{"id":9956,"date":"2024-03-04T00:00:00","date_gmt":"2024-03-03T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/portrait-de-mirabeau-en-citations\/"},"modified":"2026-02-10T15:00:37","modified_gmt":"2026-02-10T14:00:37","slug":"portrait-de-mirabeau-en-citations","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/portrait-de-mirabeau-en-citations\/","title":{"rendered":"Portrait de Mirabeau en citations"},"content":{"rendered":"\t\t<div data-elementor-type=\"wp-post\" data-elementor-id=\"9956\" class=\"elementor elementor-9956\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-6c04c16c e-flex e-con-boxed e-con e-parent\" data-id=\"6c04c16c\" data-element_type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-618ac800 elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"618ac800\" data-element_type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"field-item even\"><p>\u00a0<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand on se m\u00eale de diriger une r\u00e9volution, la difficult\u00e9 n\u2019est pas de la faire aller, mais de la retenir.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span><\/p><\/blockquote><p>Avant la R\u00e9volution, ses quarante premi\u00e8res ann\u00e9es sont peu connues. Et pourtant, quel roman\u00a0plus vrai que nature, r\u00e9v\u00e9lateur d\u2019un certain milieu \u00e0 la fin du si\u00e8cle des Lumi\u00e8res\u00a0!<\/p><p>Fils d\u2019une (pr\u00e9sum\u00e9e) grande et vieille famille proven\u00e7ale, afflig\u00e9 d\u2019une \u00ab\u00a0laideur grandiose et fulgurante\u00a0\u00bb (Hugo), ce mauvais sujet est incarc\u00e9r\u00e9 \u00e0 17 ans\u00a0: d\u00e9but d\u2019une vie chaotique et scandaleuse o\u00f9 le sort s\u2019acharne contre le rebelle. Physiocrate adepte de la nature, il suit la sienne sans aucun frein\u00a0! D\u00e9bauch\u00e9 notoire, auteur plus pornographique que libertin, il s\u2019apparente au marquis de Sade \u2013 cruaut\u00e9 mise \u00e0 part. Il rencontre Talleyrand qui lui ressemble (physiquement, politiquement, amoralement) et restera son ami jusqu\u2019\u00e0 la fin.<\/p><p>Les deux derni\u00e8res ann\u00e9es de sa vie sont historiques\u00a0et le destin sourit enfin \u00e0 Mirabeau.<\/p><p>Premier r\u00e9volutionnaire c\u00e9l\u00e8bre (avant Danton, Marat, Robespierre), la \u00ab\u00a0Torche de Provence\u00a0\u00bb se r\u00e9v\u00e8le dans un nouveau r\u00f4le, tribun charismatique, dou\u00e9 du g\u00e9nie de l\u2019improvisation. Il lance l\u2019\u00e9loquence politique, un genre o\u00f9 tant d\u2019hommes s\u2019illustreront \u00e0 la tribune durant deux si\u00e8cles.<br>Mais l\u2019\u00ab\u00a0Orateur du peuple\u00a0\u00bb est toujours monarchiste, complotant en secret pour Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span> (et pour payer ses dettes). Rendue publique apr\u00e8s sa mort, cette r\u00e9v\u00e9lation entra\u00eene l\u2019inimaginable d\u00e9panth\u00e9onisation du premier grand homme honor\u00e9 par la Patrie.<\/p><p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto; margin-right: auto;\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-5-73.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p><p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p><h4>1. Le personnage tel qu\u2019il se pose et s\u2019impose.<\/h4><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ton neveu est laid comme celui de Satan.\u00a0\u00bb<span id=\"1\" class=\"cit-num\">1<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Victor Riqueti, marquis de <span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1715-1789), Lettre \u00e0 son fr\u00e8re Jean-Antoine Riqueti de Mirabeau. <em>Les Mirabeau\u00a0: Nouvelles \u00e9tudes sur la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise au <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle<\/em> (1889), Louis de Lom\u00e9nie<\/p><\/blockquote><p>Mirabeau p\u00e8re fait cet aveu \u00e0 son fr\u00e8re, oncle de Mirabeau.<\/p><p>Cofondateur du mouvement physiocratique et c\u00e9l\u00e8bre sous les Lumi\u00e8res, surnomm\u00e9 \u00ab\u00a0l\u2019Ami des hommes\u00a0\u00bb, le p\u00e8re d\u00e9teste son fils, \u00e0 vrai dire tr\u00e8s mauvais sujet. Il peine \u00e0 dompter celui qu\u2019il appelle \u00ab\u00a0Monsieur l\u2019ouragan\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0le comte de la Bourrasque\u00a0\u00bb. Il l\u2019a forc\u00e9 \u00e0 entrer dans l\u2019arm\u00e9e, il multipliera bient\u00f4t les lettres de cachet pour le faire enfermer, exiler.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ou c\u2019est le plus grand persifleur de l\u2019Univers ou ce sera le plus grand sujet de l\u2019Europe pour \u00eatre pape, ministre, g\u00e9n\u00e9ral de terre ou de mer et peut-\u00eatre agriculteur. Il sera meilleur que Marc-Aur\u00e8le s\u2019il n\u2019est pire que N\u00e9ron.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jean-Antoine Riqueti de <span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1717-1794), l\u2019oncle de Mirabeau, impressionn\u00e9 par son neveu. <em>M\u00e9moires biographiques, litt\u00e9raires et politiques de Mirabeau<\/em>, \u00e9crits par lui-m\u00eame, par son p\u00e8re [Victor Riqueti, Marquis de Mirabeau], son oncle [le Bailli de Mirabeau]<\/p><\/blockquote><p>Chevalier de Malte, charg\u00e9 en 1768 du gouvernement de la Guadeloupe, son compagnon d\u2019armes fut Richard de Sade, l\u2019oncle du Divin Marquis. Premier \u00ab\u00a0caprice du destin\u00a0\u00bb, Mirabeau rencontrera le dit marquis au donjon de Vincennes, lors d\u2019une longue captivit\u00e9 (1777-1780). Aucune entente entre les deux hommes, une influence \u00e9vidente sur Mirabeau qui se lancera dans le roman \u00e9rotique, voire pornographique, mais jamais sadique au sens strict du mot.<\/p><p>Autre co\u00efncidence \u00e9trange, la ressemblance physique frappante entre l\u2019oncle et son neveu\u00a0: les portraits en font foi. Un courant de sympathie passe entre les deux hommes, d\u00e8s leur premi\u00e8re rencontre dans le Luberon en 1770. D\u2019o\u00f9 la pr\u00e9diction de l\u2019oncle. Bailli et homme d\u2019influence, il aidera plus tard son neveu lors d\u2019un m\u00e9chant proc\u00e8s o\u00f9 Mirabeau n\u2019avait pas le beau r\u00f4le. Il n\u2019en aura aucune reconnaissance et prendra ses distances avec l\u2019ingrat\u2026 Sous la R\u00e9volution, le bailli finira sa vie \u00e0 Malte. Autre caprice du destin, sa rencontre avec le jeune chevalier de Sade, Donatien-Claude-Armand, fils du Divin Marquis pour lequel son grand-oncle Richard avait obtenu une commanderie en 1789. Le monde est petit, mais quand m\u00eame\u2026<\/p><p>Entre-temps et apr\u00e8s une premi\u00e8re vie chaotique, Mirabeau finit par s\u2019imposer aux premiers jours de la R\u00e9volution, s\u00fbr de ses talents et capable de jouer d\u2019un physique ingrat, voire monstrueux.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On ne conna\u00eet pas la toute-puissance de ma laideur. Quand je secoue ma terrible hure, il n\u2019y a personne qui os\u00e2t m\u2019interrompre.\u00a0\u00bb<span id=\"1291\" class=\"cit-num\">1291<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791). <em>Mirabeau<\/em> (1891), Edmond Rousse<\/p><\/blockquote><p>Ce physique impressionne tous les contemporains. Il en use, il trouve belle cette laideur, avec ses traits marqu\u00e9s, cribl\u00e9s de petite v\u00e9role. Il soigne sa toilette, porte une \u00e9norme chevelure artistement arrang\u00e9e qui grossit encore le volume de sa t\u00eate. Il se place volontiers face au miroir, se regarde parler, \u00e9quarrit ses \u00e9paules. Il cultive son personnage. La puissance du verbe et la solidit\u00e9 de la pens\u00e9e servent \u00e9galement le tribun.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La nature semblait avoir moul\u00e9 sa t\u00eate pour l\u2019Empire ou pour le gibet, taill\u00e9 ses bras pour \u00e9treindre une nation ou pour enlever une femme.\u00a0\u00bb<span id=\"1292\" class=\"cit-num\">1292<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848),<em> M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume)<\/p><\/blockquote><p>Mirabeau connut la gloire et \u00e9vita le gibet \u2013 il meurt dans son lit, \u00e9puis\u00e9 par une vie d\u2019exc\u00e8s. Il souleva le peuple par ses talents d\u2019orateur et multiplia les conqu\u00eates f\u00e9minines dont il fait \u00e9tat dans ses romans \u00e9rotiques \u00e0 la vulgarit\u00e9 assum\u00e9e, plus pornographiques que libertins.<\/p><p>Pour lui, tout existe dans la Nature (majuscule) et il se proclame physiocrate \u00e0 sa mani\u00e8re \u2013 qui n\u2019est pas celle des physiocrates, philosophes reconnus au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, \u00e0 commencer par son p\u00e8re.\u00a0<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mirabeau (le comte de). \u2013 Ce grand homme a senti de bonne heure que la moindre vertu pouvait l\u2019arr\u00eater sur le chemin de la gloire, et jusqu\u2019\u00e0 ce jour, il ne s\u2019en est permis aucune.\u00a0\u00bb<span id=\"1294\" class=\"cit-num\">1294<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">RIVAROL<\/span> (1753-1801), <em>Petit Dictionnaire des grands hommes de la R\u00e9volution<\/em> (1790)<\/p><\/blockquote><p>Bel esprit fort caustique vis-\u00e0-vis des beaux esprits de son temps, grand \u00e9crivain politique d\u00e9fenseur de la monarchie sous la R\u00e9volution, il a per\u00e7u comme tout bon lecteur des Lumi\u00e8res la vertu r\u00e9volutionnaire des id\u00e9es de ces philosophes pourtant non r\u00e9volutionnaires.<\/p><p>Dans le m\u00eame savoureux petit livre et avec le m\u00eame esprit\u00a0: \u00ab\u00a0Mirabeau est capable de tout pour de l\u2019argent, m\u00eame d\u2019une bonne action.\u00a0\u00bb Avant la R\u00e9volution, Mirabeau vendait sa plume (et ses id\u00e9es) comme publiciste \u00e0 gages\u00a0; il vendra ensuite ses services \u2013 tr\u00e8s cher \u2013 au roi Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span> et \u00e0 la reine, accus\u00e9 de trahison par certains d\u00e9put\u00e9s. Mais sa popularit\u00e9 le rendait quasiment intouchable.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voyez ce Mirabeau qui a tant marqu\u00e9 dans la R\u00e9volution\u00a0: au fond, c\u2019\u00e9tait le roi de la halle.\u00a0\u00bb<span id=\"1293\" class=\"cit-num\">1293<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Joseph de <span class=\"caps\">MAISTRE<\/span> (1753-1821), <em>Consid\u00e9rations sur la France<\/em> (1797)<\/p><\/blockquote><p>Philosophe, \u00e9l\u00e8ve des j\u00e9suites, aussi fervent monarchiste que catholique, c\u2019est un v\u00e9ritable \u00e9crivain politique avec un style et de l\u2019humour. C\u2019est aussi le th\u00e9oricien majeur de la pens\u00e9e contre-r\u00e9volutionnaire, d\u00e9j\u00e0 connu sous l\u2019Ancien R\u00e9gime pour son combat contre la philosophie des Lumi\u00e8res. \u00c9migr\u00e9 en 1793 \u00e0 Lausanne, monarchiste attach\u00e9 au pouvoir papal, c\u2019est logiquement l\u2019adversaire r\u00e9solu de la R\u00e9volution, d\u2019o\u00f9 son m\u00e9pris hautain pour le premier grand homme.<\/p><p>Mirabeau, rejet\u00e9 de son ordre (la noblesse), \u00e9lu d\u00e9put\u00e9 par le tiers \u00e9tat aux \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux, m\u00eale plus que quiconque les attributs de la naissance et de la boh\u00e8me. Il saura en profiter pour forcer le destin\u00a0!<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Du rejeton le plus m\u00e9pris\u00e9 de l\u2019ancienne noblesse, la R\u00e9volution a fait le personnage le plus brillant de l\u2019Assembl\u00e9e constituante.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">FURET<\/span>\u00a0(1927-1997) et Mona <span class=\"caps\">OZOUF<\/span> (n\u00e9e en 1931), <em>Dictionnaire critique de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1992)<\/p><\/blockquote><p>Parfait r\u00e9sum\u00e9 d\u2019un destin\u00a0historique\u00a0: \u00ab\u00a0Mirabeau est le seul noble assez d\u00e9class\u00e9, et le seul d\u00e9class\u00e9 assez noble, pour unir le pass\u00e9 \u00e0 cet av\u00e8nement.\u00a0\u00bb<\/p><p>Cette premi\u00e8re voix de la R\u00e9volution en comprit tr\u00e8s vite les dangers\u00a0: \u00ab\u00a0Quand on se m\u00eale de diriger une r\u00e9volution, la difficult\u00e9 n\u2019est pas de la faire aller, mais de la retenir.\u00a0\u00bb Les Girondins comprendront trop tard le mot de Mirabeau et les Montagnards pousseront jusqu\u2019au bout la logique de la Terreur\u2026 dont ils seront les derni\u00e8res victimes. Mirabeau est sans doute le seul grand Nom de l\u2019\u00e9poque \u00e0 mourir de maladie, dans son lit, \u00e0 42 ans \u2013 l\u2019empoisonnement ne fut qu\u2019une br\u00e8ve et fausse rumeur.<\/p><h4>2. Un autre Sade\u00a0: jeune d\u00e9bauch\u00e9, \u00e9rotomane et frondeur inv\u00e9t\u00e9r\u00e9, endett\u00e9, incarc\u00e9r\u00e9, reni\u00e9 par la noblesse.<\/h4><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le monde ne pardonne pas \u00e0 Mirabeau cette sorte de f\u00e9rocit\u00e9, d\u2019exasp\u00e9ration physique que rempla\u00e7ait chez lui la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 du libertinage \u00e0 la mode\u00a0: une fougueuse nature \u00e9clatait dans ces vices, au lieu de la gracieuse corruption qu\u2019on \u00e9tait accoutum\u00e9 \u00e0 admirer.\u00a0\u00bb<span id=\"2\" class=\"cit-num\">2<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Gustave <span class=\"caps\">LANSON<\/span> (1857-1934), <em>Histoire de la litt\u00e9rature fran\u00e7aise<\/em> (1869)<\/p><\/blockquote><p>Pour ce professeur de litt\u00e9rature progressiste, aussi renomm\u00e9 que contest\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Toute \u0153uvre litt\u00e9raire est un ph\u00e9nom\u00e8ne social.\u00a0\u00bb C\u2019est particuli\u00e8rement vrai dans le cas de Mirabeau rest\u00e9 dans l\u2019Histoire pour son action en politique. Mais il aura beaucoup v\u00e9cu et beaucoup \u00e9crit avant de se lancer dans l\u2019ar\u00e8ne r\u00e9volutionnaire\u00a0!<\/p><p>Son p\u00e8re, philosophe des Lumi\u00e8res et physiocrate surnomm\u00e9 \u00ab\u00a0l\u2019Ami des hommes\u00a0\u00bb traitera durement sa femme et surtout son fils qu\u2019il appelle tr\u00e8s t\u00f4t \u00ab\u00a0Monsieur l\u2019ouragan\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0le comte de la Bourrasque\u00a0\u00bb.<\/p><p>Plac\u00e9 au coll\u00e8ge de l\u2019abb\u00e9 Choquard \u00e0 Paris, exclu pour acte de sodomie (ce n\u2019\u00e9tait pas un coll\u00e8ge mixte), il est r\u00e9int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 la suite d\u2019une p\u00e9tition de ses condisciples. Destin\u00e9 \u00e0 une carri\u00e8re militaire comme tous les fils de (bonne) famille, il fuit l\u2019arm\u00e9e, s\u00e9duit les femmes et accumule (d\u00e9j\u00e0) les dettes de jeu. Son p\u00e8re le fait emprisonner sur l\u2019\u00eele de R\u00e9 par lettre de cachet. C\u2019est aussi une mani\u00e8re de le prot\u00e9ger contre ses d\u00e9mons. Mais \u00e7a ne marchera jamais.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019avoue, messieurs, que ma premi\u00e8re jeunesse a \u00e9t\u00e9 souill\u00e9e par une participation \u00e0 la conqu\u00eate de la Corse.\u00a0\u00bb<span id=\"3\" class=\"cit-num\">3<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791), Lettre de Mirabeau sur la Corse, <em>Journal de la Corse<\/em>, 4 ao\u00fbt 2022<\/p><\/blockquote><p>Il avait 20 ans et regrettera toujours sa campagne de Corse (1768-1769). Il s\u2019en repent publiquement au d\u00e9but de la R\u00e9volution, le jour du rattachement de la Corse \u00e0 la France, \u00e0 la demande des d\u00e9put\u00e9s corses de l\u2019Assembl\u00e9e nationale (30 novembre 1789). De toute mani\u00e8re, l\u2019arm\u00e9e avec sa discipline et ses devoirs n\u2019est pas faite pour \u00ab\u00a0Monsieur l\u2019ouragan\u00a0\u00bb qui ne pense qu\u2019\u00e0 tomber les cantini\u00e8res.<\/p><p>Sit\u00f4t libre, il s\u2019endette \u2013 une constante jusqu\u2019\u00e0 la fin de sa vie o\u00f9 les femmes et le jeu tiennent une place excessive. Nouvelle col\u00e8re du p\u00e8re qui le fait interner \u00e0 Manosque en Provence\u2026 Promu capitaine de dragons en 1771, il quitte d\u00e9finitivement l\u2019arm\u00e9e. Il r\u00e9ussit \u00e0 \u00e9pouser une riche h\u00e9riti\u00e8re proven\u00e7ale, \u00c9milie de Covet-Marignane, l\u2019un des meilleurs partis de Provence, apr\u00e8s avoir forc\u00e9 sa porte et parad\u00e9 au matin en culotte sur son balcon. Le mariage sera calamiteux.<\/p><p>Suite \u00e0 une querelle, accus\u00e9 de tentative d\u2019assassinat sur un gentilhomme proven\u00e7al et d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 de prise de corps, son p\u00e8re est r\u00e9duit pour le sauver \u00e0 solliciter l\u2019internement de son fils par lettre de cachet au ch\u00e2teau d\u2019If, au large de Marseille.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le despotisme n\u2019est pas une forme de gouvernement [\u2026] s\u2019il en \u00e9tait ainsi, ce serait un brigandage criminel et contre lequel tous les hommes doivent se liguer.\u00a0\u00bb<span id=\"4\" class=\"cit-num\">4<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791), <em>Essai sur le despotisme<\/em> (1776)<\/p><\/blockquote><p>L\u2019\u0153uvre pr\u00e9r\u00e9volutionnaire est inspir\u00e9e de Rousseau, mais bien document\u00e9e par les premi\u00e8res incarc\u00e9rations de Mirabeau. Dans un autre genre, cette prison inspirera un chef d\u2019\u0153uvre du roman historique \u00e0 Dumas, <em>Le Comte de Monte-Cristo<\/em> (1844).<\/p><p>En mai 1776, il est transf\u00e9r\u00e9 et intern\u00e9 au fort de Joux, en Franche-Comt\u00e9. Le noir rebelle, Toussaint-Louverture n\u00e9 esclave \u00e0 Saint-Domingue, y sera prisonnier sous le Consulat de Bonaparte.<\/p><p>Profitant d\u2019un r\u00e9gime carc\u00e9ral de semi-libert\u00e9 et de la fr\u00e9quentation des salons, Mirabeau va s\u00e9duire Marie-Th\u00e9r\u00e8se Sophie Richard de Ruffey, marquise de Monnier, dite Sophie de Monnier (1754-1789). Son pr\u00e9nom est synonyme de sagesse (en grec), ils ne seront pas sages, ils s\u2019aimeront beaucoup, passionn\u00e9ment, \u00e0 la folie. Trop heureux de l\u2019arracher au richissime et vieux mari qui pourrait \u00eatre son grand-p\u00e8re, il l\u2019enl\u00e8ve\u2026 ce qui lui vaut d\u2019\u00eatre poursuivi par la police. Pour \u00e9pauler celle-ci et mieux le traquer, son p\u00e8re engage trois sbires qu\u2019il paie de ses deniers. Il demandera plus tard \u00e0 son fils le remboursement de l\u2019argent engag\u00e9 \u00e0 cette occasion\u00a0!<\/p><p>Mirabeau en fuite donne rendez-vous \u00e0 Sophie, la seule femme v\u00e9ritablement aim\u00e9e de lui \u2026 \u00e0 Amsterdam. Une odyss\u00e9e qui finit vite et mal.<\/p><p>Condamn\u00e9 par contumace \u00e0 la peine de mort pour \u00ab\u00a0rapt et adult\u00e8re\u00a0\u00bb, Mirabeau doit rentrer. Sophie, enceinte, est plac\u00e9e en maison de sant\u00e9 \u00e0 Paris. Apr\u00e8s son accouchement, elle est s\u00e9par\u00e9e de son enfant et enferm\u00e9e au couvent des s\u0153urs de Sainte-Claire, \u00e0 Gien. Mirabeau est enferm\u00e9 par lettre de cachet au fort de Vincennes, le 7 juin 1777. Il va y rester 42 mois\u00a0!<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019aurai bient\u00f4t vingt-huit ans. C\u2019est un \u00e2ge o\u00f9 avec de l\u2019\u00e9mulation et quelques connaissances, on peut n\u2019\u00eatre pas tout \u00e0 fait inutile\u00a0; mais c\u2019est aussi celui o\u00f9 l\u2019on n\u2019a plus de temps \u00e0 perdre.\u00a0\u00bb<span id=\"1226\" class=\"cit-num\">1226<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791), Lettre \u00e0 M. le Mar\u00e9chal, duc de Noailles, 17\u00a0octobre 1777. <em>\u0152uvres de Mirabeau,<\/em> volume <span class=\"caps\">IV<\/span> (posthume, 1834)<\/p><\/blockquote><p>\u00c9crite du donjon de Vincennes o\u00f9 Mirabeau prend conscience du temps qui passe \u2013 \u00e0 cette \u00e9poque, l\u2019esp\u00e9rance de vie est tr\u00e8s inf\u00e9rieure \u00e0 la n\u00f4tre et la sienne plus encore, en raison de ses exc\u00e8s en tout genre. Le pressent-il\u00a0? En veut-il \u00e0 son p\u00e8re \u00ab\u00a0l\u2019Ami des hommes\u00a0\u00bb qui ne l\u2019a jamais aim\u00e9 ou si mal, en partie responsable de la situation dramatique o\u00f9 il se trouve\u00a0?<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ah\u00a0! comme on s\u2019accoutume au bonheur. H\u00e9las\u00a0! on ne le conna\u00eet bien que lorsqu\u2019on l\u2019a perdu.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791), Lettre \u00e0 Sophie de Ruffey, dite Sophie de Monnier<\/p><\/blockquote><p>Il a tout loisir pour \u00e9crire, \u00e0 commencer par cette fameuse correspondance \u00ab\u00a0\u00e0 Sophie\u00a0\u00bb, aussi \u00e9mouvante que sinc\u00e8re. \u00ab\u00a0La premi\u00e8re partie de la vie de Mirabeau est remplie par Sophie, la seconde par la r\u00e9volution. Un orage domestique, puis un orage politique, voil\u00e0 Mirabeau\u00a0\u00bb \u00e9crira Hugo qui s\u2019y conna\u00eet lui aussi en orages.<\/p><p>Mirabeau a \u00e9galement l\u2019occasion d\u2019en venir aux mains avec un autre libertin graphomane et \u00e9rotomane, incarc\u00e9r\u00e9 comme lui, Sade. Le Divin marquis n\u2019\u00e9prouvera que haine pour ce monstre grossier.<\/p><p>Avant d\u2019aborder un genre de litt\u00e9rature tr\u00e8s \u00e0 la mode, Mirabeau exploite sa fibre politique et r\u00e9volutionnaire sur un sujet qu\u2019il commence \u00e0 bien conna\u00eetre.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019entreprends de parler des emprisonnements arbitraires et des prisons d\u2019\u00e9tat.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791), <em>Des Lettres de cachet et des Prisons d\u2019\u00e9tat<\/em> (\u00e9crit en 1778, \u00e9dition posthume)<\/p><\/blockquote><p>Nombreux commentaires historiques et importante documentation sur le pouvoir arbitraire et l\u2019exercice judiciaire, une des calamit\u00e9s de l\u2019Ancien R\u00e9gime d\u00e9nonc\u00e9e par tous les penseurs de l\u2019\u00e9poque.<\/p><p>En seconde partie, Mirabeau traite de la vie carc\u00e9rale et des prisons dont il a d\u00e9j\u00e0 une exp\u00e9rience personnelle\u00a0! Il s\u2019attarde \u00e9galement sur la constitution anglaise qui fascine les philosophes des Lumi\u00e8res, \u00e0 commencer par Montesquieu et Voltaire. Il tend \u00e0 prouver que notre propre histoire condamne l\u2019utilisation des lettres de cachet, tout comme elle fait des rois les seuls mandataires du peuple.<\/p><p>La veine \u00e9rotique va davantage l\u2019inspirer, en attendant de pouvoir satisfaire ses besoins plus excessifs que nature. C\u2019est aussi une mani\u00e8re de faire sa r\u00e9volution personnelle et de satisfaire son besoin de libert\u00e9 absolue.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019importe \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 que je satisfasse mes besoins physiques ou que je m\u2019en prive, pourvu que je ne nuise pas au bonheur d\u2019autrui, que je ne lui enl\u00e8ve pas sa propri\u00e9t\u00e9, que je n\u2019alt\u00e8re pas ses jouissances et que je ne lui cause ni chagrin ni douleur\u00a0?\u00a0\u00bb<span id=\"5\" class=\"cit-num\">5<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791), <em>Hic et Hec ou l\u2019art de varier les plaisirs de l\u2019amour<\/em> (\u00e9crit au donjon de Vincennes, 1777-1780)<\/p><\/blockquote><p>Sa physiocratie tr\u00e8s personnelle exclut le sadisme, mais se permet tout le reste. Le sens de la m\u00e9taphore lui vient naturellement avec l\u2019art de la formule dont il fera si bien usage \u00e0 la tribune de l\u2019Assembl\u00e9e nationale\u2026<\/p><p>Il \u00e9crit ici un roman d\u2019\u00e9ducation et d\u2019\u00e9dification, du nom du jeune abb\u00e9, \u00ab\u00a0Hic et Hec\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0bique et bouc\u00a0\u00bb, ou \u00ab\u00a0\u00e0 voile et \u00e0 vapeur\u00a0\u00bb dira-t-on dans la marine), figure androgyne aux antipodes de sa propre nature.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faisait chaud, nous \u00e9tions dans l\u2019\u00e9tat de nos premiers p\u00e8res dans l\u2019Eden\u00a0: nos serpents orgueilleux levaient une t\u00eate alti\u00e8re, et l\u2019aspect des pommes que nous pr\u00e9sentaient nos \u00c8ves nous faisait fr\u00e9mir de d\u00e9sir.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791), <em>Hic et Hec ou l\u2019art de varier les plaisirs de l\u2019amour<\/em> (\u00e9crit au donjon de Vincennes, 1777-1780)<\/p><\/blockquote><p>Fantasm\u00e9e par le prisonnier se rappelant toutes ses aventures de Don Juan, c\u2019est la luxure m\u00e8re de tous les vices. Apollinaire, pr\u00e9curseur du surr\u00e9alisme dont il inventa le nom, saluera la gr\u00e2ce et l\u2019esprit de ce \u00ab\u00a0petit roman licencieux\u00a0\u00bb. Il relate les aventures d\u2019un \u00e9l\u00e8ve des j\u00e9suites plac\u00e9 comme pr\u00e9cepteur dans une famille bourgeoise.<\/p><p>Dans ce joyau de libertinage, Mirabeau adopte de savoureuses m\u00e9taphores pour d\u00e9signer les parties centrales du livre, quand les fesses sont des \u00ab\u00a0jumelles\u00a0\u00bb ou le p\u00e9nis \u00ab\u00a0un bijou\u00a0\u00bb.<\/p><p>La pudeur de la langue n\u2019a d\u2019\u00e9gale que la d\u00e9bauche qui s\u2019\u00e9tale. Les barri\u00e8res sociales s\u2019effondrent, de m\u00eame celles entre les \u00e2ges. Le d\u00e9mon de la jouissance aura de toute \u00e9vidence toujours raison.<\/p><p>L\u2019auteur n\u2019oublie pas Sophie qu\u2019il couvre de lettres \u00e0 d\u00e9faut de baisers, l\u2019imaginant aussi lectrice des \u0153uvres qui vont jaillir de lui, de ses frustrations et de son go\u00fbt pour la provocation.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je comptais t\u2019envoyer aujourd\u2019hui, ma minette bonne, un nouveau manuscrit, tr\u00e8s-singulier, qu\u2019a fait ton infatigable ami \u2026 Il t\u2019amusera\u00a0: ce sont des sujets bien plaisants, trait\u00e9s avec un s\u00e9rieux non moins grotesque, mais tr\u00e8s-d\u00e9cent. Crois-tu que l\u2019on pourrait faire, dans la Bible et l\u2019antiquit\u00e9, des recherches sur l\u2019Onanisme, la Tribaderie, etc., etc.\u00a0; enfin sur les mati\u00e8res les plus scabreuses qu\u2019aient trait\u00e9es les casuistes, et rendre tout cela lisible, m\u00eame au collet le plus mont\u00e9, et parsem\u00e9 d\u2019id\u00e9es assez philosophiques\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791), <em>Erotika Biblion<\/em>, Pr\u00e9face (1783) \u00e0 sa ma\u00eetresse Sophie de Ruffey<\/p><\/blockquote><p>Vaste projet\u00a0! M\u00ealant l\u2019\u00e9rudition \u00e0 la d\u00e9rision, Mirabeau affirme sa conception de la jouissance et propose une histoire des m\u0153urs et de la sexualit\u00e9 d\u2019une \u00e9tonnante modernit\u00e9. Aussi savant que licencieux, truff\u00e9 d\u2019allusions et de r\u00e9f\u00e9rences, renvoyant aux auteurs antiques, \u00e0 l\u2019Encyclop\u00e9die qu\u2019il pille \u00e0 souhait, \u00e0 Buffon ou \u00c9rasme ainsi qu\u2019\u00e0 de nombreux trait\u00e9s, nourri des commentaires bibliques de Dom Calmet (ex\u00e9g\u00e8te contemporain, b\u00e9n\u00e9dictin et \u00e9rudit lorrain) dont il tire de provocantes conclusions, l\u2019ouvrage sera condamn\u00e9 \u00e0 la destruction en 1796.<\/p><p>Plusieurs fois r\u00e9\u00e9dit\u00e9 d\u00e8s la fin du <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e, appr\u00e9ci\u00e9 des \u00e9rudits et des bibliophiles au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e, Apollinaire le publie dans la Biblioth\u00e8que des Curieux en 1910.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ma ch\u00e9rie, tu es toute aimable, toute charmante, toute ador\u00e9e\u00a0; mais vois-tu, tu serais-l\u00e0 \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s, je verrais ton doux et beau sourire qui m\u2019enivre d\u2019amour, et ce tendre regard qui appelle si fort mes baisers, tu m\u2019en offrirais sans compte et sans mesure, tu me prodiguerais tous les dons de ta tendresse, que je te dirais\u00a0: Ma douce et belle, donnes-en-moi encore et toujours, tu es l\u2019\u00e2me de mon \u00e2me.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791), Lettre \u00e0 Sophie de Ruffey, dite Sophie de Monnier, 1er avril 1779<\/p><\/blockquote><p>Mirabeau l\u2019auteur sexuellement obs\u00e9d\u00e9 demeure un \u00e9pistolier fid\u00e8le qui nourrit la correspondance avec l\u2019absente \u2013 toujours enferm\u00e9e au couvent des Saintes-Claires, \u00e0 Gien. La suite de sa courte vie sera malheureuse.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est nous qui faisons des femmes ce qu\u2019elles valent\u00a0; et voil\u00e0 pourquoi elles ne valent rien.\u00a0\u00bb<span id=\"16\" class=\"cit-num\">16<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791), Lettre \u00e0 Sophie de Ruffey, dite Sophie de Monnier, \u00e9crite du donjon de Vincennes, 27 mars 1780 (posthumes), <em>\u0152uvres de Mirabeau<\/em>, Tome 10 (1822)<\/p><\/blockquote><p>Souvent cit\u00e9, mais pas sourc\u00e9 et toujours interpr\u00e9t\u00e9 \u00e0 contresens\u00a0! Mirabeau a suffisamment de d\u00e9fauts pour ne pas en rajouter\u00a0dans le machisme\u00a0! R\u00e9tablissons la v\u00e9rit\u00e9. Il accuse les hommes et se\u00a0montre f\u00e9ministe. La suite est un hommage \u00e0 la Femme\u00a0: \u00ab\u00a0Ce sexe aimable est d\u2019ailleurs encore notre bienfaiteur en adoucissant et p\u00e9n\u00e9trant un peu nos c\u0153urs arides. Il est certain que, toutes l\u00e9g\u00e8res qu\u2019elles sont, elles ont plus de sensibilit\u00e9 que nous.\u00a0\u00bb<\/p><p>La m\u00eame lettre commence ainsi\u00a0: \u00ab\u00a0Je fais tr\u00e8s agr\u00e9ablement mes p\u00e2ques, ma belle et tendre Sophie\u00a0; car le bon ange m\u2019envoie ta lettre pour p\u00e9nitence de tous mes p\u00e9ch\u00e9s. \u00c0 ce compte, je pourrai p\u00eacher beaucoup encore\u00a0; car cette p\u00e9nitence me convient infiniment.\u00a0\u00bb (page 525). Texte int\u00e9gral visible sur le Net. <a href=\"https:\/\/books.google.fr\/books?id=IAoEk_xPJTcC&amp;pg=PA323&amp;lpg=PA323&amp;dq#v=onepage&amp;q&amp;f=false%20\">https:\/\/books.google.fr\/books?id<span class=\"caps\">=IA<\/span>oEk_xPJTcC&amp;pg<span class=\"caps\">=PA323<\/span>&amp;lpg<span class=\"caps\">=PA323<\/span>&amp;dq#v=onepage&amp;q&amp;f=false <\/a><\/p><p>Lib\u00e9r\u00e9 le 13 d\u00e9cembre 1780, Mirabeau reste sous la tutelle de son p\u00e8re. Il fuit Paris et ses cr\u00e9anciers, se rend \u00e0 Gien pour voir Sophie dans son couvent, mais repart bient\u00f4t et ne la reverra plus. Veuve en 1783 et donc libre, ayant perdu sa fille \u00e0 deux ans, elle reste pr\u00e8s du couvent de Gien, s\u2019\u00e9prend d\u2019un militaire qui meurt de tuberculose et se donnera la mort (par asphyxie) en novembre 1789, \u00e0 35 ans. Apprenant la nouvelle \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale, \u00ab\u00a0Mirabeau sortit avec un air tout en d\u00e9sordre et fut deux ou trois jours sans repara\u00eetre.\u00a0\u00bb Sophie reste la seule femme que<\/p><p>Mirabeau aima et admira \u00e0 jamais\u00a0: \u00ab\u00a0Telle que tu as jur\u00e9 d\u2019\u00eatre toujours, ch\u00e9rissant ton amour, et tes tourments et tes peines, et le danger d\u2019aimer; repoussant, abhorrant la froide indiff\u00e9rence.\u00a0\u00bb (Lettre \u00e0 Sophie).<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le triomphe de ce sang-froid sur la fougue \u00e9loquente est rest\u00e9e m\u00e9morable au barreau.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">SAINTE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">BEUVE<\/span> (1804-1869),\u00a0cit\u00e9 par Jean-Louis Gazzaniga, <em>Proc\u00e8s m\u00e9morable. Portalis contre Mirabeau.<\/em> \u00c9tudes d\u2019histoire de la profession d\u2019avocat, Portalis, avocat<\/p><\/blockquote><p>Juillet 1783, le proc\u00e8s d\u2019Aix en Provence a d\u00e9fray\u00e9 la chronique jusqu\u2019\u00e0 Paris, moins pour l\u2019affaire \u2013 conflit conjugal somme toute banal \u2013 que pour l\u2019affiche qui oppose deux noms d\u00e9j\u00e0 connus, deux temp\u00e9raments oppos\u00e9s. Portalis est l\u2019avocat aixois de la riche comtesse de Mirabeau qui a demand\u00e9 la s\u00e9paration de corps en 1782. Il obtient gain de cause, se r\u00e9v\u00e9lant comme le grand juriste du Code civil dont la gloire revient surtout \u00e0 Napol\u00e9on. Mirabeau le Don Juan libertin d\u00e9fend sa propre cause et sort vaincu. Mais c\u2019est ici que se r\u00e9v\u00e8le \u00e0 la France le plus formidable orateur qu\u2019elle ait jamais entendu.<\/p><p>Il resta d\u2019abord calme, mais sous les coups de son adversaire, il s\u2019emporte. Tous les coups n\u2019\u00e9taient pas tr\u00e8s dignes. La derni\u00e8re plaidoirie met un comble \u00e0 sa fureur. Portalis a commenc\u00e9 par ces mots\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai des horreurs \u00e0 d\u00e9voiler sur mon adversaire.\u00a0\u00bb Mirabeau va le traiter de marchand de mensonges, de paroles et d\u2019injures, le qualifiant d\u2019indigne. Les amis de Portalis auraient \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9s de reconduire l\u2019avocat inanim\u00e9 hors de l\u2019audience.<\/p><p>Les circonstances ont mis en pr\u00e9sence ces deux \u00eatres, somme toute exceptionnels. \u00ab\u00a0Mirabeau s\u2019est montr\u00e9 \u00e9gal \u00e0 lui-m\u00eame et Portalis un peu en dessous de sa r\u00e9putation.\u00a0\u00bb Mais contrairement \u00e0 certaines rumeurs, Mirabeau ne montre pas de ressentiment \u00e0 l\u2019encontre de son adversaire. Il reconna\u00eet publiquement ses qualit\u00e9s oratoires et sa loyaut\u00e9. Il le consultera plus tard sur une affaire et demandera son appui lors de la campagne \u00e9lectorale de 1789 pour les \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux, en Provence.<\/p><p>Mirabeau est d\u00e9finitivement devenu un auteur \u00ab\u00a0libertin\u00a0\u00bb et fier de l\u2019\u00eatre, \u00e0 la ville comme dans les salons et les bonnes librairies. Il s\u2019en vante avec autant de fiert\u00e9 que d\u2019humour \u2013 qualit\u00e9 qui fera toujours d\u00e9faut \u00e0 son meilleur ennemi, le marquis de Sade.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Monsieur Satan, vous avez instruit mon adolescence\u00a0; c\u2019est \u00e0 vous que je dois quantit\u00e9 de tours de passe\u2212passe qui m\u2019ont servi dans mes premi\u00e8res ann\u00e9es. Vous savez si j\u2019ai suivi vos le\u00e7ons, si je n\u2019ai pas su\u00e9 nuit et jour pour agrandir votre empire, vous fournir des sujets nouveaux\u2026\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791, <em>Ma conversion ou le Libertin de qualit\u00e9<\/em> (1783)<\/p><\/blockquote><p>\u2026 \u00ab\u00a0Mais, Monsieur Satan, tout est bien chang\u00e9 dans ce pays\u00a0; vous devenez vieux\u00a0; vous restez chez vous\u00a0; les moines m\u00eame ne peuvent vous en arracher. Vos diablereaux, pauvres h\u00e8res\u00a0! N\u2019en savent pas autant que des r\u00e9cits infid\u00e8les, parce que nos femmes les attrapent et les bernent. Je trouve donc une occasion de m\u2019acquitter envers vous\u00a0; je vous offre mon livre. Vous y lirez la gazette de la cour, les nouvelles \u00e0 la main des filles, des financiers et des d\u00e9votes.\u00a0\u00bb<\/p><p>Mirabeau nous conte plaisamment les aventures d\u2019un jeune noble dont les seules ressources consistent \u00e0 se vendre aux dames les plus offrantes. Parlant de l\u2019une de ses conqu\u00eates\u00a0: \u00ab\u00a0Elle a trente-six ans et j\u2019en ai vingt- quatre, elle est encore bien, mais je suis mieux\u00a0! Elle met de son c\u00f4t\u00e9 le temp\u00e9rament et bien s\u00fbr l\u2019argent, et moi la vigueur et le secret.\u00a0\u00bb<\/p><p>Ce d\u00e9bauch\u00e9, comme son p\u00e8re \u00ab\u00a0Ami des hommes\u00a0\u00bb (mais autrement) et surtout ami des femmes, trace le portrait d\u2019un libertin qui ne vit que pour et par le sexe faible\u00a0: le gigolo ne d\u00e9daigne ni la villageoise, ni la dame de Cour, ni la rombi\u00e8re faisand\u00e9e, ni le bouton de rose. Une seule condition cependant\u00a0: que cela rapporte\u00a0! \u00ab\u00a0Je ne veux plus foutre que pour de l\u2019argent.\u00a0\u00bb<\/p><p>\u00c9crit au grand galop, avec ses tordantes orgies, son style haletant et caillouteux, Mirabeau se place en litt\u00e9rature comme l\u2019a\u00efeul de C\u00e9line et de San-Antonio. Le roman commence par une adresse \u00e0 \u00ab\u00a0Votre Altesse diabolique\u00a0\u00bb et son final est impressionnant\u00a0: \u00ab\u00a0\u2026 jusqu\u2019\u00e0 ce que rendant dans les bras paternels de M. Satan mon \u00e2me c\u00e9libataire, j\u2019aille foutre chez les morts.\u00a0\u00bb<\/p><p>\u00ab\u00a0Puisse cette lecture faire branler tout l\u2019univers.\u00a0\u00bb Parole de Marcel Proust.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c9coute, ma ch\u00e8re, j\u2019aime, oui, j\u2019aime aussi tendrement qu\u2019on puisse aimer, et j\u2019ai le malheur cruel d\u2019\u00eatre\u00a0couverte des livr\u00e9es religieuses. Des b\u00e9guines emmiell\u00e9es et trompeuses ont entour\u00e9 de murs et de grilles ma jeunesse sans exp\u00e9rience et l\u2019ont attir\u00e9e dans leur cachot infernal. Mon ignorance, des v\u0153ux, des pr\u00e9jug\u00e9s sont mes tourments\u00a0; les d\u00e9sirs, mes bourreaux, et j\u2019en suis la victime.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791), <em>Le Rideau lev\u00e9 ou <span class=\"caps\">L\u2019\u00c9<\/span>ducation de Laure<\/em> (anonyme, 1786)<\/p><\/blockquote><p>Derni\u00e8re \u0153uvre o\u00f9 l\u2019auteur se fait plaisir dans un genre qui ne passerait plus aujourd\u2019hui, l\u2019inceste en famille.<\/p><p>Philosophiquement, Mirabeau est un physiocrate et pense que la nature doit r\u00e9gler les rapports sociaux. Il d\u00e9crit donc le plus naturellement du monde l\u2019initiation d\u2019une jeune fille aux plaisirs de la chair par son p\u00e8re adoptif. La na\u00efvet\u00e9 de l\u2019une attise le plaisir de l\u2019autre. Conform\u00e9ment \u00e0 la loi du genre, ce texte \u00e9rotique d\u00e9peint une initiation sexuelle et sensuelle. Mirabeau, dont la vie ressemblait \u00e0 un roman libertin, y chante les louanges de la jouissance.<\/p><p>Peut-on encore en sourire\u00a0? \u00c0 la fin du <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e, la provocation n\u2019\u00e9tait pas si grande\u2026 et Sade le mod\u00e8le du genre fera pire, ou mieux, publi\u00e9 en 1990 dans La Pl\u00e9iade\u00a0: \u00ab\u00a0Grand seigneur m\u00e9chant homme ou bien \u00e9ternel insoumis, le marquis de Sade (1740-1814) fut successivement emprisonn\u00e9 par la monarchie, la R\u00e9volution et le pouvoir napol\u00e9onien. Ces longues ann\u00e9es d\u2019enfermement ont transform\u00e9 le libertin en un \u00e9crivain r\u00e9volt\u00e9 qui engage la litt\u00e9rature dans une entreprise inou\u00efe, celle de dire jusqu\u2019au vertige, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019aphasie, toutes les violences du corps et du monde, toutes les brutalit\u00e9s et les paradoxes du d\u00e9sir.\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Comment\u00a0! lui r\u00e9pondis-je, quelle diff\u00e9rence y a-t-il donc\u00a0? Tiens, vois\u00a0! me dit-il, en troussant sa chemise et me montrant son petit outil, qui \u00e9tait devenu gros et raide, et que je n\u2019avais qu\u2019entrevu jusque-l\u00e0.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791),<em> Le Rideau lev\u00e9 ou L\u2019\u00c9ducation de Laure<\/em> (anonyme, 1786)<\/p><\/blockquote><p>Mirabeau s\u2019en donne \u00e0 corps joie, sous le couvert de l\u2019anonymat. \u00ab\u00a0Quel exc\u00e8s de d\u00e9lices quand on \u00e9prouve pour la premi\u00e8re fois une volupt\u00e9 si grande, qu\u2019on n\u2019a jamais connue et dont on n\u2019a pas d\u2019id\u00e9e\u00a0! On n\u2019est plus rien, on est tout \u00e0 cette supr\u00eame f\u00e9licit\u00e9, on ne sent qu\u2019elle.\u00a0\u00bb<\/p><p>\u00ab\u00a0Nos caresses et nos baisers recommenc\u00e8rent\u00a0; mais, loin de nous pr\u00e9cipiter, nous badinions avec nos d\u00e9sirs pour en allonger la dur\u00e9e, en multipliant la jouissance, en retardant l\u2019approche du plaisir\u00a0: nous allions jusqu\u2019\u00e0 lui, nous le repoussions, il nous poursuivait.\u00a0\u00bb<\/p><p>Mirabeau l\u2019insoumis ne s\u2019est jamais cach\u00e9 de rien, m\u00eame si ce genre d\u2019\u00e9crits restaient (th\u00e9oriquement) anonymes. Il aura jusqu\u2019\u00e0 la fin du<em> Rideau lev\u00e9<\/em> et de sa vie publique ou priv\u00e9e d\u00e9fi\u00e9 le monde\u00a0: \u00ab\u00a0Retirez-vous, censeurs atrabilaires\u00a0; \/ Fuyez, d\u00e9vots, hypocrites ou fous\u00a0; \/ Prudes, guenons, et vous, vieilles m\u00e9g\u00e8res\u00a0: \/ Nos doux transports ne sont pas faits pour vous.\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La guerre est l\u2019industrie nationale de la Prusse.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791), <em>De la Monarchie prussienne<\/em> (1788)<\/p><\/blockquote><p>L\u2019homme redevient s\u00e9rieux \u00e0 mi-temps, pr\u00e9parant la suite de sa br\u00e8ve carri\u00e8re politique (deux ann\u00e9es) et annon\u00e7ant l\u2019Histoire des deux si\u00e8cles \u00e0 venir\u00a0dans son Introduction\u00a0: \u00ab\u00a0Je traiterai enfin du syst\u00e8me militaire, genre d\u2019industrie vraiment prussien, et jusqu\u2019ici l\u2019une des plus solides bases de la puissance \u00e0 laquelle s\u2019est \u00e9lev\u00e9e la maison de Brandebourg.\u00a0\u00bb<\/p><p>D\u2019une intelligence \u00e9blouissante et profonde, toujours passionn\u00e9, acquis aux id\u00e9es des philosophes et partisan d\u2019une monarchie constitutionnelle, il piaffe d\u2019impatience, se faisant fort de vivre enfin de sa plume qu\u2019il monnaie en multipliant les pamphlets et libelles contre l\u2019absolutisme royal, les privil\u00e8ges et les abus. Son ordre, la noblesse, le rejette d\u00e9finitivement et c\u2019est le tiers \u00e9tat d\u2019Aix qui l\u2019\u00e9lira d\u00e9put\u00e9 aux \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux.<\/p><p>En juin 1786, Talleyrand, avec qui il est li\u00e9, lui a obtenu une mission secr\u00e8te \u00e0 Berlin \u2013 il y reste six mois pour le compte de Calonne, Contr\u00f4leur g\u00e9n\u00e9ral des finances de Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span>. Il tente d\u2019\u00eatre nomm\u00e9 \u00e0 un vrai poste diplomatique. \u00c0 son retour en janvier 1787, furieux de n\u2019avoir rien obtenu, il publie un pamphlet, <em>D\u00e9nonciation de l\u2019agiotage<\/em> (mars 1787)\u2026 qui entra\u00eene une lettre de cachet et le contraint \u00e0 fuir de nouveau \u2013 cette fois \u00e0 Li\u00e8ge.<\/p><p>Proche du philosophe juif alsacien Cerf Beer, Mirabeau fait para\u00eetre en 1787 un essai sur la r\u00e9forme politique des Juifs, inspir\u00e9 du travail de l\u2019auteur allemand J. Ch. Dohm. En 1788, avec Brissot, Condorcet et son conseiller financier Clavi\u00e8re (banquier suisse en exil \u00e0 Paris), il fait partie des fondateurs de la Soci\u00e9t\u00e9 des amis des Noirs, cr\u00e9\u00e9e pour l\u2019abolition imm\u00e9diate de la traite des Noirs et de l\u2019esclavage dans les colonies.<\/p><h4>3. Notre premier r\u00e9volutionnaire\u00a0: un tribun aussit\u00f4t populaire.<\/h4><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voici enfin M. Necker roi de France\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"1258\" class=\"cit-num\">1258<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791), \u00e0 la fin du mois d\u2019ao\u00fbt 1788. <em>Necker<\/em> (1938), \u00c9douard Chapuisat<\/p><\/blockquote><p>Li\u00e9 au duc d\u2019Orl\u00e9ans et partisan d\u2019une monarchie constitutionnelle, il ironise au rappel de Necker qui devient ministre principal (ministre d\u2019\u00c9tat)\u00a0: c\u2019est l\u2019homme de la derni\u00e8re chance pour cette monarchie. Le banquier suisse pr\u00eate 2\u00a0millions \u00e0 l\u2019\u00c9tat sur sa fortune personnelle et en trouve quelques autres, le temps de tenir jusqu\u2019aux \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand on se m\u00eale de diriger une r\u00e9volution, la difficult\u00e9 n\u2019est pas de la faire aller, mais de la retenir.\u00a0\u00bb<span id=\"1268\" class=\"cit-num\">1268<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791). <em>Encyclop\u00e9die Larousse<\/em>, article \u00ab\u00a0Mirabeau\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote><p>Le premier des personnages r\u00e9v\u00e9l\u00e9s par la R\u00e9volution dit ces mots pr\u00e9monitoires d\u00e8s 1789. Il \u00e9chouera comme bien d\u2019autres dans sa tentative d\u2019y mettre un terme en 1790.<\/p><p>Un monarchiste lui fait \u00e9cho, le th\u00e9oricien contre-r\u00e9volutionnaire Joseph de Maistre, \u00e9migr\u00e9 en Suisse o\u00f9 il publiera anonymement ses <em>Consid\u00e9rations sur la France<\/em> en 1797\u00a0: \u00ab\u00a0Ce ne sont point les hommes qui m\u00e8nent la r\u00e9volution, c\u2019est la r\u00e9volution qui emploie les hommes. On dit fort bien, quand on dit qu\u2019elle va toute seule.\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Danton fut l\u2019action dont Mirabeau avait \u00e9t\u00e9 la parole.\u00a0\u00bb<span id=\"1295\" class=\"cit-num\">1295<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Quatre-vingt-treize<\/em> (1874)<\/p><\/blockquote><p>On l\u2019appelait \u00ab\u00a0le Mirabeau de la populace\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0la Torche de Provence\u00a0\u00bb, tout le contraire de Robespierre, avocat de province surnomm\u00e9 par Mirabeau \u00ab\u00a0la Chandelle d\u2019Arras\u00a0\u00bb et quasiment inaudible \u00e0 ses d\u00e9buts. Mirabeau ajoutait avec clairvoyance\u00a0: \u00ab\u00a0Cet homme ira loin car il croit tout ce qu\u2019il dit.\u00a0\u00bb<\/p><p>Comme Mirabeau, Danton, c\u2019est une \u00ab\u00a0gueule\u00a0\u00bb, un personnage th\u00e9\u00e2tral. Mais contrairement \u00e0 Mirabeau, \u00ab\u00a0Danton, comme Robespierre et Marat, est une cr\u00e9ation de la R\u00e9volution. Il jaillit de l\u2019immense \u00e9v\u00e9nement sans aucun pr\u00e9avis\u00a0\u00bb (Mona Ozouf). Alors que Mirabeau a d\u00e9j\u00e0 \u00ab\u00a0beaucoup v\u00e9cu\u00a0\u00bb et s\u2019est fait une vilaine r\u00e9putation \u00e0 son image, tout en acqu\u00e9rant l\u2019exp\u00e9rience des hommes et un sens de l\u2019Histoire en marche.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Allez dire \u00e0 votre ma\u00eetre que nous sommes ici par la volont\u00e9 du peuple et qu\u2019on ne nous en arrachera que par la puissance des ba\u00efonnettes.\u00a0\u00bb<span id=\"1320\" class=\"cit-num\">1320<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791), au marquis de Dreux-Br\u00e9z\u00e9, salle du Jeu de paume, 23\u00a0juin\u00a01789. <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1823-1827), Adolphe Thiers, F\u00e9lix Bodin<\/p><\/blockquote><p>R\u00e9ponse au grand ma\u00eetre des c\u00e9r\u00e9monies, envoy\u00e9 par Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> pour faire \u00e9vacuer la salle du Jeu de paume, suite au Serment du 20\u00a0juin.<\/p><p>Le nouveau surnom d\u2019\u00ab\u00a0Hercule de la libert\u00e9\u00a0\u00bb lui est aussit\u00f4t donn\u00e9 par l\u2019abb\u00e9 Siey\u00e8s, fin strat\u00e8ge et d\u00e9couvreur de talents \u2013 tel Bonaparte en qui il trouvera son homme, en l\u2019occurrence \u00ab\u00a0son sabre\u00a0\u00bb pour mettre fin au Directoire du grand n\u2019importe quoi, apr\u00e8s la R\u00e9volution.<\/p><p>\u00c0 la sortie de l\u2019Assembl\u00e9e nationale, quand la foule l\u2019applaudit vivement, il proclame en d\u00e9signant Mirabeau\u00a0: \u00ab\u00a0Vive, vive l\u2019Hercule de la libert\u00e9\u00a0\u00bb. Montrant son ami en retour et en bon connaisseur des classiques, Mirabeau r\u00e9pondit\u00a0: \u00ab\u00a0Voil\u00e0 Th\u00e9s\u00e9e\u00a0\u00bb. H\u00e9ros l\u00e9gendaire de la mythologie grecque et l\u2019un des premiers rois d\u2019Ath\u00e8nes c\u00e9l\u00e8bre pour avoir tu\u00e9 des m\u00e9chants, des amazones, des centaures\u2026 et le redoutable Minotaure, mi-homme mi-taureau.<\/p><p>Le comte de Mirabeau, reni\u00e9 par son ordre et \u00e9lu par le tiers, s\u2019est publiquement r\u00e9v\u00e9l\u00e9 d\u00e8s les premi\u00e8res s\u00e9ances de l\u2019Assembl\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Mirabeau attirait tous les regards. Tout le monde pressentait en lui la grande voix de la France\u00a0\u00bb \u00e9crira Michelet. Et Hugo se r\u00e9gale en connaisseur.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u2018Allez dire \u00e0 votre ma\u00eetre\u2026\u2019 Votre ma\u00eetre\u00a0! c\u00a0\u2018est le roi de France devenu \u00e9tranger. C\u2019est toute une fronti\u00e8re trac\u00e9e entre le tr\u00f4ne et le peuple. C\u2019est la r\u00e9volution qui laisse \u00e9chapper son cri. Personne ne l\u2019eut os\u00e9 avant Mirabeau. Il n\u2019appartient qu\u2019aux grands hommes de prononcer les mots d\u00e9cisifs des grandes \u00e9poques.\u00a0\u00bb<span id=\"1321\" class=\"cit-num\">1321<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Litt\u00e9rature et philosophie m\u00eal\u00e9es<\/em> (1834)<\/p><\/blockquote><p>L\u2019auteur dramatique a le sens du mot et ne peut que saluer l\u2019auteur de cette r\u00e9plique\u00a0: \u00ab\u00a0Allez dire \u00e0 votre ma\u00eetre\u2026\u00a0\u00bb La post\u00e9rit\u00e9 l\u2019a rendue immortelle. L\u2019iconographie de l\u2019\u00e9poque (gravures et tableaux contemporains) t\u00e9moigne de la port\u00e9e symbolique de cette sc\u00e8ne \u2013\u00a0ce qu\u2019on appellerait aujourd\u2019hui son \u00ab\u00a0impact m\u00e9diatique\u00a0\u00bb.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ils veulent rester\u00a0? Eh bien\u00a0! Foutre, qu\u2019ils restent\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"1322\" class=\"cit-num\">1322<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793), au marquis de Dreux-Br\u00e9z\u00e9, le soir du 23\u00a0juin 1789. <em>Les Hommes de la libert\u00e9<\/em>, tome 5,<em> Le Sang de la Bastille<\/em> (1987), Claude Manceron<\/p><\/blockquote><p>R\u00e9ponse sans c\u00e9r\u00e9monie du roi \u00e0 son grand ma\u00eetre des c\u00e9r\u00e9monies, venu lui rendre compte du refus des d\u00e9put\u00e9s. Un pas en avant, un pas en arri\u00e8re. Le roi recule \u00e0 l\u2019id\u00e9e du \u00ab\u00a0sang vers\u00e9\u00a0\u00bb \u2013\u00a0c\u2019est une obsession, chez lui. Par ailleurs, les r\u00e9giments dont il dispose sur place ne sont pas s\u00fbrs ou pas suffisants pour mater une \u00e9ventuelle r\u00e9volte.<\/p><p>Plus g\u00e9n\u00e9ralement, par sa faiblesse de caract\u00e8re, sa na\u00efvet\u00e9 politique, ses scrupules maladifs et ses perp\u00e9tuels changements d\u2019avis, c\u2019est le roi le moins arm\u00e9 pour affronter les \u00e9v\u00e9nements. Face \u00e0 lui, la p\u00e9riode fait na\u00eetre une s\u00e9rie de grands premiers r\u00f4les, dignes de l\u2019\u00e9v\u00e9nement majeur de notre histoire, la R\u00e9volution.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La famille est compl\u00e8te.\u00a0\u00bb<span id=\"1323\" class=\"cit-num\">1323<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Jean-Sylvain <span class=\"caps\">BAILLY<\/span> (1736-1793), \u00e0 la tribune de l\u2019Assembl\u00e9e nationale, 27\u00a0juin 1789. <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1823-1827), Adolphe Thiers, F\u00e9lix Bodin<\/p><\/blockquote><p>Le pr\u00e9sident de l\u2019Assembl\u00e9e, doyen du tiers \u00e9tat et premier \u00e0 pr\u00eater le serment du Jeu de paume, peut \u00eatre satisfait\u00a0: le roi a ordonn\u00e9 aux d\u00e9put\u00e9s de la noblesse et du clerg\u00e9 de se joindre au tiers.<\/p><p>L\u2019Assembl\u00e9e nationale m\u00e9rite enfin son nom et devient une notion juridique\u00a0: \u00ab\u00a0Nous pourrons maintenant nous occuper sans rel\u00e2che et sans distraction de la r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration du royaume et du bonheur public\u00a0\u00bb, conclut Bailly. Cela doit passer par une Constitution digne de ce nom \u2013 loi fondamentale qui fixe l\u2019organisation et le fonctionnement de l\u2019\u00c9tat.<\/p><p>Paris et Versailles illuminent. Tout le pays est d\u00e9sormais repr\u00e9sent\u00e9 par ces 1\u00a0196 d\u00e9put\u00e9s. Les votes se feront par t\u00eate, et non par ordre \u2013 noblesse et clerg\u00e9, unis contre le tiers, l\u2019emportaient presque toujours. Mais le syst\u00e8me repr\u00e9sentatif p\u00e8che encore par in\u00e9galit\u00e9 num\u00e9rique\u00a0: avec ses 598 d\u00e9put\u00e9s, le tiers repr\u00e9sente 24\u00a0millions de Fran\u00e7ais, et les deux autres ordres, un demi-million de nobles et de pr\u00eatres avec le m\u00eame nombre de d\u00e9put\u00e9s, 308 du clerg\u00e9, 290 de la noblesse.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019histoire n\u2019a trop souvent racont\u00e9 les actions que de b\u00eates f\u00e9roces parmi lesquelles on distingue de loin en loin des h\u00e9ros. Il nous est permis d\u2019esp\u00e9rer que nous commen\u00e7ons l\u2019histoire des hommes, celle de fr\u00e8res n\u00e9s pour se rendre mutuellement heureux.\u00a0\u00bb<span id=\"1324\" class=\"cit-num\">1324<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791), Assembl\u00e9e nationale, 27\u00a0juin 1789. <em>Discours et opinions de Mirabeau, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s d\u2019une notice sur sa vie<\/em> (1820)<\/p><\/blockquote><p>L\u2019Orateur du peuple fait de la fraternit\u00e9 l\u2019invention majeure de la R\u00e9volution \u2013 priorit\u00e9 sera plus souvent donn\u00e9e \u00e0 la libert\u00e9 et l\u2019\u00e9galit\u00e9. Avec la conscience de vivre un moment historique et un formidable optimisme \u2013 le bonheur est \u00e0 l\u2019ordre du jour.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le silence des peuples est la le\u00e7on des rois.\u00a0\u00bb<span id=\"1334\" class=\"cit-num\">1334<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791), Constituante, Versailles, 15\u00a0juillet 1789.<em> \u0152uvres de Mirabeau<\/em> (posthume, 1827)<\/p><\/blockquote><p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> est attendu et Mirabeau demande \u00e0 l\u2019assembl\u00e9e qui pr\u00e9pare une protestation au roi de s\u2019abstenir de toute marque d\u2019improbation, en reprenant simplement le mot prononc\u00e9 \u00e0 l\u2019oraison fun\u00e8bre de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> par l\u2019abb\u00e9 de Beauvais. Son petit-fils, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, \u00e9tait d\u2019ailleurs pr\u00e9sent \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie, en la basilique de Saint-Denis, il y a quinze ans.<\/p><p>Tel est encore le prestige du roi qu\u2019il retourne la situation, annon\u00e7ant qu\u2019il a donn\u00e9 ordre aux troupes de s\u2019\u00e9loigner de Paris et de Versailles. Il se fait acclamer par ces d\u00e9put\u00e9s majoritairement mod\u00e9r\u00e9s\u00a0: monarchistes (conservateurs) ou monarchiens (partisans d\u2019une monarchie constitutionnelle).<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Gardez-vous de demander du temps\u00a0; le malheur n\u2019en accorde jamais.\u00a0\u00bb<span id=\"1348\" class=\"cit-num\">1348<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791), Discours \u00e0 la Constituante, 26\u00a0septembre 1789. <em>M\u00e9moires biographiques, litt\u00e9raires et politiques de Mirabeau<\/em> (1835)<\/p><\/blockquote><p>L\u2019Orateur du peuple improvise dans le g\u00e9nie\u00a0: \u00ab\u00a0Aujourd\u2019hui la banqueroute, la hideuse banqueroute est l\u00e0\u00a0; elle menace de consumer vous, vos propri\u00e9t\u00e9s, votre honneur, et vous d\u00e9lib\u00e9rez\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p>Mirabeau se fait ici l\u2019avocat du projet Necker (rappel\u00e9 aux Finances le 16\u00a0juillet) pr\u00e9voyant une contribution volontaire du quart des revenus.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Choisissez parmi les plus riches, afin de sacrifier moins de citoyens\u00a0; mais choisissez\u00a0; car ne faut-il pas qu\u2019un petit nombre p\u00e9risse pour sauver la masse du peuple\u00a0? Allons, ces deux mille notables poss\u00e8dent de quoi combler le d\u00e9ficit.\u00a0\u00bb<span id=\"1349\" class=\"cit-num\">1349<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791), Discours \u00e0 la Constituante, 26\u00a0septembre 1789. <em>M\u00e9moires biographiques, litt\u00e9raires et politiques de Mirabeau<\/em> (1835)<\/p><\/blockquote><p>Crise financi\u00e8re et d\u00e9ficit du budget public sont les causes les plus directes de la R\u00e9volution. Mirabeau tente de sauver la monarchie, tout en d\u00e9non\u00e7ant les raisons du mal dont souffre le r\u00e9gime\u00a0: \u00ab\u00a0Deux si\u00e8cles de d\u00e9pr\u00e9dations et de brigandage ont creus\u00e9 le gouffre o\u00f9 le royaume est pr\u00e8s de s\u2019engloutir. Il faut le combler, ce gouffre effroyable\u00a0! Eh bien, voici la liste des propri\u00e9taires fran\u00e7ais, choisissez\u2026\u00a0Frappez, immolez sans piti\u00e9 ces tristes victimes\u00a0! pr\u00e9cipitez-les dans l\u2019ab\u00eeme\u00a0! Il va se refermer\u2026 Vous reculez d\u2019horreur\u2026 Hommes incons\u00e9quents! Hommes pusillanimes!\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Repassez quand je serai ministre\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"1360\" class=\"cit-num\">1360<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791), \u00e0 ses cr\u00e9anciers.<em> Histoire de France contemporaine depuis la R\u00e9volution jusqu\u2019\u00e0 la paix de 1919<\/em> (1920), Ernest Lavisse, Philippe Sagnac<\/p><\/blockquote><p>Toujours couvert de femmes et de dettes, aussi intelligent qu\u2019ambitieux, il intrigue pour supplanter Necker et se voit d\u00e9j\u00e0 chef mod\u00e9rateur d\u2019une R\u00e9volution qu\u2019il faut savoir finir \u2013 grand dessein d\u2019un certain nombre de r\u00e9volutionnaires successifs, \u00e0 commencer par les \u00ab\u00a0monarchistes\u00a0\u00bb, majoritaires au d\u00e9but de la R\u00e9volution.<\/p><p>La premi\u00e8re note secr\u00e8te de Mirabeau \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> est dat\u00e9e du 15\u00a0octobre 1789. Il ne sera v\u00e9ritablement \u00ab\u00a0achet\u00e9\u00a0\u00bb qu\u2019en mai\u00a01790.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il ne se fait payer que dans le sens de ses convictions.\u00a0\u00bb<span id=\"1363\" class=\"cit-num\">1363<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">FAYETTE<\/span> (1757-1834) parlant de Mirabeau qui offre ses services au roi et \u00e0 la reine, en mars\u00a01790. <em>Encyclop\u00e9die Larousse<\/em>, article \u00ab\u00a0Mirabeau (Honor\u00e9 Gabriel Riqueti, comte de)\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote><p>\u00ab\u00a0Mirabeau est vendu\u00a0\u00bb, disent ses adversaires. La Fayette est plus fair-play\u00a0: la v\u00e9nalit\u00e9 de Mirabeau ne se discute m\u00eame pas, mais il s\u2019en tient toujours \u00e0 ses id\u00e9es.<\/p><p>Il tente de faire prendre \u00e0 la R\u00e9volution un tournant \u00e0 droite et man\u0153uvre en secret pour sauver la monarchie. Il va donc offrir ses services au roi et \u00e0 la reine \u2013 ou plus exactement, les vendre tr\u00e8s cher, l\u2019homme \u00e9tant toujours couvert de dettes. Mais ses intrigues contrarient le jeu et les ambitions personnelles de La Fayette qui l\u2019a eu un temps comme alli\u00e9\u2026 et trahira bient\u00f4t la France en guerre, pour d\u2019autres raisons (ou ambitions) patriotiques.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La paix perp\u00e9tuelle est un r\u00eave et un r\u00eave dangereux s\u2019il entra\u00eene la France \u00e0 d\u00e9sarmer devant une Europe en armes.\u00a0\u00bb<span id=\"1365\" class=\"cit-num\">1365<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791), \u00ab\u00a0Discours sur la responsabilit\u00e9 des ministres\u00a0\u00bb, Constituante, 22\u00a0mai 1790. <em>Histoire de France contemporaine, depuis la R\u00e9volution jusqu\u2019\u00e0 la paix de 1919<\/em> (1920), Ernest Lavisse, Philippe Sagnac<\/p><\/blockquote><p>Le m\u00eame jour, \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e, l\u2019orateur est lucide. L\u2019id\u00e9ologie n\u2019a jamais aveugl\u00e9 l\u2019intelligence de ce personnage qui a plus d\u2019opportunisme que de conviction.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est peu de distance de la roche Tarp\u00e9ienne au Capitole.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791), \u00ab\u00a0Discours sur la responsabilit\u00e9 des ministres\u00a0\u00bb, Constituante, 22\u00a0mai 1790<\/p><\/blockquote><p>Consid\u00e9r\u00e9 comme l\u2019un des plus importants discours de sa br\u00e8ve carri\u00e8re politique, il fait ici allusion \u00e0 l\u2019histoire romaine. La roche Tarp\u00e9ienne \u00e9tait un rocher situ\u00e9 sur la colline du Capitole \u00e0 Rome o\u00f9 les criminels et les tra\u00eetres \u00e9taient pr\u00e9cipit\u00e9s en bas, le Capitole \u00e9tant la colline sacr\u00e9e o\u00f9 se situaient les temples et les institutions politiques comme le S\u00e9nat.<\/p><p>Mirabeau a critiqu\u00e9 l\u2019ancien syst\u00e8me o\u00f9 les ministres \u00e9taient responsables devant le roi et non devant le peuple. Ceux qui occupent des positions de pouvoir et d\u2019influence doivent \u00eatre conscients de leur vuln\u00e9rabilit\u00e9 et du fait qu\u2019ils peuvent \u00eatre renvers\u00e9s. Plus g\u00e9n\u00e9ralement, il met en garde ceux qui se croient \u00e0 l\u2019abri de tout danger en profitant de leur statut, de leur richesse ou de leur influence pour abuser de leur pouvoir. Il en a lui-m\u00eame souffert pendant toute sa vie.<\/p><p>Ironie de l\u2019Histoire, il est aujourd\u2019hui menac\u00e9 en raison de ses man\u0153uvres secr\u00e8tes aupr\u00e8s du roi. Il ne va pas tarder \u00e0 reprendre l\u2019allusion au Capitole et \u00e0 la roche Tarp\u00e9ienne.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le roi n\u2019a qu\u2019un homme, c\u2019est sa femme.\u00a0\u00bb<span id=\"1367\" class=\"cit-num\">1367<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791). <em>Marie-Antoinette, Correspondance, 1770-1793<\/em> (2005), \u00c9velyne Lever<\/p><\/blockquote><p>Ou encore, selon d\u2019autres sources\u00a0: \u00ab\u00a0Le roi n\u2019a qu\u2019un seul homme, c\u2019est la reine.\u00a0\u00bb<\/p><p>V\u00e9rit\u00e9 connue de tous, \u00e9prouv\u00e9e par Mirabeau devenu le conseiller secret de la couronne\u00a0: il essaie de convaincre la reine avant le roi, dont la faiblesse, les h\u00e9sitations, les retournements d\u00e9couragent les plus fervents d\u00e9fenseurs.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Madame, la monarchie est sauv\u00e9e.\u00a0\u00bb<span id=\"1368\" class=\"cit-num\">1368<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791), \u00e0 la reine, Ch\u00e2teau de Saint-Cloud, 3\u00a0juillet 1790.<em> M\u00e9moires sur Mirabeau et son \u00e9poque, sa vie litt\u00e9raire et priv\u00e9e, sa conduite politique \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale, et ses relations avec les principaux personnages de son temps<\/em> (posthume, 1824)<\/p><\/blockquote><p>Introduit \u00e0 la cour par son ami le prince d\u2019Arenberg, il a enfin r\u00e9ussi \u00e0 persuader Marie-Antoinette par son \u00e9loquence. Mais il est d\u00e9j\u00e0 bien tard\u2026<\/p><p>Une question se pose, sans r\u00e9ponse des historiens\u00a0: Mirabeau croit-il vraiment que la monarchie peut \u00eatre sauv\u00e9e\u00a0? Cet homme si bien inform\u00e9 de tout, si lucide et intelligent, s\u2019illusionne-t-il encore sur les chances d\u2019un r\u00e9gime condamn\u00e9, mais qui peut du moins le sauver de ses cr\u00e9anciers\u00a0?<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On voulait, il y a peu de jours, me porter en triomphe\u00a0; et maintenant on crie dans les rues\u00a0: La grande trahison du comte de Mirabeau\u00a0!\u2026 Je n\u2019avais pas besoin de cette le\u00e7on pour savoir qu\u2019il n\u2019y a pas loin du Capitole \u00e0 la roche tarp\u00e9ienne\u00a0; mais l\u2019homme qui combat pour la raison, pour la patrie, ne se tient pas si ais\u00e9ment pour vaincu.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791), \u0152uvres de Mirabeau, tome 3. Cit\u00e9 par L. Vivien, <em>Histoire g\u00e9n\u00e9rale de la R\u00e9volution fran\u00e7aise, de l\u2019Empire, de la Restauration, de la Monarchie de 1830<\/em> (1841)<\/p><\/blockquote><p>Pendant que Mirabeau parle ainsi, on l\u2019accuse plus ou moins publiquement d\u2019\u00eatre achet\u00e9 par la cour. En d\u00e9fendant avec tant d\u2019ardeur les pr\u00e9rogatives du Roi, il ne faisait, disait-on, qu\u2019ex\u00e9cuter les conditions de son march\u00e9 secret.<\/p><p>Le jour m\u00eame o\u00f9 il allait r\u00e9pondre \u00e0 Barnave, les injures et les pamphlets venaient l\u2019atteindre jusqu\u2019aux portes de l\u2019Assembl\u00e9e. Rien ne put \u00e9branler sa constance \u2026\u00a0\u00ab\u00a0Mais ces coups de bas en haut ne m\u2019arr\u00eateront pas dans ma carri\u00e8re. R\u00e9pondez, si vous pouvez\u00a0; vous calomnierez ensuite tant que vous voudrez.\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon ami, j\u2019emporte avec moi les derniers lambeaux de la monarchie.\u00a0\u00bb<span id=\"1384\" class=\"cit-num\">1384<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791), \u00e0 Talleyrand, fin mars\u00a01791. Son \u00ab\u00a0mot de la fin politique\u00a0\u00bb. <em>Souvenirs sur Mirabeau et sur les deux premi\u00e8res assembl\u00e9es l\u00e9gislatives<\/em> (1832), Pierre \u00c9tienne Louis Dumont<\/p><\/blockquote><p>Autre version\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019emporte dans mon c\u0153ur le deuil de la monarchie, dont les d\u00e9bris vont devenir la proie de factieux\u00a0\u00bb.<\/p><p>Mercredi 30 mars 1791, la rue de la Chauss\u00e9e-d \u2018Antin \u00e0 Paris est envahie par une foule inqui\u00e8te\u00a0: \u00ab\u00a0Un concours prodigieux et continuel de citoyens de tous les rangs et de tous les partis\u00a0\u00bb, selon les termes du Courrier de Provence (31 mars). La rue est ferm\u00e9e \u00e0 la circulation. C\u2019est que le comte de Mirabeau se meurt.<\/p><p>Talleyrand est venu voir le malade, juste avant sa mort (2\u00a0avril). Rappelons que certains d\u00e9put\u00e9s, connaissant son double jeu et son double langage entre le roi et l\u2019Assembl\u00e9e, l\u2019accusent de trahison \u2013 le fait sera prouv\u00e9 en novembre\u00a01792, quand l\u2019armoire de fer o\u00f9 le roi cache ses papiers compromettants r\u00e9v\u00e8lera ses secrets.<\/p><p>La monarchie perd son meilleur soutien, personne ne peut plus sauver ce r\u00e9gime. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> pr\u00e9pare sa fuite \u00e0 Varennes, avec la reine et quelques complices. Ce sera un \u00e9chec en juin, le commencement de la fin\u2026<\/p><h4>4. Panth\u00e9onisation imm\u00e9diate\u00a0: gloire\u2026 et d\u00e9ch\u00e9ance.<\/h4><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Toi que la France d\u00e9sol\u00e9e<br>Appelle en vain dans ses regrets,<br>Mirabeau, de ton mausol\u00e9e<br>J\u2019ornerai du moins les cypr\u00e8s\u00a0:<br>Lorsque ta fatale journ\u00e9e,<br>Par chaque printemps ramen\u00e9e,<br>Renouvellera nos douleurs,<br>Je chanterai tes nobles veilles,<br>Et sur le marbre o\u00f9 tu sommeilles<br>Tu sentiras couler mes pleurs.\u00a0\u00bb<span id=\"11\" class=\"cit-num\">11<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">CHENIER<\/span> (1762-1794),<em> Ode sur la Mort de Mirabeau<\/em> (1791)<\/p><\/blockquote><p>S\u2019illusionnant sur son honn\u00eatet\u00e9, l\u2019Assembl\u00e9e lui fait l\u2019honneur d\u2019\u00eatre inhum\u00e9 en l\u2019\u00e9glise Sainte Genevi\u00e8ve, transform\u00e9e pour l\u2019occasion en Panth\u00e9on des gloires nationales.<\/p><p>Mirabeau, l\u2019Orateur du peuple, la Torche de Provence, premier personnage marquant de la R\u00e9volution, est logiquement le premier des \u00ab\u00a0grands hommes\u00a0\u00bb \u00e0 conna\u00eetre les fun\u00e9railles nationales et les honneurs du nouveau Panth\u00e9on, en date du 5 avril 1791. Le peuple a pris le deuil de son grand homme, mort le 2 avril.<\/p><p>A-t-il succomb\u00e9 \u00e0 son go\u00fbt de la d\u00e9bauche\u00a0? Ses ennemis l\u2019ont-ils empoisonn\u00e9\u00a0? Deux hypoth\u00e8ses rapidement \u00e9cart\u00e9es au profit d\u2019une troisi\u00e8me\u00a0: Mirabeau est mort, \u00e9puis\u00e9, d\u2019avoir trop bien servi le peuple et la patrie. Il aura droit \u00e0 des fun\u00e9railles nationales. La R\u00e9volution vient d\u2019inventer le culte du grand homme. Les honneurs et la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 n\u2019emp\u00eacheront pas la d\u00e9ch\u00e9ance \u00e0 venir.<\/p><p>L\u2019ann\u00e9e suivante, apr\u00e8s la chute de la monarchie, l\u2019ouverture de l\u2019\u00ab\u00a0armoire de fer\u00a0\u00bb d\u00e9couverte lors du sac du palais des Tuileries le 10 ao\u00fbt 1792 r\u00e9v\u00e8le sa correspondance secr\u00e8te avec le roi et prouve sa duplicit\u00e9. Le destin a de nouveau frapp\u00e9.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Votre Comit\u00e9 vous propose d\u2019exclure Mirabeau du Panth\u00e9on fran\u00e7ais, afin d\u2019inspirer une terreur salutaire aux ambitieux et aux hommes vils dont la conscience est \u00e0 prix.\u00a0\u00bb<span id=\"12\" class=\"cit-num\">12<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><em>Choix de rapports, opinions et discours prononc\u00e9s \u00e0 la Tribune nationale de 1789 jusqu\u2019\u00e0 nos jours.<\/em> Volume 13 (1820)<\/p><\/blockquote><p>5 frimaire de l\u2019an <span class=\"caps\">II<\/span> (25 novembre 1793), les conclusions du Comit\u00e9 d\u2019instruction publique tenu devant la Convention sont sans appel.<\/p><p>La d\u00e9pouille du tribun adul\u00e9 fait l\u2019objet d\u2019un ch\u00e2timent posthume exemplaire\u00a0: 21 septembre 1794, Mirabeau est remplac\u00e9 par Marat, l\u2019Ami du peuple. Le s\u00e9jour du d\u00e9put\u00e9 montagnard sera plus court encore\u00a0:\u00a0 moins de cinq mois. L\u2019Histoire s\u2019emballe \u00e0 un rythme fou.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019est pas de grands hommes sans vertu\u00a0; sans respect des droits il n\u2019y a pas de grand peuple.\u00a0\u00bb <span id=\"120\" class=\"cit-num\">120<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Alexis de <span class=\"caps\">TOCQUEVILLE<\/span> (1805-1859), <em>De la d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique<\/em> (1835)<\/p><\/blockquote><p>Moralit\u00e9 de l\u2019Histoire, fort bien vue par l\u2019un des premiers historiens du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle. Et signe du Destin qui n\u2019en finit pas de jouer.<\/p><p>Voltaire va b\u00e9n\u00e9ficier de l\u2019engouement populaire, sans p\u00e2tir par la suite du retournement de l\u2019opinion publique. C\u2019est une \u00ab\u00a0valeur s\u00fbre\u00a0\u00bb. Quand la R\u00e9volution va mettre au Panth\u00e9on le grand homme, sur son sarcophage qui traverse Paris le 11\u00a0juillet 1791, on lit ces mots\u00a0: \u00ab\u00a0Il d\u00e9fendit Calas, Sirven, La Barre, Montbailli.\u00a0\u00bb Plus que le philosophe r\u00e9formateur ou le th\u00e9oricien sp\u00e9culateur, la R\u00e9volution honore l\u2019\u00ab\u00a0homme aux Calas\u00a0\u00bb, l\u2019infatigable combattant pour que justice soit faite. Deux mois apr\u00e8s lui, Rousseau son meilleur ennemi viendra le rejoindre.<\/p><p>Mirabeau n\u2019en reste pas moins un grand homme de notre Histoire, la R\u00e9volution \u00e9tant d\u00e9finitivement la p\u00e9riode la plus riche en personnages hors norme.<\/p><\/div><style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 \u00ab\u00a0Quand on se m\u00eale de diriger une r\u00e9volution, la difficult\u00e9 n\u2019est pas de la faire aller, mais de la retenir.\u00a0\u00bb MIRABEAU Avant la R\u00e9volution, ses quarante premi\u00e8res ann\u00e9es sont peu connues. Et pourtant, quel roman\u00a0plus vrai que nature, r\u00e9v\u00e9lateur d\u2019un certain milieu \u00e0 la fin du si\u00e8cle des Lumi\u00e8res&nbsp;! 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