{"id":9931,"date":"2024-04-08T00:00:00","date_gmt":"2024-04-07T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/la-guerre-histoire-en-citations-dune-tragedie-seculaire-et-quotidienne-gaule-et-moyen-age\/"},"modified":"2025-08-12T08:39:25","modified_gmt":"2025-08-12T06:39:25","slug":"la-guerre-histoire-en-citations-dune-tragedie-seculaire-et-quotidienne-gaule-et-moyen-age","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/la-guerre-histoire-en-citations-dune-tragedie-seculaire-et-quotidienne-gaule-et-moyen-age\/","title":{"rendered":"La Guerre, histoire en citations d\u2019une trag\u00e9die s\u00e9culaire et quotidienne (Gaule et Moyen \u00c2ge)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La guerre est la continuation de la politique par d\u2019autres moyens.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Carl von <span class=\"caps\">CLAUSEWITZ<\/span> (1780-1831), g\u00e9n\u00e9ral prussien, strat\u00e8ge et th\u00e9oricien, <em>De la Guerre<\/em> (1832)<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\"><em>\u00ab\u00a0Si vis pacem, para bellum\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00ab\u00a0Si tu veux la paix, pr\u00e9pare la guerre\u00a0\u00bb. Devise de l\u2019\u00c9cole de Guerre<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y a des guerres justes. Il n\u2019y a pas d\u2019arm\u00e9e juste.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">MALRAUX<\/span> (1901-1976), <em>L\u2019Espoir<\/em> (1937)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les hommes se font la guerre depuis la pr\u00e9histoire et les guerres antiques sont aussi historiques que l\u00e9gendaires.<\/p>\n<p>L\u2019histoire de la France \u00e0 venir commence avec la guerre des Gaules et l\u2019occupation du territoire par les Romains. Apr\u00e8s les guerres f\u00e9odales du Moyen \u00c2ge et la guerre de Cent Ans, la Renaissance lance les guerres de conqu\u00eate en Italie, suivies des guerres (civiles) de Religion\u00a0: le <span class=\"caps\">XVI<\/span>e si\u00e8cle totalise 85 ann\u00e9es de guerre\u00a0! La Fronde est une vraie guerre civile de cinq ans. La monarchie absolue de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> multiplie les guerres de conqu\u00eate. Le si\u00e8cle des Lumi\u00e8res est le moins guerrier, mais la R\u00e9volution d\u00e9clare la guerre \u00e0 toutes les monarchies europ\u00e9ennes et Napol\u00e9on encha\u00eene, multipliant les guerres de conqu\u00eate jusqu\u2019en Russie. Au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e, la guerre franco-prussienne met fin au Second Empire. La <span class=\"caps\">III<\/span>e R\u00e9publique sort victorieuse de la Premi\u00e8re guerre mondiale, d\u00e9finit les lois de la guerre\u2026 et s\u2019\u00e9croule sous la Seconde, finalement gagn\u00e9e par de Gaulle et les Alli\u00e9s. La <span class=\"caps\">IV<\/span>e R\u00e9publique g\u00e8re l\u2019apr\u00e8s-guerre, survit \u00e0 la guerre d\u2019Indochine, mais tombe avec la guerre d\u2019Alg\u00e9rie. La Ve R\u00e9publique du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle donne l\u2019ind\u00e9pendance \u00e0 l\u2019Alg\u00e9rie, met fin \u00e0 la guerre civile et dote la France de l\u2019arme atomique. La Guerre froide et les tensions g\u00e9opolitiques entre blocs cessent apr\u00e8s la chute du mur de Berlin, l\u2019Union europ\u00e9enne re\u00e7oit le prix Nobel de la paix\u2026 Mais la guerre redevient sujet d\u2019actualit\u00e9\u00a0!<\/p>\n<p>24 f\u00e9vrier 2022\u00a0: guerre d\u2019Ukraine, conflit post-sovi\u00e9tique avec la Russie de Poutine.<br>7 octobre 2023, guerre Isra\u00ebl-Gaza apr\u00e8s l\u2019attaque du Hamas, dans le cadre du conflit isra\u00e9lo-palestinien. C\u2019est aussi le retour des guerres \u00e0 l\u2019ancienne\u00a0: apr\u00e8s la guerre moderne des combats \u00e0 distance, \u00ab\u00a0guerre propre\u00a0\u00bb avec <span class=\"caps\">SCUDS<\/span> et ripostes cibl\u00e9es (guerre du Golfe en 1990-1991), on retrouve le si\u00e8ge destin\u00e9 \u00e0 affamer les populations \u00e0 Gaza, les tranch\u00e9es occup\u00e9es par l\u2019envahisseur en Ukraine, les combats au corps \u00e0 corps et l\u2019infanterie, essentielle \u00e0 la progression des forces sur le terrain.<\/p>\n<h3><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-1-63.jpg\" width=\"165\" height=\"220\" style=\"margin: 10px 15px;border: 1px solid black;float: left\"><\/a><span class=\"caps\">GAULE<\/span> (<span class=\"caps\">VI<\/span>e si\u00e8cle av. J.-C.- 481 apr. J.-C.)<\/h3>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0[Les Gaulois] ont deux passions dominantes, \u00eatre braves \u00e0 la guerre et parler avec habilet\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"5\" class=\"cit-num\">5<\/span><span id=\"&lt;br \/&gt;\" class=\"cit-num\"><br><\/span><span id=\"&lt;br \/&gt;\" class=\"cit-num\"><br><\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CATON<\/span> l\u2019Ancien (234-149 av. J.-C.). <em>Histoire de la Gaule<\/em> (1908-1921), Camille Jullian<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les deux qualit\u00e9s dont fait ici \u00e9tat cet homme politique et \u00e9crivain romain du <span class=\"caps\">II<\/span>e\u00a0si\u00e8cle av. J.-C.\u00a0vont se retrouver tout au long de l\u2019histoire. Mais d\u2019autres d\u00e9fauts nationaux ne manqueront pas d\u2019\u00eatre d\u00e9nonc\u00e9s\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Malheur aux vaincus\u00a0\u00bb <em>\u00ab\u00a0Vae Victis\u00a0\u00bb<\/em><span id=\"15\" class=\"cit-num\">15<\/span><span id=\"&lt;br \/&gt;\" class=\"cit-num\"><br><\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">BRENNUS<\/span> (<span class=\"caps\">IV<\/span>e s. av. J.-C.), aux Romains, 390 av.\u00a0J.-C. <em>Histoire romaine<\/em>, Tite-Live (historien romain n\u00e9 en 59 av.\u00a0J.-C.).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Brennus est le chef des hordes gauloises qui d\u00e9ferlent sur l\u2019Italie du Nord\u00a0: conquise vers 390, elle devient la Gaule cisalpine. Rome est prise, pill\u00e9e, incendi\u00e9e. Catastrophe nationale et stupeur de toute l\u2019Antiquit\u00e9\u00a0: pour la premi\u00e8re et derni\u00e8re fois (avant sa chute finale, mille ans apr\u00e8s), la capitale de l\u2019Empire romain tombe sous les coups d\u2019une arm\u00e9e \u00e9trang\u00e8re\u00a0!<\/p>\n<p>Brennus, vainqueur, jette son \u00e9p\u00e9e dans la balance o\u00f9 se pesait la ran\u00e7on de la ville, pour augmenter le poids d\u2019or r\u00e9clam\u00e9 comme prix de son d\u00e9part. Aux protestations des Romains, il r\u00e9pond\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Vae Victis\u00a0\u00bb<\/em>. L\u2019expression, devenue proverbe, signifie que les vaincus n\u2019ont droit \u00e0 aucune justice de la part des vainqueurs.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous ne craignons rien, sinon que le ciel ne tombe sur nos t\u00eates.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"16\" class=\"cit-num\">16<\/span><span id=\"&lt;br \/&gt;\" class=\"cit-num\"><br><\/span><span id=\"&lt;br \/&gt;\" class=\"cit-num\"><br><\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Un guerrier gaulois \u00e0 Alexandre le Grand, 335 av.\u00a0J.-C. <em>G\u00e9ographie<\/em>, livre\u00a0<span class=\"caps\">VII<\/span>, Strabon (g\u00e9ographe grec n\u00e9 en 58 av.\u00a0J.-C.). Fi\u00e8re r\u00e9plique, \u00e9galement cit\u00e9e par Arrien, historien romain<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les Gaulois, tribus nomades, ont travers\u00e9 l\u2019Europe et poursuivi leur expansion jusqu\u2019aux rives du Danube. Alexandre, roi de Mac\u00e9doine, a convi\u00e9 \u00e0 sa table ces guerriers. \u00c2g\u00e9 de 20\u00a0ans, d\u00e9j\u00e0 conqu\u00e9rant dans l\u2019\u00e2me et pr\u00eat \u00e0 devenir le h\u00e9ros mythique de l\u2019Antiquit\u00e9, Alexandre demande durant le repas aux Gaulois ce qu\u2019ils craignent le plus, s\u2019attendant naturellement \u00e0 ce qu\u2019ils r\u00e9pondent que c\u2019est lui. Eh bien, non, ces Gaulois ne craignent v\u00e9ritablement rien, ni personne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Depuis que Rome existe, tous les sages politiques ont pens\u00e9 qu\u2019elle n\u2019avait point d\u2019ennemis plus redoutables que les Gaulois.\u00a0\u00bb<span id=\"18&lt;br \/&gt;\" class=\"cit-num\">18<br><\/span><span id=\"&lt;br \/&gt;\" class=\"cit-num\"><br><\/span><span id=\"&lt;br \/&gt;\" class=\"cit-num\"><br><\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CIC\u00c9RON<\/span> (106-43 av. J.-C.), Discours sur les provinces consulaires, <em>\u0152uvres compl\u00e8tes de Cic\u00e9ron<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette remarque du c\u00e9l\u00e8bre orateur romain rappelle la prise de Rome par les Gaulois de Brennus, trois si\u00e8cles plus t\u00f4t, et justifie ou, tout au moins, fait comprendre le d\u00e9sir des Romains de soumettre un peuple aussi turbulent.<\/p>\n<p>Il s\u2019agit \u00e0 pr\u00e9sent de dompter la Gaule demeur\u00e9e ind\u00e9pendante, dite aussi celtique (ou chevelue, en raison de ses vastes for\u00eats). \u00c0 l\u2019inverse de la Province (romaine) exploit\u00e9e comme une colonie, mais o\u00f9 r\u00e9gnaient paix et prosp\u00e9rit\u00e9, la Celtique restait le th\u00e9\u00e2tre de luttes permanentes entre tribus. Nul \u00c9tat constitu\u00e9, en Gaule, pas de capitale ni d\u2019administration centrale, pas m\u00eame de vie urbaine \u2013 les villes n\u2019\u00e9taient que des places fortes o\u00f9 les paysans se r\u00e9fugiaient en cas d\u2019invasion. Le dernier acte des \u00ab\u00a0guerres celtiques\u00a0\u00bb sera jou\u00e9 par C\u00e9sar.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le javelot romain brisa la fiert\u00e9 gauloise.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"17\" class=\"cit-num\">17<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">POLYBE<\/span> (vers 202-vers 120 av.\u00a0J.-C.), <em>Histoire g\u00e9n\u00e9rale<\/em>, livre\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le mot de cet historien grec\u00a0souligne la sup\u00e9riorit\u00e9 de l\u2019esprit de discipline propre aux Romains sur la fougue anarchique des Gaulois. Le retournement de l\u2019histoire se joua en plusieurs \u00e9pisodes et sur deux si\u00e8cles.<\/p>\n<p>\u00c0 partir de 236 av.\u00a0J.-C., les Romains entreprennent la conqu\u00eate du nord de l\u2019Italie, Gaule cisalpine aux mains de tribus gauloises \u2013 la plus importante \u00e9tant celle des Bo\u00efens. Vaincus d\u00e9finitivement en 191, les Bo\u00efens auraient alors \u00e9migr\u00e9 vers le Danube, donnant leur nom \u00e0 la future Boh\u00eame.<br>Marseille (Massilia) attaqu\u00e9e par des barbares appellera Rome au secours en 154\u00a0: c\u2019est la premi\u00e8re intervention des Romains sur le territoire de la France d\u2019aujourd\u2019hui. Nouvel appel, nouvelle intervention en 124. Cette fois, pas question de repartir\u00a0: les Romains se sentent trop heureux dans ce pays. Par son climat, son relief, sa v\u00e9g\u00e9tation, il rappelle l\u2019Italie. Deux ans plus tard, Sextius Calvinus fonde Aquae Sextiae (Aix-en-Provence). Ligures, Ib\u00e8res, Gaulois occupent le Languedoc occidental, mais ne r\u00e9sistent pas longtemps aux armes romaines. Toute la c\u00f4te m\u00e9diterran\u00e9enne est annex\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 l\u2019Espagne. Narbonne, fond\u00e9e en 118, devient capitale de la Province romaine.<\/p>\n<p>La fougue anarchique des Gaulois ne pouvait r\u00e9sister durablement \u00e0 la discipline des Romains dont l\u2019Empire s\u2019\u00e9tendait sur l\u2019Europe et au-del\u00e0. L\u2019histoire est d\u2019abord une interminable suite de guerres.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 des arm\u00e9es gauloises donna l\u2019avantage aux Romains\u00a0; le sabre gaulois ne frappait que de taille, et il \u00e9tait de si mauvaise trempe qu\u2019il pliait au premier coup.\u00a0\u00bb<span id=\"6&lt;br \/&gt;\" class=\"cit-num\">6<br><\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de France<\/em>, tome\u00a0I (1835)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les Romains disposent en effet d\u2019un armement sup\u00e9rieur \u00e0 celui des Gaulois. Ce sera l\u2019une des raisons de leur victoire, quand ils vont \u00eatre amen\u00e9s \u00e0 faire la conqu\u00eate de la Gaule.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Des tyrannies, des guerres, voil\u00e0 ce qu\u2019on trouvait dans les Gaules jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019elles fussent rang\u00e9es sous nos lois.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"7\" class=\"cit-num\">7<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Petilius <span class=\"caps\">CEREALIS<\/span> (Ier si\u00e8cle). <em>Histoires<\/em> (nombreuses \u00e9ditions et traductions), Tacite, historien romain du Ier\u00a0si\u00e8cle<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce g\u00e9n\u00e9ral romain du Ier\u00a0si\u00e8cle \u00e9voque l\u2019\u00e9tat du territoire, avant l\u2019intervention romaine en deux \u00e9tapes\u00a0: conqu\u00eate du sud-est de la Gaule et cr\u00e9ation de la Province romaine (<em>Provincia<\/em>) avec Narbonne pour capitale (124-118 av. J.-C.)\u00a0; conqu\u00eate par C\u00e9sar de la Gaule rest\u00e9e ind\u00e9pendante (58-51 av. J.-C.). Jules Michelet confirme dans son<em> Histoire de France<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Ce chaos bourbeux et belliqueux de la Gaule \u00e9tait une superbe mati\u00e8re pour un tel g\u00e9nie [C\u00e9sar].\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u00e9sar s\u2019\u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9 comme un protecteur. Sa conqu\u00eate avait commenc\u00e9 par ce que nous appellerions une intervention arm\u00e9e.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"8\" class=\"cit-num\">8<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">BAINVILLE<\/span> (1879-1936),<em> Histoire de France<\/em> (1924)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fait capital de notre histoire. En 58 av.\u00a0J.-C., la tribu des Helv\u00e8tes d\u00e9cide d\u2019\u00e9migrer vers la Sa\u00f4ne pour fuir la pression des Germains d\u2019Arioviste. Les \u00c9duens \u00e9tablis entre Loire et Sa\u00f4ne se sentent menac\u00e9s par cette migration et appellent \u00e0 leur secours C\u00e9sar, nomm\u00e9 l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente proconsul de la Gaule cisalpine (Italie du Nord) et de la Province romaine. Cerealis (cit\u00e9 par Tacite) rappellera plus tard aux Gaulois ce fait historique\u00a0: \u00ab\u00a0Si nos chefs et empereurs sont entr\u00e9s dans votre pays, c\u2019est \u00e0 la requ\u00eate de vos anc\u00eatres.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>C\u00e9sar, fort de six l\u00e9gions, oblige les Helv\u00e8tes \u00e0 retourner chez eux (vers l\u2019actuelle Suisse) et refoule les Germains au-del\u00e0 du Rhin. Voulant \u00e9clipser la gloire militaire de son rival Pomp\u00e9e, il en profite pour conqu\u00e9rir en huit campagnes annuelles toute la Gaule, y compris Belgique et Suisse, avec une incursion en [Grande-]Bretagne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand nous ne formerons en Gaule qu\u2019une seule volont\u00e9, le monde entier ne pourra nous r\u00e9sister.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"22\" class=\"cit-num\">22<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VERCING\u00c9TORIX<\/span> (vers 82-46 av. J.-C.), \u00e0 ses troupes, mai\u00a052 av.\u00a0J.-C., \u00e0 Gergovie. <em>La Gaule<\/em> (1947), Ferdinand Lot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les tribus gauloises, victimes de leur d\u00e9sunion, viennent d\u2019\u00e9lire ce jeune noble, chef supr\u00eame d\u2019une coalition contre les Romains qui se veulent ma\u00eetres de l\u2019Europe. Quand C\u00e9sar marche vers la Loire, Vercing\u00e9torix ordonne de br\u00fbler tous les villages pour affamer l\u2019ennemi. Mais on ne peut se r\u00e9soudre \u00e0 incendier Avaricum (Bourges), seule grande et belle ville de Gaule, puissamment fortifi\u00e9e. Apr\u00e8s deux mois de r\u00e9sistance, elle tombera, le 20\u00a0avril. Dans sa <em>Guerre des Gaules<\/em>, C\u00e9sar parle de 40\u00a0000 morts \u2013 il a d\u00e9cupl\u00e9 le chiffre. Mais il note, en bon observateur\u00a0: \u00ab\u00a0Si l\u2019adversit\u00e9 diminue d\u2019habitude l\u2019autorit\u00e9 des chefs, elle grandit de jour en jour le prestige de Vercing\u00e9torix.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le mois suivant, le Gaulois remporte la plus grande victoire de sa courte carri\u00e8re\u00a0: Gergovie (pr\u00e8s de Clermont-Ferrand). C\u00e9sar doit lever le si\u00e8ge, minorant ses pertes \u00e0 700 l\u00e9gionnaires. Les statistiques truqu\u00e9es nourrissent la l\u00e9gende ou la propagande, et l\u2019histoire de Vercing\u00e9torix nous est surtout connue par le r\u00e9cit de son adversaire, C\u00e9sar.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Prends-les\u00a0! Je suis brave, mais tu es plus brave encore, et tu m\u2019as vaincu.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"23\" class=\"cit-num\">23<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VERCING\u00c9TORIX<\/span> (vers 82-46 av. J.-C.), jetant ses armes aux pieds de C\u00e9sar, fin septembre\u00a052 av.\u00a0J.-C., \u00e0 Al\u00e9sia. <em>Abr\u00e9g\u00e9 de l\u2019histoire romaine depuis Romulus jusqu\u2019\u00e0 Auguste<\/em>, Florus<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces mots du vaincu rapport\u00e9s par le vainqueur servent d\u2019\u00e9pilogue \u00e0 la br\u00e8ve \u00e9pop\u00e9e du guerrier gaulois, face au plus illustre des g\u00e9n\u00e9raux romains.<\/p>\n<p>Grand strat\u00e8ge, C\u00e9sar est parvenu \u00e0 enfermer Vercing\u00e9torix et son arm\u00e9e \u00e0 Al\u00e9sia (en Bourgogne). L\u2019arm\u00e9e de secours, mal pr\u00e9par\u00e9e, est mise en pi\u00e8ces par C\u00e9sar qui exag\u00e8re encore les chiffres\u00a0: 246\u00a0000 morts chez les Gaulois, dont 8\u00a0000 cavaliers. Vercing\u00e9torix juge la r\u00e9sistance inutile, et se rend pour \u00e9pargner la vie de ses hommes \u2013 quelque 50\u00a0000, mourant de faim apr\u00e8s quarante jours de si\u00e8ge.<\/p>\n<p>La chute d\u2019Al\u00e9sia marque la fin de la guerre des Gaules et l\u2019ach\u00e8vement de la conqu\u00eate romaine. Mais le mythe demeure bien vivant, en France\u00a0: Vercing\u00e9torix, red\u00e9couvert par les historiens au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle et popularis\u00e9 jusque dans la bande dessin\u00e9e, est notre premier h\u00e9ros national.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sa courte vie de combattant eut cette \u00e9l\u00e9gante beaut\u00e9 qui charmait les Anciens et qui \u00e9tait une faveur des Dieux.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"24\" class=\"cit-num\">24<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Camille <span class=\"caps\">JULLIAN<\/span> (1859-1933), <em>Vercing\u00e9torix<\/em> (1902)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019auteur de la premi\u00e8re biographie savante de Vercing\u00e9torix juge ainsi sa carri\u00e8re de chef de guerre. L\u2019\u00e9pop\u00e9e n\u2019a dur\u00e9 que dix mois. Emmen\u00e9 captif \u00e0 Rome, le vaincu est jet\u00e9 dans un cachot o\u00f9 il attendra six ans, pour \u00eatre finalement exhib\u00e9 comme troph\u00e9e, lors du triomphe de C\u00e9sar, puis d\u00e9capit\u00e9 en 46 av. J.-C.\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Vae Victis\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous serez ch\u00e2ti\u00e9s pour avoir voulu souhaiter la paix et vous apprendrez que, moi vivant, rien n\u2019est plus s\u00fbr qu\u2019une guerre, quand on m\u2019a pour chef.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"25\" class=\"cit-num\">25<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">C\u00c9SAR<\/span> (101-44 av. J.-C.),<em> Commentaires de la guerre des Gaules. La Pharsale<\/em> (La Guerre civile), Lucain, po\u00e8te latin du Ier\u00a0si\u00e8cle<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Toute la Gaule est conquise par les arm\u00e9es romaines, mais la ville grecque de Marseille (Massilia), alli\u00e9e du peuple romain, demeure ind\u00e9pendante.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 49 av.\u00a0J.-C., C\u00e9sar entre en conflit avec Pomp\u00e9e qui a en main le S\u00e9nat. Il franchit le Rubicon, petite rivi\u00e8re formant la fronti\u00e8re de sa province de Gaule cisalpine, en pronon\u00e7ant le fameux <em>\u00ab\u00a0alea jacta est\u00a0\u00bb<\/em> (\u00ab\u00a0le sort en est jet\u00e9\u00a0\u00bb). Dans cette guerre civile qui se d\u00e9clenche,<\/p>\n<p>Marseille voudrait rester neutre et m\u00e9nager les deux partis, voire jouer les arbitres, mais les Marseillais (Massaliotes) ont un penchant pour les Pomp\u00e9iens, chose naturelle pour une r\u00e9publique aristocratique. C\u00e9sar, venu d\u2019Italie pour se rendre par la terre en Espagne, o\u00f9 s\u2019\u00e9taient fortifi\u00e9s les partisans de Pomp\u00e9e, entreprend le si\u00e8ge de Marseille (avril-mai 49 av. J.-C.). Il ne va pas la prendre personnellement, laissant \u00e0 son lieutenant Trebonius le soin d\u2019en finir.<\/p>\n<p>Marseille se rend six mois apr\u00e8s. Annex\u00e9e \u00e0 la Province, la grande cit\u00e9 m\u00e9diterran\u00e9enne perd son ind\u00e9pendance.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cette race [les Huns] d\u00e9passe toutes les formes de la sauvagerie [\u2026] Ils sont affreusement laids. On dirait des b\u00eates \u00e0 deux pattes. Ils ne se nourrissent pas d\u2019aliments cuits au feu ni assaisonn\u00e9s, mais de racines de plantes sauvages et de chairs demi crues d\u2019animaux de toute sorte qu\u2019ils \u00e9chauffent quand ils sont \u00e0 cheval entre leurs cuisses.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"42\" class=\"cit-num\">42<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">AMMIEN<\/span> <span class=\"caps\">MERCELLIN<\/span> (vers 330-vers 400),<em> Res Gestae<\/em> (Histoires)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est le plus grand historien de cette Antiquit\u00e9 tardive, le dernier \u00e0 \u00e9crire en latin et l\u2019un des derniers auteurs pa\u00efens. Le 31e et dernier livre nous conte des \u00e9v\u00e9nements dont il est contemporain\u00a0: la fuite des Goths devant les Huns.<\/p>\n<p>Peuplade turco-mongole, tr\u00e8s provisoirement unifi\u00e9e par Attila en un vaste empire, les Huns massacrent les autres barbares, pillent l\u2019Empire d\u2019Orient, et envahissent la Gaule en 451\u00a0: \u00ab\u00a0L\u00e0 o\u00f9 Attila a pass\u00e9, l\u2019herbe ne repousse plus.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u00e0 o\u00f9 Attila a pass\u00e9, l\u2019herbe ne repousse plus.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"12\" class=\"cit-num\">12<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Adage symbolisant la sauvagerie des Huns. <em>Histoire des Francs<\/em> (premi\u00e8re impression fran\u00e7aise au <span class=\"caps\">XVI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle), Gr\u00e9goire de Tours<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce mot recueilli par Gr\u00e9goire de Tours un si\u00e8cle et demi apr\u00e8s l\u2019invasion des Huns (en 451) montre que la m\u00e9moire \u00e9tait encore vive, en Gaule, de ces barbares et de leur chef, Attila surnomm\u00e9 Fl\u00e9au de Dieu. Beaucoup de chroniqueurs s\u2019inspireront de ses <em>Dix livres d\u2019histoire<\/em> \u2013\u00a0titre originel de sa somme historique\u00a0\u2013, ce qui contribue \u00e0 renforcer le mythe d\u2019Attila.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce fut une lutte atroce, pleine de p\u00e9rip\u00e9ties, furieuse, opini\u00e2tre, telle que l\u2019Antiquit\u00e9 n\u2019en avait jamais vu.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"44\" class=\"cit-num\">44<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">JORDAN\u00c8S<\/span> (<span class=\"caps\">VI<\/span>e si\u00e8cle),<em> Histoire des Goths<\/em> (551)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s avoir pill\u00e9 la Gaule, Attila s\u2019appr\u00eate \u00e0 retourner vers le Rhin.<\/p>\n<p>Aetius, g\u00e9n\u00e9ral romain d\u2019origine barbare, a pris la t\u00eate d\u2019une arm\u00e9e compos\u00e9e de Romains, Wisigoths, Burgondes et Francs \u2013 M\u00e9rov\u00e9e, roi des Francs saliens et grand-p\u00e8re de Clovis, est de cette aventure et donnera bient\u00f4t son nom \u00e0 la premi\u00e8re dynastie des rois francs. La coalition inflige aux Huns d\u2019Attila une sanglante d\u00e9faite aux champs Catalauniques, situ\u00e9s dans la r\u00e9gion de Troyes (juillet 451). La d\u00e9faite laisse quand m\u00eame les Huns assez nombreux et forts pour d\u00e9ferler sur l\u2019Italie du Nord l\u2019ann\u00e9e suivante, n\u2019\u00e9pargnant Rome \u00e0 la demande du pape L\u00e9on Ier que moyennant tribut. Seule la mort subite d\u2019Attila, en 453, met fin \u00e0 cette chevauch\u00e9e sanglante.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Finie la guerre, rendez-nous nos charrues\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"46\" class=\"cit-num\">46<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Guerrier goth \u00e0 Avitus, porteur d\u2019accords de paix, 456. <em>Pan\u00e9gyrique d\u2019Avitus<\/em> (456), Sidoine Apollinaire<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Gallo-romains et peuples barbares aspirent naturellement \u00e0 la paix, suite \u00e0 cette p\u00e9riode des Grandes Invasions du Ve si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Mais apr\u00e8s la chute de l\u2019Empire romain d\u2019Occident (476), de vrais royaumes barbares se constituent en Gaule\u00a0: les Wisigoths au sud, les Burgondes le long de la Sa\u00f4ne et du Rh\u00f4ne, et les Francs, guerriers germaniques install\u00e9s au nord, pr\u00eats \u00e0 conqu\u00e9rir le pays en plein chaos, avec leur chef, Clovis, qui va devenir roi en 481. Les Gaulois prendront alors le nom de Francs.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La mort seule les fait succomber, jamais la crainte. [Les Francs] restent sur place invaincus et leur courage survit, pour ainsi dire, \u00e0 leur dernier souffle.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"49\" class=\"cit-num\">49<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">SIDOINE<\/span> <span class=\"caps\">APOLLINAIRE<\/span> (430-487), <em>Carmina<\/em>, V. <em>Histoire de la chr\u00e9tient\u00e9 d\u2019Orient et d\u2019Occident<\/em> (1995), Jacques Brosse<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les Francs, peuple germanique, ont d\u00e9j\u00e0 fait des incursions en Gaule au <span class=\"caps\">III<\/span>e\u00a0si\u00e8cle, avant de participer aux Grandes Invasions du v\u00e9\u00a0si\u00e8cle. Install\u00e9s au nord, profitant de la d\u00e9sagr\u00e9gation de l\u2019Empire romain d\u2019Occident et du chaos g\u00e9n\u00e9ral en Gaule, ils tirent parti de leurs \u00e9videntes qualit\u00e9s guerri\u00e8res et de l\u2019exceptionnelle valeur de leurs chefs \u2013 surtout Clovis, devenu roi des Francs en 481.<\/p>\n<p>Ils vont finalement imposer leur h\u00e9g\u00e9monie aux autres peuples de la Gaule. Les Gaulois prendront alors le nom de Francs \u2013 ce qui veut dire \u00ab\u00a0errant\u00a0\u00bb (<em>wrang<\/em>) ou \u00ab\u00a0brave\u00a0\u00bb (<em>frak<\/em>) en francique, langue des anciens Francs. Ainsi se pr\u00e9pare lentement la naissance de la France.<\/p>\n<h3><span class=\"caps\">MOYEN<\/span> <span class=\"caps\">\u00c2GE<\/span> (431-1483)<\/h3>\n<h3>1\/ M\u00e9rovingiens et Carolingiens (431-987)<\/h3>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ceux qui prient, ceux qui combattent, ceux qui travaillent.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"52\" class=\"cit-num\">52<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9v\u00eaques <span class=\"caps\">ADALB\u00c9RON<\/span> de Laon (??\u2013v.1030) et <span class=\"caps\">ANSELME<\/span> (1033-1109). <em>Histoire de France<\/em>, tome <span class=\"caps\">II<\/span>, Le Temps des principaut\u00e9s. De l\u2019An mil \u00e0 1515 (1992), Jean Favier (entre autres sources)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette claire d\u00e9finition des trois ordres sociaux repr\u00e9sente le fondement de la soci\u00e9t\u00e9 m\u00e9di\u00e9vale telle que la concevaient les envahisseurs germaniques \u2013 et ils vont l\u2019imposer \u00e0 l\u2019Europe.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Du temps de Charlemagne, on \u00e9tait oblig\u00e9, sous de grandes peines, de se rendre \u00e0 la convocation pour quelque guerre que ce f\u00fbt.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"58\" class=\"cit-num\">58<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MONTESQUIEU<\/span> (1689-1755),<em> L\u2019Esprit des Lois<\/em> (1748)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette remarque se fonde sur une lettre de Charlemagne \u00e0 l\u2019abb\u00e9 de Saint-Quentin\u00a0: \u00ab\u00a0Tu te pr\u00e9senteras [au lieu de rendez-vous] avec eux [ses hommes], pr\u00eat \u00e0 entrer en campagne dans la direction que j\u2019indiquerai avec armes, bagages et tout le fourniment de guerre en vivres et v\u00eatements\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s un si\u00e8cle de d\u00e9cadence dynastique, c\u2019est le \u00ab\u00a0coup de force\u00a0\u00bb de P\u00e9pin le Bref, maire du palais \u00e9lu roi par les Grands du royaume et sacr\u00e9 par les \u00e9v\u00eaques\u00a0; puis le r\u00e8gne de Charles le Grand, devenu l\u2019empereur Charlemagne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dieu de Clotilde, si tu me donnes la victoire, je me ferai chr\u00e9tien.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"74\" class=\"cit-num\">74<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CLOVIS<\/span> (vers 465-511), invoquant le Dieu de sa femme chr\u00e9tienne, bataille de Tolbiac, 496. <em>Histoire des Francs<\/em> (premi\u00e8re impression fran\u00e7aise au <span class=\"caps\">XVI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle), Gr\u00e9goire de Tours<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le mot est peut-\u00eatre l\u00e9gendaire, mais nombre de mots, pr\u00e9sum\u00e9s apocryphes, ont une valeur symbolique et m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre cit\u00e9s.<\/p>\n<p>Clovis s\u2019appr\u00eate \u00e0 repousser les Alamans (futurs Allemands), tribu germanique qui ne cesse de faire des incursions sur la rive gauche du Rhin. L\u2019affrontement des deux arm\u00e9es tourne au massacre, et Clovis redoute la d\u00e9faite. D\u2019o\u00f9 ce mot lanc\u00e9 au Ciel.<\/p>\n<p>Ce premier roi du Moyen \u00c2ge semble avoir avec Dieu les m\u00eames rapports que le dernier, mille ans plus tard\u00a0: Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span>, fort superstitieux et en constant marchandage avec la Vierge ou saint Michel archange.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand tu combats, c\u2019est \u00e0 nous qu\u2019est la victoire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"75\" class=\"cit-num\">75<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">AVIT<\/span> (vers 450-vers 518), \u00e0 Clovis, \u00e0 Tolbiac, 496. <em>Histoire de France<\/em>, tome\u00a0I (1835), Jules Michelet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Par ces paroles, l\u2019\u00e9v\u00eaque de Vienne (futur saint) encourage Clovis, qui a promis de se faire baptiser s\u2019il est vainqueur. En fait, c\u2019est la mort du chef ennemi qui a provoqu\u00e9 la d\u00e9route inesp\u00e9r\u00e9e des Alamans.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cesse de faire p\u00e9rir notre peuple, car nous sommes \u00e0 toi.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"76\" class=\"cit-num\">76<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Les Alamans \u00e0 Clovis, Tolbiac, 496. <em>Histoire des Francs<\/em> (premi\u00e8re impression fran\u00e7aise au <span class=\"caps\">XVI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle), Gr\u00e9goire de Tours<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s la bataille, les vaincus se rendent au vainqueur et demandent gr\u00e2ce.<\/p>\n<p>Cependant que la tr\u00e8s chr\u00e9tienne Clotilde va faire en sorte que son royal \u00e9poux ne puisse plus diff\u00e9rer la c\u00e9r\u00e9monie. Elle convie en secret R\u00e9mi, \u00e9v\u00eaque de la ville de Reims. Qui parle \u00e0 son tour \u00e0 Clovis, lequel s\u2019appr\u00eatera au bapt\u00eame pour le prochain jour de No\u00ebl.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tel au combat sera ce grand Martel<br>Qui, plein de gloire et d\u2019honneur immortel,<br>Perdra du tout par mille beaux troph\u00e9es<br>Des Sarrasins les races \u00e9touff\u00e9es,<br>Et des Fran\u00e7ais le nom victorieux<br>Par sa prouesse enverra jusqu\u2019aux cieux.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"86\" class=\"cit-num\">86<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre de <span class=\"caps\">RONSARD<\/span> (1524-1585),<em> La Franciade<\/em> (1572)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans son \u00e9pop\u00e9e inachev\u00e9e, le plus c\u00e9l\u00e8bre po\u00e8te de la Renaissance pr\u00e9sente ainsi Charles\u00a0Martel, fils de P\u00e9pin de Herstal, maire du palais qui doit son surnom (\u00ab\u00a0Martel\u00a0\u00bb signifiant marteau) \u00e0 l\u2019\u00e9nergie d\u00e9ploy\u00e9e pour imposer sa politique. Il reste dans l\u2019histoire pour avoir arr\u00eat\u00e9 l\u2019avanc\u00e9e imp\u00e9tueuse des Arabes \u00e0 la bataille de Poitiers (732). Ses d\u00e9penses de guerre sont telles que pour y faire face il proc\u00e8de \u00e0 une vraie spoliation des biens de l\u2019\u00c9glise (d\u00e9j\u00e0 riche) \u2013\u00a0mais d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, il soutient la politique d\u2019\u00e9vang\u00e9lisation de Rome.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les soixante ans de guerre, qui remplissent les r\u00e8gnes de P\u00e9pin et de Charlemagne, offrent peu de victoires, mais des ravages r\u00e9guliers, p\u00e9riodiques\u00a0; ils usaient leurs ennemis plut\u00f4t qu\u2019ils ne les domptaient, ils brisaient \u00e0 la longue leur fougue et leur \u00e9lan.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"87\" class=\"cit-num\">87<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de France<\/em>, tome\u00a0I (1835)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est parfaitement r\u00e9sumer la mani\u00e8re dont les deux premiers Carolingiens, P\u00e9pin le Bref, fils de Charles\u00a0Martel, et son fils Charles, futur empereur Charlemagne, vont se tailler l\u2019un des plus grands empires qu\u2019ait connu l\u2019Europe.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand vous verrez la campagne se h\u00e9risser comme d\u2019une moisson de lances, quand les flots assombris du P\u00f4 et du Tessin, ne r\u00e9fl\u00e9chissant plus que le fer des armes, auront jet\u00e9 autour des remparts de nouveaux torrents d\u2019hommes couverts de fer, alors vous reconna\u00eetrez que Charles est proche.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"92\" class=\"cit-num\">92<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duc <span class=\"caps\">OTKZE<\/span> (<span class=\"caps\">VIII<\/span>e si\u00e8cle), \u00e0 Desiderius, roi des Lombards, 773. <em>De gestis Caroli Magni<\/em>, moine de Saint-Gall<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le biographe anonyme de Charlemagne trouve un ton shakespearien pour donner \u00e0 voir la puissance de Charles et de ses troupes, partant \u00e0 la conqu\u00eate de la Lombardie. Le plus illustre des rois carolingiens m\u00e9rite son nom de Charles le Grand, ou Charlemagne, empereur un quart de si\u00e8cle plus tard.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les derniers corps de l\u2019arm\u00e9e royale furent massacr\u00e9s dans ce passage des Pyr\u00e9n\u00e9es. Je n\u2019ai pas \u00e0 rapporter le nom des morts, ils sont assez connus.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"93\" class=\"cit-num\">93<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u2019Astronome du Limousin, biographe anonyme de Louis le D\u00e9bonnaire. <em>Charlemagne<\/em> (1877), Alphonse-Anatole V\u00e9tault, L\u00e9on Gautier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019Astronome narre ici la destruction de l\u2019arri\u00e8re-garde de l\u2019arm\u00e9e de Charlemagne, attaqu\u00e9e dans le d\u00e9fil\u00e9 de Roncevaux par les montagnards vascons (basques), alors que le souverain rentrait d\u2019une campagne contre les Maures en Espagne, le 15\u00a0ao\u00fbt 778.<\/p>\n<p>\u00c9ginhard, biographe de Charlemagne, donne plus de d\u00e9tails, avec quelques noms de chefs francs\u00a0: \u00ab\u00a0L\u00e0 p\u00e9rirent, entre autres, \u00c9ginhard, s\u00e9n\u00e9chal du roi, Anselme, comte du palais, et Rothland [Roland], gouverneur de la marche de Bretagne.\u00a0\u00bb Selon les sources, les Francs se battent ici contre une milice basque et\/ou contre les Sarrasins.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce revers ne put \u00eatre veng\u00e9 sur-le-champ, parce que les ennemis, le coup fait, se dispers\u00e8rent si bien que nul ne put savoir en quel coin du monde il eut fallu les chercher.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"94\" class=\"cit-num\">94<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">\u00c9GINHARD<\/span> (vers 770-840), <em>Vie de Charlemagne<\/em> (\u00e9crite dans les ann\u00e9es 830)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Allusion au massacre de Roncevaux\u00a0: d\u00e9faite transform\u00e9e en haut fait d\u2019armes, par un de ces miracles dont l\u2019histoire litt\u00e9raire ne nous livre pas le secret.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La <em>Chanson de Roland<\/em> [\u2026] est le plus ancien monument de notre nationalit\u00e9 [\u2026] Ce n\u2019est pas seulement la po\u00e9sie fran\u00e7aise qu\u2019on voit na\u00eetre avec ce po\u00e8me. C\u2019est la France elle-m\u00eame.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"95\" class=\"cit-num\">95<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">PETIT<\/span> de <span class=\"caps\">JULLEVILLE<\/span> (1841-1900), l\u2019un des traducteurs de la <em>Chanson de Roland<\/em> (anonyme)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019escarmouche entre les Vascons (Basques) et l\u2019arri\u00e8re-garde de l\u2019arm\u00e9e de Charlemagne va donner naissance, trois si\u00e8cles et demi plus tard, \u00e0 la premi\u00e8re chanson de geste en (vieux) fran\u00e7ais, po\u00e8me \u00e9pique de quelque 4 000 vers, maintes fois traduits, et c\u00e9l\u00e8bre bien au-del\u00e0 de la France.<br>Passage h\u00e9ro\u00efque, celui o\u00f9 le preux Roland refuse de sonner du cor, ce que lui conseille le sage Olivier, pr\u00e9f\u00e9rant se battre et risquer la mort, plut\u00f4t que d\u2019alerter Charlemagne et de trouver le d\u00e9shonneur. \u00ab\u00a0Olivier dit\u00a0: \u00ab\u00a0Les pa\u00efens viennent en force,\u00a0\/ Et nos Fran\u00e7ais, il me semble qu\u2019ils sont bien peu.\u00a0\/ Roland, mon compagnon, sonnez donc votre cor\u00a0:\u00a0\/ Charles l\u2019entendra et l\u2019arm\u00e9e reviendra.\u00a0\u00bb\u00a0\/ Roland r\u00e9pond\u00a0: \u00ab\u00a0Ce serait une folie\u00a0!\u00a0\/ En douce France j\u2019en perdrais ma gloire.\u00a0\/ Aussit\u00f4t, de Durendal, je frapperai de grands coups\u00a0;\u00a0\/ Sa lame en saignera jusqu\u2019\u00e0 la garde d\u2019or.\u00a0\/ Les pa\u00efens f\u00e9lons ont eu tort de venir aux cols\u00a0:\u00a0\/ Je vous le jure, tous sont condamn\u00e9s \u00e0 mort.\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mais Roland va p\u00e9rir avec son compagnon, et toute l\u2019arri\u00e8re-garde des Francs. Charlemagne le vengera en battant les pa\u00efens (Sarrasins) avec l\u2019aide de Dieu\u00a0; et le tra\u00eetre Gamelon, beau-fr\u00e8re de Charlemagne et beau-p\u00e8re de Roland, qui a organis\u00e9 le guet-apens par jalousie, sera jug\u00e9, condamn\u00e9 \u00e0 mort et supplici\u00e9.<\/p>\n<h4>2\/ Cap\u00e9tiens directs (987-1328)<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La France fut faite \u00e0 coups d\u2019\u00e9p\u00e9e. La fleur de lys, symbole d\u2019unit\u00e9 nationale, n\u2019est que l\u2019image d\u2019un javelot \u00e0 trois lances.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"126\" class=\"cit-num\">126<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), <em>La France et son arm\u00e9e<\/em> (1938)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Formule lapidaire, mais v\u00e9rit\u00e9 historique\u00a0: les rois, en particulier les Cap\u00e9tiens, ont d\u00fb combattre d\u2019abord les puissants vassaux, ensuite les nations frontali\u00e8res, pour cr\u00e9er la France.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est interdit d\u2019assaillir son ennemi depuis la neuvi\u00e8me heure du samedi jusqu\u2019\u00e0 la premi\u00e8re heure du lundi.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"136\" class=\"cit-num\">136<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Concile d\u2019Elne (1027). <em>Histoire de France depuis les origines jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9volution<\/em> (1911), Ernest Lavisse, Paul Vidal de La Blache<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il \u00e9tablit la tr\u00eave de Dieu \u00ab\u00a0afin que tout homme puisse rendre ce qu\u2019il doit \u00e0 Dieu pendant la journ\u00e9e dominicale\u00a0\u00bb. Ce concile ne fait que confirmer un ancien \u00e9tat de fait dans le monde chr\u00e9tien. La tr\u00eave est ensuite \u00e9tendue du mercredi soir au lundi matin par l\u2019assembl\u00e9e de Nice en 1041. Puis \u00e0 de nombreuses p\u00e9riodes de f\u00eates religieuses (autour de No\u00ebl, P\u00e2ques, Pentec\u00f4te, f\u00eate de la Vierge et de divers saints) par des conciles ult\u00e9rieurs.<\/p>\n<p>C\u2019est dire si la guerre m\u00e9di\u00e9vale est codifi\u00e9e par la religion \u2013 et en cela moins inhumaine. Cela n\u2019emp\u00eache pas \u00ab\u00a0la folie des Croisades\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tu feras aux Infid\u00e8les une guerre sans tr\u00eave et sans merci.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"129\" class=\"cit-num\">129<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Sixi\u00e8me commandement du parfait chevalier. <em>La Chevalerie<\/em> (1960), L\u00e9on Gautier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le Moyen \u00c2ge, \u00e9poque de foi et temps des cath\u00e9drales, va vivre sous le signe des croisades, appel\u00e9es aussi guerres saintes\u00a0: huit au total, de 1095 \u00e0 1270.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y avait bien longtemps que ces deux c\u0153urs, ces deux moiti\u00e9s de l\u2019humanit\u00e9, l\u2019Europe et l\u2019Asie, la religion chr\u00e9tienne et la musulmane, s\u2019\u00e9taient perdues de vue, lorsqu\u2019elles furent replac\u00e9es en face par la croisade, et qu\u2019elles se regard\u00e8rent. Le premier coup d\u2019\u0153il fut d\u2019horreur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"166\" class=\"cit-num\">166<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874),<em> Histoire de France<\/em>, tome\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1833)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019historien du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle \u00e9voque la premi\u00e8re croisade (1096-1099). L\u2019\u00e9v\u00e9nement \u00e9pique sollicite naturellement le lyrisme et le romantisme d\u2019une \u0153uvre infiniment riche, bas\u00e9e sur une documentation rigoureuse, et relative non seulement aux faits, mais aussi \u00e0 tous les aspects de la vie du pass\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ils deviendront des soldats, ceux qui, jusqu\u2019\u00e0 ce jour, furent des brigands\u00a0; ils combattront l\u00e9gitimement contre les barbares, ceux qui se battaient contre leurs fr\u00e8res et leurs cousins\u00a0; et ils m\u00e9riteront la r\u00e9compense \u00e9ternelle, ceux qui se louaient comme mercenaires pour un peu d\u2019argent.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"167\" class=\"cit-num\">167<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">URBAIN<\/span> <span class=\"caps\">II<\/span> (vers 1042-1099), Concile de Clermont, 1095.<em> Les Croisades<\/em> (1934), Frantz Funck-Brentano<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce pape, par ailleurs grand orateur, commence \u00e0 pr\u00eacher la premi\u00e8re croisade. Il s\u2019agit d\u2019abord de la \u00ab\u00a0d\u00e9livrance des Lieux saints\u00a0\u00bb \u2013\u00a0notamment J\u00e9rusalem et le tombeau du Christ\u00a0\u2013 occup\u00e9s par les musulmans. Le pape encourage cette entreprise militaire, en promettant aux crois\u00e9s le paradis (indulgence pl\u00e9ni\u00e8re).<\/p>\n<p>Guibert de Nogent, dans son <em>Histoire des croisades<\/em>, dit l\u2019effervescence qui suivit\u00a0: \u00ab\u00a0D\u00e8s qu\u2019on eut termin\u00e9 le concile de Clermont, il s\u2019\u00e9leva une grande rumeur dans toutes les provinces de France et aussit\u00f4t que la renomm\u00e9e portait \u00e0 quelqu\u2019un la nouvelle des ordres publi\u00e9s par le pontife, il allait solliciter ses parents et ses voisins de s\u2019engager dans la voie de Dieu.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dieu le veut\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"168\" class=\"cit-num\">168<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cri de guerre et de ralliement des crois\u00e9s, lanc\u00e9 d\u00e8s la premi\u00e8re croisade. <em>Dictionnaire historique, g\u00e9ographique et biographique des croisades<\/em> (1852), \u00c9douard d\u2019Ault-Dumesnil<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Deux exp\u00e9ditions se succ\u00e8dent, de nature bien diff\u00e9rente.<\/p>\n<p>La \u00ab\u00a0croisade populaire\u00a0\u00bb part en 1096, conduite par Pierre L\u2019Hermite et Gautier sans Avoir. Foule de p\u00e8lerins \u00e0 peine arm\u00e9s, indisciplin\u00e9s, bient\u00f4t malades et affam\u00e9s, ils traversent l\u2019Europe en massacrant les juifs et en pillant pour vivre. Ils seront an\u00e9antis en Anatolie.<\/p>\n<p>La croisade des barons part en 1097, forte de 30\u00a0000 hommes et de quatre arm\u00e9es qui convergent sur Constantinople, chacune par son chemin. Ces chefs ont pour nom Godefroy de Bouillon, Baudoin de Flandre, Hugues de Vermandois, fr\u00e8re du roi de France, Robert Courteheuse, duc de Normandie, Raymond de Toulouse et Boh\u00e9mond de Tarente. Une campagne de deux ans les m\u00e8nera \u00e0 la prise d\u2019Antioche, d\u2019\u00c9desse et de J\u00e9rusalem (1099).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La folie des croisades est ce qui a le plus honor\u00e9 la raison humaine.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"170\" class=\"cit-num\">170<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">BLOY<\/span> (1846-1917),<em> La Femme pauvre<\/em> (1897)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Catholique ardent, visionnaire et mystique, il encense les croisades que, de son c\u00f4t\u00e9, Nietzsche qualifie d\u2019\u00ab\u00a0entreprises de haute piraterie\u00a0\u00bb. Ces deux lectures quasiment concomitantes montrent la difficult\u00e9 de donner un sens aux \u00e9v\u00e9nements historiques les mieux document\u00e9s et la n\u00e9cessit\u00e9 de pr\u00e9ciser les sources.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pourquoi, malheureux, massacrez-vous l\u2019arm\u00e9e du Christ, qui est aussi la mienne\u00a0? Je n\u2019ai pourtant aucune querelle avec votre empereur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"171\" class=\"cit-num\">171<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">BOH\u00c9MOND<\/span> Ier (1057-1111), prince normand, janvier\u00a01097.<em> Gesta Francorum, Histoire de la premi\u00e8re croisade<\/em>, anonyme<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Futur prince d\u2019Antioche, participant \u00e0 la premi\u00e8re croisade et l\u2019un de ses chefs, il apostrophe des Turcs au service de l\u2019empereur de Byzance, qui ont attaqu\u00e9 l\u2019arm\u00e9e des crois\u00e9s.<\/p>\n<p>A\u0300 quoi ils r\u00e9pondent\u00a0: \u00ab\u00a0Nous ne pouvons pas agir autrement\u00a0: nous nous sommes loue\u0301s a\u0300 la solde de l\u2019empereur, et tout ce qu\u2019il nous ordonne, il nous faut l\u2019accomplir.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La <em>Gesta Francorum et aliorum Hierosolimitanorum<\/em> (Geste des Francs et des autres peuples lors du p\u00e8lerinage \u00e0 J\u00e9rusalem) ou<em> Histoire anonyme de la premi\u00e8re croisade<\/em> (version fran\u00e7aise) est un r\u00e9cit \u00e9crit entre\u00a01099 et\u00a01101 par un chevalier qui vit l\u2019\u00e9v\u00e9nement au quotidien. C\u2019est l\u2019une des rares sources originales, t\u00e9moignage pris sur le vif, na\u00eff, sinc\u00e8re, \u00e9videmment partial.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Entrons ensemble et pillons la ville\u00a0: que celui qui aura la plus grosse part la garde et que celui qui pourra prendre prenne.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"174\" class=\"cit-num\">174<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">BAUDOIN<\/span> (1058-1118), fr\u00e8re de Godefroy de Bouillon, \u00e0 Tancr\u00e8de, neveu de Boh\u00e9mond, septembre\u00a01097. <em>Gesta Francorum, Histoire de la premi\u00e8re croisade<\/em>, anonyme<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Tancr\u00e8de, parvenu avec les crois\u00e9s en Turquie, assi\u00e8ge Tarse. Les bourgeois de la ville, tous chr\u00e9tiens, lui proposent de lui remettre les cl\u00e9s de leur cit\u00e9. Le comte Baudoin (futur Baudouin Ier, premier roi de J\u00e9rusalem) et son arm\u00e9e arrivent, la garnison turque s\u2019enfuit \u2013 et les bourgeois remettent les cl\u00e9s. Mais les deux chevaliers se disputent\u00a0: Baudoin appelle toujours au pillage, Tancr\u00e8de s\u2019y refuse, et abandonne \u00e0 Baudoin la ville et sa seigneurie. La ville ne sera pas pill\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sache que cette guerre n\u2019est pas charnelle, mais spirituelle. Sois donc le tr\u00e8s courageux athl\u00e8te de Christ\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"175\" class=\"cit-num\">175<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">BOH\u00c9MOND<\/span> Ier (1057-1111), au conn\u00e9table Robert, f\u00e9vrier\u00a01098. <em>Gesta Francorum, Histoire de la premi\u00e8re croisade<\/em>, anonyme<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les crois\u00e9s sont parvenus en vue d\u2019Antioche, mais une arm\u00e9e turque de secours est annonc\u00e9e. Boh\u00e9mond, seigneur franc et l\u2019un des chefs de la premi\u00e8re croisade, vient attendre l\u2019ennemi pr\u00e8s du lac d\u2019Antioche (\u00e0 une trentaine de kilom\u00e8tres de la ville).<\/p>\n<p>Attaqu\u00e9s par des forces sup\u00e9rieures, les crois\u00e9s commencent \u00e0 reculer, quand Boh\u00e9mond adresse ces mots \u00e0 son conn\u00e9table\u00a0: \u00ab\u00a0Va aussi vite que tu peux comme un vaillant homme. Secours avec \u00e9nergie la cause de Dieu et du Saint-S\u00e9pulcre et sache que cette guerre n\u2019est pas charnelle\u2026\u00a0\u00bb Les Turcs, charg\u00e9s par les crois\u00e9s, sont mis en d\u00e9route.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si vous d\u00e9sirez savoir ce qu\u2019on a fait des ennemis trouv\u00e9s \u00e0 J\u00e9rusalem, sachez que dans le portique de Salomon et dans le temple, les n\u00f4tres chevauchaient dans le sang immonde des Sarrasins et que leurs montures en avaient jusqu\u2019aux genoux.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"177\" class=\"cit-num\">177<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Lettre au pape Urbain\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, apr\u00e8s la prise de J\u00e9rusalem, 15\u00a0juillet 1099. Sign\u00e9e par Godefroy de Bouillon (1061-1100), Raymond de Saint-Gilles (1042-1105), comte de Toulouse, et Adh\u00e9mar de Monteil (??-1098), l\u00e9gat du pape. <em>Recueil des cours<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">LX<\/span> (1937), Hague Academy of International Law<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La population de J\u00e9rusalem fut massacr\u00e9e par les crois\u00e9s. Le \u00ab\u00a0temple\u00a0\u00bb (esplanade de l\u2019ancien temple d\u2019H\u00e9rode) et les rues de la ville ruissel\u00e8rent de sang, selon l\u2019auteur de<em> l\u2019Histoire anonyme de la premi\u00e8re croisade.<\/em> Les chroniqueurs chr\u00e9tiens donnent le chiffre de 80\u00a0000 morts musulmans.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tuez-les tous\u00a0! Dieu reconna\u00eetra les siens\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"191\" class=\"cit-num\">191<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Arnaud <span class=\"caps\">AMAURY<\/span> (1135-1225), avant le sac de B\u00e9ziers, 22\u00a0juillet 1209. <em>Dialogi miraculorum<\/em> (posthume), C\u00e9saire d\u2019Heisterbach, savant et religieux allemand du <span class=\"caps\">XIII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Digne des croisades (1095-1291) et des plus sanglantes guerres de Religion \u00e0 venir (1562-1598), l\u2019ordre est attribu\u00e9 \u00e0 Amaury (ou Amalric), abb\u00e9 de C\u00eeteaux et l\u00e9gat du pape, charg\u00e9 de ramener les d\u00e9voy\u00e9s \u00e0 la foi catholique. C\u2019est sans doute une invention de C\u00e9saire d\u2019Heisterbach, moine qui conta la prise miraculeuse de B\u00e9ziers par les crois\u00e9s de Simon de Montfort, dans ses <em>Dialogi miraculorum<\/em>.<\/p>\n<p>Chef spirituel de la croisade contre les Albigeois, et m\u00eame s\u2019il n\u2019a pas donn\u00e9 l\u2019ordre, Amaury \u00e9crit dans une lettre \u00e0 Innocent <span class=\"caps\">III<\/span>\u00a0: \u00ab\u00a0Sans \u00e9gard pour le sexe et pour l\u2019\u00e2ge, vingt mille de ces gens furent pass\u00e9s au fil de l\u2019\u00e9p\u00e9e.\u00a0\u00bb Catholiques et cathares confondus, et Dieu reconna\u00eetra les siens\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il s\u2019agissait moins de piller, moins encore de vaincre, que de d\u00e9truire\u00a0; il s\u2019agissait de renvoyer \u00e0 la pauvret\u00e9, \u00e0 la barbarie et \u00e0 la servitude ces bourgeois insolents qui osaient se croire hommes \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des nobles.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"196\" class=\"cit-num\">196<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Simonde de <span class=\"caps\">SISMONDI<\/span> (1773-1842), <em>Histoire des Fran\u00e7ais<\/em> (1821-1844)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019historien voit dans la d\u00e9vastation de la Flandre en 1213 une tentative d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e, men\u00e9e de concert par la f\u00e9odalit\u00e9, l\u2019\u00c9glise et la royaut\u00e9 fran\u00e7aise pour \u00e9touffer dans l\u2019\u0153uf l\u2019esprit de libert\u00e9 et les promesses de bouleversement r\u00e9volutionnaire \u2013 ce que repr\u00e9sentaient \u00e0 leurs yeux les prosp\u00e8res et turbulentes villes flamandes. On trouve la m\u00eame opinion chez Michelet, dans son<em> Histoire de France.<\/em><\/p>\n<p>Cette d\u00e9vastation est \u00e0 l\u2019origine de la coalition que Philippe Auguste va trouver contre lui \u00e0 Bouvines.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une nation est n\u00e9e. La bataille de Bouvines est le premier \u00e9v\u00e9nement national de notre histoire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"197\" class=\"cit-num\">197<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Achille <span class=\"caps\">LUCHAIRE<\/span> (1846-1908),<em> Philippe Auguste et son temps<\/em> (r\u00e9\u00e9dit\u00e9 en 1980)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Philippe Auguste s\u2019est ali\u00e9n\u00e9 Jean sans Terre, nouveau roi d\u2019Angleterre, en lui confisquant ses fiefs sur le continent. En 1214, Jean sans Terre et Othon de Brunswick, empereur d\u2019Allemagne, forment contre le roi de France une coalition qui r\u00e9unit nombre de grands f\u00e9odaux, tels Renaud, comte de Boulogne et Ferrand de Portugal, comte de Flandre. Philippe, appuy\u00e9 sur les milices communales, va remporter \u00e0 Bouvines une victoire consid\u00e9r\u00e9e par les historiens comme \u00ab\u00a0la d\u00e9faite majeure de la haute f\u00e9odalit\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ma couronne au plus brave\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"198\" class=\"cit-num\">198<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">PHILIPPE<\/span> <span class=\"caps\">II<\/span> Auguste (1165-1223), \u00e0 ses troupes, avant la bataille de Bouvines, 27\u00a0juillet 1214. <em>Chroniques du m\u00e9nestrel de Reims<\/em> (contemporain anonyme et souvent cit\u00e9, \u00e9ditions posthumes \u00e0 partir du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le roi remporta la victoire et conserva la couronne. Il fait mieux encore. \u00c0 partir de cette date, la royaut\u00e9 fran\u00e7aise va d\u00e9velopper sa suzerainet\u00e9 sur les f\u00e9odaux encore si puissants. Et la dynastie cap\u00e9tienne s\u2019en trouve l\u00e9gitim\u00e9e. C\u2019est de cette date que Philippe\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, Roi Tr\u00e8s Chr\u00e9tien, prend aussi le titre d\u2019Auguste.<\/p>\n<p>La victoire met en verve les vainqueurs. \u00ab\u00a0Jamais depuis ne fut personne qui osa faire la guerre au roi Philippe, mais il v\u00e9cut depuis en grande paix et toute la terre fut en grande paix un grand moment.\u00a0\u00bb Chroniqueur anonyme,<em> Le Dimanche de Bouvines, 27\u00a0juillet\u00a01214.<\/em><\/p>\n<p>Philippe Auguste reste dans l\u2019histoire comme un \u00ab\u00a0grand rassembleur de terres\u00a0\u00bb\u00a0: sous son r\u00e8gne de quarante-trois ans et celui, \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, de son fils Louis, ont \u00e9t\u00e9 op\u00e9r\u00e9es des r\u00e9unions durables et importantes au Domaine royal, soit par mariage et h\u00e9ritage (Ami\u00e9nois, Vermandois, Artois, Boulenois), soit par conqu\u00eate (Normandie, Maine, Anjou, Poitou \u2013 l\u2019essentiel des fiefs anglais en France).<\/p>\n<p>La paix revenue avec les \u00e9trangers, la guerre civile continue\u00a0: croisade contre les Albigeois presque ininterrompue de\u00a01209 \u00e0\u00a01244.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Beau sire Dieu, gardez-moi mes gens\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"213\" class=\"cit-num\">213<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">IX<\/span> (1214-1270), 1249. <em>L\u2019\u00c9pop\u00e9e des croisades<\/em> (1936), Ren\u00e9 Grousset<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pri\u00e8re \u00e0 Dieu du futur Saint Louis, alors que les Sarrasins lancent contre son arm\u00e9e des feux gr\u00e9geois \u2013 un m\u00e9lange inflammable, br\u00fblant m\u00eame au contact de l\u2019eau, employ\u00e9 au Moyen \u00c2ge pour la fabrication d\u2019engins incendiaires utilis\u00e9s au cours des si\u00e8ges et des combats navals.<\/p>\n<p>La septi\u00e8me croisade a conduit le roi en \u00c9gypte, ma\u00eetresse des Lieux saints. Il part ensuite en Palestine. Joinville, pr\u00e9cieux chroniqueur du r\u00e8gne, accompagne son roi, admire le guerrier et t\u00e9moigne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Jamais ne vis si beau chevalier sous les armes, car il dominait toute sa suite des \u00e9paules, son heaume dor\u00e9 sur le chef, son \u00e9p\u00e9e en la main.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"150\" class=\"cit-num\">150<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean de <span class=\"caps\">JOINVILLE<\/span> (vers 1224-1317),<em> Le Livre des saintes paroles et des bons faits de notre saint roi Louis<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il admire ici le guerrier \u2013 \u00e0 la bataille de Mansourah, en 1250. Joinville accompagne Louis\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span> en \u00c9gypte, lors de la septi\u00e8me croisade (1248). C\u2019est un aspect mois connu du personnage.<\/p>\n<p>C\u2019est plus tard, \u00e0 la demande de la reine Jeanne (femme de Philippe le Bel) qu\u2019il dictera cette histoire de Saint Louis, achev\u00e9e en 1309. Il sera tr\u00e8s utile, apr\u00e8s la mort du roi, pour l\u2019enqu\u00eate qui va suivre, \u00e0 la demande du pape Boniface\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span>, et aboutira au proc\u00e8s en canonisation.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vive la Commune\u00a0! Mort aux Fran\u00e7ais\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"239\" class=\"cit-num\">239<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cris du peuple de Bruges, 18\u00a0mai 1302. <em>Histoire des Fran\u00e7ais<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">XIX<\/span>, nos\u00a01711 \u00e0 1742 (1836), Simonde de Sismondi<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Massacre des Fran\u00e7ais\u00a0: ce sont les M\u00e2tines de Bruges, rappelant les V\u00eapres siciliennes de 1282. Les \u00ab\u00a0m\u00e9tiers\u00a0\u00bb de Bruges et la plupart des villes flamandes se soul\u00e8veront contre le roi de France, en juin.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Conn\u00e9table, est-ce que vous avez peur de ces lapins, ou bien avez-vous peur de leur poil\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"240\" class=\"cit-num\">240<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Robert d\u2019<span class=\"caps\">ARTOIS<\/span> (1250-1302), \u00e0 Raoul de Nesle, Courtrai, 11\u00a0juillet 1302.<em> Histoire des Fran\u00e7ais<\/em> (1821-1844), Simonde de Sismondi<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Robert d\u2019Artois, cousin du roi, juge inutile la strat\u00e9gie prudente du conn\u00e9table Raoul de Nesle, chef de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise, face aux milices communales des Flamands, apparemment en fuite apr\u00e8s leur r\u00e9volte contre l\u2019occupant. Piqu\u00e9 au vif, le conn\u00e9table d\u00e9cide de charger. Mais cette fuite n\u2019\u00e9tait qu\u2019un pi\u00e8ge\u2026 et les chevaux des cavaliers fran\u00e7ais vont s\u2019embourber et chuter\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u00e0, on put voir toute la noblesse de France g\u00e9sir en de profonds foss\u00e9s, la gueule b\u00e9e et les grands destriers, les pieds amont et les chevaliers dessous.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"241\" class=\"cit-num\">241<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Frantz <span class=\"caps\">FUNCK<\/span>\u2013<span class=\"caps\">BRENTANO<\/span> (1862-1947),<em> Chronique art\u00e9sienne<\/em>, 1295-1304<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans ce d\u00e9sastre de Courtrai p\u00e9riront Robert d\u2019Artois, Raoul de Nesle et Pierre Flotte (le chancelier), avec 6\u00a0000 hommes de pied et chevaliers. La noblesse fran\u00e7aise est d\u00e9cim\u00e9e.<\/p>\n<p>Cette \u00ab\u00a0bataille des \u00c9perons d\u2019or\u00a0\u00bb marque un tournant dans l\u2019histoire militaire\u00a0: pour la premi\u00e8re fois, des fantassins (dits pi\u00e9tons) l\u2019emportent sur les cavaliers. Les pr\u00e9cieux \u00e9perons sont r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s par les Flamands pour orner l\u2019\u00e9glise Notre-Dame de Courtrai. Beaucoup de Belges verront dans cette victoire l\u2019acte de naissance de leur nation.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cette victoire ne saurait \u00eatre attribu\u00e9e \u00e0 aucun homme. Elle est l\u2019\u0153uvre de Dieu.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"244\" class=\"cit-num\">244<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">PHILIPPE<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span> <span class=\"caps\">LE<\/span> <span class=\"caps\">BEL<\/span> (1268-1314), Mons-en-Pev\u00e8le, 10\u00a0ao\u00fbt 1304. <em>La Revue de France<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> (1936), Marcel Pr\u00e9vost, Raymond Recouly<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le roi, \u00e0 la t\u00eate de son arm\u00e9e, a triomph\u00e9 de l\u2019arm\u00e9e flamande compos\u00e9e de 80\u00a0000 hommes, command\u00e9s par Guillaume de Juliers et Jean de Namur. 6\u00a0000 Flamands restent sur le champ de bataille et Guillaume de Juliers est d\u00e9capit\u00e9, sa t\u00eate promen\u00e9e devant la tente de Philippe\u00a0: deux ans apr\u00e8s, c\u2019est la revanche sur le d\u00e9sastre de Courtrai.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0N\u2019aurons-nous donc jamais fait [fini]\u00a0? Je crois qu\u2019il pleut des Flamands\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"245\" class=\"cit-num\">245<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">PHILIPPE<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span> <span class=\"caps\">LE<\/span> <span class=\"caps\">BEL<\/span> (1268-1314), Lille, automne 1304. <em>L\u2019Art de v\u00e9rifier les dates des faits historiques<\/em> (1818), David Bailie Warden<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le roi de France, toujours menant ses troupes, renvers\u00e9 avec son cheval, a pu se d\u00e9gager \u00e0 coups de hache. Il met ensuite le si\u00e8ge devant Lille et pousse cette exclamation, apprenant l\u2019arriv\u00e9e d\u2019une nouvelle arm\u00e9e de 60\u00a0000 Flamands.<\/p>\n<p>Plut\u00f4t que la poursuite de la guerre, il va choisir la diplomatie. Ce sera le trait\u00e9 d\u2019Athis-sur-Orge (23\u00a0juin 1305)\u00a0: les Flamands devront payer une lourde indemnit\u00e9 et d\u00e9molir toutes leurs fortifications. En gage d\u2019ex\u00e9cution de ces clauses, Philippe occupe Lille, Douai et B\u00e9thune. En 1312, les clauses du trait\u00e9 ne sont toujours pas ex\u00e9cut\u00e9es\u00a0: le roi annexe les trois villes \u00e0 titre d\u00e9finitif, en vertu du trait\u00e9 de Pontoise, dit Transport de Flandre. Ainsi, le royaume s\u2019agrandit.<\/p>\n<h4>3\/ Premiers Valois (1328-1483)<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qui m\u2019aime me suive\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"279\" class=\"cit-num\">279<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Philippe\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span> de <span class=\"caps\">VALOIS<\/span> (1294-1350), avant la bataille du mont Cassel, 23\u00a0ao\u00fbt 1328.<em> Les Proverbes\u00a0: histoire anecdotique et morale des proverbes et dictons fran\u00e7ais<\/em> (1860), Jos\u00e9phine Amory de Langerack<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Premi\u00e8re source de cette expression fameuse\u00a0: les <em>Grandes Chroniques de France de l\u2019abbaye de Saint-Denis.<\/em> C\u2019est le \u00ab\u00a0roman des roys\u00a0\u00bb, entrepris \u00e0 la demande de Louis\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span>, pr\u00e9cieux manuscrit enrichi d\u2019enluminures, compilation de documents, qui nous conte l\u2019histoire de la monarchie, des origines jusqu\u2019\u00e0 la fin du <span class=\"caps\">XV<\/span>e\u00a0si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Devenu r\u00e9gent \u00e0 la mort de Charles\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>, Philippe de Valois, neveu de Philippe le Bel, s\u2019est fait couronner roi le 29\u00a0mai 1328, la veuve de Charles\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> ayant mis au monde une fille posthume, \u00e9cart\u00e9e du tr\u00f4ne par la loi salique.<\/p>\n<p>Le roi veut aider Louis\u00a0Ier de Nevers, comte de Flandre, qui fait appel \u00e0 lui pour mater la r\u00e9volte des Flamands sur ses terres. Il prend conseil aupr\u00e8s des barons qui l\u2019ont \u00e9lu le 29\u00a0mai dernier, mais qui protestent, trouvant la saison trop avanc\u00e9e dans l\u2019\u00e9t\u00e9 pour partir en campagne. Mieux vaut attendre. Le conn\u00e9table de France, Gautier de Ch\u00e2tillon, n\u2019est pas de cet avis et le dit bien haut\u00a0: \u00ab\u00a0Qui a bon c\u0153ur trouve toujours bon temps pour la bataille.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00c0 ces mots, le roi embrasse son conn\u00e9table (chef des arm\u00e9es) et lance cet appel\u00a0: \u00ab\u00a0Qui m\u2019aime me suive\u00a0!\u00a0\u00bb Et tous les barons le suivent. L\u2019autorit\u00e9 de ce premier Valois encore contest\u00e9 s\u2019en trouve renforc\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous conquerrons par notre puissance notre h\u00e9ritage de France, et, de ce jour, nous vous d\u00e9fions et vous tenons pour ennemi et adversaire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"281\" class=\"cit-num\">281<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">\u00c9DOUARD<\/span> <span class=\"caps\">III<\/span> d\u2019Angleterre (1327-1377), Lettre \u00e0 Philippe\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span> de Valois, 19\u00a0octobre 1337. <em>Archers et arbal\u00e9triers au temps de la guerre de Cent Ans<\/em> (2006), Jo\u00ebl Meyniel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette \u00ab\u00a0lettre de d\u00e9fi\u00a0\u00bb vaut d\u00e9claration de guerre. Le roi d\u2019Angleterre, petit-fils de Philippe le Bel par sa m\u00e8re, Isabelle de France, revendique son h\u00e9ritage. Philippe de Valois, certes \u00e9lu par les barons fran\u00e7ais, est malgr\u00e9 tout le premier roi \u00e0 n\u2019\u00eatre pas fils de roi, mais seulement neveu du dernier Cap\u00e9tien, d\u00e9daigneusement appel\u00e9 \u00ab\u00a0le roi trouv\u00e9\u00a0\u00bb, par les Flamands r\u00e9volt\u00e9s.<\/p>\n<p>Entre la France et l\u2019Angleterre, c\u2019est la \u00ab\u00a0guerre larv\u00e9e\u00a0\u00bb, avant la guerre ouverte\u00a0: une guerre dynastique de cent ans\u00a0! Fin 1337, premi\u00e8res escarmouches navales et terrestres. Les Anglais veulent s\u2019assurer des alli\u00e9s sur le continent\u00a0: les Flamands, avec qui ils signent un trait\u00e9 de commerce favorable \u00e0 ces n\u00e9gociants toujours en qu\u00eate de d\u00e9bouch\u00e9s pour leurs draps et leurs laines.<\/p>\n<p>En 1340, \u00c9douard\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> se proclame \u00ab\u00a0roi de France et d\u2019Angleterre\u00a0\u00bb et sa flotte bat la flotte fran\u00e7aise \u00e0 l\u2019\u00c9cluse. Apr\u00e8s deux tr\u00eaves sans lendemain, les Anglais d\u00e9barquent dans le Cotentin. Multipliant les raids victorieux, ils remontent la Somme, et arrivent presque aux portes de Paris, \u00e0 Cr\u00e9cy.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si lui mua le sang, car trop les ha\u00efssait.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"282\" class=\"cit-num\">282<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">FROISSART<\/span> (vers 1337-vers 1400), parlant du roi de France face aux Anglais, bataille de Cr\u00e9cy, 26\u00a0ao\u00fbt 1346. <em>Histoire de France depuis les origines jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9volution<\/em> (1911), Ernest Lavisse, Paul Vidal de La Blache<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le chroniqueur conte par le menu les hauts faits de la chevalerie. Cette fois, le d\u00e9sastre va \u00eatre complet, pour les Fran\u00e7ais. \u00c0 la vue des Anglais, Philippe\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span> perd son sang-froid et charge imprudemment. C\u2019est le premier choc frontal de la guerre de Cent Ans.<\/p>\n<p>Et pour la premi\u00e8re fois, l\u2019artillerie appara\u00eet sur un champ de bataille.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ces bombardes menaient si grand bruit qu\u2019il semblait que Dieu tonn\u00e2t, avec grand massacre de gens et renversement de chevaux.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"283\" class=\"cit-num\">283<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">FROISSART<\/span> (vers 1337-vers 1400), <em>Chroniques<\/em>, bataille de Cr\u00e9cy, 26\u00a0ao\u00fbt 1346<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les canons anglais, m\u00eame rudimentaires et tirant au jug\u00e9, impressionnent les troupes fran\u00e7aises, avec leurs boulets de pierre. L\u2019artillerie anglaise, jointe \u00e0 la pi\u00e9taille des archers gallois, d\u00e9cime la cavalerie fran\u00e7aise r\u00e9put\u00e9e la meilleure du monde, mais trop pesamment cuirass\u00e9e pour lutter contre ces armes nouvelles. \u00c0 cela s\u2019ajoutent un manque d\u2019organisation total, l\u2019incoh\u00e9rence dans le commandement, la panique dans les rangs.<\/p>\n<p>C\u2019est la fin de la chevalerie en tant qu\u2019ordre militaire. C\u2019est aussi une r\u00e9volution dans l\u2019art de combattre. Malheureusement, les Fran\u00e7ais n\u2019ont pas compris la le\u00e7on, \u00e0 cette premi\u00e8re d\u00e9faite.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u00e0 p\u00e9rit toute la fleur de la chevalerie de France\u00a0: et le noble royaume de France s\u2019en trouva cruellement affaibli, et tomba en grande mis\u00e8re et tribulation.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"297\" class=\"cit-num\">297<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">FROISSART<\/span> (vers 1337-vers 1400), <em>Chroniques<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le chroniqueur dresse le bilan de la bataille de Poitiers\u00a0: \u00ab\u00a0Avec le roi et son jeune fils Monseigneur Philippe, furent pris dix-sept contes, outre les barons, chevaliers et \u00e9cuyers et six mille hommes de tous rangs.\u00a0\u00bb Chiffres consid\u00e9rables pour l\u2019\u00e9poque et \u00ab\u00a0fortuneuse bataille\u00a0\u00bb pour les Anglais\u00a0: leur Prince Noir a captur\u00e9 le roi de France\u00a0! Il a aussi ordonn\u00e9 le massacre des soldats fran\u00e7ais bless\u00e9s qui ne pouvaient payer ran\u00e7on, chose contraire \u00e0 toutes les r\u00e8gles de la chevalerie \u2013 une l\u00e9gende veut qu\u2019il en ait eu grande honte devant son p\u00e8re, le roi d\u2019Angleterre, et qu\u2019il ait alors mis son armure \u00e0 la couleur du deuil.<\/p>\n<p>Jean <span class=\"caps\">II<\/span> le Bon a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 se rendre plut\u00f4t que fuir, pensant que son sacrifice allait sauver l\u2019honneur perdu de l\u2019arm\u00e9e. En fait, la France va le payer tr\u00e8s cher. Outre la guerre \u00e0 financer, il faut verser la ran\u00e7on du roi prisonnier en Angleterre\u00a0: 4\u00a0millions d\u2019\u00e9cus d\u2019or, somme proportionnelle \u00e0 son prestige. Les imp\u00f4ts s\u2019alourdissent (gabelle et taille). Les paysans pauvres, les Jacques, vont se r\u00e9volter (d\u2019o\u00f9 le mot de \u00ab\u00a0jacquerie\u00a0\u00bb), tandis que les Grandes Compagnies (bandes de mercenaires bien organis\u00e9es) pillent et ran\u00e7onnent les plus riches provinces. Et pour comble, Paris va se soulever contre le pouvoir royal repr\u00e9sent\u00e9 par le dauphin Charles, la guerre civile s\u2019ajoutant alors \u00e0 la guerre \u00e9trang\u00e8re.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0[Ils] pillent, ardent, ran\u00e7onnent, destruent tout le pays, mettent \u00e0 mort et tiennent prisonniers tous les hommes et ravissent et d\u00e9shonorent toutes les femmes qu\u2019ils peuvent trouver.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"303\" class=\"cit-num\">303<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Chroniques du Laonnois. Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>M\u00eames \u00e9v\u00e9nements et t\u00e9moignages comparables, en Normandie, Bourgogne, Languedoc et un peu partout en France. Les mercenaires recrut\u00e9s par les divers bellig\u00e9rants constituent des bandes solidement arm\u00e9es, qui refusent de se dissoudre en cas de tr\u00eave ou de paix et forment les Grandes Compagnies. La plupart sont retranch\u00e9es dans des forteresses qu\u2019elles ont conquises et d\u2019o\u00f9 elles s\u2019\u00e9lancent pour piller et ran\u00e7onner alentour. Ce brigandage d\u2019une cruaut\u00e9 et d\u2019une rapacit\u00e9 sans bornes devient l\u2019un des pires fl\u00e9aux du Moyen \u00c2ge.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La journ\u00e9e est n\u00f4tre, mes amis\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"308\" class=\"cit-num\">308<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Bertrand <span class=\"caps\">DU<\/span> <span class=\"caps\">GUESCLIN<\/span> (1320-1380), Cocherel, 16\u00a0mai 1364.<em> Chronique de Charles le Mauvais<\/em> (1963), Fran\u00e7ois Pi\u00e9tri<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La guerre a repris, apr\u00e8s quatre ans de tr\u00eave, \u00e0 la suite du trait\u00e9 de Br\u00e9tigny (1360) qui a lib\u00e9r\u00e9 le roi Jean <span class=\"caps\">II<\/span> le Bon, mais laiss\u00e9 aux Anglais Calais, le Poitou et le Sud-Ouest \u2013 soit un tiers de la France.<\/p>\n<p>Les Fran\u00e7ais ont d\u00e9sormais dans leur rang un vaillant capitaine\u00a0: Du Guesclin, 45\u00a0ans, l\u2019a\u00een\u00e9 de dix enfants d\u2019une famille bretonne.<\/p>\n<p>Pour f\u00eater l\u2019av\u00e8nement du nouveau roi, il affronte pr\u00e8s d\u2019\u00c9vreux les Anglo-Navarrais, command\u00e9s par Charles le Mauvais. Prenant le\u00e7on des erreurs commises \u00e0 Cr\u00e9cy et Poitiers, Du Guesclin adopte une nouvelle tactique de harc\u00e8lement, contraignant l\u2019ennemi \u00e0 un corps \u00e0 corps o\u00f9 les archers anglais deviennent inutiles.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les archers d\u2019Angleterre, l\u00e9g\u00e8rement arm\u00e9s, frappaient et abattaient les Fran\u00e7ais \u00e0 tas, et semblaient que ce fussent enclumes sur quoi ils frappassent [\u2026] et churent les nobles fran\u00e7ais les uns sur les autres, plusieurs y furent \u00e9touff\u00e9s et les autres morts ou pris.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"323\" class=\"cit-num\">323<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JUV\u00c9NAL<\/span> (ou Jouvenel) des <span class=\"caps\">URSINS<\/span> (1350-1431), <em>Chronique de Charles\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span><\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le roi d\u2019Angleterre Henri\u00a0V d\u00e9barque pr\u00e8s de l\u2019embouchure de la Seine, en ao\u00fbt\u00a01415. Le 25\u00a0octobre, Anglais et Fran\u00e7ais s\u2019affrontent \u00e0 Azincourt.<\/p>\n<p>Les chevaliers fran\u00e7ais, emp\u00eatr\u00e9s dans des armures pesant plus de 20\u00a0kg, sont une fois encore d\u00e9cim\u00e9s par les archers anglais. Comme le d\u00e9clare l\u2019un des t\u00e9moins oculaires de la bataille, Lefebvre de Saint-R\u00e9my\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait pitoyable chose \u00e0 voir, la grande noblesse qui l\u00e0 avait \u00e9t\u00e9 occise, lesquels \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 tout nus comme ceux qui naissent de rien.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La seconde p\u00e9riode de la guerre de Cent Ans d\u00e9bute bien mal\u00a0: 7\u00a0000 Fran\u00e7ais tu\u00e9s, pour la plupart chevaliers, 1\u00a0500 prisonniers, dont le duc Charles d\u2019Orl\u00e9ans qui passera vingt-cinq ann\u00e9es de captivit\u00e9 \u00e0 \u00e9crire des po\u00e8mes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Roi d\u2019Angleterre et vous, duc de Bedford, rendez \u00e0 la Pucelle qui est ici envoy\u00e9e par le roi du Ciel, les clefs de toutes les bonnes villes que vous avez prises et viol\u00e9es en France.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"340\" class=\"cit-num\">340<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">JEANNE<\/span> d\u2019<span class=\"caps\">ARC<\/span> (1412-1431), Lettre au roi d\u2019Angleterre et au duc de Bedford, 22\u00a0mars 1429. <em>Histoire des ducs de Bourgogne et de la maison de Valois<\/em> (1835), baron Fr\u00e9d\u00e9ric Auguste Ferdinand Thomas de Reiffenberg<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Rappelons que le duc de Bedford est r\u00e9gent, le roi d\u2019Angleterre n\u2019ayant que 8\u00a0ans. Par le trait\u00e9 de Troyes, le roi cumule les deux couronnes, de France et d\u2019Angleterre.<\/p>\n<p>La chevauch\u00e9e fantastique de Jeanne et de ses compagnons remonte la Loire pour entrer par le fleuve dans Orl\u00e9ans assi\u00e9g\u00e9e par l\u2019ennemi, le 29\u00a0avril.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous, hommes d\u2019Angleterre, qui n\u2019avez aucun droit en ce royaume, le roi des Cieux vous mande et ordonne par moi, Jehanne la Pucelle, que vous quittiez vos bastilles et retourniez en votre pays, ou sinon, je ferai de vous un tel hahu [dommage] qu\u2019il y en aura \u00e9ternelle m\u00e9moire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"341\" class=\"cit-num\">341<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">JEANNE<\/span> d\u2019<span class=\"caps\">ARC<\/span>\u00a0(1412-1431), Lettre du 5\u00a0mai 1429. <em>Pr\u00e9sence de Jeanne d\u2019Arc<\/em> (1956), Ren\u00e9e Grisell<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le 4\u00a0mai, \u00e0 la t\u00eate de l\u2019arm\u00e9e de secours envoy\u00e9e par le roi et command\u00e9e par le B\u00e2tard d\u2019Orl\u00e9ans (jeune capitaine s\u00e9duit par sa vaillance, et fils naturel de Louis d\u2019Orl\u00e9ans, assassin\u00e9), Jeanne attaque la bastille Saint-Loup, et l\u2019emporte. Le 5\u00a0mai, f\u00eate de l\u2019Ascension, on ne se bat pas, mais elle envoie par fl\u00e8che cette nouvelle lettre.<\/p>\n<p>Le 7\u00a0mai, elle attaque la bastille des Tournelles. Apr\u00e8s une rude journ\u00e9e de combat, Orl\u00e9ans est lib\u00e9r\u00e9e. Le lendemain, les Anglais l\u00e8vent le si\u00e8ge. Et toute l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise, \u00e0 genoux, assiste \u00e0 une messe d\u2019action de gr\u00e2ce.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Entrez hardiment parmi les Anglais\u00a0! Les Anglais ne se d\u00e9fendront pas et seront vaincus et il faudra avoir de bons \u00e9perons pour leur courir apr\u00e8s\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"342\" class=\"cit-num\">342<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">JEANNE<\/span> d\u2019<span class=\"caps\">ARC<\/span>\u00a0(1412-1431), Harangue aux capitaines, Patay, 18\u00a0juin 1429.<em> 500 citations de culture g\u00e9n\u00e9rale<\/em> (2005), Gilbert Guislain, Pascal Le Pautremat, Jean-Marie Le Tallec<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Nouvelle victoire, \u00e0 Patay\u00a0: d\u00e9faite des fameux archers anglais, et revanche de la cavalerie fran\u00e7aise. Ensuite, Auxerre, Troyes, Chalons ouvrent la route de Reims aux Fran\u00e7ais qui ont repris confiance en leurs armes et se r\u00e9approprient leur terre de France.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Paix est tr\u00e9sor qu\u2019on ne peut trop louer.<br>Je hais guerre, point ne doit la priser.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"266\" class=\"cit-num\">266<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles d\u2019<span class=\"caps\">ORL\u00c9ANS<\/span> (1394-1465), <em>Ballade<\/em>, vers 1430.<em> Histoire de la langue fran\u00e7aise jusqu\u2019\u00e0 la fin du <span class=\"caps\">XVI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle<\/em> (1881), Arthur Loiseau<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce prince, petit-fils de Charles\u00a0V et p\u00e8re du futur Louis\u00a0<span class=\"caps\">XII<\/span>, prisonnier \u00e0 Azincourt en 1415, demeura vingt-cinq ans captif en Angleterre, faute de pouvoir payer sa ran\u00e7on\u00a0! \u00ab\u00a0Les chansons les plus fran\u00e7aises que nous ayons furent \u00e9crites par Charles d\u2019Orl\u00e9ans. Notre B\u00e9ranger du <span class=\"caps\">XV<\/span>e\u00a0si\u00e8cle, tenu si longtemps en cage, n\u2019en chanta que mieux\u00a0\u00bb (Jules Michelet, <em>Histoire de France<\/em>).<\/p>\n<p>Ces vers disent un d\u00e9sir de paix qui se retrouve dans les deux camps et dans toutes les classes de la population. Apr\u00e8s la reconqu\u00eate d\u2019une partie de la France anglaise (Nord et Centre), Charles\u00a0<span class=\"caps\">VII<\/span> et le duc de Bourgogne, r\u00e9concili\u00e9s, signent la paix d\u2019Arras (1435). Ce renversement des alliances ram\u00e8ne l\u2019espoir dans le pays. Paris est repris en avril\u00a01436, et le roi y fait une \u00ab\u00a0joyeuse entr\u00e9e\u00a0\u00bb, le 12\u00a0novembre 1437.<\/p>\n<p>Mais la paix d\u2019Arras laisse \u00ab\u00a0sans emploi\u00a0\u00bb les bandes de mercenaires bourguignons. Voici revenu le temps des Grandes Compagnies, des routiers, et des \u00e9corcheurs qui s\u00e8ment le d\u00e9sordre et la terreur. Une \u00e9pid\u00e9mie de peste d\u00e9cime la population, puis c\u2019est la famine. Et la guerre de Cent Ans avec les Anglais n\u2019est pas finie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0R\u00e9jouis-toi, franc royaume de France.<br>\u00c0 pr\u00e9sent, Dieu pour toi combat\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"357\" class=\"cit-num\">357<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles d\u2019<span class=\"caps\">ORL\u00c9ANS<\/span> (1391-1465), bataille de Formigny, 18\u00a0avril 1450.<em> Histoire des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Pierre Gaxotte<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les Anglais ont rompu la tr\u00eave de Tours, ayant pris Foug\u00e8res, et n\u2019ont pas tenu leur parole d\u2019\u00e9vacuer Le\u00a0Mans. Le Conseil royal autorise la guerre \u00e0 outrance. C\u2019est la reconqu\u00eate de la Normandie. La victoire de la nouvelle arm\u00e9e fran\u00e7aise \u00e0 Formigny a un immense retentissement dans le pays\u00a0: 4\u00a0000 tu\u00e9s ou bless\u00e9s, 1\u00a0200 prisonniers anglais, et seulement 12 morts fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>C\u2019est le \u00ab\u00a0d\u00e9but de la fin\u00a0\u00bb de la guerre de Cent Ans, et la chevauch\u00e9e du roi \u00e0 la reconqu\u00eate de son royaume, avec son conn\u00e9table Richemont et Dunois, le B\u00e2tard d\u2019Orl\u00e9ans, d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent lors de l\u2019\u00e9pop\u00e9e de Jeanne d\u2019Arc.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Faites le gast [d\u00e9g\u00e2t] en mani\u00e8re qu\u2019il n\u2019y demeure un seul arbre portant fruit sur bout, ni vigne qui ne soit coup\u00e9e.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"379\" class=\"cit-num\">379<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XI<\/span> (1423-1483), Lettre \u00e0 Ymbert de Batarnay, 10\u00a0mars 1475.<em> Histoire de France depuis les origines jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9volution<\/em> (1911), Ernest Lavisse, Paul Vidal de La Blache<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le roi charge son grand chambellan et tr\u00e8s fid\u00e8le conseiller de reprendre le Roussillon. Province la plupart du temps sous domination fran\u00e7aise de 1462 \u00e0 1492, ses villes connurent un bel essor \u00e9conomique, surtout Perpignan. Jean d\u2019Aragon, comte de Barcelone, l\u2019a laiss\u00e9e en gage \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span> et le Roussillon a \u00e9t\u00e9 uni au Domaine, le 16\u00a0juin 1463, mais il se r\u00e9volte durant l\u2019\u00e9t\u00e9 1472, et Jean d\u2019Aragon en profite pour y r\u00e9tablir son autorit\u00e9.<\/p>\n<p>Perpignan vit un terrible si\u00e8ge de huit mois, d\u2019o\u00f9 son titre de <em>Fidelissima vila<\/em> (Fid\u00e8le Ville) donn\u00e9 par Jean d\u2019Aragon. Une partie de la population \u00e9migra ensuite vers Barcelone, pour \u00e9chapper \u00e0 la r\u00e9pression. La reconqu\u00eate est si dure que la province est nomm\u00e9e \u00ab\u00a0le cimeti\u00e8re aux Fran\u00e7ais\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span> se fait craindre et se soucie peu de se faire aimer. Sa devise refl\u00e8te ce trait de caract\u00e8re\u00a0: \u00ab\u00a0Qui s\u2019y frotte, s\u2019y pique.\u00a0\u00bb Mais l\u2019embl\u00e8me est le chardon, non pas le h\u00e9risson.<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 \u00ab\u00a0La guerre est la continuation de la politique par d\u2019autres moyens.\u00a0\u00bb Carl von CLAUSEWITZ (1780-1831), g\u00e9n\u00e9ral prussien, strat\u00e8ge et th\u00e9oricien, De la Guerre (1832) \u00ab\u00a0Si vis pacem, para bellum\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0Si tu veux la paix, pr\u00e9pare la guerre\u00a0\u00bb. Devise de l&#8217;\u00c9cole de Guerre \u00ab\u00a0Il y a des guerres justes. Il n\u2019y a pas d\u2019arm\u00e9e juste.\u00a0\u00bb [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":193,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-9931","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-edito-de-la-semaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9931","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9931"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9931\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12160,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9931\/revisions\/12160"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9931"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9931"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9931"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}