{"id":9939,"date":"2024-03-25T00:00:00","date_gmt":"2024-03-24T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/lhistoire-en-chantant-de-la-fronde-au-siecle-des-lumieres\/"},"modified":"2025-08-12T08:42:58","modified_gmt":"2025-08-12T06:42:58","slug":"lhistoire-en-chantant-de-la-fronde-au-siecle-des-lumieres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/lhistoire-en-chantant-de-la-fronde-au-siecle-des-lumieres\/","title":{"rendered":"L\u2019Histoire en chantant (de la Fronde au Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>Chaque \u00e9poque donne le ton, d\u2019o\u00f9 l\u2019extr\u00eame diversit\u00e9 de ce r\u00e9sum\u00e9 chantant qui alterne \u00e0 l\u2019infini comique et tragique, populaire et po\u00e9tique, avec une dose de fantaisie propre \u00e0 l\u2019esprit fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Quelques constantes en font l\u2019originalit\u00e9.<\/p>\n<ul>\n<li>\n<p>Le <strong>peuple<\/strong> est le premier acteur de cette histoire, qu\u2019il s\u2019exprime dans le r\u00e9pertoire des traditionnelles chansons populaires ou dans le registre patriotique des chants de guerre. Mais ballades et chansons de geste furent aussi \u00e0 la mode, en leur temps.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>Beaucoup de titres sont <strong>anonymes<\/strong>, \u00e0 commencer par les quelque 6 500 mazarinades chant\u00e9es sous la Fronde\u00a0contre Mazarin qui bat tous les records d\u2019impopularit\u00e9. De mani\u00e8re plus g\u00e9n\u00e9rale, \u00ab\u00a0en France et sous nos rois, la chanson fut longtemps la seule opposition possible\u00a0; on d\u00e9finissait le gouvernement d\u2019alors comme une monarchie absolue temp\u00e9r\u00e9e par des chansons.\u00a0\u00bb (Eug\u00e8ne Scribe). Cet anonymat perdure bien apr\u00e8s la R\u00e9volution, aussi longtemps qu\u2019il y aura censure, au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle et au-del\u00e0. Dernier cas, <em>le D\u00e9serteur<\/em> pendant la guerre d\u2019Indochine (1954), mais\u00a0le texte est sign\u00e9 (Boris Vian et Serge Reggiani).<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>La chanson sous toutes ses formes reste malgr\u00e9 tout un espace de libert\u00e9 d\u2019expression et refl\u00e8te<strong> l\u2019opinion publique<\/strong>, bien avant la grande presse cr\u00e9\u00e9e au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle, les sondages n\u00e9s \u00e0 la veille de la Seconde Guerre mondiale et les r\u00e9seaux sociaux, inventions de notre si\u00e8cle.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>La <strong>R\u00e9volution<\/strong> est toujours la \u00ab\u00a0grande \u00e9poque\u00a0\u00bb de l\u2019Histoire (en chantant, en citations et en g\u00e9n\u00e9ral). Deux \u00ab\u00a0tubes\u00a0\u00bb sont n\u00e9s\u00a0: <em>la Marseillaise<\/em> et le<em> \u00c7a ira<\/em>. Leur petite histoire vous r\u00e9serve des surprises\u2026 Surprise aussi de trouver <em>Il pleut, il pleut berg\u00e8re<\/em>, entre quelques dizaines de titres de circonstance \u00e0 d\u00e9couvrir.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>La <strong>Commune<\/strong> de Paris, autre paroxysme h\u00e9ro\u00efque, nous offre l\u2019Internationale au destin historique mondial\u2026 et <em>le Temps des cerises<\/em> au sens rest\u00e9 myst\u00e9rieux.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>Les <strong>guerres<\/strong> sont toujours tr\u00e8s chant\u00e9es \u00e0 divers titres et sur divers tons. Signalons un doublon \u00ab\u00a0bon enfant\u00a0\u00bb avec la <em>Madelon<\/em>, deux versions, 1914 et 1918, confondues par Clemenceau lui-m\u00eame,\u00a0 charg\u00e9 de d\u00e9corer l\u2019auteur de la seconde\u2026<\/p>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p>L\u2019apparition des chansons et des <strong>chanteurs engag\u00e9s<\/strong> donne un tout autre ton \u00e0 la Quatri\u00e8me et la Cinqui\u00e8me R\u00e9publiques. C\u2019est l\u2019\u00e2ge d\u2019or de la chanson fran\u00e7aise et l\u2019embarras du choix grandit avec quelques \u00ab\u00a0standards\u00a0\u00bb incontournables des<em> protest songs<\/em> venus d\u2019Am\u00e9rique.<\/p>\n<p>L\u00e0 encore, quelques surprises. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 des Ferr\u00e9, Ferrat, Brel, Brassens et autres artistes engag\u00e9s \u00e0 divers propos (peine de mort, racisme, homophobie, \u00e9migration, \u00e9cologie, anarchie, f\u00e9minisme\u2026), on d\u00e9couvre Johnny Halliday avec un titre tout \u00e0 son honneur et \u00e0 celui de son auteur (Philippe Labro).<\/p>\n<p>Plus d\u2019une centaine de vid\u00e9os YouTube servent d\u2019illustration sonore \u00e0 cette <em>Histoire en chantant.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-3-47.jpg\" width=\"165\" height=\"220\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">La Fronde\u00a0: 6 500 mazarinades pour un quinquennat explosif\u00a0!<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un vent de Fronde<br>S\u2019est lev\u00e9 ce matin<br>Je crois qu\u2019il gronde<br>Contre le Mazarin.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"744\" class=\"cit-num\">744<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">SCARRON<\/span> (1610-1660), mazarinade. <em>Po\u00e9sies diverses\u00a0: la mazarinade, Virgile travesti, roman comique<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Tout-puissant ministre, Mazarin sera l\u2019homme d\u2019\u00c9tat le plus durement chansonn\u00e9 de l\u2019histoire de France durant la Fronde et Scarron, le principal auteur osant signer ses mazarinades. Celle-ci, selon d\u2019autres sources, est \u00e9galement attribu\u00e9e \u00e0 Barillon l\u2019a\u00een\u00e9.<\/p>\n<p>Le premier coup de force du Parlement de Paris, exploitant la crise financi\u00e8re et le m\u00e9contentement g\u00e9n\u00e9ral, a mis le feu aux poudres. Car les causes du mouvement sont profondes, \u00e0 la fois politiques, \u00e9conomiques, sociales.<\/p>\n<p>Sous la r\u00e9gence d\u2019Anne d\u2019Autriche et sur fond de guerre \u00e9trang\u00e8re avec l\u2019Espagne, la France fragilis\u00e9e, Paris en t\u00eate, va se d\u00e9cha\u00eener dans un tourbillon r\u00e9volutionnaire o\u00f9 les parlements, le peuple et les Grands se relaient. La cible num\u00e9ro un est le cardinal au pouvoir, l\u2019amant (suppos\u00e9) de la Reine, l\u2019Italien (naturalis\u00e9), le parvenu (enrichi), l\u2019homme \u00e0 abattre\u00a0: Mazarin.<\/p>\n<p>Succ\u00e9dant au cardinal de Richelieu, il est \u00e9galement d\u00e9test\u00e9 en raison de la crise des subsistances et de la lourdeur des imp\u00f4ts n\u00e9cessaires pour financer la guerre. Le peuple taillable et corv\u00e9able \u00e0 merci chante\u00a0: \u00ab\u00a0Pour payer les subsides\u00a0\/ J\u2019ai vendu mon godet\u00a0\/ Ma po\u00eale, ma marmite\u00a0\/ Jusques \u00e0 mon soufflet\u00a0\/ Moi, pour payer les tailles\u00a0\/ J\u2019ai vendu mes moutons\u00a0\/ Je couche sur la paille\u00a0\/ Je n\u2019ai pas le teston [monnaie royale]\u00a0\/ Moi, j\u2019ai chose certaine\u00a0\/ Vendu un gros pourceau\u00a0\/ Mes ch\u00e8vres et mes g\u00e9lines\u00a0\/ Pour payer les imp\u00f4ts.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019ils chantent, pourvu qu\u2019ils paient.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"759\" class=\"cit-num\">759<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MAZARIN<\/span> (1602-1661). Dictionnaire de fran\u00e7ais <em>Larousse<\/em>, au mot \u00ab\u00a0payer\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un imp\u00f4t de plus, des relations suppos\u00e9es avec la reine, une impopularit\u00e9 grandissante, tout est occasion de mazarinade (pamphlet), mais Mazarin se moque de ces chansons et de ceux qui les chantent. Il bravera toutes les formes d\u2019opposition, gardant et renfor\u00e7ant son pouvoir jusqu\u2019\u00e0 sa mort, pr\u00e9parant ainsi le r\u00e8gne de Louis le Grand.<\/p>\n<p>Ce mot, le plus connu de Mazarin, s\u2019inspire sans doute du roi l\u00e9gendaire de Myc\u00e8nes, Atr\u00e9e qui donnera la funeste dynastie des Atrides, au c\u0153ur des trag\u00e9dies grecques. Il r\u00e9gnait par la terreur pour se maintenir au pouvoir et un auteur de trag\u00e9die latine, Accius, fait dire au tyran parlant de ses ennemis\u00a0: \u00ab\u00a0Qu\u2019ils me ha\u00efssent, pourvu qu\u2019ils me craignent.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je voudrais bien \u00e9trangler<br>Notre pute de Reine\u00a0!<br>\u00d4 gu\u00e9, notre pute de Reine.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"761\" class=\"cit-num\">761<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Mazarin, ce bougeron<\/em>, mazarinade. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019attaque directe contre la vie priv\u00e9e est une constante \u00e0 l\u2019\u00e9poque\u00a0: la r\u00e8gle de cet art pamphl\u00e9taire et chansonnier est de ne rien respecter\u00a0et les reines pas plus que les rois n\u2019ont de \u00ab\u00a0vie priv\u00e9e\u00a0\u00bb, au sens moderne du mot. Attaqu\u00e9 aussi, et m\u00eame en premier, le cardinal d\u00e9test\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Mazarin, ce bougeron \/ Dit qu\u2019il n\u2019aime pas les cons \/ C\u2019est un sc\u00e9l\u00e9rat \/ C\u2019est un bougre ingrat\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je plains le sort de la Reine\u00a0;<br>Son rang la contraint en tout\u00a0;<br>La pauvre femme ose \u00e0 peine<br>Remuer quand on la f\u2026\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"762\" class=\"cit-num\">762<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Le Frondeur compatissant<\/em>, mazarinade. <em>Nouveau si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, ou po\u00e9sies-anecdotes du r\u00e8gne et de la cour de ce prince<\/em> (1793), F.\u00a0Buisson<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u00e8s la mort de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> dont les chansons c\u00e9l\u00e9br\u00e8rent les insuffisances conjugales, voil\u00e0 que l\u2019on soup\u00e7onne les relations d\u2019Anne d\u2019Autriche avec \u00ab\u00a0Mazarin ce bougeron\u00a0\u00bb. Michelet rapporte, dans son <em>Histoire de France\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0Mazarin commen\u00e7a d\u00e8s lors l\u2019\u00e9ducation de la reine, enferm\u00e9 toutes les soir\u00e9es avec elle pour lui apprendre les affaires. La cour, la ville ne jasaient d\u2019autre chose.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>On jasa beaucoup, on supposa tout, y compris un mariage secret\u00a0! Anne d\u2019Autriche nia toujours, assurant m\u00eame que Mazarin \u00ab\u00a0n\u2019aimait pas les femmes\u00a0\u00bb, mais elle laissa gouverner le cardinal, mieux qu\u2019elle n\u2019avait jadis laiss\u00e9 r\u00e9gner son royal \u00e9poux.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Adieu, mes draps de satin<br>Adieu ma mollette couche,<br>Car, sans mon Sicilien,<br>Rien au monde ne me touche.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"764\" class=\"cit-num\">764<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Mort d\u2019Anne d\u2019Autriche<\/em>, chanson. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sa r\u00e9putation de \u00ab\u00a0pute de Reine\u00a0\u00bb la suivra jusqu\u2019\u00e0 sa mort, en 1666. Elle s\u2019est retir\u00e9e dans l\u2019abbaye du Val-de-Gr\u00e2ce qu\u2019elle a fait construire \u00e0 Paris, d\u00e8s la mort de Mazarin et la prise du pouvoir par Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> en 1661.<\/p>\n<p>Dans cette chanson en forme de testament bouffon, Anne d\u2019Autriche est cens\u00e9e donner \u00e0 sa belle-fille Marie-Th\u00e9r\u00e8se, autre Espagnole mari\u00e9e \u00e0 un Fran\u00e7ais au nom de la raison d\u2019\u00c9tat, des conseils pour se faire aimer d\u2019un autre homme que le roi, peu assidu aupr\u00e8s d\u2019elle. Tel fut le sort des reines, de n\u2019\u00eatre pas heureuses en amour. Du moins Marie-Th\u00e9r\u00e8se, femme effac\u00e9e, aura-t-elle une r\u00e9putation conjugale au-dessus de tout soup\u00e7on.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Savez-vous bien la diff\u00e9rence<br>Qu\u2019il y a entre son \u00c9minence<br>Et feu Monsieur le Cardinal\u00a0?<br>La r\u00e9ponse en est toute pr\u00eate\u00a0:<br>L\u2019un conduisait son animal,<br>Et l\u2019autre monte sur sa b\u00eate.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"765\" class=\"cit-num\">765<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">C\u00e9sar <span class=\"caps\">BLOT<\/span> (1610-1655), mazarinade. <em>Mazarin<\/em> (1972), Paul Guth<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un des 6\u00a0500 pamphlets contre Mazarin, exceptionnellement sign\u00e9 malgr\u00e9 la censure et les risques encourus.<\/p>\n<p>L\u2019\u00c9minence (Mazarin) a succ\u00e9d\u00e9 en mai\u00a01643 au Cardinal (Richelieu). L\u2019\u00ab\u00a0animal\u00a0\u00bb est Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> et la \u00ab\u00a0b\u00eate\u00a0\u00bb, Anne d\u2019Autriche, par ailleurs qualifi\u00e9e de \u00ab\u00a0pute de reine\u00a0\u00bb. En termes peu galants, cela signifie que la pratique du minist\u00e9riat est reconduite sous la r\u00e9gence, avec l\u2019ancien collaborateur de Richelieu comme principal ministre\u00a0: Mazarin d\u00e9j\u00e0 impopulaire, d\u00e9j\u00e0 menac\u00e9.<\/p>\n<p>La Cabale des Importants, faction regroupant les Grands, victimes de la politique de Richelieu et voulant leur revanche, ourdit un complot (27\u00a0mai 1643). \u00c0 sa t\u00eate, la duchesse de Chevreuse et le duc de Beaufort, petit-fils d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> et de Gabrielle d\u2019Estr\u00e9es\u00a0: proche du peuple, le \u00ab\u00a0roi des Halles\u00a0\u00bb n\u2019a pas la morgue des autres\u00a0 Importants. Ils veulent \u00e9liminer \u00ab\u00a0le Mazarin\u00a0\u00bb, d\u00e9pouiller la Maison de Cond\u00e9 (combl\u00e9e de biens et privil\u00e8ges par Richelieu), signer la paix avec l\u2019Espagne et l\u2019Autriche.<\/p>\n<p>Mazarin apprend la conspiration\u00a0: Beaufort est embastill\u00e9, la duchesse et les autres conjur\u00e9s sont exil\u00e9s. C\u2019est une r\u00e9p\u00e9tition g\u00e9n\u00e9rale de la Fronde o\u00f9 les m\u00eames acteurs se retrouveront. En attendant, Mazarin gouverne. Mais la guerre avec l\u2019Espagne complique les probl\u00e8mes politiques.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Or, sus, bourgeois, ne soyez plus en peine,<br>Cessez vos pleurs, vos cris,<br>Le Roi, Monsieur, et la Reine R\u00e9gente<br>Reviennent \u00e0 Paris,<br>Ha\u00a0! qu\u2019ils ont fait une belle b\u00e9vue\u00a0!<br>Elle est revenue, Dame Anne, elle est revenue.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"782\" class=\"cit-num\">782<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>L\u2019Enl\u00e8vement du Roi<\/em> (1649), chanson.\u00a0 <em>Recueil de plusieurs pi\u00e8ces curieuses contre le cardinal de Mazarin<\/em> (1649)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Rien moins que 28 couplets pour f\u00eater le retour triomphal \u00e0 Paris du petit Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> (11 ans), avec \u00ab\u00a0Monsieur\u00a0\u00bb, son fr\u00e8re Philippe et leur m\u00e8re Anne d\u2019Autriche, le 18\u00a0ao\u00fbt 1649. Mais la Fronde ne fait que commencer.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cond\u00e9, vous voil\u00e0 dans Vincennes,<br>Dieu veuille vous y maintenir.<br>On ne se met pas fort en peine<br>Comment vous en pourrez sortir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"784\" class=\"cit-num\">784<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Cond\u00e9, vous voil\u00e0 dans Vincennes<\/em>, chanson (1650). <em>Nouveau si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span><\/em> (1793), Claude-Sixte Sautreau de Marsy<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le coup de th\u00e9\u00e2tre vient de la reine\u00a0: le 18\u00a0janvier 1650, elle fait arr\u00eater Cond\u00e9, son fr\u00e8re Conti et son beau-fr\u00e8re Longueville. Le peuple chante. Le Parlement, bien que peu favorable aux princes, est quand m\u00eame scandalis\u00e9 par cet acte jug\u00e9 arbitraire. On peut quand m\u00eame dire que c\u2019est \u00ab\u00a0de bonne guerre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La Fronde des princes va durer toute cette ann\u00e9e 1650, fertile en rebondissements. La noblesse cherche \u00e0 soulever la province \u2013 et y r\u00e9ussit en Aquitaine, Normandie, Guyenne, Bourgogne, Limousin, Provence.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qui n\u2019admire l\u2019enfance<br>D\u2019un jeune Roi plus beau que le jour,<br>Soit qu\u2019il chante ou qu\u2019il danse<br>Les dames pour lui br\u00fblent d\u2019amour<br>Et tout bas disent avec rougeur\u00a0:<br>Qu\u2019il est beau, que n\u2019est-il majeur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"786\" class=\"cit-num\">786<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Qui n\u2019admire l\u2019enfance<\/em> (1650), chanson.\u00a0<em> Histoire de France par les chansons <\/em>(1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La Fronde des princes fait rage, mais cela n\u2019emp\u00eache pas le peuple d\u2019adorer le petit Louis. Cette chanson date de ses 12\u00a0ans, on \u00e9pie l\u2019adolescent, on le jauge, on \u00e9value non sans tendresse la pouss\u00e9e de ses jeunes forces.<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> le Grand deviendra l\u2019un des plus brillants danseurs de son si\u00e8cle, s\u2019exhibant volontiers dans des ballets consacrant la gloire du Roi-Soleil, et m\u00eame ses ennemis salueront sa prestance.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Apr\u00e8s ton compte rendu<br>Cher Jules, tu seras pendu<br>Au bout d\u2019une vieille potence,<br>Sans remords et sans repentance.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"787\" class=\"cit-num\">787<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">SCARRON<\/span> (1610-1660), mazarinade. <em>Po\u00e9sies diverses\u00a0: la mazarinade, Virgile travesti, roman comique<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le ministre est aussi accus\u00e9 de \u00ab\u00a0rapine publique, fausse politique et sot gouvernement\u00a0\u00bb. Mais il tient bon.<\/p>\n<p>La Fronde des princes, qui s\u2019essouffle dans ses querelles de personnes, va s\u2019unir fin 1650 \u00e0 un nouvel acc\u00e8s de Fronde parlementaire pour r\u00e9clamer le d\u00e9part du ministre. 7\u00a0f\u00e9vrier 1651, le duc de Beaufort soul\u00e8ve les Halles, bloque la reine au Palais-Royal.<\/p>\n<p>Mazarin juge prudent de s\u2019exiler pour un temps en Allemagne, cependant que de loin, il conseille la reine. \u00c0 Paris, en mars, une assembl\u00e9e de repr\u00e9sentants de la noblesse et du clerg\u00e9 demande la r\u00e9union des \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux, mais Parlement, bourgeois et princes y sont hostiles et l\u2019assembl\u00e9e se disperse. Les frondeurs recommencent \u00e0 se quereller.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Faut sonner le tocsin, din-din<br>Pour pendre Mazarin.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"793\" class=\"cit-num\">793<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>La Chasse donn\u00e9e \u00e0 Mazarin<\/em>, chanson.<em> Bulletin de la Soci\u00e9t\u00e9 de l\u2019histoire de France<\/em> (1835), Renouard \u00e9d<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=GNU4x1MNfgQ\">\u00c9coutez <em>La Chasse donn\u00e9e \u00e0 Mazarin<\/em> sur Youtube.<\/a><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Prendre\u00a0\u00bb est devenu \u00ab\u00a0pendre\u00a0\u00bb\u00a0! Le Parlement de Paris qui l\u2019a banni en janvier\u00a01649 met sa t\u00eate \u00e0 prix en d\u00e9cembre\u00a01651\u00a0: 50\u00a0000 \u00e9cus, payables par la vente de sa biblioth\u00e8que et ses collections (471 tableaux de ma\u00eetre r\u00e9f\u00e9renc\u00e9s \u00e0 sa mort). Mazarin, confondant parfois ses affaires et celles de l\u2019\u00c9tat, a d\u00e9j\u00e0 accumul\u00e9 une immense fortune priv\u00e9e \u2013 sans doute la plus importante de l\u2019Ancien R\u00e9gime, les tableau de ma\u00eetres italiens \u00e9tant litt\u00e9ralement inestimables.<\/p>\n<p>Le cardinal a de nouveau pris la fuite avec la reine et rejoint le jeune roi \u00e0 Poitiers. Le Parlement envoie des \u00e9missaires dans les provinces, tente de les soulever contre Mazarin, mais nul ne bouge.<\/p>\n<p>Turenne, \u00e0 la t\u00eate de l\u2019arm\u00e9e royale, bat Cond\u00e9 qui a recrut\u00e9 de son c\u00f4t\u00e9 une arm\u00e9e espagnole.<\/p>\n<p>Cond\u00e9 se r\u00e9fugie dans Paris (avril\u00a01652), ses partisans y font r\u00e9gner la terreur. La Grande Mademoiselle (fille du Grand Monsieur, Gaston d\u2019Orl\u00e9ans) se lance dans la Fronde \u00e0 c\u0153ur perdu.<\/p>\n<p>Cette folle aventure de cinq ans aurait pu mener la France \u00e0 la R\u00e9volution avec un si\u00e8cle d\u2019avance. Jamais Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> n\u2019oubliera cette \u00e9preuve. Elle explique en partie l\u2019absolutisme de son r\u00e8gne. Mais rien ni personne n\u2019emp\u00eachera jamais le peuple fran\u00e7ais de chanter\u00a0!<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-3-47.jpg\" width=\"165\" height=\"220\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\"><span class=\"caps\">R\u00c8GNE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIV<\/span><\/h4>\n<p style=\"text-align: center\">\u00ab\u00a0Monarchie absolue temp\u00e9r\u00e9e par des chansons\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vive tout ce qui vient d\u2019Espagne<br>Hors la fille de leur Roi\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"803\" class=\"cit-num\">803<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Ils sont gens de parole<\/em>, chanson (1660). <em>L\u2019Av\u00e8nement du Roi-Soleil<\/em> (1967), Pierre Goubert<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La chanson, bien avant les sondages, refl\u00e8te l\u2019opinion publique\u00a0: on aime bien les Espagnols, leurs bons vins et leurs pistoles, mais pas les reines qu\u2019ils donnent \u00e0 la France. La reine m\u00e8re Anne d\u2019Autriche fut souvent impopulaire (sauf au d\u00e9but de la r\u00e9gence) et l\u2019on voit venir avec crainte la nouvelle Espagnole, l\u2019infante Marie-Th\u00e9r\u00e8se, fille de Philippe\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>\u00a0: mariage n\u00e9goci\u00e9, li\u00e9 au trait\u00e9 des Pyr\u00e9n\u00e9es.<\/p>\n<p>La France limite ses exigences territoriales (Artois, Roussillon, quelques places fortes en Flandre et Lorraine) pour mieux r\u00e9ussir l\u2019affaire du mariage\u00a0: l\u2019infante renonce \u00e0 ses droits sur l\u2019Espagne contre une dot exorbitante (500\u00a0000 \u00e9cus d\u2019or). L\u2019Espagne (ruin\u00e9e) ne pourra payer. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> pourra faire valoir ses droits \u2013 c\u2019est dire que la guerre, en germe, est inscrite entre les lignes du trait\u00e9\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En France et sous nos rois, la chanson fut longtemps la seule opposition possible\u00a0; on d\u00e9finissait le gouvernement d\u2019alors comme une monarchie absolue temp\u00e9r\u00e9e par des chansons.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"815\" class=\"cit-num\">815<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Eug\u00e8ne <span class=\"caps\">SCRIBE<\/span> (1791-1861), <em>Discours de r\u00e9ception \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise<\/em> (1834)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le peuple chante pour encenser, mais aussi pour critiquer \u2013 et avec quelle violence, parfois\u00a0! Bien des \u00e9crivains n\u2019osent pas, alors qu\u2019au si\u00e8cle suivant la voix des philosophes s\u2019\u00e9l\u00e8vera pour temp\u00e9rer l\u2019absolutisme royal.<\/p>\n<p>Sous le r\u00e8gne personnel de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, nul ne sera \u00e9pargn\u00e9 par les chansons, pas m\u00eame le roi \u2013 en fin de r\u00e8gne, les attaques seront cruelles. Pour l\u2019heure, le r\u00e8gne est glorieux et les chansons se font l\u2019\u00e9cho des hauts faits princiers.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le grand Cond\u00e9, que le Dieu Mars fit na\u00eetre<br>Pour \u00eatre son second,<br>Aux Francs-Comtois, aujourd\u2019hui fait conna\u00eetre<br>Que son illustre nom,<br>Comme jadis, n\u2019est pas un nom frivole.<br>Il prendrait Fontarabie<br>Comme il a pris D\u00f4le.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"870\" class=\"cit-num\">870<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Sur la prise de la Franche-Comt\u00e9<\/em> (1668), chanson. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cond\u00e9 est avec Turenne un h\u00e9ros de la guerre de D\u00e9volution et tous deux se rach\u00e8tent ainsi de leur \u00ab\u00a0l\u00e9g\u00e8ret\u00e9\u00a0\u00bb sous la Fronde \u2013 ils ont chacun son tour combattu avec l\u2019Espagne contre les troupes royales. Autrement dit, trahi.<\/p>\n<p>Cond\u00e9 conquiert en deux semaines la Franche-Comt\u00e9 (capitale, D\u00f4le), province espagnole convoit\u00e9e par la France depuis Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span>. Mais les Provinces-Unies (nord des Pays-Bas, dont la Hollande) s\u2019inqui\u00e8tent, ayant form\u00e9 d\u00e8s fin janvier\u00a01668 la Triple Alliance de La\u00a0Haye (protestante) avec la Su\u00e8de et l\u2019Angleterre.<\/p>\n<p>Les trois pays proposent une m\u00e9diation entre la France et l\u2019Espagne. En fait, ils l\u2019imposent. La guerre s\u2019arr\u00eate (1668), mais la Franche-Comt\u00e9 est perdue \u2013\u00a0elle sera reconquise en 1674\u00a0\u2013 et Bossuet, dans un sermon, foudroie la \u00ab\u00a0perfide Angleterre\u00a0\u00bb qui deviendra plus tard \u00ab\u00a0perfide Albion\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le lendemain au point du jour,<br>On vit para\u00eetre Luxembourg,<br>Avec toute sa cavalerie<br>Qui marchait par escadrons,<br>Et sa noble infanterie<br>Qui marchait par bataillons.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"878\" class=\"cit-num\">878<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Complainte de Guillaume d\u2019Orange<\/em>, chanson. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fran\u00e7ois Henry de Montmorency-Boutteville, duc de Luxembourg, a suivi Cond\u00e9 depuis la Fronde. Il est encore avec lui et Turenne en juin\u00a01672. Ils envahissent la Hollande et s\u2019avancent jusqu\u2019au c\u0153ur du pays\u00a0: \u00ab\u00a0Grand Dieu\u00a0! Quelle boucherie\u00a0!\u00a0\/ Qui se fit parmi nos gens\u00a0\/ La terre en \u00e9tait couverte\u00a0\/ L\u2019on n\u2019y voyait que du sang.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Des villes capitulent, font des offres de paix. Mais le roi, mal conseill\u00e9 par Louvois, secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat \u00e0 la Guerre qui flatte son d\u00e9sir de gloire, r\u00e9pond par un ultimatum et provoque un sursaut de patriotisme aux Pays-Bas. Les Hollandais rompent les digues, une r\u00e9volution \u00e9clate \u00e0 la\u00a0Haye.<\/p>\n<p>Le stathoud\u00e9rat (haut commandement) est confi\u00e9 au jeune chef du parti populaire, Guillaume d\u2019Orange, le plus grand ennemi des Fran\u00e7ais. Il parvient \u00e0 coaliser les Provinces-Unies, l\u2019Espagne, l\u2019Autriche, le Danemark, le duch\u00e9 de Lorraine, quelques princes allemands. L\u2019Angleterre rejoindra bient\u00f4t ce camp.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Colbert avait un grand-p\u00e8re<br>Qui n\u2019\u00e9tait pas si savant<br>Ni si riche que son p\u00e8re<br>Ni si dur aux pauvres gens.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"881\" class=\"cit-num\">881<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Colbert avait un grand-p\u00e8re<\/em>, chanson anonyme. <em>Fouquet, surintendant g\u00e9n\u00e9ral des finances, d\u2019apr\u00e8s les documents d\u2019archives et les me\u0301moires<\/em> (1908), Albert Savine, Fran\u00e7ois Bournand<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Choisir un bourgeois pour ministre est une initiative royale mal accept\u00e9e des Grands. Mais le peuple lui-m\u00eame se m\u00e9fie\u00a0: la fortune rapide de Colbert devient suspecte. Autre raison de son impopularit\u00e9\u00a0: les imp\u00f4ts accrus ou cr\u00e9\u00e9s, indirects et particuli\u00e8rement injustes, causant des \u00e9meutes fiscales. 1675 sera l\u2019ann\u00e9e de la r\u00e9volte du papier timbr\u00e9 \u2013 notamment en Bretagne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Caron \u00e9tant sur le rivage, <br>Voyant Colbert, dit aussit\u00f4t\u00a0: <br>Ne vient-il pas mettre un imp\u00f4t\u00a0 <br>Sur mon pauvre passage.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>La Mort de Colbert<\/em>, chanson anonyme, fin 1683. \u00ab\u00a0Biographie universelle ou Dictionnaire historique contenant la n\u00e9crologie des hommes c\u00e9l\u00e8bres de tous les pays, etc.\u00a0\u00bb (1833)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Rappelons que dans la mythologie, Caron avec sa barque permet aux \u00e2mes d\u2019acc\u00e9der au royaume des morts, mais il exige un p\u00e9age, pour franchir le fleuve Styx.<\/p>\n<p>Une \u00e9pitaphe \u00e9galement anonyme confirme\u00a0: \u00ab\u00a0Ci-g\u00eet l\u2019auteur de tous imp\u00f4ts \/ Dont \u00e0 pr\u00e9sent la France abonde. \/ Ne priez point pour son repos \/ Puisqu\u2019il l\u2019\u00f4tait \u00e0 tout le monde.\u00a0\u00bb \u00c9pitaphe (anonyme) de Colbert, 1683.<\/p>\n<p>Les ministres des Finances sont souvent impopulaires et Colbert, par sa rigueur, le fut tout particuli\u00e8rement. Les imp\u00f4ts accrus ou cr\u00e9\u00e9s, indirects et particuli\u00e8rement injustes au si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, ont caus\u00e9 des \u00e9meutes fiscales, comme en 1675\u00a0: r\u00e9volte du papier timbr\u00e9, notamment en Bretagne. Autre raison d\u2019impopularit\u00e9\u00a0: la fortune rapide de ce fils de bourgeois anobli, mal vu par les Grands, et suspect au peuple.<\/p>\n<p>Jean-Baptiste Colbert fut pourtant le seul ministre des finances qui, chez nous, ait conserv\u00e9 son emploi jusqu\u2019\u00e0 sa mort, malgr\u00e9 les intrigues du \u00ab\u00a0clan Louvois\u00a0\u00bb qui s\u2019opposait en tout \u00e0 lui. C\u2019est aussi celui qui connut le mieux cette maxime, que les int\u00e9r\u00eats du peuple sont les v\u00e9ritables int\u00e9r\u00eats du souverain. Il la mit en pratique avec une rare pers\u00e9v\u00e9rance et si Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> obtint le titre de Grand, c\u2019est surtout \u00e0 Colbert qu\u2019il en est redevable.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 l\u2019origine de sa fortune (quelque 10 millions de francs \u00e0 sa mort), c\u2019est la r\u00e9tribution de ses 22 ans d\u2019administration, travailleur infatigable \u00e0 la t\u00eate des principaux postes minist\u00e9riels (finances, industrie, commerce, marine, police, justice, administration, travaux publics, postes, agriculture, am\u00e9nagement du territoire, b\u00e2timents, culture\u2026 quasiment tout, sauf la Guerre r\u00e9serve \u00e0 Louvois).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Calvin, outr\u00e9 des arr\u00eats qu\u2019on publie,<br>La larme \u00e0 l\u2019\u0153il, a dit \u00e0 Lucifer\u00a0:<br>\u2014 Ah\u00a0! c\u2019en est fait, ma secte est convertie,<br>Il faut songer \u00e0 r\u00e9tr\u00e9cir l\u2019Enfer.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"901\" class=\"cit-num\">901<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>R\u00e9vocation de l\u2019\u00c9dit de Nantes<\/em> (1685), chanson anonyme.<em> Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, son gouvernement et ses relations diplomatiques avec l\u2019Europe<\/em> (1837), Jean-Baptiste Honor\u00e9, Raymond Capefigue<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Tout est sujet de chanson et de plaisanterie, m\u00eame cette r\u00e9vocation dramatique \u00e0 tout point de vue \u2013 humain, religieux, financier, historique en un mot\u00a0!<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 la propagande officielle, on doute quand m\u00eame de la conversion rapide et d\u00e9finitive de tant de protestants soumis aux dragonnades. D\u2019o\u00f9 la suite de la chanson\u00a0: \u00ab\u00a0Il ne faut pas que cela vous chagrine,\u00a0\/ Dit Lucifer, cet habile d\u00e9mon.\u00a0\/ Le mal n\u2019est pas si grand qu\u2019on l\u2019imagine,\u00a0\/ Car tous ces gens n\u2019ont chang\u00e9 que de nom.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Pour preuve, l\u2019importante \u00e9migration qui suivra l\u2019\u00e9dit de Fontainebleau du 18\u00a0octobre 1685 (enregistr\u00e9 le 22\u00a0octobre), r\u00e9voquant l\u2019\u00e9dit de Nantes pris par Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> en 1598\u00a0: pasteurs bannis, \u00e9coles protestantes ferm\u00e9es, temples d\u00e9truits, enfants des \u00ab\u00a0nouveaux convertis\u00a0\u00bb baptis\u00e9s. L\u2019interdiction de fuir sous peine de gal\u00e8res n\u2019emp\u00eache pas quelque 300\u00a0000 protestants de quitter la France\u00a0: officiers, industriels, commer\u00e7ants, artisans, agriculteurs, toute une \u00e9lite de techniciens et de chefs d\u2019entreprise emportant avec eux leurs capitaux et leur savoir-faire, sont accueillis \u00e0 Gen\u00e8ve, en Hollande, \u00e0 Berlin, autant de \u00ab\u00a0refuges\u00a0\u00bb qui deviennent foyers d\u2019hostilit\u00e9 \u00e0 la France et \u00e0 son roi.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Faire la guerre sans combattre,<br>Piller la veuve et l\u2019orphelin,<br>Sent plus le fils de Mazarin<br>Que le fils d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"908\" class=\"cit-num\">908<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Faire la guerre sans combattre<\/em>\u00a0(1688), chanson anonyme.<em> Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette chanson est pr\u00e9cis\u00e9ment dat\u00e9e. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, \u00e0 l\u2019instigation de Louvois, fait occuper avec une brutalit\u00e9 rest\u00e9e l\u00e9gendaire le Palatinat (rive droite du Rhin)\u00a0: sous pr\u00e9texte d\u2019assurer les droits d\u2019h\u00e9ritage de Madame (sa belle-s\u0153ur, la princesse Palatine) et de confirmer les \u00ab\u00a0r\u00e9unions\u00a0\u00bb (annexions) op\u00e9r\u00e9es par la France.<\/p>\n<p>Le sac du Palatinat est d\u2019une sauvagerie qui fait honte aux officiers qui l\u2019ex\u00e9cut\u00e8rent\u00a0: \u00ab\u00a0Si le roi avait \u00e9t\u00e9 t\u00e9moin de ce spectacle, il aurait lui-m\u00eame \u00e9teint les flammes. Les nations, qui jusque-l\u00e0 n\u2019avaient bl\u00e2m\u00e9 que son ambition en l\u2019admirant, cri\u00e8rent alors contre sa duret\u00e9 et bl\u00e2m\u00e8rent m\u00eame sa politique\u00a0\u00bb (Voltaire).<\/p>\n<p>La guerre est devenue in\u00e9vitable, avec la somme des haines suscit\u00e9es par Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> pour diverses raisons\u00a0: politiques, religieuses, commerciales, coloniales. La ligue d\u2019Augsbourg r\u00e9unit tous les m\u00e9contents\u00a0: Empire, Espagne, Savoie, Su\u00e8de, Provinces-Unies, puis l\u2019Angleterre \u2013 une r\u00e9volution d\u00e9tr\u00f4ne Jacques\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (un Stuart), catholique et francophile, amenant au pouvoir sa fille Marie et son gendre, Guillaume d\u2019Orange (stathouder aux Provinces-Unies), roi d\u2019Angleterre sous le nom de Guillaume\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quelque drapeau, quelque canon<br>Nous attirent des <em>Te Deum<\/em><br>Qu\u2019on couchera dans notre histoire.<br>Mais entre nous je vous le dis\u00a0:<br>On m\u00eale \u00e0 ces chants de victoire<br>Un peu trop de <em>De Profundis<\/em>.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"914\" class=\"cit-num\">914<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Sur la bataille de Steinkerque o\u00f9 il y eut beaucoup de monde tu\u00e9<\/em> (1692), chanson anonyme. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La guerre est souvent glorieuse, mais le peuple commence \u00e0 \u00eatre las de ces victoires acquises au prix de trop de vies humaines \u2013 comme Steinkerque o\u00f9 Luxembourg et Vauban battent Guillaume d\u2019Orange. Luxembourg sera surnomm\u00e9 \u00ab\u00a0le Tapissier de Notre-Dame\u00a0\u00bb, tant sont nombreux les drapeaux qu\u2019il a pris \u00e0 l\u2019ennemi et qu\u2019on y expose.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le bout de Monsieur d\u2019Argenson<br>Se raccourcit avec la lune.<br>Il deviendra colima\u00e7on,<br>Le bout de Monsieur d\u2019Argenson\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"918\" class=\"cit-num\">918<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Le Bout de Monsieur d\u2019Argenson<\/em> (1698), chanson anonyme.\u00a0<em> Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=mWi91mWOb8c\" target=\"_blank\">\u00c9coutez <em>Le Bout de Monsieur d\u2019Argenson<\/em> sur Youtube.<\/a><\/p>\n<p>La France sort ruin\u00e9e de la guerre de la Ligue d\u2019Augsbourg ou guerre de Neuf Ans (1688-1697) qui opposa la France \u00e0 une puissante coalition europ\u00e9enne<\/p>\n<p>\u00c0 Paris, d\u00e9j\u00e0 surnomm\u00e9e \u00ab\u00a0la Ville Lumi\u00e8re\u00a0\u00bb pour son \u00e9clairage au <span class=\"caps\">XVII<\/span>e si\u00e8cle, le nouveau lieutenant g\u00e9n\u00e9ral de police d\u00e9cide de faire des \u00e9conomies\u00a0: les nuits de pleine lune, on ne mettra dans les lanternes publiques que de petits \u00ab\u00a0bouts de chandelles\u00a0\u00bb. D\u2019o\u00f9 les plaisanteries grivoises sur le bout de M.\u00a0d\u2019Argenson\u00a0: \u00ab\u00a0Mais il est plus gros et plus long\u00a0\/ Quand il voit para\u00eetre la brune.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La Chamilly est si touch\u00e9e<br>Des grands plaisirs du Paradis,<br>Qu\u2019apr\u00e8s sa pri\u00e8re achev\u00e9e,<br>Elle a dit \u00e0 son favori\u00a0:<br>Pour mon corps, je vous l\u2019abandonne,<br>Mon \u00e2me \u00e9tant mon seul souci,<br>Et lorsque \u00e0 Dieu son \u00e2me on donne,<br>On peut donner le reste \u00e0 son ami.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"919\" class=\"cit-num\">919<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Sur une dame qui\u00e9tiste<\/em> (1698), chanson anonyme. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u00e9cid\u00e9ment, tout est sujet \u00e0 chansonner\u00a0! Et l\u2019humour est ici fort clairvoyant.<\/p>\n<p>Le qui\u00e9tisme, doctrine mystique du \u00ab\u00a0pur amour\u00a0\u00bb, pr\u00f4ne une contemplation passive, au d\u00e9triment de la pratique religieuse\u00a0: l\u2019\u00e2me impr\u00e9gn\u00e9e de Dieu, en \u00e9tat de \u00ab\u00a0qui\u00e9tude\u00a0\u00bb et d\u2019oraison, ne saurait p\u00e9cher, m\u00eame si le corps semble enfreindre les commandements.<\/p>\n<p>Cette h\u00e9r\u00e9sie venue d\u2019Espagne, r\u00e9pandue en France par Mme\u00a0Guyon, est soutenue par F\u00e9nelon, s\u00e9duit par cet amour d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9 de Dieu. Mme\u00a0de Maintenon s\u2019y met, et tout Saint-Cyr aussi. Mais pas Bossuet, son pire ennemi et le repr\u00e9sentant officiel de l\u2019\u00c9glise de France, fille a\u00een\u00e9e de l\u2019\u00c9glise catholique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si Bossuet touchant le pur amour<br>\u00c0 F\u00e9nelon est si contraire<br>Il parle en \u00e9v\u00eaque de Cour<br>Qui ne conna\u00eet que l\u2019amour mercenaire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"920\" class=\"cit-num\">920<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Bossuet et F\u00e9nelon<\/em> (1698), chanson anonyme. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> charge Bossuet d\u2019enqu\u00eater sur le qui\u00e9tisme d\u00e9cid\u00e9ment trop \u00e0 la mode. Strict l\u00e9galiste, Bossuet craint que cette doctrine ne d\u00e9tourne les croyants de la pratique religieuse et des dogmes, pour aboutir au d\u00e9isme. En vertu de quoi il condamne l\u2019h\u00e9r\u00e9sie dans sa <em>Relation sur le qui\u00e9tisme<\/em> (1698). F\u00e9nelon r\u00e9plique et les deux pr\u00e9lats jadis amis s\u2019opposent publiquement.<\/p>\n<p>Bossuet l\u2019emporte. Le pape condamne F\u00e9nelon dont Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> pr\u00e9cipite la disgr\u00e2ce.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pleurez, pleurez jouvenceaux,<br>Monsieur descend dans la bi\u00e8re\u00a0!<br>\u00c0 ses yeux vous \u00e9tiez beaux,<br>Mais las\u00a0! il perd la lumi\u00e8re.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"925\" class=\"cit-num\">925<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>La Mort de Monsieur<\/em> (1701), chanson anonyme. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Philippe, duc d\u2019Orl\u00e9ans, fr\u00e8re du roi, meurt \u00e0 Saint-Cloud le 8\u00a0juin. Mari de la princesse Palatine et p\u00e8re du futur R\u00e9gent, il fut r\u00e9put\u00e9 pour son homosexualit\u00e9 et son amour des rubans, fards et cornettes. D\u2019o\u00f9 des couplets dont les moins os\u00e9s sont\u00a0: \u00ab\u00a0Le bon prince avait raison\u00a0\/ Quand le beau sexe on cajole\u00a0\/ Une telle liaison\u00a0\/ Est sujette \u00e0 la v\u00e9role\u00a0\/ Mais le cul d\u2019un beau gar\u00e7on\u00a0\/ Dans aucun risque ne jette\u00a0\/ Point de g\u00e9n\u00e9ration\u00a0\/ Dans ce plaisant t\u00eate-\u00e0-t\u00eate.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La chanson ne pouvait pr\u00e9voir le mal de la fin du <span class=\"caps\">XX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle qui touchera d\u2019abord les homosexuels, dans les \u00ab\u00a0ann\u00e9es sida\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ah\u00a0! que votre \u00e2me est abus\u00e9e<br>Dans le choix de tous les guerriers.<br>Faut-il qu\u2019une vieille \u00e9dent\u00e9e<br>Fasse fl\u00e9trir tous vos lauriers\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"929\" class=\"cit-num\">929<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Contre Maintenon<\/em>, chanson anonyme. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9pouse morganatique du roi, son influence sur le roi vieillissant fait jaser.<\/p>\n<p>Le peuple \u00e9puis\u00e9, ruin\u00e9, lass\u00e9 d\u2019une gloire dont il voit les faiblesses, prend cette femme pour bouc \u00e9missaire. Cependant que la guerre de Succession d\u2019Espagne tourne au drame, avec des troupes moins combatives, sous des chefs militaires aussi m\u00e9diocres que La Feuillade, Marcin, Villeroy (ou Villeroi).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ne bl\u00e2mons pas Villeroy,<br>Il fut choisi par le Roy\u00a0;<br>Mais bl\u00e2mons tous ce grand prince<br>Qui sut faire un choix si mince.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"930\" class=\"cit-num\">930<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Sur le mar\u00e9chal de Villeroy<\/em>, chanson anonyme. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019opinion \u00e9volue\u00a0: si tout va mal, le responsable en est le roi. Cette accusation directe est signe de temps nouveaux.<\/p>\n<p>Fran\u00e7ois de Neufville, duc de Villeroy, mar\u00e9chal de France, fils du gouverneur de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, resta toujours son ami. Il remplace le prestigieux mar\u00e9chal de Luxembourg \u00e0 la t\u00eate des arm\u00e9es et ne cesse d\u2019accumuler les d\u00e9faites. Ainsi le 23\u00a0mai 1706 \u00e0 Ramillies, triste \u00e9pisode de la guerre de Succession d\u2019Espagne, marqu\u00e9e par une d\u00e9bandade de l\u2019arm\u00e9e franco-bavaroise en quatre heures, d\u2019o\u00f9 20\u00a0000 morts et la perte de la Belgique.<\/p>\n<p>La chanson passe en revue les autres personnages jug\u00e9s indignes du r\u00e8gne, divers ministres, le boiteux du Maine (fils l\u00e9gitim\u00e9 de Mme\u00a0de Montespan), la Maintenon reine. La France vit plus que jamais en \u00ab\u00a0monarchie absolue temp\u00e9r\u00e9e par des chansons\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Louis, avec sa charmante, <br>Enferm\u00e9 dans Trianon,<br>Sur la mis\u00e8re pr\u00e9sente, <br>Se lamente sur ce ton\u00a0:<br>Et allons, ma tourlourette<br>Et allons, ma tourlouron.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"934\" class=\"cit-num\">934<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Louis avec sa charmante<\/em>, chanson anonyme. <em>Le Nouveau Si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> ou Choix de chansons historiques et satiriques<\/em> (1857), Gustave Brunet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La crise \u00e9conomique et sociale ronge le pays et m\u00eame \u00e0 la cour, les marchands exigent d\u2019\u00eatre pay\u00e9s comptant, pour livrer au roi le linge \u00e0 son usage personnel\u00a0!<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, tr\u00e8s \u00e9prouv\u00e9, trouve un r\u00e9confort moral aupr\u00e8s de Mme\u00a0de Maintenon, mais il est de plus en plus conscient de la gravit\u00e9 de la situation. Il cherche \u00e0 n\u00e9gocier la paix. Malheureusement, la coalition impose des clauses inacceptables (restitution ou d\u00e9militarisation de villes fran\u00e7aises).<\/p>\n<p>Le roi se pose alors en p\u00e8re de son peuple, en appelant pour la premi\u00e8re fois et directement \u00e0 ses sujets, persuad\u00e9 qu\u2019ils s\u2019opposeraient eux-m\u00eames \u00e0 recevoir la paix assortie de conditions contraires \u00e0 la justice et \u00e0 l\u2019honneur du nom fran\u00e7ais. Cet appel \u00e9mouvant et solennel est lu dans toutes les \u00e9glises du royaume, le 12\u00a0juin 1709. L\u2019adh\u00e9sion populaire est \u00e9vidente. Et la guerre continue.<\/p>\n<p>La situation va peu \u00e0 peu se redresser. Villars, mar\u00e9chal de France \u00e0 la t\u00eate de l\u2019arm\u00e9e de Flandre, redonne confiance aux troupes. \u00c0 signaler la bataille de Malplaquet \u2013 \u00e0 divers titres.\u00a0 C\u2019est la plus sanglante bataille du si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>\u00a0: 30\u00a0000 morts. Villars (avec Boufflers) affronte le duc de Marlborough et le prince Eug\u00e8ne de Savoie dans la trou\u00e9e de Malplaquet (pr\u00e8s de Mons, en Belgique). Villars est bless\u00e9, mais les troupes royales, inf\u00e9rieures en nombre, ont inflig\u00e9 de lourdes pertes aux Imp\u00e9riaux.<\/p>\n<p>Malplaquet n\u2019est qu\u2019une semi-d\u00e9faite. Les Fran\u00e7ais peuvent se replier en bon ordre, et les deux camps revendiquent la victoire. \u00ab\u00a0Encore une d\u00e9faite comme \u00e7a, Sire, et nous avons gagn\u00e9 la guerre\u00a0\u00bb, assure Villars.<\/p>\n<p>L\u2019essentiel, c\u2019est que l\u2019invasion par le nord de la France est stopp\u00e9e. Deux si\u00e8cles apr\u00e8s, le mar\u00e9chal Foch comparera cette bataille \u00e0 la premi\u00e8re victoire de la Marne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Malbrough s\u2019en va-t-en guerre <br>Mironton, mironton, mirontaine<br>Malbrough s\u2019en va-t-en guerre <br>Ne sait quand reviendra, Ne sait quand reviendra <br>Il reviendra (z\u203a) \u00e0 P\u00e2ques <br>Mironton, mironton, mirontaine <br>Il reviendra (z\u203a) \u00e0 P\u00e2ques <br>Ou \u00e0 la Trinit\u00e9. Ou \u00e0 la Trinit\u00e9 <br>La Trinit\u00e9 se passe <br>Mironton, mironton, mirontaine<br>La Trinit\u00e9 se passe <br>Malbrough ne revient pas. Malbrough ne revient pas\u2026\u00a0\u00bb<span id=\",\" class=\"cit-num\">,<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Chanson traditionnelle d\u2019origine inconnue<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=DEHJLd8QRz8\" target=\"_blank\">\u00c9coutez <em>Malbrough s\u2019en va-t-en guerre<\/em> sur Youtube<\/a><\/p>\n<p>Cette chanson tr\u00e8s populaire est int\u00e9gr\u00e9e par Beaumarchais dans son <em>Mariage de Figaro<\/em> \u00e0 la veille de la R\u00e9volution, chant\u00e9e par le jeune page Ch\u00e9rubin, amoureux de la Comtesse.<\/p>\n<p>Elle conte avec force d\u00e9tails l\u2019attente de la \u00ab\u00a0dame\u00a0\u00bb esp\u00e9rant le retour de Marlborough (g\u00e9n\u00e9ral anglais) parti se battre \u00e0 Malplaquet, mais en vain\u00a0: \u00ab\u00a0Aux nouvelles que j\u2019apporte \/ Mironton, mironton, mirontaine \/Aux nouvelles que j\u2019apporte \/ Vos beaux yeux vont pleurer. \/ Vos beaux yeux vont pleurer \/ Monsieur Malbrough est mort \/ Mironton, mironton, mirontaine \/ Monsieur Malbrough est mort \/ Est mort et enterr\u00e9. \/ Est mort et enterr\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ce fut la plus sanglante bataille du si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>\u00a0: 30\u00a0000 morts. Villars (avec Boufflers) affronte le duc de Marlborough et le prince Eug\u00e8ne de Savoie, dans la trou\u00e9e de Malplaquet (pr\u00e8s de Mons, en Belgique). Villars est bless\u00e9, mais les troupes royales, inf\u00e9rieures en nombre, ont inflig\u00e9 de lourdes pertes aux Imp\u00e9riaux \u2013 la chanson populaire met Marlborough parmi les morts, il est seulement bless\u00e9 (mort en 1722).<\/p>\n<p>Le\u00a0 mar\u00e9chal de Villars confirme dans une Lettre \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> au soir de Malplaquet, 11\u00a0septembre 1709\u00a0: \u00ab\u00a0Jamais malheur n\u2019a \u00e9t\u00e9 accompagn\u00e9 de plus de gloire.\u00a0\u00bb Malplaquet n\u2019est qu\u2019une semi-d\u00e9faite. Les Fran\u00e7ais peuvent se replier en bon ordre et les deux camps revendiquent la victoire. \u00ab\u00a0Encore une d\u00e9faite comme \u00e7a, Sire, et nous avons gagn\u00e9 la guerre\u00a0\u00bb, assure Villars. L\u2019essentiel, c\u2019est que l\u2019invasion par le nord de la France est stopp\u00e9e. Deux si\u00e8cles apr\u00e8s, le mar\u00e9chal Foch comparera cette bataille \u00e0 la premi\u00e8re victoire de la Marne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Enfin, Louis le Grand est mort\u00a0!<br>La Parque a termin\u00e9 son sort.<br>O reguingu\u00e9, o lon la la,<br>Elle vient de trancher sa vie,<br>Toute l\u2019Europe en est ravie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"948\" class=\"cit-num\">948<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>La Mort de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span><\/em> (1715), chanson. <em>Une histoire de la chanson fran\u00e7aise, des troubadours au rap<\/em> (2004), Jean-Pierre Moulin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>(La Parque, en po\u00e9sie, c\u2019est la destin\u00e9e, la mort. \u00c9tymologiquement, le mot renvoie aux trois d\u00e9esses (Clotho, Lach\u00e9sis, Atropos) qui pr\u00e9sident \u00e0 la destin\u00e9e des hommes en filant, d\u00e9vidant et coupant le fil de la vie).<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> aura fort inqui\u00e9t\u00e9 l\u2019Europe par ses ambitions territoriales et commerciales, ses guerres de conqu\u00eate et sa politique des \u00ab\u00a0r\u00e9unions\u00a0\u00bb. Et la rue qui chante \u00e0 sa mort ne s\u2019embarrasse pas de subtilit\u00e9s rh\u00e9toriques.<\/p>\n<p>Louis le Grand, ador\u00e9 dans sa jeunesse, aim\u00e9 et admir\u00e9 au sommet de sa gloire, finit d\u00e9test\u00e9 du peuple souffrant \u00e0 l\u2019exc\u00e8s de la guerre et de la mis\u00e8re. La seconde moiti\u00e9 du r\u00e8gne jette une ombre tragique sur la premi\u00e8re. Un tel contraste est rare dans l\u2019histoire. On le retrouvera avec Napol\u00e9on, et une chute plus tragique encore au terme des Cent Jours, \u00e0 Waterloo. Mais paradoxalement, cette fin de l\u2019Histoire servira la l\u00e9gende de cet autre grand souverain.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-4-69.jpg\" width=\"165\" height=\"220\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\"><span class=\"caps\">SI\u00c8CLE<\/span> <span class=\"caps\">DES<\/span> <span class=\"caps\">LUMI\u00c8RES<\/span><\/h4>\n<p style=\"text-align: center\">Le r\u00e8gne de l\u2019esprit \u00e0 la fran\u00e7aise, de la rue aux salons.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un homme d\u2019esprit me disait l\u2019autre jour que le gouvernement de la France \u00e9tait une monarchie absolue temp\u00e9r\u00e9e par des chansons.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"993\" class=\"cit-num\">993<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CHAMFORT<\/span> (1740-1794),<em> Pens\u00e9es, maximes et anecdotes<\/em> (posthume, 1803)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, la chanson (le plus souvent anonyme) \u00e9tait l\u2019une des rares formes d\u2019opposition possibles. Au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, elle garde cette fonction, d\u2019autant plus que la censure demeure vigilante \u2013 Voltaire deux fois en prison \u00e0 la Bastille et Diderot au donjon de Vincennes en feront les frais, sans parler des exils r\u00e9p\u00e9t\u00e9s et plus ou moins lointaines de nos philosophes.<\/p>\n<p>Diderot parlant du peuple dans ses <em>Principes de politique des souverains<\/em> \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0Il faut lui permettre la satire et la plainte\u00a0: la haine renferm\u00e9e est plus dangereuse que la haine ouverte.\u00a0\u00bb Avec la masse des pamphlets et libelles pol\u00e9miques et parfois orduriers dont l\u2019\u00e9poque se fit l\u2019\u00e9cho, on a pu parler de ces \u00ab\u00a0basses Lumi\u00e8res\u00a0\u00bb qui sapent les bases du r\u00e9gime presque aussi s\u00fbrement que les pens\u00e9es philosophiques.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voici le temps de l\u2019aimable R\u00e9gence,<br>Temps fortun\u00e9 marqu\u00e9 par la licence.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1069\" class=\"cit-num\">1069<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>La Pucelle<\/em>, chant\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> (posthume, 1859)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le jeune libertin n\u00e9glige ses \u00e9tudes de droit et se fait une r\u00e9putation de bel esprit dans les salons, au grand dam de son p\u00e8re Fran\u00e7ois Arouet, avocat au Parlement, notaire \u2013 d\u2019o\u00f9 le recours au pseudonyme de Voltaire. Il salue le nouveau r\u00e9gime, en d\u00e9casyllabes all\u00e8gres\u00a0: \u00ab\u00a0Le bon R\u00e9gent, de son Palais-Royal\u00a0\/ Des volupt\u00e9s donne \u00e0 tous le signal\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019arriv\u00e9e de Philippe d\u2019Orl\u00e9ans au pouvoir lib\u00e8re d\u2019un coup les m\u0153urs d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 lasse du rigorisme impos\u00e9 par Mme\u00a0de Maintenon \u00e0 la cour, laquelle donnait le ton au pays.<\/p>\n<p>Cependant, la f\u00eate concerne les classes privil\u00e9gi\u00e9es, plus que le peuple. Et la licence a des limites. Voltaire l\u2019apprendra \u00e0 ses d\u00e9pens, deux ans apr\u00e8s, mis au cachot pour exc\u00e8s d\u2019insolence (et d\u2019humour).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Lundi, je pris des actions,<br>Mardi, je gagnai des millions,<br>Mercredi, je pris \u00e9quipage,<br>Jeudi, j\u2019agrandis mon m\u00e9nage,<br>Vendredi, je m\u2019en fus au bal,<br>Et samedi, \u00e0 l\u2019h\u00f4pital.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1083\" class=\"cit-num\">1083<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Lundi je pris des actions<\/em> (1720), chanson de rue. <em>Histoire du vaudeville<\/em> (1899), <span class=\"caps\">M.E.<\/span> Prioleau<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019\u00e9difice fragile du fameux Syst\u00e8me de Law (\u00e9conomiste et banquier \u00e9cossais) s\u2019effondre en 1720, au terme d\u2019un emballement affol\u00e9\u00a0: chute des dividendes, perte de confiance des porteurs, sp\u00e9culation \u00e0 la baisse de banquiers rivaux (les fr\u00e8res P\u00e2ris), trop forte \u00e9mission de billets que la banque ne peut rembourser \u00e0 vue, panique boursi\u00e8re. Et les compagnies cr\u00e9\u00e9es dans les colonies n\u2019ont pas eu le temps de rapporter les richesses esp\u00e9r\u00e9es.<\/p>\n<p>La bourse de la rue Quincampoix est ferm\u00e9e en mars, la d\u00e9b\u00e2cle financi\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale provoque des \u00e9meutes en juillet. Le 21, une semi-banqueroute est prononc\u00e9e, un arr\u00eat du 10\u00a0octobre retire tout usage mon\u00e9taire aux billets de banque de Law (il y en avait pour plus de 10\u00a0milliards de livres). John Law, devenu entre-temps contr\u00f4leur g\u00e9n\u00e9ral des Finances, prend la fuite et mourra ruin\u00e9 aux Pays-Bas.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dubois, gard\u00e9 par Cerb\u00e8re,<br>Dit en voyant le R\u00e9gent\u00a0:<br>\u2014 Monsieur, que venez-vous faire\u00a0?<br>Ce pays est sans argent.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1092\" class=\"cit-num\">1092<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Sur la mort du R\u00e9gent<\/em> (1723), chanson.\u00a0<em>Chansonnier historique du <span class=\"caps\">XXVIII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle<\/em> (1879), \u00c9mile Rauni\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dubois le principal ministre meurt le 10\u00a0ao\u00fbt 1723, le R\u00e9gent le suit de peu, le 10\u00a0d\u00e9cembre.<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> a 13\u00a0ans et Louis-Henri de Cond\u00e9, duc de Bourbon, b\u00eate, borgne, tr\u00e8s laid mais tr\u00e8s riche, va \u00eatre Premier ministre pendant trois ans. Le temps de se rendre impopulaire au petit peuple comme aux Grands, aux commer\u00e7ants comme aux ouvriers et aux paysans. Et d\u2019arranger le mariage du roi.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0O\u00f9 trouver une fille charmante<br>Pour donner au roi Louis\u00a0?<br>O\u00f9 trouver une ligue puissante<br>Contre tous ses ennemis\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1093\" class=\"cit-num\">1093<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>O\u00f9 trouver une fille charmante\u00a0?<\/em> (1725), chanson. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le peuple qui adore son petit roi chante, tandis que la cour cherche\u2026 l\u2019alliance la plus profitable.<\/p>\n<p>C\u2019est tout un feuilleton. Trois ans pour aligner rien moins que 17 princesses\u00a0! Encore furent-elles choisies parmi 99 possibilit\u00e9s. On \u00e9vitera (dit la chanson) \u00ab\u00a0la Salp\u00eatri\u00e8re\u00a0\u00bb \u2013 la fille du roi du Portugal, \u00ab\u00a0d\u2019une famille dont l\u2019esprit est d\u00e9rang\u00e9\u00a0\u00bb selon le rapport. On renverra sa cousine germaine, l\u2019infante d\u2019Espagne, vraiment trop jeune \u2013 fianc\u00e9e \u00e0 3\u00a0ans, elle en a 7, Louis est de sant\u00e9 fragile, sa mort sans descendance donnerait la couronne au duc d\u2019Orl\u00e9ans, fils du R\u00e9gent, ennemi des Cond\u00e9, mais l\u2019affront fait \u00e0 l\u2019Espagne est pr\u00e8s de provoquer une guerre.<\/p>\n<p>Et on la trouvera (dit toujours la chanson) \u00ab\u00a0dans une chaumi\u00e8re\u00a0\u00bb\u00a0: autrement dit, on se rabat sur la plus pauvre, fille d\u2019un roi (de Pologne) sans royaume, Marie Leczinska. Au grand dam des autres cours d\u2019Europe.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Notre monarque, enfin,<br>Se distingue \u00e0 Cyth\u00e8re.<br>De son galant destin<br>On ne fait plus myst\u00e8re.<br>Mailly, dont on babille,<br>La premi\u00e8re \u00e9prouva<br>La royale b\u00e9quille<br>Du p\u00e8re Barnabas.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1107\" class=\"cit-num\">1107<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Notre monarque enfin<\/em>, chanson.<em> Journal historique et anecdotique du r\u00e8gne de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span><\/em> (posthume, 1866), Edmond Jean-Fran\u00e7ois\u00a0Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les amours royales sont un sujet de choix plus qu\u2019en tout autre \u00e9poque et la \u00ab\u00a0presse people\u00a0\u00bb du si\u00e8cle, c\u2019est naturellement la chanson.<\/p>\n<p>Le peuple respire\u00a0: son roi n\u2019est plus sans divertissement. La liaison date de cinq ans quand elle devient publique, vers 1740. Les quatre s\u0153urs de Nesle seront successivement ses ma\u00eetresses, avant l\u2019arriv\u00e9e de la Pompadour. Le Bien-Aim\u00e9 est l\u2019un des rois les plus riches en favorites dont l\u2019influence politique, non n\u00e9gligeable, ne sera sans doute pas aussi excessive qu\u2019on l\u2019a dit.<\/p>\n<p>Humili\u00e9e par les nouvelles ma\u00eetresses en titre, la reine se console avec Dieu\u2026 et la gourmandise\u00a0: on lui doit l\u2019invention des bouch\u00e9es \u00e0 la reine. On lui doit aussi la Lorraine. Au terme de la guerre de Succession de Pologne (1733-1738) et du trait\u00e9 de Vienne, son p\u00e8re Stanislas Leczinski n\u2019obtient pas la Pologne, mais la Lorraine en viager\u00a0: la province deviendra donc fran\u00e7aise \u00e0 sa mort. Cette bonne affaire, due \u00e0 l\u2019habilet\u00e9 du cardinal de Fleury, reste l\u2019un des meilleurs acquis du r\u00e8gne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 mon mari je suis fid\u00e8le,<br>Mais je tremble pour mon honneur,<br>J\u2019ai jour et nuit dans la cervelle<br>Les trois queues de l\u2019ambassadeur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1108\" class=\"cit-num\">1108<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>\u00c0 mon mari je suis fid\u00e8le,<\/em> chanson anonyme.<em> Journal historique et anecdotique du r\u00e8gne de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span><\/em> (posthume, 1866), Edmond Jean-Fran\u00e7ois\u00a0Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La visite du nouvel ambassadeur turc Za\u00efd Effendi met le tout-Paris de l\u2019\u00e9poque en \u00e9moi\u00a0: son costume \u00e0 trois queues \u00e9moustille la gaillardise bien fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>Plus s\u00e9rieusement, le sultan renouvelle en 1740 (et \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9) le r\u00e9gime des Capitulations \u00e0 la France, dite \u00ab\u00a0protectrice des Lieux saints\u00a0\u00bb. Soliman <span class=\"caps\">II<\/span> le Magnifique a \u00e9t\u00e9 le premier sultan \u00e0 octroyer en 1535 \u00e0 des Europ\u00e9ens \u2013 Fran\u00e7ais en l\u2019occurrence \u2013 des conditions extr\u00eamement favorables d\u2019\u00e9tablissement et de commerce dans l\u2019Empire ottoman.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0M.\u00a0le cardinal de Fleury mourut enfin hier \u00e0 midi. On n\u2019avait jamais vu d\u2019agonie si comique, par toutes les chansons, \u00e9pigrammes et d\u00e9monstrations.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1111\" class=\"cit-num\">1111<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marquis d\u2019<span class=\"caps\">ARGENSON<\/span> (1694-1757), 30\u00a0janvier 1743. <em>Journal et M\u00e9moires du marquis d\u2019Argenson<\/em> (posthume, 1859)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le vieux cardinal, mort \u00e0 90\u00a0ans, ne fut jamais populaire. Sa politique prudente passait pour sans grandeur et la guerre voulue par le pays fut d\u00e9clar\u00e9e contre son avis. Mais le roi rend hommage \u00e0 son pr\u00e9cepteur\u00a0: il lui a laiss\u00e9 tout pouvoir depuis 1726 et lui est rest\u00e9 tendrement attach\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Ayant eu le malheur de perdre mes p\u00e8re et m\u00e8re avant que j\u2019eusse connaissance, je l\u2019ai toujours regard\u00e9 comme tel, ce qui rend sa perte plus douloureuse\u00a0\u00bb (Lettre \u00e0 Philippe\u00a0V d\u2019Espagne).<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> va d\u00e9sormais gouverner seul. Il n\u2019est malheureusement pas pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 cette t\u00e2che et son indolence naturelle est un autre handicap.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous \u00e9tions vingt ou trente <br>Brigands dans une bande,<br>Tous habill\u00e9s de blanc, <br>\u00c0 la mode des\u2026 <br>Vous m\u2019entendez\u00a0?<br>Tous habill\u00e9s de blanc <br>\u00c0 la mode des marchands.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1137\" class=\"cit-num\">1137<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>La Complainte de Mandrin<\/em> (1755), chanson<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=JCwsASjtryw\" target=\"_blank\">\u00c9coutez <em>La Complainte de Mandrin<\/em> sur Youtube.<\/a><\/p>\n<p>L\u2019auteur est anonyme, mais le texte semble bien dat\u00e9 de l\u2019ann\u00e9e de sa mort.<\/p>\n<p><em>La complainte de Mandrin<\/em> est une chanson populaire issue d\u2019un op\u00e9ra de Favart, d\u2019ailleurs emprunt\u00e9 \u00e0 Rameau (ce genre d\u2019inspirations \u00e0 tiroir \u00e9tait d\u2019autant plus fr\u00e9quente que la notion de \u00ab\u00a0droit d\u2019auteur\u00a0\u00bb n\u2019existe pas encore.) L\u2019auteur des paroles de la chanson compos\u00e9e en 1733 est rest\u00e9 anonyme. A la mort de Mandrin, cette chanson s\u2019est r\u00e9pandue, notamment par le biais des colporteurs.<\/p>\n<p>Tout est fait pour rendre le bandit sympathique, humain, proche du peuple. \u00ab\u00a0Il y a trois mois, ce n\u2019\u00e9tait qu\u2019un voleur\u00a0; c\u2019est \u00e0 pr\u00e9sent un conqu\u00e9rant.\u00a0\u00bb \u00e9crit Voltaire \u00e0 la duchesse de Saxe-Gotha, 14\u00a0janvier 1755. La chanson reste son meilleur plaidoyer\u00a0: \u00ab\u00a0La premi\u00e8re volerie\u00a0\/ Que je fis dans ma vie\u00a0\/ C\u2019est d\u2019avoir goupill\u00e9,\u00a0\/ La bourse d\u2019un\u2026\u00a0\/ Vous m\u2019entendez\u00a0?\u00a0\/ C\u2019est d\u2019avoir goupill\u00e9\u00a0\/ La bourse d\u2019un cur\u00e9\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Un couplet le fait mourir pendu, sur la place du march\u00e9. Petite erreur historique. Mais le personnage de Mandrin entre v\u00e9ritablement dans la l\u00e9gende et y demeure, avec la complicit\u00e9 de chanteurs populaires\u2026 comme Yves Montand, dans les ann\u00e9es 1950\u00a0: \u00ab\u00a0Compagnons de mis\u00e8re,\u00a0\/ Allez dire \u00e0 ma m\u00e8re,\u00a0\/ Qu\u2019elle ne me reverra plus,\u00a0\/ J\u2019suis un enfant, vous m\u2019entendez\u2026\u00a0\/ Qu\u2019elle ne me reverra plus,\u00a0\/ J\u2019suis un enfant perdu.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les braves insulaires<br>Qui font, qui font sur mer<br>Les corsaires<br>Ailleurs ne tiennent gu\u00e8re.<br>Le Port-Mahon est pris, il est pris, il est pris<br>Ils en sont tout surpris,<br>Ces forbans d\u2019Angleterre<br>Ces fou, fou, ces foudres de guerre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1142\" class=\"cit-num\">1142<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles <span class=\"caps\">COLL\u00c9<\/span> (1709-1783),<em> La Prise de Port-Mahon<\/em> (1756), chanson<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parolier d\u2019\u0153uvres politiques ou plut\u00f4t lestes, il donne ici sa meilleure chanson patriotique \u2013 et gagne une pension de 600\u00a0livres. La chanson rel\u00e8ve ainsi du m\u00e9c\u00e9nat \u2013 comme sous la Renaissance.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s une \u00ab\u00a0guerre froide\u00a0\u00bb n\u00e9e de la rivalit\u00e9 coloniale entre la France et l\u2019Angleterre, cette derni\u00e8re ouvre les hostilit\u00e9s en 1755, se saisissant de 300 navires de commerce fran\u00e7ais. Pr\u00e9lude \u00e0 la fameuse guerre de Sept Ans (1756-1763), conflit europ\u00e9en majeur, qui va bouleverser pour un si\u00e8cle l\u2019\u00e9quilibre des forces au b\u00e9n\u00e9fice de l\u2019Angleterre et de la Prusse, la France perdant son premier empire colonial.<\/p>\n<p>Pour l\u2019heure, le pays c\u00e9l\u00e8bre en chanson la prise de Port-Mahon par l\u2019arm\u00e9e du tr\u00e8s populaire duc de Richelieu, en m\u00eame temps que la flotte fran\u00e7aise, command\u00e9e par l\u2019amiral de La Galissonni\u00e8re, seul grand marin du r\u00e8gne, bat la puissante flotte britannique en M\u00e9diterran\u00e9e, \u00e0 Minorque.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Or, \u00e9coutez, petits et grands,<br>L\u2019histoire d\u2019un roi de vingt ans<br>Qui va nous ramener en France<br>Les bonnes m\u0153urs et l\u2019abondance.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1206\" class=\"cit-num\">1206<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles <span class=\"caps\">COLL\u00c9<\/span> (1709-1783),<em> Or, \u00e9coutez, petits et grands<\/em>, chanson (mai\u00a01774). <em>La R\u00e9volution fran\u00e7aise en chansons<\/em>, anthologie, Le Chant du Monde<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le peuple c\u00e9l\u00e8bre la mont\u00e9e sur le tr\u00f4ne de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, surnomm\u00e9 Louis le D\u00e9sir\u00e9. C\u2019est dire les espoirs mis en lui, r\u00e9sum\u00e9s par la chanson patriotique du nouvel auteur dramatique \u00e0 la mode. Et le peuple peut encore r\u00eaver avec ce jeune roi\u2026 comme avec Marie-Antoinette.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Belle, l\u2019\u0153il doit l\u2019admirer,<br>Reine, l\u2019Europe la r\u00e9v\u00e8re,<br>Mais le Fran\u00e7ais doit l\u2019adorer,<br>Elle est sa reine, elle est sa m\u00e8re.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1207\" class=\"cit-num\">1207<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Romance en l\u2019honneur de Marie-Antoinette<\/em>, chanson (1774). <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La jeune et jolie reine jouit d\u2019une immense popularit\u00e9 depuis son arriv\u00e9e en France, il y a quatre ans, et Versailles la salue en ce style pr\u00e9cieux. C\u2019est l\u2019\u00e9tat de gr\u00e2ce, comme jamais avant et jamais apr\u00e8s\u00a0!<\/p>\n<p>Certes, il y a des jalousies et d\u00e9j\u00e0 quelques soup\u00e7ons contre l\u2019\u00ab\u00a0Autrichienne\u00a0\u00bb \u00e0 la cour. On aura plus tard la preuve qu\u2019elle est manipul\u00e9e par sa famille autrichienne, restant tr\u00e8s attach\u00e9e \u00e0 sa m\u00e8re Marie-Th\u00e9r\u00e8se, imp\u00e9ratrice d\u2019Autriche durant trente ans et forte personnalit\u00e9.<\/p>\n<p>D\u00e9laiss\u00e9e par son royal \u00e9poux, peu soucieuse de l\u2019\u00e9tiquette \u00e0 la cour et moins encore des finances de l\u2019\u00c9tat, d\u00e9pensi\u00e8re et futile, Marie-Antoinette va accumuler les erreurs. \u00ab\u00a0Ma fille court \u00e0 grands pas vers sa ruine\u00a0\u00bb confie sa m\u00e8re \u00e0 l\u2019ambassadeur de France \u00e0 Vienne, en 1775. Pour l\u2019heure, et pour trois ans encore, le peuple adore sa reine.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Enfin, j\u2019ons vu les \u00c9dits<br>Du roi Louis Seize\u00a0!<br>En les lisant \u00e0 Paris,<br>J\u2019ons cru mourir d\u2019aise [\u2026]<br>Je n\u2019irons plus au chemin<br>Comme \u00e0 la gal\u00e8re<br>Travailler soir et matin<br>Sans aucun salaire.<br>Le Roi, je ne mentons point,<br>A mis la corv\u00e9e \u00e0 bas.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1218\" class=\"cit-num\">1218<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Les \u00c9dits<\/em> (1776), chanson des Jacques Bonhomme de France. <em>Histoire de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> et de Marie-Antoinette<\/em> (1850-1851), Alexandre Dumas<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Turgot, en janvier\u00a01776, demande au Conseil l\u2019abolition de la corv\u00e9e royale des paysans (les Jacques), remplac\u00e9e par une taxe additionnelle payable par tous les propri\u00e9taires terriens. S\u2019y ajoute une s\u00e9rie de mesures fiscales pour plus de justice et d\u2019efficacit\u00e9. Au total, six \u00e9dits.<\/p>\n<p>C\u2019est l\u2019amorce d\u2019une v\u00e9ritable \u00e9quit\u00e9 fiscale\u00a0: la mesure est tr\u00e8s populaire aupr\u00e8s du petit peuple, le minist\u00e8re semble bien assur\u00e9, mais tous les privil\u00e9gi\u00e9s qui se retrouvent frapp\u00e9s fiscalement vont s\u2019opposer aux \u00e9dits de Turgot. D\u2019o\u00f9 la R\u00e9volution qui s\u2019annonce. La chanson est d\u00e9cid\u00e9ment le meilleur sondage d\u2019opinion, avant son invention (d\u2019abord am\u00e9ricaine) \u00e0 la veille de Seconde Guerre mondiale.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Notre Saint P\u00e8re l\u2019a rougi,<br>Le roi de France l\u2019a noirci,<br>Le Parlement le blanchira,<br>Alleluya.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1241\" class=\"cit-num\">1241<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Alleluya sur l\u2019affaire du Collier<\/em> (1786), chanson anonyme. <em>La Bastille d\u00e9voil\u00e9e ou Recueil de pi\u00e8ces authentiques pour servir \u00e0 son histoire<\/em> (1789), Charpentier, Louis-Pierre Manuel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019Affaire \u00e9clate quand, le cardinal de Rohan ne pouvant couvrir une \u00e9ch\u00e9ance en juillet\u00a01785, les bijoutiers adressent la facture \u00e0 la reine qui n\u2019a jamais touch\u00e9 aux diamants \u2013 revendus au d\u00e9tail par les deux escrocs.<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, pouss\u00e9 par sa femme et (mal) conseill\u00e9 par le baron de Breteuil, ennemi du cardinal, porte l\u2019affaire devant le Parlement de Paris. Rohan, plus na\u00eff que coupable, est acquitt\u00e9 le 31\u00a0mai 1786, mais exil\u00e9 par le roi. La comtesse de la Motte, condamn\u00e9e \u00e0 \u00eatre flagell\u00e9e, marqu\u00e9e au fer, est enferm\u00e9e \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 \u00e0 la Salp\u00eatri\u00e8re. Elle s\u2019en \u00e9vadera en 1787.<\/p>\n<p>La reine, innocente dans cette affaire, est d\u00e9consid\u00e9r\u00e9e, avec sa vie priv\u00e9e \u00e9tal\u00e9e au grand jour et ses fastueuses d\u00e9penses d\u00e9nonc\u00e9es. La police doit emp\u00eacher Paris d\u2019illuminer pour acclamer le cardinal et se r\u00e9jouir de voir l\u2019\u00ab\u00a0Autrichienne\u00a0\u00bb humili\u00e9e. Elle devient \u00ab\u00a0Madame D\u00e9ficit\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Notre saint p\u00e8re est un dindon<br>Le calotin est un fripon<br>Notre archev\u00eaque un sc\u00e9l\u00e9rat<br>Alleluya.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1250\" class=\"cit-num\">1250<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Premi\u00e8re chanson anticl\u00e9ricale attaquant le pape (sans titre, et sans auteur). <em>Dictionnaire des chansons de la R\u00e9volution<\/em> (1988), Ginette Marty, Georges Marty<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le clerg\u00e9 \u00e9tait une cible habituelle de la veine chansonni\u00e8re, mais \u00e0 la veille de la R\u00e9volution, Pie <span class=\"caps\">VI<\/span> en personne est mis en cause. Ce n\u2019est que le d\u00e9but des ennuis pour le 248e pape qui verra passer non seulement la R\u00e9volution fran\u00e7aise, mais aussi la campagne d\u2019Italie de Napol\u00e9on Bonaparte. Pie <span class=\"caps\">VII<\/span> aura aussi beaucoup de probl\u00e8mes (politiques et personnels) avec Napol\u00e9on.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les notables ont fini [\u2026]<br>Leurs sacr\u00e9s brouillamini.<br>Mais leur compte est foutu\u00a0:<br>Ils s\u2019en retournent la pelle au cul.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1252\" class=\"cit-num\">1252<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Consid\u00e9rations politiques de Messieurs les notables de la halle au pain<\/em> (1787), chanson anonyme. <em>Robespierre\u00a0: la v\u00e9rit\u00e9 de la R\u00e9volution<\/em> (1992), Jean Huguet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le ton se durcit. Le peuple a compris et perdu tout espoir\u00a0: en ces Messieurs qui n\u2019ont rien voulu c\u00e9der de leurs privil\u00e8ges, et surtout dans le roi qui a c\u00e9d\u00e9 en renvoyant Calonne le ministre des Finances.<\/p>\n<p>Dans cette chanson poissarde, la d\u00e9fiance et l\u2019amertume ont d\u00e9j\u00e0 un ton r\u00e9volutionnaire. Le dernier couplet demande le retour d\u2019un \u00ab\u00a0brave et sage \u00e9tranger\u00a0\u00bb qui \u00ab\u00a0change le mal en bien\u00a0\u00bb\u00a0: Necker. Mais le roi maintient encore quelques mois Brienne, soutenu par Marie-Antoinette.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Grand prince, votre bienfaisance<br>De nos maux peut tarir le cours.<br>Rendez vous aux cris de la France\u00a0:<br>Rappelez Necker \u00e0 votre cour.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1257\" class=\"cit-num\">1257<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>\u00d4 toi qui sais de la finance<\/em> (1788), chanson anonyme. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le 25\u00a0ao\u00fbt\u00a01788, le roi se d\u00e9cide enfin \u00e0 rappeler le tr\u00e8s populaire Necker, riche banquier suisse ayant pr\u00eat\u00e9 de l\u2019argent \u00e0 la France et porteur d\u2019indispensables r\u00e9formes. La reine, qui a finalement pouss\u00e9 \u00e0 cette d\u00e9cision, tremble cependant. Elle ne sait plus que conseiller au roi, dans cette situation de plus en plus r\u00e9volutionnaire. Elle aura plus tard ce mot terrible et vrai\u00a0: \u00ab\u00a0Je porte malheur \u00e0 tous ceux que j\u2019aime.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ces grands \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux<br>F\u2019ront-ils du brouet d\u2019andouille\u00a0?<br>Ces messieurs s\u2019ront-ils si sots<br>Que d\u2019s\u2019en retourner chez eux bredouilles,<br>Quand par miracle un bon roi<br>Veut faire l\u2019bien d\u2019si bonne foi\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1259\" class=\"cit-num\">1259<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Motion des hareng\u00e8res de la halle<\/em> (1788), chanson anonyme. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le peuple, reconnaissant au roi de la convocation des \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux, a quand m\u00eame un doute apr\u00e8s l\u2019\u00e9chec de la pr\u00e9c\u00e9dente Assembl\u00e9e des notables.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La convocation des \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux de 1789 est l\u2019\u00e8re v\u00e9ritable de la naissance du peuple. Elle appela le peuple entier \u00e0 l\u2019exercice de ses droits\u00a0\u00bb, \u00e9crira Michelet dans son <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise.<\/em><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous qui nous traitez de racaille,<br>Si poliment,<br>Comme nous vous payerez la taille<br>Tr\u00e8s noblement.<br>Vive le sauveur de la France,<br>Necker, vivat\u00a0!<br>D\u2019o\u00f9 ce h\u00e9ros tient-il naissance\u00a0?<br>Du tiers \u00e9tat.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1264\" class=\"cit-num\">1264<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Le Tiers \u00c9tat<\/em>, chanson de janvier 1789. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La chanson c\u00e9l\u00e8bre le roi et son ministre qui a obtenu, non sans difficult\u00e9, que le tiers ait \u00e0 lui seul autant de repr\u00e9sentants que les deux autres ordres r\u00e9unis.<\/p>\n<p>Paris illumine \u00e0 cette nouvelle \u2013 d\u00e9cision prise le 27\u00a0d\u00e9cembre 1788 en Conseil royal et connue le 1er\u00a0janvier 1789. Le roi est baptis\u00e9 \u00ab\u00a0restaurateur de la libert\u00e9 fran\u00e7aise\u00a0\u00bb. Mais \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e 1788 et dans les premiers mois de 1789, l\u2019effervescence populaire est partout aggrav\u00e9e par de tr\u00e8s mauvaises r\u00e9coltes qui font monter le prix du pain, d\u2019o\u00f9 des \u00e9meutes. Cependant qu\u2019on proc\u00e8de \u00e0 la r\u00e9daction des cahiers de dol\u00e9ances et \u00e0 l\u2019\u00e9lection des d\u00e9put\u00e9s.<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 Chaque \u00e9poque donne le ton, d\u2019o\u00f9 l\u2019extr\u00eame diversit\u00e9 de ce r\u00e9sum\u00e9 chantant qui alterne \u00e0 l\u2019infini comique et tragique, populaire et po\u00e9tique, avec une dose de fantaisie propre \u00e0 l\u2019esprit fran\u00e7ais.Quelques constantes en font l\u2019originalit\u00e9. 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