{"id":9986,"date":"2024-06-10T00:00:00","date_gmt":"2024-06-09T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/les-appels-dans-lhistoire-du-moyen-age-a-la-revolution\/"},"modified":"2025-08-12T08:39:24","modified_gmt":"2025-08-12T06:39:24","slug":"les-appels-dans-lhistoire-du-moyen-age-a-la-revolution","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/les-appels-dans-lhistoire-du-moyen-age-a-la-revolution\/","title":{"rendered":"Les Appels dans l\u2019Histoire (du Moyen \u00c2ge \u00e0 la R\u00e9volution)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Moi, g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, actuellement \u00e0 Londres, j\u2019invite les officiers et les soldats fran\u00e7ais qui se trouvent en territoire britannique [\u2026] \u00e0 se mettre en rapport avec moi.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Appel du 18\u00a0juin 1940. <em>M\u00e9moires de guerre<\/em>, tome\u00a0I, L\u2019Appel, 1940-1942 (1954)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><span class=\"caps\">APPEL<\/span>.\u00ab\u00a0Action d\u2019inviter quelqu\u2019un, un groupe \u00e0 une action\u00a0: Un appel \u00e0 la r\u00e9volte. Synonyme, exhortation.\u00a0\u00bb<br>C\u2019est l\u2019une des d\u00e9finitions du Larousse.<\/p>\n<p>Au fil de l\u2019Histoire, l\u2019Appel (avec ou sans majuscule) pousse clairement \u00e0 l\u2019action (ou \u00e0 la r\u00e9action).<\/p>\n<p>Les noms\u00a0c\u00e9l\u00e8bres qui m\u00ealent le Verbe \u00e0 l\u2019Action et vice versa se retrouvent logiquement sur le podium\u00a0: Napol\u00e9on, Hugo, de Gaulle\u2026 Mais aussi Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> en meneur d\u2019hommes, Clemenceau en P\u00e8re la Victoire, le peuple (anonyme) manifestant \u00e0 chaque \u00e9poque.<\/p>\n<p>La R\u00e9volution, p\u00e9riode reine de cette volont\u00e9 d\u2019action, se r\u00e9v\u00e8le la plus riche en appels sous toutes les formes\u00a0: discours, proclamation, texte de loi, article de presse, chanson populaire (le \u00c7a ira), chant patriotiques (<em>la Marseillaise<\/em>), slogan, devise, manifeste, serment, mot d\u2019ordre\u2026 Sign\u00e9s Mirabeau, La Fayette, Danton, Marat, Robespierre, Saint-Just\u2026 et quelques femmes\u00a0: \u00ab\u00a0Enfants de la patrie, vous vengerez ma mort\u00a0!\u00a0\u00bb mot de la fin d\u2019Olympe de Gouges.<\/p>\n<p>De nouvelles formes d\u2019appels au peuple (\u00e9lecteur) apparaissent, du Consulat \u00e0 nos jours\u00a0: pl\u00e9biscites et r\u00e9f\u00e9rendums. Mais nombre d\u2019appels sont depuis toujours destin\u00e9s \u00e0 une partie du peuple\u00a0: chr\u00e9tiens (au Moyen \u00c2ge), soldats, paysans, ouvriers, \u00ab\u00a0Prol\u00e9taires de tous les pays\u00a0\u00bb \u2026 et jusqu\u2019aux ennemis de la France.<\/p>\n<p>Des appels oubli\u00e9s sont \u00e0 red\u00e9couvrir\u00a0: le plus historique et surtout le seul en plus de mille ans de monarchie de droit divin, Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> en fin de r\u00e8gne s\u2019adresse directement au peuple, parvenant \u00e0 retourner l\u2019opinion et le fil de la guerre.<br>Le plus singulier est rest\u00e9 c\u00e9l\u00e8bre\u00a0avec son auteur tr\u00e8s populaire\u00a0: l\u2019abb\u00e9 Pierre.<\/p>\n<h3><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-1-67.jpg\" width=\"165\" height=\"220\" style=\"margin: 10px;float: left\"><\/a>I. Du Moyen \u00c2ge \u00e0 la R\u00e9volution.<\/h3>\n<h4><span class=\"caps\">MOYEN<\/span> <span class=\"caps\">\u00c2GE<\/span>.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ils deviendront des soldats, ceux qui, jusqu\u2019\u00e0 ce jour, furent des brigands\u00a0; ils combattront l\u00e9gitimement contre les barbares, ceux qui se battaient contre leurs fr\u00e8res et leurs cousins\u00a0; et ils m\u00e9riteront la r\u00e9compense \u00e9ternelle, ceux qui se louaient comme mercenaires pour un peu d\u2019argent.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"167\" class=\"cit-num\">167<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">URBAIN<\/span> <span class=\"caps\">II<\/span> (vers 1042-1099), Concile de Clermont, 1095. <em>Les Croisades<\/em> (1934), Frantz Funck-Bretano<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce pape, par ailleurs grand orateur, commence \u00e0 pr\u00eacher la premi\u00e8re croisade et en appelle aux chr\u00e9tiens. Il s\u2019agit d\u2019abord de la \u00ab\u00a0d\u00e9livrance des Lieux saints\u00a0\u00bb \u2013\u00a0notamment J\u00e9rusalem et le tombeau du Christ\u00a0\u2013 occup\u00e9s par les musulmans. Le pape encourage cette entreprise militaire, en promettant aux crois\u00e9s le paradis (indulgence pl\u00e9ni\u00e8re).<\/p>\n<p>Guibert de Nogent, dans son <em>Histoire des croisades<\/em>, dit l\u2019effervescence qui suivit\u00a0: \u00ab\u00a0D\u00e8s qu\u2019on eut termin\u00e9 le concile de Clermont, il s\u2019\u00e9leva une grande rumeur dans toutes les provinces de France et aussit\u00f4t que la renomm\u00e9e portait \u00e0 quelqu\u2019un la nouvelle des ordres publi\u00e9s par le pontife, il allait solliciter ses parents et ses voisins de s\u2019engager dans la voie de Dieu.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Suivront huit croisades principales entre 1095 et 1270, engageant plusieurs centaines de milliers de chr\u00e9tiens, dont les plus grands noms de chevaliers et de rois. Louis <span class=\"caps\">IX<\/span>, futur Saint-Louis, est mort \u00e0 sa seconde croisade, en l\u2019occurrence la huiti\u00e8me, 25 ao\u00fbt 1870).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qui m\u2019aime me suive\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"279\" class=\"cit-num\">279<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Philippe\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span> de <span class=\"caps\">VALOIS<\/span> (1294-1350), avant la bataille du mont Cassel, 23\u00a0ao\u00fbt 1328. <em>Les Proverbes\u00a0: histoire anecdotique et morale des proverbes et dictons fran\u00e7ais<\/em> (1860), Jos\u00e9phine Amory de Langerack<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Premi\u00e8re source de cette expression fameuse\u00a0: les <em>Grandes Chroniques de France de l\u2019abbaye de Saint-Denis<\/em>. C\u2019est le \u00ab\u00a0roman des roys\u00a0\u00bb, entrepris \u00e0 la demande de Louis\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span>, pr\u00e9cieux manuscrit enrichi d\u2019enluminures, compilation de documents, qui nous conte l\u2019histoire de la monarchie, des origines jusqu\u2019\u00e0 la fin du <span class=\"caps\">XV<\/span>e\u00a0si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Devenu r\u00e9gent \u00e0 la mort de Charles\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>, Philippe de Valois, neveu de Philippe le Bel, s\u2019est fait couronner roi le 29\u00a0mai 1328, la veuve de Charles\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> ayant mis au monde une fille posthume, \u00e9cart\u00e9e du tr\u00f4ne par la loi salique.<\/p>\n<p>Le roi veut aider Louis\u00a0Ier de Nevers, comte de Flandre qui fait appel \u00e0 lui pour mater la r\u00e9volte des Flamands sur ses terres. Il prend conseil aupr\u00e8s des barons qui l\u2019ont \u00e9lu le 29\u00a0mai dernier, mais qui protestent, trouvant la saison trop avanc\u00e9e dans l\u2019\u00e9t\u00e9 pour partir en campagne. Mieux vaut attendre. Le conn\u00e9table de France, Gautier de Ch\u00e2tillon, n\u2019est pas de cet avis et le dit bien haut\u00a0: \u00ab\u00a0Qui a bon c\u0153ur trouve toujours bon temps pour la bataille.\u00a0\u00bb \u00c0 ces mots, le roi embrasse son conn\u00e9table (chef des arm\u00e9es) et lance cet appel\u00a0: \u00ab\u00a0Qui m\u2019aime me suive\u00a0!\u00a0\u00bb Tous les barons le suivent.<\/p>\n<p>L\u2019autorit\u00e9 de ce premier Valois encore contest\u00e9 s\u2019en trouve d\u00e9sormais renforc\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Entrez hardiment parmi les Anglais\u00a0! Les Anglais ne se d\u00e9fendront pas et seront vaincus et il faudra avoir de bons \u00e9perons pour leur courir apr\u00e8s\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"342\" class=\"cit-num\">342<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">JEANNE<\/span> d\u2019<span class=\"caps\">ARC<\/span> (1412-1431), Harangue aux capitaines, Patay, 18\u00a0juin 1429. <em>500 citations de culture g\u00e9n\u00e9rale<\/em> (2005), Gilbert Guislain, Pascal Le Pautremat, Jean-Marie Le Tallec<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Berg\u00e8re ou princesse, anim\u00e9e en tout cas de sa foi en Dieu, c\u2019est l\u2019h\u00e9ro\u00efne la plus repr\u00e9sentative de notre Moyen \u00c2ge. Elle surgit \u00ab\u00a0miraculeusement\u00a0\u00bb pour aider le petit \u00ab\u00a0roi de Bourges\u00a0\u00bb \u00e0 venir \u00e0 bout des Anglais qui occupent un tiers de la France dont Paris, en vertu du malencontreux trait\u00e9 de Troyes (1420), dans cette guerre de Cent Ans qui s\u2019\u00e9ternise.<\/p>\n<p>La chevauch\u00e9e fantastique de Jeanne et de ses compagnons remonte la Loire pour entrer par le fleuve dans Orl\u00e9ans assi\u00e9g\u00e9e par l\u2019ennemi, le 29\u00a0avril. Orl\u00e9ans est lib\u00e9r\u00e9e apr\u00e8s une semaine de combat. Nouvelle victoire \u00e0 Patay\u00a0: revanche de la cavalerie fran\u00e7aise sur les fameux archers anglais.<\/p>\n<h4><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-2-79.jpg\" width=\"165\" height=\"220\" style=\"float: left;margin: 10px\"><\/a><span class=\"caps\">GUERRES<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">RELIGION<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La messe ou la mort.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"530\" class=\"cit-num\">530<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CHARLES<\/span> <span class=\"caps\">IX<\/span> (1550-1574), \u00e0 Cond\u00e9, le 24\u00a0ao\u00fbt 1572. Jour de la Saint-Barth\u00e9lemy, devenu un mot d\u2019ordre catholique contre les protestants. <em>Pr\u00e9cis de l\u2019histoire de France jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1833), Jules Michelet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0La messe ou la mort\u00a0\u00bb va devenir un mot d\u2019ordre, la formule d\u2019un exorcisme collectif dans Paris o\u00f9 chaque Parisien se croit d\u00e9positaire de la justice divine, devant chaque huguenot fatalement coupable d\u2019h\u00e9r\u00e9sie et tra\u00eetre au roi.<\/p>\n<p>Origine du mot\u00a0: Henri\u00a0Ier de Bourbon-Cond\u00e9 (fils de Louis, assassin\u00e9 \u00e0 Jarnac) a fait alliance avec son cousin Henri de Navarre, devenant l\u2019un des chefs protestants les plus actifs. Il est men\u00e9 devant le roi qui jure \u00ab\u00a0par la mort Dieu\u00a0\u00bb\u00a0: il n\u2019h\u00e9sitera pas \u00e0 faire tomber sa t\u00eate, s\u2019il ne se convertit pas. \u00ab\u00a0Je te donne trois jours pour changer d\u2019avis [\u2026] Trois jours, apr\u00e8s quoi il faudra choisir\u00a0: la messe ou la mort.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Henri\u00a0Ier va abjurer, comme le futur Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>, et pour la m\u00eame raison. La vie vaut bien une messe. Mais ce genre de conversion sous la contrainte vaut peu et ne dure pas.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019appelle avec moi tous ceux qui auront ce saint d\u00e9sir de paix. Je vous conjure tous, je vous appelle comme Fran\u00e7ais. Je vous somme que vous ayez piti\u00e9 de cet \u00c9tat.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"571\" class=\"cit-num\">571<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">III<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">NAVARRE<\/span> (1553-1610), 4\u00a0mars 1589. <em>Pens\u00e9es choisies des rois de France<\/em> (1920), recueillies et annot\u00e9es par Gabriel Boissy<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mod\u00e8le du genre Appel, dans la logique de la situation quasi d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e des guerres de Religion et du caract\u00e8re royal, spontan\u00e9, chaleureux, proche du peuple.<\/p>\n<p>Le futur Henri <span class=\"caps\">IV<\/span>, nouvel alli\u00e9 du roi Henri <span class=\"caps\">III<\/span>, en appelle comme lui \u00e0 l\u2019union des Fran\u00e7ais contre la Ligue des ultra-catholiques. Au milieu de la tourmente religieuse et politique, il se montre d\u00e9j\u00e0 tel qu\u2019il sera, soucieux du bien-\u00eatre des paysans, cette partie essentielle du peuple qu\u2019il d\u00e9signe comme \u00ab\u00a0le grenier du royaume, le champ fertile de cet \u00c9tat, de qui le travail nourrit les princes, la sueur les abreuve\u00a0\u00bb. Longue et superbe adjuration\u2026 qui ne sera pas entendue. Seule la force peut d\u00e9nouer une telle situation.<\/p>\n<p>L\u2019arm\u00e9e d\u2019Henri de Navarre rejoint celle du roi. La priorit\u00e9 est de s\u2019emparer de Paris, livr\u00e9 aux fanatiques. Partout, des pr\u00eacheurs appellent au r\u00e9gicide. Henri <span class=\"caps\">III<\/span> assassin\u00e9, le nouvel Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> prend le tr\u00f4ne, mais le pouvoir lui \u00e9chappe encore, vu la force de l\u2019opposition (catholique) face \u00e0 ce roi (protestant).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous voulons un Roi pour avoir la paix.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"621\" class=\"cit-num\">621<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">PITHOU<\/span> (1539-1596), Harangue de M. d\u2019Aubray.<em> La Satire M\u00e9nipp\u00e9e<\/em> (1594)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s plus de quatre-vingts ann\u00e9es de guerres civiles et \u00e9trang\u00e8res, la France exprime sa lassitude et son rejet des fanatiques, catholiques ou protestants. Ce pamphlet politique, ouvrage collectif, revu et corrig\u00e9 par le jurisconsulte Pierre Pithou, est destin\u00e9 \u00e0 soutenir Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> \u00e0 la veille de la convocation des \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux de 1593. Il circule sous le manteau, avant d\u2019\u00eatre \u00e9dit\u00e9 et de rencontrer un vrai succ\u00e8s populaire \u2013 d\u00fb \u00e0 son talent litt\u00e9raire et surtout \u00e0 la situation politique devenue tragique.<\/p>\n<p>Les exc\u00e8s de la Ligue (ultra-catholique), surtout \u00e0 Paris, effraient le monde parlementaire et la haute bourgeoisie. Cependant que la voix du bon sens, la voix du parti des Politiques et la voix du peuple s\u2019expriment dans ce passage qui d\u00e9signe nomm\u00e9ment le roi d\u00e9sir\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Nous reconnaissons pour notre vrai Roi l\u00e9gitime, naturel, et souverain seigneur, Henri de Bourbon, ci-devant Roi de Navarre. C\u2019est lui seul [\u2026] qui peut nous relever de notre chute, qui peut remettre la Couronne en sa premi\u00e8re splendeur et nous donner la paix.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Nous voulons un Roi qui donnera ordre \u00e0 tout, et retiendra tous ces tyranneaux en crainte et en devoir\u00a0; qui ch\u00e2tiera les violents, punira les r\u00e9fractaires, exterminera les voleurs et pillards, retranchera les ailes aux ambitieux, fera rendre gorge \u00e0 ces \u00e9ponges et larrons des deniers publics, fera contenir un chacun aux limites de sa charge, et conservera tout le monde en repos et tranquillit\u00e9. Enfin, nous voulons un Roi pour avoir la paix.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ralliez-vous \u00e0 mon panache blanc, vous le trouverez au chemin de la victoire et de l\u2019honneur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"616\" class=\"cit-num\">616<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span> (1553-1610), appel \u00e0 ses compagnons, avant la bataille d\u2019Ivry, 14\u00a0mars 1590. <em>Histoire universelle<\/em> (posthume), Agrippa d\u2019Aubign\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le \u00ab\u00a0panache blanc\u00a0\u00bb entrera dans la l\u00e9gende et la commune de l\u2019Eure (pr\u00e8s de Chartres) prendra le nom d\u2019Ivry-la-Bataille. Les soldats semblent h\u00e9siter\u00a0: les troupes de la Ligue, command\u00e9es par le duc de Mayenne, sont trois fois sup\u00e9rieures en hommes et en armes.<\/p>\n<p>Le roi va trouver comme \u00e0 son habitude les gestes et les mots qu\u2019il faut. Il plante un panache de plumes blanches sur son casque et harangue ses troupes\u00a0: \u00ab\u00a0Mes compagnons, Dieu est pour nous, voici ses ennemis et les n\u00f4tres\u00a0! Voici votre roi\u00a0! Gardez bien vos rangs. Et si vous perdez enseignes, cornettes ou guidons, ce panache blanc que vous voyez en mon armet vous en servira, tant que j\u2019aurai goutte de sang. Suivez-le. Si vous le voyez reculer, je vous permets de fuir\u2026\u00a0\u00bb Et le roi charge en t\u00eate de ses hommes.<\/p>\n<p>Son fils Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span> aura bien besoin de son \u00ab\u00a0principal ministre\u00a0\u00bb Richelieu pour r\u00e9gner, mais Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> son petit-fils sera le roi guerrier par excellence, pour assurer son pouvoir et la place de la France en Europe.<\/p>\n<h4><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-3-50.jpg\" width=\"165\" height=\"220\" style=\"float: left;margin: 10px\"><\/a><span class=\"caps\">SI\u00c8CLE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIV<\/span> et <span class=\"caps\">SI\u00c8CLE<\/span> <span class=\"caps\">DES<\/span> <span class=\"caps\">LUMI\u00c8RES<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je veux que mes peuples sachent qu\u2019ils jouiraient de la paix, s\u2019il eut d\u00e9pendu seulement de ma volont\u00e9 de leur procurer un bien qu\u2019ils d\u00e9sirent avec raison, mais qu\u2019il faut acqu\u00e9rir par de nouveaux efforts. Sign\u00e9\u00a0: Louis.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1\" class=\"cit-num\">1<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span>\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> (1710-1774), Derniers mots de \u00ab\u00a0l\u2019Appel du 12 juin\u00a0\u00bb 1709. Agn\u00e8s Walch, <em>Le R\u00e8gne de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span><\/em> (2000)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Longue lettre commen\u00e7ant par ces mots\u00a0: \u00ab\u00a0Messieurs, l\u2019esp\u00e9rance d\u2019une paix prochaine \u00e9tait si g\u00e9n\u00e9ralement r\u00e9pandue dans mon Royaume, que je crois devoir \u00e0 la fid\u00e9lit\u00e9 que mes peuples m\u2019ont t\u00e9moign\u00e9e pendant le cours de mon r\u00e8gne, la consolation de les informer des raisons qui emp\u00eachent encore qu\u2019ils ne jouissent du repos que j\u2019avais dessein de leur procurer\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le roi se pose en p\u00e8re de son peuple. Il en appelle pour la premi\u00e8re fois et directement \u00e0 ses sujets, persuad\u00e9 qu\u2019ils s\u2019opposeraient eux-m\u00eames \u00e0 une paix assortie de conditions contraires \u00e0 la justice et \u00e0 l\u2019honneur du nom fran\u00e7ais. R\u00e9solu dans son choix, il dicte l\u2019Appel, ordonnant qu\u2019il soit placard\u00e9 et lu dans les 39 000 paroisses du pays.<\/p>\n<p>La lecture de l\u2019Appel dans les \u00e9glises et sur les places eut un effet consid\u00e9rable. Les chroniques disent l\u2019engouement de la population et l\u2019adh\u00e9sion imm\u00e9diate. Une foule de volontaires rejoignit les rangs de l\u2019arm\u00e9e. Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> venait de jouer l\u2019un des plus grands coups politiques de la monarchie. Pour la premi\u00e8re fois en plus de mille ans, le \u00ab\u00a0Ministre de Dieu sur Terre\u00a0\u00bb allait consulter ses peuples sur l\u2019avenir du royaume, s\u2019adressant directement et personnellement \u00e0 ses sujets. Un mois plus tard, il prenait acte sur le plan militaire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0S\u2019il faut faire la guerre, j\u2019aime mieux la faire \u00e0 mes ennemis qu\u2019\u00e0 mes enfants.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"937\" class=\"cit-num\">937<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIV<\/span> (1638-1715), Manifeste au peuple, juillet\u00a01710. <em>Histoire de France depuis l\u2019av\u00e8nement de Charles\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span><\/em> (1896), Fr\u00e9d\u00e9ric Mane<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les alli\u00e9s, Hollande en t\u00eate, exigeaient que Philippe\u00a0V renonce au tr\u00f4ne d\u2019Espagne et, en cas de refus, que Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> le fasse d\u00e9tr\u00f4ner par ses arm\u00e9es. Le roi de France avait rendu public l\u2019outrage.<\/p>\n<p>Le sursaut national permit un redressement franco-espagnol. Encore quelques ann\u00e9es d\u2019une succession de d\u00e9faites et de victoires (sign\u00e9es Villars). Tous les pays sont \u00e9puis\u00e9s, le pacifisme gagne du terrain en Angleterre, et l\u2019issue de cette guerre ne peut \u00eatre que diplomatique.<\/p>\n<p>Les trait\u00e9s d\u2019Utrecht (1713) et de Radstadt (1714) cr\u00e9ent un nouvel \u00e9quilibre europ\u00e9en. La France retrouve approximativement ses limites de la paix de Nim\u00e8gue (1679) et sauve ainsi ses fronti\u00e8res strat\u00e9giques. Philippe\u00a0V garde son royaume, mais renonce aux Pays-Bas et \u00e0 ses possessions italiennes, ainsi qu\u2019\u00e0 ses droits \u00e0 la succession au tr\u00f4ne de France. L\u2019Angleterre gagne Gibraltar et Minorque (sur l\u2019Espagne), Terre-Neuve, l\u2019Acadie et la Baie d\u2019Hudson (sur la France), et de gros avantages commerciaux. Elle acc\u00e8de v\u00e9ritablement au rang de grande puissance en Europe.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c9crasons l\u2019inf\u00e2me.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1020\" class=\"cit-num\">1020<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778). Dictionnaire de fran\u00e7ais <em>Larousse<\/em>, au mot \u00ab\u00a0inf\u00e2me\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Formule souvent reprise, notamment dans ses lettres \u00e0 d\u2019Alembert et aux autres encyclop\u00e9distes.<\/p>\n<p>L\u2019inf\u00e2me, c\u2019est l\u2019intol\u00e9rance (religieuse) sous toutes ses formes, la superstition, le fanatisme, ce contre quoi il se battra toute sa vie. Flaubert \u00e9crira (<em>Correspondance<\/em>)\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019aime le grand Voltaire autant que je d\u00e9teste le grand Rousseau [\u2026] Son \u00ab\u00a0\u00c9crasons l\u2019inf\u00e2me\u00a0\u00bb me fait l\u2019effet d\u2019un cri de croisade. Toute son intelligence \u00e9tait une machine de guerre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<h4><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-5-75.jpg\" width=\"165\" height=\"220\" style=\"float: left;margin: 10px\"><\/a><span class=\"caps\">R\u00c9VOLUTION<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">Libert\u00e9, \u00c9galit\u00e9, Fraternit\u00e9.<span id=\"1266\" class=\"cit-num\">1266<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Antoine Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MOMORO<\/span> (1756-1794), slogan r\u00e9volutionnaire<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Libraire imprimeur \u00e0 Paris, \u00ab\u00a0premier imprimeur de la libert\u00e9\u00a0\u00bb,\u00a0il se pr\u00e9tend inventeur de cette devise. En tout cas, c\u2019est lui qui obtient de Pache, maire de Paris, qu\u2019elle figure sur les fa\u00e7ades des \u00e9difices publics.<\/p>\n<p>Au fil de la R\u00e9volution, la libert\u00e9, revendication venue du si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, et l\u2019\u00e9galit\u00e9 \u2013 celle des droits plus que des conditions \u2013 vont inspirer les r\u00e9volutionnaires, pour le meilleur et parfois pour le pire. La fraternit\u00e9 restera la parente pauvre de cette trinit\u00e9 de concept jusqu\u2019au socialisme du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle. Le triple principe ne sera inscrit dans une constitution fran\u00e7aise qu\u2019en 1848.<\/p>\n<p>La revendication de l\u2019une ou l\u2019autre de ces valeurs nourriront l\u2019appel \u00e0 bien des luttes politiques, sociales, militaires\u2026 Le cours de l\u2019Histoire s\u2019acc\u00e9l\u00e8re sous ce quinquennat r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les grands ne sont grands que parce que nous sommes \u00e0 genoux\u00a0: levons-nous\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1274\" class=\"cit-num\">1274<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre Victurnien <span class=\"caps\">VERGNIAUD<\/span> (1753-1793) et \u00c9lis\u00e9e (de) <span class=\"caps\">LOUSTALOT<\/span> (1762-1790), devise en t\u00eate du journal de Louis-Marie Prudhomme,<em> Les R\u00e9volutions de Paris<\/em>. Publi\u00e9 de juillet\u00a01789 \u00e0 f\u00e9vrier\u00a01794<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Loustalot, avocat et activiste r\u00e9volutionnaire, est le principal r\u00e9dacteur du journal jusqu\u2019\u00e0 sa mort pr\u00e9coce \u00e0 28\u00a0ans (par maladie), et Vergniaud, devenu tr\u00e8s vite c\u00e9l\u00e8bre par son \u00e9loquence girondine, a repris cette phrase dans un discours de 1792. Ce mot est donc attribu\u00e9 \u00e0 l\u2019un ou l\u2019autre des deux hommes.<\/p>\n<p>Le journal des <em>R\u00e9volutions de Paris<\/em> est un quotidien, n\u00e9 le 12\u00a0juillet\u00a01789, qui s\u00e9duit autant par son extr\u00e9misme que par la subtilit\u00e9 de ses analyses politiques. La libert\u00e9 de la presse est l\u2019un des principes affirm\u00e9s dans la <em>D\u00e9claration des droits<\/em> de 1789. La floraison des journaux marque un spectaculaire \u00e9veil de la conscience populaire\u00a0: 42 titres paraissent entre mai et juillet\u00a01789, plus de 250 \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e. Certaines feuilles ont une diffusion confidentielle, mais d\u2019autres arrivent \u00e0 200\u00a0000 exemplaires.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tous les membres de cette Assembl\u00e9e pr\u00eateront serment de ne jamais se s\u00e9parer et de se rassembler partout o\u00f9 les circonstances l\u2019exigeront, jusqu\u2019\u00e0 ce que la Constitution du royaume soit \u00e9tablie et affermie sur des fondements solides.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1319\" class=\"cit-num\">1319<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Baptiste-Pierre <span class=\"caps\">BEVI\u00c8RE<\/span> (1723-1807), Jean-Joseph <span class=\"caps\">MOUNIER<\/span> (1758-1806) et l\u2019abb\u00e9 <span class=\"caps\">SIEY\u00c8S<\/span> (1748-1836), Serment du Jeu de Paume, 20\u00a0juin 1789<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Texte \u00e9crit sur proposition de Mounier, r\u00e9dig\u00e9 par Bevi\u00e8re, aid\u00e9 de Siey\u00e8s, lu par Jean-Sylvain Bailly, pr\u00e9sident de l\u2019Assembl\u00e9e nationale, premier \u00e0 pr\u00eater ce serment solennel, tenu dans la tourmente des \u00e9v\u00e9nements \u00e0 venir.<\/p>\n<p>La salle du Jeu de paume sert de refuge aux d\u00e9put\u00e9s, refoul\u00e9s sur ordre du roi mena\u00e7ant de casser les d\u00e9lib\u00e9rations du tiers devenu Assembl\u00e9e nationale, et qui a en cons\u00e9quence fait fermer la salle des Menus-Plaisirs.<\/p>\n<p>Ce serment, d\u00e9pourvu de valeur juridique, a une port\u00e9e symbolique consid\u00e9rable\u00a0: il bafoue publiquement la volont\u00e9 du roi qui doit r\u00e9agir \u00e0 l\u2019affront. Ce qu\u2019il va faire, trois jours plus tard. Il d\u00e9cide de faire \u00e9vacuer la salle du Jeu de paume, pour disperser les d\u00e9put\u00e9s. R\u00e9ponse imm\u00e9diate au grand ma\u00eetre des c\u00e9r\u00e9monies, envoy\u00e9 par le roi pour faire \u00e9vacuer la salle du Jeu de paume, suite au Serment du 20\u00a0juin\u00a0: \u00ab\u00a0Allez dire \u00e0 votre ma\u00eetre que nous sommes ici par la volont\u00e9 du peuple et qu\u2019on ne nous en arrachera que par la puissance des ba\u00efonnettes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La Nation fran\u00e7aise renonce \u00e0 entreprendre aucune guerre dans la vue de faire des conqu\u00eates et elle n\u2019emploiera jamais ses forces contre la libert\u00e9 d\u2019aucun peuple.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1364\" class=\"cit-num\">1364<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">D\u00e9claration de paix au monde, vot\u00e9e par la Constituante, 22\u00a0mai 1790. <em>Histoire de France, 1750-1995\u00a0: Monarchies et R\u00e9publiques<\/em> (1996), Ren\u00e9 Souriac, Patrick Cabanel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette \u00ab\u00a0d\u00e9claration de paix au monde\u00a0\u00bb en forme de d\u00e9cret appartient \u00e0 la cat\u00e9gorie des v\u0153ux pieux. La R\u00e9volution, par la force des choses plus que la volont\u00e9 des hommes, se r\u00e9v\u00e9lera expansionniste, pros\u00e9lyte, conqu\u00e9rante\u00a0: engag\u00e9e dans un conflit ininterrompu de 1792 \u00e0 1802, l\u2019Empire continuant dans la m\u00eame logique, de 1803 \u00e0 1815.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ah\u00a0! \u00e7a ira, \u00e7a ira, \u00e7a ira<br>Le peuple en ce jour sans cesse r\u00e9p\u00e8te,<br>Ah\u00a0! \u00e7a ira, \u00e7a ira, \u00e7a ira [\u2026]<br>Pierre et Margot chantent \u00e0 la guinguette\u00a0:<br>Ah\u00a0! \u00e7a ira, \u00e7a ira, \u00e7a ira.<br>R\u00e9jouissons-nous le bon temps viendra.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1371\" class=\"cit-num\">1371<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LADR\u00c9<\/span> (<span class=\"caps\">XVIII<\/span>e si\u00e8cle), paroles, et <span class=\"caps\">B\u00c9COURT<\/span> (<span class=\"caps\">XVIII<\/span>e si\u00e8cle), musique,<em> Le Carillon national,<\/em> chanson. <em>Chansons nationales et populaires de France<\/em> (1846), Th\u00e9ophile Marion Dumersan<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>14 juillet 1790. F\u00eate de la F\u00e9d\u00e9ration\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est une conjuration pour l\u2019unit\u00e9 de la France. Ces f\u00e9d\u00e9rations de province regardent toutes vers le centre, toutes invoquent l\u2019Assembl\u00e9e nationale, se rattachent \u00e0 elle, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 l\u2019unit\u00e9. Toutes remercient Paris de son appel fraternel.\u00a0\u00bb Jules Michelet, <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1847-1853). Comme beaucoup d\u2019autres, l\u2019historien de la R\u00e9volution voit en cette journ\u00e9e (un an apr\u00e8s la prise de la Bastille) le point culminant de l\u2019\u00e9poque, son g\u00e9nie m\u00eame. Tous les espoirs sont permis.<\/p>\n<p>Le soir, la foule danse sur l\u2019emplacement de la Bastille. Et le peuple chante la plus gaie des carmagnoles, pour f\u00eater l\u2019unit\u00e9 nationale en forme d\u2019appel.<\/p>\n<p>Le chant est plus connu sous le nom de son refrain\u00a0: \u00ab\u00a0Ah\u00a0! \u00e7a ira\u00a0\u00bb. Ladr\u00e9, chanteur des rues, en a \u00e9crit les paroles sur<em> Le Carillon national,<\/em> musique de contredanse sign\u00e9e B\u00e9court, violoniste de l\u2019orchestre au th\u00e9\u00e2tre des Beaujolais. La reine Marie-Antoinette la jouait volontiers sur son clavecin.<\/p>\n<p>Le texte, innocent \u00e0 l\u2019origine, reprend l\u2019expression de Benjamin Franklin, premier ambassadeur des Etats-Unis en France (1778-1785), r\u00e9solument optimiste et r\u00e9p\u00e9tant au plus fort de la guerre d\u2019Ind\u00e9pendance en Am\u00e9rique, \u00e0 qui lui demande des nouvelles\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c7a ira, \u00e7a ira.\u00a0\u00bb Le mot est connu, le personnage populaire et dans l\u2019enthousiasme des pr\u00e9paratifs de la f\u00eate, le peuple chante\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c7a ira, \u00e7a ira.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019y aura point de paix pour vous, si vous n\u2019avez extermin\u00e9, jusqu\u2019au dernier rejeton, les implacables ennemis de la patrie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1380\" class=\"cit-num\">1380<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARAT<\/span> (1743-1793), <em>L\u2019Ami du peuple<\/em>, d\u00e9cembre\u00a01790. <em>Histoire politique et litt\u00e9raire de la presse en France<\/em> (1860), Eug\u00e8ne Hatin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u00e9j\u00e0 populaire aupr\u00e8s du petit peuple parisien, mais d\u00e9test\u00e9 de toute la classe politique, Marat joue au \u00ab\u00a0proph\u00e8te de malheur\u00a0\u00bb dans le journal quotidien qu\u2019il publie et qui est pour l\u2019heure sa seule tribune\u00a0: \u00ab\u00a0Il y a une ann\u00e9e que cinq ou six cents t\u00eates abattues vous auraient rendus libres et heureux. Aujourd\u2019hui, il en faudrait abattre dix mille. Sous quelques mois peut-\u00eatre en abattrez-vous cent mille, et vous ferez \u00e0 merveille\u00a0: car il n\u2019y aura point de paix pour vous, si vous n\u2019avez extermin\u00e9, jusqu\u2019au dernier rejeton, les implacables ennemis de la patrie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>V\u00e9ritable appel au meurtre, alors que la guillotine n\u2019est pas encore entr\u00e9e en sc\u00e8ne et que la Terreur est une notion inconnue\u00a0! Mais d\u00e8s le d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 1791, le refrain de la R\u00e9volution fran\u00e7aise change de ton.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ah\u00a0! \u00e7a ira, \u00e7a ira, \u00e7a ira,<br>Les aristocrates \u00e0 la lanterne,<br>Ah\u00a0! \u00e7a ira, \u00e7a ira, \u00e7a ira,<br>Les aristocrates on les pendra.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1381\" class=\"cit-num\">1381<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Ah\u00a0! \u00e7a ira<\/em>, couplet anonyme, sur une musique de <span class=\"caps\">B\u00c9COURT<\/span> (<span class=\"caps\">XVIII<\/span>e si\u00e8cle), chanson<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le plus c\u00e9l\u00e8bre \u00ab\u00a0refrain de la R\u00e9volution fran\u00e7aise\u00a0\u00bb, n\u00e9 bon enfant, se durcit et se radicalise, quand une main anonyme ajoute ce couplet vengeur. Toujours sur le m\u00eame air de contredanse populaire du Carillon national. Comme le journal de Marat, c\u2019est aussi un appel au meurtre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Que la nation reprenne son heureux caract\u00e8re.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1400\" class=\"cit-num\">1400<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793), \u00e0 la Constituante, 30\u00a0septembre 1791. <em>Histoire politique de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1913), Fran\u00e7ois-Alphonse Aulard<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Tel est le v\u0153u royal, et sans doute sinc\u00e8re, en cette derni\u00e8re s\u00e9ance de l\u2019Assembl\u00e9e. Le roi, pr\u00e9sent, est acclam\u00e9. Mais qui peut vraiment croire \u00e0 cet appel \u00e0 la paix, dans une France plus que jamais r\u00e9volutionnaire et divis\u00e9e\u00a0?<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Armons-nous, nous en avons le droit par la nature et m\u00eame par la loi. Montrons aux hommes que nous ne leur sommes inf\u00e9rieures ni en vertus ni en courage [\u2026] Il est temps que les femmes sortent de leur honteuse nullit\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1408\" class=\"cit-num\">1408<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Th\u00e9roigne de <span class=\"caps\">M\u00c9RICOURT<\/span> (1762-1817), Discours prononc\u00e9 \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9 fraternelle des Minimes, 25\u00a0mars 1792<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Discours imprim\u00e9 par ordre de la Soci\u00e9t\u00e9 Fraternelle de patriotes, de l\u2019un <span class=\"amp\">&amp;<\/span> l\u2019autre sexe, de tout \u00e2ge <span class=\"amp\">&amp;<\/span> de tout \u00e9tat, s\u00e9ante aux Jacobins, rue Saint-Honor\u00e9 (1792).<\/p>\n<p>Belge, courtisane et cantatrice, surnomm\u00e9e la Belle Li\u00e9geoise, cette f\u00e9ministe entre en r\u00e9volution comme on entre en religion. Chose fort mal vue de la part d\u2019une femme. Elle devient alors la \u00ab\u00a0Furie de la Gironde\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La voyant fouett\u00e9e, ridiculis\u00e9e, son fr\u00e8re la fait enfermer dans un asile pour qu\u2019elle \u00e9chappe \u00e0 la mort. Elle y rencontrera la folie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Allons, enfants de la patrie\u2026\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1410\" class=\"cit-num\">1410<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">ROUGET<\/span> de l\u2019<span class=\"caps\">ISLE<\/span> (1760-1836), <em>Chant de guerre pour l\u2019arm\u00e9e du Rhin<\/em> (1792)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Premier vers de ce qui deviendra l\u2019hymne national fran\u00e7ais sous le nom de La Marseillaise, paroles et musique de Claude Joseph Rouget de l\u2019Isle, chant compos\u00e9 dans la nuit du 25\u00a0avril 1792 \u00e0 la requ\u00eate du maire Dietrich, \u00e0 Strasbourg, jou\u00e9 pour la premi\u00e8re fois par la musique de la garde nationale de cette ville, le 29\u00a0avril.<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e0 l\u2019\u00e9vidence un appel national \u00e0 l\u2019action qui va d\u00e9sormais retentir sur tous les th\u00e9\u00e2tres de l\u2019histoire politique, militaire, sportive et autre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0D\u00e9sarmez les citoyens ti\u00e8des et suspects, mettez \u00e0 prix la t\u00eate des \u00e9migr\u00e9s conspirateurs [\u2026] Prenez en otage les femmes, les enfants des tra\u00eetres \u00e0 la patrie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1411\" class=\"cit-num\">1411<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">ROUX<\/span> (1752-1794), 17\u00a0mai 1792. <em>Jacques Roux et le Manifeste des Enrag\u00e9s<\/em> (1948), Maurice Dommanget<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Discours prononc\u00e9 \u00e0 Notre-Dame, imprim\u00e9, vendu au profit des pauvres. Le chef des Enrag\u00e9s conclut\u00a0: \u00ab\u00a0Rappelez-vous surtout que l\u2019Angleterre ne se sauva qu\u2019en rougissant les \u00e9chafauds du sang des rois tra\u00eetres et parjures.\u00a0\u00bb L\u2019escalade de la pens\u00e9e terroriste est claire. C\u2019est le langage de la terreur, avant la Terreur.<\/p>\n<p>Au club des Cordeliers (celui des extr\u00e9mistes), on appelle Jacques Roux le Petit Marat. C\u2019est aussi le Cur\u00e9 rouge et le Pr\u00eatre des sans-culottes \u2013 vicaire, il fut un des premiers \u00ab\u00a0jureurs\u00a0\u00bb \u00e0 la Constitution civile du clerg\u00e9. Pr\u00eatre bien not\u00e9 par sa hi\u00e9rarchie \u00e0 la veille de 1789, idol\u00e2tr\u00e9 de ses fid\u00e8les pour sa g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, il est en quelque sorte r\u00e9v\u00e9l\u00e9 \u00e0 la politique par la prise de la Bastille et converti \u00e0 la R\u00e9volution. Il prononce alors son premier \u00ab\u00a0pr\u00eache civique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Pr\u00e9curseur du socialisme, applaudi par les paroissiens et les gardes nationaux, mais aussit\u00f4t suspect \u00e0 l\u2019\u00c9glise, il est bient\u00f4t r\u00e9voqu\u00e9, frapp\u00e9 d\u2019interdit par l\u2019\u00e9v\u00eaque.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Aux armes, citoyens\u00a0!<br>Formez vos bataillons\u00a0!<br>Marchez, marchez,<br>Qu\u2019un sang impur<br>Abreuve nos sillons\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1417\" class=\"cit-num\">1417<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">ROUGET<\/span> de l\u2019<span class=\"caps\">ISLE<\/span>\u00a0(1760-1836), <em>Le Chant de guerre pour l\u2019arm\u00e9e du Rhin<\/em>, refrain (1792)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Trouv\u00e9 \u00e0 Strasbourg [\u2026] il ne lui fallut pas deux mois pour p\u00e9n\u00e9trer toute la France. Il alla frapper au fond du Midi, comme par un violent \u00e9cho, et Marseille r\u00e9pondit au Rhin. Sublime destin\u00e9e de ce chant\u00a0!\u00a0\u00bb \u00e9crit Michelet, lyrique et romantique dans son <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise.<\/em><\/p>\n<p>Myst\u00e9rieusement arriv\u00e9 \u00e0 Marseille, le chant pla\u00eet au bataillon des Marseillais, qui l\u2019adopte comme hymne de ralliement et le chante le 29\u00a0juin 1792, en plantant dans la ville un arbre de la Libert\u00e9. Son histoire ne fait que commencer.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le tocsin qui sonne n\u2019est point un signal d\u2019alarme, c\u2019est la charge contre les ennemis de la patrie. Pour les vaincre, Messieurs, il nous faut de l\u2019audace, encore de l\u2019audace, toujours de l\u2019audace, et la France est sauv\u00e9e.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1428\" class=\"cit-num\">1428<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DANTON<\/span> (1759-1794), L\u00e9gislative, 2\u00a0septembre 1792. <em>Discours de Danton, \u00e9dition critique<\/em> (1910), Andr\u00e9 Fribourg<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0De l\u2019audace\u2026\u00a0\u00bb La fin du discours est c\u00e9l\u00e9brissime et propre \u00e0 galvaniser le peuple et ses \u00e9lus\u00a0: \u00ab\u00a0Danton fut l\u2019action dont Mirabeau avait \u00e9t\u00e9 la parole\u00a0\u00bb \u00e9crit Hugo (<em>Quatre-vingt-treize<\/em>).<\/p>\n<p>Ce 2\u00a0septembre, la patrie est plus que jamais en danger. La Fayette, accus\u00e9 de trahison, est pass\u00e9 \u00e0 l\u2019ennemi. Dumouriez, qui a d\u00e9missionn\u00e9 de son poste de ministre, l\u2019a remplac\u00e9 \u00e0 la t\u00eate de l\u2019arm\u00e9e du Nord, mais le g\u00e9n\u00e9ral ne parvient pas \u00e0 \u00e9tablir la jonction avec Kellermann \u00e0 Metz. Et Verdun vient de capituler, apr\u00e8s seulement deux jours de si\u00e8ge\u00a0: les Prussiens sont accueillis avec des fleurs par la population royaliste. C\u2019est dire l\u2019\u00e9motion chez les r\u00e9volutionnaires \u00e0 Paris\u00a0!<\/p>\n<p>La rumeur court d\u2019un complot des prisonniers, pr\u00eats \u00e0 massacrer les patriotes \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e des Austro-Prussiens, qui serait imminente. On arr\u00eate 600 suspects, qui rejoignent 2\u00a0000 d\u00e9tenus en prison.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut purger les prisons et ne pas laisser de tra\u00eetres derri\u00e8re nous en partant pour les fronti\u00e8res.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1429\" class=\"cit-num\">1429<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mot d\u2019ordre de la presse r\u00e9volutionnaire. <em>Histoire des Girondins<\/em> (1847), Alphonse de Lamartine<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Nouvel appel au meurtre, mot d\u2019ordre repris par <em>L\u2019Ami du peuple<\/em> de Marat et<em> Le P\u00e8re Duchesne<\/em> d\u2019H\u00e9bert, dans les premiers jours de septembre\u00a01792. Marat ne se contente plus d\u2019\u00e9crire, il entre le 2\u00a0septembre dans le Comit\u00e9 de surveillance cr\u00e9\u00e9 par la Commune. Ce \u00ab\u00a0fanatique \u00e9nergum\u00e8ne\u00a0\u00bb (selon le Montagnard Levasseur) sera l\u2019un des responsables des massacres de septembre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Que la pique du peuple brise le sceptre des rois\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1447\" class=\"cit-num\">1447<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DANTON<\/span> (1759-1794), Convention, 4\u00a0octobre 1792. <em>Les Grands orateurs de la R\u00e9volution<\/em> (1914), Fran\u00e7ois-Alphonse Aulard<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La pique a beaucoup servi sous la R\u00e9volution, et pas seulement de fa\u00e7on m\u00e9taphorique. Le peuple y a plant\u00e9 des t\u00eates coup\u00e9es, d\u00e8s la prise de la Bastille. Quant \u00e0 Danton l\u2019avocat r\u00e9volutionnaire, agitateur dans l\u2019\u00e2me, il ne recule devant aucune violence, ni physique, ni verbale, d\u00e9chainant autant de haine que d\u2019enthousiasme.<\/p>\n<p>Face aux ennemis du dehors, aux rois \u00e9trangers mena\u00e7ant les fronti\u00e8res, Danton dit dans ce m\u00eame discours\u00a0qui vaut appel national\u00a0: \u00ab\u00a0Jetons-leur en d\u00e9fi une t\u00eate de roi.\u00a0\u00bb La Convention va donc d\u00e9cider de mettre Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> en jugement, apr\u00e8s une longue discussion qui oppose les Girondins aux Montagnards. Danton s\u2019est rang\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 de la Montagne, qui l\u2019emportera.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Allons, avec la cocarde,<br>Aux tyrans, foutre malheur\u00a0;<br>Puis, allons \u00e0 l\u2019accolade,<br>Foutons-nous l\u00e0 de bon c\u0153ur\u2026\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1454\" class=\"cit-num\">1454<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">H\u00c9BERT<\/span> (1757-1794), <em>Le R\u00e9veil du P\u00e8re Duchesne<\/em>, chanson. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est un couplet bien dans le ton du <em>P\u00e8re Duchesne<\/em>, l\u2019un des journaux les plus populaires de l\u2019\u00e9poque, distribu\u00e9 aux arm\u00e9es pour \u00e9veiller ou maintenir la conscience politique des soldats.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si j\u2019avance, suivez-moi\u00a0; si je meurs, vengez-moi\u00a0; si je recule, tuez-moi.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1487\" class=\"cit-num\">1487<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Henri de la <span class=\"caps\">ROCHEJAQUELEIN<\/span> (1772-1794), aux milliers de paysans qui le proclament leur chef, 13\u00a0avril 1793. <em>Le Dernier des Chouans\u00a0: Louis Stanislas Sortant<\/em> (2007), Bernard Coquet, pr\u00e9face de Jean Tulard<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Comte, membre de la garde de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, il re\u00e7ut le bapt\u00eame du feu en d\u00e9fendant le palais des Tuileries, le 10\u00a0ao\u00fbt 1792. Ayant perdu son roi (emprisonn\u00e9), il regagne ses terres de Vend\u00e9e.<\/p>\n<p>C\u2019est l\u2019un des chefs de l\u2019insurrection vend\u00e9enne qui commence le 10\u00a0mars 1793. L\u2019origine en est moins politique que religieuse. Le peuple, tr\u00e8s catholique, est choqu\u00e9 par la politique r\u00e9volutionnaire et hostile aux \u00ab\u00a0patriotes\u00a0\u00bb qui veulent imposer la Constitution civile du clerg\u00e9, la loi du serment des pr\u00eatres. Les nobles, dans cette r\u00e9gion sans jacqueries paysannes, n\u2019ont gu\u00e8re \u00e9migr\u00e9.<\/p>\n<p>La mort du roi, ex\u00e9cut\u00e9 le 21\u00a0janvier, les d\u00e9cide \u00e0 prendre les armes et \u00e0 encadrer militairement leurs paysans et les m\u00e9tayers, r\u00e9volt\u00e9s par le d\u00e9cret sur la lev\u00e9e de 300\u00a0000 hommes rendu par la Convention le 24\u00a0f\u00e9vrier. Les pr\u00eatres r\u00e9fractaires se joindront \u00e0 cette contre-r\u00e9volution arm\u00e9e. Les Anglais vont apporter une aide en argent, puis en hommes, \u00e0 cette guerre civile qui va combattre une R\u00e9volution devenue trop conqu\u00e9rante.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Soyons terribles pour dispenser le peuple de l\u2019\u00eatre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1490\" class=\"cit-num\">1490<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DANTON<\/span> (1759-1794), Discours, Convention, 9\u00a0mars 1793. <em>Archives parlementaires de 1787 \u00e0 1860<\/em> (1901), Assembl\u00e9e nationale<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parole de Montagnard, et l\u2019orateur ne d\u00e9fend pas ici un principe. Il demande \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e de concr\u00e9tiser son projet de Tribunal r\u00e9volutionnaire\u00a0: \u00ab\u00a0Organisons un tribunal, non pas bien, cela est impossible, mais le moins mal qu\u2019il se pourra, afin que le glaive de la loi p\u00e8se sur la t\u00eate de ses ennemis.\u00a0\u00bb Selon Danton, cela devrait \u00e9viter les massacres populaires. La suite de l\u2019histoire va d\u00e9montrer le contraire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Hommes de la Gironde, levez-vous\u00a0! [\u2026] Si vous d\u00e9veloppez une grande \u00e9nergie, vous forcerez \u00e0 la paix des hommes qui provoquent la guerre civile.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1501\" class=\"cit-num\">1501<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre Victurnien <span class=\"caps\">VERGNIAUD<\/span> (1753-1793), appel au secours du 4\u00a0mai 1793. <em>Histoire de Bordeaux<\/em> (1839), Pierre Bernadau<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Marat est revenu plus fort qu\u2019avant \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e. Dans cette atmosph\u00e8re sanglante, Vergniaud pressent le pire et demande soutien \u00e0 son d\u00e9partement, \u00e9crivant au club des Amis de la Constitution de Bordeaux et usant de l\u2019anaphore (r\u00e9p\u00e9tition)\u00a0dans ce c\u00e9l\u00e8bre appel\u00a0: \u00ab\u00a0Paris, le 4\u00a0mai\u00a01793, sous le couteau. Fr\u00e8res et Amis, vous avez \u00e9t\u00e9 instruits de l\u2019horrible pers\u00e9cution exerc\u00e9e contre nous et vous nous avez abandonn\u00e9s\u00a0! Hommes de la Gironde, levez-vous\u00a0! La Convention n\u2019a \u00e9t\u00e9 faible que parce qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9e, soutenez-la contre tous les furieux qui la menacent [\u2026] Hommes de la Gironde, il n\u2019y a pas un moment \u00e0 perdre\u00a0! Si vous d\u00e9veloppez une grande \u00e9nergie, vous forcerez \u00e0 la paix des hommes qui provoquent \u00e0 la guerre civile\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ses Fr\u00e8res et Amis de Bordeaux vont envoyer des p\u00e9titionnaires \u00e0 Paris, pour faire comprendre \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e que la r\u00e9gion ne supportera pas longtemps que ses d\u00e9put\u00e9s soient pers\u00e9cut\u00e9s, que si la Convention ne condamne pas les d\u00e9magogues, elle l\u00e8vera une arm\u00e9e pour la combattre. Ces menaces vagues ne servent \u00e0 rien\u00a0: le temps de voir arriver ces secours, les d\u00e9put\u00e9s Girondins seront d\u00e9j\u00e0 \u00e0 la merci des \u00e9meutiers parisiens.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est quand toutes les lois sont viol\u00e9es, c\u2019est quand le despotisme est \u00e0 son comble, c\u2019est quand on foule aux pieds la bonne foi et la pudeur que le peuple doit s\u2019insurger. Ce moment est arriv\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1504\" class=\"cit-num\">1504<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">ROBESPIERRE<\/span> (1758-1794), au club des Jacobins, 26\u00a0mai\u00a01793.<em> Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1823-1827), Adolphe Thiers, F\u00e9lix Bodin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Robespierre, malade, n\u2019a pas eu assez de voix pour s\u2019exprimer ce jour \u00e0 la tribune de la Convention. Il rassemble ses forces pour se rendre aux Jacobins et s\u2019expliquer en famille, sous les applaudissements de ses amis. Il n\u2019esp\u00e8re plus pouvoir continuer la lutte sur le plan parlementaire, d\u2019o\u00f9 cet appel au combat\u00a0: le peuple doit se soulever.<\/p>\n<p>Ce m\u00eame jour, il \u00e9crit en pr\u00e9cisant la menace\u00a0: \u00ab\u00a0Les dangers int\u00e9rieurs viennent des bourgeois. Il faut que le peuple s\u2019allie \u00e0 la Convention et que la Convention se serve du peuple. Il faut que l\u2019insurrection s\u2019\u00e9tende de proche en proche [\u2026] Que les sans-culottes soient pay\u00e9s et restent dans les villes. Il faut leur procurer des armes, les col\u00e9rer, les \u00e9clairer.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le lendemain 27\u00a0mai, le peuple, repr\u00e9sent\u00e9 par les d\u00e9l\u00e9gations des Sections, commence \u00e0 envahir la Convention. La puissante voix de Danton s\u2019\u00e9l\u00e8ve contre la tyrannie, le despotisme de la Montagne. Il est devenu \u00ab\u00a0le plus mod\u00e9r\u00e9 des Montagnards\u00a0\u00bb (selon Fran\u00e7ois Furet).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l\u2019insurrection est pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacr\u00e9 des droits et le plus indispensable des devoirs.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1514\" class=\"cit-num\">1514<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Constitution du 24\u00a0juin 1793, article\u00a035<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est la Constitution de l\u2019an I, jamais appliqu\u00e9e du fait de la Terreur bient\u00f4t d\u00e9cr\u00e9t\u00e9e qui instaure un r\u00e9gime r\u00e9volutionnaire. Constitution m\u00e9morable \u00e0 divers titres, approuv\u00e9e par r\u00e9f\u00e9rendum au suffrage universel, tr\u00e8s d\u00e9mocratique et d\u00e9centralisatrice, proclamant de nouveaux droits \u00e9conomiques et sociaux (dont l\u2019instruction), consacrant la souverainet\u00e9 populaire, le recours au r\u00e9f\u00e9rendum\u2026 et le droit \u00e0 l\u2019insurrection, consid\u00e9r\u00e9 comme un devoir.<\/p>\n<p>Cet article est inapplicable\u00a0: \u00ab\u00a0Le droit \u00e0 l\u2019insurrection, incontestable en th\u00e9orie, est en fait d\u00e9pourvu d\u2019efficacit\u00e9. La loi constitutionnelle d\u2019un pays ne peut le reconna\u00eetre sans jeter dans ce pays un ferment d\u2019anarchie.\u00a0\u00bb (L\u00e9on Duguit, <em>Trait\u00e9 de droit constitutionnel<\/em>).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si je ne r\u00e9ussis pas dans mon entreprise, Fran\u00e7ais, je vous ai montr\u00e9 le chemin\u00a0: vous connaissez vos ennemis. Levez-vous, marchez et frappez.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1519\" class=\"cit-num\">1519<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charlotte <span class=\"caps\">CORDAY<\/span> (1768-1793), Adresse aux Fran\u00e7ais, amis des lois et de la paix. <em>Les Grands Proc\u00e8s de l\u2019histoire<\/em> (1924), Me Henri-Robert<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette jeune normande de 25\u00a0ans, mont\u00e9e \u00e0 Paris pour tuer Marat, \u00e9crit le 12\u00a0juillet 1793 un long texte dans le style de l\u2019\u00e9poque \u2013 descendante de Corneille, elle a aussi beaucoup lu Plutarque, Tacite, et Rousseau\u00a0: \u00ab\u00a0Les factions \u00e9clatent de toutes parts\u00a0: la Montagne triomphe par le crime et par l\u2019oppression\u00a0; quelques monstres abreuv\u00e9s de notre sang conduisent ces d\u00e9testables complots\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>On trouvera le texte sur elle le lendemain, lors de son arrestation pr\u00e8s de la baignoire o\u00f9 elle vient de poignarder Marat \u2013 un ecz\u00e9ma sur tout le corps l\u2019oblige \u00e0 passer des heures dans l\u2019eau pour moins souffrir, et il a re\u00e7u la visiteuse, cens\u00e9e lui apporter une liste de tra\u00eetres \u00e0 la patrie.<\/p>\n<p>Six mois plus t\u00f4t, l\u2019ex\u00e9cution du roi l\u2019a \u00e9pouvant\u00e9e, comme tant de Fran\u00e7ais. Elle va en quelque sorte venger le roi, venger la France\u00a0: en assassinant l\u2019assassin, elle fait acte de justice. Le retentissement de ce \u00ab\u00a0fait divers politique\u00a0\u00bb est consid\u00e9rable, au fil de cette R\u00e9volution en marche, d\u2019appels en appels suivis d\u2019actions et de r\u00e9actions.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mettre \u00e0 la gueule du canon tous les accapareurs, les financiers, les avocats, les calotins, et tous les bougres qui n\u2019ont v\u00e9cu jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent que pour le malheur public.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1523\" class=\"cit-num\">1523<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">H\u00c9BERT<\/span> (1757-1794),<em> Le P\u00e8re Duchesne<\/em>, fin juillet\u00a01793.<em> Anthologie de la subversion carabin\u00e9e<\/em> (2008), No\u00ebl Godin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>H\u00e9bert a pris le relais de Marat (assassin\u00e9), en plus extr\u00eame. Dans son journal, il \u00e9largit ainsi la notion de suspect, multiplie les appels aux meurtres et adopte le programme des Enrag\u00e9s. <em>Le P\u00e8re Duchesne<\/em>, seul grand journal populaire apr\u00e8s la disparition de Marat et de <em>L\u2019Ami du peuple<\/em>, aura jusqu\u2019\u00e0 200\u00a0000 lecteurs. C\u2019est dire l\u2019influence de tels propos.<\/p>\n<p>Le 17\u00a0septembre, la loi des Suspects permet d\u2019arr\u00eater \u00ab\u00a0tous ceux qui doivent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme d\u00e9favorables au r\u00e9gime nouveau\u00a0\u00bb. La Terreur sera alors l\u00e9galis\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0D\u00e9truisez la Vend\u00e9e\u00a0; Valenciennes et Cond\u00e9 ne seront plus au pouvoir de l\u2019Autrichien. D\u00e9truisez la Vend\u00e9e\u00a0; l\u2019Anglais ne s\u2019occupera plus de Dunkerque. D\u00e9truisez la Vend\u00e9e\u00a0; le Rhin sera d\u00e9livr\u00e9 des Prussiens\u2026\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1524\" class=\"cit-num\">1524<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Bertrand <span class=\"caps\">BAR\u00c8RE<\/span> de <span class=\"caps\">VIEUZAC<\/span> (1755-1841), Discours, Convention, 1er\u00a0ao\u00fbt 1793. <em>Histoire parlementaire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise ou Journal des Assembl\u00e9es nationales<\/em> (1834-1838), <span class=\"caps\">P.J.B.<\/span> Buchez, <span class=\"caps\">P.C.<\/span> Roux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les troupes r\u00e9publicaines ont \u00e9t\u00e9 battues en juillet. Le programme d\u2019extermination contre ce \u00ab\u00a0chancre qui d\u00e9vore le c\u0153ur de la R\u00e9publique\u00a0\u00bb sera mis en \u0153uvre \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e. Mais le g\u00e9nocide semble inscrit dans le d\u00e9cret vot\u00e9 le 1er\u00a0ao\u00fbt, apr\u00e8s ce discours incendiaire qui use de l\u2019anaphore ch\u00e8re aux r\u00e9volutionnaires (r\u00e9p\u00e9tition efficace, en bonne rh\u00e9torique). Il faut des \u00ab\u00a0mesures qui tendent \u00e0 exterminer cette race rebelle, \u00e0 faire dispara\u00eetre leurs repaires, \u00e0 incendier leurs for\u00eats, \u00e0 couper leurs r\u00e9coltes. L\u2019humanit\u00e9 ne se plaindra pas\u00a0; c\u2019est faire son bien que d\u2019extirper le mal\u00a0; c\u2019est \u00eatre bienfaisant pour la patrie que de punir les rebelles. L\u2019autorit\u00e9 nationale portera l\u2019effroi dans les repaires de brigands et dans les demeures des royalistes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019arm\u00e9e de l\u2019Ouest reprendra Cholet, Angers, Le\u00a0Mans\u00a0: les Bleus (les patriotes) massacreront les Blancs (les royalistes). L\u2019arm\u00e9e vend\u00e9enne est an\u00e9antie \u00e0 Savenay (23\u00a0d\u00e9cembre 1793), les colonnes infernales font la \u00ab\u00a0terre br\u00fbl\u00e9e\u00a0\u00bb et ex\u00e9cutent 160\u00a0000 civils, au d\u00e9but de 1794. Chouans, Bretons et Normands, soulev\u00e9s pour les m\u00eames raisons, subiront le m\u00eame sort.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est ici la guerre ouverte des riches contre les pauvres\u00a0; ils veulent nous \u00e9craser\u00a0; eh bien\u00a0! il faut les pr\u00e9venir et les \u00e9craser nous-m\u00eames\u00a0; nous avons la force en main.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1530\" class=\"cit-num\">1530<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre-Gaspard <span class=\"caps\">CHAUMETTE<\/span> (1763-1794), 4\u00a0septembre\u00a01793 \u00e0 la Commune de Paris (H\u00f4tel de Ville). <em>Journal de la Montagne<\/em> n\u00b0\u00a096 du mercredi 4\u00a0septembre\u00a01793<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Extr\u00e9miste h\u00e9bertiste, il revendique par ailleurs la pauvret\u00e9 qu\u2019il a v\u00e9cue. La crise des subsistances aussi bien que la reddition de Toulon aux Anglais provoquent l\u2019\u00e9meute\u00a0: deux journ\u00e9es r\u00e9volutionnaires. Les historiens d\u00e9battent sur les causes. En fait, les sans-culottes veulent une r\u00e9pression plus exp\u00e9ditive des \u00ab\u00a0m\u00e9chants\u00a0\u00bb\u00a0: comploteurs, affameurs, tra\u00eetres \u00e0 la patrie, contre-r\u00e9volutionnaires et autres suspects.<\/p>\n<p>Le 4\u00a0septembre, 2000 man\u0153uvres et ouvriers du b\u00e2timent vont \u00e0 la Commune r\u00e9clamer du pain. La s\u00e9ance du Conseil g\u00e9n\u00e9ral est mouvement\u00e9e. Chaumette monte sur une table et lance sa d\u00e9claration de guerre aux riches. H\u00e9bert invite le peuple \u00e0 se rendre en masse le lendemain \u00e0 la Convention\u00a0: \u00ab\u00a0Qu\u2019il l\u2019entoure comme il a fait au 10\u00a0ao\u00fbt, au 2\u00a0septembre, et au 31\u00a0mai et qu\u2019il n\u2019abandonne pas ce poste, jusqu\u2019\u00e0 ce que la repr\u00e9sentation nationale ait adopt\u00e9 les moyens qui sont propres pour nous sauver. Que l\u2019arm\u00e9e r\u00e9volutionnaire parte \u00e0 l\u2019instant m\u00eame o\u00f9 le d\u00e9cret aura \u00e9t\u00e9 rendu, mais surtout, que la guillotine suive chaque rayon, chaque colonne de cette arm\u00e9e\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Les appels succ\u00e8dent aux appels et finissent par se ressembler.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Guerre aux tyrans\u00a0! Guerre aux aristocrates\u00a0! Guerre aux accapareurs\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1531\" class=\"cit-num\">1531<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mots d\u2019ordre des sections populaires des sans-culottes, 5\u00a0septembre 1793.<em> Histoire parlementaire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise ou Journal des Assembl\u00e9es nationales<\/em> (1834-1838), <span class=\"caps\">P.J.B.<\/span> Buchez, <span class=\"caps\">P.C.<\/span> Roux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un long cort\u00e8ge d\u2019\u00e9meutiers encadr\u00e9 par les H\u00e9bertistes et les Enrag\u00e9s s\u2019\u00e9branle de l\u2019H\u00f4tel de Ville \u00e0 la Convention. Les sans-culottes n\u2019ont pas besoin, comme au 2\u00a0juin, de violence pour faire plier l\u2019Assembl\u00e9e qui c\u00e9dera \u00e0 la plupart de leurs revendications \u00e9conomiques \u2013 mais pas \u00e0 la destitution des nobles.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La Terreur est \u00e0 l\u2019ordre du jour.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1532\" class=\"cit-num\">1532<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Convention, D\u00e9cret du 5\u00a0septembre 1793. <em>Mouvement populaire et gouvernement r\u00e9volutionnaire en l\u2019An\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, 1793-1794<\/em> (1973), Albert Soboul<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La pression populaire est impressionnante. Une d\u00e9putation du club des Jacobins soutient les sans-culottes \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e. Pour \u00e9viter d\u2019\u00eatre d\u00e9bord\u00e9e, la Convention c\u00e8de en se pla\u00e7ant sur le plan du droit\u2026<\/p>\n<p>Une Premi\u00e8re Terreur (six semaines) avait succ\u00e9d\u00e9 au 10\u00a0ao\u00fbt 1792. Cette fois, elle va prendre une autre ampleur, et m\u00e9riter bient\u00f4t le nom de Grande Terreur.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Enfants de la Patrie, vous vengerez ma mort.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1552\" class=\"cit-num\">1552<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Olympe de <span class=\"caps\">GOUGES<\/span> (1755-1793), guillotin\u00e9e le 3\u00a0novembre\u00a01793. Son mot de la fin. <em>Histoire du Tribunal r\u00e9volutionnaire de Paris, avec le Journal de ses actes<\/em> (1880), Henri Alexandre Wallon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>F\u00e9ministe coupable d\u2019avoir \u00e9crit en 1791 une <em>D\u00e9claration des droits de la femme et de la citoyenne<\/em>, d\u2019avoir d\u00e9fendu le roi, puis courageusement attaqu\u00e9 Robespierre en \u00ab\u00a0brissotine\u00a0\u00bb (synonyme de girondine), elle a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9e en juillet\u00a01793.<\/p>\n<p>Femme de lettres, femme libre jusqu\u2019\u00e0 la provocation, elle est comparable \u00e0 George Sand au si\u00e8cle suivant, mais ce genre de provocation est encore plus mal vu, en 1793\u00a0! La reconnaissance esp\u00e9r\u00e9e par la condamn\u00e9e sera tardive.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dix mille hommes sont nu-pieds dans l\u2019arm\u00e9e. Il faut que vous d\u00e9chaussiez tous les aristocrates de Strasbourg dans le jour et que demain \u00e0 dix heures du matin, les dix mille paires de souliers soient en marche pour le quartier g\u00e9n\u00e9ral.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1559\" class=\"cit-num\">1559<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Proclamation sign\u00e9e Louis Antoine <span class=\"caps\">SAINT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">JUST<\/span> (1767-1794) et Philippe Fran\u00e7ois Joseph <span class=\"caps\">LEBAS<\/span> (1764-1794), 15\u00a0novembre\u00a01793. <em>La Montagne<\/em> (1834), Jean-Barth\u00e9lemy Haur\u00e9au<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces deux conventionnels s\u2019expriment ici en tant que \u00ab\u00a0repr\u00e9sentants du peuple, envoy\u00e9s extraordinairement \u00e0 l\u2019arm\u00e9e du Rhin, \u00e0 la municipalit\u00e9 de Strasbourg\u00a0\u00bb. Bel exemple de la fa\u00e7on exp\u00e9ditive dont la R\u00e9publique r\u00e8gle les probl\u00e8mes d\u2019intendance aux arm\u00e9es.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Osez\u00a0! Ce mot renferme toute la politique de votre r\u00e9volution.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1271\" class=\"cit-num\">1271<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">SAINT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">JUST<\/span> (1767-1794), Rapport sur les suspects incarc\u00e9r\u00e9s, 26\u00a0f\u00e9vrier\u00a01794. <em>Collection des m\u00e9moires relatifs \u00e0 la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1828), Saint-Albin Berville, Fran\u00e7ois Barri\u00e8re<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Encore un th\u00e9oricien de la R\u00e9volution pass\u00e9 \u00e0 l\u2019action, encore un repr\u00e9sentant du courant \u00ab\u00a0pur et dur\u00a0\u00bb de cette \u00e9poque, il se fait remarquer par la violence de ses mots et de ses id\u00e9es, partageant jusqu\u2019\u00e0 la fin prochaine le sort de son ami Robespierre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si vous donnez des terres \u00e0 tous les malheureux, si vous les \u00f4tez \u00e0 tous les sc\u00e9l\u00e9rats, je reconnais que vous aurez fait une r\u00e9volution.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1282\" class=\"cit-num\">1282<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">SAINT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">JUST<\/span> (1767-1794). Rapport du 18 vent\u00f4se, an <span class=\"caps\">II<\/span> (8 mars 1794). <em>Saint-Just ou les vicissitudes de la vertu<\/em> (1989), Albert Ladret<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La R\u00e9volution fran\u00e7aise n\u2019ira jamais jusque-l\u00e0. C\u2019est surtout une r\u00e9volution bourgeoise, pour l\u2019\u00e9galit\u00e9 des droits et non des conditions. Mais cette utopie, h\u00e9rit\u00e9e de Rousseau, sera bient\u00f4t reprise par Babeuf et les siens, et th\u00e9oris\u00e9e dans le <em>Manifeste des \u00c9gaux<\/em> en 1796.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Soyez attaquants, sans cesse attaquants.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1590\" class=\"cit-num\">1590<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comit\u00e9 du 8 prairial an\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (27\u00a0mai 1794), Aux \u00ab\u00a0soldats de l\u2019an <span class=\"caps\">II<\/span>\u00a0\u00bb. Formule attribu\u00e9e \u00e0 Lazare <span class=\"caps\">CARNOT<\/span> (1753-1823). <em>La R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1984), Albert Soboul<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parfois dat\u00e9 de f\u00e9vrier\u00a01794, c\u2019est le genre de mot \u00ab\u00a0passe-partout\u00a0\u00bb, toujours en situation dans un pays en guerre.<\/p>\n<p>La lev\u00e9e en masse a mis 750\u00a0000 hommes sous les drapeaux pour sauver la patrie en danger. Malgr\u00e9 d\u2019\u00e9normes probl\u00e8mes d\u2019approvisionnement et de discipline, l\u2019attaque ordonn\u00e9e r\u00e9ussit, les arm\u00e9es de la R\u00e9publique repoussent l\u2019ennemi. En mai\u00a01794, le d\u00e9partement du Nord est reconquis.<\/p>\n<p>Et la Belgique, le mois suivant.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut raccourcir les g\u00e9ants<br>Et rendre les petits plus grands,<br>Tout \u00e0 la m\u00eame hauteur<br>Voil\u00e0 le vrai bonheur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1597\" class=\"cit-num\">1597<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Portrait du sans-culotte<\/em>, chanson anonyme.<em> Les Sans-culottes parisiens en l\u2019an <span class=\"caps\">II<\/span><\/em> (1968), Albert Soboul<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est l\u2019homme nouveau, vu par la sans-culotterie. C\u2019est le r\u00e8gne de l\u2019\u00e9galit\u00e9 prise au pied de la lettre\u00a0! C\u2019est aussi la n\u00e9gation du grand homme, du h\u00e9ros en tant qu\u2019individu, au b\u00e9n\u00e9fice du h\u00e9ros collectif, le peuple, incarn\u00e9 par le sans-culotte. Et c\u2019est toujours l\u2019histoire de France, cont\u00e9e par les chansons.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La justice est \u00e0 l\u2019ordre du jour.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1608\" class=\"cit-num\">1608<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cri de ralliement des vainqueurs, au lendemain du 9 Thermidor (1794).<em> Histoire populaire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise de 1789 \u00e0 1830<\/em> (1840), \u00c9tienne Cabet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce mot d\u2019ordre r\u00e9pond \u00e0 l\u2019ancien slogan\u00a0: \u00ab\u00a0La Terreur est \u00e0 l\u2019ordre du jour\u00a0\u00bb (d\u00e9cret du 5\u00a0septembre 1793). Apr\u00e8s la p\u00e9riode girondine, puis montagnarde, voici la Convention thermidorienne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Du pain\u00a0!\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0La Constitution de l\u2019an I\u00a0!\u00a0\u00bb <br>\u00ab\u00a0La libert\u00e9 des patriotes\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1618\" class=\"cit-num\">1618<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cris des manifestants for\u00e7ant les portes de la Convention, 1er\u00a0avril 1795. Dictionnaire<em> Petit Robert<\/em>, au mot \u00ab\u00a0Germinal an <span class=\"caps\">III<\/span> (journ\u00e9es des 12 et 13)\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Premi\u00e8re insurrection populaire contre la Convention\u00a0: journ\u00e9es des 12 et 13 germinal an\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> (1er et 2\u00a0avril 1795).<\/p>\n<p>Le pays traverse une double crise, \u00e9conomique et politique. Le peuple a faim, apr\u00e8s l\u2019hiver rigoureux, l\u2019inflation, la crise des subsistances. Et il veut l\u2019application de la loi supr\u00eame, cette Constitution de l\u2019an\u00a0I (trop) d\u00e9mocratique et suspendue sit\u00f4t qu\u2019approuv\u00e9e.<\/p>\n<p>Comme aux pr\u00e9c\u00e9dentes journ\u00e9es r\u00e9volutionnaires, les \u00e9meutiers encerclent et attaquent l\u2019Assembl\u00e9e. Les manifestants sont dispers\u00e9s par les bataillons de la garde nationale. Dans la nuit du 12 au 13 germinal, la Convention d\u00e9cr\u00e8te l\u2019\u00e9tat de si\u00e8ge pour r\u00e9tablir l\u2019ordre dans les quartiers populaires o\u00f9 l\u2019agitation continue, le 13.<\/p>\n<p>Seconde insurrection populaire\u00a0: journ\u00e9es des 1er, 2 et 3 prairial an\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> (20 au 22\u00a0mai 1795). Nouveaux appels\u00a0qui sont autant de mots d\u2019ordre cri\u00e9s par le peuple envahissant la Convention\u00a0: \u00ab\u00a0Du pain et la Constitution de 1793\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Les m\u00eames causes produisent les m\u00eames effets, la disette s\u2019aggrave \u00e0 Paris, la Constitution de 1793 est toujours suspendue, les faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marceau se soul\u00e8vent, les insurg\u00e9s envahissent la Convention et massacrent le d\u00e9put\u00e9 F\u00e9raud. Encore une t\u00eate au bout d\u2019une pique\u00a0!<\/p>\n<p>On \u00e9vitera de peu le bain de sang \u00e0 Paris, mais il s\u2019ensuit une r\u00e9action tr\u00e8s violente contre les terroristes r\u00e9volutionnaires. La \u00ab\u00a0Terreur blanche\u00a0\u00bb s\u00e9vit surtout dans le sud-est de la France\u00a0: les bandes royalistes pourchassent et massacrent Jacobins, r\u00e9publicains, pr\u00eatres constitutionnels, protestants, g\u00e9n\u00e9ralement avec la complicit\u00e9 des autorit\u00e9s cherchant \u00e0 an\u00e9antir le terrorisme r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Rhabillez-vous peuple fran\u00e7ais<br>Ne donnez plus dans les exc\u00e8s<br>De nos faux patriotes<br>Ne croyez plus<br>Qu\u2019aller tout nus<br>Soit une preuve de vertu<br>Remettez vos culottes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1621\" class=\"cit-num\">1621<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-\u00c9tienne <span class=\"caps\">DESPR\u00c9AUX<\/span> (1748-1820), <em>Remettez vos culottes ou Conseils aux sans-culottes<\/em>, chanson de l\u2019automne 1795<em>. Les Femmes des Tuileries\u00a0: la jeunesse de l\u2019imp\u00e9ratrice Jos\u00e9phine<\/em> (1883), Imbert de Saint-Amand<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Enfin, l\u2019appel au calme qui sera entendu par une France \u00e9puis\u00e9e.<\/p>\n<p>La Convention thermidorienne a triomph\u00e9 de deux graves insurrections populaires et des soul\u00e8vements royalistes\u00a0: elle a frapp\u00e9 \u00e0 gauche, frapp\u00e9 \u00e0 droite. C\u2019est la fin du mouvement r\u00e9volutionnaire et le retour \u00e0 une r\u00e9publique bourgeoise, lib\u00e9rale et mod\u00e9r\u00e9e. La Constitution de l\u2019an\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> est vot\u00e9e, elle r\u00e9tablit le suffrage censitaire et donne ses bases au nouveau r\u00e9gime de la France\u00a0: le Directoire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Peuple\u00a0! R\u00e9veille-toi \u00e0 l\u2019Esp\u00e9rance.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1643\" class=\"cit-num\">1643<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Gracchus <span class=\"caps\">BABEUF<\/span> (1760-1797), <em>Le Tribun du Peuple<\/em>, 30\u00a0novembre 1795<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce r\u00e9volutionnaire passe une partie de la Terreur en prison et fonde son journal au lendemain du 9 thermidor an\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (27\u00a0juillet 1794). Il y expose ses th\u00e9ories communistes, privil\u00e9giant la notion de lutte des classes et visant \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 des \u00c9gaux. Il se pr\u00e9pare maintenant \u00e0 passer \u00e0 l\u2019action sous le Directoire \u00e0 venir \u2013 ce sera la \u00ab\u00a0conspiration des \u00c9gaux\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 \u00ab\u00a0Moi, g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, actuellement \u00e0 Londres, j\u2019invite les officiers et les soldats fran\u00e7ais qui se trouvent en territoire britannique [&#8230;] \u00e0 se mettre en rapport avec moi.\u00a0\u00bb Charles de GAULLE (1890-1970), Appel du 18\u00a0juin 1940. M\u00e9moires de guerre, tome\u00a0I, L\u2019Appel, 1940-1942 (1954) APPEL.\u00ab\u00a0Action d&#8217;inviter quelqu&#8217;un, un groupe \u00e0 une action&nbsp;: Un appel \u00e0 [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":150,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-9986","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-edito-de-la-semaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9986","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9986"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9986\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12151,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9986\/revisions\/12151"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9986"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9986"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9986"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}