{"id":9961,"date":"2024-07-15T00:00:00","date_gmt":"2024-07-14T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/lopinion-publique-des-francais-de-la-revolution-a-la-troisieme-republique\/"},"modified":"2025-08-12T08:42:58","modified_gmt":"2025-08-12T06:42:58","slug":"lopinion-publique-des-francais-de-la-revolution-a-la-troisieme-republique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/lopinion-publique-des-francais-de-la-revolution-a-la-troisieme-republique\/","title":{"rendered":"L\u2019opinion publique des Fran\u00e7ais (de la R\u00e9volution \u00e0 la Troisi\u00e8me R\u00e9publique)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p><strong>\u00ab\u00a0L\u2019opinion publique n\u2019existe pas.\u00a0\u00bb<\/strong> Pierre Bourdieu, expos\u00e9 de 1972, publi\u00e9 en 1973, dans <em>Les Temps Modernes<\/em>. Sociologue contemporain et intellectuel engag\u00e9, il contestait simplement la valeur des sondages d\u2019opinion, invention r\u00e9cente.<\/p>\n<p><strong>\u00ab\u00a0Les Fran\u00e7ais sont des veaux.\u00a0\u00bb<\/strong> Dans son livre <em>De Gaulle, mon p\u00e8re<\/em> (2003), Philippe de Gaulle rapporte les mots du g\u00e9n\u00e9ral, prononc\u00e9s en 1940 \u00e0 Londres apr\u00e8s la signature de l\u2019armistice entre la France de P\u00e9tain et l\u2019Allemagne nazie. Le g\u00e9n\u00e9ral aurait dit des Fran\u00e7ais\u00a0: <strong>\u00ab\u00a0Ce sont des veaux. Ils sont bons pour le massacre. Ils n\u2019ont que ce qu\u2019ils m\u00e9ritent.\u00a0\u00bb<\/strong> Mais ses divers Appels aux Fran\u00e7ais lanceront la r\u00e9sistance.<\/p>\n<p>Dans un raccourci original et fatalement caricatural, l\u2019adage de Jean Cocteau, tir\u00e9 de <em>Maalesh<\/em> (1950), assure que <strong>\u00ab\u00a0Les Fran\u00e7ais sont des Italiens de mauvaise humeur et les Italiens sont des Fran\u00e7ais de bonne humeur\u00a0\u00bb<\/strong> (<em>Lib\u00e9ration<\/em>, 13 mars 2019).<\/p>\n<p>Dans son livre programme, <em>R\u00e9volution<\/em> (2016), le futur pr\u00e9sident Emmanuel Macron se d\u00e9sole de nous voir, nous Fran\u00e7ais, <strong>\u00ab\u00a0recroquevill\u00e9s sur nos passions tristes, la jalousie, la d\u00e9fiance, la d\u00e9sunion, une certaine forme de mesquinerie, parfois de bassesse, devant les \u00e9v\u00e9nements.\u00a0\u00bb<\/strong> Et de commenter (<em>Lib\u00e9ration<\/em>, 16 novembre 2016)\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est une menace depuis des ann\u00e9es, c\u2019est un d\u00e9ferlement depuis des mois\u00a0: le monde occidental tout entier est submerg\u00e9 par la victoire de ce que Spinoza, le philosophe de la d\u00e9mocratie, nommait \u00ab\u00a0les passions tristes\u00a0\u00bb, comme la haine, la peur, la col\u00e8re, le mensonge ou la violence.\u00a0\u00bb Il reprendra l\u2019expression encore plus valable en 2022.<\/p>\n<p>La r\u00e9alit\u00e9 est heureusement et infiniment plus complexe. L\u2019Histoire le prouve, avec cet \u00e9dito en trois \u00e9pisodes\u00a0: 1. des origines au Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, 2. de la R\u00e9volution \u00e0 la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, 3. de la Quatri\u00e8me R\u00e9publique \u00e0 nos jours.<\/p>\n<h3><span class=\"caps\">II<\/span> \u2013 De la R\u00e9volution \u00e0 la Troisi\u00e8me R\u00e9publique.<\/h3>\n<p>Avec la R\u00e9volution, le peuple (de Paris) s\u2019exprime en acteur principal et la violence l\u2019emporte bient\u00f4t sur la mod\u00e9ration, jusqu\u2019\u00e0 la Terreur. Napol\u00e9on, port\u00e9 au pouvoir par deux pl\u00e9biscites, va censurer l\u2019opinion plus radicalement que sous l\u2019Ancien R\u00e9gime, mais l\u2019opposition trouve moyen de se manifester.<\/p>\n<p>Au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle et au fil des nombreux changements de r\u00e9gime, l\u2019opinion publique s\u2019affirme enfin, la libert\u00e9 de la presse s\u2019impose peu \u00e0 peu et refl\u00e8te tous les courants de pens\u00e9e, des plus extr\u00eames aux mod\u00e9r\u00e9s qui font tant bien que mal la majorit\u00e9. Les auteurs prennent parti dans le combat des id\u00e9es, les intellectuels t\u00e9moignent avant de devenir des \u00ab\u00a0ma\u00eetres \u00e0 penser\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-5-74.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<h4><span class=\"caps\">R\u00c9VOLUTION<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sire, il n\u2019y a qu\u2019un monarque dans votre royaume, c\u2019est le fisc. Il \u00f4te l\u2019or de la couronne, l\u2019argent de la crosse, le fer de l\u2019\u00e9p\u00e9e et l\u2019orgueil aux paysans.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1315\" class=\"cit-num\">1315<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Cahier de dol\u00e9ances de la ville de Marseille<\/em>. Cit\u00e9 par Marcel Jullian, invit\u00e9 \u00e0 l\u2019occasion du bicentenaire de la R\u00e9volution, matinale sur France Inter en 1989<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Superbe style qui contraste avec le ton quotidien, terre \u00e0 terre et souvent laborieux des quelque 50\u00a0000 cahiers r\u00e9dig\u00e9s en f\u00e9vrier-mars\u00a01789, pour exprimer les revendications des Fran\u00e7ais. C\u2019est \u00e0 l\u2019\u00e9vidence le reflet le plus fid\u00e8le de l\u2019opinion publique \u00e0 l\u2019aube de la R\u00e9volution.<br>En t\u00eate de toutes les revendications, la fiscalit\u00e9 qui avait tous les d\u00e9fauts aux yeux de l\u2019opinion publique\u00a0: in\u00e9galitaire, injuste, inefficace\u2026 et irr\u00e9formable.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous, d\u00e9put\u00e9s de la paroisse de Champniers d\u2019Angoul\u00eame, avons pris la hardiesse [\u2026] de vous faire savoir notre mis\u00e8re et notre pauvret\u00e9, que nous souffrons par les grosses impositions qui sont tax\u00e9es par vos intendants et subd\u00e9l\u00e9gu\u00e9s\u00a0; en un mot, ils nous mettent \u00e0 la mendicit\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1316\" class=\"cit-num\">1316<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Cahier de dol\u00e9ances du tiers \u00e9tat. D\u00e9partement de la Charente. Cahiers de dol\u00e9ances de la s\u00e9n\u00e9chauss\u00e9e d\u2019Angoul\u00eame et du si\u00e8ge royal de Cognac pour les \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux de 1789<\/em> (1907)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Que veut le tiers\u00a0? \u00c9galit\u00e9 devant l\u2019imp\u00f4t, acc\u00e8s aux emplois civils et aux grades militaires en fonction du m\u00e9rite et non de la naissance, fin des privil\u00e8ges de la noblesse.<\/p>\n<p>La noblesse, se sentant menac\u00e9e, revendique au contraire la d\u00e9fense de ses droits seigneuriaux et fonciers. Et presque tous les cahiers d\u00e9noncent l\u2019arbitraire de \u00ab\u00a0Monseigneur l\u2019intendant\u00a0\u00bb, l\u2019un des personnages les plus ha\u00efs de l\u2019Ancien R\u00e9gime.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ah\u00a0! \u00e7a ira, \u00e7a ira, \u00e7a ira<br>Le peuple en ce jour sans cesse r\u00e9p\u00e8te,<br>Ah\u00a0! \u00e7a ira, \u00e7a ira, \u00e7a ira.<br>Malgr\u00e9 les mutins tout r\u00e9ussira [\u2026]<br>Pierre et Margot chantent \u00e0 la guinguette\u00a0:<br>Ah\u00a0! \u00e7a ira, \u00e7a ira, \u00e7a ira.<br>R\u00e9jouissons-nous le bon temps viendra.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1371\" class=\"cit-num\">1371<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LADR\u00c9<\/span> (<span class=\"caps\">XVIII<\/span>e si\u00e8cle), paroles, et <span class=\"caps\">B\u00c9COURT<\/span> (<span class=\"caps\">XVIII<\/span>e si\u00e8cle), musique,<em> Le Carillon national<\/em>, chanson. <em>Chansons nationales et populaires de France<\/em> (1846), Th\u00e9ophile Marion Dumersan<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le peuple va entrer en sc\u00e8ne et l\u2019histoire de France peut s\u2019\u00e9crire en chansons, forme de citations et reflet d\u2019une opinion publique qui privil\u00e9gie naturellement ce moyen d\u2019expression.<\/p>\n<p>Le chant est plus connu sous le nom de son refrain\u00a0: \u00ab\u00a0Ah\u00a0! \u00e7a ira\u00a0\u00bb. Ladr\u00e9, chanteur des rues, en a \u00e9crit les paroles sur<em> Le Carillon national<\/em>, musique de contredanse sign\u00e9e B\u00e9court, violoniste de l\u2019orchestre au th\u00e9\u00e2tre des Beaujolais. La reine Marie-Antoinette la jouait volontiers sur son clavecin.<\/p>\n<p>Le texte, innocent \u00e0 l\u2019origine, reprend l\u2019expression de Benjamin Franklin, r\u00e9solument optimiste et r\u00e9p\u00e9tant au plus fort de la guerre d\u2019Ind\u00e9pendance en Am\u00e9rique, \u00e0 qui lui demande des nouvelles\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c7a ira, \u00e7a ira.\u00a0\u00bb Le mot est connu, le personnage populaire et dans l\u2019enthousiasme des pr\u00e9paratifs de la f\u00eate, le peuple chante\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c7a ira, \u00e7a ira.\u00a0\u00bb Le ton va bient\u00f4t changer\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ah\u00a0! \u00e7a ira, \u00e7a ira, \u00e7a ira,<br>Les aristocrates \u00e0 la lanterne,<br>Ah\u00a0! \u00e7a ira, \u00e7a ira, \u00e7a ira,<br>Les aristocrates on les pendra.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1381\" class=\"cit-num\">1381<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Ah\u00a0! \u00e7a ira<\/em>, couplet anonyme, sur une musique de <span class=\"caps\">B\u00c9COURT<\/span> (<span class=\"caps\">XVIII<\/span>e si\u00e8cle), chanson<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le plus c\u00e9l\u00e8bre \u00ab\u00a0refrain de la R\u00e9volution fran\u00e7aise\u00a0\u00bb, n\u00e9 bon enfant, se durcit et se radicalise, quand une main anonyme ajoute ce couplet vengeur. Toujours sur le m\u00eame air de contredanse populaire du <em>Carillon national.<\/em><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Aristocrate, te voil\u00e0 donc tondu,<br>Le Champ de Mars te fout la pelle au cul,<br>Aristocrate, te voil\u00e0 confondu.<br>J\u2019bais\u2019rons vos femmes, et vous serez cocus,<br>Aristocrates, je vous vois tous cornus.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1373\" class=\"cit-num\">1373<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Le Tombeau des aristocrates<\/em> (anonyme), chanson. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Chant\u00e9 le 14\u00a0juillet 1790 sur le Champ de Mars (avec <em>\u00ab\u00a0La Pelle au cul\u00a0\u00bb<\/em>, version voisine), le jour m\u00eame de cette f\u00eate de la r\u00e9conciliation nationale. C\u2019est un tout autre ton que le \u00ab\u00a0\u00e7a ira\u00a0\u00bb \u2013\u00a0lequel va conna\u00eetre nombre de parodies fort dures pour les aristos. Cela montre la complexit\u00e9 de cette R\u00e9volution o\u00f9 tous les courants d\u2019opinion se croisent. C\u2019est aussi le parfait reflet de l\u2019opinion publique vue par les chansons. \u00c0 travers elles, toute l\u2019histoire de France se d\u00e9roule.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dans une r\u00e9volution, le parti qui soutient les opinions mod\u00e9r\u00e9es a plus besoin que tout autre de courage.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1376\" class=\"cit-num\">1376<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mme de <span class=\"caps\">STA\u00cbL<\/span> (1766-1817), <em>\u0152uvres compl\u00e8tes de Madame la baronne de Sta\u00ebl<\/em> (1836)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Tr\u00e8s juste remarque de la femme r\u00e9put\u00e9e \u00ab\u00a0la plus intelligente de son temps\u00a0\u00bb. C\u2019est bien la fille de son p\u00e8re qui s\u2019exprime\u00a0: Jacques Necker, banquier suisse, en charge du minist\u00e8re des Finances pour la troisi\u00e8me fois, si populaire il y a encore un an, et toujours raisonnable dans sa gestion de la crise financi\u00e8re, se heurte \u00e0 la Constituante, et surtout \u00e0 Mirabeau qui souhaite financer le d\u00e9ficit par l\u2019\u00e9mission des assignats (papier-monnaie).<\/p>\n<p>Tomb\u00e9 en disgr\u00e2ce, il donne sa d\u00e9mission, le 3\u00a0septembre\u00a01790. Retir\u00e9 au ch\u00e2teau de Coppet, il va d\u00e9sormais \u00e9crire pour justifier sa gestion depuis que Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> l\u2019a appel\u00e9 au gouvernement et exposer ses id\u00e9es sur l\u2019administration des finances de la France.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Couple perfide, r\u00e9servez vos larmes<br>Pour arroser le prix de vos forfaits [\u2026]<br>Un peuple libre reconna\u00eet les charmes<br>De n\u2019\u00eatre plus au rang de vos sujets.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1389\" class=\"cit-num\">1389<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Poursuite et retour de la famille ci-devant royale<\/em> (juin\u00a01791), chanson anonyme. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le peuple chante encore, mais il a perdu confiance en Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>. Comme l\u2019\u00e9crit Denis Richet dans le <em>Dictionnaire critique de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Un roi avait en fuyant abandonn\u00e9 sa souverainet\u00e9. Un autre roi, le peuple, assistait gravement au spectacle.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>C\u2019est une foule terriblement silencieuse qui accueille le cort\u00e8ge \u00e0 son retour, le 25\u00a0juin. La Constituante a suspendu Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> de ses fonctions, d\u00e8s le 21. Ces cinq jours de vacance du tr\u00f4ne prouvent que la France peut vivre sans roi, et la R\u00e9publique devient un r\u00e9gime possible. Pour l\u2019historienne Mona Ozouf, le 21\u00a0juin, c\u2019est \u00ab\u00a0la mort de la royaut\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00c0 bas le Veto\u00a0! <br>Avis \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>\u00a0: le peuple est las de souffrir. <br>La libert\u00e9 ou la mort\u00a0!<span id=\"1415\" class=\"cit-num\">1415<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Slogans sur les enseignes, Manifestation du 20\u00a0juin 1792 \u00e0 Paris. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le palais des Tuileries est envahi par les sections de la Commune de Paris\u00a0: elles protestent contre le droit de veto du roi, et f\u00eatent en m\u00eame temps l\u2019anniversaire de sa fuite \u00e0 Varennes, dont l\u2019\u00e9chec, il y tout juste un an, a pr\u00e9cipit\u00e9 les \u00e9v\u00e9nements. La famille royale est molest\u00e9e.<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> accepte de se coiffer du bonnet rouge, de boire \u00e0 la sant\u00e9 de la nation \u2013 les gravures ne manquent pas de ridiculiser cette image de la monarchie bafou\u00e9e. Mais le roi refuse de renoncer \u00e0 son droit de veto.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La fermentation est au comble, et tout semble pr\u00e9sager pour cette nuit m\u00eame la plus grande commotion \u00e0 Paris. Nous sommes arriv\u00e9s au d\u00e9nouement du drame constitutionnel.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1422\" class=\"cit-num\">1422<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">ROBESPIERRE<\/span> (1758-1794), Lettre \u00e0 Couthon, 9\u00a0ao\u00fbt 1792. <em>Robespierre<\/em> (1946), G\u00e9rard Walter<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Et de conclure\u00a0: \u00ab\u00a0La R\u00e9volution va reprendre un cours plus rapide si elle ne s\u2019ab\u00eeme pas dans le despotisme militaire et dictatorial.\u00a0\u00bb C\u2019est bien vu\u00a0: il \u00e9crit ces mots la veille du drame. Robespierre esp\u00e9rait encore une voie l\u00e9gale et constitutionnelle. Mais les sans-culottes parisiens supportent de plus en plus mal la monarchie et se pr\u00e9parent \u00e0 une nouvelle \u00ab\u00a0journ\u00e9e r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb. Dans la nuit du 9 au 10\u00a0ao\u00fbt, le tocsin sonne aux clochers de la capitale.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tout s\u2019\u00e9meut, tout s\u2019\u00e9branle, tout br\u00fble de combattre, tout se l\u00e8ve en France d\u2019un bout de l\u2019empire \u00e0 l\u2019autre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1427\" class=\"cit-num\">1427<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DANTON<\/span> (1759-1794), L\u00e9gislative, 2\u00a0septembre 1792. <em>Discours de Danton, \u00e9dition critique<\/em> (1910), Andr\u00e9 Fribourg<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Danton est le grand homme de cette p\u00e9riode\u00a0: substitut de la Commune de Paris \u00e9rig\u00e9e en assembl\u00e9e souveraine et ministre de la Justice depuis le 11\u00a0ao\u00fbt, il a en fait tous les pouvoirs. Et l\u2019\u00e9loquence en plus. On l\u2019appelle \u00ab\u00a0le Mirabeau de la populace\u00a0\u00bb. Comme Mirabeau, c\u2019est une \u00ab\u00a0gueule\u00a0\u00bb, un personnage th\u00e9\u00e2tral. Mais contrairement \u00e0 Mirabeau, \u00ab\u00a0Danton, comme Robespierre et Marat, est une cr\u00e9ation de la R\u00e9volution. Il jaillit de l\u2019immense \u00e9v\u00e9nement sans aucun pr\u00e9avis\u00a0\u00bb (Mona Ozouf).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le tocsin qui sonne n\u2019est point un signal d\u2019alarme, c\u2019est la charge contre les ennemis de la patrie. Pour les vaincre, Messieurs, il nous faut de l\u2019audace, encore de l\u2019audace, toujours de l\u2019audace, et la France est sauv\u00e9e.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1428\" class=\"cit-num\">1428<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DANTON<\/span> (1759-1794), L\u00e9gislative, 2\u00a0septembre 1792. <em>Discours de Danton, \u00e9dition critique<\/em> (1910), Andr\u00e9 Fribourg<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0De l\u2019audace\u2026\u00a0\u00bb La fin du discours est c\u00e9l\u00e9brissime, et propre \u00e0 galvaniser le peuple et ses \u00e9lus\u00a0: \u00ab\u00a0Danton fut l\u2019action dont Mirabeau avait \u00e9t\u00e9 la parole\u00a0\u00bb, \u00e9crit Hugo (<em>Quatre-vingt-treize<\/em>).<\/p>\n<p>Ce 2\u00a0septembre, la patrie est plus que jamais en danger. La Fayette, accus\u00e9 de trahison, est pass\u00e9 \u00e0 l\u2019ennemi. Dumouriez, qui a d\u00e9missionn\u00e9 de son poste de ministre, l\u2019a remplac\u00e9 \u00e0 la t\u00eate de l\u2019arm\u00e9e du Nord, mais le g\u00e9n\u00e9ral ne parvient pas \u00e0 \u00e9tablir la jonction avec Kellermann \u00e0 Metz. Et Verdun vient de capituler, apr\u00e8s seulement deux jours de si\u00e8ge\u00a0: les Prussiens sont accueillis avec des fleurs par la population royaliste. C\u2019est dire l\u2019\u00e9motion chez les r\u00e9volutionnaires \u00e0 Paris\u00a0!<\/p>\n<p>La rumeur court d\u2019un complot des prisonniers, pr\u00eats \u00e0 massacrer les patriotes \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e des Austro-Prussiens, qui serait imminente. On arr\u00eate 600 suspects qui rejoignent 2\u00a0000 d\u00e9tenus en prison. D\u2019o\u00f9 les \u00ab\u00a0massacres de septembre\u00a0\u00bb qui r\u00e9jouissent les sans-culottes de Paris.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tout le monde veut bien de la R\u00e9publique\u00a0; personne ne veut de la pauvret\u00e9 ni de la vertu.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1457\" class=\"cit-num\">1457<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">SAINT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">JUST<\/span> (1767-1794), Discours sur les subsistances, Convention, 29\u00a0novembre\u00a01792. <em>\u0152uvres de Saint-Just, repr\u00e9sentant du peuple \u00e0 la Convention nationale<\/em> (posthume, 1834), Saint-Just<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Th\u00e9oricien de la R\u00e9volution, \u00e9lu \u00e0 la L\u00e9gislative, mais trop jeune pour si\u00e9ger, orateur \u00e0 la fois raisonneur et enflamm\u00e9, il repr\u00e9sente le courant \u00ab\u00a0pur et dur\u00a0\u00bb avec son ami Robespierre dont il partage les id\u00e9es et le sort, jusqu\u2019\u00e0 la mort. \u00ab\u00a0L\u2019Archange de la Terreur\u00a0\u00bb va faire un grand usage du mot \u00ab\u00a0vertu\u00a0\u00bb. En attendant, il d\u00e9crit avec justesse et bon sens l\u2019\u00e9tat de l\u2019opinion publique moyenne qui subira, avant de se r\u00e9volter \u00e0 son tour contre le tournant pris par la R\u00e9volution sous la Terreur act\u00e9e et d\u00e9cr\u00e9t\u00e9e en 1794.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ons plus de roi dans la France [\u2026]<br>\u00c0 pr\u00e9sent tout ira bien<br>\u00c0 Paris comme \u00e0 la guerre.<br>Je n\u2019craindrons plus le venin<br>Qui g\u00e2tait toute c\u2019t\u2019affaire,<br>J\u2019aurons vraiment la libert\u00e9<br>En soutenant l\u2019\u00e9galit\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1485\" class=\"cit-num\">1485<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Citoyenne Veuve Ferrand (fin du <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e si\u00e8cle), <em>Joie du peuple r\u00e9publicain<\/em> (d\u00e9but 1793), chanson. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Chaque \u00e9v\u00e9nement historique est ponctu\u00e9 de paroles et musique. Cette<em> Joie du peuple r\u00e9publicain<\/em> est assur\u00e9ment une \u00ab\u00a0chanson de circonstance\u00a0\u00bb\u00a0: tout ira bien apr\u00e8s la mort du roi. Au-del\u00e0 de cette joie, le choc est immense. L\u2019opinion publique est profond\u00e9ment choqu\u00e9e par la mort du roi, condamn\u00e9 \u00e0 la guillotine. La province se soul\u00e8ve et la guerre de Vend\u00e9e, v\u00e9ritable guerre civile, va d\u00e9chirer, endeuiller, marquer profond\u00e9ment le pays.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le pays a \u00e9t\u00e9 divis\u00e9 en deux classes\u00a0: celle qui fait peur et celle qui a peur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1533\" class=\"cit-num\">1533<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Lambert <span class=\"caps\">TALLIEN<\/span> (1767-1820) d\u00e9finissant le r\u00e9gime de la Terreur. <em>La Peur au <span class=\"caps\">XXVIII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle\u00a0: discours, repr\u00e9sentations, pratiques<\/em> (1994), Jacques Berchthold, Michel Porret<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce Montagnard est assur\u00e9ment du c\u00f4t\u00e9 de la classe qui fait peur\u00a0: membre du Comit\u00e9 de s\u00fbret\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale (devenu le minist\u00e8re de la Terreur et s\u2019occupant de tout ce qui est relatif aux personnes et \u00e0 la police g\u00e9n\u00e9rale et int\u00e9rieure), Tallien est envoy\u00e9 comme repr\u00e9sentant en mission \u00e0 Bordeaux, justement pour y organiser la Terreur. La rencontre de la future Mme\u00a0Tallien (au nombre de ses prisonniers) rend l\u2019homme plus mod\u00e9r\u00e9, bient\u00f4t opportuniste. Le couple fera bient\u00f4t les beaux jours du Directoire.<\/p>\n<h4><span class=\"caps\">EMPIRE<\/span><\/h4>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-6-62.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le peuple fran\u00e7ais nomme et le S\u00e9nat proclame Napol\u00e9on Bonaparte Premier Consul \u00e0 vie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1727\" class=\"cit-num\">1727<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Le S\u00e9nat, proclamation des r\u00e9sultats du pl\u00e9biscite, 2\u00a0ao\u00fbt 1802<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est bien le peuple tout entier qui donne ce pouvoir \u00e0 Bonaparte\u00a0: sur plus de 3,5\u00a0millions de votants, gu\u00e8re plus de 8\u00a0000 non. \u00c0 Paris\u00a0: 60 non. En Vend\u00e9e, 6\u00a0! Le consensus national est \u00e9vident. Le nouveau chef de l\u2019\u00c9tat a l\u2019opinion publique avec lui. Et il s\u2019appuie logiquement sur cette force (comme le fera Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span> en son temps).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019accepte le titre que vous croyez utile \u00e0 la gloire de la nation. Je soumets \u00e0 la sanction du peuple la loi d\u2019h\u00e9r\u00e9dit\u00e9. J\u2019esp\u00e8re que la France ne se repentira jamais des honneurs dont elle environnera ma famille.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1792\" class=\"cit-num\">1792<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), Adresse de l\u2019empereur \u00e0 Cambac\u00e9r\u00e8s et au pays, 18\u00a0mai 1804. <em>Paroles et faits remarquables de Napol\u00e9on\u00a0: empereur des Fran\u00e7ais et roi d\u2019Italie<\/em> (1805), Napol\u00e9on Ier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Moment solennel \u2013 il y en aura beaucoup d\u2019autres, dans cet Empire qui multiplie les symboles. Les mots sont tr\u00e8s forts, lourds de cons\u00e9quences, pour la France et pour Napol\u00e9on qui a rev\u00eatu son uniforme de colonel de la garde.<\/p>\n<p>\u00c0 la demande de Cambac\u00e9r\u00e8s, on n\u2019attend pas la \u00ab\u00a0sanction du peuple\u00a0\u00bb et la mise en application de la Constitution de l\u2019an X est imm\u00e9diate. Le r\u00e9sultat du pl\u00e9biscite pour l\u2019Empire \u00e9tait \u00e9vident\u00a0: plus de 3,5\u00a0millions de oui, 2\u00a0579 non (ao\u00fbt\u00a01804). C\u2019est dire \u00e0 quel point l\u2019opinion \u00e9tait unanime.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut avant tout arriver \u00e0 l\u2019unit\u00e9, et qu\u2019une g\u00e9n\u00e9ration tout enti\u00e8re puisse \u00eatre jet\u00e9e dans le m\u00eame moule.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1757\" class=\"cit-num\">1757<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821) au comte Louis-Mathieu <span class=\"caps\">MOL\u00c9<\/span>.<em> Histoire g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019enseignement et de l\u2019\u00e9ducation en France, tome\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>, De la R\u00e9volution \u00e0 l\u2019\u00e9cole r\u00e9publicaine<\/em> (1981), Fran\u00e7ois Mayeur<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019instruction publique est un moyen de \u00ab\u00a0diriger les opinions publiques et morales\u00a0\u00bb et pour Napol\u00e9on, \u00ab\u00a0tout en d\u00e9pend, le pr\u00e9sent et l\u2019avenir\u00a0\u00bb. Les premiers lyc\u00e9es sont fond\u00e9s en 1802. La mission assign\u00e9e \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 en 1808 sera \u00e9galement de \u00ab\u00a0former dans le m\u00eame moule une jeunesse bourgeoise d\u00e9vou\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb. L\u2019empereur pr\u00e9tend aussi asservir \u00e0 sa loi philosophes et \u00e9crivains\u2026 et c\u2019est un tout autre probl\u00e8me. Il \u00e9chouera \u2013 l\u2019exception culturelle du Si\u00e8cle de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> reste unique, celle d\u2019un art dirig\u00e9 devenu classique, source de chefs d\u2019\u0153uvre dans les domaines du th\u00e9\u00e2tre, de la litt\u00e9rature, de la peinture, la sculpture, l\u2019architecture\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Chaque ann\u00e9e, la France faisait pr\u00e9sent \u00e0 cet homme de trois cent mille jeunes gens\u00a0; c\u2019\u00e9tait l\u2019imp\u00f4t pay\u00e9 \u00e0 C\u00e9sar.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1764\" class=\"cit-num\">1764<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alfred de <span class=\"caps\">MUSSET<\/span> (1810-1757), <em>La Confession d\u2019un enfant du\u00a0si\u00e8cle<\/em> (1836)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0\u2026 Et s\u2019il n\u2019avait ce troupeau derri\u00e8re lui, il ne pouvait suivre sa fortune. C\u2019\u00e9tait l\u2019escorte qu\u2019il lui fallait, pour qu\u2019il p\u00fbt traverser le monde, et s\u2019en aller tomber dans une petite vall\u00e9e d\u2019une \u00eele d\u00e9serte, sous un saule pleureur.\u00a0\u00bb L\u2019histoire finit mal, pour la France exsangue et pour l\u2019empereur exil\u00e9.<br>Mais Musset, l\u2019enfant du si\u00e8cle orphelin de Napol\u00e9on, \u00e9voque aussit\u00f4t apr\u00e8s l\u2019Empire glorieux\u00a0: \u00ab\u00a0Jamais il n\u2019y eut tant de joie, tant de vie, tant de fanfares guerri\u00e8res dans tous les c\u0153urs. Jamais il n\u2019y eut de soleils si purs que ceux qui s\u00e9ch\u00e8rent tout ce sang. On disait que Dieu les faisait pour cet homme, et on les appelait ses soleils d\u2019Austerlitz.\u00a0\u00bb C\u2019est dire si l\u2019opinion publique est changeante, diverse et difficile \u00e0 d\u00e9finir, m\u00eame dans une p\u00e9riode parfaitement document\u00e9e\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019ogre corse sous qui nous sommes,<br>Cherchant toujours nouveaux exploits,<br>Mange par an deux cent mille hommes<br>Et va partout chiant des rois.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1765\" class=\"cit-num\">1765<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pamphlet anonyme contre Napol\u00e9on.<em> Encyclop\u00e6dia Universalis<\/em>, article \u00ab\u00a0Premier Empire\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>De nombreux pamphlets contribuent \u00e0 diffuser la l\u00e9gende noire de l\u2019Ogre de Corse, contre la l\u00e9gende dor\u00e9e de la propagande imp\u00e9riale. L\u2019opinion publique \u00e9tait fatalement partag\u00e9e entre ces deux visions de Napol\u00e9on. Elle l\u2019est toujours, le personnage d\u00e9cha\u00eenant les passions les plus extr\u00eames. <br>Les rois impos\u00e9s par l\u2019empereur sont nombreux, pris dans sa famille ou parmi ses g\u00e9n\u00e9raux\u00a0: rois de Naples, d\u2019Espagne, de Su\u00e8de, de Hollande, de Westphalie. Royaut\u00e9s parfois \u00e9ph\u00e9m\u00e8res, souvent mal accept\u00e9es des populations lib\u00e9r\u00e9es ou conquises. Les historiens estimeront \u00e0 un million les morts de la Grande Arm\u00e9e, \u00ab\u00a0cette l\u00e9gendaire machine de guerre\u00a0\u00bb command\u00e9e par Napol\u00e9on en personne.<\/p>\n<h4><span class=\"caps\">RESTAURATION<\/span><\/h4>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-7-56.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le peuple, c\u2019est ma Muse.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1897\" class=\"cit-num\">1897<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">B\u00c9RANGER<\/span> (1780-1857). <em>\u0152uvres compl\u00e8tes de Pierre Jean de B\u00e9ranger<\/em> (1840)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Toujours \u00e0 l\u2019\u00e9coute de \u00ab\u00a0l\u2019instinct du peuple\u00a0\u00bb, l\u2019auteur en fait sa \u00ab\u00a0r\u00e8gle de conduite\u00a0\u00bb et en cette ann\u00e9e charni\u00e8re de 1814, il r\u00e9siste aux conseils, aux pressions de tous bords.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la censure si s\u00e9v\u00e8re sous l\u2019Empire, la chanson reprend ses droits et redevient le reflet de l\u2019opinion publique. Les satires anticl\u00e9ricales et les pamphlets politiques de B\u00e9ranger vaudront toutefois la prison \u00e0 leur auteur (en 1815, puis en 1828). Il passe m\u00eame pour un grand homme et un martyr. Devenu plus prudent, il continuera de manifester indirectement son hostilit\u00e9 au r\u00e9gime, en c\u00e9l\u00e9brant le culte de Napol\u00e9on\u00a0: \u00ab\u00a0Parlez-nous de lui, grand-m\u00e8re\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Parler est bien, \u00e9crire est mieux\u00a0; imprimer est une excellente chose.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1898\" class=\"cit-num\">1898<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul-Louis <span class=\"caps\">COURIER<\/span> (1772-1825), <em>Pamphlet des pamphlets<\/em> (1824)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Quelle que soit la censure qui touche d\u2019ailleurs la presse plus que la litt\u00e9rature, la Restauration est une p\u00e9riode de grande activit\u00e9 intellectuelle\u00a0: des sciences exactes aux courants politiques, en passant par la po\u00e9sie, la litt\u00e9rature, le th\u00e9\u00e2tre. En 1825, l\u2019\u00e9dition fran\u00e7aise publie de 13 \u00e0 14\u00a0millions de volumes \u2013 pour 30\u00a0millions de Fran\u00e7ais, dont les trois quarts sont illettr\u00e9s. On a recens\u00e9 2\u00a0278 titres de journaux et p\u00e9riodiques, durables ou \u00e9ph\u00e9m\u00e8res. Ils refl\u00e8tent l\u2019opinion publique dans toute sa diversit\u00e9. C\u2019est aussi l\u2019apprentissage de la d\u00e9mocratie et de la R\u00e9publique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une opinion ne devient pas criminelle en devenant publique.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1971\" class=\"cit-num\">1971<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comte de <span class=\"caps\">SERRE<\/span> (1776-1824), pr\u00e9ambule des trois lois favorables \u00e0 la libert\u00e9 de la presse, 22\u00a0mars\u00a01819. <em>Guizot pendant la Restauration<\/em> (1923), Charles Hippolyte Pouthas<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les constitutionnels (au centre) sont plus nombreux que les ultraroyalistes. Depuis 1816 et pendant quatre ans, ils ont le pouvoir. Decazes, ministre de la Police, puis de l\u2019Int\u00e9rieur, dirige en fait le gouvernement, avec la confiance du roi qui l\u2019appelle \u00ab\u00a0mon fils\u00a0\u00bb. Il place ses hommes, et le choix est bon, avec le baron Louis aux Finances, le comte de Serre \u00e0 la Justice.<\/p>\n<p>De Serre d\u00e9pose trois lois lib\u00e9rant la presse\u00a0: abolition de la censure et de l\u2019autorisation pr\u00e9alable, r\u00e9duction du nombre des d\u00e9lits, jugements confi\u00e9s \u00e0 un jury populaire (moins s\u00e9v\u00e8re que le juge correctionnel). Il fait partie des constitutionnels dits doctrinaires, redoutant les exc\u00e8s de la d\u00e9mocratie autant que de l\u2019aristocratie, et attach\u00e9s \u00e0 la Charte, rempart \u00e0 la fois contre le peuple et les ultras. La confiance revient, le budget est en \u00e9quilibre. Mais il y a toujours une opposition, ou plut\u00f4t deux\u00a0: \u00e0 gauche et \u00e0 droite. Et les lois de Serre cr\u00e9ent les conditions de la presse d\u2019opinion.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La libert\u00e9 de la presse, c\u2019est l\u2019expansion et l\u2019impulsion de la vapeur dans l\u2019ordre intellectuel, force terrible mais vivifiante, qui porte et r\u00e9pand en un clin d\u2019\u0153il les faits et les id\u00e9es sur toute la face de la terre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1972\" class=\"cit-num\">1972<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">GUIZOT<\/span> (1787-1874), <em>M\u00e9moires pour servir \u00e0 l\u2019histoire de mon temps<\/em> (1858-1867)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Guizot entre sur la sc\u00e8ne politique sous la Restauration, tout en faisant \u0153uvre d\u2019historien (de la France et de l\u2019Angleterre). Il a des responsabilit\u00e9s dans le minist\u00e8re Decazes, et la m\u00eame \u00e9tiquette de mod\u00e9r\u00e9 que le comte de Serre, tr\u00e8s repr\u00e9sentatif avec son ami Royer-Collard d\u2019une classe de bourgeois instruits et riches, juristes, universitaires, hauts fonctionnaires. Il ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai toujours souhait\u00e9 la presse libre\u00a0; je la crois \u00e0 tout prendre plus utile que nuisible \u00e0 la moralit\u00e9 publique.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mais cette libert\u00e9 d\u2019expression et d\u2019opinion, qui profite surtout \u00e0 leurs adversaires, ulc\u00e8re les ultras de droite, qui vont pratiquer la politique du pire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0De tout temps, les pamphlets ont chang\u00e9 la face du monde.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1993\" class=\"cit-num\">1993<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul-Louis <span class=\"caps\">COURIER<\/span> (1772-1825),<em> Pamphlet des pamphlets<\/em> (1824)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pol\u00e9miste brillant, il incarne, face \u00e0 la monarchie restaur\u00e9e, une tradition \u00e0 la fois lib\u00e9rale et anticl\u00e9ricale qui s\u2019exprime, malgr\u00e9 la censure. Sous la Restauration, la vie politique est active, mais limit\u00e9e, l\u2019\u00e9conomie ne conna\u00eet qu\u2019une faible progression, mais le mouvement des id\u00e9es est tel que la France et ses intellectuels retrouvent la primaut\u00e9 perdue sous l\u2019Empire.<\/p>\n<h4><span class=\"caps\">MONARCHIE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">JUILLET<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le cri du pauvre monte jusqu\u2019\u00e0 Dieu, mais il n\u2019arrive pas \u00e0 l\u2019oreille de l\u2019homme.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2048\" class=\"cit-num\">2048<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">F\u00e9licit\u00e9 Robert de <span class=\"caps\">LAMENNAIS<\/span> (1782-1854), <em>Paroles d\u2019un croyant<\/em> (1834)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cr\u00e9ateur du catholicisme social, soucieux d\u2019appliquer un id\u00e9al de justice et de charit\u00e9 conforme \u00e0 l\u2019enseignement de l\u2019\u00c9vangile, Lamennais profite de la nouvelle libert\u00e9 de la presse en 1830 et lance le journal <em>L\u2019Avenir<\/em> avec ses amis Lacordaire et Montalembert. En exergue\u00a0: \u00ab\u00a0Dieu et la libert\u00e9\u00a0\u00bb. Il est condamn\u00e9 par l\u2019Encyclique <em>Mirari vos<\/em> (1832). Pour le pape, souverainet\u00e9s du peuple et de Dieu sont incompatibles.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s une grave crise de conscience, il rompt avec l\u2019\u00c9glise pour n\u2019\u00eatre plus que socialiste, \u00e0 l\u2019inverse de ses deux amis qui se soumettent, sans abandonner leur action g\u00e9n\u00e9reuse. Lamennais publie ses <em>Paroles d\u2019un croyant<\/em> sous forme de versets, comme la Bible, et y affirme son socialisme\u00a0: Dieu veut l\u2019\u00e9galit\u00e9, la libert\u00e9 et la fraternit\u00e9 des hommes. \u00ab\u00a0La libert\u00e9 est le pain que les peuples doivent gagner \u00e0 la sueur de leur front\u00a0\u00bb, \u00e9crit-il encore pour encourager le peuple au combat contre tous ceux qui l\u2019oppriment.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0C\u2019est la Marseillaise du christianisme et l\u2019auteur est un pr\u00eatre en bonnet rouge\u00a0\u00bb, dit-on alors. C\u2019est surtout un courant d\u2019opinion tr\u00e8s repr\u00e9sentatif de cette fermentation des id\u00e9es, face \u00e0 la mis\u00e8re du peuple qui s\u2019aggrave et contraste avec l\u2019enrichissement de la bourgeoisie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une femme qui voterait les lois, discuterait le budget, administrerait les deniers publics, ne pourrait \u00eatre qu\u2019un homme.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2081\" class=\"cit-num\">2081<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles <span class=\"caps\">NODIER<\/span> (1780-1844), <em>L\u2019Europe litt\u00e9raire<\/em> (mars 1832)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les f\u00e9ministes devront d\u00e9ployer beaucoup de talent, d\u2019\u00e9loquence et de courage, pour faire \u00e9voluer l\u2019opinion et les m\u0153urs.<\/p>\n<p>Pionnier du mouvement romantique en France, h\u00e9ritier des Lumi\u00e8res et amoureux des auteurs de la Renaissance, Nodier ne peut \u00eatre class\u00e9 comme un r\u00e9actionnaire. C\u2019est seulement un homme de son temps \u2013 consid\u00e9r\u00e9 aujourd\u2019hui comme tr\u00e8s misogyne, ou phallocrate.<\/p>\n<p>Le pr\u00e9jug\u00e9 vient de loin, remontant aux philosophes grecs de l\u2019Antiquit\u00e9, universellement cit\u00e9s et respect\u00e9s\u00a0: \u00ab\u00a0Il y a un principe bon qui a cr\u00e9\u00e9 l\u2019ordre, la lumi\u00e8re et l\u2019homme\u00a0; il y a un principe mauvais qui a cr\u00e9\u00e9 le chaos, les t\u00e9n\u00e8bres et la femme.\u00a0\u00bb Pythagore, l\u2019homme du fameux th\u00e9or\u00e8me \u00e9ponyme, s\u2019exprime ainsi, au <span class=\"caps\">VI<\/span>e si\u00e8cle avant J.-C. Et le christianisme n\u2019arrange rien, si l\u2019on en croit saint Thomas, l\u2019un des douze ap\u00f4tres de J\u00e9sus\u00a0: \u00ab\u00a0La femme a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e plus imparfaite que l\u2019homme, m\u00eame quant \u00e0 son \u00e2me.\u00a0\u00bb. Et si l\u2019on \u00e9coute Saint Augustin (354-430)\u00a0: \u00ab\u00a0Homme, tu es le ma\u00eetre, la femme est ton esclave, c\u2019est Dieu qui l\u2019a voulu.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Peuple \u00e0 la lymphatique fibre,<br>Entends Mol\u00e9 te supplier.<br>Tu disais\u00a0: Je veux \u00eatre libre.<br>Mol\u00e9 te r\u00e9pond\u00a0: Sois caissier.<br>Peuple \u00e0 jamais digne d\u2019estime,<br>Payer fut toujours ton r\u00e9gime.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2095\" class=\"cit-num\">2095<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Ag\u00e9nor <span class=\"caps\">ALTAROCHE<\/span> (1811-1884), <em>La Parisienne de 1837<\/em>, chanson.<em> Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le comte Mol\u00e9 est chef du gouvernement de\u00a01836 \u00e0\u00a01839. Peuple et petite bourgeoisie paient de plus en plus d\u2019imp\u00f4ts, alors que le suffrage censitaire les \u00e9carte du pouvoir. Par ailleurs, l\u2019expansion \u00e9conomique rend les riches plus riches (une minorit\u00e9) et les pauvres plus pauvres (la masse du pays). Un r\u00e9gime ne peut vivre durablement sous le signe de cette injustice.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le bourgeois de Paris est un roi qui a, chaque matin \u00e0 son lever, un complaisant, un flatteur qui lui conte vingt histoires. Il n\u2019est point oblig\u00e9 de lui offrir \u00e0 d\u00e9jeuner, il le fait taire quand il veut et lui rend la parole \u00e0 son gr\u00e9\u00a0; cet ami docile lui pla\u00eet d\u2019autant plus qu\u2019il est le miroir de son \u00e2me et lui dit tous les jours son opinion en termes un peu meilleurs qu\u2019il ne l\u2019e\u00fbt exprim\u00e9e lui-m\u00eame\u00a0; \u00f4tez-lui cet ami, il lui semblera que le monde s\u2019arr\u00eate\u00a0; cet ami, ce miroir, cet oracle, ce parasite peu dispendieux, c\u2019est son journal.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2097\" class=\"cit-num\">2097<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alfred de <span class=\"caps\">VIGNY<\/span> (1797-1863),<em> Journal d\u2019un po\u00e8te<\/em> (1839)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Encore un d\u00e9\u00e7u de la politique et de ses contemporains. Le d\u00e9senchantement semble inh\u00e9rent au romantisme. Celui de Vigny est sinc\u00e8re plus que tout autre. Il date de la Restauration \u2013 la vie de garnison lassa vite le jeune militaire \u00e9lev\u00e9 dans le culte des armes et de l\u2019honneur \u2013 et s\u2019aggrave lors de la r\u00e9volution de 1830, qui am\u00e8ne au pouvoir un bourgeois si peu roi, aux yeux de la vieille aristocratie dont Vigny est le d\u00e9licat et sensible rejeton.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La France est une nation qui s\u2019ennuie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2098\" class=\"cit-num\">2098<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alphonse de <span class=\"caps\">LAMARTINE<\/span> (1790-1869), Discours \u00e0 la Chambre, 10\u00a0janvier 1839. <em>Dictionnaire de fran\u00e7ais Larousse<\/em>, au mot \u00ab\u00a0ennui\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Lamartine, d\u00e9put\u00e9 qui passera du \u00ab\u00a0juste milieu\u00a0\u00bb gouvernemental \u00e0 la gauche (en 1843), s\u2019adresse ici au roi et trouve une raison au mal de la France\u00a0: \u00ab\u00a0Vous avez laiss\u00e9 le pays manquer d\u2019action.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019ennui est le mal du si\u00e8cle, et surtout celui de la g\u00e9n\u00e9ration romantique, qui vibre au souvenir exalt\u00e9 de la R\u00e9volution et de l\u2019Empire, et rejette cette monarchie bourgeoise, soutenue par une classe moyenne, satisfaite d\u2019elle-m\u00eame et visc\u00e9ralement conservatrice.<\/p>\n<p>Dans un discours \u00e0 M\u00e2con, participant \u00e0 la campagne des banquets, le 18\u00a0juillet 1847, Lamartine sera fier de pouvoir dire que cette phrase a fait le tour du monde. Sautant plus d\u2019un si\u00e8cle, on la retrouvera dans <em>Le\u00a0Monde<\/em>, sous la signature de Viansson-Pont\u00e9, deux mois avant les \u00e9v\u00e9nements de Mai\u00a068.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous avez beau ne pas vous occuper de politique, la politique s\u2019occupe de vous tout de m\u00eame.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2140\" class=\"cit-num\">2140<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comte de <span class=\"caps\">MONTALEMBERT<\/span> (1810-1870), <em>Discours, entretiens et autres sources<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cet argument de bon sens vise cette partie de l\u2019opinion publique plus ou moins importante qui s\u2019abstient pour diverses raisons\u00a0: m\u00e9fiance, n\u00e9gligence, indiff\u00e9rence, parti pris syst\u00e9matique. On assimile volontiers les abstentionnistes aux \u00ab\u00a0p\u00eacheurs \u00e0 la ligne\u00a0\u00bb, mais ce ph\u00e9nom\u00e8ne posera plus tard un vrai probl\u00e8me pour la d\u00e9mocratie et la R\u00e9publique.<\/p>\n<p>D\u2019abord aux c\u00f4t\u00e9s de Lamennais dont il subit l\u2019ascendant, Montalembert a rompu avec l\u2019insoumis. Nomm\u00e9 pair de France en 1835, il poursuit sa lutte pour la d\u00e9fense de l\u2019\u00c9glise et la conqu\u00eate des libert\u00e9s essentielles. \u00c9lu \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e constituante en avril\u00a01848, il se rallie \u00e0 la politique du prince-pr\u00e9sident Louis-Napol\u00e9on Bonaparte et fait ensuite partie du Corps l\u00e9gislatif jusqu\u2019en 1857.<\/p>\n<h4><span class=\"caps\">DEUXI\u00c8ME<\/span> <span class=\"caps\">R\u00c9PUBLIQUE<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On se redit, pendant un mois, la phrase de Lamartine sur le drapeau rouge, \u00ab\u00a0qui n\u2019avait fait que le tour du Champ de Mars tandis que le drapeau tricolore\u00a0\u00bb, etc.\u00a0; et tous se rang\u00e8rent sous son ombre, chaque parti ne voyant des trois couleurs que la sienne \u2013 et se promettant bien, d\u00e8s qu\u2019il serait le plus fort, d\u2019arracher les deux autres.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2147\" class=\"cit-num\">2147<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Gustave <span class=\"caps\">FLAUBERT<\/span> (1821-1880),<em> L\u2019\u00c9ducation sentimentale<\/em> (1869)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le romancier voit juste, aid\u00e9 par le recul du temps\u00a0: la confusion et l\u2019enthousiasme des premiers jours masquent toutes les incompatibilit\u00e9s d\u2019opinion\u00a0! En r\u00e9alit\u00e9, la France est profond\u00e9ment divis\u00e9e\u00a0: entre Paris (r\u00e9volutionnaire) et la province, mais aussi entre les principaux acteurs de cette nouvelle r\u00e9volution\u2026 qui finira par l\u2019Empire (Second).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les quatre mois qui suivirent f\u00e9vrier furent un moment \u00e9trange et terrible. La France stup\u00e9faite, d\u00e9concert\u00e9e, en apparence joyeuse et terrifi\u00e9e en secret, [\u2026] en \u00e9tait \u00e0 ne pas distinguer le faux du vrai, le bien du mal, le juste de l\u2019injuste, le sexe du sexe, le jour de la nuit, entre cette femme qui s\u2019appelait Lamartine et cet homme qui s\u2019appelait George Sand.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2154\" class=\"cit-num\">2154<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Choses vues<\/em> (posthume). <em>L\u2019\u00c9crivain engag\u00e9 et ses ambivalences\u00a0: de Chateaubriand \u00e0 Malraux<\/em> (2003), Herbert R. Lottman<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le plus grand t\u00e9moin \u00e0 la barre de l\u2019histoire de son temps note toutes ses impressions, dans son Journal. Son \u0153uvre est une mine de citations, et les plus belles appartiennent aux grandes \u00e9poques de trouble qui d\u00e9chir\u00e8rent la France. En prime, l\u2019humour est pr\u00e9sent et l\u2019antith\u00e8se hugolienne fort juste.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0N\u00e9e de l\u2019\u00e9meute, comme la Monarchie de Juillet, la deuxi\u00e8me R\u00e9publique se mettait tout de suite de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la barricade.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2194\" class=\"cit-num\">2194<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">BAINVILLE<\/span> (1879-1936), <em>Histoire de France<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La tendance s\u2019affirme avec la nouvelle assembl\u00e9e.\u00a0La L\u00e9gislative, \u00e9lue au suffrage universel le 13\u00a0mai 1849, montre l\u2019opinion publique partag\u00e9e entre deux grands courants. Le parti de l\u2019Ordre, conservateur, a 53\u00a0% des voix et quelque 500 \u00e9lus (l\u00e9gitimistes, orl\u00e9anistes, r\u00e9publicains mod\u00e9r\u00e9s et bonapartistes). Les d\u00e9mocrates-socialistes, avec \u00e0 leur t\u00eate Ledru-Rollin, ont 35\u00a0% des voix et quelque 180 \u00e9lus. Un troisi\u00e8me groupe, dit des r\u00e9publicains de la veille (tendance du journal <em>Le National<\/em>), obtient 70 d\u00e9put\u00e9s avec 12\u00a0% des voix. Malgr\u00e9 leur majorit\u00e9, les conservateurs s\u2019inqui\u00e8tent du succ\u00e8s des d\u00e9mocrates dans certaines villes (dont Paris), quelques r\u00e9gions industrielles (autour de Lyon, Saint-\u00c9tienne) et m\u00eame rurales (au nord du Massif Central).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On craint une folie imp\u00e9riale. Le peuple la verrait tranquillement.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2200\" class=\"cit-num\">2200<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9lise <span class=\"caps\">THIERS<\/span> (1818-1880), n\u00e9e Dosne. <em>Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span><\/em> (1969), Georges Roux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019\u00e9pouse d\u2019Adolphe Thiers (r\u00e9publicain de la premi\u00e8re heure en 1830 et premier pr\u00e9sident sous la Troisi\u00e8me) t\u00e9moigne, ayant vu Louis-Napol\u00e9on Bonaparte passer en revue les troupes le 4\u00a0novembre 1849. Le pr\u00e9sident est particuli\u00e8rement populaire dans l\u2019arm\u00e9e\u00a0: il multiplie les grandes revues, augmente la solde des sous-officiers. Celui qu\u2019on commence \u00e0 appeler le \u00ab\u00a0prince Louis-Napol\u00e9on\u00a0\u00bb m\u00e8ne une politique personnelle, se fait acclamer en province, cr\u00e9e son propre parti, ses journaux, port\u00e9 par l\u2019opinion publique et adoub\u00e9 par le suffrage universel.<\/p>\n<h4><span class=\"caps\">SECOND<\/span> <span class=\"caps\">EMPIRE<\/span><\/h4>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-8-130.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La France a compris que je n\u2019\u00e9tais sorti de la l\u00e9galit\u00e9 que pour entrer dans le droit. Plus de sept millions de suffrages viennent de m\u2019absoudre\u2026\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2220\" class=\"cit-num\">2220<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1808-1873), pl\u00e9biscit\u00e9 les 21 et 22\u00a0d\u00e9cembre 1851. <em>Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span><\/em> (1998), Georges Bordonove<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le pays (au suffrage universel r\u00e9tabli) approuve massivement le coup d\u2019\u00c9tat\u00a0: 7\u00a0439\u00a0216 oui contre 640\u00a0737 non.<\/p>\n<p>Pr\u00e9cisons deux faits av\u00e9r\u00e9s\u00a0: c\u2019est un scrutin sous haute surveillance et l\u2019opinion publique est totalement manipul\u00e9e. Le futur Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span> se montre redoutablement habile et cela vaudra jusqu\u2019aux derniers mois de son r\u00e8gne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0[La France] la plus brillante et la plus dangereuse des nations de l\u2019Europe, et la mieux faite pour y devenir tour \u00e0 tour un objet d\u2019admiration, de haine, de piti\u00e9, de terreur, mais jamais d\u2019indiff\u00e9rence.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2242\" class=\"cit-num\">2242<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alexis de <span class=\"caps\">TOCQUEVILLE<\/span> (1805-1859), <em>L\u2019Ancien R\u00e9gime et la R\u00e9volution<\/em> (1856)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Renon\u00e7ant \u00e0 la carri\u00e8re politique apr\u00e8s le coup d\u2019\u00c9tat du 2\u00a0d\u00e9cembre 1851, Tocqueville sera l\u2019un des grands historiens et penseurs du\u00a0si\u00e8cle. La politique ext\u00e9rieure de Napol\u00e9on a deux buts\u00a0: d\u2019abord rassurer et se faire accepter des cours europ\u00e9ennes pour qui le Premier Empire reste un mauvais souvenir\u00a0; ensuite jouer un r\u00f4le de grande puissance mondiale pour des raisons de commerce aussi bien que de prestige. Mais face \u00e0 l\u2019Allemagne, ni la diplomatie ni l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise ne pourront rien.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La grande moralit\u00e9 de ce r\u00e8gne-ci sera de prouver que le suffrage universel est aussi b\u00eate que le droit divin, quoique un peu moins odieux.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2244\" class=\"cit-num\">2244<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Gustave <span class=\"caps\">FLAUBERT<\/span> (1821-1880), Lettre \u00e0 George Sand, 1869.<em> La Nouvelle Revue<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">XXVI<\/span> (1884)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Progr\u00e8s majeur pour la d\u00e9mocratie, l\u2019instauration du suffrage universel appara\u00eet pr\u00e9matur\u00e9e \u00e0 une minorit\u00e9 de contemporains \u00ab\u00a0\u00e9clair\u00e9s\u00a0\u00bb (Hugo en t\u00eate) comme \u00e0 la majorit\u00e9 des historiens\u00a0: l\u2019opinion publique est ais\u00e9ment manipul\u00e9e, souvent sollicit\u00e9e par l\u2019empereur et ses pr\u00e9fets. L\u2019Empire est n\u00e9 de ce suffrage populaire et a v\u00e9cu sur cette assise tr\u00e8s large, avant de s\u2019effondrer.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0M.\u00a0Louis Bonaparte a r\u00e9ussi. Il a pour lui d\u00e9sormais l\u2019argent, l\u2019agio, la banque, la bourse, le comptoir, le coffre-fort, et tous ces hommes qui passent si facilement d\u2019un bord \u00e0 l\u2019autre quand il n\u2019y a \u00e0 enjamber que de la honte.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2253\" class=\"cit-num\">2253<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Napol\u00e9on le Petit<\/em> (1852)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les ralliements sont nombreux, mais ni plus ni moins choquants que tous les pr\u00e9c\u00e9dents, dans cette France qui ne cesse de changer de r\u00e9gime depuis le d\u00e9but du si\u00e8cle. Hugo fut ulc\u00e9r\u00e9 par le coup d\u2019\u00c9tat du 2\u00a0d\u00e9cembre 1851, combattu sans succ\u00e8s comme d\u00e9put\u00e9 \u00e0 la Chambre et comme manifestant appelant le peuple aux barricades\u00a0; ulc\u00e9r\u00e9 aussi par l\u2019irr\u00e9sistible ascension au pouvoir imp\u00e9rial qui a suivi, en 1852. Et d\u2019accuser Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> dans son pamphlet\u00a0: \u00ab\u00a0Il a fait de M.\u00a0Changarnier une dupe, de M.\u00a0Thiers une bouch\u00e9e, de M.\u00a0de Montalembert un complice, du pouvoir une caverne, du budget sa m\u00e9tairie.\u00a0\u00bb Le plus grand auteur fran\u00e7ais de son temps, le plus populaire aussi, va rester dix-huit ans en exil \u2013 jusqu\u2019\u00e0 la chute du r\u00e9gime, et de \u00ab\u00a0Napol\u00e9on le Petit\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le \u00ab\u00a0h\u00e9ros Crapulinsky\u00a0\u00bb est aussi tourn\u00e9 en d\u00e9rision par Marx, dans <em>Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte<\/em>\u00a0: les plaies d\u2019argent et la vie scandaleuse du personnage sont sans doute exag\u00e9r\u00e9es. Quant \u00e0 l\u2019analyse des deux prises de pouvoir bonapartistes, elle est par d\u00e9finition marxiste.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nos c\u0153urs ont suivi le cours de nos rivi\u00e8res.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2280\" class=\"cit-num\">2280<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Parole des Savoyards, r\u00e9ponse au pl\u00e9biscite, devenue proverbe, printemps 1860. <em>Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> et le Second Empire\u00a0: le z\u00e9nith imp\u00e9rial, 1853-1860<\/em> (1976), Andr\u00e9 Castelot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Selon les sources, la forme peut varier\u00a0: \u00ab\u00a0Nos c\u0153urs vont l\u00e0 o\u00f9 vont nos rivi\u00e8res\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Notre c\u0153ur va du c\u00f4t\u00e9 o\u00f9 coulent nos rivi\u00e8res\u00a0\u00bb, etc. C\u2019est toujours la plus charmante expression d\u2019une opinion publique consentante\u00a0: les Savoyards votent leur rattachement \u00e0 la France par pl\u00e9biscite des 22 et 23\u00a0avril 1860, en vertu du trait\u00e9 de Turin du 24\u00a0mars 1860 (\u00e9pilogue de la campagne d\u2019Italie de 1859). Avec 250\u00a0000 oui, contre seulement 230 non\u00a0!<\/p>\n<p>Le pl\u00e9biscite de 1860 peut \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9 comme l\u2019application du droit des peuples \u00e0 disposer d\u2019eux-m\u00eames, mais les tractations de coulisses et la diplomatie secr\u00e8te ont bien jou\u00e9, entre Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span> et le roi Victor-Emmanuel <span class=\"caps\">II<\/span> luttant pour\u00a0 l\u2019unification de l\u2019Italie. Au final, tout finira bien.<\/p>\n<p>Les Ni\u00e7ois feront le m\u00eame choix, le 15\u00a0avril 1860. Ces conqu\u00eates pacifiques sont \u00e0 porter au cr\u00e9dit du Second Empire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0[L\u2019empereur] a eu raison de devancer l\u2019opinion publique de quelques ann\u00e9es.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2287\" class=\"cit-num\">2287<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Eug\u00e8ne <span class=\"caps\">SCHNEIDER<\/span> (1805-1875), 1864. <em>Histoire de la France\u00a0: les temps nouveaux, de 1852 \u00e0 nos jours<\/em> (1971), Georges Duby<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce grand patron reconna\u00eet que son pessimisme partag\u00e9 par nombre de Fran\u00e7ais apr\u00e8s le trait\u00e9 de commerce du 23\u00a0janvier 1860 \u00e9tait mal fond\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Nos industriels ont pu, par leurs efforts et leurs sacrifices, r\u00e9sister \u00e0 la concurrence \u00e9trang\u00e8re.\u00a0\u00bb La facilit\u00e9 avec laquelle l\u2019\u00e9conomie fran\u00e7aise s\u2019est adapt\u00e9e \u00e0 ce libre-\u00e9change naissant impos\u00e9 par l\u2019empereur, avec l\u2019Angleterre, puis avec la plupart des autres pays europ\u00e9ens, montre qu\u2019elle n\u2019y \u00e9tait pas si mal pr\u00e9par\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La France, dit l\u2019Almanach imp\u00e9rial, contient trente-six millions de sujets, sans compter les sujets de m\u00e9contentement.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2294\" class=\"cit-num\">2294<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Henri <span class=\"caps\">ROCHEFORT<\/span> (1831-1913),<em> La Lanterne<\/em>, 1er\u00a0juin 1868<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Premi\u00e8re phrase du premier num\u00e9ro et savoureuse d\u00e9finition de l\u2019opinion publique plus que jamais divis\u00e9e en France.<\/p>\n<p>Un vent de libert\u00e9 souffle tardivement sur l\u2019Empire. 9\u00a0mai 1868, c\u2019en est fini du r\u00e9gime de la presse de 1852\u00a0: l\u2019autorisation pr\u00e9alable et le syst\u00e8me des avertissements sont supprim\u00e9s. Au grand m\u00e9contentement des bonapartistes autoritaires, mais sans r\u00e9elle satisfaction des r\u00e9publicains\u00a0: la libert\u00e9 de la presse souffre encore de restrictions. Gouverner, c\u2019est m\u00e9contenter, doit penser l\u2019empereur qui prendra d\u2019autres mesures lib\u00e9rales.<\/p>\n<p>Cependant, l\u2019opposition ne d\u00e9sarme pas. Son expression plus libre la renforce, et la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration aspire \u00e0 plus de libert\u00e9. Le socialisme r\u00e9cup\u00e8re et politise une agitation ouvri\u00e8re qui multiplie les gr\u00e8ves dures (la premi\u00e8re en date fut celle des typographes parisiens, en mars\u00a01862).<\/p>\n<p>Des journaux socialistes apparaissent\u00a0: <em>La R\u00e9forme<\/em> et<em> Le Travail<\/em>. Et de nouveaux titres r\u00e9publicains, sign\u00e9s de noms connus\u00a0: <em>L\u2019\u00c9lecteur libre<\/em> de Jules Favre, <em>Le R\u00e9veil<\/em> de Delescluze, <em>Le Rappel<\/em>, inspir\u00e9 par Hugo, <em>La Lanterne<\/em> (hebdomadaire) et <em>La Marseillaise<\/em> (quotidien) de Rochefort, plume ac\u00e9r\u00e9e, qui a fait ses classes au <em>Charivari<\/em> et au <em>Figaro<\/em>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon enfant, tu es sacr\u00e9 par ce pl\u00e9biscite. L\u2019Empire lib\u00e9ral, ce n\u2019est pas moi, c\u2019est toi\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2304\" class=\"cit-num\">2304<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> <span class=\"caps\">III<\/span> (1808-1873), \u00e0 son fils, le prince imp\u00e9rial Eug\u00e8ne Louis Napol\u00e9on, \u00e2g\u00e9 de 14\u00a0ans, 8\u00a0mai 1870. <em>La Soci\u00e9t\u00e9 du Second Empire<\/em>, tome\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> (1911-1924), Comte Maurice Fleury, Louis Sonolet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019empereur rayonne et en oublie son mal, apr\u00e8s le pl\u00e9biscite triomphal du 8\u00a0mai\u00a0: 7\u00a0350\u00a0000 oui (et 1\u00a0538\u00a0000 non) pour approuver le s\u00e9natus-consulte du 20\u00a0avril 1870. L\u2019Empire devient une monarchie parlementaire\u00a0: ministres responsables devant les Chambres qui ont aussi l\u2019initiative des lois. Il est bien tard pour r\u00e9former le pays\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous pouvons maintenant envisager l\u2019avenir sans crainte.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2305\" class=\"cit-num\">2305<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> <span class=\"caps\">III<\/span> (1808-1873), Corps l\u00e9gislatif, 8\u00a0mai 1870. <em>Les R\u00e9voltes de Paris\u00a0: 1358-1968<\/em> (1998), Claude Dufresne<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019empereur a jou\u00e9 et gagn\u00e9, en refaisant appel directement au peuple comme il y a vingt ans\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai retrouv\u00e9 mon chiffre\u00a0\u00bb dit-il \u00e0 ses proches. L\u2019opposition r\u00e9publicaine se divise et Gambetta r\u00e9sume la pens\u00e9e de tous\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019Empire est plus fort que jamais\u00a0!\u00a0\u00bb C\u2019est oublier la Prusse.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si la Prusse refuse de se battre, nous la contraindrons, \u00e0 coups de crosse dans le dos, \u00e0 repasser le Rhin et \u00e0 c\u00e9der la rive gauche\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2309\" class=\"cit-num\">2309<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>La Presse. Histoire g\u00e9n\u00e9rale de la presse fran\u00e7aise\u00a0: de 1871 \u00e0 1940<\/em> (1969), Claude Bellanger<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les journaux, en cette mi-juillet\u00a01870, sont unanimes, reflet d\u2019une opinion publique trop s\u00fbre d\u2019elle. \u00ab\u00a0\u00c0 l\u2019insolence de la Prusse, il n\u2019y a qu\u2019une r\u00e9ponse\u00a0: la guerre\u00a0\u00bb, \u00e9crit <em>Le Constitutionnel<\/em>. D\u2019autres titrent\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 Berlin\u00a0!\u00a0\u00bb On peut parler d\u2019union sacr\u00e9e dans l\u2019opinion publique\u00a0: cette unanimit\u00e9 est fr\u00e9quente au d\u00e9but de chaque guerre, comme en cas de grand danger (attentats, terrorisme).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous sommes pr\u00eats et archipr\u00eats, il ne manque pas \u00e0 notre arm\u00e9e un bouton de gu\u00eatre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2310\" class=\"cit-num\">2310<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mar\u00e9chal <span class=\"caps\">LEB\u0152UF<\/span> (1809-1888), lors du vote de la mobilisation et des cr\u00e9dits de guerre, Corps L\u00e9gislatif, 15\u00a0juillet 1870.<em> Revue des deux mondes<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">XXI<\/span> (1877)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ministre de la Guerre et major g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019arm\u00e9e, il r\u00e9pond au doute de Thiers affirmant\u00a0: \u00ab\u00a0Vous n\u2019\u00eates pas pr\u00eats.\u00a0\u00bb Et il insiste\u00a0: \u00ab\u00a0De Paris \u00e0 Berlin, ce serait une promenade la canne \u00e0 la main.\u00a0\u00bb C\u2019est une illusion et Bismarck, bien inform\u00e9 par Moltke son chef d\u2019\u00e9tat-major, conna\u00eet les forces ou plut\u00f4t les faiblesses de la France. Ses canons de bronze se chargent encore par la gueule et non par la culasse comme les canons Krupp en acier\u00a0; les traditions tactiques de l\u2019arm\u00e9e d\u2019Afrique sont impropres \u00e0 une guerre europ\u00e9enne et l\u2019exp\u00e9dition du Mexique a d\u00e9sorganis\u00e9 l\u2019administration militaire\u00a0; ses g\u00e9n\u00e9raux sont vieux et routiniers\u00a0; enfin, le Corps l\u00e9gislatif n\u2019a jamais vot\u00e9 les cr\u00e9dits n\u00e9cessaires \u00e0 l\u2019arm\u00e9e. C\u2019est un peu tard pour se rattraper, alors que la Prusse pr\u00e9pare cette guerre depuis quatre ans.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous l\u2019acceptons le c\u0153ur l\u00e9ger.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2311\" class=\"cit-num\">2311<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9mile <span class=\"caps\">OLLIVIER<\/span> (1825-1913), Corps l\u00e9gislatif, le jour de la d\u00e9claration de guerre \u00e0 la Prusse, 19\u00a0juillet 1870. <em>Les Causes politiques du d\u00e9sastre<\/em> (1915), L\u00e9on de Montesquiou<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Port\u00e9 par l\u2019opinion publique et cette forme d\u2019\u00ab\u00a0union sacr\u00e9e\u00a0\u00bb qui s\u2019exprime quand le pays entre en guerre, le pr\u00e9sident du Conseil et garde des Sceaux accepte la responsabilit\u00e9 de cette guerre, alors que des intervenants (r\u00e9publicains et pacifistes) \u00e9voquaient le sang bient\u00f4t vers\u00e9. Il insiste sur ces mots qui lui seront reproch\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 sa mort\u00a0: \u00c9mile Ollivier reste \u00e0 jamais pour l\u2019histoire \u00ab\u00a0l\u2019homme au c\u0153ur l\u00e9ger\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0V\u2019l\u00e0 le Sire de Fish-ton-Kan,<br>Qui s\u2019en va-t-en guerre,<br>En deux temps et trois mouv\u2019ments<br>Sens devant derri\u00e8re [\u2026]<br>Badinguet, fich ton camp.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2319\" class=\"cit-num\">2319<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">BURANI<\/span> (1845-1901), paroles, et Antonin <span class=\"caps\">LOUIS<\/span> (1845-1915) musique, <em>Le Sire de Fich-ton-kan<\/em> (1870), chanson<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La capitulation de Sedan est accueillie par les applaudissements de la gauche, le 3\u00a0septembre \u00e0 la Chambre\u00a0: l\u2019opposition sait que le r\u00e9gime ne survivra pas \u00e0 la d\u00e9faite de l\u2019arm\u00e9e imp\u00e9riale. De fait, l\u2019opinion se retourne aussit\u00f4t\u00a0: pl\u00e9biscit\u00e9 en mai, l\u2019empereur qui tombe est insult\u00e9. La rue chante et les gardes nationaux crient\u00a0: \u00ab\u00a0Vive la Commune\u00a0!\u00a0\u00bb Nouvelle \u00ab\u00a0r\u00e9volution\u00a0\u00bb parisienne, la troisi\u00e8me en quarante ans.<\/p>\n<h4><span class=\"caps\">TROISI\u00c8ME<\/span> <span class=\"caps\">R\u00c9PUBLIQUE<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La R\u00e9publique, en France, a ceci de particulier que personne n\u2019en veut et que tout le monde y tient.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2388\" class=\"cit-num\">2388<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comte de <span class=\"caps\">GOBINEAU<\/span> (1816-1882),<em> La Troisi\u00e8me R\u00e9publique fran\u00e7aise et ce qu\u2019elle vaut<\/em> (1873)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cet \u00e9crivain et diplomate fran\u00e7ais exprime parfaitement la situation\u00a0et l\u2019\u00e9tat de l\u2019opinion publique\u00a0: le pays est \u00e0 l\u2019image de l\u2019Assembl\u00e9e nationale, en majorit\u00e9 monarchiste (400 royalistes, 250 r\u00e9publicains mod\u00e9r\u00e9s et radicaux, 80 \u00ab\u00a0centristes\u00a0\u00bb, 15 bonapartistes). Notons qu\u2019il n\u2019existe pas de grande nation r\u00e9publicaine dans l\u2019Europe de l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n<p>Et la R\u00e9publique fait peur\u00a0\u00e0 la majorit\u00e9 des Fran\u00e7ais\u00a0: souvenirs de la R\u00e9volution de 1789 qui engendra la Terreur, de la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique avec ses d\u00e9sordres en 1848. La Commune insurrectionnelle de Paris en 1871 va encore gauchir\u00a0 l\u2019id\u00e9e qu\u2019on se fait du r\u00e9publicain.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0R\u00e9publicains. \u2013 Les r\u00e9publicains ne sont pas tous des voleurs, mais les voleurs sont tous r\u00e9publicains.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2389\" class=\"cit-num\">2389<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Gustave <span class=\"caps\">FLAUBERT<\/span> (1821-1880),<em> Dictionnaire des id\u00e9es re\u00e7ues<\/em> (posthume, 1913)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est \u00e0 peine une caricature des pr\u00e9jug\u00e9s bourgeois, dans les ann\u00e9es 1870. C\u2019est m\u00eame tr\u00e8s proche de la citation originale, sign\u00e9e du marquis de La Rochejaquelein\u00a0: \u00ab\u00a0Certes, je ne pr\u00e9tends pas que tous les r\u00e9publicains sont des voleurs, mais, ce que je garantis, c\u2019est que tous les voleurs sont r\u00e9publicains.\u00a0\u00bb (La Constitution, 31 mai 1871). Les r\u00e9publicains passent m\u00eame pour des \u00ab\u00a0buveurs de sang\u00a0\u00bb dans bien des esprits.<\/p>\n<p>Mais au fil des ann\u00e9es, la France devient r\u00e9publicaine et les r\u00e9publicains font de moins en moins peur. Les radicaux, dans l\u2019opposition sous la R\u00e9publique d\u2019abord mod\u00e9r\u00e9e, vont, \u00e0 la faveur d\u2019\u00e9lections de plus en plus \u00e0 gauche, acc\u00e9der au pouvoir sous la R\u00e9publique radicale \u00e0 partir de 1899\u00a0: leur politique sociale sera alors bien timide et la \u00ab\u00a0R\u00e9publique des d\u00e9put\u00e9s\u00a0\u00bb se heurtera aux socialistes, devenus les nouveaux \u00e9pouvantails pour le bourgeois. Cette \u00e9volution de l\u2019opinion publique est particuli\u00e8rement spectaculaire au d\u00e9but de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ils [les ministres] tomberont de si bas que leur chute m\u00eame ne leur fera pas de mal.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2507\" class=\"cit-num\">2507<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Anatole <span class=\"caps\">FRANCE<\/span> (1844-1924), <em>Les Opinions de M. J\u00e9r\u00f4me Coignard<\/em> (1893)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le temps des crises s\u2019\u00e9ternise sous cette R\u00e9publique (surtout de\u00a01885 \u00e0\u00a01905) et le r\u00e9gime s\u2019y \u00e9puise lentement mais s\u00fbrement. Le personnel politique est toujours aussi m\u00e9diocre et l\u2019opinion publique se lasse des jeux de ces politiciens professionnels, malheureusement piment\u00e9s de scandales nombreux.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019y a pas d\u2019affaire Dreyfus.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2516\" class=\"cit-num\">2516<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">M\u00c9LINE<\/span> (1838-1925), pr\u00e9sident du Conseil, au vice-pr\u00e9sident du S\u00e9nat venu lui demander la r\u00e9vision du proc\u00e8s, s\u00e9ance du 4\u00a0d\u00e9cembre 1897. <em>Affaire Dreyfus<\/em> (1898), Edmond de Haime<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mot malheureux, quand \u00e9clate au grand jour l\u2019affaire Dreyfus, qui deviendra l\u2019\u00ab\u00a0Affaire\u00a0\u00bb de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique et la plus grave crise pour le r\u00e9gime. M\u00e9line refuse la demande en r\u00e9vision du proc\u00e8s. Les dreyfusards (tr\u00e8s minoritaires \u00e0 cette heure) vont mobiliser l\u2019opinion publique par une campagne de presse, orchestr\u00e9e par Clemenceau, le plus grand homme politique de la Troisi\u00e8me.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019accuse.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2517\" class=\"cit-num\">2517<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9mile <span class=\"caps\">ZOLA<\/span> (1840-1902), titre de son article en page un de<em> L\u2019Aurore<\/em>, 13\u00a0janvier 1898<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><em>L\u2019Aurore<\/em> est le journal de Clemenceau et le titre est de lui. Mais l\u2019article en forme de lettre ouverte au pr\u00e9sident de la R\u00e9publique F\u00e9lix Faure est bien l\u2019\u0153uvre de Zola\u00a0: il accuse deux ministres de la Guerre, les principaux officiers de l\u2019\u00e9tat-major et les experts en \u00e9criture d\u2019avoir \u00ab\u00a0men\u00e9 dans la presse une campagne abominable pour \u00e9garer l\u2019opinion\u00a0\u00bb, et le Conseil de guerre qui a condamn\u00e9 Dreyfus, d\u2019\u00ab\u00a0avoir viol\u00e9 le droit en condamnant un accus\u00e9 sur une pi\u00e8ce rest\u00e9e secr\u00e8te\u00a0\u00bb. Le ministre de la Guerre, g\u00e9n\u00e9ral Billot, intente alors au c\u00e9l\u00e8bre \u00e9crivain un proc\u00e8s en diffamation.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un jour la France me remerciera d\u2019avoir aid\u00e9 \u00e0 sauver son honneur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2518\" class=\"cit-num\">2518<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9mile <span class=\"caps\">ZOLA<\/span> (1840-1902), <em>La V\u00e9rit\u00e9 en marche<\/em>, d\u00e9claration au jury.<em> L\u2019Aurore<\/em>, 22 f\u00e9vrier 1898<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le proc\u00e8s Zola en cour d\u2019assises (7-21\u00a0f\u00e9vrier 1898) fit conna\u00eetre l\u2019affaire Dreyfus au monde entier. Formidable tribune pour l\u2019intellectuel converti aux doctrines socialistes et aux grandes id\u00e9es humanitaires\u00a0! \u00ab\u00a0Tout semble \u00eatre contre moi, les deux Chambres, le pouvoir civil, le pouvoir militaire, les journaux \u00e0 grand tirage, l\u2019opinion publique qu\u2019ils ont empoisonn\u00e9e. Et je n\u2019ai pour moi que l\u2019id\u00e9e, un id\u00e9al de v\u00e9rit\u00e9 et de justice. Et je suis bien tranquille, je vaincrai.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>En attendant, Zola est condamn\u00e9 \u00e0 un an de prison et 3\u00a0000\u00a0francs d\u2019amende.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019Allemagne paiera.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2635\" class=\"cit-num\">2635<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Axiome lanc\u00e9 apr\u00e8s la Grande Guerre. <em>Histoire de l\u2019Europe au <span class=\"caps\">XX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle\u00a0: de 1918 \u00e0 1945<\/em> (1995), Jean Guiffan, Jean Ruhlmann<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le Bloc national a fond\u00e9 sa campagne sur ce slogan, pour les \u00e9lections l\u00e9gislatives du 16\u00a0novembre 1919. C\u2019est aussi la r\u00e9ponse de Clemenceau, chef du gouvernement, interpell\u00e9 sur les difficult\u00e9s de la reconstruction. Et la confirmation de Klotz, son ministre des Finances\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019Allemagne paiera.\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0Et jusqu\u2019au dernier penny\u00a0!\u00a0\u00bb, rench\u00e9rit Lloyd George, le Premier ministre anglais, pouss\u00e9 par son opinion publique.<\/p>\n<p>L\u2019Allemagne paiera, oui, mais mal\u00a0: le paiement de la dette est un long et d\u00e9cevant feuilleton. En 1921, le montant des r\u00e9parations, apr\u00e8s discussions, est fix\u00e9 \u00e0 85,8\u00a0milliards de francs (pour la France). L\u2019Allemagne ne paiera que 5\u00a0milliards \u2013 \u00e9tal\u00e9s dans le temps. Le pr\u00e9sident Hoover impose un moratoire de la dette allemande en 1932, soucieux de sauvegarder le pouvoir d\u2019achat d\u2019un bon client, et de pr\u00e9venir toute tentation communiste de sa part.<\/p>\n<p>Mais l\u2019axiome va justifier les prodigalit\u00e9s financi\u00e8res du Bloc national issu des \u00e9lections. Comptant sur ces r\u00e9parations, l\u2019\u00c9tat multiplie les d\u00e9penses publiques, et les finance par l\u2019emprunt au lieu de l\u2019imp\u00f4t. L\u2019accroissement consid\u00e9rable de la dette publique et de la monnaie en circulation engendre l\u2019inflation\u00a0: prix multipli\u00e9s par 6,5 de 1914 \u00e0 1928\u00a0! Le franc Poincar\u00e9 sauvera heureusement les finances, et l\u2019\u00e9conomie fran\u00e7aise.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je veux pas faire la guerre pour Hitler, moi je le dis, mais je veux pas la faire contre lui, pour les Juifs\u2026 On a beau me salader \u00e0 bloc, c\u2019est bien les Juifs et eux seulement, qui nous poussent aux mitrailleuses\u2026 Il aime pas les Juifs Hitler, moi non plus\u2026\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2688\" class=\"cit-num\">2688<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Ferdinand <span class=\"caps\">C\u00c9LINE<\/span> (1894-1961),<em> Bagatelles pour un massacre<\/em> (1937)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>(C\u00e9line met une majuscule aux Juifs, dans la logique de la doctrine nazie, faisant r\u00e9f\u00e9rence au peuple, et plus encore \u00e0 la race).<\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas le seul antis\u00e9mite de ces ann\u00e9es-l\u00e0, mais c\u2019est l\u2019un de ceux qui s\u2019expriment avec le plus de violence, et un g\u00e9nie litt\u00e9raire non contestable. Ce pamphlet o\u00f9 la haine l\u2019\u00e9gare ach\u00e8ve de faire l\u2019unanimit\u00e9 contre lui. Il s\u2019est d\u00e9j\u00e0 cr\u00e9\u00e9 des ennemis chez les bien-pensants, avec son <em>Voyage au bout de la nuit<\/em> (1932) qui attaque le militarisme, le colonialisme, l\u2019injustice sociale. Ses impressions de retour d\u2019<span class=\"caps\">URSS<\/span> publi\u00e9es dans <em>Mea Culpa<\/em> (1936) lui ont ensuite ali\u00e9n\u00e9 tous les sympathisants communistes. C\u00e9line reste un cas extr\u00eame, mais l\u2019antis\u00e9mitisme \u00ab\u00a0ordinaire\u00a0\u00bb est malheureusement une constante dans l\u2019opinion publique. D\u2019autres pays sont encore plus concern\u00e9s.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le nationalisme [\u2026] quel chemin il a fait [\u2026] Les puissants ma\u00eetres de l\u2019or et de l\u2019opinion universelle l\u2019ont vite arrach\u00e9 aux mains des philosophes et des po\u00e8tes. Ma Lorraine\u00a0! ma Provence\u00a0! ma Terre\u00a0! mes Morts\u00a0! Ils disaient\u00a0: mes phosphates, mes p\u00e9troles, mon fer.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2694\" class=\"cit-num\">2694<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">BERNANOS<\/span> (1888-1948),<em> Les Grands Cimeti\u00e8res sous la lune<\/em> (1938)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Catholique lorrain n\u00e9 \u00e0 Paris et monarchiste militant \u00e0 l\u2019Action fran\u00e7aise avant la guerre de 1914, r\u00e9form\u00e9, engag\u00e9 volontaire pour la guerre dans les tranch\u00e9es, Bernanos conna\u00eet un grand succ\u00e8s de romancier, tout en d\u00e9non\u00e7ant <em>La Grande Peur des bien-pensants<\/em> (1930), c\u2019est-\u00e0-dire la faillite de la bourgeoisie fran\u00e7aise. Il r\u00e9cidive huit ans apr\u00e8s, s\u2019\u00e9levant contre son mat\u00e9rialisme avec une violence de pamphl\u00e9taire. L\u2019opinion publique est peut-\u00eatre plus sensible aujourd\u2019hui \u00e0 ce genre d\u2019arguments \u2013 \u00e0 en croire le succ\u00e8s de cette citation.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">Nous ferons la paix avec le diable s\u2019il le faut.<span id=\"2695\" class=\"cit-num\">2695<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Slogan des pacifistes.<em> Notre Front populaire<\/em> (1977), Claude Jamet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On trouve des pacifistes dans les partis de gauche comme de droite, et les responsabilit\u00e9s sont aussi bien dans l\u2019\u00e9tat-major qu\u2019au gouvernement, avant, pendant et apr\u00e8s le Front populaire.<\/p>\n<p>Un tel slogan est le reflet d\u2019un pacifisme visc\u00e9ral qui est avant tout celui du pays, de l\u2019opinion publique. Sentiment n\u00e9 de la derni\u00e8re guerre, des h\u00e9catombes qui ont touch\u00e9 la plupart des familles. C\u2019est l\u2019une des raisons de l\u2019effondrement de la diplomatie fran\u00e7aise, dans l\u2019entre-deux-guerres\u00a0: \u00ab\u00a0Jusqu\u2019en 1939, la politique ext\u00e9rieure de la France ne fut plus [\u2026] qu\u2019une suite d\u2019abandons\u00a0: \u00e9vacuation de la Ruhr, suppression du contr\u00f4le militaire, abandon des r\u00e9parations, \u00e9vacuation anticip\u00e9e de la Rh\u00e9nanie [\u2026] L\u2019Allemagne lib\u00e9r\u00e9e devint mena\u00e7ante\u00a0\u00bb (Pierre Gaxotte, <em>Histoire des Fran\u00e7ais<\/em>).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La France et l\u2019Angleterre doivent d\u00e9sormais r\u00e9sister \u00e0 toute nouvelle exigence de Hitler.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2702\" class=\"cit-num\">2702<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Avis de 70\u00a0% des Fran\u00e7ais, selon un sondage de d\u00e9cembre\u00a01938. <em>Histoire de la France au <span class=\"caps\">XX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (2003), Serge Berstein, Pierre Milza<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Premier fait, de nature politique\u00a0: le revirement de l\u2019opinion publique. En septembre, 57\u00a0% des Fran\u00e7ais \u00e9taient encore favorables aux accords de Munich. Mais la mont\u00e9e de l\u2019hitl\u00e9risme est mieux saisie, et la bourgeoisie a moins peur de la r\u00e9volution, apr\u00e8s l\u2019\u00e9chec syndical de la <span class=\"caps\">CGT<\/span> (mot d\u2019ordre de gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale non suivi, en novembre).<\/p>\n<p>Autre fait, de soci\u00e9t\u00e9\u00a0: l\u2019apparition des sondages d\u2019opinion en France \u2013 n\u00e9s aux <span class=\"caps\">USA<\/span>, fin 1936, \u00e0 l\u2019initiative d\u2019un journaliste et statisticien, George Horace Gallup, fondateur de l\u2019institut portant son nom. D\u2019ao\u00fbt\u00a01938 \u00e0 juillet\u00a01939, il y a pr\u00e8s de trente sondages sur l\u2019opinion face aux probl\u00e8mes ext\u00e9rieurs\u00a0: une source d\u2019information devenue indispensable, jusqu\u2019\u00e0 devenir une pratique abusive en bien des domaines, \u00e0 commencer par la politique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le souci le plus urgent du gouvernement doit \u00eatre de renforcer la puissance militaire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2703\" class=\"cit-num\">2703<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Avis de 79\u00a0% des Fran\u00e7ais, selon un sondage de f\u00e9vrier\u00a01939. <em>La Vie politique sous la <span class=\"caps\">III<\/span>e R\u00e9publique\u00a0: 1870-1940<\/em> (1984), Jean-Marie Mayeur<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les sondages d\u2019opinion indiquent la m\u00eame tendance en Grande-Bretagne. En mars, Hitler rompt les accords de Munich et occupe pour la premi\u00e8re fois un territoire non peupl\u00e9 d\u2019Allemands, la Boh\u00eame-Moravie. La fiction du droit des peuples invoqu\u00e9e pour les Sud\u00e8tes tombe. Voil\u00e0 bient\u00f4t l\u2019ensemble de la Tch\u00e9coslovaquie annex\u00e9. Et Mussolini de son c\u00f4t\u00e9 occupe l\u2019Albanie. En avril, les Fran\u00e7ais, d\u00fbment sond\u00e9s, ne seront plus que 17\u00a0% \u00e0 nier le risque d\u2019une guerre.<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0L\u2019opinion publique n\u2019existe pas.\u00a0\u00bb Pierre Bourdieu, expos\u00e9 de 1972, publi\u00e9 en 1973, dans Les Temps Modernes. Sociologue contemporain et intellectuel engag\u00e9, il contestait simplement la valeur des sondages d\u2019opinion, invention r\u00e9cente.\u00ab\u00a0Les Fran\u00e7ais sont des veaux.\u00a0\u00bb Dans son livre De Gaulle, mon p\u00e8re (2003), Philippe de Gaulle rapporte les mots du g\u00e9n\u00e9ral, prononc\u00e9s en 1940 \u00e0 [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":160,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-9961","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-edito-de-la-semaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9961","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9961"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9961\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12564,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9961\/revisions\/12564"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9961"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9961"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9961"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}