain reste comme le vainqueur de Verdun. Mais pour \u00ab\u00a0avoir\u00a0\u00bb ainsi les Allemands, la guerre d\u2019usure a d\u00e9pass\u00e9 les forces physiques, morales, militaires du pays.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je trouve que c\u2019est une victoire, parce que j\u2019en suis sorti vivant.\u00a0\u00bb<span id=\"2611\" class=\"cit-num\">2611<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Roland <span class=\"caps\">DORGEL\u00c8S<\/span> (1885-1973), <em>Les Croix de bois<\/em> (1919)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019auteur pr\u00eate ce mot \u00e0 l\u2019un des h\u00e9ros de retour du front, mutil\u00e9 et r\u00e9form\u00e9 peu avant l\u2019armistice du 11\u00a0novembre 1918. La litt\u00e9rature de guerre va donner beaucoup d\u2019\u0153uvres et quelques chefs-d\u2019\u0153uvre.<\/p>\n<p>Pour les seuls Fran\u00e7ais, les statistiques de la Grande Guerre se r\u00e9sument en ces chiffres\u00a0: sur 8,4\u00a0millions de soldats mobilis\u00e9s, pr\u00e8s de 4\u00a0millions de bless\u00e9s (la moiti\u00e9 deux fois ou plus), parmi lesquels 1\u00a0million d\u2019invalides permanents (dont 56\u00a0000 amput\u00e9s, 65\u00a0000 mutil\u00e9s fonctionnels). Et 1,4\u00a0million de morts et disparus, soit 10\u00a0% de la population active du pays.<\/p>\n<p>Ajoutons la mortalit\u00e9 chez les civils, due aux privations et \u00e0 l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de grippe espagnole qui double le compte des morts. La France, proportionnellement au nombre d\u2019habitants, est le pays qui a le plus souffert de la guerre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il me semble qu\u2019\u00e0 cette heure, en cette heure terrible, grande et magnifique, mon devoir est accompli [\u2026] Au nom du peuple fran\u00e7ais, au nom du gouvernement de la R\u00e9publique fran\u00e7aise, j\u2019envoie le salut de la France une et indivisible \u00e0 l\u2019Alsace et \u00e0 la Lorraine retrouv\u00e9es.\u00a0\u00bb<span id=\"2612\" class=\"cit-num\">2612<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929), Discours \u00e9crit et parl\u00e9 \u00e0 la Chambre des d\u00e9put\u00e9s, 11\u00a0novembre 1918. <em>Histoire politique de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique\u00a0: la Grande Guerre, 1914-1918<\/em> (1967), Georges Bonnefous, \u00c9douard Bonnefous<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le d\u00e9put\u00e9 Paul Deschanel, pr\u00e9sident de la Chambre, a appel\u00e9 Clemenceau qui monte \u00e0 la tribune sous les vivats, tire de sa poche un long papier. Et cet homme de 77\u00a0ans lit d\u2019une voix claire avant de conclure\u2026 \u00ab\u00a0Honneur \u00e0 nos grands morts. Gr\u00e2ce \u00e0 eux, la France, hier soldat de Dieu, aujourd\u2019hui soldat de l\u2019humanit\u00e9, sera toujours soldat de l\u2019id\u00e9al.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Pour la France, c\u2019est le P\u00e8re la Victoire qui lui a donn\u00e9 le courage de vaincre. Pour les Alli\u00e9s, la France qui a fourni l\u2019effort de guerre essentiel ressort aur\u00e9ol\u00e9e d\u2019un immense prestige.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-8-124.jpg\" width=\"165\" height=\"220\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">Entre-deux-guerres (1918-1939)<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est plus facile de faire la guerre que la paix.\u00a0\u00bb<span id=\"2633\" class=\"cit-num\">2633<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929), Discours de Verdun, 14\u00a0juillet 1919. <em>Discours de paix<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le P\u00e8re la Victoire est toujours \u00e0 la t\u00eate du gouvernement d\u2019une France \u00e9puis\u00e9e par l\u2019\u00e9preuve des quatre ans de guerre. Le vieil homme est devenu le \u00ab\u00a0Perd la Victoire\u00a0\u00bb\u00a0: pi\u00e8tre n\u00e9gociateur au trait\u00e9 de Versailles sign\u00e9 le 28\u00a0juin, il a laiss\u00e9 l\u2019Anglais Lloyd George et l\u2019Am\u00e9ricain Wilson l\u2019emporter sur presque tous les points. Il ne sera jamais pr\u00e9sident, l\u2019Assembl\u00e9e pr\u00e9f\u00e9rant voter en 1920 pour un homme qui ne lui portera pas ombrage, Deschanel.<\/p>\n<p>Les paroles de Clemenceau sont proph\u00e9tiques d\u2019une autre r\u00e9alit\u00e9 qui marque les vingt ans \u00e0 venir\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019Allemagne, vaincue, humili\u00e9e, d\u00e9sarm\u00e9e, amput\u00e9e, condamn\u00e9e \u00e0 payer \u00e0 la France pendant une g\u00e9n\u00e9ration au moins le tribut des r\u00e9parations, semblait avoir tout perdu. Elle gardait l\u2019essentiel, la puissance politique, g\u00e9n\u00e9ratrice de toutes les autres\u00a0\u00bb (Pierre Gaxotte, <em>Histoire des Fran\u00e7ais<\/em>).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles.\u00a0\u00bb<span id=\"2618\" class=\"cit-num\">2618<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">VAL\u00c9RY<\/span> (1871-1945), <em>La Crise de l\u2019esprit<\/em> (1919)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019angoisse de l\u2019intellectuel d\u00e9passe largement l\u2019horizon d\u2019un apr\u00e8s-guerre et d\u2019un pays. Val\u00e9ry, l\u2019un des esprits les plus lucides de l\u2019\u00e9poque, d\u00e8s la paix revenue, lance ce cri d\u2019alarme qui trouve un grand \u00e9cho. \u00ab\u00a0Nous avions entendu parler de mondes disparus tout entiers, d\u2019empires coul\u00e9s \u00e0 pic avec tous leurs hommes et leurs engins\u00a0; descendus au fond inexplorable des si\u00e8cles avec leurs dieux et leurs lois, leurs acad\u00e9mies et leurs sciences [\u2026] Mais ces naufrages, apr\u00e8s tout, n\u2019\u00e9taient pas notre affaire. \u00c9lam, Ninive, Babylone \u00e9taient de beaux noms vagues [\u2026] Et nous voyons maintenant que l\u2019ab\u00eeme de l\u2019histoire est assez grand pour tout le monde. Nous sentons qu\u2019une civilisation a la m\u00eame fragilit\u00e9 qu\u2019une vie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y eut quelque chose d\u2019effr\u00e9n\u00e9, une fi\u00e8vre de d\u00e9pense, de jouissance et d\u2019entreprise, une intol\u00e9rance de toute r\u00e8gle, un besoin de nouveaut\u00e9 allant jusqu\u2019\u00e0 l\u2019aberration, un besoin de libert\u00e9 allant jusqu\u2019\u00e0 la d\u00e9pravation.\u00a0\u00bb<span id=\"2631\" class=\"cit-num\">2631<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">BLUM<\/span> (1872-1950),<em> \u00c0 l\u2019\u00e9chelle humaine<\/em> (1945)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est le d\u00e9but des \u00ab\u00a0Ann\u00e9es folles\u00a0\u00bb, chrononyme aussi connu que la \u00ab\u00a0Belle \u00c9poque\u00a0\u00bb de la fin du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle au d\u00e9but de la Premi\u00e8re Guerre mondiale. Elles ne concernent qu\u2019une minorit\u00e9 privil\u00e9gi\u00e9e, artistique et culturelle. Le jazz entre en sc\u00e8ne. Le tango chavire les corps. Le charleston fait rage. Les dancings font fortune. Les artistes se doivent d\u2019\u00eatre anarchistes, dada\u00efstes, bient\u00f4t surr\u00e9alistes. Les femmes ont l\u2019air de gar\u00e7ons. \u00ab\u00a0C\u2019est bien parce que c\u2019est mal\u00a0; c\u2019est mal parce que c\u2019est bien.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Faisons donc la gr\u00e8ve, camarades\u00a0! la gr\u00e8ve des ventres. Plus d\u2019enfants pour le Capitalisme, qui en fait de la chair \u00e0 travail que l\u2019on exploite, ou de la chair \u00e0 plaisir que l\u2019on souille\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2637\" class=\"cit-num\">2637<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Nelly <span class=\"caps\">ROUSSEL<\/span> (1878-1922),<em> La Voix des femmes<\/em>, 6\u00a0mai 1920. <em>Histoire du f\u00e9minisme fran\u00e7ais<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1978), Ma\u00eft\u00e9 Albistur, Daniel Amogathe<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Rares sont les f\u00e9ministes aussi extr\u00eames que cette journaliste marxiste, militante antinataliste en cette \u00ab\u00a0Journ\u00e9e des m\u00e8res de familles nombreuses\u00a0\u00bb. Le f\u00e9minisme revendiquant des droits pour une cat\u00e9gorie injustement trait\u00e9e se situe logiquement \u00e0 gauche dans l\u2019histoire. Mais du seul fait de la guerre, la condition des femmes a chang\u00e9.<\/p>\n<p>Devenues majoritaires dans le pays avec un million de veuves de guerre et plusieurs millions de c\u00e9libataires, elles ont pris l\u2019habitude d\u2019occuper des emplois jadis r\u00e9serv\u00e9s aux hommes et d\u2019assumer des responsabilit\u00e9s nouvelles. De tels acquis sont irr\u00e9versibles. Le droit, la m\u00e9decine, la recherche, le sport leur ouvrent enfin de vrais d\u00e9bouch\u00e9s. Les femmes entreront au gouvernement \u00e0 la faveur du Front populaire de 1936 dans le minist\u00e8re Blum. Mais elles n\u2019ont toujours pas de droit de vote.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On croit mourir pour la patrie\u00a0; on meurt pour des industriels.\u00a0\u00bb<span id=\"2641\" class=\"cit-num\">2641<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Anatole <span class=\"caps\">FRANCE<\/span> (1844-1924),<em> L\u2019Humanit\u00e9<\/em>, 18\u00a0juillet 1922. <em>La M\u00eal\u00e9e des pacifistes, 1914-1945<\/em> (2000), Jean-Pierre Biondi<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Prix Nobel de litt\u00e9rature en 1921, l\u2019auteur est devenu l\u2019une des consciences de son temps. Il pr\u00eate son appui au socialisme, puis au communisme naissant. Anim\u00e9 d\u2019une \u00ab\u00a0ardente charit\u00e9 du genre humain\u00a0\u00bb, souvent engag\u00e9 dans des luttes politiques (jadis aux c\u00f4t\u00e9s de Zola dans l\u2019Affaire Dreyfus), il se garde cependant de tout dogmatisme et se m\u00e9fie de toutes les mystiques.<\/p>\n<p>\u00c0 partir des ann\u00e9es 1920, les liens entre la politique et l\u2019\u00e9conomie, l\u2019imbrication de la haute administration, du monde des affaires et du personnel politicien deviennent de plus en plus \u00e9vidents. Et le probl\u00e8me de l\u2019engagement se pose aux intellectuels.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis communiste parce que cela me dispense de r\u00e9fl\u00e9chir.\u00a0\u00bb<span id=\"2643\" class=\"cit-num\">2643<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fr\u00e9d\u00e9ric <span class=\"caps\">JOLIOT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">CURIE<\/span> (1900-1958). <em>La Politique en citations\u00a0: de Babylone \u00e0 Michel Serres<\/em> (2006), Sylv\u00e8re Christophe<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Position radicale \u2013 et radicalement diff\u00e9rente d\u2019Anatole France. Ce grand scientifique (prix Nobel de chimie avec sa femme, en 1935) sera membre actif du Parti communiste \u00e0 partir de 1942.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Moi, je dis que la France [\u2026] ne se diminue pas, ne se compromet pas, quand, libre de toutes vis\u00e9es imp\u00e9rialistes et ne servant que des id\u00e9es de progr\u00e8s et d\u2019humanit\u00e9, elle se dresse et dit \u00e0 la face du monde\u00a0: \u00ab\u00a0Je vous d\u00e9clare la Paix\u00a0!\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb<span id=\"2655\" class=\"cit-num\">2655<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Aristide <span class=\"caps\">BRIAND<\/span> (1862-1932), <em>Paroles de paix<\/em> (1927)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le 10\u00a0d\u00e9cembre 1926, le \u00ab\u00a0P\u00e8lerin de la Paix\u00a0\u00bb, surnomm\u00e9 aussi \u00ab\u00a0l\u2019Arrangeur\u00a0\u00bb pour son aptitude \u00e0 trouver \u00e0 tout probl\u00e8me une solution de compromis, plus de vingt fois ministre (notamment aux Affaires \u00e9trang\u00e8res), re\u00e7oit le prix Nobel de la paix \u2013\u00a0avec son homologue allemand, Gustav Stresemann.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voil\u00e0 ce qu\u2019est le pacte de Paris. Il met la guerre hors la loi. Il dit aux peuples\u00a0: la guerre n\u2019est pas licite, c\u2019est un crime. La nation qui attaque une autre nation, la nation qui d\u00e9clenche ou d\u00e9clare la guerre, est une criminelle.\u00a0\u00bb<span id=\"2658\" class=\"cit-num\">2658<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Aristide <span class=\"caps\">BRIAND<\/span> (1862-1932), Chambre des d\u00e9put\u00e9s, 1er\u00a0mars 1929.<em> La M\u00eal\u00e9e des pacifistes, 1914-1945<\/em> (2000), Jean-Pierre Biondi<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res, Briand est lyrique pour pr\u00e9senter \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e le pacte Briand-Kellogg du 27\u00a0ao\u00fbt 1928, con\u00e7u avec son homologue am\u00e9ricain le secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat Frank Billings Kellogg, couronn\u00e9 \u00e0 son tour par le Nobel de la Paix \u00e0 la fin de cette ann\u00e9e.<br>Au terme de ce trait\u00e9 sign\u00e9 \u00e0 Paris, 15 pays (bient\u00f4t suivis par 48 autres, y compris l\u2019Allemagne, le Japon et l\u2019<span class=\"caps\">URSS<\/span>) condamnent la guerre \u00ab\u00a0comme instrument de la politique nationale\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Malheureusement, nulle sanction n\u2019est pr\u00e9vue en cas d\u2019infraction\u00a0! Et d\u00e9j\u00e0, Adolf Hitler a r\u00e9dig\u00e9 <em>Mein Kampf<\/em> (1924), ne dissimulant rien de l\u2019Ordre nouveau qu\u2019il veut imposer \u00e0 l\u2019Europe\u00a0; d\u00e9j\u00e0 il organise le parti nazi (Parti national-socialiste ouvrier), ayant cr\u00e9\u00e9 en 1926 les <span class=\"caps\">SS<\/span> (police militaris\u00e9e). Le krach de Wall Street, ce \u00ab\u00a0Jeudi noir\u00a0\u00bb du 24\u00a0octobre 1929 o\u00f9 les valeurs boursi\u00e8res s\u2019effondrent avant d\u2019entra\u00eener l\u2019\u00e9conomie mondiale dans la tourmente, ruine les r\u00eaves de paix et favorise l\u2019arriv\u00e9e d\u2019Hitler au pouvoir. C\u2019en est bient\u00f4t fini de l\u2019\u00e8re Briand.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Comme chef de l\u2019\u00c9tat, deux choses lui avaient manqu\u00e9\u00a0: qu\u2019il f\u00fbt un chef\u00a0; qu\u2019il y e\u00fbt un \u00c9tat.\u00a0\u00bb<span id=\"2662\" class=\"cit-num\">2662<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), \u00e0 propos d\u2019Albert Lebrun, <em>M\u00e9moires de guerre<\/em>, tome\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>, <em>Le Salut, 1944-1946<\/em> (1959)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Albert Lebrun est \u00e9lu pr\u00e9sident de la R\u00e9publique en 1932, apr\u00e8s l\u2019assassinat du pr\u00e9sident Paul Doumer et au terme d\u2019un parcours politique typique de cette Troisi\u00e8me R\u00e9publique.<\/p>\n<p>Personnage insignifiant face \u00e0 la trag\u00e9die de la guerre qui commence en 1939 sous son second septennat, force est de reconna\u00eetre qu\u2019il a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 d\u00e9pass\u00e9 par les \u00e9v\u00e9nements du premier\u00a0: retomb\u00e9es de la crise \u00e9conomique de 1929, mont\u00e9e du fascisme et du nazisme en Europe, nouveaux scandales financiers (dont l\u2019affaire Stavisky), agitation politique et sociale \u00e0 \u00e9pisodes. Homme de centre-droit, il devra coexister avec un gouvernement d\u2019union nationale apr\u00e8s les \u00e9v\u00e9nements sanglants du 6\u00a0f\u00e9vrier 1934, et surtout avec le Front populaire de L\u00e9on Blum, signant \u00ab\u00a0la mort dans l\u2019\u00e2me\u00a0\u00bb dit-il, les grands textes de cette majorit\u00e9 politique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sans doute faut-il incriminer d\u2019abord les institutions qui, d\u2019avance, d\u00e9truisent les chefs. Nul r\u00e9gime n\u2019aura, autant que le n\u00f4tre, us\u00e9 d\u2019individus plus rapidement.\u00a0\u00bb<span id=\"2624\" class=\"cit-num\">2624<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MAURIAC<\/span> (1885-1970), <em>M\u00e9moires politiques<\/em> (1967)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019\u00e9crivain engag\u00e9 \u00e9crit ces mots en juillet\u00a01933\u00a0: valse des gouvernements, cr\u00e9dibilit\u00e9 du r\u00e9gime entam\u00e9e dans l\u2019opinion, d\u2019o\u00f9 ce proc\u00e8s du radicalisme et plus g\u00e9n\u00e9ralement de la politique sous cette R\u00e9publique frapp\u00e9e d\u2019impuissance. Selon Andr\u00e9 Tardieu, on a \u00ab\u00a0substitu\u00e9 la souverainet\u00e9 parlementaire \u00e0 la souverainet\u00e9 populaire\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les paysannes restaient bouche b\u00e9e quand je leur parlais du vote. Les ouvri\u00e8res riaient, les commer\u00e7antes haussaient les \u00e9paules, les bourgeoises me repoussaient horrifi\u00e9es.\u00a0\u00bb<span id=\"2665\" class=\"cit-num\">2665<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">WEISS<\/span> (1893-1983) \u00e9voquant une de ses conf\u00e9rences de 1934. <em>Ce que femme veut<\/em> (1946), Louise Weiss<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>N\u00e9e en 1893 (ann\u00e9e o\u00f9 la loi accordait \u00e0 la femme s\u00e9par\u00e9e de corps la pleine capacit\u00e9 civile), morte en 1983 (ann\u00e9e o\u00f9 la loi du 13\u00a0juillet instaure l\u2019\u00e9galit\u00e9 professionnelle entre les sexes), cette militante f\u00e9ministe et europ\u00e9enne sera t\u00e9moin de tous les progr\u00e8s dans la condition f\u00e9minine.<\/p>\n<p>Rappelons que le droit de vote est reconnu aux femmes par ordonnance du 5\u00a0octobre 1944, prise par le gouvernement (<span class=\"caps\">GPRF<\/span>) du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un rien m\u2019agite, mais rien ne m\u2019\u00e9branle\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">WEISS<\/span> (1893-1983), cit\u00e9e dans <em>Louise Weiss<\/em> (1999), C\u00e9lia Bertin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>S\u2019est-on assez interrog\u00e9 sur le myst\u00e8re de ces mots souvent cit\u00e9s\u00a0! La r\u00e9ponse est pourtant simple. C\u2019est la devise de son auteur, illustr\u00e9e par le ch\u00eane. Cet arbre est particuli\u00e8rement solide, autrement dit in\u00e9branlable, contrairement \u00e0 la fable de La Fontaine l\u2019opposant au roseau qui plie mais ne rompt pas. Consid\u00e9r\u00e9 comme le roi des arbres, le ch\u00eane symbolise la puissance et la p\u00e9rennit\u00e9\u00a0: l\u2019arbre le plus grand et le plus majestueux de nos for\u00eats de l\u2019h\u00e9misph\u00e8re nord, sa croissance est lente. Mais son feuillage (aux superbes couleurs automnales) fr\u00e9mit au moindre souffle du vent. Ainsi se d\u00e9finit Louise Weiss.<\/p>\n<p>Morte \u00e0 90 ans et encore d\u00e9put\u00e9e, c\u2019est peu dire qu\u2019elle s\u2019est battue avec constance et fermet\u00e9 pour les deux grandes causes qui ont donn\u00e9 un sens \u00e0 sa vie. L\u2019Europe (et la paix \u00e0 maintenir), le f\u00e9minisme (et les droits \u00e0 conqu\u00e9rir). Consciente de la difficult\u00e9 \u00e0 atteindre des r\u00e9sultats concrets au-del\u00e0 des beaux discours, elle s\u2019est toujours insurg\u00e9e contre une certaine race de militants ou de t\u00e9moins\u00a0: \u00ab\u00a0La tribu des il-n\u2019y-a-qu\u2019\u00e0 est la plus redoutable.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Transformer le monde, a dit Marx. Changer la vie, a dit Rimbaud. Ces deux mots d\u2019ordre pour nous n\u2019en font qu\u2019un.\u00a0\u00bb<span id=\"2669\" class=\"cit-num\">2669<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">BRETON<\/span> (1896-1966), <em>Position politique du surr\u00e9alisme,<\/em> Discours au Congr\u00e8s des \u00e9crivains (1935)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Citation doublement r\u00e9f\u00e9rentielle\u00a0pour une nouvelle ligne politique\u00a0! La politisation du surr\u00e9alisme explique son \u00e9clatement. Le \u00ab\u00a0pape\u00a0\u00bb du mouvement, Andr\u00e9 Breton au Parti communiste depuis 1927, a entra\u00een\u00e9 nombre de camarades, mais il rompt en 1935. Les po\u00e8tes Paul \u00c9luard et Louis Aragon demeureront fid\u00e8les \u00e0 l\u2019engagement et au communisme.<\/p>\n<p>\u00catre ou ne pas \u00eatre communiste, l\u2019\u00eatre ou ne pas l\u2019\u00eatre inconditionnellement, telles sont les questions que se posent nombre d\u2019artistes et d\u2019intellectuels dans l\u2019entre-deux-guerres. La guerre \u00e0 venir, l\u2019attitude de la Russie sovi\u00e9tique et la R\u00e9sistance vont encore bouleverser les donn\u00e9es du probl\u00e8me.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il s\u2019agit, apr\u00e8s avoir toujours pli\u00e9, tout subi, tout encaiss\u00e9 en silence, d\u2019oser enfin se redresser. Se tenir debout. Prendre la parole \u00e0 son tour. Se sentir des hommes pendant quelques jours\u2026 Cette gr\u00e8ve est en elle-m\u00eame une joie.\u00a0\u00bb<span id=\"2678\" class=\"cit-num\">2678<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Simone <span class=\"caps\">WEIL<\/span> (1909-1943), <em>La R\u00e9volution prol\u00e9tarienne<\/em>, 10\u00a0juin 1936. <em>Histoire de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span> (1963), Jacques Chastenet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Agr\u00e9g\u00e9e de philosophie, ouvri\u00e8re chez Renault un an avant, pour \u00eatre au contact du r\u00e9el, elle \u00e9crit son article sous le pseudonyme de\u00a0Simone Galois.<\/p>\n<p>Passionn\u00e9e de justice, mystique d\u2019inspiration chr\u00e9tienne quoique n\u00e9e juive, toujours contre la force et du c\u00f4t\u00e9 des faibles, des vaincus et des opprim\u00e9s, la jeune femme vibre \u00e0 cette aventure et \u2013 comme elle le fera jusqu\u2019\u00e0 sa mort, \u00e0 34\u00a0ans \u2013 participe pleinement\u00a0: \u00ab\u00a0Joie de vivre parmi ces machines muettes, au rythme de la vie humaine. Bien s\u00fbr, cette vie si dure recommencera dans quelques jours. Mais on n\u2019y pense pas, on est comme des soldats en permission pendant la guerre. Joie de p\u00e9n\u00e9trer dans l\u2019usine avec l\u2019autorisation souriante d\u2019un ouvrier. Joie de trouver tant de sourires, tant de paroles d\u2019accueil fraternel. Joie de parcourir ces ateliers o\u00f9 on \u00e9tait riv\u00e9 sur sa machine.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je veux pas faire la guerre pour Hitler, moi je le dis, mais je veux pas la faire contre lui, pour les Juifs\u2026 On a beau me salader \u00e0 bloc, c\u2019est bien les Juifs et eux seulement, qui nous poussent aux mitrailleuses\u2026 Il aime pas les Juifs Hitler, moi non plus\u2026\u00a0\u00bb<span id=\"2688\" class=\"cit-num\">2688<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Ferdinand <span class=\"caps\">C\u00c9LINE<\/span> (1894-1961), <em>Bagatelles pour un massacre<\/em> (1937)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>(Notons que C\u00e9line met une majuscule aux Juifs dans la logique de la doctrine nazie, faisant r\u00e9f\u00e9rence au peuple et plus encore \u00e0 la race).<\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas le seul antis\u00e9mite de ces ann\u00e9es-l\u00e0, mais c\u2019est l\u2019un de ceux qui s\u2019expriment avec le plus de violence et un g\u00e9nie litt\u00e9raire non contestable. Ce pamphlet o\u00f9 la haine l\u2019\u00e9gare ach\u00e8ve de faire l\u2019unanimit\u00e9 contre lui. Il s\u2019est d\u00e9j\u00e0 cr\u00e9\u00e9 des ennemis chez les bien-pensants avec son<em> Voyage au bout de la nuit<\/em> (1932) qui attaque le militarisme, le colonialisme, l\u2019injustice sociale. Ses impressions de retour d\u2019<span class=\"caps\">URSS<\/span> publi\u00e9es dans <em>Mea Culpa<\/em> (1936) lui ont ensuite ali\u00e9n\u00e9 tous les sympathisants communistes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Elle ne voulait de la guerre en aucun cas, et elle n\u2019avait pas peur de Hitler, parce que toute sa capacit\u00e9 de peur \u00e9tait accapar\u00e9e par le Front populaire, et surtout par le communisme.\u00a0\u00bb<span id=\"2696\" class=\"cit-num\">2696<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">BLUM<\/span> (1872-1950), <em>\u00c0 l\u2019\u00e9chelle humaine<\/em> (1945)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette analyse qui date de 1941 donne une autre explication du pacifisme et parle de la bourgeoisie.<\/p>\n<p>La bourgeoisie accable le gouvernement de Front populaire, \u00e9galement critiqu\u00e9 sur sa gauche par les communistes, quand des difficult\u00e9s financi\u00e8res et des troubles sociaux obligent \u00e0 faire une pause dans les r\u00e9formes. Blum abandonne le gouvernement en juin\u00a01937. Chautemps essaie de poursuivre l\u2019exp\u00e9rience, un second cabinet Blum (mars-avril\u00a01938) est remplac\u00e9 par le minist\u00e8re Daladier, radical-socialiste. La fin du Front populaire est officielle le 30\u00a0octobre 1938, quand le chef du gouvernement rompt avec les communistes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Croquemitaine se d\u00e9gonflera.\u00a0\u00bb<span id=\"2705\" class=\"cit-num\">2705<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">CLAUDEL<\/span> (1868-1955), <em>Le Figaro<\/em>, 19\u00a0ao\u00fbt 1939. <em>M\u00e9moires du monde\u00a0: cinq si\u00e8cles d\u2019histoires in\u00e9dites et secr\u00e8tes au Quai d\u2019Orsay<\/em> (2001), Sophie de Sivry, Emmanuel de Waresquiel, minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res. Archives<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Claudel fait naturellement allusion \u00e0 Hitler\u00a0! Mais le dramaturge qui fut \u00e9galement diplomate de 1893 \u00e0 1936 se trompe. Hitler envahit la Pologne, le 1er\u00a0septembre. Deux jours apr\u00e8s, la Seconde Guerre mondiale est d\u00e9clar\u00e9e.<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 Un personnage parle d\u2019un autre personnage. Exemple type\u00a0: \u00ab\u00a0Un fou a dit \u00ab\u00a0Moi, la France\u00a0\u00bb et personne n\u2019a ri parce que c\u2019\u00e9tait vrai.\u00a0\u00bb Fran\u00e7ois Mauriac \u00e9voquant de Gaulle en juin 1940.Le premier \u00ab\u00a0qui\u00a0\u00bb est quelquefois le peuple (acteur anonyme) s\u2019exprimant en chanson, pamphlet, slogan, \u00e9pitaphe. Le second \u00ab\u00a0qui\u00a0\u00bb peut \u00eatre un groupe, une assembl\u00e9e, [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":166,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-9887","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-edito-de-la-semaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9887","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9887"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9887\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12582,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9887\/revisions\/12582"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9887"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9887"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9887"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}