{"id":9967,"date":"2024-07-08T00:00:00","date_gmt":"2024-07-07T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/lopinion-publique-des-francais-des-origines-au-siecle-des-lumieres\/"},"modified":"2025-08-12T08:42:58","modified_gmt":"2025-08-12T06:42:58","slug":"lopinion-publique-des-francais-des-origines-au-siecle-des-lumieres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/lopinion-publique-des-francais-des-origines-au-siecle-des-lumieres\/","title":{"rendered":"L\u2019opinion publique des Fran\u00e7ais (des origines au Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p><strong>\u00ab\u00a0L\u2019opinion publique n\u2019existe pas.\u00a0\u00bb<\/strong> Pierre Bourdieu, expos\u00e9 de 1972, publi\u00e9 en 1973, dans <em>Les Temps Modernes<\/em>. Sociologue contemporain et intellectuel engag\u00e9, il contestait simplement la valeur des sondages d\u2019opinion, invention r\u00e9cente.<\/p>\n<p><strong>\u00ab\u00a0Les Fran\u00e7ais sont des veaux.\u00a0\u00bb<\/strong> Dans son livre <em>De Gaulle, mon p\u00e8re<\/em> (2003), Philippe de Gaulle rapporte les mots du g\u00e9n\u00e9ral, prononc\u00e9s en 1940 \u00e0 Londres apr\u00e8s la signature de l\u2019armistice entre la France de P\u00e9tain et l\u2019Allemagne nazie. Le g\u00e9n\u00e9ral aurait dit des Fran\u00e7ais\u00a0: <strong>\u00ab\u00a0Ce sont des veaux. Ils sont bons pour le massacre. Ils n\u2019ont que ce qu\u2019ils m\u00e9ritent.\u00a0\u00bb<\/strong> Mais ses divers Appels aux Fran\u00e7ais lanceront la r\u00e9sistance.<\/p>\n<p>Dans un raccourci original et fatalement caricatural, l\u2019adage de Jean Cocteau, tir\u00e9 de <em>Maalesh<\/em> (1950), assure que <strong>\u00ab\u00a0Les Fran\u00e7ais sont des Italiens de mauvaise humeur et les Italiens sont des Fran\u00e7ais de bonne humeur\u00a0\u00bb<\/strong> (<em>Lib\u00e9ration<\/em>, 13 mars 2019).<\/p>\n<p>Dans son livre programme, <em>R\u00e9volution<\/em> (2016), le futur pr\u00e9sident Emmanuel Macron se d\u00e9sole de nous voir, nous Fran\u00e7ais, <strong>\u00ab\u00a0recroquevill\u00e9s sur nos passions tristes, la jalousie, la d\u00e9fiance, la d\u00e9sunion, une certaine forme de mesquinerie, parfois de bassesse, devant les \u00e9v\u00e9nements.\u00a0\u00bb<\/strong> Et de commenter (<em>Lib\u00e9ration<\/em>, 16 novembre 2016)\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est une menace depuis des ann\u00e9es, c\u2019est un d\u00e9ferlement depuis des mois\u00a0: le monde occidental tout entier est submerg\u00e9 par la victoire de ce que Spinoza, le philosophe de la d\u00e9mocratie, nommait \u00ab\u00a0les passions tristes\u00a0\u00bb, comme la haine, la peur, la col\u00e8re, le mensonge ou la violence.\u00a0\u00bb Il reprendra l\u2019expression encore plus valable en 2022.<\/p>\n<p>La r\u00e9alit\u00e9 est heureusement et infiniment plus complexe. L\u2019Histoire le prouve, avec cet \u00e9dito en trois \u00e9pisodes\u00a0: 1. des origines au Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, 2. de la R\u00e9volution \u00e0 la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, 3. de la Quatri\u00e8me R\u00e9publique \u00e0 nos jours.<\/p>\n<h3>I \u2013 Des origines au Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res.<\/h3>\n<p>Nul ne parle d\u2019opinion publique avant le <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e si\u00e8cle. C\u2019est pourtant une r\u00e9alit\u00e9 omnipr\u00e9sente, au m\u00eame titre que le peuple. Elle se manifeste dans les chansons, les proverbes, les pamphlets (souvent anonymes), les cris lors des \u00e9meutes\u2026 Historiens et chroniqueurs contemporains en t\u00e9moignent, auteurs et po\u00e8tes s\u2019en font l\u2019\u00e9cho, tandis que les responsables politiques s\u2019en inqui\u00e8tent.<\/p>\n<p>Au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, la soci\u00e9t\u00e9 d\u00fbment \u00ab\u00a0\u00e9clair\u00e9e\u00a0\u00bb prend conscience de cette r\u00e9alit\u00e9, tandis que les philosophes se donnent pour mission d\u2019influencer une opinion qu\u2019ils savent critiquer en intellectuels engag\u00e9s.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-1-66.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<h4><span class=\"caps\">GAULE<\/span> <span class=\"caps\">ET<\/span> <span class=\"caps\">MOYEN<\/span> <span class=\"caps\">\u00c2GE<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ces gens-l\u00e0 [les Gaulois] changent facilement d\u2019avis et sont presque toujours s\u00e9duits par ce qui est nouveau.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"10\" class=\"cit-num\">10<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">C\u00c9SAR<\/span> (101-44 av. J.-C.), <em>Commentaires de la guerre des Gaules<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Grand fond de v\u00e9rit\u00e9 dans cette constatation. Richelieu, grand ministre de Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span> et codificateur de la raison d\u2019\u00c9tat, \u00e9voquera souvent cette \u00ab\u00a0l\u00e9g\u00e8ret\u00e9\u00a0\u00bb propre aux Fran\u00e7ais \u2013 mais pour s\u2019en plaindre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Apr\u00e8s la panse vient la danse.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"138\" class=\"cit-num\">138<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Dicton populaire. <em>Dictionnaire de l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise<\/em> (1694), au mot \u00ab\u00a0panse\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les proverbes, comme les chansons, se r\u00e9v\u00e8lent un excellent indicateur du \u00ab\u00a0moral\u00a0\u00bb des Fran\u00e7ais en g\u00e9n\u00e9ral et du peuple en particulier. De fait, on mange, on boit, on s\u2019amuse bien au Moyen \u00c2ge, au ch\u00e2teau comme au village, hors les temps de famine, de peste, de guerre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00d4 France, tourment\u00e9e par les agents du fisc, tu as eu \u00e0 supporter de dures lois et de terribles moments\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"139\" class=\"cit-num\">139<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">GILLES<\/span> de Paris (1162-1220). <em>\u00c9tude sur la vie et le r\u00e8gne de Louis\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span><\/em> (1975), collectif<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fameuse apostrophe lanc\u00e9e au d\u00e9but du <span class=\"caps\">XIII<\/span>e si\u00e8cle par le pr\u00e9cepteur du fils de Philippe Auguste, Louis\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span> de France, dit le Lion. La politique d\u2019expansion de Philippe Auguste est co\u00fbteuse, mais en plus de quarante ans de r\u00e8gne, il fait de la France le plus puissant royaume de l\u2019Occident chr\u00e9tien.<\/p>\n<p>Cette r\u00e9crimination sur la lourdeur des imp\u00f4ts reviendra comme un refrain tout au long de notre histoire, allant jusqu\u2019\u00e0 d\u00e9clencher la R\u00e9volution de 1789.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous, en France, nous n\u2019avons rien sinon le pain, le vin et la gaiet\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"183\" class=\"cit-num\">183<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">VII<\/span> le Jeune (vers 1120-1180), \u00e0 l\u2019ambassadeur du roi d\u2019Angleterre, vers 1150. <em>Histoire de la chr\u00e9tient\u00e9 d\u2019Orient et d\u2019Occident<\/em> (1995), Jacques Brosse<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ainsi le roi vante-t-il les vraies richesses des Fran\u00e7ais \u00e0 l\u2019archidiacre d\u2019Oxford qui l\u2019entretenait de la richesse du royaume d\u2019Angleterre. Louis\u00a0<span class=\"caps\">VII<\/span> oppose fi\u00e8rement son pays aux autres royaumes\u00a0: \u00ab\u00a0Le roi des Indes a des pierres pr\u00e9cieuses, des lions, des l\u00e9opards, des \u00e9l\u00e9phants\u00a0; l\u2019empereur de Byzance se glorifie de son or et de ses tissus de soie\u00a0; le Germanique a des hommes qui savent faire la guerre, et des chevaux de combat. Ton ma\u00eetre le roi d\u2019Angleterre a hommes, chevaux, or, pierres pr\u00e9cieuses, fruits.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Bien est France ab\u00e2tardie\u00a0!<br>Quand femme l\u2019a en baillie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"209\" class=\"cit-num\">209<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Hugues de la <span class=\"caps\">FERT\u00c9<\/span> (premi\u00e8re moiti\u00e9 du <span class=\"caps\">XIII<\/span>e si\u00e8cle), pamphlet. <em>\u00c9tude sur la vie et le r\u00e8gne de Louis\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span><\/em> (1894), Charles Petit-Dutaillis<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0\u2026 Rois, ne vous confiez mie\u00a0\/ \u00c0 la gent de femmenie\u00a0\/ Mais faites plut\u00f4t appeler\u00a0\/ Ceux qui savent armes porter.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Hugues de la Fert\u00e9 et Hugues de Lusignan sont auteurs de couplets cinglants contre Blanche de Castille, r\u00e9gente \u00e0 la mort de Louis\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span> (1226), d\u00e9test\u00e9e des grands vassaux et assez forte pour les mater. Pressentant leur fronde, elle a fait sacrer \u00e0 Reims son fils Louis (11\u00a0ans), sans attendre que tous les grands barons soient r\u00e9unis.<\/p>\n<p>En 1234, les deux Hugues, soutenus par le roi d\u2019Angleterre, participent avec Raymond <span class=\"caps\">VII<\/span> de Toulouse \u00e0 une r\u00e9volte f\u00e9odale. L\u2019aventure se terminera par la soumission des vassaux et la tr\u00eave sign\u00e9e avec le roi d\u2019Angleterre. La France sort plus grande et renforc\u00e9e, apr\u00e8s les dix ans de r\u00e9gence de cette femme qui a toutes les qualit\u00e9s (et les d\u00e9fauts) des grands hommes politiques.<\/p>\n<h4><span class=\"caps\">RENAISSANCE<\/span><\/h4>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-2-78.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voyez, voyez tout \u00e0 la ronde<br>Comment le monde rit au monde,<br>Ainsi est-il en sa jeunesse.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"386\" class=\"cit-num\">386<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cl\u00e9ment <span class=\"caps\">MAROT<\/span> (1496-1544), <em>Colloque de la Vierge m\u00e9prisant le mariage<\/em> (publication posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est la Renaissance, l\u2019aube des temps nouveaux, appel\u00e9e par les historiens le \u00ab\u00a0beau xvie\u00a0si\u00e8cle\u00a0\u00bb\u00a0: de\u00a01480 \u00e0\u00a01560. Salu\u00e9 par Marot, aimable po\u00e8te et courtisan, et nombre de contemporains\u00a0: \u00ab\u00a0\u00d4\u00a0si\u00e8cle\u00a0! les lettres fleurissent, les esprits se r\u00e9veillent, c\u2019est une joie de vivre\u00a0!\u00a0\u00bb s\u2019exclame l\u2019humaniste Ulrich de Hutten. Seule r\u00e8gle morale de l\u2019abbaye de Th\u00e9l\u00e8me ch\u00e8re \u00e0 Rabelais\u00a0: \u00ab\u00a0Fais ce que voudras.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le Grec vanteur la Gr\u00e8ce vantera<br>Et l\u2019Espagnol l\u2019Espagne chantera<br>L\u2019Italien les Itales fertiles,<br>Mais moi, Fran\u00e7ois, la France aux belles villes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"388\" class=\"cit-num\">388<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre de <span class=\"caps\">RONSARD<\/span> (1524-1585), <em>Hymne de France<\/em> (1555-1556)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Renon\u00e7ant \u00e0 la carri\u00e8re des armes et \u00e0 la diplomatie pour cause de surdit\u00e9 pr\u00e9coce, Ronsard devient le prince des po\u00e8tes, puis le po\u00e8te des princes, sans \u00eatre jamais bassement courtisan. Sinc\u00e8rement patriote, il va bient\u00f4t \u00e9laborer un art de gouverner \u00e0 l\u2019intention du jeune roi Charles\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span>.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9loge de la France est un th\u00e8me classique, l\u2019expression d\u2019un sentiment national profond, sensible en d\u2019autres lieux, mais sans doute plus intense en cette terre b\u00e9nie des dieux, faite d\u2019\u00e9quilibre et de charme, et qui inspirera, le danger revenu avec les guerres \u00e9trang\u00e8res et civiles, des chansons d\u00e9j\u00e0 patriotiques et les <em>Discours<\/em> enflamm\u00e9s d\u2019une litt\u00e9rature engag\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0France, m\u00e8re des arts, des armes et des lois\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"390\" class=\"cit-num\">390<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Joachim du <span class=\"caps\">BELLAY<\/span> (1522-1560), <em>Les Regrets<\/em> (1558)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Encore un po\u00e8te inspir\u00e9 par l\u2019amour du pays et qui renonce \u00e0 la carri\u00e8re militaire pour les vers. La trilogie \u00ab\u00a0des arts, des armes et des lois\u00a0\u00bb r\u00e9sume fort bien l\u2019histoire de cette \u00e9poque si riche, si contrast\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Le dialogue tour \u00e0 tour sanglant et serein qu\u2019on appela Renaissance\u00a0\u00bb (Malraux, <em>Les Voix du silence<\/em>). \u00ab\u00a0L\u2019aimable mot de Renaissance ne rappelle aux amis du beau que l\u2019av\u00e8nement d\u2019un art nouveau et le libre essor de la fantaisie\u00a0; pour l\u2019\u00e9rudit, c\u2019est la r\u00e9novation des \u00e9tudes de l\u2019Antiquit\u00e9\u00a0; pour les l\u00e9gistes, le jour qui commence \u00e0 luire sur le discordant chaos de nos vieilles coutumes\u00a0\u00bb (Michelet, <em>Histoire de France<\/em>). C\u2019est en tout cas le reflet d\u2019une opinion globalement heureuse. Peu de p\u00e9riodes historiques d\u00e9gageront cette impression quasi unanime.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand Paris boira le Rhin, toute la Gaule aura sa fin.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"508\" class=\"cit-num\">508<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">LE<\/span> <span class=\"caps\">BON<\/span> (<span class=\"caps\">XVI<\/span>e si\u00e8cle), <em>Le Rhin au Roy<\/em> (1568). \u00ab\u00a0La Monarchie d\u2019Ancien R\u00e9gime et les fronti\u00e8res naturelles\u00a0\u00bb, Gaston Zeller,<em> Revue d\u2019histoire moderne<\/em> (1933)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce pamphlet est sign\u00e9 d\u2019un Lorrain, connu aussi comme m\u00e9decin de Charles\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span> et des Guise (branche cadette de la maison de Lorraine, politiquement tr\u00e8s active, et catholique).<\/p>\n<p><em>Le Rhin au Roy<\/em> rappelle les limites de l\u2019ancienne Gaule et manifeste sa pr\u00e9f\u00e9rence pour une politique rh\u00e9nane plut\u00f4t qu\u2019italienne. Autrement dit, le Rhin est plus n\u00e9cessaire que le P\u00f4. On peut y voir une des premi\u00e8res expressions de la th\u00e9orie des fronti\u00e8res naturelles de la France\u00a0: Rhin, Alpes et Pyr\u00e9n\u00e9es forment ses limites continentales, mer du Nord et Manche (<em>Channel<\/em>), Atlantique et M\u00e9diterran\u00e9e compl\u00e9tant l\u2019hexagone.<\/p>\n<p>Les rois de l\u2019Ancien R\u00e9gime ont plus ou moins consciemment raisonn\u00e9 ainsi pour constituer le pays tel qu\u2019il existe aujourd\u2019hui, mais au <span class=\"caps\">XVI<\/span>e si\u00e8cle, le mirage italien leur a longtemps tourn\u00e9 la t\u00eate. Rappelons que Catherine de M\u00e9dicis, l\u2019actuelle r\u00e9gente, fille de Laurent\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> de M\u00e9dicis, est n\u00e9e \u00e0 Florence. Quant \u00e0 la bonne soci\u00e9t\u00e9 \u2013 celle des privil\u00e9gi\u00e9s -, elle ne pouvait qu\u2019\u00eatre sensible \u00e0 cette politique. Cela dit, les historiens d\u00e9battent aujourd\u2019hui encore de l\u2019influence r\u00e9elle des \u00ab\u00a0fronti\u00e8res naturelles\u00a0\u00bb ainsi th\u00e9oris\u00e9es.<\/p>\n<h4><span class=\"caps\">NAISSANCE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">MONARCHIE<\/span> <span class=\"caps\">ABSOLUE<\/span> (r\u00e8gnes d\u2019Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> et de Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span>)<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00d4 Paris qui n\u2019est plus Paris, mais une sp\u00e9lonque [antre] de b\u00eates farouches, une citadelle d\u2019Espagnols, Wallons et Napolitains, un asile et s\u00fbre retraite de voleurs, meurtriers et assassinateurs, ne veux-tu jamais te ressentir de ta dignit\u00e9 et te souvenir qui tu as \u00e9t\u00e9, au prix de ce que tu es\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"613\" class=\"cit-num\">613<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">PITHOU<\/span> (1539-1596), Harangue de M. d\u2019Aubray. <em>La Satire M\u00e9nipp\u00e9e<\/em> (1594)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Passage le plus c\u00e9l\u00e8bre de ce pamphlet \u00e9crit pour soutenir Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> contre les extr\u00e9mistes catholiques. Le roi h\u00e9rite d\u2019une capitale aux mains des ligueurs qui font r\u00e9gner la terreur, et des Habsbourg qui ont des ambitions dynastiques sur la France.<\/p>\n<p>Notons que ce pamphlet fait exception \u00e0 la r\u00e8gle. La plupart sont \u00e9crits pour s\u2019opposer \u00e0 un homme, une opinion, une politique. Et les Fran\u00e7ais adorent s\u2019opposer\u00a0: le bon roi Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> fera bient\u00f4t les frais de cette attitude.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tu fais le catholique <br>Mais c\u2019est pour nous piper<br>Et comme un hypocrite <br>T\u00e2che \u00e0 nous attraper,<br>Puis, sous bonne mine, <br>Nous mettre en ruine.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"626\" class=\"cit-num\">626<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pamphlet ligueur (anonyme).<em> La Satire en France ou la litt\u00e9rature militante au <span class=\"caps\">XVI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle<\/em> (1886), Charles F\u00e9lix Lenient<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ni la conversion ni le sacre ne peuvent rallier les catholiques irr\u00e9ductibles (baptis\u00e9s parfois papistes)\u00a0: les tentatives d\u2019assassinat qui marqueront tout le r\u00e8gne d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> le prouvent assez. Il finira assassin\u00e9 par Ravaillac, moine r\u00e9gicide. Paradoxalement, cette fin tragique va servir sa l\u00e9gende et faire de lui le roi le plus populaire de notre Histoire. Exemple rare d\u2019un revirement radical de l\u2019opinion populaire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La France, le plus beau royaume apr\u00e8s celui du Ciel.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"691\" class=\"cit-num\">691<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">GROTIUS<\/span> (1583-1645), \u00c9p\u00eetre d\u00e9dicatrice. <em>De jure belli ac pacis<\/em> (1625). <em>Le <span class=\"caps\">XVII<\/span>e si\u00e8cle\u00a0: diversit\u00e9 et coh\u00e9rence<\/em> (1992), Jacques Truchet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le jurisconsulte hollandais adresse son trait\u00e9 \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span>, ce qui explique en partie le superlatif. Richelieu est plus s\u00e9v\u00e8re dans son extr\u00eame lucidit\u00e9, d\u00e9crivant dans son<em> Testament politique<\/em> l\u2019anarchie du royaume quand il arrive au pouvoir, en 1624. Quant au peuple, il souffre autant des guerres civiles (guerres de Religion) que des guerres \u00e9trang\u00e8res, ne mangeant pas de poule au pot tous les dimanches.<\/p>\n<p>La France a cependant de bons atouts dans son jeu. Avant tout sa d\u00e9mographie\u00a0: elle est plus peupl\u00e9e que l\u2019Espagne, l\u2019Italie et l\u2019Angleterre r\u00e9unies. Dans les campagnes, les effets des guerres civiles ne sont plus qu\u2019un mauvais souvenir\u00a0: production r\u00e9tablie, friches r\u00e9cup\u00e9r\u00e9es, revenus croissants des propri\u00e9taires du sol. L\u2019industrie textile prosp\u00e8re dans les manufactures (laines, toiles, soieries) et celle du b\u00e2timent profite de la croissance des villes o\u00f9 s\u2019\u00e9panouit le \u00ab\u00a0style fran\u00e7ais\u00a0\u00bb\u00a0: \u00e0 Paris, la place Royale et les h\u00f4tels du Marais en offrent le plus bel exemple.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce fou n\u2019a qu\u2019une id\u00e9e, abattre la maison d\u2019Autriche [\u2026] Il d\u00e9clenchera la guerre g\u00e9n\u00e9rale et les hordes de barbares se jetteront sur le trottoir fran\u00e7ais.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"705\" class=\"cit-num\">705<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pamphlet contre Richelieu. <em>Mazarin<\/em> (1972), Paul Guth<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En 1630, que d\u2019opposants \u00e0 la politique anti-habsbourgeoise de Richelieu\u00a0! Le tr\u00e8s catholique cardinal de B\u00e9rulle est mort (octobre\u00a01629), mais il reste le garde des Sceaux Michel de Marillac (farouchement antiprotestant et pr\u00f4nant la paix et l\u2019alliance avec l\u2019Espagne), le fr\u00e8re du roi qui est de tous les complots, la reine et la reine m\u00e8re, \u00e0 pr\u00e9sent tr\u00e8s hostile au cardinal et \u00e2me du parti d\u00e9vot.<\/p>\n<p>Richelieu, de son c\u00f4t\u00e9, paie des publicistes \u00e0 gages pour mener une propagande antiespagnole incessante, d\u2019o\u00f9 une gu\u00e9rilla de libelles et de pamphlets. \u00c0 dater de mai\u00a01631,<em> La Gazette<\/em>, hebdomadaire de Th\u00e9ophraste Renaudot, organe officieux du gouvernement, a pour but de r\u00e9duire les \u00ab\u00a0faux bruits qui servent souvent d\u2019allumettes aux mouvements et s\u00e9ditions intestines\u00a0\u00bb. Elle use de son monopole officiel pour diffuser les nouvelles et faire passer les articles transmis par le roi et Richelieu\u00a0: tirage moyen de 1\u00a0200 exemplaires, qui deviendront 12\u00a0000 au si\u00e8cle suivant. <br>Organe officiel du ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res sous le nom de <em>Gazette de France<\/em> \u00e0 dater de 1762, cet anc\u00eatre de nos journaux para\u00eetra jusqu\u2019en 1915. Son influence sur l\u2019opinion publique devait \u00eatre limit\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 ordinaire des Fran\u00e7ais leur fait d\u00e9sirer le changement \u00e0 cause de l\u2019ennui qu\u2019ils ont des choses pr\u00e9sentes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"584\" class=\"cit-num\">584<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cardinal de <span class=\"caps\">RICHELIEU<\/span> (1585-1642). \u00ab\u00a0Maximes d\u2019\u00c9tat du cardinal de Richelieu\u00a0\u00bb, Guy Thullier, <em>La Revue administrative<\/em>, n\u00b0\u00a053 (1956)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette \u00ab\u00a0l\u00e9g\u00e8ret\u00e9\u00a0\u00bb va revenir comme un leitmotiv et un sujet d\u2019\u00e9tonnement, d\u2019irritation, de reproche dans l\u2019esprit de l\u2019homme rouge dont la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 n\u2019est assur\u00e9ment ni un d\u00e9faut, ni une qualit\u00e9\u00a0! Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> lui-m\u00eame s\u2019en fait l\u2019\u00e9cho.<\/p>\n<p>Ce trait de caract\u00e8re est cause qu\u2019on ne gouverne pas si ais\u00e9ment ce pays frondeur, ni en paix, ni en guerre. Pas plus son peuple que ses nobles ni ses bourgeois, ses auteurs, ses chansonniers ni ses penseurs. On peut donc parler d\u2019une opinion largement partag\u00e9e dans le pays.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019humeur des Fran\u00e7ais est si prompte qu\u2019elle veut la fin de ses d\u00e9sirs aussit\u00f4t qu\u2019elle les a con\u00e7us.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"710\" class=\"cit-num\">710<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cardinal de <span class=\"caps\">RICHELIEU<\/span> (1585-1642), <em>Testament politique<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019homme rouge ne cessa de d\u00e9plorer la \u00ab\u00a0l\u00e9g\u00e8ret\u00e9\u00a0\u00bb des sujets de Sa Majest\u00e9, cause des difficult\u00e9s de la fin du r\u00e8gne\u00a0: l\u2019esprit de s\u00e9dition demeure chez les Grands, r\u00e9appara\u00eet de plus belle chez le peuple et va rendre pr\u00e9caires toutes les entreprises du \u00ab\u00a0principal ministre d\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0N\u2019\u00e9veillez pas cette grosse b\u00eate.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"711\" class=\"cit-num\">711<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cardinal de <span class=\"caps\">RICHELIEU<\/span> (1585-1642). <em>Mazarin<\/em> (1972), Paul Guth<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il s\u2019agit de Paris (ou de son Parlement, selon une autre source). Le cardinal sait la ville frondeuse par nature, et par acc\u00e8s. Son successeur le cardinal de Mazarin, moins habile ou moins chanceux, subira bient\u00f4t le r\u00e9veil de la \u00ab\u00a0grosse b\u00eate\u00a0\u00bb, dramatique durant la Fronde.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est une chose \u00e9trange que la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 des Fran\u00e7ais.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"720\" class=\"cit-num\">720<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIII<\/span> (1601-1643), Lettre, 5\u00a0ao\u00fbt 1635. <em>Vie de Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span><\/em> (1936), Louis Vaunois<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Alors que la guerre contre l\u2019Espagne est d\u00e9clar\u00e9e le 19\u00a0mai 1635, le roi d\u00e9plore la d\u00e9gradation de l\u2019arm\u00e9e, l\u2019indiscipline des troupes, l\u2019absence d\u2019officiers. Il partage aussi l\u2019avis de son ministre dont il reconna\u00eet les qualit\u00e9s d\u2019homme d\u2019\u00c9tat (tr\u00e8s sup\u00e9rieure aux siennes)\u00a0: \u00ab\u00a0Il n\u2019y a pas de nation au monde si peu propre \u00e0 la guerre que la n\u00f4tre\u00a0; la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 et l\u2019impatience qu\u2019elle a dans les moindres travaux sont deux principes qui ne se v\u00e9rifient que trop\u00a0\u00bb (<em>Testament politique<\/em>).<\/p>\n<p>Apr\u00e8s quelques combats catastrophiques et Paris menac\u00e9 (\u00e9t\u00e9 1636), Richelieu, entour\u00e9 d\u2019une tr\u00e8s bonne \u00e9quipe au gouvernement, va rem\u00e9dier \u00e0 notre faiblesse militaire. Mais le refus de l\u2019imp\u00f4t royal doubl\u00e9, parfois tripl\u00e9 pour cet effort de guerre, dramatise l\u2019agitation populaire qui s\u2019accompagne souvent d\u2019une vraie mis\u00e8re.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La France a bien fait voir qu\u2019\u00e9tant unie elle est invincible, et que de son union d\u00e9pend sa grandeur, comme sa ruine de sa division.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"741\" class=\"cit-num\">741<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIII<\/span> (1601-1643).<em> Trait\u00e9 de la majorit\u00e9 de nos rois et des r\u00e9gences du royaume<\/em> (1722), Pierre Dupuy<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Jusqu\u2019\u00e0 la fin, il a poursuivi la politique du minist\u00e9riat (couple form\u00e9 par le roi et on ministre) et tir\u00e9 la le\u00e7on de l\u2019Histoire. Il semble que Richelieu parle encore par sa bouche. D\u2019autres hommes d\u2019\u00c9tat tiendront ce langage (comme de Gaulle) et justice sera rendue \u00e0 ce r\u00e8gne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019ils chantent, pourvu qu\u2019ils paient.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"759\" class=\"cit-num\">759<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MAZARIN<\/span> (1602-1661). Dictionnaire de fran\u00e7ais <em>Larousse<\/em>, au mot \u00ab\u00a0payer\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un imp\u00f4t de plus, des relations suppos\u00e9es avec la reine, une impopularit\u00e9 grandissante, tout est occasion de mazarinade (pamphlet), mais Mazarin se moque de ces chansons et de ceux qui les chantent. Il bravera toutes les formes d\u2019opposition, gardant et renfor\u00e7ant son pouvoir jusqu\u2019\u00e0 sa mort.<\/p>\n<p>Victime de quelque 6 500 pamphlets (appel\u00e9es mazarinades), Mazarin bat un record d\u2019impopularit\u00e9 dans l\u2019Histoire, comme la fiscalit\u00e9 qui fut de tout temps la plus constante raison de plainte des Fran\u00e7ais (bien plus que les\u00a0 guerres, d\u2019ailleurs co\u00fbteuses \u00e0 l\u2019\u00c9tat).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Apr\u00e8s ton compte rendu<br>Cher Jules, tu seras pendu<br>Au bout d\u2019une vieille potence,<br>Sans remords et sans repentance.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"787\" class=\"cit-num\">787<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">SCARRON<\/span> (1610-1660), mazarinade. <em>Po\u00e9sies diverses\u00a0: la mazarinade, Virgile travesti, roman comique<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le ministre est aussi accus\u00e9 de \u00ab\u00a0rapine publique, fausse politique et sot gouvernement\u00a0\u00bb. Mais il tient bon.<\/p>\n<p>La Fronde des princes, qui s\u2019essouffle dans ses querelles de personnes, va s\u2019unir, fin 1650, \u00e0 un nouvel acc\u00e8s de Fronde parlementaire, pour r\u00e9clamer le d\u00e9part du ministre. Le 7\u00a0f\u00e9vrier 1651, le duc de Beaufort soul\u00e8ve les Halles, bloque la reine au Palais-Royal. Les agitations parisiennes et antifiscales sont men\u00e9es par des \u00e9l\u00e9ments populaires, marchands et bourgeois contre \u00ab\u00a0l\u2019oppression\u00a0\u00bb minist\u00e9rielle. Nombre d\u2019historiens pensent que la R\u00e9volution sera \u00e9vit\u00e9e de peu\u2026<\/p>\n<p>Mazarin juge prudent de s\u2019exiler pour un temps en Allemagne, cependant que de loin, il conseille la reine. \u00c0 Paris, en mars, une assembl\u00e9e de repr\u00e9sentants de la noblesse et du clerg\u00e9 demande la r\u00e9union des \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux, mais Parlement, bourgeois et princes y sont hostiles, et l\u2019assembl\u00e9e se disperse. Les frondeurs recommencent \u00e0 se quereller.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Faut sonner le tocsin, din-din<br>Pour pendre Mazarin.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"793\" class=\"cit-num\">793<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>La Chasse donn\u00e9e \u00e0 Mazarin<\/em>, chanson. <em>Bulletin de la Soci\u00e9t\u00e9 de l\u2019histoire de France<\/em> (1835), Renouard \u00e9d<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Prendre\u00a0\u00bb est devenu \u00ab\u00a0pendre\u00a0\u00bb\u00a0! Le Parlement de Paris, qui l\u2019a banni en janvier\u00a01649, met sa t\u00eate \u00e0 prix en d\u00e9cembre\u00a01651\u00a0: 50\u00a0000 \u00e9cus, payables par la vente de sa biblioth\u00e8que et ses collections (471 tableaux de ma\u00eetre r\u00e9f\u00e9renc\u00e9s \u00e0 sa mort). Mazarin, confondant parfois ses affaires et celles de l\u2019\u00c9tat, a d\u00e9j\u00e0 accumul\u00e9 une immense fortune.<\/p>\n<p>Le cardinal a de nouveau pris la fuite avec la reine, et rejoint le jeune roi \u00e0 Poitiers. Le Parlement envoie des \u00e9missaires dans les provinces, tente de les soulever contre Mazarin, mais nul ne bouge. Turenne, \u00e0 la t\u00eate de l\u2019arm\u00e9e royale, bat Cond\u00e9 qui a recrut\u00e9 de son c\u00f4t\u00e9 une arm\u00e9e espagnole.<br>Cond\u00e9 se r\u00e9fugie dans Paris (avril\u00a01652), ses partisans y font r\u00e9gner la terreur. La Grande Mademoiselle (fille du Grand Monsieur, Gaston d\u2019Orl\u00e9ans) se lance dans la Fronde \u00e0 c\u0153ur perdu.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tel qui disait\u00a0: \u00ab\u00a0Faut qu\u2019on l\u2019assomme\u00a0!\u00a0\u00bb<br>Dit \u00e0 pr\u00e9sent\u00a0: \u00ab\u00a0Qu\u2019il est bon homme\u00a0!\u00a0\u00bb<br>Tel qui disait\u00a0: \u00ab\u00a0Le Mascarin\u00a0!<br>Le Mazarin\u00a0! Le Nazarin\u00a0!\u00a0\u00bb<br>Avec un ton de r\u00e9v\u00e9rence<br>Dit d\u00e9sormais\u00a0: \u00ab\u00a0Son \u00c9minence\u00a0!\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"795\" class=\"cit-num\">795<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Pamphlet pour Mazarin<\/em> (1652). <em>Histoire de la Biblioth\u00e8que Mazarine depuis sa fondation jusqu\u2019\u00e0 nos jours<\/em> (1860), Alfred Franklin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Juste retour des choses et spectaculaire revirement de l\u2019opinion publique. La France est \u00e0 bout de souffle et Paris se lasse de tant d\u2019exc\u00e8s, apr\u00e8s la journ\u00e9e des Pailles et le massacre qui s\u2019ensuit. Les bourgeois deviennent hostiles \u00e0 Cond\u00e9 qui fuit \u00e0 son tour aux Pays-Bas espagnols \u2013 la Belgique actuelle.<\/p>\n<p>Cependant que les marchands de Paris et les officiers de la garde bourgeoise rappellent le jeune roi qui rentre \u2013 d\u00e9finitivement cette fois, et triomphalement\u00a0! Le 21\u00a0octobre 1652, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> s\u2019installe au Louvre. Et Mazarin, rappel\u00e9 par le roi et la reine m\u00e8re, rentre \u00e0 son tour. L\u2019opinion s\u2019est compl\u00e8tement retourn\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> le re\u00e7ut comme un p\u00e8re et le peuple comme un ma\u00eetre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"796\" class=\"cit-num\">796<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778) \u00e9voquant le retour de Mazarin, 3\u00a0f\u00e9vrier 1653. <em>Le Si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span><\/em> (1751), Voltaire<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce spectaculaire revirement de l\u2019opinion publique marque la fin de la Fronde. Le roi, majeur depuis deux ans, va laisser le cardinal gouverner la France jusqu\u2019\u00e0 sa mort en 1661. Il apprendra son royal m\u00e9tier aupr\u00e8s de son Premier ministre et tuteur.<\/p>\n<h4><span class=\"caps\">SI\u00c8CLE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIV<\/span><\/h4>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-3-49.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En France et sous nos rois, la chanson fut longtemps la seule opposition possible\u00a0; on d\u00e9finissait le gouvernement d\u2019alors comme une monarchie absolue temp\u00e9r\u00e9e par des chansons.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"815\" class=\"cit-num\">815<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Eug\u00e8ne <span class=\"caps\">SCRIBE<\/span> (1791-1861), <em>Discours de r\u00e9ception \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise<\/em> (1834)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le peuple chante pour encenser, mais aussi pour critiquer \u2013 et avec quelle violence, parfois\u00a0! Sous le r\u00e8gne personnel de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, nul n\u2019est \u00e9pargn\u00e9 par les chansons, pas m\u00eame le roi. La plupart des auteurs n\u2019osent pas braver la censure et le miracle, c\u2019est que le g\u00e9nie s\u2019exprime au si\u00e8cle classique \u2013 Moli\u00e8re, Racine, La Fontaine \u2013 alors qu\u2019au si\u00e8cle suivant la voix des philosophes s\u2019\u00e9l\u00e8vera enfin pour temp\u00e9rer l\u2019absolutisme royal.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Par la gabelle et les aides, l\u2019inquisition entre dans chaque m\u00e9nage.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"833\" class=\"cit-num\">833<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Hippolyte <span class=\"caps\">TAINE<\/span> (1828-1893), <em>Les Origines de la France contemporaine<\/em>, tome I, L\u2019Ancien R\u00e9gime (1875)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cet historien pr\u00e9cise\u00a0: \u00ab\u00a0Dans les pays de grande gabelle [\u2026], le sel co\u00fbte treize sous la livre [\u2026] Bien mieux, en vertu de l\u2019ordonnance de 1680, chaque personne au-dessus de 7\u00a0ans est tenue d\u2019en acheter sept livres par an.\u00a0\u00bb La lev\u00e9e des imp\u00f4ts est assur\u00e9e par les \u00ab\u00a0fermiers\u00a0\u00bb, traitants ou \u00ab\u00a0partisans\u00a0\u00bb priv\u00e9s qui passent contrat avec l\u2019\u00c9tat\u00a0: ils lui remettent une somme forfaitaire et pr\u00e9l\u00e8vent les taxes et droits sur les contribuables, en faisant leur b\u00e9n\u00e9fice.<\/p>\n<p>Le fermier est un personnage \u00e0 peu pr\u00e8s aussi ha\u00ef que l\u2019intendant sous l\u2019Ancien R\u00e9gime, notamment du fait de nombreux abus. Il contribue au rejet visc\u00e9ral de la fiscalit\u00e9 par l\u2019opinion publique. Le grand argentier du r\u00e8gne en fera personnellement les frais.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Colbert avait un grand-p\u00e8re<br>Qui n\u2019\u00e9tait pas si savant<br>Ni si riche que son p\u00e8re<br>Ni si dur aux pauvres gens.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"881\" class=\"cit-num\">881<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Colbert avait un grand-p\u00e8re<\/em>, chanson. <em>Fouquet, surintendant g\u00e9n\u00e9ral des finances, d\u2019apr\u00e8s les documents d\u2019archives et les m\u00e9moires<\/em> (1908), Albert Savine, Fran\u00e7ois Bournand<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Choisir un bourgeois pour ministre est une initiative royale mal accept\u00e9e des Grands. Mais le peuple lui-m\u00eame se m\u00e9fie\u00a0: la fortune rapide de Colbert devient suspecte. Autre raison de son impopularit\u00e9\u00a0: les imp\u00f4ts accrus ou cr\u00e9\u00e9s, indirects et particuli\u00e8rement injustes, causant des \u00e9meutes fiscales. 1675 sera l\u2019ann\u00e9e de la r\u00e9volte du papier timbr\u00e9 \u2013 notamment en Bretagne. Le financement des guerres de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> en est la cause, mais rappelons que l\u2019opinion est d\u2019accord avec lui\u00a0: un roi est fait pour (bien) faire la guerre, d\u00e9fendre le territoire contre les ennemis (Anglais et Espagnols), au besoin l\u2019agrandir.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ah\u00a0! que votre \u00e2me est abus\u00e9e<br>Dans le choix de tous les guerriers.<br>Faut-il qu\u2019une vieille \u00e9dent\u00e9e<br>Fasse fl\u00e9trir tous vos lauriers\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"929\" class=\"cit-num\">929<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Contre Maintenon<\/em>, chanson. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019influence de cette femme de t\u00eate sur le roi vieillissant fait jaser. \u00c0 la fin du tr\u00e8s long r\u00e8gne de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>, l\u2019opinion publique a chang\u00e9 \u2013 sans pour autant remettre en cause la monarchie\u00a0!<\/p>\n<p>Le peuple \u00e9puis\u00e9, ruin\u00e9, lass\u00e9 d\u2019une gloire dont il voit les faiblesses, prend cette femme pour bouc \u00e9missaire. Cependant que la guerre de Succession d\u2019Espagne tourne au drame, avec des troupes moins combatives, sous des chefs militaires devenus m\u00e9diocres.<\/p>\n<h4><span class=\"caps\">R\u00c9GENCE<\/span> <span class=\"caps\">ET<\/span> <span class=\"caps\">SI\u00c8CLE<\/span> <span class=\"caps\">DES<\/span> <span class=\"caps\">LUMI\u00c8RES<\/span><\/h4>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-4-70.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Et ce prince admirable<br>Passe ses nuits \u00e0 table<br>En se noyant de vin<br>Aupr\u00e8s de sa putain.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1073\" class=\"cit-num\">1073<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pamphlet (anonyme).<em> Chansonnier historique du <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle<\/em> (1879), \u00c9mile Rauni\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019impopularit\u00e9 du R\u00e9gent s\u2019exprime par des vers publi\u00e9s ou chant\u00e9s, rarement sign\u00e9s \u2013 prudence oblige. Mais l\u2019opinion va se manifester clairement\u00a0! Aucun des princes qui vont gouverner la France n\u2019\u00e9chappera d\u00e9sormais \u00e0 ce genre d\u2019\u00e9crits. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> le Bien-Aim\u00e9 mourra ha\u00ef du peuple. Et Marie-Antoinette, dauphine adul\u00e9e, devenue reine, sera la cible de pamphlets par milliers.<\/p>\n<p>Comme le dit Eug\u00e8ne Scribe dans son <em>Discours de r\u00e9ception \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise<\/em> (1834)\u00a0: \u00ab\u00a0En France et sous nos rois, la chanson fut longtemps la seule opposition possible\u00a0; on d\u00e9finissait le gouvernement d\u2019alors comme une monarchie absolue temp\u00e9r\u00e9e par des chansons.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La plupart des \u00e9trangers ont peine \u00e0 se faire une juste id\u00e9e de l\u2019autorit\u00e9 qu\u2019exerce en France l\u2019opinion publique [\u2026] puissance invisible qui, sans tr\u00e9sors, sans gardes et sans arm\u00e9e, donne des lois \u00e0 la ville, \u00e0 la cour et jusque dans le palais des rois.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"990\" class=\"cit-num\">990<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">NECKER<\/span> (1732-1804), <em>De l\u2019administration des finances de la France<\/em> (1784)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Notons l\u2019apparition du terme. Ce grand banquier suisse, tr\u00e8s populaire en France et ministre des Finances de la derni\u00e8re chance sous Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, fait remonter tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la R\u00e9gence la naissance de cette force nouvelle\u00a0: l\u2019opinion publique. \u00c9clair\u00e9e par les philosophes des Lumi\u00e8res selon les uns, manipul\u00e9e par la \u00ab\u00a0secte\u00a0\u00bb philosophique selon les autres, elle va remettre en question les fondements de l\u2019Ancien R\u00e9gime et conduire logiquement, quoique sans le vouloir ni le savoir, \u00e0 la R\u00e9volution.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un homme d\u2019esprit me disait l\u2019autre jour que le gouvernement de la France \u00e9tait une monarchie absolue temp\u00e9r\u00e9e par des chansons.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"993\" class=\"cit-num\">993<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CHAMFORT<\/span> (1740-1794), <em>Pens\u00e9es, maximes et anecdotes<\/em> (posthume, 1803)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, la chanson (le plus souvent anonyme) \u00e9tait l\u2019une des rares formes d\u2019opposition possibles. Au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, elle garde cette fonction.<\/p>\n<p>Diderot parlant du peuple dans ses <em>Principes de politique des souverains<\/em> \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0Il faut lui permettre la satire et la plainte\u00a0: la haine renferm\u00e9e est plus dangereuse que la haine ouverte.\u00a0\u00bb Avec la masse des pamphlets et libelles pol\u00e9miques et parfois orduriers dont l\u2019\u00e9poque se fit l\u2019\u00e9cho, on a pu parler de ces \u00ab\u00a0basses Lumi\u00e8res\u00a0\u00bb qui sapent les bases du r\u00e9gime presque aussi s\u00fbrement que les pens\u00e9es philosophiques. Les fake news n\u2019ont rien invent\u00e9\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut tout examiner, tout remuer sans exception et sans m\u00e9nagement.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"995\" class=\"cit-num\">995<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">D\u2019<span class=\"caps\">ALEMBERT<\/span> (1717-1783), <em>L\u2019Encyclop\u00e9die, Discours pr\u00e9liminaire<\/em> (1751)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Tel est le credo de cette immense entreprise collective\u00a0: lutte contre les pr\u00e9jug\u00e9s, triomphe de la raison. L\u2019\u0153uvre sera parfois moins hardie que la pens\u00e9e de tel ou tel philosophe, il faut ruser avec la censure, les grands articles respectent une certaine orthodoxie. Mais la tactique des renvois \u00e0 des petits articles permet d\u2019avancer des opinions plus os\u00e9es \u2013 le public a vite compris le jeu. Les censeurs eux aussi, parfois. Un arr\u00eat du Conseil d\u2019\u00c9tat interdit la vente et la d\u00e9tention des deux premiers tomes, le 7\u00a0f\u00e9vrier 1752. En mai, le gouvernement, plus lib\u00e9ral, prie d\u2019Alembert et Diderot de se remettre au travail.<\/p>\n<p>Ce monument philosophique et scientifique, malgr\u00e9 ses erreurs et ses lacunes, va diffuser la pens\u00e9e nouvelle et promouvoir un \u00e9tat d\u2019esprit universellement curieux et critique. Autrement dit, une opinion publique digne de ce nom, litt\u00e9ralement \u00ab\u00a0\u00e9clair\u00e9e\u00a0\u00bb. L\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> d\u00e9nonce les privil\u00e8ges, les imp\u00f4ts mal r\u00e9partis, les atteintes \u00e0 la libert\u00e9 du travail. Elle n\u2019est pas r\u00e9volutionnaire, mais annonce le mouvement d\u2019opinion qui aboutira aux \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux de 1789.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est le ton de la nation\u00a0; si les Fran\u00e7ais perdent une bataille, une \u00e9pigramme les console\u00a0; si un nouvel imp\u00f4t les charge, un vaudeville les d\u00e9dommage.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1149\" class=\"cit-num\">1149<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Carlo <span class=\"caps\">GOLDONI<\/span> (1707-1793), <em>M\u00e9moires<\/em> (1787)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cet Italien de Paris conna\u00eet bien notre pays, notre litt\u00e9rature et ce peuple tr\u00e8s particulier, bien loin des \u00ab\u00a0passions tristes\u00a0\u00bb (de Spinoza et Macron) qui l\u2019accablent parfois. Surnomm\u00e9 le Moli\u00e8re italien, il veut r\u00e9former la com\u00e9die italienne dans son pays, \u00f4tant les masques aux personnages et supprimant l\u2019improvisation pour \u00e9crire ses pi\u00e8ces de bout en bout, d\u2019o\u00f9 son premier chef-d\u2019\u0153uvre, <em>La Locandiera<\/em>. Il est violemment attaqu\u00e9 par Carlo Gozzi, comte querelleur et batailleur, qui d\u00e9fend la tradition de la commedia dell\u2019arte \u00e0 coups de libelles et de cabales.<\/p>\n<p>Fatigu\u00e9 de cette guerre des deux Carlo, le paisible Goldoni, invit\u00e9 par Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>, s\u2019installe d\u00e9finitivement \u00e0 Paris en 1762. Il \u00e9crit en fran\u00e7ais pour la Com\u00e9die-Italienne (rivale de la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise), devient professeur d\u2019italien \u00e0 la cour. Il sera \u00e9galement pensionn\u00e9 sous Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>. Il r\u00e9dige ses <em>M\u00e9moires<\/em> \u00e0 la fin de sa vie, pauvre, malade, presque aveugle, mais exprimant toujours sa gratitude pour la France \u2013 m\u00eame si la R\u00e9volution supprime sa pension \u00e0 l\u2019octog\u00e9naire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pour nous autres Fran\u00e7ais, nous sommes \u00e9cras\u00e9s sur terre, an\u00e9antis sur mer, sans vaisselle, sans esp\u00e9rance\u00a0; mais nous dansons fort joliment.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1157\" class=\"cit-num\">1157<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), Lettre \u00e0 M.\u00a0Bettinelli, 24\u00a0mars 1760, <em>Correspondance<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le philosophe fran\u00e7ais qui incarne le mieux cette \u00e9poque confirme la remarque de l\u2019auteur italien Goldoni sur notre opinion publique en ce si\u00e8cle heureux. La guerre ne se joue pas sur le sol de France et ne menace pas tragiquement ses fronti\u00e8res, comme au si\u00e8cle dernier ou au si\u00e8cle suivant. Mais elle co\u00fbte de plus en plus cher au pays et la fiscalit\u00e9 s\u2019alourdit\u00a0: la capitation est augment\u00e9e, on instaure un troisi\u00e8me vingti\u00e8me jusqu\u2019\u00e0 la paix. Le probl\u00e8me n\u2019est pourtant pas que financier. L\u2019arm\u00e9e n\u2019a pas de chefs militaires dignes de ce nom, et les hommes de gouvernement se r\u00e9v\u00e8lent incapables de g\u00e9rer la situation.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Impositions indirectes\u00a0; pauvres paysans. Pauvres paysans\u00a0; pauvre royaume. Pauvre royaume\u00a0; pauvre souverain.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"965\" class=\"cit-num\">965<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre Samuel <span class=\"caps\">DUPONT<\/span> de <span class=\"caps\">NEMOURS<\/span> (1739-1817), <em>De l\u2019origine et des progr\u00e8s d\u2019une science nouvelle<\/em> (1768)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parole d\u2019\u00e9conomiste \u2013 et voici trac\u00e9 le cercle vicieux de l\u2019\u00e9conomie, cette r\u00e9alit\u00e9 sous l\u2019Ancien R\u00e9gime dont l\u2019opinion publique est de plus en plus consciente.<\/p>\n<p>La fiscalit\u00e9 frappe la masse des paysans pauvres, alors que les privil\u00e9gi\u00e9s aux grandes fortunes (fermiers g\u00e9n\u00e9raux, financiers, courtisans) sont intouchables et que l\u2019essentiel des revenus industriels et commerciaux y \u00e9chappe. Le trop faible pouvoir d\u2019achat de la paysannerie \u2013 90\u00a0% de la population \u2013 ne permet pas la consommation accrue de produits manufactur\u00e9s et ne peut donc stimuler le d\u00e9veloppement de l\u2019industrie courante, comme en Angleterre. Enfin, le rendement d\u2019imp\u00f4ts per\u00e7us sur des contribuables trop pauvres ne peut alimenter suffisamment les caisses de l\u2019\u00c9tat. L\u2019Ancien R\u00e9gime mourra de cette crise financi\u00e8re sans solution, hormis une r\u00e9forme fondamentale de l\u2019\u00c9tat\u00a0: il faudra une r\u00e9volution \u2013 la R\u00e9volution \u2013 pour y arriver.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le peuple est taillable et corv\u00e9able \u00e0 merci.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"966\" class=\"cit-num\">966<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">JOLY<\/span> de <span class=\"caps\">FLEURY<\/span> (1718-1802). <em>Dictionnaire de fran\u00e7ais<\/em> <em>Littr\u00e9<\/em>, au mot \u00ab\u00a0taillable\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette r\u00e9alit\u00e9 date du Moyen \u00c2ge, mais le mot est prononc\u00e9 quand Turgot tente l\u2019abolition de la corv\u00e9e, en 1775-1776.<\/p>\n<p>La taille est pratiquement le seul imp\u00f4t direct de l\u2019Ancien R\u00e9gime\u00a0: repr\u00e9sentant (en principe) le rachat du service militaire, il n\u2019est pay\u00e9 ni par les nobles qui se battent en personne, ni par le clerg\u00e9 qui ne se bat pas. C\u2019est donc un imp\u00f4t roturier. Tr\u00e8s injustement r\u00e9parti, il retombe lourdement sur les plus pauvres, ceux qui n\u2019ont pas les moyens (argent, relations) pour s\u2019en faire exempter. M\u00eame injustice pour la corv\u00e9e royale \u2013 imp\u00f4t en nature sous forme de journ\u00e9es de travail. Les philosophes et les \u00e9conomistes en font la d\u00e9monstration, l\u2019opinion publique est d\u00e9sormais \u00e9clair\u00e9e, mais les privil\u00e9gi\u00e9s continuent d\u2019accuser la fiscalit\u00e9\u00a0\u2013 \u00e0 tort et \u00e0 raison\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On taxe tout, hormis l\u2019air que nous respirons.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"967\" class=\"cit-num\">967<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mme\u00a0du <span class=\"caps\">DEFFAND<\/span> (1697-1780).<em> Histoire de France<\/em> (1924), Jacques Bainville<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Et l\u2019historien ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0Ce qui viendra d\u2019ailleurs sous la R\u00e9volution, avec l\u2019imp\u00f4t des portes et fen\u00eatres.\u00a0\u00bb La marquise, amie des encyclop\u00e9distes, paie proportionnellement beaucoup moins que le peuple, et peut pourtant se plaindre d\u2019imp\u00f4ts nouveaux, tels les vingti\u00e8mes, cens\u00e9s frapper les nobles et les propri\u00e9taires. Mais les vices inh\u00e9rents \u00e0 la perception les rendent \u00e0 la fois injustes et inefficaces.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tout ce que je vois jette les semences d\u2019une r\u00e9volution qui arrivera immanquablement et dont je n\u2019aurai pas le plaisir d\u2019\u00eatre t\u00e9moin. Les Fran\u00e7ais arrivent tard \u00e0 tout, mais enfin, ils arrivent [\u2026] Les jeunes gens sont bienheureux\u00a0; ils verront de belles choses.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1172\" class=\"cit-num\">1172<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), Lettre au marquis de Chauvelin, 2\u00a0avril 1764, <em>Correspondance<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sa pr\u00e9diction rejoint celle de Rousseau dans le Contrat social (1762). Mais Voltaire est plus observateur de l\u2019opinion publique que doctrinaire comme son confr\u00e8re ennemi.<\/p>\n<p>Sexag\u00e9naire, riche et c\u00e9l\u00e8bre, le patriarche de Ferney re\u00e7oit tout ce que le si\u00e8cle des Lumi\u00e8res compte d\u2019\u00e9crivains, de princes, d\u2019admirateurs. L\u2019\u00ab\u00a0aubergiste de l\u2019Europe\u00a0\u00bb ne se contente pas d\u2019\u00e9crire, de \u00ab\u00a0cultiver son jardin\u00a0\u00bb et d\u2019observer le monde comme il va. Il se bat pour plus de justice, faisant appel \u00e0 ses amis influents, dont le ministre Choiseul et le duc de Richelieu, afin d\u2019obtenir la r\u00e9vision du proc\u00e8s Calas. La mise en cause des m\u00e9canismes judiciaires, une des plaies de l\u2019Ancien R\u00e9gime, est en soi un acte r\u00e9volutionnaire, \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Et l\u2019attitude courageuse de Voltaire fait de lui le premier de nos \u00ab\u00a0intellectuels engag\u00e9s\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ni chiens, ni filles, ni laquais, ni soldats.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1161\" class=\"cit-num\">1161<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9criteau \u00e0 la porte des jardins et autres lieux publics. <em>Naissance de l\u2019escroquerie moderne du <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e au d\u00e9but du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle<\/em> (2005), Catherine Samet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Autre reflet de l\u2019opinion publique, impensable au si\u00e8cle dernier comme au si\u00e8cle suivant. Cet \u00e9criteau montre la pi\u00e8tre estime de l\u2019\u00e9poque pour l\u2019arm\u00e9e dont le recrutement est organis\u00e9 de telle mani\u00e8re qu\u2019on enr\u00f4le les plus pauvres, avec tous les \u00ab\u00a0d\u00e9chets de la soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb, maraudeurs et vauriens, mis\u00e9rables et autres laiss\u00e9s pour compte. La notion de patrie est d\u00e9valu\u00e9e, la philosophie antimilitariste et l\u2019opinion souvent d\u00e9faitiste, alors que l\u2019Angleterre soutient l\u2019effort de guerre, ses hommes et leurs chefs. Le ministre Choiseul ne peut renverser la situation et faire des miracles, en si peu de temps.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les grands seigneurs s\u2019avilissent,<br>Les financiers s\u2019enrichissent,<br>Tous les Poissons s\u2019agrandissent.<br>C\u2019est le r\u00e8gne des vauriens.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1162\" class=\"cit-num\">1162<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Poissonnade, attribu\u00e9e \u00e0 Pont-de-Veyle (1697-1774).<em> Journal historique\u00a0: depuis 1748 jusqu\u2019en 1772 inclusivement<\/em> (1807), Charles Coll\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les poissonnades fleurissent, comme jadis les mazarinades. Le peuple supporte mal le luxe qui s\u2019\u00e9tale \u00e0 la cour o\u00f9 r\u00e8gne encore la Pompadour, et s\u2019affiche dans des milieux prosp\u00e8res et \u00e2pres au gain, du c\u00f4t\u00e9 des aristocrates comme des bourgeois. La favorite fait am\u00e9nager ses nombreuses r\u00e9sidences (h\u00f4tel d\u2019\u00c9vreux, futur \u00c9lys\u00e9e, La Celle, Bellevue, Champs). Elle place son fr\u00e8re Abel Poisson, nomm\u00e9 marquis de Marigny, \u00e0 la direction g\u00e9n\u00e9rale des B\u00e2timents o\u00f9 il se montre d\u2019ailleurs bon administrateur.<\/p>\n<p>Mais le peuple s\u2019en irrite\u00a0: \u00ab\u00a0On \u00e9puise la finance\u00a0\/ En b\u00e2timent, en d\u00e9penses,\u00a0\/ L\u2019\u00c9tat tombe en d\u00e9cadence\u00a0\/ Le roi ne met ordre \u00e0 rien\u00a0\/ Une petite bourgeoise\u00a0\/ \u00c9lev\u00e9e \u00e0 la grivoise\u00a0\/ Mesurant tout \u00e0 la toise\u00a0\/ Fait de l\u2019amour un taudis.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Autrefois de Versailles <br>Nous venait le bon go\u00fbt,<br>Aujourd\u2019hui la canaille <br>R\u00e8gne et tient le haut bout.<br>Si la cour se ravale, <br>De quoi s\u2019\u00e9tonne-t-on\u00a0?<br>N\u2019est-ce pas de la halle <br>Que nous vient le poisson\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1163\" class=\"cit-num\">1163<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Poissonnade de 1749. <em>Chansonnier historique du <span class=\"caps\">XXVIII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle<\/em> (1879), \u00c9mile Rauni\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019opinion s\u2019exprime avec autant d\u2019esprit que de m\u00e9pris, et une violence pr\u00e9r\u00e9volutionnaire. M\u00eame si le peuple reproche son origine non noble \u00e0 la dame, c\u2019est de la cour que part le plus souvent ce genre de pamphlets (anonymes). La personne du roi est \u00e9galement attaqu\u00e9e. Les cabales se multiplient. Le lieutenant de police avoue son impuissance \u00e0 traquer les auteurs et ceux qui leur tiennent la main\u00a0: \u00ab\u00a0Je connais Paris autant qu\u2019on peut le conna\u00eetre. Mais je ne connais pas Versailles.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les Parisiens sont aujourd\u2019hui des sybarites, et crient qu\u2019ils sont couch\u00e9s sur des noyaux de p\u00eache, parce que leur lit de roses n\u2019est pas assez bien fait.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1183\" class=\"cit-num\">1183<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), Lettre \u00e0 Mme\u00a0de Florian, 1er\u00a0mars 1769, <em>Correspondance<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019\u00e9picurien libertin qui chantait jadis \u00ab\u00a0le superflu, chose tr\u00e8s n\u00e9cessaire\u00a0\u00bb juge \u00e0 pr\u00e9sent ses contemporains avec la sagesse d\u2019un vieux philosophe. Le Dauphin (futur Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>) exprimera bient\u00f4t la m\u00eame id\u00e9e.<\/p>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, le r\u00e8gne de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> fut un temps de longue prosp\u00e9rit\u00e9, aux cons\u00e9quences multiples\u00a0: raffinement des m\u0153urs, luxe de la bonne soci\u00e9t\u00e9 gris\u00e9e par sa propre civilisation, \u00e9clat sans pareil du Paris des salons, des caf\u00e9s, des clubs et des spectacles, rayonnement culturel de la France en Europe. Pour la masse des quelque 20\u00a0millions de paysans, cela s\u2019est traduit par un r\u00e9el mieux-\u00eatre\u00a0: malgr\u00e9 les charges fiscales, le seuil de subsistance est d\u00e9pass\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les Fran\u00e7ais sont inquiets et murmurateurs, les r\u00eanes du gouvernement ne sont jamais conduites \u00e0 leur gr\u00e9 [\u2026] On dirait que la plainte et le murmure rentrent dans l\u2019essence de leur caract\u00e8re.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1190\" class=\"cit-num\">1190<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Dauphin <span class=\"caps\">LOUIS<\/span>, futur Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793),<em> R\u00e9flexions sur les entretiens avec le duc de La Vauguyon<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le futur roi s\u2019entretient avec son gouverneur, au lendemain du \u00ab\u00a0coup d\u2019\u00c9tat royal\u00a0\u00bb de 1770. Apr\u00e8s la disgr\u00e2ce de Choiseul (23\u00a0d\u00e9cembre 1770), le \u00ab\u00a0triumvirat\u00a0\u00bb Maupeou-Terray-d\u2019Aiguillon est au pouvoir jusqu\u2019\u00e0 la mort de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> qui soutient ses trois ministres et r\u00e9affirme\u00a0: \u00ab\u00a0Je ne changerai pas.\u00a0\u00bb En quatre ann\u00e9es, le chancelier Maupeou et le contr\u00f4leur des Finances Terray essaient de r\u00e9former la France. La t\u00e2che du grand financier est la plus ingrate. Ses projets \u00e0 long terme sont bons, mais dans l\u2019imm\u00e9diat il pare au plus press\u00e9\u00a0: il \u00e9tablit de nouvelles taxes, r\u00e9tablit le second vingti\u00e8me sans les exemptions injustifiables, r\u00e9duit les pensions et traitements, supprime avec courage des offices inutiles. La rumeur publique l\u2019accuse de vouloir sp\u00e9culer sur les grains, quand il \u00e9tablit le monopole royal (\u00ab\u00a0pacte de famine\u00a0\u00bb). Quant aux les mesures de l\u2019abb\u00e9 Terray, elles sont si impopulaires qu\u2019elles lui valent le surnom de Vide-Gousset.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Prenons-y garde, nous aurons peut-\u00eatre un jour \u00e0 nous reprocher un peu trop d\u2019indulgence pour les philosophes et pour leurs opinions [\u2026] La philosophie trop audacieuse du si\u00e8cle a une arri\u00e8re-pens\u00e9e.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1246\" class=\"cit-num\">1246<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793), Lettre \u00e0 M. de Malesherbes, 13\u00a0d\u00e9cembre 1786<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le Dauphin est devenu roi et son analyse de la situation est fort intelligente. Les philosophes manipulent l\u2019opinion publique comme jamais avant, pour le pire et\/ou le meilleur (selon l\u2019observateur qui s\u2019en fait juge).<\/p>\n<p>Malesherbes a voulu la presse plus libre, il a aid\u00e9 les philosophes \u00e0 r\u00e9pandre leurs id\u00e9es, permis \u00e0 l\u2019Encyclop\u00e9die de para\u00eetre, malgr\u00e9 le Parlement hostile. Plusieurs fois disgraci\u00e9, il revient au Conseil du roi en 1787 et sera l\u2019un de ses avocats en 1792. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> manifeste ici une prise de conscience tardive d\u2019un\u00a0si\u00e8cle de Lumi\u00e8res d\u00e9j\u00e0 r\u00e9pandues dans une opinion publique toujours plus avide de r\u00e9formes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Plus sc\u00e9l\u00e9rate qu\u2019Agrippine<br>Dont les crimes sont inou\u00efs,<br>Plus lubrique que Messaline,<br>Plus barbare que M\u00e9dicis.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1242\" class=\"cit-num\">1242<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pamphlet contre la reine. Vers 1785.<em> Dictionnaire critique de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1992), Fran\u00e7ois Furet, Mona Ozouf<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dauphine jadis ador\u00e9e, la reine est devenue terriblement impopulaire en dix ans, pour sa l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de m\u0153urs, mais aussi pour ses intrigues et son ascendant sur un roi faible jusqu\u2019\u00e0 la soumission. L\u2019affaire du Collier va renforcer ce sentiment.<\/p>\n<p>La R\u00e9volution h\u00e9ritera de l\u2019\u0153uvre de Voltaire et de Rousseau, mais aussi des \u00ab\u00a0basses Lumi\u00e8res\u00a0\u00bb, masse de libelles et de pamphlets \u00e0 scandale o\u00f9 le mauvais go\u00fbt rivalise avec la violence verbale, inondant le march\u00e9 clandestin du livre et sapant les fondements du r\u00e9gime. Apr\u00e8s le R\u00e9gent, les ma\u00eetresses de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> et le clerg\u00e9, Marie-Antoinette devient la cible privil\u00e9gi\u00e9e\u00a0: quelque 3\u00a0000 pamphlets la visant rel\u00e8vent, selon la plupart des historiens, de l\u2019assassinat politique. Les fake news de notre temps n\u2019ont rien invent\u00e9\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le mur murant Paris rend Paris murmurant.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1240\" class=\"cit-num\">1240<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alexandrin cit\u00e9 par <span class=\"caps\">BEAUMARCHAIS<\/span> (1732-1799) \u00e9voquant l\u2019impopularit\u00e9 du mur en 1785, au point d\u2019en faire une des causes de la R\u00e9volution. <em>Histoire des agrandissements de Paris<\/em> (1860), Auguste Descauriet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est le mur des Fermiers g\u00e9n\u00e9raux, enceinte de 24\u00a0km qui m\u00e9nage une soixantaine de passages (ou barri\u00e8res) flanqu\u00e9s de bureaux d\u2019octroi \u2013 imp\u00f4t indirect, per\u00e7u \u00e0 l\u2019entr\u00e9e des marchandises.<\/p>\n<p>Calonne, contr\u00f4leur g\u00e9n\u00e9ral des Finances, a donn\u00e9 satisfaction aux fermiers g\u00e9n\u00e9raux\u00a0: pouvant mieux r\u00e9primer les fraudes, notamment la contrebande sur le sel au nez des gabelous (commis de la gabelle), ils verseront davantage au Tr\u00e9sor qui en a plus que jamais besoin.<\/p>\n<p>Ce mur se veut imposant comme une fortification\u00a0: les bureaux, con\u00e7us par l\u2019architecte Nicolas Ledoux dans un style n\u00e9oclassique avec des r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 l\u2019antique, prennent le nom de Propyl\u00e9es de Paris. Mais les Parisiens ont l\u2019impression d\u2019\u00e9touffer derri\u00e8re cette petite ceinture \u00e0 vocation fiscale. D\u2019o\u00f9 l\u2019\u00e9pigramme\u00a0: \u00ab\u00a0Pour augmenter son num\u00e9raire\u00a0\/ Et raccourcir notre horizon,\u00a0\/ La Ferme a jug\u00e9 n\u00e9cessaire\u00a0\/ De mettre Paris en prison.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le mur, achev\u00e9 sous la R\u00e9volution, renforc\u00e9 sous le Consulat et l\u2019Empire, sera d\u00e9moli en 1860 par le pr\u00e9fet Haussmann, Paris s\u2019agrandissant de 11 \u00e0 20 arrondissements.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ils sont toujours en retard d\u2019une arm\u00e9e, d\u2019une ann\u00e9e et d\u2019une id\u00e9e.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1248\" class=\"cit-num\">1248<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">RIVAROL<\/span> (1753-1801), jugeant la haute noblesse de son temps.<em> Promenades litt\u00e9raires<\/em> (1904), R\u00e9my de Gourmont<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les notables convoqu\u00e9s le 22\u00a0f\u00e9vrier 1787 vont m\u00e9riter la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 de Rivarol, \u00e9crivain pourtant royaliste et ardent d\u00e9fenseur du r\u00e9gime contre les partisans d\u2019un ordre nouveau.<\/p>\n<p>Calonne pr\u00e9sente sa r\u00e9forme, notamment la cr\u00e9ation d\u2019une \u00ab\u00a0subvention territoriale\u00a0\u00bb qui remplace le syst\u00e8me inefficace des vingti\u00e8mes (th\u00e9oriquement provisoires et assortis de rachats, abonnements, exemptions). Ce nouvel imp\u00f4t, unique et perp\u00e9tuel, frappera tous les revenus fonciers, la plupart des (gros) propri\u00e9taires terriens appartenant \u00e0 la noblesse et au clerg\u00e9. Les 144 notables, \u00e0 la quasi-unanimit\u00e9, s\u2019opposent au projet de Calonne.<\/p>\n<p>Ils ont habilement manipul\u00e9 l\u2019opinion, \u00ab\u00a0Monsieur D\u00e9ficit\u00a0\u00bb est devenu tr\u00e8s impopulaire. Et le roi renvoie son ministre, le 10\u00a0avril. Mais plus rien ni personne ne peut emp\u00eacher la R\u00e9volution \u00e0 venir.<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0L&#8217;opinion publique n&#8217;existe pas.\u00a0\u00bb Pierre Bourdieu, expos\u00e9 de 1972, publi\u00e9 en 1973, dans Les Temps Modernes. Sociologue contemporain et intellectuel engag\u00e9, il contestait simplement la valeur des sondages d\u2019opinion, invention r\u00e9cente. \u00ab\u00a0Les Fran\u00e7ais sont des veaux.\u00a0\u00bb Dans son livre De Gaulle, mon p\u00e8re (2003), Philippe de Gaulle rapporte les mots du g\u00e9n\u00e9ral, prononc\u00e9s en 1940 [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":290,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-9967","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-edito-de-la-semaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9967","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9967"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9967\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12565,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9967\/revisions\/12565"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9967"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9967"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9967"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}