{"id":9901,"date":"2023-12-25T00:00:00","date_gmt":"2023-12-24T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/qui-a-dit-quoi-de-qui-deuxieme-republique-et-second-empire\/"},"modified":"2025-08-12T08:42:59","modified_gmt":"2025-08-12T06:42:59","slug":"qui-a-dit-quoi-de-qui-deuxieme-republique-et-second-empire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/qui-a-dit-quoi-de-qui-deuxieme-republique-et-second-empire\/","title":{"rendered":"Qui a dit quoi de Qui\u00a0? (Deuxi\u00e8me R\u00e9publique et Second Empire)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>Un personnage parle d\u2019un autre personnage. <br>Exemple type\u00a0: \u00ab\u00a0Un fou a dit \u00ab\u00a0Moi, la France\u00a0\u00bb et personne n\u2019a ri parce que c\u2019\u00e9tait vrai.\u00a0\u00bb Fran\u00e7ois Mauriac \u00e9voquant de Gaulle en juin 1940.<\/p>\n<p>Le premier \u00ab\u00a0qui\u00a0\u00bb est quelquefois le peuple (acteur anonyme) s\u2019exprimant en chanson, pamphlet, slogan, \u00e9pitaphe. Le second \u00ab\u00a0qui\u00a0\u00bb peut \u00eatre un groupe, une assembl\u00e9e, une arm\u00e9e \u00e0 qui le discours est destin\u00e9.<br>Si les deux \u00ab\u00a0qui\u00a0\u00bb sont identiques, c\u2019est un autoportrait, une profession de foi politique, parfois une devise. <br>Les lettres (Correspondance) et M\u00e9moires (sous diverses formes) sont des sources pr\u00e9cieuses, les \u00ab\u00a0mots de la fin\u00a0\u00bb livrent une ultime v\u00e9rit\u00e9 sur l\u2019auteur. <\/p>\n<p>Dans ce d\u00e9fil\u00e9 de Noms plus ou moins connus ou c\u00e9l\u00e8bres, le ton passe de l\u2019humour \u00e0 la cruaut\u00e9 avec ces citations r\u00e9f\u00e9rentielles ou anecdotiques, mais historiquement toujours significatives.<br>\u00ab\u00a0Qui a dit quoi de Qui\u00a0\u00bb est une version r\u00e9sum\u00e9e en 12 \u00e9ditos de notre <em>Histoire en citations<\/em> \u2013 \u00ab\u00a0quand, comment et pourquoi\u00a0\u00bb donnant l\u2019indispensable contexte.<\/p>\n<p>\u00c7a peut aussi devenir un jeu\u00a0: \u00ab\u00a0Qui a dit quoi de Qui\u00a0\u00bb. \u00c0 vous de voir.<\/p>\n<h3>8. Deuxi\u00e8me R\u00e9publique et Second Empire.<\/h3>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-8-128.jpg\" width=\"165\" height=\"220\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">Deuxi\u00e8me R\u00e9publique (1848-1852)<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019enthousiasme fanatique et double de la R\u00e9publique que je fonde et de l\u2019ordre que je sauve.\u00a0\u00bb<span id=\"2145\" class=\"cit-num\">2145<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alphonse de <span class=\"caps\">LAMARTINE<\/span> (1790-1869), chef du gouvernement provisoire, 24\u00a0f\u00e9vrier 1848. <em><span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle\u00a0: les grands auteurs fran\u00e7ais du programme<\/em> (1968), Andr\u00e9 Lagarde et Laurent Michard<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Autoportrait \u00e9loquent et authentique du Po\u00e8te entr\u00e9 en Politique avec la r\u00e9volution de 1830. L\u2019auteur continua d\u2019\u00e9crire pour des raisons financi\u00e8res \u2013 et c\u2019est une \u0153uvre d\u2019historien qui le mobilise (son <em>Histoire des Girondins<\/em>). Mais la R\u00e9publique va le mobiliser \u00e0 plein temps et plein c\u0153ur, pendant deux ans.<\/p>\n<p>Depuis son discours du 27\u00a0janvier 1843 qui le mit \u00e0 la t\u00eate de l\u2019opposition de gauche \u00e0 la Monarchie de Juillet, Lamartine jouit d\u2019une immense popularit\u00e9. Il a conduit le peuple \u00e0 la r\u00e9volution rendue in\u00e9vitable par l\u2019aveuglement des conservateurs et le voil\u00e0 port\u00e9 au pouvoir en f\u00e9vrier\u00a01848, par une sorte d\u2019unanimit\u00e9 dont la fragilit\u00e9 et surtout l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 vont \u00e9clater dans les semaines qui viennent.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le drapeau rouge que vous nous rapportez n\u2019a jamais fait que le tour du Champ de Mars, tra\u00een\u00e9 dans le sang du peuple en 91 et 93, et le drapeau tricolore a fait le tour du monde avec le nom, la gloire et la libert\u00e9 de la patrie\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2146\" class=\"cit-num\">2146<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alphonse de <span class=\"caps\">LAMARTINE<\/span> (1790-1869), chef du gouvernement provisoire, derniers mots de son discours du 25\u00a0f\u00e9vrier 1848. <em>Les Orateurs politiques de la France, de 1830 \u00e0 nos jours<\/em> (1898), Maurice Pellisson<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Son lyrisme fait merveille aux grandes heures du si\u00e8cle romantique.<\/p>\n<p>La veille, 24\u00a0f\u00e9vrier, il a accept\u00e9 la proclamation de la R\u00e9publique comme un fait accompli. Mais ce jour, il refuse l\u2019adoption officielle du drapeau rouge et, seul des onze membres du gouvernement provisoire, il a le courage d\u2019aller vers la foule en armes qui cerne l\u2019H\u00f4tel de Ville. Lui seul aussi est capable d\u2019apaiser les insurg\u00e9s du jour et de rallier le lendemain les mod\u00e9r\u00e9s \u00e0 la R\u00e9publique.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0On se redit, pendant un mois, la phrase de Lamartine sur le drapeau rouge, \u00ab\u00a0qui n\u2019avait fait que le tour du Champ de Mars tandis que le drapeau tricolore\u00a0\u00bb, etc.\u00a0; et tous se rang\u00e8rent sous son ombre, chaque parti ne voyant des trois couleurs que la sienne \u2013 et se promettant bien, d\u00e8s qu\u2019il serait le plus fort, d\u2019arracher les deux autres.\u00a0\u00bb Gustave Flaubert le romancier de <em>L\u2019\u00c9ducation sentimentale<\/em> (1869) voit juste, aid\u00e9 par le recul du temps\u00a0: la confusion et l\u2019enthousiasme des premiers jours masquent toutes les incompatibilit\u00e9s d\u2019opinion.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le gouvernement provisoire s\u2019engage \u00e0 garantir l\u2019existence de l\u2019ouvrier par le travail. Il s\u2019engage \u00e0 garantir le travail \u00e0 tous les citoyens.\u00a0\u00bb<span id=\"2148\" class=\"cit-num\">2148<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">BLANC<\/span> (1811-1882), parlant au nom du gouvernement provisoire, 25\u00a0f\u00e9vrier 1848. <em>Histoire de France contemporaine depuis la R\u00e9volution jusqu\u2019\u00e0 la paix de 1919<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span> (1921), Ernest Lavisse, Philippe Sagnac<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Affirmation nouvelle et litt\u00e9ralement r\u00e9volutionnaire du \u00ab\u00a0droit au travail\u00a0\u00bb \u2013 titre d\u2019un livre de 1849 sign\u00e9 de ce grand socialiste fran\u00e7ais. Mais la d\u00e9finition en reste confuse et l\u2019application se r\u00e9v\u00e9lera catastrophique. La crise \u00e9conomique de 1846-1847, aggrav\u00e9e par la R\u00e9volution de 1848, a provoqu\u00e9 tant de ch\u00f4mage et de mis\u00e8re qu\u2019il faut agir. D\u00e8s le 26\u00a0f\u00e9vrier, on cr\u00e9e les Ateliers nationaux\u00a0: chantiers de terrassement ouverts aux ch\u00f4meurs, \u00e0 Paris et dans plusieurs grandes villes de province. Salaire, deux francs par jour. 40\u00a0000 volontaires vont se pr\u00e9cipiter, mais on ne sait \u00e0 quoi les employer.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vive la R\u00e9publique\u00a0! Quel r\u00eave\u00a0! [\u2026] On est fou, on est ivre, on est heureux de s\u2019\u00eatre endormi dans la fange et de se r\u00e9veiller dans les cieux.\u00a0\u00bb<span id=\"2150\" class=\"cit-num\">2150<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">George <span class=\"caps\">SAND<\/span> (1804-1876), Lettre au po\u00e8te ouvrier Charles Poncy, 9\u00a0mars 1848, <em>Correspondance<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La Dame de Nohant, tr\u00e8s populaire par ses romans humanitaires et rustiques, se pr\u00e9cipite \u00e0 Paris et s\u2019enthousiasme comme ses confr\u00e8res pour la R\u00e9publique. Elle fonde <em>La Cause du Peuple<\/em> \u2013 (hebdomadaire dont Sartre fera revivre le nom et qui deviendra <em>Lib\u00e9ration\u00a0<\/em>! Elle ne pense plus qu\u2019\u00e0 la politique, le proclame avec toute sa force de conviction personnelle et s\u2019affiche aux c\u00f4t\u00e9s de Barb\u00e8s (\u00e9meutier r\u00e9volutionnaire lib\u00e9r\u00e9 de prison gr\u00e2ce \u00e0 la r\u00e9cente r\u00e9volution), Louis Blanc et Ledru-Rollin (membres du gouvernement provisoire).<\/p>\n<p>Autre po\u00e8te entr\u00e9 en politique, Hugo est aussi le plus grand t\u00e9moin \u00e0 la barre de l\u2019histoire de son temps et note toutes ses impressions, dans son <em>Journal\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0Les quatre mois qui suivirent f\u00e9vrier furent un moment \u00e9trange et terrible. La France stup\u00e9faite, d\u00e9concert\u00e9e, en apparence joyeuse et terrifi\u00e9e en secret, en \u00e9tait \u00e0 ne pas distinguer le faux du vrai, le bien du mal, le juste de l\u2019injuste, le sexe du sexe, le jour de la nuit, entre cette femme qui s\u2019appelait Lamartine et cet homme qui s\u2019appelait George Sand.\u00a0\u00bb <em>Choses vues<\/em> (posthume). Son \u0153uvre est une mine de citations et les plus belles appartiennent aux grandes \u00e9poques de trouble qui d\u00e9chir\u00e8rent la France. En prime, l\u2019humour est pr\u00e9sent et l\u2019antith\u00e8se hugolienne fort juste.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il court de toutes ses forces pour arriver \u00e0 temps quelque part avant la R\u00e9publique\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2151\" class=\"cit-num\">2151<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles <span class=\"caps\">BAUDELAIRE<\/span> (1821-1867). <em>\u0152uvres posthumes<\/em> (1908), Charles Baudelaire<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 27\u00a0ans, le po\u00e8te des<em> Fleurs du mal<\/em> est surtout connu comme critique d\u2019art pour ses Salons. Il vient de prendre fait et cause pour la R\u00e9volution, mais son enthousiasme r\u00e9publicain ne survivra pas au coup d\u2019\u00c9tat de d\u00e9cembre\u00a01851.<\/p>\n<p>Il se moque ici du vieux Louis-Philippe (75\u00a0ans) qui a fui \u00e0 Dreux, avant de fuir plus loin encore, pour l\u2019exil en Angleterre. Son abdication sans combat et sa fuite ont provoqu\u00e9 le ralliement \u00e0 la R\u00e9publique des \u00ab\u00a0r\u00e9publicains du lendemain\u00a0\u00bb, autrement dit des classes dirigeantes.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Aux journ\u00e9es de f\u00e9vrier\u00a01848 comme aux journ\u00e9es de juillet\u00a01830, la monarchie avait c\u00e9d\u00e9 presque sans r\u00e9sistance \u00e0 l\u2019\u00e9meute de Paris. Dans les deux cas, ce n\u2019\u00e9tait pas seulement le roi qui avait abdiqu\u00e9, c\u2019\u00e9tait l\u2019autorit\u00e9 elle-m\u00eame.\u00a0\u00bb Jacques Bainville, <em>Histoire de France<\/em> (1924). La br\u00e8ve histoire de cette Deuxi\u00e8me R\u00e9publique se r\u00e9sumera en une restauration de l\u2019autorit\u00e9 dans un pays encore tr\u00e8s conservateur et rural, avec des sursauts r\u00e9publicains et r\u00e9volutionnaires entra\u00eenant des r\u00e9actions qui renforcent encore l\u2019autorit\u00e9. Jusqu\u2019\u00e0 ce que l\u2019Empire s\u2019ensuive.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le monde et nous, nous voulons marcher \u00e0 la fraternit\u00e9 et \u00e0 la paix.\u00a0\u00bb<span id=\"2153\" class=\"cit-num\">2153<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alphonse de <span class=\"caps\">LAMARTINE<\/span> (1790-1869), <em>Manifeste aux puissances. La France parlementaire, 1834-1851<\/em> (165), Alphonse de Lamartine, Louis Ulbach<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb est parfaitement sinc\u00e8re et mis en situation. L\u2019auteur de <em>La Marseillaise de la paix<\/em> est devenu ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res \u00e0 la fin du mois de f\u00e9vrier\u00a01848. Il proclame les intentions pacifiques de la R\u00e9publique\u00a0: ne pas effrayer l\u2019Europe qui garde en m\u00e9moire 1792, les soldats de l\u2019an <span class=\"caps\">II<\/span> et l\u2019arm\u00e9e de l\u2019Empire \u2013 soit plus de vingt ann\u00e9es de guerres.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le gouvernement est compos\u00e9 d\u2019hommes excellents pour la plupart, tous un peu incomplets et insuffisants \u00e0 une t\u00e2che qui demanderait le g\u00e9nie de Napol\u00e9on et le c\u0153ur de J\u00e9sus.\u00a0\u00bb<span id=\"2155\" class=\"cit-num\">2155<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">George <span class=\"caps\">SAND<\/span> (1804-1876), Lettre au po\u00e8te ouvrier Charles Poncy, mars\u00a01848.<em> L\u2019\u00c9crivain engag\u00e9 et ses ambivalences\u00a0: de Chateaubriand \u00e0 Malraux<\/em> (2003), Herbert R. Lottman<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les \u00ab\u00a0hommes excellents\u00a0\u00bb, Lamartine en t\u00eate, sont des r\u00e9publicains radicaux et surtout mod\u00e9r\u00e9s, d\u00e9put\u00e9s de l\u2019opposition sous la Monarchie de Juillet \u2013 Ledru-Rollin, Marie, Dupont de l\u2019Eure, Garnier-Pag\u00e8s, Arago le savant \u2013 ou des journalistes de gauche \u2013 Marrast r\u00e9dacteur du <em>National<\/em>, Flocon de <em>La R\u00e9forme<\/em> \u2013 et quelques socialistes impos\u00e9s par les forces r\u00e9volutionnaires \u2013 Louis Blanc, Albert un m\u00e9canicien.<\/p>\n<p>Le plus dur est \u00e0 venir, mais apr\u00e8s une premi\u00e8re s\u00e9rie de d\u00e9crets les premiers jours, ce gouvernement a d\u00e9j\u00e0 d\u00fb se rendre impopulaire en augmentant les imp\u00f4ts de 45\u00a0%, d\u2019o\u00f9 le m\u00e9contentement des paysans. Toute la province se m\u00e9fie \u00e0 pr\u00e9sent des d\u00e9cisions venues de Paris. Les circulaires du radical Ledru-Rollin passent mal \u00e0 Bordeaux, Besan\u00e7on, Beauvais, Troyes. Il faut la caution de Lamartine pour rassurer les mod\u00e9r\u00e9s qu\u2019effraient aussi les premi\u00e8res manifestations de rues dans la capitale \u2013 le 17\u00a0mars, pour retarder la date des \u00e9lections, report\u00e9es au 23\u00a0avril.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Aujourd\u2019hui que le droit du travail est le premier de tous les droits [\u2026] je viens, au nom du travail, affirmer les droits politiques des femmes, la moiti\u00e9 du peuple.\u00a0\u00bb<span id=\"2161\" class=\"cit-num\">2161<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Benjamin Olinde <span class=\"caps\">RODRIGUES<\/span> (1794-1851), Discours \u00e0 la Bourse, 30\u00a0avril 1848. 1848, <em>Le Livre du centenaire<\/em> (1948), Charles Moulin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Enfin un homme qui parle au nom des femmes et se fait l\u2019avocat de leur cause historiquement oubli\u00e9e\u00a0!<\/p>\n<p>Disciple du p\u00e8re Enfantin, rattach\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cole socialiste saint-simonienne qui accueille un courant f\u00e9ministe, il prend la parole devant les travailleurs et ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0La R\u00e9publique fond\u00e9e sur la libert\u00e9, l\u2019\u00e9galit\u00e9, la fraternit\u00e9, doit reconna\u00eetre d\u00e9sormais au travail des femmes autant et plus de droits que l\u2019ancien r\u00e9gime n\u2019en reconnut autrefois \u00e0 leur oisivet\u00e9 f\u00e9odale.\u00a0\u00bb Avec le droit du travail qui reconna\u00eet enfin des droits aux travailleurs, rappelons que le gouvernement provisoire de la nouvelle R\u00e9publique a aussi proclam\u00e9 (25 f\u00e9vrier 1848) le droit au travail, encore plus r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tremblez tyrans portant culotte\u00a0!<br>Femmes, notre jour est venu\u00a0;<br>Point de piti\u00e9, mettons en vote<br>Tous les torts du sexe barbu\u00a0!<br>Notre patience est \u00e0 bout,<br>Debout, V\u00e9nusiennes, debout [\u2026]<br><em>Refrain<\/em><br>Libert\u00e9 sur nos fronts verse tes chauds rayons,<br>Tremblez, tremblez, maris jaloux,<br>Respect aux cotillons\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2162\" class=\"cit-num\">2162<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise de <span class=\"caps\">CHAUMONT<\/span> (<span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle), <em>La Marseillaise des femmes<\/em> (ou <em>Marseillaise des cotillons<\/em>), chanson de 1848. <em>L\u2019Illustration<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span> (1848), J.\u00a0Dubouchet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les \u00ab\u00a0V\u00e9nusiennes\u00a0\u00bb chantent et d\u00e9filent, jupes retrouss\u00e9es, corsage en bataille, jeunes ouvri\u00e8res vivant parfois en communaut\u00e9 \u00e0 la mode saint-simonienne.<em> La Marseillaise<\/em>, parmi tous les chants de l\u2019histoire de France, est le plus constamment repris, parodi\u00e9, r\u00e9cup\u00e9r\u00e9, exploit\u00e9 en d\u2019innombrables versions. C\u2019est la ran\u00e7on du succ\u00e8s, disons m\u00eame de la gloire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut avoir v\u00e9cu dans cet isoloir qu\u2019on appelle Assembl\u00e9e nationale, pour concevoir comment les hommes qui ignorent le plus compl\u00e8tement l\u2019\u00e9tat d\u2019un pays sont presque toujours ceux qui le repr\u00e9sentent.\u00a0\u00bb<span id=\"2164\" class=\"cit-num\">2164<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre-Joseph <span class=\"caps\">PROUDHON<\/span> (1809-1865), <em>Les Confessions d\u2019un r\u00e9volutionnaire<\/em> (1849)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Nul mieux que cet homme du peuple ne m\u00e9rite ce titre de \u00ab\u00a0repr\u00e9sentant du peuple\u00a0\u00bb\u00a0!<\/p>\n<p>Pourtant, le plus c\u00e9l\u00e8bre socialiste de France, tr\u00e8s critique contre ses confr\u00e8res, \u00e0 commencer par les socialistes, est lui-m\u00eame tr\u00e8s critiqu\u00e9, sur le fond et plus encore la forme de ses premiers discours, lus \u00e0 la tribune, difficiles \u00e0 comprendre.<\/p>\n<p>Le portrait qu\u2019en fait Hugo dans <em>Choses vues<\/em> est assez cruel. Ce sera pire avec le futur Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>. Louis-Napol\u00e9on Bonaparte va \u00e9prouver les m\u00eames difficult\u00e9s que Proudhon en entrant dans cette ar\u00e8ne politique. Mais il s\u2019en sortira bien diff\u00e9remment\u00a0! Quant \u00e0 Hugo, c\u2019est \u00e0 l\u2019\u00e9vidence le plus \u00e9loquent des orateurs.<\/p>\n<p>Ces trois hommes, \u00e9lus d\u00e9put\u00e9s aux \u00e9lections compl\u00e9mentaires du 4\u00a0juin 1848, entrent ainsi le m\u00eame jour \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e constituante.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai conspir\u00e9 comme le paratonnerre conspire avec la foudre pour en d\u00e9gager l\u2019\u00e9lectricit\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2166\" class=\"cit-num\">2166<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alphonse de <span class=\"caps\">LAMARTINE<\/span> (1790-1869), \u00e0 qui l\u2019accuse d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 l\u2019ami des agitateurs Blanqui et Raspail, S\u00e9ance du 12\u00a0juin\u00a01848. <em>Histoire parlementaire de l\u2019Assembl\u00e9e nationale<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1848), F. Wouters, <span class=\"caps\">A.J.C.<\/span> Gendeblen<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fid\u00e8le \u00e0 l\u2019id\u00e9al d\u00e9mocratique qui va le perdre, il refuse de jouer le r\u00f4le que l\u2019assembl\u00e9e conservatrice attend de lui et d\u2019entrer en guerre ouverte contre le peuple de gauche.<\/p>\n<p>Auteur d\u2019une belle et \u00e9difiante <em>Histoire des Girondins<\/em> (1847) \u00e9crite pour donner \u00e0 ce peuple \u00ab\u00a0une haute le\u00e7on de moralit\u00e9 r\u00e9volutionnaire, propre \u00e0 l\u2019instruire et \u00e0 le contenir \u00e0 la veille d\u2019une r\u00e9volution\u00a0\u00bb, il va se trouver dans la situation inconfortable de ces r\u00e9publicains de 1793, trop mod\u00e9r\u00e9s pour les r\u00e9volutionnaires et trop r\u00e9volutionnaires pour les mod\u00e9r\u00e9s. Mais il y a plus grave que ce destin personnel\u00a0: \u00ab\u00a0Le 15\u00a0mai [1848] fortifia dans la majorit\u00e9 la haine des manifestations\u00a0; il jeta les r\u00e9publicains mod\u00e9r\u00e9s dans l\u2019alliance avec les conservateurs contre les socialistes. Ce fut la rupture d\u00e9finitive entre l\u2019Assembl\u00e9e et le peuple de Paris\u00a0\u00bb (Ernest Lavisse, <em>Histoire de la France contemporaine<\/em>).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La R\u00e9publique a de la chance, elle peut tirer sur le peuple\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2171\" class=\"cit-num\">2171<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span>\u2013<span class=\"caps\">PHILIPPE<\/span> (1773-1850), exil\u00e9 en Angleterre, apprenant que Cavaignac a fait tirer sur les \u00e9meutiers, le 25\u00a0juin 1848. <em>Louis-Philippe, roi des Fran\u00e7ais<\/em> (1990), Georges Bordonove<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le dernier roi de France, comme Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, eut la hantise de faire couler le sang des Fran\u00e7ais et refusa le plan de Thiers (en 1871, il d\u00e9bouchera sur un massacre historique pendant la Commune de Paris).<\/p>\n<p>Le g\u00e9n\u00e9ral Cavaignac a pour mission de stopper cette guerre sociale. Des gardes nationaux de province se joignent \u00e0 la troupe et aux gardes mobiles. Ses hommes prennent position dans les quartiers calmes et il laisse la r\u00e9volte s\u2019\u00e9tendre pour mieux la r\u00e9primer le lendemain, 25\u00a0juin, pi\u00e9geant quelque 40\u00a0000 ouvriers au c\u0153ur de la capitale.<\/p>\n<p>La lutte est meurtri\u00e8re, jusqu\u2019au 26. L\u2019archev\u00eaque de Paris, Monseigneur Affre, venu s\u2019interposer sur une barricade du faubourg Saint-Antoine, un crucifix entre les mains, est tu\u00e9 d\u2019une balle perdue. Le g\u00e9n\u00e9ral Br\u00e9a veut parlementer avec les \u00e9meutiers pour leur \u00e9viter le pire\u00a0: il est massacr\u00e9 avec son aide de camp. La fusillade est continue, la r\u00e9sistance d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le bonnet de coton ne se montra pas moins hideux que le bonnet rouge.\u00a0\u00bb<span id=\"2173\" class=\"cit-num\">2173<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Gustave <span class=\"caps\">FLAUBERT<\/span> (1821-1880),<em> L\u2019\u00c9ducation sentimentale<\/em> (1869)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019auteur t\u00e9moin de son temps rejette ici dos \u00e0 dos le bourgeois et le peuple.<\/p>\n<p>Les repr\u00e9sailles ont suivi les combats. Bilan humain des journ\u00e9es de juin\u00a0: plus de 4\u00a0000 morts chez les insurg\u00e9s, 1\u00a0600 parmi les forces de l\u2019ordre (arm\u00e9e et garde nationale). Et 3\u00a0000 prisonniers ou d\u00e9port\u00e9s en Alg\u00e9rie.<\/p>\n<p>Bilan politique\u00a0: la rupture est consomm\u00e9e entre la gauche populaire, prol\u00e9taire et socialiste (\u00e0 Paris surtout, mais tr\u00e8s minoritaire dans le pays) et la droite conservatrice \u00e0 laquelle vont peu \u00e0 peu se joindre les r\u00e9publicains mod\u00e9r\u00e9s, pour former le parti de l\u2019Ordre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai honte aujourd\u2019hui d\u2019\u00eatre Fran\u00e7aise, moi qui nagu\u00e8re en \u00e9tais si heureuse [\u2026] Je ne crois plus \u00e0 l\u2019existence d\u2019une r\u00e9publique qui commence par tuer ses prol\u00e9taires.\u00a0\u00bb<span id=\"2174\" class=\"cit-num\">2174<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">George <span class=\"caps\">SAND<\/span> (1804-1876), Lettre \u00e0 Charlotte Marliani, juillet\u00a01848.<em> Les \u00c9crivains devant la R\u00e9volution de 1848<\/em> (1948), Jean Pommier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sand r\u00e9agit comme Flaubert avec lequel elle \u00e9change toujours une abondante correspondance. Mais elle \u00e9crit ces mots \u00e0 sa confidente et amie, montrant \u00e0 quel point son c\u0153ur est du c\u00f4t\u00e9 des \u00e9meutiers. La \u00ab\u00a0bonne dame de Nohant\u00a0\u00bb n\u2019aura pas la m\u00eame inconditionnalit\u00e9 citoyenne pour la Commune de Paris en 1871.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut aujourd\u2019hui de l\u2019or, beaucoup d\u2019or, pour jouir du droit de parler\u00a0; nous ne sommes pas assez riches. Silence au pauvre.\u00a0\u00bb<span id=\"2177\" class=\"cit-num\">2177<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">F\u00e9licit\u00e9 Robert de <span class=\"caps\">LAMENNAIS<\/span> (1782-1854),<em> Le Peuple Constituant<\/em>, 11\u00a0juillet 1848<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Derniers mots du 134e et dernier num\u00e9ro du journal qui cesse de para\u00eetre, en raison d\u2019un cautionnement impos\u00e9 \u00e0 la presse.<\/p>\n<p>Pr\u00eatre en rupture d\u2019\u00c9glise, Lamennais est devenu un d\u00e9mocrate humaniste. \u00c9lu d\u00e9put\u00e9 \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e constituante, si\u00e9geant \u00e0 l\u2019extr\u00eame gauche, il \u00e9tait r\u00e9dacteur en chef de ce journal n\u00e9 avec la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique. Il se retire de la vie politique et meurt en 1854. Sa derni\u00e8re volont\u00e9, que son corps soit conduit directement au P\u00e8re-Lachaise pour \u00eatre enterr\u00e9 \u00ab\u00a0au milieu des pauvres et comme le sont les pauvres.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>George Sand, Michelet, Hugo ont dit ce qu\u2019ils pensent de l\u2019homme et doivent aux id\u00e9es de Lamennais, \u00e0 son c\u0153ur et \u00e0 son courage militants.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Haine vigoureuse de l\u2019anarchie, tendre et profond amour du peuple.\u00a0\u00bb<span id=\"2178\" class=\"cit-num\">2178<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), devise de <em>L\u2019\u00c9v\u00e9nement<\/em>, juillet\u00a01848-septembre\u00a01851<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La formule est emprunt\u00e9e \u00e0 l\u2019un de ses discours \u00e9lectoraux de mai\u00a01848, fid\u00e8le \u00e0 sa pens\u00e9e comme \u00e0 son action.<\/p>\n<p>Le po\u00e8te qui a renonc\u00e9 au th\u00e9\u00e2tre (apr\u00e8s l\u2019\u00e9chec des <em>Burgraves<\/em>) entre sur la sc\u00e8ne politique. \u00c9lu par la bourgeoisie, le 4\u00a0juin, favorable \u00e0 la fermeture des Ateliers nationaux et partisan r\u00e9solu de la r\u00e9pression des journ\u00e9es insurrectionnelles, Hugo demeure pourtant profond\u00e9ment lib\u00e9ral. Tout en refusant le socialisme, il va s\u2019opposer au gouvernement Cavaignac qui, avec le parti de l\u2019Ordre, menace la libert\u00e9 de la presse et multiplie les mesures r\u00e9pressives.<\/p>\n<p>Dans son journal cr\u00e9\u00e9 avec l\u2019aide de son ami \u00c9mile de Girardin, grand patron de presse, il dicte ou \u00e9crit la plupart des articles, m\u00eame s\u2019il ne signe pas. Il a deux buts pr\u00e9cis et corollaires\u00a0: promouvoir sa propre candidature \u00e0 la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique et d\u00e9fendre le suffrage universel pour cette \u00e9lection \u00e0 venir. Au passage, il attaque le g\u00e9n\u00e9ral qui est candidat et tr\u00e8s populaire\u00a0: \u00ab\u00a0M.\u00a0Cavaignac n\u2019a encore remport\u00e9 de victoires que contre les talents et les libert\u00e9s. De pareils Austerlitz sont toujours des Waterloo\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>D\u00e8s le mois d\u2019octobre, influenc\u00e9 par Girardin, Hugo renonce \u00e0 se pr\u00e9senter, mettant <em>L\u2019\u00c9v\u00e9nement<\/em> au service du prince Louis-Napol\u00e9on qui lui appara\u00eet comme la solution au drame du pays. M\u00eame Hugo se laisse prendre\u2026 avant de devenir son ennemi num\u00e9ro un\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Toute ma vie sera consacr\u00e9e \u00e0 l\u2019affermissement de la R\u00e9publique.\u00a0\u00bb<span id=\"2179\" class=\"cit-num\">2179<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1808-1873), Discours du 21\u00a0septembre 1848. <em>Napol\u00e9on le Petit<\/em> (1852), Victor Hugo<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le futur Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> fait un pas de plus dans l\u2019histoire\u00a0: r\u00e9\u00e9lu en septembre dans cinq d\u00e9partements, il choisit l\u2019Yonne, d\u00e9cide de se pr\u00e9senter \u00e0 la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique et commence \u00e0 faire campagne pour le scrutin pr\u00e9sidentiel, fix\u00e9 aux 10 et 11\u00a0d\u00e9cembre.<\/p>\n<p>Une chanson anonyme voit d\u00e9j\u00e0 venir le pire\u00a0: \u00ab\u00a0Bonjour, aimable R\u00e9publique, \/ Je m\u2019appelle Napol\u00e9on \/ Pour votre \u00e9poux, me voulez-vous\u00a0? \/ Je vous mettrai tout sens dessus dessous, \/ Avec moi vous aurez l\u2019Empire, \/ R\u00e9publique, marions-nous\u00a0!\u00a0\u00bb <em>Le Pr\u00e9tendu de la R\u00e9publique<\/em> (1848).<\/p>\n<p>Le peuple se moque de lui avec un humour v\u00e9ritablement proph\u00e9tique. Les professionnels de la politique et la presse vont sous-estimer l\u2019homme \u2013 ou le pouvoir du nom.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Laissez le neveu de l\u2019empereur s\u2019approcher du soleil de notre R\u00e9publique\u00a0; je suis s\u00fbr qu\u2019il dispara\u00eetra dans ses rayons.\u00a0\u00bb<span id=\"2181\" class=\"cit-num\">2181<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">BLANC<\/span> (1811-1882). <em>Histoire parlementaire de l\u2019Assembl\u00e9e nationale<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1848), F. Wouters, <span class=\"caps\">A.J.C.<\/span> Gendeblen<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Comme quoi un bon historien peut faire gravement erreur sur son temps\u00a0! C\u2019est la R\u00e9publique qui va bient\u00f4t dispara\u00eetre devant l\u2019Empire restaur\u00e9. Il est vrai que les premiers t\u00e9moins n\u2019ont pas cru dans le destin du nouvel homme qui para\u00eet particuli\u00e8rement falot.<\/p>\n<p>Notons que Louis Blanc fait ici allusion \u00e0 une d\u00e9claration du candidat empruntant au lyrisme hugolien\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019oncle de Louis-Napol\u00e9on, que disait-il\u00a0? Il disait\u00a0: \u00ab\u00a0La r\u00e9publique est comme le soleil.\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La tribune est fatale aux m\u00e9diocrit\u00e9s et aux impuissants. Nous ne voulons pas \u00eatre trop cruels envers un homme condamn\u00e9 \u00e0 cet accablant contraste, en sa propre personne, d\u2019une telle insuffisance et d\u2019un tel nom.\u00a0\u00bb<span id=\"2182\" class=\"cit-num\">2182<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Le National,<\/em> 10\u00a0octobre 1848. <em>Louis Napol\u00e9on le Grand<\/em> (1990), Philippe S\u00e9guin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>De nouveau vis\u00e9, Louis-Napol\u00e9on Bonaparte fut interpell\u00e9 la veille sur ses intentions par les d\u00e9put\u00e9s. Un t\u00e9moin raconte\u00a0: \u00ab\u00a0Il avait le regard mal assur\u00e9, comme un \u00e9colier qui n\u2019est pas certain d\u2019avoir bien r\u00e9cit\u00e9 sa le\u00e7on\u00a0\u00bb. Lors de sa premi\u00e8re pr\u00e9sentation au palais Bourbon, le 26\u00a0septembre, le nouveau d\u00e9put\u00e9 de l\u2019Yonne faisait d\u00e9j\u00e0 mauvaise impression, montant \u00e0 la tribune pour lire un papier chiffonn\u00e9, parlant de ses \u00ab\u00a0compatriotes\u00a0\u00bb avec un fort accent \u00e9tranger.<\/p>\n<p>Verdict de Ledru-Rollin\u00a0: \u00ab\u00a0Quel imb\u00e9cile, il est coul\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb Et Lamartine l\u2019appelle \u00ab\u00a0un chapeau sans t\u00eate\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Oui, quand m\u00eame le peuple choisirait celui que ma pr\u00e9voyance, mal \u00e9clair\u00e9e peut-\u00eatre, redouterait de lui voir choisir, n\u2019importe\u00a0: Alea jacta est\u00a0! Que Dieu et le peuple prononcent\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2185\" class=\"cit-num\">2185<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alphonse de <span class=\"caps\">LAMARTINE<\/span> (1790-1869), Assembl\u00e9e constituante, 4\u00a0novembre 1848.<em> Base de donn\u00e9es des d\u00e9put\u00e9s fran\u00e7ais depuis 1789<\/em> [en ligne], Assembl\u00e9e nationale<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Homme de principe, fid\u00e8le \u00e0 son id\u00e9al d\u00e9mocratique et malgr\u00e9 le risque croissant de voir Louis-Napol\u00e9on Bonaparte au pouvoir, Lamartine d\u00e9fend le suffrage universel\u00a0: \u00ab\u00a0Il faut laisser quelque chose \u00e0 la Providence\u00a0! Elle est la lumi\u00e8re de ceux qui, comme nous, ne peuvent pas lire dans les t\u00e9n\u00e8bres de l\u2019avenir\u00a0! Invoquons-la, prions-la d\u2019\u00e9clairer le peuple, et soumettons-nous \u00e0 son d\u00e9cret.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Inscrit dans la Constitution du 12\u00a0novembre, le suffrage universel va lui \u00eatre cruellement fatal.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si je r\u00e9ussissais, je serais oblig\u00e9 d\u2019\u00e9pouser la R\u00e9publique et je suis trop honn\u00eate gar\u00e7on pour \u00e9pouser une si mauvaise fille\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2186\" class=\"cit-num\">2186<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Adolphe <span class=\"caps\">THIERS<\/span> (1797-1877), refusant de se porter candidat \u00e0 la pr\u00e9sidence.<em> Histoire de France contemporaine depuis la R\u00e9volution jusqu\u2019\u00e0 la paix de 1919<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span> (1921), Ernest Lavisse, Philippe Sagnac<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019\u00e9tait le souhait du parti de l\u2019Ordre qui regroupe des monarchistes (l\u00e9gitimistes et orl\u00e9anistes), des r\u00e9publicains conservateurs, voire mod\u00e9r\u00e9s, unis par leur opposition au socialisme.<\/p>\n<p>M\u00eame refus de Bugeaud, le mar\u00e9chal qui a un nom, un prestige. Lamartine s\u2019\u00e9tant d\u00e9consid\u00e9r\u00e9 aux yeux de ses anciens partisans, le parti de l\u2019Ordre se rabat sur le troisi\u00e8me homme\u00a0: Louis-Napol\u00e9on Bonaparte. Et Thiers de conclure\u00a0: \u00ab\u00a0Sans affirmer que la nomination de M.\u00a0Louis Bonaparte soit le bien, elle para\u00eet \u00e0 nous tous, hommes mod\u00e9r\u00e9s, un moindre mal.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut s\u2019avouer impuissant devant cette fatalit\u00e9 politique d\u2019un nouvel ordre dans l\u2019histoire\u00a0: le suffrage universel.\u00a0\u00bb<span id=\"2187\" class=\"cit-num\">2187<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">George <span class=\"caps\">SAND<\/span> (1804-1876), Lettre \u00e0 Joseph Mazzini, novembre\u00a01848, <em>Correspondance<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Tr\u00e8s politis\u00e9e sans \u00eatre jamais \u00ab\u00a0femme politique\u00a0\u00bb, elle vit le suspense \u00e9lectoral qui doit donner un pr\u00e9sident \u00e0 la (Deuxi\u00e8me) R\u00e9publique\u00a0: \u00ab\u00a0Je travaille, j\u2019attends le 10\u00a0d\u00e9cembre comme tout le monde. Il y a l\u00e0 un gros nuage, ou une grande mystification, et il faut s\u2019avouer impuissant\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La dame de Nohant semble donc r\u00e9sign\u00e9e, comme Lamartine. Et le peuple chansonne toujours, son arme favorite \u00e9tant l\u2019humour.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis Corse d\u2019origine, \/ Je suis Anglais pour le ton,<br>Suisse d\u2019\u00e9ducation \/ Et Cosaque pour la mine [\u2026]<br>J\u2019ai la redingote grise, \/ Et j\u2019ai le petit chapeau\u00a0;<br>Ce costume est assez beau, \/ On admire cette mise.<br>Seul le g\u00e9nie est absent \/ Pour faire un bon pr\u00e9sident.\u00a0\u00bb<span id=\"2188\" class=\"cit-num\">2188<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Complainte de Louis-Napol\u00e9on pour compl\u00e9ter sa profession de foi<\/em> (1848), chanson.<em> Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Louis-Napol\u00e9on Bonaparte dut souffrir de toutes ces chansons qui le brocard\u00e8rent, d\u00e9j\u00e0 en \u00ab\u00a0Ratapoil\u00a0\u00bb, bient\u00f4t en \u00ab\u00a0Badinguet\u00a0\u00bb et autres surnoms. Selon Hugo\u00a0: \u00ab\u00a0Peu lui importe d\u2019\u00eatre m\u00e9pris\u00e9, il se contente de la figure du respect\u00a0\u00bb (<em>Napol\u00e9on le Petit<\/em>).<\/p>\n<p>Bien que chansonn\u00e9 et ridiculis\u00e9, sous-estim\u00e9, malmen\u00e9, le candidat \u00e0 la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique a toutes ses chances\u00a0: port\u00e9 par la l\u00e9gende napol\u00e9onienne qui enchante le peuple et l\u2019a d\u00e9j\u00e0 fait d\u00e9put\u00e9, il rassure les bourgeois qui ont vu de pr\u00e8s le \u00ab\u00a0p\u00e9ril rouge\u00a0\u00bb, lors des derni\u00e8res \u00e9meutes. Il est donc \u00e9lu pr\u00e9sident.<\/p>\n<p>Et apr\u00e8s\u00a0? Que va devenir cette R\u00e9publique encore fragile dans une France toujours d\u00e9chir\u00e9e\u00a0?<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On craint une folie imp\u00e9riale. Le peuple la verrait tranquillement.\u00a0\u00bb<span id=\"2200\" class=\"cit-num\">2200<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9lise <span class=\"caps\">THIERS<\/span> (1818-1880), n\u00e9e Dosne. <em>Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span><\/em> (1969), Georges Roux.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019\u00e9pouse de Thiers t\u00e9moigne, ayant vu Louis-Napol\u00e9on Bonaparte passer en revue les troupes le 4\u00a0novembre 1849.<\/p>\n<p>Le pr\u00e9sident est particuli\u00e8rement populaire dans l\u2019arm\u00e9e\u00a0: il multiplie les grandes revues, augmente la solde des sous-officiers. Celui qu\u2019on commence \u00e0 appeler le \u00ab\u00a0prince Louis-Napol\u00e9on\u00a0\u00bb m\u00e8ne une politique personnelle, se fait acclamer en province, cr\u00e9e son propre parti, ses journaux. Les craintes de Mme\u00a0Thiers sont justifi\u00e9es et la carri\u00e8re de son mari (r\u00e9publicain depuis toujours) marquera un temps d\u2019arr\u00eat sous le Second Empire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019\u00e9lu de six millions de suffrages ex\u00e9cute les volont\u00e9s du peuple, il ne les trahit pas.\u00a0\u00bb<span id=\"2208\" class=\"cit-num\">2208<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1808-1873), Discours de Lyon, 15\u00a0ao\u00fbt 1850. <em>Le Prince, le peuple et le droit\u00a0: autour des pl\u00e9biscites de\u00a01851 et\u00a01852<\/em> (2000), Fr\u00e9d\u00e9ric Bluche<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9tape d\u2019un voyage triomphal de six mois \u00e0 travers la France. Fort des 75\u00a0% de Fran\u00e7ais qui l\u2019ont \u00e9lu pr\u00e9sident de la R\u00e9publique au suffrage universel le 10\u00a0d\u00e9cembre 1848, il r\u00e9ussit \u00e0 se poser en d\u00e9fenseur dudit suffrage et donc de la vraie d\u00e9mocratie, contre la Chambre et ses conservateurs avec lesquels il prend ses distances.<\/p>\n<p>C\u2019est bien jou\u00e9, pour celui qu\u2019on qualifiait deux ans avant d\u2019imb\u00e9cile et d\u2019impuissant. Il apprend son m\u00e9tier. Et la propagande est parfaitement organis\u00e9e\u00a0: par ses hommes (fid\u00e8les bonapartistes comme Persigny, lib\u00e9raux non ralli\u00e9s au parti de l\u2019Ordre, hommes d\u2019affaires, banquiers, et Morny son demi-fr\u00e8re), par ses journaux (<em>Le Pays, Le 10-D\u00e9cembre, Le Napol\u00e9on<\/em>), et son parti (noyaut\u00e9 par la Soci\u00e9t\u00e9 du 10-D\u00e9cembre) regroupant boutiquiers, ouvriers, petits rentiers qui assurent une claque bruyante \u00e0 chacune de ses apparitions.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019an pass\u00e9, ils adoraient le sabre. Les voil\u00e0 maintenant qui adorent le gourdin.\u00a0\u00bb<span id=\"2209\" class=\"cit-num\">2209<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), mots pr\u00e9monitoires, dat\u00e9s de novembre\u00a01849. <em>Actes et Paroles. Avant l\u2019exil<\/em> (1875)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Hugo parle non sans m\u00e9pris du peuple \u00e9lecteur au suffrage universel, facilement manipul\u00e9 par la propagande. Il constate surtout les progr\u00e8s de l\u2019autorit\u00e9 et l\u2019irr\u00e9sistible ascension du prince Louis-Napol\u00e9on. Le premier Bonaparte a eu sa campagne d\u2019Italie, le second s\u2019offre une campagne de France. La \u00ab\u00a0folie imp\u00e9riale\u00a0\u00bb redout\u00e9e par Mme\u00a0Thiers se pr\u00e9cise.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le propre de la d\u00e9mocratie est de s\u2019incarner dans un homme.\u00a0\u00bb<span id=\"2215\" class=\"cit-num\">2215<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1808-1873), \u00e0 la veille du coup d\u2019\u00c9tat. <em>Le Second Empire\u00a0: innovation et r\u00e9action<\/em> (1973), Alice G\u00e9rard<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Autoportrait un peu simple de l\u2019homme en question, \u00e0 savoir lui-m\u00eame\u2026<\/p>\n<p>2\u00a0d\u00e9cembre 1851, le jour est choisi\u00a0: c\u2019est l\u2019anniversaire d\u2019Austerlitz. Louis-Napol\u00e9on Bonaparte a voulu personnellement et ardemment ce coup d\u2019\u00c9tat, mais il en ressentira plus tard une r\u00e9elle culpabilit\u00e9\u00a0: c\u2019est sa \u00ab\u00a0tunique de Nessus\u00a0\u00bb dira l\u2019imp\u00e9ratrice Eug\u00e9nie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les Bonaparte, c\u2019est tout de m\u00eame un clan qui se remplit les poches, se distribue les couronnes, et qui, en 1851, s\u2019attable pour le deuxi\u00e8me service.\u00a0\u00bb<span id=\"2144\" class=\"cit-num\">2144<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MAURIAC<\/span> (1885-1970),<em> Bloc-notes<\/em>, <span class=\"caps\">IV<\/span> (1965-1967) dans le journal <em>L\u2019Express<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Hugo n\u2019aurait pas mieux dit contre le second, mais son culte pour le premier l\u2019a rendu encore plus cruel. Les contemporains de Louis-Napol\u00e9on Bonaparte et au fait de la politique sont s\u00e9v\u00e8res pour ce nouvel empereur.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est le premier vol de l\u2019Aigle\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2224\" class=\"cit-num\">2224<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 Marie Jean Jacques Dupin (1783-1865), 22\u00a0janvier\u00a01852.<em> La Sarabande, ou Choix d\u2019anecdotes, bons mots, chansons, gauloiseries, \u00e9pigrammes, \u00e9pitaphes, r\u00e9flexions et pi\u00e8ces en vers des Fran\u00e7ais depuis le <span class=\"caps\">XV<\/span>e\u00a0si\u00e8cle jusqu\u2019\u00e0 nos jours<\/em> (1903), L\u00e9on Vall\u00e9e<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Jouant sur le mot \u00ab\u00a0vol\u00a0\u00bb, ce magistrat qui pr\u00e9sida la L\u00e9gislative en 1849 et sera s\u00e9nateur sous l\u2019Empire, parle du d\u00e9cret pris par le prince Louis-Napol\u00e9on Bonaparte, portant confiscation des biens de la maison d\u2019Orl\u00e9ans le 22\u00a0janvier 1852. Le m\u00eame jour, Dupin d\u00e9missionne de ses fonctions \u00e0 la Cour de cassation.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est beaucoup d\u2019\u00eatre \u00e0 la fois une gloire nationale, une garantie r\u00e9volutionnaire et un principe d\u2019autorit\u00e9.\u00a0\u00bb<span id=\"2227\" class=\"cit-num\">2227<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">GUIZOT<\/span> (1787-1874), <em>M\u00e9moires pour servir \u00e0 l\u2019histoire de mon temps<\/em> (1858-1867)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Homme politique et historien, il vise naturellement le prince Louis-Napol\u00e9on Bonaparte et r\u00e9sume l\u2019alchimie du vote, avec \u00ab\u00a0la force du parti bonapartiste, ou pour dire plus vrai du nom de Napol\u00e9on\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019occasion des \u00e9lections au Corps l\u00e9gislatif, le 29\u00a0f\u00e9vrier 1852. Les opposants n\u2019ayant aucun moyen de faire campagne (pas une affiche imprim\u00e9e, pas une r\u00e9union \u00e9lectorale), ils obtiennent 800\u00a0000 voix et les candidats officiels plus de 5\u00a0millions. D\u2019o\u00f9 253 bonapartistes face \u00e0 7 royalistes et 3 r\u00e9publicains.<\/p>\n<p>De mani\u00e8re plus g\u00e9n\u00e9rale, la remarque de Guizot explique la facilit\u00e9 avec laquelle le futur empereur va arriver \u00e0 son but, le pouvoir, et les difficult\u00e9s que le r\u00e9gime conna\u00eetra plus tard.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est des morts qu\u2019il faut qu\u2019on tue.\u00a0\u00bb<span id=\"2229\" class=\"cit-num\">2229<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fernand <span class=\"caps\">DESNOYERS<\/span> (1828-1869), protestant contre une statue de Casimir Delavigne \u00e9rig\u00e9e au\u00a0Havre, 1852. <em>La Nouvelle Revue<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">XXXIX<\/span> (1906)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Homme de lettres et po\u00e8te misanthrope, il a fait le voyage de Paris au\u00a0Havre pour dire son indignation\u00a0: Casimir Delavigne (1792-1843) fut un auteur dramatique tr\u00e8s connu et un po\u00e8te lib\u00e9ral \u00e0 qui sa ville natale rend hommage. Durant les journ\u00e9es r\u00e9volutionnaires de 1830, il \u00e9crivit <em>La Parisienne<\/em>, chant patriotique devenu imm\u00e9diatement chant populaire et<em> La Varsovienne<\/em>, chant\u00e9e par les Polonais dans les combats qui les opposent aux Russes.<\/p>\n<p>L\u2019hostilit\u00e9 du tr\u00e8s conservateur Desnoyers s\u2019exprime en ces vers\u00a0: \u00ab\u00a0Habitants du\u00a0Havre, Havrais\u00a0\/ Je viens de Paris tout expr\u00e8s\u00a0\/ Pour jeter \u00e0 bas la statue\u00a0\/ De Casimir Delavigne\u00a0\/ Il est des morts qu\u2019il faut qu\u2019on tue.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Repr\u00e9sentant \u00e0 tant de titres la cause du peuple et la volont\u00e9 nationale, ce sera la nation qui, en m\u2019\u00e9levant au tr\u00f4ne, se couronnera elle-m\u00eame.\u00a0\u00bb<span id=\"2231\" class=\"cit-num\">2231<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1808-1873), S\u00e9nat, 4\u00a0novembre 1852. <em>Recueil g\u00e9n\u00e9ral des lois, d\u00e9crets et arr\u00eat\u00e9s<\/em> (1853)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le message du prince-pr\u00e9sident s\u2019adresse \u00e0 la nation invit\u00e9e \u00e0 un nouveau pl\u00e9biscite. Les 21 et 22\u00a0novembre, la nation r\u00e9pond massivement oui\u00a0(au suffrage universel toujours masculin)\u00a0: 7,8\u00a0millions de voix contre 250\u00a0000 non.<\/p>\n<p>\u00c9mile Zola explique les raisons de ce triomphe\u00a0: \u00ab\u00a0La soci\u00e9t\u00e9, sauv\u00e9e encore une fois, se f\u00e9licitait, se reposait, faisait la grasse matin\u00e9e, maintenant qu\u2019un gouvernement fort la prot\u00e9geait et lui \u00f4tait jusqu\u2019au souci de penser et de r\u00e9gler ses affaires. La grande pr\u00e9occupation de la soci\u00e9t\u00e9 \u00e9tait de savoir gr\u00e2ce \u00e0 quels amusements elle allait tuer le temps [\u2026] Paris se mettait \u00e0 table et r\u00eavait gaudriole au dessert.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-8-128.jpg\" width=\"165\" height=\"220\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">Second Empire (1852-1870)<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Et s\u2019il n\u2019en reste qu\u2019un, je serai celui-l\u00e0\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2234\" class=\"cit-num\">2234<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Les Ch\u00e2timents<\/em> (1853)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le prestigieux proscrit t\u00e9moigne de son opposition irr\u00e9ductible \u00e0 l\u2019empereur d\u00e9sormais ha\u00ef de lui. Le po\u00e8te qui se veut \u00ab\u00a0\u00e9cho sonore\u00a0\u00bb et conscience de son\u00a0si\u00e8cle refusera de rentrer en France apr\u00e8s le d\u00e9cret d\u2019amnistie.<\/p>\n<p>\u00c0 la date o\u00f9 son \u0153uvre est diffus\u00e9e sous le manteau, l\u2019opposition r\u00e9publicaine est r\u00e9duite \u00e0 n\u00e9ant\u00a0: chefs en prison ou en exil, journaux censur\u00e9s. Ces mots ont d\u2019autant plus de port\u00e9e, Hugo devenant le chef spirituel des r\u00e9publicains refusant le dictateur\u00a0: \u00ab\u00a0Si l\u2019on n\u2019est plus que mille, eh\u00a0! bien, j\u2019en suis\u00a0! Si m\u00eame\u00a0\/ Ils ne sont plus que cent, je brave encore Sylla\u00a0;\u00a0\/ S\u2019il en demeure dix, je serai le dixi\u00e8me\u00a0;\u00a0\/ Et s\u2019il n\u2019en reste qu\u2019un, je serai celui-l\u00e0\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019Empereur [Napol\u00e9on Ier] doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme le messie des id\u00e9es nouvelles.\u00a0\u00bb<span id=\"2246\" class=\"cit-num\">2246<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1808-1873),<em> Des id\u00e9es napol\u00e9oniennes<\/em> (1839)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Louis-Napol\u00e9on Bonaparte parle naturellement de son illustre anc\u00eatre. Sa bible, c\u2019est le<em> M\u00e9morial de Sainte-H\u00e9l\u00e8ne<\/em>, revu, corrig\u00e9, influenc\u00e9 par le saint-simonisme et ses s\u00e9jours en Angleterre qui le font s\u2019int\u00e9resser aux probl\u00e8mes \u00e9conomiques et sociaux. Pour lui, \u00ab\u00a0l\u2019id\u00e9e napol\u00e9onienne n\u2019est point une id\u00e9e de guerre, mais une id\u00e9e sociale, industrielle, commerciale, humanitaire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019empereur conservera le double id\u00e9al de sa jeunesse, Napol\u00e9on et la libert\u00e9, \u00ab\u00a0les deux grandes choses du\u00a0si\u00e8cle\u00a0\u00bb comme dit Hugo. Le drame, c\u2019est qu\u2019elles sont inconciliables et le \u00ab\u00a0c\u00e9sarisme d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb est une utopie de plus.<\/p>\n<p>L\u2019ind\u00e9cision reproch\u00e9e \u00e0 Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span> viendra parfois de ce que ses id\u00e9es fixes sont contradictoires. L\u2019\u00e2ge venant, et la maladie, cet \u00ab\u00a0ent\u00eatement dans l\u2019ind\u00e9cision\u00a0\u00bb (\u00c9mile Ollivier) deviendra dramatique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qui arracherait une plume \u00e0 son aigle risquerait d\u2019avoir dans la main une plume d\u2019oie.\u00a0\u00bb<span id=\"2248\" class=\"cit-num\">2248<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Histoire d\u2019un crime<\/em> (1877)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le \u00ab\u00a0crime\u00a0\u00bb de l\u2019histoire, c\u2019est le coup d\u2019\u00c9tat du 2\u00a0d\u00e9cembre 1851 auquel Hugo tenta en vain de s\u2019opposer par la force des pav\u00e9s, avant de s\u2019en remettre \u00e0 la force des mots. On sait que le ridicule blesse, s\u2019il ne tue pas \u00e0 tout coup.<\/p>\n<p>M\u00eame si le coup d\u2019\u00c9tat r\u00e9ussi donne une soudaine assurance au personnage, Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span> souffrira toujours de la comparaison avec Napol\u00e9on Ier. \u00ab\u00a0L\u2019histoire est une galerie de tableaux o\u00f9 il y a peu d\u2019originaux et beaucoup de copies.\u00a0\u00bb Ce jugement de Tocqueville, d\u2019ailleurs ant\u00e9rieur au Second Empire, s\u2019applique particuli\u00e8rement bien \u00e0 Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span>.<\/p>\n<p>\u00c0 noter qu\u2019il prit le num\u00e9ro trois, le roi de Rome ayant re\u00e7u officiellement le nom de Napol\u00e9on <span class=\"caps\">II<\/span>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019empereur est une grande incapacit\u00e9 m\u00e9connue.\u00a0\u00bb<span id=\"2249\" class=\"cit-num\">2249<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Otto von <span class=\"caps\">BISMARCK<\/span> (1815-1898). <em>Histoire de France contemporaine depuis la R\u00e9volution jusqu\u2019\u00e0 la paix de 1919<\/em> (1921), Ernest Lavisse, Philippe Sagnac<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette boutade du Premier ministre de la Prusse (qui fut ambassadeur \u00e0 Paris en 1862) date de 1864. L\u2019homme de fer n\u2019a qu\u2019un but, la grandeur de son pays et par tous les moyens. Il va d\u00e9jouer les plans europ\u00e9ens de Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span>, avant d\u2019imposer une d\u00e9faite rapide et fatale \u00e0 l\u2019Empire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce n\u2019est pas la peine d\u2019avoir risqu\u00e9 le coup d\u2019\u00c9tat avec nous tous pour \u00e9pouser une lorette.\u00a0\u00bb<span id=\"2254\" class=\"cit-num\">2254<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duc de <span class=\"caps\">PERSIGNY<\/span> (1808-1872), \u00e0 Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>, d\u00e9cembre\u00a01852. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parole du seul honn\u00eate homme dans l\u2019\u00e9quipe d\u2019aventuriers qui pr\u00e9para le coup d\u2019\u00c9tat du 2\u00a0d\u00e9cembre 1851 et se retrouve ministre de l\u2019Int\u00e9rieur.<\/p>\n<p>La \u00ab\u00a0lorette\u00a0\u00bb est quand m\u00eame une jeune fille de vraie noblesse espagnole (par son p\u00e8re, trois fois Grand d\u2019Espagne\u00a0!), fort belle, moins sotte qu\u2019on ne le dira. Mais sa m\u00e8re irlandaise, quelque peu aventuri\u00e8re, promenait sa fille en Europe dans l\u2019espoir d\u2019un bon mariage. Et l\u2019empereur en est fou\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On peut tomber amoureux de mademoiselle de Montijo, mais on ne l\u2019\u00e9pouse pas.\u00a0\u00bb<span id=\"2255\" class=\"cit-num\">2255<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Princesse <span class=\"caps\">MATHILDE<\/span> (1820-1904). <em>Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span> ou l\u2019empire des sens<\/em> (2010), Michel de Decker<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mathilde-L\u00e9tizia Wilhelmine Bonaparte, dite \u00ab\u00a0la princesse Mathilde\u00a0\u00bb, fille de J\u00e9r\u00f4me Bonaparte (roi de Westphalie et fr\u00e8re de Napol\u00e9on Ier), cousine germaine de Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span> auquel elle fut fianc\u00e9e vers 1835, se montre elle aussi bien m\u00e9prisante. Et pourtant\u2026<\/p>\n<p>\u00c9pouse d\u2019un richissime parvenu russe dont elle s\u2019est s\u00e9par\u00e9e en 1845 avec une pension de 200\u00a0000 roubles, elle vit avec un sculpteur, tient fort \u00e9l\u00e9gamment la maison de son cousin Pr\u00e9sident et va perdre son r\u00f4le \u00e0 la cour quand Eug\u00e9nie entrera dans la vie de Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span>. Il a r\u00e9pondu\u00a0: \u00ab\u00a0Je l\u2019aime, c\u2019est elle que je veux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il l\u2019\u00e9pousera le 29\u00a0janvier 1853. Et la princesse Mathilde se repliera sur le 10 rue de Courcelles, salon litt\u00e9raire o\u00f9 elle joue les m\u00e9c\u00e8nes pour les artistes les plus brillants de l\u2019Empire. Tandis que l\u2019imp\u00e9ratrice, \u00e9pouse bient\u00f4t d\u00e9\u00e7ue, m\u00e8re passionn\u00e9e, catholique dans l\u2019\u00e2me et conservatrice convaincue, se m\u00ealera de politique et ne pensera bient\u00f4t qu\u2019\u00e0 assurer l\u2019avenir de son fils, le prince imp\u00e9rial Eug\u00e8ne Louis Napol\u00e9on.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Osman, pr\u00e9fet de Bajazet,<br>Fut pris d\u2019un \u00e9trange d\u00e9lire\u00a0:<br>Il d\u00e9molissait pour construire,<br>Et pour d\u00e9molir, construisait.<br>Est-ce d\u00e9mence\u00a0? Je le nie.<br>On n\u2019est pas fou pour \u00eatre musulman\u00a0;<br>Tel fut Osman,<br>P\u00e8re de l\u2019osmanomanie.\u00a0\u00bb<span id=\"2258\" class=\"cit-num\">2258<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Gustave <span class=\"caps\">NADAUD<\/span> (1820-1893), <em>L\u2019Osmanomanie,<\/em> chanson. <em>Chansons de Gustave Nadaud<\/em> (1870)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Texte en forme de conte, sign\u00e9 d\u2019un po\u00e8te chansonnier qui fait la satire du Second Empire, parfois interdite par le r\u00e9gime. Remarquons que toutes ces formes de contestation \u00e9chappent \u00e0 l\u2019anonymat, preuve que les auteurs courent quand m\u00eame moins de risques que jadis.<\/p>\n<p>Nomm\u00e9 pr\u00e9fet de la Seine le 1er\u00a0juillet 1853, le baron Haussmann voit grand et beau pour le Paris imp\u00e9rial. Il faut en finir avec le Paris de Balzac aux rues pittoresques, mais sales et mal \u00e9clair\u00e9es, pour cr\u00e9er une capitale aussi moderne que Londres qui a s\u00e9duit l\u2019empereur. Il faut donc creuser des \u00e9gouts, approvisionner en eau les Parisiens, am\u00e9nager des espaces verts, loger une immigration rurale massive, percer de larges avenues pour faciliter l\u2019action de la police et de l\u2019artillerie contre d\u2019\u00e9ventuelles barricades. \u00ab\u00a0Ce qu\u2019auraient tent\u00e9 sans profit\u00a0\/ Les rats, les castors, les termites\u00a0\/<\/p>\n<p>Le feu, le fer et les j\u00e9suites\u00a0\/ Il le voulut faire et le fit.\u00a0\/ Puis quand son \u0153uvre fut finie\u00a0\/ Il s\u2019endormit comme un bon musulman\u00a0\/ Tel fut Osman\u00a0\/ P\u00e8re de l\u2019Osmanomanie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>On accuse le baron de sacrifier des joyaux anciens, d\u2019avoir un go\u00fbt immod\u00e9r\u00e9 pour la ligne droite et bient\u00f4t de jongler avec les op\u00e9rations de cr\u00e9dit. L\u2019 \u00ab\u00a0osmanomanie\u00a0\u00bb va rimer avec m\u00e9galomanie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est impossible d\u2019\u00eatre plus beau sous le feu.\u00a0\u00bb<span id=\"2263\" class=\"cit-num\">2263<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Aimable <span class=\"caps\">P\u00c9LISSIER<\/span> (1794-1864), admirant Mac-Mahon, Fort de Malakoff, 8\u00a0septembre 1855.<em> Campagne de Pi\u00e9mont et de Lombardie en 1859,<\/em> volume\u00a0<span class=\"caps\">XXX<\/span> (1860), Am\u00e9d\u00e9e Barth\u00e9lemy Gayet de Cesena<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Militaire qui participa \u00e0 la conqu\u00eate de l\u2019Alg\u00e9rie sous la Monarchie de Juillet, P\u00e9lissier se retrouve en Russie, commandant en chef \u00e0 la t\u00eate de l\u2019arm\u00e9e de Crim\u00e9e. Il suit \u00e0 la lorgnette les p\u00e9rip\u00e9ties du combat de Mac-Mahon \u00e0 l\u2019assaut du fort de Malakoff qui d\u00e9fend l\u2019entr\u00e9e de la ville de S\u00e9bastopol. Apprenant que la position est min\u00e9e, il a ordonn\u00e9 \u00e0 Mac-Mahon de renoncer, \u00e0 cinq reprises. Mais le g\u00e9n\u00e9ral s\u2019obstine.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0J\u2019y suis, j\u2019y reste.\u00a0\u00bb Mot attribu\u00e9 au g\u00e9n\u00e9ral qui a fini par prendre le fort de Malakoff et ne veut pas le rendre, alors que les Russes annoncent qu\u2019ils vont le faire sauter. Le si\u00e8ge de S\u00e9bastopol durait depuis 350 jours, quand Mac-Mahon prit la t\u00eate des colonnes d\u2019assaut et partit \u00e0 l\u2019attaque, entour\u00e9 de ses zouaves.<\/p>\n<p>P\u00e9lissier, commandant de l\u2019arm\u00e9e de Crim\u00e9e, va y gagner son b\u00e2ton de mar\u00e9chal, le titre de duc de Malakoff, sa place au S\u00e9nat, une pension annuelle de 100\u00a0000\u00a0francs et divers honneurs. Mac-Mahon, pour ce mot et ce fait de guerre, entre dans l\u2019histoire \u2013 il aura d\u2019autres occasions de se manifester comme pr\u00e9sident de la R\u00e9publique sous le prochain r\u00e9gime.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y a aussi plusieurs sortes de Libert\u00e9. Il y a la Libert\u00e9 pour le G\u00e9nie, et il y a une libert\u00e9 tr\u00e8s restreinte pour les polissons.\u00a0\u00bb<span id=\"2272\" class=\"cit-num\">2272<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles <span class=\"caps\">BAUDELAIRE<\/span> (1821-1867), <em>Notes et Documents pour mon avocat<\/em> (1857)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>25\u00a0juin\u00a01857, <em>Les Fleurs du mal<\/em> sont publi\u00e9es. Elles font scandale\u00a0: immorales, triviales, g\u00e9niales. Baudelaire para\u00eet devant le tribunal correctionnel, tr\u00e8s conscient de son G\u00e9nie et m\u00e9prisant \u00ab\u00a0la multitude vile\u00a0\u00bb tout comme le socialisme, le naturalisme et le r\u00e9alisme. Il \u00e9crit aussi pour sa d\u00e9fense\u00a0: \u00ab\u00a0Il \u00e9tait impossible de faire autrement un livre destin\u00e9 \u00e0 repr\u00e9senter l\u2019agitation de l\u2019esprit dans le mal.\u00a0\u00bb Il est condamn\u00e9 \u00e0 trois mois de prison pour outrage aux m\u0153urs. Il se soumet\u00a0: dans la seconde \u00e9dition de 1861, les six po\u00e8mes incrimin\u00e9s auront disparu.<\/p>\n<p>La m\u00eame ann\u00e9e 1857, l\u2019immoralit\u00e9 de <em>Madame Bovary<\/em> m\u00e8ne Flaubert en justice. Mais son avocat obtient l\u2019acquittement. Il plaide qu\u2019une telle lecture est morale\u00a0: elle doit entra\u00eener l\u2019horreur du vice et l\u2019expiation de l\u2019\u00e9pouse coupable est si terrible qu\u2019elle pousse \u00e0 la vertu.<\/p>\n<p>\u00c0 la m\u00eame \u00e9poque, le g\u00e9nie d\u2019Offenbach s\u2019exprime au th\u00e9\u00e2tre \u2013 l\u2019humour et la musique aident \u00e0 faire passer son apologie de l\u2019adult\u00e8re et ses bacchanales orgiaques. Dans l\u2019Angleterre beaucoup plus puritaine, l\u2019art n\u2019a pas cette relative libert\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019Empereur, vous n\u2019avez rien de lui\u00a0!<br>\u2014 Tu te trompes, mon cher, j\u2019ai sa famille.\u00a0\u00bb<span id=\"2269\" class=\"cit-num\">2269<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> <span class=\"caps\">III<\/span> (1808-1873) \u00e0 son cousin germain J\u00e9r\u00f4me-Napol\u00e9on Bonaparte (1856).<em> Histoire de la France<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1958), Andr\u00e9 Maurois<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>J\u00e9r\u00f4me-Napol\u00e9on, dit Prince Napol\u00e9on, fils de J\u00e9r\u00f4me Bonaparte (fr\u00e8re de Napol\u00e9on Ier) et fr\u00e8re de la princesse Mathilde, mettait ainsi en doute l\u2019ascendance paternelle de l\u2019empereur. Sa m\u00e8re, Hortense de Beauharnais (fille de Jos\u00e9phine future imp\u00e9ratrice), avait eu avant sa naissance en 1808 bien des amants\u00a0: un \u00e9cuyer, son premier chambellan qui \u00e9tait comte, un marquis, un amiral hollandais. Les historiens ignoreront toujours si Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span> est bien le fils de son p\u00e8re Louis Bonaparte, roi de Hollande. Une seule chose est s\u00fbre\u00a0: le doute\u2026 qui devait empoisonner l\u2019empereur.<\/p>\n<p>Sa famille n\u2019\u00e9tait pas davantage un cadeau, surtout ce cousin germain, chef de la branche cadette, parfois appel\u00e9 Napol\u00e9on V et surnomm\u00e9 Plon-Plon (diminutif affectueux de sa m\u00e8re, devenu ridicule avec l\u2019\u00e2ge) qui affiche ses convictions anticl\u00e9ricales et jacobines. L\u2019empereur se m\u00e9fie de ce \u00ab\u00a0C\u00e9sar d\u00e9class\u00e9\u00a0\u00bb, impulsif et vell\u00e9itaire, en \u00e9tat de fronde perp\u00e9tuelle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les choses ne vont pas tout droit dans mon gouvernement. Comment en serait-il autrement\u00a0? L\u2019imp\u00e9ratrice est l\u00e9gitimiste, Morny est orl\u00e9aniste, je suis r\u00e9publicain. Il n\u2019y a qu\u2019un bonapartiste, c\u2019est Persigny, et il est fou.\u00a0\u00bb<span id=\"2278\" class=\"cit-num\">2278<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> <span class=\"caps\">III<\/span> (1808-1873). <em>Le Duc de Morny\u00a0: \u00ab\u00a0empereur\u00a0\u00bb des Fran\u00e7ais sous Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span><\/em> (1951), Robert Christophe<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La boutade lui a \u00e9t\u00e9 pr\u00eat\u00e9e. De fait, l\u2019empereur est assez mal entour\u00e9. Les bonapartistes en particulier ont chacun leurs id\u00e9es. Morny son demi-fr\u00e8re l\u2019a aid\u00e9 comme ministre de l\u2019Int\u00e9rieur \u00e0 pr\u00e9parer le coup d\u2019\u00c9tat, pour d\u00e9missionner peu apr\u00e8s \u00e0 cause du d\u00e9cret confisquant les biens de la famille d\u2019Orl\u00e9ans (le \u00ab\u00a0premier vol de l\u2019Aigle\u00a0\u00bb en 1852)\u00a0; il pr\u00e9side \u00e0 pr\u00e9sent le Corps L\u00e9gislatif.<\/p>\n<p>L\u2019imp\u00e9ratrice, conservatrice et catholique, se m\u00eale de politique, pensant surtout \u00e0 pr\u00e9server les int\u00e9r\u00eats de son fils (n\u00e9 le 16\u00a0mars 1856). L\u2019empereur qui se dit r\u00e9publicain a un bonapartisme complexe sinon contradictoire, h\u00e9r\u00e9ditaire et pl\u00e9biscitaire, s\u2019appuyant sur la bourgeoisie d\u2019affaires, mais regardant aussi du c\u00f4t\u00e9 du peuple, voulant la libert\u00e9 mais la surveillant avec autorit\u00e9\u00a0! Persigny est le compagnon de toujours et de tous les coups rat\u00e9s, puis r\u00e9ussis, mais il a le bonapartisme si pros\u00e9lyte qu\u2019il faudra bient\u00f4t le mettre \u00e0 la retraite, quand sonnera l\u2019heure d\u2019un certain lib\u00e9ralisme.<\/p>\n<p>Et l\u2019empereur oublie le prince Napol\u00e9on, au bonapartisme jacobin et anticl\u00e9rical, qui man\u0153uvre \u00e0 gauche et a des pr\u00e9tentions dynastiques.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous voulez donc faire de la France une caserne\u00a0?<br>\u2014 Et vous, prenez garde d\u2019en faire un cimeti\u00e8re.\u00a0\u00bb<span id=\"2291\" class=\"cit-num\">2291<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mar\u00e9chal <span class=\"caps\">NIEL<\/span> (1802-1869), \u00e0 Jules <span class=\"caps\">FAVRE<\/span> (1809-1880), Corps l\u00e9gislatif, 2\u00a0janvier 1868.<em> Les Causes politiques du d\u00e9sastre<\/em> (1915), L\u00e9on de Montesquiou<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>H\u00e9ros de la campagne d\u2019Italie, le mar\u00e9chal r\u00e9pond lors d\u2019un d\u00e9bat sur l\u2019arm\u00e9e au d\u00e9put\u00e9 r\u00e9publicain contestant l\u2019utilit\u00e9 des p\u00e9riodes d\u2019exercice. Plus fondamentalement, l\u2019opposition r\u00e9publicaine demande la suppression des arm\u00e9es permanentes, malgr\u00e9 la puissance militaire mena\u00e7ante de la Prusse et l\u2019\u00e9chec de notre diplomatie. Pour Gambetta le r\u00e9publicain, avocat et opposant au Second Empire, \u00ab\u00a0les arm\u00e9es permanentes sont cause de ruines et source de haine\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ministre de la Guerre depuis 1867, Niel fera passer deux mesures de r\u00e9organisation militaire le 14\u00a0janvier 1868\u00a0: extension du recrutement et cr\u00e9ation de la garde mobile. Il meurt en 1869, avant d\u2019avoir pu achever la modernisation jug\u00e9e indispensable.<\/p>\n<p>Mais Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> a cess\u00e9 d\u2019\u00eatre un \u00ab\u00a0aventurier heureux\u00a0\u00bb (pour reprendre le mot de Thiers en 1864). Sa diplomatie devient brouillonne et l\u2019exp\u00e9dition du Mexique est le premier grave \u00e9chec ext\u00e9rieur.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon enfant, tu es sacr\u00e9 par ce pl\u00e9biscite. L\u2019Empire lib\u00e9ral, ce n\u2019est pas moi, c\u2019est toi\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2304\" class=\"cit-num\">2304<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> <span class=\"caps\">III<\/span> (1808-1873), \u00e0 son fils, le prince imp\u00e9rial Eug\u00e8ne Louis Napol\u00e9on, \u00e2g\u00e9 de 14\u00a0ans, 8\u00a0mai 1870. <em>La Soci\u00e9t\u00e9 du Second Empire<\/em>, tome\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> (1911-1924), Comte Maurice Fleury, Louis Sonolet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019empereur rayonne et en oublie son mal, apr\u00e8s le pl\u00e9biscite triomphal du 8\u00a0mai\u00a0: 7\u00a0350\u00a0000 oui (et 1\u00a0538\u00a0000 non) pour approuver le s\u00e9natus-consulte du 20\u00a0avril 1870. L\u2019Empire devient une monarchie parlementaire\u00a0: ministres responsables devant les Chambres qui ont aussi l\u2019initiative des lois.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Nous pouvons maintenant envisager l\u2019avenir sans crainte\u00a0\u00bb affirme Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span> au Corps l\u00e9gislatif, 8\u00a0mai 1870.<\/p>\n<p>L\u2019empereur a jou\u00e9 et gagn\u00e9, refaisant appel directement au peuple comme il y a vingt ans\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai retrouv\u00e9 mon chiffre\u00a0\u00bb, dit-il. L\u2019opposition r\u00e9publicaine se divise et Gambetta r\u00e9sume la pens\u00e9e de tous\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019Empire est plus fort que jamais\u00a0!\u00a0\u00bb C\u2019est oublier la Prusse.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce n\u2019est pas par des discours et des votes de majorit\u00e9 que les grandes questions de notre \u00e9poque seront r\u00e9solues, mais par le fer et par le sang.\u00a0\u00bb<span id=\"2306\" class=\"cit-num\">2306<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Otto von <span class=\"caps\">BISMARCK<\/span> (1815-1898), chancelier de la Conf\u00e9d\u00e9ration d\u2019Allemagne du Nord. <em>Bismarck<\/em> (1961), Henry Valloton<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces mots posent le personnage, surnomm\u00e9 le Chancelier de fer. \u00ab\u00a0Par le fer et par le sang\u00a0\u00bb est une expression qui lui est ch\u00e8re, tout comme \u00ab\u00a0la force prime le droit\u00a0\u00bb \u2013 traduction de sa <em>Realpolitik<\/em>.<\/p>\n<p>Bismarck a d\u00e9j\u00e0 ravi \u00e0 l\u2019Autriche sa place \u00e0 la t\u00eate de l\u2019ex-Conf\u00e9d\u00e9ration germanique\u00a0: la d\u00e9faite autrichienne \u00e0 Sadowa (1866) fut un \u00ab\u00a0coup de tonnerre\u00a0\u00bb en Europe. Il veut faire l\u2019unit\u00e9 allemande sous l\u2019\u00e9gide de la Prusse. Pour cela, il lui faut prouver sa force\u00a0: \u00e9craser la France est le moyen le plus s\u00fbr. Il man\u0153uvre pour monter contre elle les \u00c9tats du sud de l\u2019Allemagne et les rassembler dans sa Conf\u00e9d\u00e9ration.<\/p>\n<p>Face au futur chancelier du Reich, il y a Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>. \u00ab\u00a0L\u2019empereur est une grande incapacit\u00e9 m\u00e9connue\u00a0\u00bb disait Bismarck en 1864. C\u2019est surtout un homme pr\u00e9matur\u00e9ment vieilli, physiquement atteint et devenu maladivement ind\u00e9cis.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0V\u2019l\u00e0 le Sire de Fish-ton-Kan,<br>Qui s\u2019en va-t-en guerre,<br>En deux temps et trois mouv\u2019ments<br>Sens devant derri\u00e8re [\u2026]<br>Badinguet, fich ton camp.\u00a0\u00bb<span id=\"2319\" class=\"cit-num\">2319<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">BURANI<\/span> (1845-1901), paroles, et Antonin <span class=\"caps\">LOUIS<\/span> (1845-1915) musique, <em>Le Sire de Fich-ton-kan<\/em> (1870), chanson<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La capitulation de Sedan est accueillie par les applaudissements de la gauche, le 3\u00a0septembre \u00e0 la Chambre\u00a0: l\u2019opposition sait que le r\u00e9gime ne survivra pas \u00e0 la d\u00e9faite de l\u2019arm\u00e9e imp\u00e9riale. De fait, l\u2019opinion se retourne aussit\u00f4t\u00a0: pl\u00e9biscit\u00e9 en mai, l\u2019empereur qui tombe est insult\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si vous pensez que je suis un obstacle, que le nom de l\u2019Empereur est un obstacle au lieu d\u2019\u00eatre une force, prononcez notre d\u00e9ch\u00e9ance\u00a0; je ne me plaindrai pas, je serai d\u00e9charg\u00e9e du lourd fardeau qui p\u00e8se sur moi et je pourrai me retirer avec honneur.\u00a0\u00bb<span id=\"2322\" class=\"cit-num\">2322<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Imp\u00e9ratrice <span class=\"caps\">EUG\u00c9NIE<\/span> (1826-1920), en r\u00e9ponse \u00e0 la d\u00e9claration de Gambetta, 4\u00a0septembre 1870. <em>M\u00e9moires de l\u2019Acad\u00e9mie royale des sciences morales et politiques de l\u2019Institut de France (<\/em>1904), Acad\u00e9mie des sciences morales et politiques (France)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019imp\u00e9ratrice pr\u00e9venue de la d\u00e9claration qui proclame la d\u00e9ch\u00e9ance de l\u2019empereur se d\u00e9cide \u00e0 fuir, quand les grilles des Tuileries sont forc\u00e9es par la foule. Elle va quitter Paris non sans mal, gagner Deauville, se r\u00e9fugier en Angleterre.<\/p>\n<p>Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span>, prisonnier des Allemands, est lib\u00e9r\u00e9 en mars\u00a01871 pour un nouvel et dernier exil en Angleterre o\u00f9 il rejoint sa femme. Un complot doit le faire rentrer en France. Auparavant, il veut se faire op\u00e9rer (calcul \u00e0 la vessie) et meurt des suites de l\u2019op\u00e9ration, le 9\u00a0janvier\u00a01873.<\/p>\n<p>Eug\u00e9nie luttera pour redonner la couronne au prince imp\u00e9rial. \u00c0 la mort de ce fils unique, le 1er\u00a0juin 1879, elle se retire de la vie politique. Elle meurt en 1920, assez \u00e2g\u00e9e pour que son ami le colonel Willoughby Verner mette un terme \u00e0 \u00ab\u00a0cinquante ans de tristesse et de soucis noblement subis\u00a0\u00bb en lui apprenant l\u2019armistice du 11\u00a0novembre 1918 par ces mots\u00a0: \u00ab\u00a0Madame, le jour de Sedan est veng\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 Un personnage parle d\u2019un autre personnage. Exemple type\u00a0: \u00ab\u00a0Un fou a dit \u00ab\u00a0Moi, la France\u00a0\u00bb et personne n\u2019a ri parce que c\u2019\u00e9tait vrai.\u00a0\u00bb Fran\u00e7ois Mauriac \u00e9voquant de Gaulle en juin 1940.Le premier \u00ab\u00a0qui\u00a0\u00bb est quelquefois le peuple (acteur anonyme) s\u2019exprimant en chanson, pamphlet, slogan, \u00e9pitaphe. Le second \u00ab\u00a0qui\u00a0\u00bb peut \u00eatre un groupe, une assembl\u00e9e, [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":322,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-9901","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-edito-de-la-semaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9901","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9901"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9901\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12586,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9901\/revisions\/12586"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9901"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9901"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9901"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}